vendredi 2 mars 2018

Pactiser avec l'ennemi ?


Question très grinçante... La perfection n’est pas de ce monde. Dans un monde parfait, il n’y aurait pas de pauvres, pas de prostitués, pas de drogués, pas de pédophiles, pas de souffrance animale etc. La compassion régnerait partout. Nous sommes donc obligés de légiférer en matière de la redistribution des richesses, de la prostitution, du service aux drogués, de l’âge légal de consentement (11, 12, 15 ans ?), de l’avortement, de l’euthanasie, du traitement des animaux etc., voire de les gérer… Et légiférer revient à faire des concessions ou à faire du Real-Politik.

Sans approuver la pauvreté, la prostitution, la consommation de drogues, les rapports sexuels entre adultes et mineurs, l’exploitation des animaux etc., un citoyen doit s’intéresser à législation en ces matières. Un citoyen bouddhiste aussi. Le citoyen bouddhiste le plus visible en France est Matthieu Ricard. Il défend des causes, il prend position et il agit. Ces actions sont en quelque sorte représentatif des bouddhistes français. C’est en tant que telles, que je me permets de les commenter quelquefois. Il ne s’agit pas de porter un jugement sur l’individu Matthieu Ricard qui est mille fois plus vertueux, charitable, militant et actif que moi-même, misérable « armchair Buddhist » ou « cushion Buddhist », et bouddhiste c’est beaucoup dire.

Je préfère la lutte contre la pauvreté à la charité, qui ne s’attaque pas aux causes de la souffrance, mais s’occupe uniquement de panser certaines blessures. Il est évident que c’est mieux que rien, et que ma petite préférence ne pèse pas lourd face au réconfort de tous ceux que sauve la charité. C’est pour la charité que Matthieu Ricard (donc nous bouddhistes) se rend à Davos pour fréquenter les puissants de la terre. Il n’y va pas pour changer la donne en matière de pauvreté et de redistribution, mais pour trouver des fonds pour ses charités, qui panseront des plaies, sans s’attaquer aux causes du problème.

Qu’est-ce qui m’amène à écrire cela ? J’ai vu une intervention de Bernard Collin au Salon de l’agriculture sur le bien-être animal. Le responsable qualité des abattoirs Charal qui s’exprime sur le bien-être animal, cela donne à penser... Mais celui-ci reconnaît que les vidéos publiées sur Internet par les organisations de protection animale ont eu de l’effet. On n’arrêtera probablement pas la consommation de viande et l’exploitation des animaux (ni des humains…), tout comme on n’arrêtera pas la pauvreté, la prostitution etc. Cela n’empêche pas de vouloir améliorer le « bien-être animal » en attendant le grand jour du végétarisme et véganisme planétaire.


Bernard Collin, des abattoirs Charal - je m’entends moi-même le répéter - dit préférer « travailler avec des associations de protections animales progressistes ». Si un bouddhiste peut aller à Davos, pour trouver des fonds pour ses charités, il pourra fréquenter les commissions de bien-être animal pour y débattre avec ceux-là même qui font souffrir les animaux. C’est loin d’être idéal, Matthieu Ricard, Aymeric Charon, etc. autour de la même table que les abattoirs Charal, et cela choquera sans doute, mais si cela « allège » (le mot pèse tout son poids) la souffrance animale, c’est déjà ça ? Les conventions de Genève ne sont pas idéales non plus et peuvent être vues comme une légitimation de la guerre.

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