mardi 1 septembre 2015

La Grande Mère et ses enfants mâles ingénieux


Déesse-Mère Çatal Höyük (Turquie néolithique -8500 à -5500)

Héraclès, héros solaire, est un immortel qui trouvera l'immortalité. En cela, il nous est plus proche que les dieux, déjà immortels, et nous est présenté de modèle. Il accomplit douze travaux, au nombre des douze stations du soleil. A la dernière station, il descend dans les Enfers, pour y chercher Cerbère. Il peut en ressortir, grâce aux mystères d'Éleusis dont il fut l'initié. L'immortalité trouvée fait de lui l'égal des dieux. Initié, il devient lui-même un myste. Il jouit, selon Jean Bayet (Les origines de l'Hercule romain), de la "vie bienheureuse dans le cercle des divinités chthoniennes". Plus tard, il sera souvent représenté en compagnie de divinités chthoniennes et deviendra, grâce à son initiation et son exploit, un guide spécialisé en "descentes aux Enfers", les Enfers étant ici simplement le monde post-mortem, et capable de protéger l'âme défunte contre les divers monstres. Dans la parodie Les grenouilles, Aristophane fait de Dionysos l'initié d'Héraclès qui est son initiateur.

Hérodote le comptait au rang des grands dieux et le considérait comme le chef des cinq Dactvles (les Doigts du mont Ida en Crète)[1]. Et c'est là que cela devient vraiment intéressant.

Le mont Ida dans l'île de Crète s'étend entre les districts d'Héraklion et Réthymnon. Le district d'Héraklion tire son nom d'Héraclès, " auquel les Crétois avaient voué un culte en ce lieu".[2] " De nombreuses grottes présentes en son flanc servirent du XIe au IXe siècle av. J.-C. de sanctuaires avant l'apparition des temples."[3] Zeus serait né dans une caverne située sur le versant nord du mont Ida, où sa mère, Rhéa, s'était réfugiée pour le protéger contre Cronos, son père. Zeus fut élevé par la nymphe Ida, qui donna son nom au mont. C'est en accouchant de Zeus, en position accroupie, que Rhéa aurait enfoncé ses cinq doigts dans la terre, créant ainsi les cinq Dactyles idéens (daktyloi Idaioi, Δάκτυλοι Ἰδαῖοι)[4], pour l'aider à protéger l'enfant contre son père. Il semblerait que ce soit une coutume grecque ancienne d'appuyer la main sur la terre en faisant un sermon…[5] Rappelons que le Bouddha fit un geste comparable après son éveil. Il s'agit du geste de prise à témoin de la terre (sct. bhūmisparśa-mudrā). Geste grec, gréco-bactrien, gandharien, ariane, ou universel ? Avant l'apparition des Livres monothéistes évidemment... Maitreya jurera probablement avec la main sur le Canon bouddhique qu'il aura atteint l'éveil.



" [Les Dactyles] étaient des hommes industrieux ; en qualité de prêtres, ils offraient à Rhéa ou la Terre des sacrifices dans lesquels ils portaient des couronnes de chêne. Après leur mort, ils furent honorés comme des dieux protecteurs ou dieux Lares."[6]

Ils étaient à la fois forgerons et magiciens (alchimistes). Héraclès est quelquefois considéré comme un Dactyle idéen, ou leur chef (Hérodote). Il est fait mention d'un Dactyle idéen du nom d'Héraclès, qui serait à l'origine des jeux olympiques, en organisant une course entre ces quatres frères Dactyles/Doigts, à savoir Aeonius (index), Epimedes (majeur), Jasius (annulaire), et Idas (petit doigt), Héraclès lui-même représentant le pouce (opposable).[7]



Ce sont encore les Dactyles idéens, qui auraient "enseigné les cérémonies théurgiques des mystères à Orphée qui les porta en Grèce, ainsi que l'usage du fer".[8] Le territoire de la Grèce antique n'est pas celui de la Grèce actuelle, et s'étendait sur une partie de l'Asie mineure. Il s'y trouve également un mont Ida (en Troade), demeure de la déesse phrygienne Cybèle, "gardienne des savoirs" "personnifiant la nature sauvage" et présentée comme « Magna Mater ». À Rome, elle était plus tard vénérée comme la "Mère de l'Ida" (Idæa mater). Les Phrygiens étaient un peuple indo-européen venu de Thrace ou de la région du Danube et qui avait en migré en Anatolie.
"Cybèle est issue du père des Dieux, mais est abandonnée à la naissance et recueillie par un léopard ou un lion. Celui-ci éveillera la déesse aux mystères qui lui permettront de rédiger ses récits sibyllins. Elle dispose des clés de la terre donnant accès à toutes les richesses et son trône est gardé par deux fauves." 
"Cette Déesse mère était honorée dans l'ensemble du monde antique. Le centre de son culte se trouvait sur le mont Dindymon, à Pessinonte (Turquie), où le bétyle (la pierre cubique noire à l'origine de son nom, Kubélè) qui la représentait serait tombé du ciel. Principalement associée à la fertilité, elle incarnait aussi la nature sauvage, symbolisée par les lions qui l'accompagnent. On disait qu'elle pouvait guérir des maladies (et les envoyer) et qu'elle protégeait son peuple pendant la guerre. Elle était connue en Grèce dès le Ve siècle av. J.-C. et se confondit bientôt avec la mère des dieux (Rhéa) et Déméter." [9]
Elle initia Dionysos à ses mystères. Cela marqua le passage d'initiations tribales aux mystères officiels. Du matriarcat au patriarcat ?

Il existe un fragment de la Phoronide (VIIe siècle av. J.-C. ? sur la fondation du royaume d’Argosdans lequel on décrit les Dactyles. Dans ce fragment, on semble plutôt faire référence aux Dactyles (phrygiens) du mont Ida en Turquie.
"Là sont les sorciers (goêtes),
les hommes phrygiens de l'Ida qui ont leur demeure dans la montagne,
Kelmis et le grand Damnameneus et Akmôn débordant de violence (huperbios)
les serviteurs à la main habile (eupalamoi) de la montagne Adrestêiê,
qui les premiers, grâce à l'art (tekhnêis) d'Héphaïstos plein d'intelligence rusée (polumêtios),
ont trouvé dans les vallons des montagnes le fer couleur de violette,
l'ont apporté au feu et ont forgé leur œuvre excellente
."
(trad. Pierre Sauzeau, La quatrième fonction, Les Belles Lettres, 2012, p. 220-221)
Les Dactyles y sont présentés comme des sorciers, des goêtes ou goètes, qui pratiquent la goétie. Voici l'entrée que l'on trouve sur le site Atilf
" GOÉTIE, subst. fém.
Ésotérisme. Évocation des esprits malfaisants. Les arts magiques plus ou moins mêlés aux dogmes scolastiques, la théurgie et la goétie, ramenoient des erreurs tout aussi déplorables que les mensonges et la mythologie (CHATEAUBR., Ét. ou Disc. hist., t. 3, 1831, p. 86). Voici les esprits évoqués pour le maléfice et qui ont porté le poison, selon le commandement du maître de la goétie, du chanoine Docre! (HUYSMANS, Là-bas, t. 2, 1891, p. 179). Des livres secrets traitant de la goétie, de l'art d'évoquer les esprits mal-faisants (CARON, HUTIN, Alchimistes, 1959, p. 33). 
Prononc. et Orth. : [] LAND. 1834, en dépit de l'orth. et de la présomption en faveur du timbre [e] en syll. non finale ouverte : guo-ê-ci, avec ê. Ds Ac. 1762 et, de nouv., Ac. 1835, 1878. Étymol. et Hist. 1570 (La Cité de Dieu, trad. G. Hervet, I, 283b, A, édit. 1578 d'apr. Vaganay ds Rom. Forsch. t. 32, p. 72 : Goetie est proprement l'évocation des espritz). Empr. au lat. goetia (gr. ) « magie, sorcellerie »."
En tant qu'initié, capable d'entrer - et surtout de ressortir - des Enfers, et en tant que Dactyle, Héraclès n'est pas simplement un "homme fort" à la force prodigieuse. Il dispose d'autres ressources pour combattre les démons.

On constate également, et pas uniquement "en Grèce", que les Récits pointent vers un culte d'une "Grande Mère", très ancien, parmi les peuples indo-européens. Que c'est Elle la détentrice d'une Science permettant de maîtriser la Nature et de vaincre la mort. Et que, selon la tradition, le culte change de nature et la Science se transmet par des mystères. Elle devient plutôt une affaire de Mâles : des dieux, des héros-mages, des rois et des prêtres.

Sur la Reine-mère de l'occident en Chine

***

[1] " An Idaean dactyl named Herakles (perhaps the earliest embodiment of the later hero) originated the Olympic Games by instigating a race among his four "finger" brothers. This Herakles was the "thumb"; his brothers were Aeonius (forefinger), Epimedes (middle finger), Jasius (ring finger/healing finger), and Idas (little finger)."

[2] Wikipédia

[3] Wikipédia

[4] Wikipédia (en)

[5] Wikipédia (en)

[6] Wikipédia (fr)

[7] Wikipédia (en)

[8] Wikipédia (fr)

[9] Wikipédia

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