jeudi 17 décembre 2015

Éliminer ce qui résiste (ELF ch. 8)




Ensuite le glorieux (sct. mahātuṣṭi[1]) Bienheureux s'adressa à son entourage en vers :

Eh, grands êtres (sct. mahāsattva),

Ce que nous concevons comme l'égalité foncière (sct. samatā)
Obnubile à la fois les défauts et les qualités
Celui qui s'attache au plaisir et veut éviter le déplaisir
Est comme un aveugle né qui tente de faire un nœud avec de l'espace.

En ne comprenant pas le sens propre du principe de l'égalité naturelle
- Sans confusion et en toute lucidité -
Même si on remplissait le triple univers de corps de Bouddha
Ils ne seraient d'aucune aide, et leur absence ne causerait aucun tort.

L'éveil n'est pas autre que la passion
Ils sont identiques dans l'état continu du vaste Fondement (sct. ālaya)
C'est pourquoi il n'y a pas à accepter l'un et à rejeter l'autre
L'essentiel (sct. tattva) ne s'avère pas et se manifeste de lui-même.

Aussi (tib. phyir), opacité et agitation mentales, espoir et crainte,
Lucidité ou manque de lucidité sont le Flot (tib. klong) d'émergences et d'engagements (tib. 'byung 'jug)[2]
Les expériences, les concepts, les dharmas de cessation (tib. ‘gag ‘chos),
Les caractères générales (sct. nimitta) et les sensations sont innombrables
Et, tous paisibles (sct. śānta) par leur état continu originel non-manifeste.

Sans représentation (sct. akalpita), ils sont la nature du corps réel (sct. dharmakāya) originel
Sans rejet, ils sont les ornements du déploiement (sct. lalita) essentiel (sct. ātmakatā)
La non-vision de la qualité essentielle (scr. ātmakatā) est la nature de la cécité native
Dans ce principe non-acquis il n'y ni acceptation ni rejet
Comprendre ce principe où les défauts et les qualités sont égaux (sct. sama)
Est appelé "le tout excellent" (sct. samantabhadra).

Tout comme dans le vide du ciel lumineux
Les nuages, les brumes, les arcs-en-ciel, les éclairs,
Les étoiles, le soleil et la lune apparaissent distinctement
Ils sont originellement identiques par leur essence de "ciel lumineux".
Dans le Flot (tib. klong) céleste de la pensée du yogi
Les défauts et les qualités apparaissent, mais ne sont ni acceptés ni rejetés.

Tous les divers véhicules
Sont distincts et complets, libres d'acceptation et de rejet
Ce qui - sans être manifeste et sans représentation - connaît tout
Est l'essence même, insaisissable (sct. nirālambana).



Extrait du Tantra de l'effusion de la lumière fulgurante de l'authentique pensée éveillée souveraine, le huitième chapitre "Éliminer ce qui résiste".

Attribué à Vairocana.

***

[1] Le terme mahātuṣṭi a une connotation très clairement tantrique, on le trouve dans le Sarvatathāgatatattvasaṅgrah et dans le Vajrapāṇināmāṣṭottaraśatastotram ainsi que dans le terme "mahātuṣṭijñānamudrā", en tibétain : dgyes pa chen po'i ye shes kyi phyag rgya. Il a le sens de délectation universelle. C’est le divin incarné en quelque sorte, et dans ce sens il est « glorieux ». Incarné dans le sens qu’il « connaît » (quasiment dans le sens biblique du terme…) spontanément le triple univers, tout en demeurant dans la mahāmudrā. Voilà en quoi consiste la délectation universelle.

[2] « chos nyid gting gsal rang byung ye shes ngang*/ 'byung 'jug re dogs bral bar gnas pa yin/ », extrait du Chos dbyings mdzod de Longchenpa.

Texte tibétain en Wylie

De nas bcom ldan ‘dgyes pa chen pos/ ‘khor la tshig tu bka’ stsal pa/
 kye sems dpa’ chen po/

gang zhig mnyam nyid rtog pa la//
skyon dang yon tan gnyis ka sgrib//
bde chags sdug bsngal spong ‘dod pa//
dmus long mkha’ la mdud ‘dor ‘dra//

don nyid ma bcos mnyam pa’i don//
ma ‘dres gsal bar ma rtogs na//
stong gsum rgyal ba’i skyu bkang yang*//
phan med ma bkang gnod mi ‘gyur//

byang chub nyon mongs gnyis med de//
kun gzhi yangs pa’i ngang du gcig//
de phyir blang dang dor med de//
de nyid ma grub rang snang phyir//

bying dang rgod dang re dogs dang*//
gsal dang mi gsal ‘byung ‘jug klong*//
myong dang rtog dang ‘gag ‘chos dang*//
mtshan ma byang tshor mtha’ yas pa//
ye nas gsal med ngang gis zhi//

brtags med ye nas chos sku nyid//
ma spangs rol pas bdag nyid rgyan//
bdag nyid ma mthong dmus long [582] nyid//
mi rnyed don la blang dor med//
skyon nyid mnyam par don rtogs na//
kun tu bzang zhes de la bya//

ji ltar mkha’ gsal stong nyid la//
sprin dang khu rlangs ‘ja’ dang glog//
skar dang nyi zla ma ‘dres gsal//
mka’ gsal ngo bor ye nas gcig//
rnal ‘byor sems kyi mkha’ klong la//
skyon yon snang yang blang dor med//

theg pa’i bye brag ma lus pa//
ma ‘dres yongs rdzogs spang blang bral//
gsal med mi rtog kun mkhyen pa//
ngo bo nyid ni dmigs su med//

byang chub sems rjes btsan dam pa ‘od ‘phro ba’i rgyud las/ gegs sel ba zhes bya ba’i le’u ste brgyad pa’o//

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