mardi 27 avril 2021

Ce n'est pas une coutume tibétaine...


Le Dalai Lama rencontre des survivants et des victimes à Rotterdam (2018) [Photo : Marlies Bosch]

‘Not The Tibetan Way’: The Dalai Lama’s Realpolitik Concerning Abusive Teachers


Stuart Lachs et Rob Hogendoorn viennent de publier un article sans fard sur des aspects moins connus du Dalaï-lama, chef spirituel et porte-parole du peuple tibétain après avoir été son chef séculier officiel (jusqu’en 2011). Les deux auteurs considèrent l’activité du Dalaï-lama comme celle d’un prêtre ordinaire (tout comme le Dalaï-lama lui-même “Je suis un simple moine”) et d’un point de vue terrestre. Il n’y a donc pas de place pour des raisons impénétrables, de folle sagesse, de prescience, de clairvoyance, de sagesse supramondaine etc. Dans l’article, le statut du tulkou se limite ainsi à l’institution ou l’office d’un tulkou, dont le nouveau fonctionnaire est choisi après la mort du précédent. L’institution du Dalaï-Lama commença officiellement au XVIIème siècle, et la plupart des Dalaï-Lamas ont dû partager leur pouvoir avec des régents, des patrons laïcs, des ministres, … Seuls, “le grand cinquième”, “le grand treizième” et “le grand quatorzième”, l’actuel, ont pu activement gouverner le Tibet et les Tibétains.

L’article nous apprend que le règne du XIVème DL a été plus long que celui de la reine Elizabeth II, et qu’il a vu passer huit papes et connu l’inauguration de 15 présidents étatsuniens, et d’autres puissants du monde. Il a entretenu des amitiés diplomatiques avec bon nombre parmi eux. D’autres amitiés sont plus personnelles et/ou d’ordre spirituel, notamment avec des leaders religieux (sectaires ou non) bouddhistes et non-bouddhistes. Et puis, il y a quelques amitiésencombrantes et malvenues. Nos auteurs passent en revue les relations du Dalaï-lama avec quatre maîtres abusifs bouddhistes et non-bouddhistes : Keith Raniere de Nxivm (condamné à 120 ans de prison), Chogyam Trungpa et son organisation (Thomas Rich - le régent vajra -, Sakyong Mipham), Shoko Asahara (condamné à mort et exécuté) d’Aum Shinrikyō, et Sogyal Lakar de Rigpa. Pour les détails, je renvoie vers l’article (en anglais), qui donne des détails moins connus, et à des blogs anciens (en français).

Comment “Océan de Doctrine du Bouddha” (tib. bstan ‘dzin rgya mtsho, le nom du Dalaï-lama XIV), réincarnation du Dalaï-Lama et avatar d’Avalokiteśvara, a-t-il pu avoir de si mauvaises fréquentations, à répétition, et longtemps après avoir été informé des abus ? Adeptes de folle sagesse et de compassion impartiale et inconditionnée s’abstenir. Qu’y avait-il à gagner dans ces relations ?[1] Pourquoi ne pas avoir fait appel à son autorité spirituelle (ou séculière) pour mettre de l’ordre, comme il l’avait su le faire dans d’autres cas ?[2] Certains disent que cela ne se fait pas chez les bouddhistes, qui ne seraient pas “des justiciers[3]... ou que le Dalaï-lama préfère que les maîtres abusifs voient par eux-mêmes leur erreur et s’améliorent[4]. Compliqué, si l’erreur n’est pas vue, voire considérée comme l’expression d’un comportement éveillée antinomique, destinée à “faire s’éveiller” autrui, ou à dompter lego.

Le Dalaï-lama, et quelques autres (plutôt très rares), admettent qu’il s’agit bien d’erreurs et des fautes morales. Entre laisser faire les abuseurs se rendre compte d’eux-mêmes de leur “erreur” (y compris parfois des crimes), et inciter les survivants à rendre publiques ces fautes dans les médias, le grand quatorzième lui-même reste impassible (le changement ne viendra pas de Dharamsala). Impassible, tout en fréquentant depuis 1993 (tenue de la fameuse réunion), des maîtres abusifs et leurs communautés abusives, les cautionnant par des lettres de recommandation, s’affichant avec eux, les recommandant à leurs disciples “fortunés” de les avoir rencontrés, rédigeant les avant-propos de leurs livres, et recevant leurs dons pour les divers projets et les charités du Dalaï-lama. Ne pas cracher dans la soupe et ne pas faire des vagues semblent être les mots d’ordre général.

Ce n’est pas la coutume tibétaine (“Not the Tibetan way”, bod kyi lugs srol ma yin) de soutenir les survivants d’abus de pouvoir. Il y en a même qui prétendent que ce ne sont pas des abus de pouvoir, qu’il n’y a pas de survivants, et que les “survivants” devraient au contraire s’estimer heureux que le maître s’était occupé d’eux[5]. Ce n’est pas le cas du Dalaï-Lama, mais ce n’est pour autant qu’il réprimande les maîtres abusifs ou qu’il soutient les survivants.

En la personne du Dalaï-Lama, le peuple tibétain en exil avait signé la Charte des Tibétains en exil et la Déclaration universelle des droits de lhomme. Le Dalaï-Lama, à titre plus individuel, pense que le monde a plutôt besoin d’une éthique séculière que de davantage de religion. Il a dit qu’il pensait que l'institution des tulkous est un relief féodal, qui conduit souvent à “de la politique de lamas” (“lama politics”), et qu’il faudrait y mettre fin. Sans prendre aucune mesure dans ce sens. Ces engagements ne sont pas traditionnellement une “coutume tibétaine”, mais ils pourraient le devenir, et y souscrire y engage en théorie. Le Dalaï-lama a l’image d’un sage engagé, et il s’adresse régulièrement aux occidentaux dans ce sens. Réellement mettre en pratique ces engagements est nettement plus difficile, et pas seulement pour les Tibétains…

Pour nos deux auteurs, le Dalaï-lama est un “simple” prêtre[6], comme les prêtres experts en médias et en politique d’autres religions, avec les mêmes qualités et les mêmes défauts. Notamment la même tendance à ne pas gérer le problème des abus de pouvoir, à maîtriser les dégâts, et à ne pas intervenir en faveur des survivants.

En septembre 2018, suite à une pétition, le Dalaï-lama avait accepté de recevoir une petite délégation de survivants à Rotterdam (Pays-Bas). Rob Hogendoorn raconte la scène en plus de détails. Le Dalaï-lama passa les 15 premières minutes en mode “enseignement”, sans écouter ce que les survivants avaient à lui dire. L’un d’eux a dû lui couper la parole, pour que leur témoignage soit entendu. Le Dalaï-lama ne se rendait pas compte de la difficulté d’effectivement “rendre public” (“make public”) les abus, et du courage que cela demande aux survivants (notamment face aux fortes pressions de la communauté, voir le cas de Dagri Rinpoché). Quand le Dalaï-lama répliqua qu’il ne fallait pas mettre toute la responsabilité sur ses épaules à lui, une des femmes lui répondit qu’il en alla de même pour les survivants en voulant leur faire porter tout le poids pour rendre public les abus. Quand un autre membre de la délégation racontait au Dalaï-lama sa vie de jeune garçon dans un centre au Sud de la France, où il fut battu fréquemment par son éducateur sous les instructions de son lama, tandis que le lama abusait sexuellement des filles du centre, le Dalaï-lama eut du mal à faire preuve de sympathie. Une des femmes présentes demanda au Dalaï-lama s’il ne pouvait pas dire simplement qu’il regrettait ce qui s’était passé…

Suite à cette rencontre, le Dalaï-lama avait accepté de demander à l’institut Mind & Life d’organiser une rencontre autour du thème la sexualité humaine, l’abus sexuel par des enseignants religieux et laïcs, et les traumatismes sexuels. Il avait également accepté de mettre le sujet des abus à lordre du jour dune grande rencontre entre chefs décoles tibétaines prévue à Dharmasala 2018. Pas de nouvelles depuis



Je vous recommande vivement la lecture de l’article ‘Not The Tibetan Way’: The Dalai Lama’s Realpolitik Concerning Abusive Teachers

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[1] Voir le paragraphe “Symbolic Capital”, dans Not the Tibetan Way

[2] L’affaire Shougden, Michael Roach, ...

[3] « Ce n’est pas notre rôle d’œuvrer en justiciers », affirme Ricard. « Il existe maintenant des milliers de centres bouddhistes dans le monde, tous indépendants les uns des autres », rappelle-t-il, soulignant que «le bouddhisme n’est pas organisé de façon hiérarchique comme c'est le cas, par exemple, de l’Eglise Catholique ». Marianne, Scandale chez les bouddhistes : Matthieu Ricard recommande aux disciples plus de vigilance, Elodie Emery, 20/07/2017.

[4] “‘It is not the Tibetan way to confront errant behavior on the part of the lamas.
We prefer to let them learn about their mistakes on their own,’ the Dalai Lama told John Steinbeck IV and his wife Nancy
.” Not the Tibetan Way...

[5] Voir les propos de Gyatrul Rinpoche :

N’ayez pas de pensée ordinaire à ce sujet, du type “Oh, il a couché avec moi, alors je suis son égal ; cela fait de moi quelqu’un de spécial, car il a couché avec moi”. Ce n’est pas la façon de penser qui convient à une sangyum. Il est de la responsabilité d’une sangyum de considérer qu’il voyait en vous une connexion karmique à cultiver. Et n’oubliez pas que c’était à cause de sa bonté qu’il avait reconnu votre karma de cultiver cette connexion et de l’actualiser. Si votre attitude en est une d’humilité et de dévotion, et que vous suivez ses instructions, cela pourra être très bénéfique pour vous à cause de la nature particulière de votre connexion avec lui. Si vous cultivez cette situation, vous pourrez progresser, et être très utile aux autres. Mais si vous ne reconnaissez pas le niveau de cette connexion et la percevez comme quelque chose d’ordinaire, en vous gonflant d’orgueil et d’ego, vous aurez réellement manqué cette opportunité. Ce serait plutôt comme coucher avec un roi, mais [votre maître] n’était pas un roi, mais un bodhisattva. C’est une grande différence” Gyatrul Rinpoche, Oral Commentary on the Natural Great Perfection by Dudjom Lingpa, given in Boulder, 1992, trans. Sangye Khandro, ed. Ian Villarreal, later published by (Ashland, Oregon: Mirror of Wisdom Publications, 2000), 58-59 Voir aussi mon blog Du féminisme éveillé, vraiment ?

[6]We use the word ‘priest’ here in its neutral sense, derived from the ecclesiastical Latin presbyter or ‘elder,’ to denote a person who performs religious ceremonies and duties in a non-Christian religion.” Not the Tibetan Way

dimanche 11 avril 2021

Gurubusters (Sos Gourous)



Matthew Remski, un pratiquant et prof de yoga canadien, auteur de plusieurs livres sur le yoga, et depuis quelque temps un journaliste d’investigation sur les abus et les dérives sectaires dans des groupes religieux et spirituels, y compris le lien entre “Yoga”, New Age, ... et complotisme (“Conspirituality”).

Ci-après la traduction automatique amendée d’un extrait de la page dintroduction de son site web.
Nous avons tous entendu le cliché : "yoga signifie union".
Cela peut sonner creux quand nous apprenons que la spiritualité, tout comme l'inconscient, peut être un espace brisé :
Il est possible qu’en pensant pratiquer pour guérir nos blessures, nous les approfondissons.
Il est possible d’aimer des enseignants et des méthodes, qui peuvent être toxiques pour nous.
Il est facile de confondre les sensations de transcendance avec celles d’un traumatisme.

Nous pouvons avoir l'impression d'aimer les autres et de sauver le monde, alors qu'en réalité nous renforçons les privilèges de race, de sexe et de classe, et ignorons la destruction qui nous entoure.

L'"union" qui fait l’objet de ma pratique, mes écrits et mes formations fait appel à un scepticisme venant du cœur, qui permet de voir ces clivages plus clairement, afin de les réparer, avec tous les moyens.

"Avec tous les moyens" implique souvent qu'il faut chercher au-delà de ses propres ressources limitées et de la littérature conventionnelle/patriarcale du yoga, en se tournant vers les auteurs et les activistes des groupes marginalisés, qui en ce moment font le travail spirituel le plus profond. J'espère pouvoir les soutenir et continuer à apprendre d'eux dans mon travail
.”
Dans un article récent (Sam Harris Is Right About Things Because He Likes to Meditate), il esquisse quelques critères[1] permettant d’identifier des candidats BS gurus (BS = “bullshit”). Son article fait suite au podcast Decoding the Gurus de Chris Kavanagh et de Matthew Browne, analysant un podcast de Sam Harris (Making Sense, #243 - A FEW POINTS OF CONFUSION), dans lequel ce dernier recommande son propre app de méditation Waking Up (99$/an), où science et méditation font progresser main dans la main vers l’éveil.

Sam Harris y explique que 99% de ceux qui s’intéressent à la méditation ne savent pas de quoi il s’agit. Il ne suffit pas de comprendre les idées scientifiques dans son contenu, et que leur véritable sens se médite. La méditation n’a aucun lien avec une religion orientale. Les religions pervertissent l’expérience de la transcendance du soi, et par exemple de l’expérience dont parlait Jésus. L’app de Harris fera un meilleur compagnon que ces traditions.

Les opinions politiques de Harris sont également alimentées par son expérience de la méditation. Tenez, au hasard, les politiques identitaires sont des impasses psychologiques et éthiques. Si s’identifier à son reflet dans le miroir est signe de confusion, que dire de l’identification à une race. La méditation de Sam apprend à transcender toute identification et à accéder à une compassion impartiale pour tous les êtres. L’identification à une race est une forme de maladie mentale. Harris se rend compte que certains auditeurs pourraient lui reprocher que son invitation à dépasser à toute identification raciale lui vient de son privilège blanc, il leur répond “Bullshit !”. Quand il parle de “politiques raciales” dans son podcast, il parle aussi de “méditation”, même si ce sujet ne sera jamais abordé dans ce contexte.

Il n’est pas éveillé, mais il a compris des choses sur “son” esprit et sur l’esprit en général, que 99% des gens pourraient apprendre de son app. Par exemple que la compassion doit être intégrée dans le capitalisme, car elle n’en fait pas naturellement partie (9:40)... Les autre détails et les choses à intégrer dans le capitalisme pour empêcher que les gens deviennent des psychopathes, se trouvent dans l’app de Harris. A bientôt parmi les 1% !

***

[1]*conflate the categories of spirituality and science, usually bullshitting about both,
*propose that most people in the world are “asleep”, but that they have the herbs, exercises, tools (or apps) for “waking up”,
*collapse the boundary between professional identity and private religion,
*create charismatic feedback loops with their followers,
*position intuition as the final arbiter of truth, even while appealing to “science” and “evidence”,
*offer access to that intuition through their own products and services, the value of which they nimbly inflate to capitalize on any cultural trend or event, from social justice to COVID
.” Extrait de Sam Harris Is Right About Things Because He Likes to Meditate



jeudi 8 avril 2021

Un faux problème ?


"Wang Saen Suk Hell Garden", le parc d'attraction de la Transmigration (photos : Shane Hawke)

Comme d’autres religions, le bouddhisme expose le problème auquel il serait la solution, si ce “problème” n’est pas déjà généralement admis. À l’origine, ce problème était celui de toutes les sectes des Renonçants (śramaṇa) : la Transmigration incessante de “l’âme” ou du soi (ātman), ou de “ce qui passe d’existence à existence”, pour diverses raisons, sans définir davantage ce qui passe effectivement d’une existence à une autre, et en attribuant à ces facteurs suffisamment de réalité, pour s’en inquiéter et vouloir s’en libérer.


Ce qui mettait une fin définitive à cette Transmigration-là était ainsi considéré comme la solution au problème, et pour chaque secte la solution pouvait différer. L’ensemble des théories et des pratiques d’une solution constituait “la Loi” (Dharma), telle que le Bouddha l’aurait enseigné, après avoir (re)découverte cette “Loi” au bout de son ascèse et de ses investigations.


Pour tous ceux qui ont un problème de Transmigration, et qui ne veulent plus passer d’un monde à l’autre après leur mort, le bouddhisme, tout comme les méthodes des autres śramaṇa, proposent une solution. Venez essayer ma solution (Ehi passiko), elle marche ! aurait dit le Bouddha. La preuve, quand le Bouddha est mort, il n’a plus pris naissance, et n’a plus transmigré dans un autre monde…


Voilà, ce qui est enseigné comme la raison dêtre du bouddhisme. Comment la comprennent les bouddhistes, la prennent-ils au sérieux ? Certes, ils peuvent avoir peur de renaître dans un des mondes inférieurs, mais comment savoir si ceux-ci existent, que “le soi” transmigre, et qu’il est possible de mettre une fin à cette Transmigration, de la façon même dont cela est enseignée ? Si l’on croit tout cela, on a en effet un problème, notre présence ici-bas en étant la preuve. Cette croyance peut-elle se chasser par une autre qui en prendrait la place ? Comment être certain que le problème et sa solution soient “vrais”, et qu’il convient de passer à l’action pour résoudre le problème ?


La tradition bouddhiste dit que tout cela est vrai, même si nous ne le savons pas, et ce non-savoir (avidyā) est justement ce qui nous ferait transmigrer sans cesse, en oubliant nos existences précédentes, le problème et la solution. Voilà encore un autre élément qui s’ajoute au problème initial, et qu’un bouddhiste devrait ajouter à son crédo. D’ailleurs, comment les bouddhistes savent-ils tout cela ? D’autres bouddhistes avant eux le leur ont appris. C’est donc une question de confiance. Les générations précédentes de bouddhistes expliquent que nous avons un problème, qu’ils connaissent la solution, qu’il suffit de croire et faire ce qu’ils disent de croire et faire, et que cela se fait ainsi de génération en génération depuis la découverte du Bouddha. Dès que l’on fait le premier pas avec eux, on serait en voie de solutionner le problème, même si le Bouddha avait critiqué ce procédé de transmission d'une tradition dans le Tevijja sutta ("Où sont les vrais brāhmanes?") par rapport au brahmanisme[1].


Comment savoir que nous faisons du progrès et qu’après notre mort, nous ne transmigrons plus ? Du vivant du Bouddha, sa dernière existence, c’était lui, qui savait confirmer le passé et le progrès de chacun de ses disciples en prédisant le moment précis de leur sortie définitive du cycle des transmigrations. Mais comme il n’est plus là[2], il n’y a pas moyen de savoir. Tout ce que nous pouvons faire est de progresser, en compagnie du Sangha, en faisant un pas après l’autre et s’il faut, une existence après l’autre, en attendant le grand jour de notre parinirvāṇa. Ni nous, ni les autres bouddhistes ne saurons si nous ne transmigrons plus à partir de là, c’est une question de confiance. Le problème, dont nous n’avions peut-être pas conscience à cause de l’avidyā, peut être résolu, mais personne de ceux qui auraient pu le résoudre, et mettre fin à la transmigration, n’est là pour nous le confirmer. Et le problème, et la solution, et la réalisation de l’objectif ne peuvent être prouvés in fine et sont une question de confiance…


Les plus inquiets et précautionneux parmi nous feront peut-être le pari de Pascal, en faisant comme si ce qu’enseigne le bouddhisme était vrai. Il se peut que leur peur soit plus forte que leur confiance, mais par principe de précaution…

D’autres, qui ne voient pas “le problème”, à cause de leur avidyā et leur manque de confiance, s’accommoderont peut-être très bien de leur avidyā, et continueront à transmigrer dans l’insouciance, ou pas, qui sait ? Il y en a même pour qui la Transmigration est une bonne nouvelle, car la mort n’est pas la fin, et tant pis pour les inconvénients passagers dans les aventures transmigratoires de leur conscience immortelle.

Boîtes d'offrandes bleues

Le bouddhisme dans ses diverses formes a évidemment d’autres raisons d’être et autre chose à offrir, mais certains semblent vouloir présenter le problème de transmigration avec sa solution comme principale raison d’être, sans laquelle tout l’édifice bouddhiste s’effondrait. D'autres demandent de l'accepter par simple respect d'une autre tradition. Si vous voulez que l'on respecte vos croyances et avidyā, respectez celles des autres, et les vaches seront bien gardées.


Ceci concerne plutôt les nouveaux convertis bouddhistes occidentaux. Pour les bouddhistes natifs, il s’agit simplement de la religion de leurs parents, qu’ils héritent peut-être ensemble avec une monarchie dharmarājique ou une théocratie. Ils peuvent alors adhérer à cet héritage, l’accepter, l’ignorer ou se rebeller contre, en ignorant tout du problème et de sa solution, et en vivant simplement au rythme du calendrier bouddhiste national avec son cérémoniel et ses jours fastes. Ils feront éventuellement une année de service monastique, comme on faisait son service militaire dans le passé, et pour se divertir, ils iront rire de leurs peurs en famille dans un parc de Transmigration, en prenant des selfies et des photos de souvenir.

MàJ 27042021 Pour échapper à une mauvaise réincarnation et pour accéder à une réincarnation d'un niveau spirituel supérieur, un moine thaïlandais de 68 ans, se tranche la tête avec une guillotine faite maison, pour l'offrir au dieux Indra.  

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[1] "Y a-t-il, ô Vāseṭṭha, un seul brāhmane, parmi les brāhmanes versés dans les trois Veda, qui ait vu Brahmā face à face personnellement ?
- Il n’y en a pas, honorable Gōtama.
- Y a-t-il, ô Vāseṭṭha, un seul maître des brāhmanes, parmi les maîtres des brāhmanes versés dans les trois Vedas, qui ait vu Brahmā face à face personnellement ?
- Il n’y en a pas, honorable Gōtama.
- Y a-t-il, ô Vāseṭṭha, un seul précepteur ou maître des précepteurs, parmi les précepteurs ou maîtres des brāhmanes versés dans les trois Vedas, qui ait vu Brahmā face à face personnellement ?
- Il n’y en a pas, honorable Gōtama.
- Y a-t-il, ô Vāseṭṭha, un seul brahmane parmi les brāhmanes versés dans les trois Veda, pendant les sept dernières générations jusqu'à la grande époque des premiers maîtres, qui ait vu Brahmā face à face personnellement ?
- Il n'y en a pas, honorable Gōtama.
- Est-ce que, ô Vāseṭṭha, les anciens sages des brāhmanes versés dans les trois Veda, les auteurs de formules sacrées, qui ont énoncé des formules sacrées, dans lesquelles des formes anciennes de mots sont chantées, émises ou composées, que les brāhmanes de nos jours chantent encore et encore après eux, récitent après eux - à savoir Aṭṭhaka, Vāmaka, Vāmadeva, Vessāmitta, Yamataggi, Aṅgīrasa, Bhāradvāja, Vāseṭṭha, Kassapa, Bhagu -, ont jamais dit : "Nous savons qui est Brahmā. Nous savons d'où il vient et où il va" ?
- Non, honorable Gōtama.
- Ainsi, ô Vāseṭṭha, vous admettez qu'aucun des brāhmanes versé dans les trois Veda n'a jamais vu Brahmā face à face personnellement. Vous admettez qu'aucun des maîtres des brāhmanes versés dans les trois Veda n'a jamais vu Brahmā face à face personnellement. Vous admettez qu'aucun précepteur ou précepteur des précepteurs des brāhmanes versés dans les trois Veda n'a jamais vu Brahmā face à face personnellement. Vous admettez qu'aucun des brāhmanes pendant les sept dernières générations jusqu'à la grande époque des premiers maîtres n'a vu Brahmā face à face personnellement. Également, vous admettez que les anciens sages des brāhmanes versés dans les trois Veda, qui étaient des auteurs de formules sacrées, des faiseurs de formules sacrées, d'anciennes formes de mots que les brāhmanes de nos jours chantent encore et encore après eux, récitent après eux - à savoir Aṭṭhaka, Vāmaka, Vāmadeva, Vessāmitta, Yamataggi, Aṅgīrasa, Bhāradvāja, Vāseṭṭha, Kassapa, Bhagu -, n'ont jamais dit : "Nous savons qui est Brahmā. Nous savons d'où il vient et où il va." Cependant, les brāhmanes versés dans les trois Veda, en disant : "Voici la voie directe, voici la véritable voie, la voie qui mène l'individu qui la suit à l'état d'union avec Brahmā", disent en réalité ceci : "Nous montrons la voie de l'union avec quelqu'un dont nous ne savons rien, que nous n'avons pas vu." Maintenant, qu'en pensez-vous, ô Vāseṭṭha? Selon les faits, la parole des brāhmanes versés dans les trois Veda ne s'avère-t-elle pas un propos stupide ?
- Certainement, honorable Gōtama, selon les faits, la parole des brāhmanes versés dans les trois Veda s'avère un propos stupide.
- Bien, ô Vāseṭṭha. Si ces brāhmanes versés dans les trois Veda montrent la voie pour s'unir avec quelqu'un dont ils ne savent rien, qu'ils n'ont jamais vu en disant : "Voici la voie directe, voici la véritable voie, la voie qui mène l'individu qui la suit à l'état d'union avec Brahmā", c'est un fait qui ne tient pas debout. Ô Vāseṭṭha, la parole des brāhmanes versés dans les trois Veda est semblable à une rangée d'aveugles attachés ensemble - le premier ne peut pas voir, celui qui est au milieu ne peut pas voir et celui qui est à la fin ne peut pas voir. Le premier ne peut pas voir, celui qui est au milieu ne peut pas voir et celui qui est à la fin ne peut pas voir. Alors, la parole de ces brāhmanes versés dans les trois Veda s’avère une parole qui mérite d’exciter le rire, une prétendue parole, une parole insensée, une parole vide
. » [Sermons du Bouddha, Môhan Wijayaratna, Sagesses, pp. 141-161]

[2] Selon le bouddhisme des auditeurs.

samedi 20 mars 2021

Un bouddhisme libéral pour un marché libre


Des bodhisattvas se balançant des tartes à la crème à la figure (La bataille du siècle, Clyde Bruckman 1927)

Le mahāyāna (madhyamika) aime présenter les auditeurs śrāvaka comme un peu psychorigides. Bien sûr, ils suivent en cela la Doctrine du Bouddha, telle que celui-ci l’avait enseignée, selon la thèse mahāyāna d’un Bouddha enseignant selon les dispositions de chacun. Pour les auditeurs, il est important de purifier la pensée en éliminant les passions et les vues fausses, afin de se libérer des liens, et ainsi devenir des arhats qui entreront au nirvāṇa au moment de la mort, tout en suivant l’exemple du Bouddha.

Non, dit le mahāyāna, le Bouddha n’est pas réellement passé au nirvāṇa, et par ailleurs un Bouddha ne naît ni ne meurt. Il se manifeste en tant que Bouddha auditeur pour aider les auditeurs en leur montrant les douze actes d’un Bouddha. Son enseignement ne se limite pas aux 80 ans d’une vie humaine, et il est toujours mis à jour et disponible à ceux qui ont des idées plus larges et moins “matérialistes” que les auditeurs. Ces personnes aux idées larges (mahā) sont les bodhisattvas, les adeptes du mahāyāna. Les bodhisattvas, tout comme les Bouddhas, n’entrent pas au nirvāṇa à leur mort. Ils ne naissent ni ne meurent en réalité. Ils évoluent dans des sphères qui ne sont ni le saṃsāra ni le nirvāṇa, tout en se manifestant dans le saṃsāra, et en entrant et sortant du nirvāṇa à volonté. Pour les non-bodhisattvas, les bodhisattvas apparaissent comme des personnes en chair et en os comme le reste des humains. Ils font semblant de naître et de mourir, d’agir sous l’emprise des passions, d’avoir des vues fausses, etc.

Comme les bodhisattvas sont, au fond, déjà libres, ils n’ont pas besoin de se libérer. S’ils entretenaient la pensée de se libérer, cela voudrait dire qu’ils prendraient les dharma et eux-mêmes trop au sérieux, comme les auditeurs... Un individu qui n’existe pas réellement, peut-il se libérer de dharma qui n’existent pas non plus réellement ?[1] A-t-il un quelconque besoin de se débarrasser des vues fausses ? Non, ce serait avouer qu’il se considère comme un individu et qu’il attribue une réalité aux dharma que ceux-ci n’ont pas.

Donc quand le bodhisattva Māragocarānupalipta (“Non-souillé par le domaine de Māra, tib. bdud kyi spyod pa’i yul gyis mi gos pa), se propose pour convertir les filles des deva, on voit qu’il leur dit des 62 vues fausses, de NE PAS les détruire, et que c’est ainsi qu’elles seront alors “libérées des liens de Māra[2]. En réalité “Māra” est ce qui fait la différence entre le non-bodhisattva (lié) et le bodhisattva (libre). Il n’y a pas d’autre différence. Sauf peut-être le Projet du bodhisattva de libérer tous ceux liés par Māra (mārabaddha). Ce Projet est-il réel, ou ce qu’il y a de plus réel dans le mahāyāna ? Les bodhisattvas des grands sūtra du mahāyāna font de toute façon tout pour gagner des êtres à leur cause et font état des grandes conversions réussies.  

Comment fait un bodhisattva pour “se manifester” ici-bas ? Il naît pardi ! Mais quand il est libéré du lien de Māra, il ne naît pas “réellement”. Pour naître dans un corps humain, il faut du karma, des passions (kleśa), des vues fausses… Si un bodhisattva se libérait des vues fausses et des passions, comment pourrait-il “se manifester” ici-bas ? Il restera coincé dans le nirvāṇa. Dans la traduction chinoise de l’Enseignement de Vimalakīrti (VKN, Lamotte, p. 144) on trouve le conseil “ne pas détruire les passions qui sont du domaine de la transmigration (saṃsāravacarakleśa), mais s’introduire dans le nirvāṇa (nirvāṇasamavasaraṇa)”. C’est donc sciemment, et en vue d’une “naissance” que le bodhisattva (du ŚGS et du VKN) ne détruit ni les vues fausses, ni les passions. Pour (re)naître dans le saṃsāra imparfait, il faut être “imparfait”, sinon on n’y entre pas ![3] Et pour libérer les êtres qui en ont le plus besoin, il faut fréquenter les lieux les plus imparfaits du saṃsāra, et y établir le plus de contacts possibles, afin d'entraîner le plus d'êtres possible avec soi[4]. Il faut parfois être un vrai salaud, mais “libéré des liens de Māra[5], et tout en préservant son âme, en restant simultanément dans l’assemblée du Bouddha dans une terre pure …

Pour ceux qui aspirent à devenir plus sages, gentils et bons, les bodhisattvas peuvent évidemment aussi s’adapter à leurs besoins, et même leur montrer la voie des auditeurs, mais ce n’est pas ainsi que l’on se libère des liens de Māra. Il ne s’agit pas en soi de devenir sages, gentils et bons. Ces qualités peuvent néanmoins être des produits dérivés du Projet.

La voie des bodhisattvas est donc idéal pour des laïcs prospères (“maîtres de maison à l’habit blanc”), ou des princes, qui doivent être imparfaits pour imposer leur volonté et prospérer ici-bas[6]. Surtout des laïcs ou des éminences, qui pourraient penser qu’en étant imparfaits de cette façon, ils restent même supérieurs aux auditeurs, qui se donnent autant de mal pour purifier leur pensée. Les bodhisattvas ont montré jusqu’où ils pouvaient pousser cette liberté. Le Gaṇḍavyūha sūtra raconte comment le jeune fils d'un riche marchand, Sudhana, rencontre toutes sortes de bodhisattvas, certains de véritables salauds (p.e. le roi-tyran Anala) aux yeux des non-bodhisattvas, et ces rencontres constituent un itinéraire initiatique pour un bodhisattva (ou une descente dans le cynisme pour un non-bodhisattva). Les bodhisattvas avaient préparé la voie aux tantrikas, mahāsiddhas, vidyādhara et à des théocrates bouddhistes, qui avaient trouvé de nouvelles possibilités pour repousser encore davantage les limites de leur liberté.

Vivant en ce moment, dans un monde capitaliste en plein dérive, on, ne peut s’empêcher de voir une certaine parenté de liberté “des liens de Māra”. Le Projet est tout, l’homme n’est pas grand-chose. Tout semble devoir céder devant le Marché/la Croissance, qui avance, progresse et croît, en écrasant tout sur son passage, conduit par une Main invisible, pour qui les individus et les dharma n’ont qu’une valeur superficielle et sont remplaçables (ressources humaines, innovations, ...), et qui est expert en métamorphoses de tous genres. Ces métamorphoses du Marché prennent les formes nécessaires pour intégrer ceux qui restent à convertir.

L’objectif officiel de la voie des bodhisattvas est de vider le saṃsāra en sauvant tous les êtres, à moins que ce ne soit plutôt sortir le saṃsāra de tous les êtres. Que se passerait-il une fois le saṃsāra sorti de tous les êtres ? Le nirvāṇa... Une vie sans saṃsāra, pas de vie ? Et dans le cas d’un saṃsāra vide, l’implosion, pouf ? Une terre pure remplie d’êtres libres des liens de Māra, cette terre-ci ?

Et en attendant ce grand jour, on continue à “faire du bouddhisme” ? “Faire du bouddhisme” peut remplir toute une vie, on peut mettre du bouddhisme dans tous les coins et recoins. Au nom du bouddhisme, certains exploitent et d’autres se font exploiter. Dans la non-dualité de l’exploitant et de l’exploité, car “rien ne se passe” en réalité[7]. Ne sachant pas qui est un bodhisattva et qui ne l’est pas, il vaut mieux partir du principe que celui qui nous domine est un bodhisattva, car sinon, en réagissant mal ou en le jugeant mal, nous pourrons nous blesser nous-mêmes[8].

Le bouddhisme est aussi une méthode, qui met toute la responsabilité auprès de l’individu, et toute souffrance est créée (kṛ_, karma) par l’individu. La solution est alors d’abord individuelle. D’ailleurs, tout ce qui est créé (objet mental, dharma) est créé par l’individu. Le bouddhisme, du moins celui du ŚGS et du VKN, essaie de désapprendre à ses adeptes à vouloir et à créer (en dehors du Projet). Tant que l’on veut et crée pour soi, ou en dehors du Projet, on se trouvera englué dans les 84.000 dharmas, comme dans l'histoire de Frère Lapin et du Bébé de goudron (Tar-Baby)[9]. Le non-agir (naiṣkarmya) est alors proposé comme solution. C’est une méthode très puissante et redoutable, mais qui peut aussi donner lieu aux abus les plus divers. Le non-jugement, l’involonté, le laisser-aller, la passivité, etc. peuvent être mal compris ou mal enseignés, quand ils sont recommandés ou implémentés par des philanthropes puissants, qui pourraient être des bodhisattvas, même s’ils ne se comportent pas comme tels. Avec l’affirmation que “le bouddhisme” est apolitique, qu’ “il” ne fait pas de politique et que les adeptes feraient bien de ne pas en faire non plus, on les invite à être de bons sujets, au service du Projet.

À force d’avoir été conduit par des membres des élites indiennes et ailleurs, le Projet du bouddhisme “apolitique” est tout à fait compatible avec celui du Marché. Rien ne s’oppose à un mariage réussi.
C’est pourquoi les sages ne s’attachent pas aux paroles et ne les craignent pas. Pourquoi? Parce que toutes les paroles sont sans nature propre ni caractère. Comment cela? Ces paroles étant sans nature propre ni caractère, tout ce qui n’est pas parole est délivrance, et tous les dharma ont cette délivrance pour caractère.“ VKN, p. 159
MàJ 07042021 : "La méditation pourrait réduire les inégalités à l'école"
"Le député LREM Gaël Le Bohec propose une expérimentation de la pratique de la "méditation de pleine conscience" dans les écoles françaises."
   
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[1] Lamotte, VKN, pp. 145-149
Prêcher la loi, enseigner un Véhicule, «c’est comme si un homme magique s’adressait à d’autres hommes magiques». Quelle prédication pourrait-il y avoir sur quoi que ce soit ? Le mot prédicateur est une affirmation gratuite, le mot auditeur, lui aussi, est une affirmation gratuite. Là où il n’existe aucune affirmation gratuite, il n’y a personne pour prêcher, pour entendre ou pour comprendre (III, § 7),
Au reste, « il n’y a personne qui ne soit déjà parinirvâné » (III, §31); à quoi bon prêcher un quelconque Véhicule de salut ?


[2] Śgs, p. 198

[3] Assumer des existences, et “manifester à volonté la marche à travers les existences”. VKN, p. 237, note 37

[4] Voir Gyatrul Rinpoché

[5] Autrement dit, ayant accès au bodhi, exprimé de façon positive. VKN pp. 194-198

[6] Le Sudhana du Gaṇḍavyūha sūtra est le fils d’un très riche marchand, le Vimalakīrti du Vimalakīrtinirdeśa est un très riche marchand lui-même, le Candraprabha du Samādhirājasūtra est un prince, etc. Souvent les interlocuteurs des grands sūtra du mahāyāna sont de bonne famille.

[7]Nothing happens” était une des devises dans la communauté Vajradhatu/Shambala de Chogyma Trungpa.

[8]ô Kāśyapa, le bodhisatvva et le śrāvaka doivent considérer tous les êtres comme étant le Maître lui-même, et se demander prudemment si quelque individu appartenant au Véhicule des bodhisattva ne se trouve pas devant eux.” Lamotte, Śgs, p. 208.

[9] Contes de l'Oncle Rémus (Tales of Uncle Remus) de Joel Chandler Harris.

vendredi 19 mars 2021

Le suprême culte de la Loi (anuttarā dharmapūjā)


Māra, est-il vraiment si méchant ? (Gandhara, vallée Swat, Under the Bo)

Dans le chapitre XII de l’Enseignement de Vimalakīrti, le super laïc qui met la honte à tous les auditeurs du Bouddha, le Bouddha compare le mérite de l’accumulation de mérite optimale et maximale et le mérite de ce qu’il appelle “le culte de la Loi” (skt. dharmapūjā tib. chos kyi mchod pa), et expose ensuite “l’origine” et les caractéristiques du dharmapūjā.
C’est par le culte de la Loi, qu’on peut honorer [les bienheureux Buddha], et non par des objets matériels (āmiṣa).” (Lamotte, VKN, p. 374)
Pour parler de “l’origine” du dharmapūjā, le Bouddha remonte à Bhaiṣjyarāja (tib. sangs rgyas sman gyi rgyal po), dont Lamotte précise que ce n’est pas le Bouddha Bhaiṣjyarājaguru (tib. sangs rgyas sman bla)[1]. Et ce Bouddha du passé fut honoré par toutes sortes d’offrandes “matérielles”. Quand un de ces meilleurs disciples, le prince Candracchattra (jataka du futur Bouddha Śākyamuni) demanda s’il n’y avait pas “un culte bien supérieur et plus noble que celui-ci”, le ciel s’ouvrit et les deva lui répondirent : “Saint homme, le culte de la loi est le meilleur parmi tous les cultes”, et ils ajoutèrent que c’est Bhaiṣjyarāja qu’il fallait interroger sur ce culte (VKN pp. 377 etc.).

Bhaişajyarāja énumère alors les qualités des textes de la corbeille des bodhisattvas. Faire le culte de la Loi, c'est enseigner, entendre, croire, retenir et méditer ces sūtra (VKN, p. 379-380).
“12. En outre, fils de famille, le culte de la loi consiste à comprendre la loi selon la loi (dharmānudharmanidhyapti), appliquer production en dépendance (pratītyasamutpādānuvartana), écarter la loi selon la loi (dharmānudharmapratipatti), se conformer à la les vues fausses concernant les extrêmes (antaḍṛṣtīvisamyoga), exercer la conviction relative aux dharma sans naissance ni production (ajātānutpattikadharmakşāntibhāvanā), pénétrer les dharma sans âme et sans principe intelligent (nirātmakaniņsattvapraveśa), s'abstenir de contredire, de critiquer et de discuter les causes et les conditions (hetupratyaya), écarter toute croyance relative au moi et au mien (ātmātmīyagrāhavisamyoga);

1. prendre refuge[2] dans l'esprit et ne pas prendre refuge dans la lettre (arthapratisaraṇam na vyañjanapratisaraṇam);
2, prendre refuge dans le savoir direct et ne pas prendre refuge dans les connaissances discursives (jñānapratisaraṇam na vijñānapratisaraṇam);
3. prendre refuge dans les Sūtra de sens précis et ne pas s'attacher aux Sūtra conventionnels, de sens à déterminer (nītārthasūtrapratisaraṇam na neyārthasamvrtisūtrābhiniveśaḥ);
4. prendre refuge dans la nature des choses et ne pas s'attacher aux avis des autorités humaines (dharmatāpratisaranam na pudgaladrstyupalabdhitābhiniveśaḥ) ; comprendre les dharma conformément à la nature même des Buddha (yathābuddhadharmam dharmāņām avabodhaḥ); pénétrer dans l'absence de refuge (anālayapraveśa) et détruire le refuge (ālayasamudghāta) ; tenir comme le résultat d'une invincible croyance à l'être (akşayasattvadrstyabhinirhārābhinirhſta) la production en dépendance à douze termes (avādaśāň gapratītyasamutpāda) selon laquelle « Par la suppression de l'ignorance, etc., sont supprimés vieillesse, mort, chagrin, lamentation, douleur, tristesse et tourment » (avidyānirodhād ityādi yāvaj jarāmaraņaśokapari- devaduḥkhadaurmanasyopāyāsā nirudhyante).

Fils de famille, la non-vision de toutes les vues (sarvaḍṛṣtīnām adarśanam)[3], voilà ce qu'on appelle le suprême culte de la loi (anuttarā dharmapūjā).”(VKN pp. 380-382)[4]
Nāgārjuna écrit dans les Stances du Milieu (chapitre 3.5) "La vision ne voit pas, l'absence de vision non plus." et (3.6) "Solidaire ou non de la vision, le sujet voyant n'existe pas. S'il n'y a personne pour voir, comment pourrait-il y avoir visible et vision." Dans le Śūraṃgamasamādhi, on trouve :
"Ne rien voir, c'est la vue correcte (samyagḍṛṣtī), et cette vue correcte n'est ni correcte (samyak) ni incorrecte (mithyā). Les dharma ne sont corrects ni incorrects, ni agents (kāraka) ni patients (vedaka) : c'est là se libérer des liens de Māra." (Sgs, Lamotte, p. 98) 

Et de nouveau Nāgārjuna (MMK 13.8)
Les Victorieux ont proclamé que la vacuité est le fait d’échapper à tous les points de vue [ḍṛṣtī]. Quant à ceux qui font de la vacuité un point de vue, ils les ont déclarés incurables[5].

***

[1] VKN, p. 375, note 11

[2] Il s’agit ici des “quatre refuges” (catuḥpratisaraṇa). Voir mon blog Quatre critères d'interprétation d’avril 2010.

[3] Le Śūraṃgamasamādhi enseigne qu’il y a 62 espèces de vues fausses (Brahmajālasutta), et que l’on sera libéré des liens de Māra, en ne pas (sic !) détruisant ces vues fausses. Śgs, p. 198 “Ne pas songer à toutes ces vues fausses, c’est se libérer des liens de Māra”. Ailleurs dans le même texte, il y a une liste des “douze liens des vues fausses”, dont il faut se libérer, qui sont énumérées (p. 195).
1. la vue du moi (ātmaḍṛṣtī),
2. la vue de l'être (sattvaḍṛṣtī),
3. la vue de l'être vivant (jīvaḍṛṣtī),
4. la vue de l'individu (pudgalaḍṛṣtī),
5. la vue de l'anéantissement (ucchedaḍṛṣtī),
6. la vue de l'éternalisme (śāśvataḍṛṣtī),
7. la vue de la croyance au moi (ātmagrāhaḍṛṣtī),
8. la vue de la croyance au mien (ātmīyagrāhaḍṛṣtī),
9. la vue de l'existence (bhavaḍṛṣtī),
10. la vue de la non-existence (vibhavadysti),
11. la vue de la personnalité (satkāyaḍṛṣtī),
12. la vue de tous les dharma (sarvadharmaḍṛṣtī).

[4] La version tibétaine est un peu différente de la version chinoise de Hiuan-tsang (T 476), davantage Nāgārjunienne : 
sems can la lta ba zad mi shes par mngon par bsgrubs pas mngon par sgrub cing lta ba rnams la mi lta ba 'di ni rigs kyi bu bla na med pa'i chos kyi mchod pa zhes bya'o/
Souhaiter que tous les êtres abandonnent toutes les vues (dṛṣṭi), voilà ce qu’on appelle le suprême culte de la loi”.

Le tibétain (Wylie) de tout le passage :
rigs kyi bu gzhan yang chos kyi mchod pa ni gang chos la chos su nges par sems pa/ chos la chos bzhin nan tan byed pa dang / rten cing 'brel par 'byung bar 'thun pa/ mthar lta ba thams cad dang bral ba/skye ba med pa/ 'byung ba med pa la bzod pa/ bdag med pa sems can med par 'jug pa/rgyu dang rkyen dang mi 'gal ba dang / 'thab pa med pa/ rtsod pa med pa/ nga yi ba med pa/ ngar 'dzin pa dang bral ba/

1. don la rton gyi tshig 'bru la mi rton pa/
2. ye shes la rton gyi rnam par shes pa la mi rton pa/
3. nges pa'i don gyi mdo sde la rton gyi drang ba'i don kun rdzob la mngon par ma zhen pa/_
4. chos nyid la rton gyi gang zag tu lta ba dmigs par 'dzin pa la mngon par ma zhen pa/

sangs rgyas kyi chos nyid ji lta ba bzhin du khong du chud pa/ kun gzhi med par 'jug pa/ kun gzhi yang dag par 'joms pa/ ma rig pa rnam par zhi ba nas/ rga shi dang / mya ngan dang / smre sngags 'don pa dang / sdug bsngal ba dang / yid mi bde ba dang / 'khrug pa'i bar du rnam par zhi zhing de ltar rten cing 'brel par 'byung ba'i yan lag bcu gnyis la 'di lta ste/ sems can la lta ba zad mi shes par mngon par bsgrubs pas mngon par sgrub cing lta ba rnams la mi lta ba 'di ni rigs kyi bu bla na med pa'i chos kyi mchod pa zhes bya'o/

[5] Stances du milieu par excellence, traduction Gut Bugault, p. 173

samedi 13 mars 2021

Le bouddhisme ne serait pas prosélytiste ?


Superheroes Lunch atop a Skyscraper

Quand j’avais écrit mon blog Le mythe fondateur du vajrayāna, où il était question de Cakrasaṃvara conquérant le sommet du Mont Meru en soumettant Rudreśvara, nous avions entrevu le projet bouddhiste mahāyāna, et par la suite vajrayāna, de remplacer les dieux hindous (et par la suite les dieux-démons tibétains), ou de les pénétrer et posséder (“dompter”)[1]. Mais déjà, dans la Concentration de la marche héroïque (IIème s.), nous lisons comment le bouddhiste Śakra Meruśikharadhara est une sorte de double immatériel de Śakra dans son palais au sommet du Mont Meru. C’est un lieu stratégique, celui qui tient ce sommet est le chef du saṃsāra, donc ce n’est pas une mince affaire. De là, tel un satellite, on peut tout voir et connaître ce qui se passe aux étages inférieurs de l’univers. C’est pourquoi les Bouddhas du mahāyāna ne vont pas vraiment au Nirvāṇa (Śūraṃgamasamādhi, Śgs, p. 185), pas folle la guêpe !

Le Śakra bouddhiste évolue en la marche héroïque et de ce fait, il se manifeste dans tous les palais du Śakra hindou. Ce dernier remarque cependant au Bouddha qu’il n’y a jamais perçu le Śakra bouddhiste. Le Śakra bouddhiste explique alors que c’est pour son propre bien, car s’il se montre sous son véritable aspect il en garderait des complexes pour le restant de sa vie. À la demande du Bouddha, le Śakra bouddhiste montre ce dont il est capable en brillant plus fort et en éclipsant les autres sauf bien sûr le Bouddha, qui brillait encore deux fois plus fortement. À la fin, on comprend que tout ce qui manquait au Śakra hindou c’était la bodhicitta… On peut s’attendre à ce que ce détail n’ait pas échappé aux destinataires du sūtra.

Un des aspects du Śgs est le dévoilement du grand nombre d’agents doubles bouddhistes occupant des places importantes dans des lieux stratégiques parmi les devaputras, un autre aspect consiste à montrer leurs immenses pouvoirs, comme ceux du Stakhanov des bodhisattvas, Matyabhimuka (Śgs p.178-182).

Le Śūraṃgamasamādhi raconte également en direct live la conversion de Māra par le bodhisattva Māragocarānupalipta, qui est l’agent double bouddhiste auprès de Māra. Tout comme le Śakra bouddhiste, ce bodhisattva peut fréquenter les domaines de Māra sans en être souillés. Pour la conversion de Māra, il va prendre celui par les sentiments, en convertissant d’abord les filles des dieux (devenkyā). En vidant le domaine de Māra de ses filles, femmes, entourage, il dérobe celui-ci de son pouvoir, et de peur de le perdre, Māra accepte de produire la bodhicitta (en croisant les doigts derrière son dos…).

On imagine bien que les bodhisattvas espions soient présents dans les “domaines” (gocarā) de tous les puissants. L’ubiquité ou la capacité de la multiple présence “distancielle” des Bouddhas et des bodhisattva dans le Śgs semble aussi avoir pour but, ou conséquence, de servir de justification à toutes sortes d’actes rituels. Il suffit d’invoquer le nom d’un Bouddha, ou d’y penser, pour que celui-ci soit réellement présent en tant que champ de mérite (p.218). C’est aussi de cette façon que Māragocarānupalipta peut fréquenter tous les lieux de Māra, sans jamais “quitter l’assemblée réunie autour du Bouddha” (p.222).

Le sūtra met également en exergue le rôle de Mañjuśrī, le supercommuniquant du bouddhisme mahāyāna, qui voyage dans toutes les galaxies pour y prêcher le Dharma et convertir les êtres. Pendant le kalpa Virocana, après la disparition du Dharma de Bouddha Puṣya, il n’y avait plus que la voie des pratyekabuddha pour convertir les êtres. Mañjuśrī part en mission, prétend d’être un pratyekabuddha, entre dans le nirvāṇa pour l’exemple, mais en sortit aussitôt, car il était au fond un bodhisattva. Les fidèles brûlèrent son corps. Et puis, Mañjuśrī, tel Buffalo Bill's Wild West Show, continua sa tournée de galaxie pour se produire ailleurs et pour y convertir les êtres. Pour faire tous ces exploits, Mañjuśrī se mettait en marche héroïque.

Mais Mañjuśrī n’a aucun mérite, tout mérite revient au Śūraṃgamasamādhi. Le plus grand méchant du monde “qui entend prêcher le Śgs est supérieur au saint entré dans la détermination et à l’Arhat qui a détruit les impuretés” (p. 253). C’est pourquoi il est recommandé de porter partout cette bonne nouvelle (p. 227). Et Mañjuśrī est l’élément le plus actif du bouddhisme mahāyāna dans ce domaine. Nous apprenons d’ailleurs, que Mañjuśrī est en fait un Bouddha (Nāgāvaṃśāgra) depuis longtemps (p. 261)... Les douze actes d’un Bouddha, et notamment l’entrée (et la sortie) du nirvāṇa, c’est le moindre de ses exploits. Dans l’espace d’un kalpa, un Bouddha ne peut pas tout faire, son temps est compté. Le potentiel et la promesse du Śgs lui sont nettement supérieurs.

C’est toujours dans ce même sūtra que nous apprenons que Śākyamuni est le Bouddha cosmique Vairocana, et tant que celui-ci enseigne dans son univers, Śākyamuni ne rejoindra pas le nirvāṇa final. Voilà que, dans les siècles après, toute l’attention du bouddhisme mahāyāna (et vajrayāna) se tourne vers Vairocana. Le bouddhisme vajrayāna continuera le projet du “grand remplacement” de tout ce qui est “impur”, “inauthentique” et “faux” par ce qui est “pur”, “authentique” et “vrai”. Cakrasaṃvara prend la place de Rudreśvara Mahābhairava au sommet du Mont Meru, Padmasambhava (Padma thang yig) soumettra Rudra/Thar pa nag po. Ici, c'est Rudra qui aura pris la place de Māra comme ennemi n° 1.

Donc avec tout ce beau monde virtuellement remplacé (et/ou possédé de l’intérieur), on ne sait jamais si l’on n’a pas affaire à un bodhisatta ou un vidyādhara en métamorphose, et il vaut mieux présumer que oui. Nous ne savons pas en quelle mesure notre monde “impur”, “inauthentique” et “faux” n’est pas déjà sous le contrôle secret des forces du bien. Et s’il ne l’est pas encore, il le sera sans doute bientôt.
l’homme ne doit pas juger l’homme, car il se blesse lui-même bien vite, ô Moines, l’homme qui juge l’homme. Moi-même ou qui me ressemble pouvons scruter l’homme”.

ô Kāśyapa, le bodhisatvva et le śrāvaka doivent considérer tous les êtres comme étant le Maître lui-même, et se demander prudemment si quelque individu appartenant au Véhicule des bodhisattva ne se trouve pas devant eux.” (Śgs, p. 208)
Le prosélytisme bouddhiste ne passe pas vraiment par des conquêtes réelles, mais suggère que tout est entre de bonnes mains, qu’il ne faut pas intervenir, et laisser agir les Bouddhas, bodhisattvas et leurs très nombreux agents doubles. Il faut soutenir les bodhisattvas et leurs projets dans l’imaginaire, en concevant des mondes parfaits, en faisant des prières à souhaits pour que ces mondes adviennent un jour, et que tous les êtres soient sauvés. On peut même mettre la main à la pâte, tout en restant bien assis sur son coussin, et imaginer (bhāvanā, sādhana) que ce qui est imaginé, récité, et rituellement accompli, aura des retombées réelles dans une réalité, qui n’est pas forcément du domaine de la māyā, mais qui n'exclut pas une influence dans ce domaine non plus.

Extérieurement, le bouddhisme n’encourage pas à intervenir dans un monde, qui est - qui sait ? - déjà le meilleur des mondes que nous puissions avoir (“if it ain’t totally broke, don’t make it worse”), qui est de toute façon le résultat du karma inéluctable des êtres, et sinon déjà géré au mieux par des Bouddhas et bodhisattvas métamorphosés dans la mesure que la situation le permette, tandis qu’intérieurement les fidèles peuvent se préparer à des temps meilleurs, tout en purifiant leurs esprits en les remplissant de belles choses[2], partout et toujours.

Les modèles de ces beaux mondes remplis de belles choses sont des théocraties idéalisées, des assemblées centrées autour d’un Bouddha, mais où tout le monde dans l’assemblée sait, qu’au fond il est indissociable de ce Bouddha et de son cercle, et qu’il aurait aussi bien pu être assis à la place centrale. Tout comme les grands bodhisattvas dans cette assemblée sont présents, mais accomplissent “ubiquitairement” toutes sortes de missions ailleurs, chacun de nous peut accomplir son devoir ici-bas, qui en gouvernant un pays, qui en commandant une armée, qui en découpant et brûlant des cadavres, et en servant les castes supérieures, tout en restant en la réalité vraie en compagnie de cette assemblée. Chacun peut participer au projet de la Grande Révolution Intérieure et devenir un agent double héroïque, en faisant ce qu’il fait déjà. Vous êtes parfaits, ne changez rien, continuez ainsi.


[1] Pour un exemple, voir le récit de la conversion de Rudra par Hayagrīva et Vajravārāhi, le cheval et le sanglier, “qui sont chargés de cette mission par la congrégation de bouddhas. Hayagrīva pénètre par la "porte du bas" de Rudra, jusqu’à ce que sa tête de cheval sorte par le sommet de la tête de Rudra. Les bras et les jambes de Rudra s’étendent. Vajravārāhi pénètre par le bhaga (vagin) de sa compagne (Umā), et sa tête de sanglier sort du sommet de la tête de la compagne. L’union (T. zhal sbyar) de "Cheval" (Hayagrīva) et de "Cochon" (Vajravārāhi) donne naissance à une manifestation de Vajrapāṇi portant le nom Bhurkumkuta (T. rta phag zhal sbyar dme ba brtsegs pa bskrun)”. Voir mon blog La promotion fulgurante de lambitieux yaksha Vajrapani

[2] Y compris des guerres justes, comme dans le Kalacaka Tantra.