lundi 19 septembre 2011

La rééducation du mental



La réalité que nous vivons à travers l’expérience individuelle est perçue par le biais des organes sensoriels et du mental, qui traite et coordonne les données sensorielles. Ce processus a habituellement lieu à notre insu. Le mental a alors tendance à poursuivre les signes, les attributs, les caractéristiques sans prendre conscience de leur nature éphémère.

La méthode de rééducation du mental (S. citta viśuddhi) consiste en l’observation des phénomènes en tant que phénomènes, et notamment de leur apparition et disparition incessantes. Comme le mental non entrainé est par nature agité, la méthode préconisée par Mahasi Sayadaw préconise de commencer par l’observation du mouvement de la marche et de la manœuvre des jambes ou par l'élévation et l’abaissement de l’abdomen pendant la respiration, qui sont plus faciles à observer. Il est en effet plus facile de commencer par l’observation de phénomènes physiques (S. rūpa) avant de procéder à celle des phénomènes intellectuels. Après une certaine maîtrise de l’observation du relèvement et de l’abaissement de l’abdomen, on procède à l’observation des phénomènes sensoriels et mentaux, matériels (S. rūpa) et immatériels (S. nāma).

 L’acte d’observation vient à la place de l’action habituelle du mental qui accueille, rejette les phénomènes ou ne les identifie pas, cautionnant ainsi leur statut de phénomènes et se laissant affecter par eux. La répétition de ces actes de non-reconnaissance et des réactions subséquentes renforcent et l’habitude et le statut présomptueux des phénomènes. Le bouddhisme tout comme la méthode d’Emile Coué affirme qu’on ne peut penser qu'une chose à la fois. Il est impossible qu’une intention vertueuse (S. kuśalacitta) et non-vertueuse (S. akuśalacitta) coexistent au même moment. L’observation sans jugement des phénomènes vient donc à la place du fonctionnement habituel et empêche ainsi la formation des actes volitionnels (S. karma).

L’observation a pour autre effet la prise de conscience de la nature des phénomènes. Leur caractère éphémère, leur apparition et disparition incessante. Le fait de fixer ainsi la nature plutôt que le contenu des phénomènes permet de rééduquer ou « purifier » le mental. L’observation ne permet non seulement au mental de prendre conscience de l’apparition-disparition incessante des phénomènes, mais aussi de l’acte d’observation même. Il apparaît alors que le processus perceptif ne comporte que deux éléments, le mental qui perçoit (S. nāma) et l’objet perçu (S. rūpa), alias le sujet et l'objet.

L’acte d’observation conduit encore à la prise de conscience de la causalité qui s’inscrit sur le plan temporel. L’apparition, la durée et la disparition des phénomènes sont le passé, le présent et le futur de ces mêmes phénomènes et soulignent leur nature éphémère (P. anicca). Ce manque de consistance (P. anatta) est insatisfaisant (P. dukkha). Cette conclusion s’applique aussi bien aux phénomènes observés qu’aux instances de perception (S. citta), qui apparaissent, durent et disparaissent ensemble avec les phénomènes. Quand l’observation s’installe et devient une routine, l’apparition, la durée et la disparition des phénomènes deviennent quasi instantanées et le mental, ne s’identifiant plus aux trois phases, qui sont comme des vagues, atteint une certaine tranquillité. En connaissant simultanément les trois phases des phénomènes, on accède à leur vacuité.
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Illustration : laver le petit buddha

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