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vendredi 7 décembre 2012

Libres associations de mèmes mythologiques


La reine-mère d'Occident

La mythologie et la musique (et plein d’autres choses) semblent avoir en commun de permettre toutes sortes d’emprunt, de subir les influences et les greffes les plus diverses, et à son tour d’inspirer d’autres mythologies et mélodies. Tout y est recyclé. Ce sont des milieux végétatifs.

Une des plus anciennes figures mythologiques de la Chine semble être la Reine-mère d’Occident, Xiwangmu, Xi Wangmu ou encore Hsi Wang Mu (西王母). Elle devient une divinité taoïste sous la dynastie Han (de 206 av. J.-C. à 220 ap. J.-C.), qui réside dans un palais de jade situé sur le Kunlun céleste, où pousseraient les herbes d’immortalité et les pêches de longue vie. Elle détient donc le secret de la longévité. Une fois qu'un fait mythologique (un mème dirait Dawkins) est posé, toutes les spin-off et associations d'dées sont possibles. Une reine mère d’Occident peut inspirer une reine-mère d’Orient, ou un Roi d’Orient, également divinisé en Dongwanggong (東王公), qui serait son époux[1]. Ou peut-être son mari serait plutôt l’empereur de Jade ? Elle pourrait avoir des filles, disons trois filles, trois déesses : la Dame blanche ou pâle (Sù nǚ, 素女), la Dame Neuf-jours noire ( Xuán nǚ 玄女)[2] et la Dame talentueuse (Cai nǚ 采女) jouant de la musique. la Reine-mère d’Occident pourrait être une personnification de la Nature, toujours jeune et pleine de vie. Cela a inspiré certains à en faire une cougar, une vamp se nourissant de l’énergie de jeunes garçons, ou un dragon/ouroboros se nourissant de son propre yin.

« Selon le manuel d'alchimie de maître Chonghe (cité par Robert van Gulik dans Sexuel life in ancient China), Xiwangmu est « une femme qui obtint la Voie (le dao) en nourrissant son propre yin », c'est-à-dire en ayant de nombreux rapports sexuels. Elle apprécie particulièrement les jeunes garçons. » (Wikipedia)

La reine-mère d'Occident sur un trône tigre-dragon

Comme toutes les divinités, elle a un trône ou une monture, un dragon et un tigre. Le dragon représente le yang et le tigre le yin. Les souffles des deux sont les ingrédients de l’élixir de longue vie, produit dans un chaudron extérieur, un chaudron intérieur ou dans « la chambre à coucher ». La Reine-mère d’Occident, elle, semble donc plutôt autonome en yin et en yang (ou en prajñā et upāya comme on dit chez nous).


Quand le bouddhisme arrive en Chine avec sa propre musique, il y a évidemment une fertilisation mutuelle. Et au bout d’un certain temps, apparaissent comme par miracle les Sūtra de longévité d’Amitābha/Amitāyus (Sukhāvatīvyūhaḥ[3], Amitābhavyūha Sūtra, Amitāyuḥ Sūtra, Aparimitāyuḥ Sūtra). La terre pure d’Amitābha se trouve dans la direction de l’androgyne Reine-mère d’Occident . Amitāyus tient un vase contenant l’élixir de longue vie. Amitābha n’est pas assis sur un trône « yin yang »[4], mais il est souvent cotoyé de deux assistants : Avalokiteśvara à sa droite et Mahāsthāmaprāpta à sa gauche. Deux mâles ? En fait, Kuan-Yin, comme son nom chinois l’indique, est une déesse. On aurait pu le déviner avec toutes ces larmes... Et Mahāsthāmaprāpta le grand puissant (T. mthu chen thob) a un nom à resonance bien masculine. La déesse Tārā (T. sgrol ma) serait d’ailleurs née d’une larme d’Avalokiteśvara.[5] Un aspect de Tārā, blanche, est celle de Sītā Tārā, la belle Tārā, ou encore Cintāmaṇicakra. Elle est évidemment scellée par Amitābha/Amitāyus, est détentrice de la longévité, et quelquefois représentée en compagnie de deux « sœurs », l’une jouant un instrument de musique, l’autre tenant un miroir. 



Continuons à suivre le fil de l’immortalité et de la longévité. Allons vers l’ouest. Au Tibet l’Occident est le Népal, avec sa montagne Gaurishankar[6] (mthon mthing rgyal mo), mais appelée la Reine bleu foncée en tibétain, pas loin de Lapchi (T. la spyi), un des domiciles de Milarepa. Un autre nom de la montagne est Jomo Tseringma (T. jo mo tshe ring ma). La déesse nationale de longue vie et protectrice du Tibet. Tseringma a pour monture une lionne de neiges, animal emblématique du Tibet. Elle est souvent représentée en compagnie de quatre « sœurs », chacune ayant une monture différente. Tseringma est blanche et tient un vase rempli d’élixir de longue vie. Elle a une sœur (T. mi g.yo blo bzang ma) qui chevauche un tigre et une autre (T. gtal dkar ´gro bzang ma) un dragon. Ce qui donne une indication sur les ingrédients de son élixir.



Notez la perle rouge (symbole taoïste pour la vulve), voire la pilule d'immortalité (cinabre, également taoïste) dans la main de Migyo Lozangma. 

Dans la tradition réchungpiste, Tseringma est représentée comme la mudrā de Milarepa. Tseringma et ses quatre sœurs proposent à Milarepa de les utiliser pour sa pratique de karmamudrā[7]. Les quatre soeurs représentent d'ailleurs les quatre types de femmes.[8] Mais la source est la syllabe germe VAṂ, qui a l’aspect de E, (EVAṂ) dans le lotus secret de Tseringma la Dame aux remède (T. sman btsun). La Goutte (T. thig le) descend doucement comme une tortue, est maintenue dans le canal central (S. avadhūtī), renvoyée comme un animal de course [vers le cerveau (ciel)], puis diffusée [dans le corps]. C’est ainsi que l’on utilise la karmamudrā. En suivant cette voie rapide qui utilise le désir (T. chags lam), précise Milarepa, Tseringma et ses sœurs trouveront elles aussi définitivement la délivrance.[9]

Tsangnyeun termine le chapitre en ajoutant que le cycle de Tseringma consiste en des instructions de Milarepa aux cinq sœurs, compilées par ses deux disciples répas Bodhirāja et Répa Shioua Eu (ras pa zhi ba ‘od). Ce qui semble nouveau ici, est que c’est Milarepa qui prend la main. Traditionnellement, les candidats siddha étaient à la merci et au service des filles de dieux, de nāgā et de yakṣa et recevaient d’elles les siddhi. Ici Tsangnyeun donne l’impression que c’est Milarepa qui rend service aux déesses dispenseuses de siddhi en les mettant sur la voie de la libération.[10] Et cela pourrait être indicatif d’un élément du taoïsme, où il était recommandé d’augmenter le nombre de partenaires féminins pour l’art d’aimer[11]L’empereur jaune aurait eu 1200 compagnes. On trouve le même appétit et la même attitude chez le réchungpiste Droukpa Kunleg (‘brug pa kun legs, 1455 - 1529).

Pour creuser davantage la piste prédateur polygame, P’eng-tsu (Pengzu 彭祖) était un sage taoïste légendaire, qui aurait vécu 800 ans, et qui aurait joué un rôle pendant la dynastie Shang (1570 - 1045 av. J.-C.). Il déclara que l’homme ne peut pas vivre sans une femme, et que la femme ne peut pas vivre sans un homme. Vivre en solitaire en désirant des rapports sexuels raccourcit la vie d’un homme et est la cause de cent maladies. Les esprits et les démons abuseront de lui pour la copulation. Perdre sa semence (C. jing) ainsi est cent fois pire que de la perdre de la manière habituelle. En revanche, quand le yang est utilisé pour nourrir le yin, les cent maladies s’évanouiront, on aura un air joyeux et rayonnant et un teint radieux. Ce qui est d'ailleurs confirmé par Tilopa dans ses instructions à Naropa. Pengzu aurait eu dix-neuf femmes et 900 concubines car rien n’est pire que la monogamie. L’empereur jaune, dit-il, avait 1200 femmes et devint immortel. L’homme vulgaire n’en a qu’une et ruine ainsi sa vie. Avoir la science (vidyā) ou pas, toute la différence est là.[12] De quoi former des armées de prédateurs sexuels

Quand des détenteurs de lignée tibétains (laïcs ou non…) atteignent un certain âge ou que leur santé est fragile, ils peuvent booster leur longévité ou santé en ayant recours à la remède d’une karmamudrā, qui doit répondre à certaines caractéristiques (T. mtshan ldan). Gedün Chöpel a écrit un Traité de l’amour (T. 'dod pa'i bstan bcos), basé sur plus de trente traités majeurs et mineurs indiens et tibétains ainsi que sur sa propre expérience. Parmi ceux-ci aucun traité d’origine chinoise... Il me semble néanmoins évident que le taoïsme chinois ait eu une influence directe ou indirecte très nette sur ces aspects du bouddhisme tibétain. On peut par exemple voir des parallèles entre les systèmes d’alchimie sexuelle attribué à Réchungpa et Ngendzongpa et certaines instructions de « la chambre à coucher » taoïstes. Notamment en ce qui concerne le besoin d’une karmamudrā pour des raisons de santé et de longévité. Une étude comparative pourrait être intéressante. Prenons par exemple les instructions de la Dame pâle (Sù nǚ 素女), « fille » de la Reine-mère d’Occident, données au légendaire empereur jaune (Houang-ti), que l’on trouve dans le Livre de la Dame pâle (Sù nǚ Jing 素女经 ou Su-niu-ching)[13].

Ce texte aurait été écrit entre le 1er et le 6ème siècle. Le bouddhisme était donc bien installé en Chine, ce qui peut éclairer le dialogue entre la Dame pâle et l’Empereur jaune, puisque certains souverains chinois avaient été proches des bouddhistes. L’empereur jaune demande à la Dame pâle que s’il n’avait pas de relations sexuelles pendant une longue période quel effet cela aura sur sa santé ? « Un très mauvais effet », répond la Dame pâle. Le Ciel et la Terre ont des mouvements changeants, le yin et le yang se régulent l’un sur l’autre. L’Homme doit les imiter et suivre le cours de la Nature. Si l’empereur refuse de copuler (par exemple en suivant des préceptes bouddhistes), ses forces vitales stagneront et le yin et le yang seront bloqués. Il faut donc que l’empereur jaune fasse régulièrement faire de l’exercice à sa « tige de jade » afin d’entretenir ses forces. Et en effet, l’empereur se plaint de mélancolie et d’angoisses (fichus bouddhistes !). Que faire ? La Dame pâle le lui explique. Toute déchéance physique est causée par le rapport entre le yin et le yang. Une femme qui a des rapports sexuels avec un homme est comme de l’eau (yin) capable d’éteindre le feu (yang). Il faut donc être très prudent. Utilisé à bon escient  l’amour peut être un creuset dans lequel les essences se mélangent et nourrissent la force vitale. Il convient donc d’apprendre les méthodes de yin et de yang pour connaître tous les délices. Si l’empereur les ignore, il mourra bientôt.


Le dragon (yang) monté par une fille, le tigre (yin) monté par un garçon, mélangeant leurs essences dans un athanor

***

[1] Mère d’or (金母 jinmu), l’ouest étant associé au métal selon la théorie des cinq éléments ; son homologue le Roi-père d’Orient devient alors le Père de bois (木公 mugong), élément associé à l’est

[2] Plutôt guerrière et stratège militaire. Quelquefois chevauchant un phénix. Elle aurait été neuf jours la maîtresse de l’empereur de Jade. Peut-être associée avec Ugratara/ Khadga Jogini (la Yogini à l’épée).

[3] Traduit entre 223 et 253

[4] L’iconographie tantrique représentant le lotus et le disque de lune est plus tardive.

[5] Wikipedia

[6] Gaurī signifie : blanc, pâle, de complexion claire. Le nom népali est en opposition avec le nom tibétain, qui signifie blue foncé (nīla). śaṅkara signifie bienfaisant, qui apporte le bonheur ou la prospérité. C’est aussi le nom de Durgā (qui a pour monture un tigre) et de Pārvatī. Ou apparemment quelquefois sa monture peut même être un lion...

[7] Elles lui demandent s’il connaît les quatre phases de la karmaudrā et que s’il les connaît, qu’il ferait mieux de les pratiquer rapidement. Car il est dit dans les tantras kagyupa qu’il faut attirer des filles de dieux, naga et de yakṣa. De tous les services, celui d’une mudrā est la plus merveilleuse. P. 518

[8] Lotus (pad can), conque (dung can), image (ri mo can) et éléphant (glang po can). Voir Tibetan Arts of Love, de Gedün Chöpel traduit par Jeffrey Hopkins, pp. 153 etc.

[9] ‘bebs pa rus sbal ‘gros kyis ‘bebs// skyil ba a ba dhu tIr bskyil// bzlog pa dud ‘gro’i ‘gyur bzhis bzlog/ ‘grems pa rnam grol phyag rgyas ‘grems// p. 519

[10] Pour une critique du système patriarcal du bouddhisme tibétain et la position de la femme, voir Traveller in Space de June Campbell.

[11] L’empereur adolescent Liu tzû yeh 449-465 aurait eu 10.000 femmes. 中國古代房内考: A Preliminary Survey of Chinese Sex and Society, Robert Hans Van Gulik, p. 93

[12] Chinse erotic art, Michel Beurdeley, Kristofer Schipper, Chang fu-jui, Jacques Pimpaneau, Chartwell books, p. 17

[13] Traduit en français sous les titres Le merveilleux traité de sexualité chinoise de Maurice Mussat.

mardi 12 octobre 2010

Ngendzong et Tseringma



Ngendzong Teunpa (T. ngan rdzong ston pa) n'est pas connu en dehors de la transmission orale de Cakrasaṁvara. Il existe un manuscrit que Roberts situe approximativement au quatorzième siècle, qui porte le titre "La vie et les chants du glorieux [Mila] Shépé Dordjé" (T. dpal bzhad pa’i rdo rje’i rnam thar mgur chings dang bcas pa), et qui comporte quatre textes. Ces textes ont été compilés et contiennent des comptes rendus attribués à douze grands yogis (T. ras pa), disciples directs de Milarepa, parmi lesquels figure ledit Ngendzong Teunpa. Le compilateur anonyme présente Ngendzong comme le personnage clé dans la transmission orale de Cakrasaṁvara [3]. Dans son colophon, le compilateur reprend le colophon de Ngendzong et écrit :
"Ceci a été mis par écrit en accord avec les paroles du lama, car je craignais que des personnes de moindre intelligence [parmi] les futurs détenteurs de lignée de ce Joyau qui exauce - de la lignée Karṇatantra (T. snyan rgyud) de Cakrasaṁvara puissent l'oublier."[4]
Selon Peter Roberts, la partie du manuscrit qui concerne Ngendzong relate les combats de Milarepa contre les démons, et plus particulièrement sa rencontre avec Tseringma, qui avait lieu selon Ngendzong en 1117 quand Milarepa avait 77 ans. Roberts pense aussi que ce manuscrit avait servi de source à l'historien 'Gos lotsawa, ce qui lui permet de le dater (avant 1478). Tsangnyeun Heruka se serait appuyé sur ce manuscrit pour écrire sur Ngendzong et Tseringma.

Dans les Chants de Milarepa et donc selon Tsangnyeun Heruka, la déesse Tseringma aurait été la mudrā de Milarepa dans sa pratique de karmamudrā (yoga sexuel)[5]. C'est une preuve hagiographique que Milarepa aurait pratiqué les quatre mudrā au complet et qu'il est ainsi un vidyādhara de la plus haute catégorie. Les hagiographies sont habituellement très discrètes sur cet aspect, mais dans les Chants de Milarepa, Tsangnyeun le met en avant pour les raisons exposées dans le billet précédent.

Le yogi fou de Tsang consacre d'ailleurs aussi un chapitre à Ngendzong Teunpa dans les Chants de Milarepa (ngan rdzong ston pa dang mjal ba'i skor Chang : The song of the staff). On retrouve le nom de Ngendzong dans la collection des oeuvres complètes de Thu'u kwan Blo bzang chos kyi nyi ma (1737-1802) où il est mentionné comme le coauteur d'un rituel de prière et d'offrande à Tseringma avec zhwa dmar (4ème) chos kyi grags pa (1453-1524) dans la section dédiée aux dharmapala. Tsangnyeun le mentionne encore dans le colophon de sa Vie de Marpa. Il explique que sa version est basée sur celle de Ngendzong en l'ayant enrichie de nombreuses anecdotes. Il explique que l'hagiographie de Marpa avait initialement été donnée oralement à Ngendzong par Milarepa et Marpa Golek. Milarepa l'aurait aussi donnée à Rechungpa. Ensuite, Rechungpa et Ngendzong auraient compilé ensemble la version de Ngendzong qui avait servi de base à Tsangnyeun pour sa version à lui.

Sur Tseringma
Thu'u kwan écrit dans son colophon du rituel de prières et d'offrandes de Tseringma qu'il s'est basé sur la prière (T. gsol kha) composé par Ngendzong et le 4ème Shamarpa. Si ce Ngendzong est le contemporain du 4ème Shamarpa, il n'a pas pu être le disciple direct de Milarepa. Si le 4ème Shamarpa, pour écrire cette prière, s'est basée sur une version antérieure attribuée à Ngendzong, cette dernière n'existe plus. Thu'u kwan explique que, pour écrire ce rituel, il a donc utilisé cette version et pour les différentes phases du rituel il s'est basé sur celles que l'on trouve dans "la Mine des sadhāna " (T. sgrub thabs rin 'byung), une collection de sadhāna suivant l'exemple du Guhyasamajasādhanamala, et composée par le Sakyapa rje btsun kun dga' snying po (1092-1158). Les autres rituels de Tseringma que j'ai trouvés sur TBRC sont tous plus tardifs (post 18ème siècle). Tseringma, qui a pour monture un lion de neige - animal emblématique du Tibet - est l'équivalent tibétain de Vajrayoginī ou Vajravarāhī. Tseringma est d'ailleurs considérée comme la protectrice spécifique du Tibet en général et de la lignée de Milarepa en particulier.

Faits concrets sur Ngendzong
Comme preuve de l'existence de Ngendzong, il y a concrètement "La vie et les chants du glorieux [Mila] Shépé Dordjé", qui contient quatre textes attribués à Ngendzong et qui sont une compilation anonyme, que Roberts pense dater du 14/15ème siècle. Bien que le compilateur soit anonyme, il appartient clairement à la lignée de Ngendzong et probablement à la lignée Drukpa (Roberts p. 19). Il y aurait une prière à Tseringma, cosignée avec le 4ème Shamarpa (15/16ème sciècle), que je n'ai pas pu trouver mais dont se serait servi Thu'u kwan pour composer son rituel à Tseringma. Il y aurait une hagiographie de Marpa, coécrit avec Rechungpa, dont Tsangnyeun (15/16ème sciècle) se serait servi pour écrire sa Vie de Marpa. Très peu de choses concrètes.
En revanche, Ngendzong est présenté comme un témoin direct de la vie de Milarepa, notamment de ses combats contre les démons, et sa rencontre avec Tseringma, la karmamudrā de Milarepa, donc de sa pratique des quatre mudrā dans le sens Néo-herukiste du mot. Il est celui qui aurait reçu de Milarepa le Cycle des neuf instructions de la dakini incorporelle et qui est à l'origine de "Transmission orale de Cakrasaṁvara" (T. bde mchog snyan brgyud), aussi appelée en abrégé "La transmission orale" (T. snyan brgyud).

C'est cette acceptation qui avait conduit certains à conclure que Gampopa aurait refusé ou rejeté les instructions ésotériques de Milarepa qui comportaient la pratique d'une karmamudrā pour la raison qu'il tenait aux voeux de libération personnelle de par sa formation Kadampa et que pour cette même raison sa version de la Mahāmudrā ne pouvait pas être complète. C'est toujours pour cette raison que dans la tradition de Rechungpa, Gampopa est quelquefois relégué à un rôle secondaire. Voici le colophon de "La vie et les chants du glorieux [Mila] Shépé Dordjé" :
"Les quatre fils de coeur furent Rechung, Seben Repa, Ngendzong Repa et Drigom Repa. Les huit fils proches furent Repa Shiwa Ö, Repa Sanggye Kyab, Repa Dorje Wangchuk, Shengom Repa, Rongchung Repa, Kharchung Repa, Nyengom Repa et Khyira Repa."[6]
Gampopa est classé dans une liste de six disciples qui avaient connu Milarepa à la fin de sa vie (T. sku gshegs pa′i slob ma drug).

Mise à jour :

Dans la Collection du savoir (shes bya mdzod), vol. 3, dans la section qui traite de la Mahāmudrā-sahaja de la félicité vide (bde stong), selon le système des mantra (S. mantranaya), sans le système des sūtra (p. 375), Jamgong Kongtrul explique que la tradition orale de la ḍākinī de Cakrasaṁvara de la basse lignée Drukpa Kagyu (smad 'brug) provenait de la Collection de trois cycles du joyau qui exauce (yid bzhin nor bu skor gsum gyi mdzod) qui remonta à Rechungpa et à Ngendzong (ngan rdzong ston pa).
Avec l'information de la co-écriture du rituel de Tseringma avec le 4ème Shamarpa, cela fait un deuxième élément qui pourrait suggérer que Ngendzong n'était peut-être pas un contemporain de Milarepa et de Rechungpa.

***
Illustration : Le groupe des cinq déesses de Tseringma avec Milarepa en haut

[2]
The Biographies of Rechungpa: The Evolution of a Tibetan Hagiography de Peter Alan Roberts. p. 2
[3] Ibid. p. 23
[4] T. 'khor lo yi/ rgyud pa yi bzhin nor bu snyan rgyud bde mchog 'di/ma 'ongs gdung rgyud 'dzin pa rnams/ blo dman rjed pas 'jigs pa'i phyir/ bla ma'i gsung bzhin yi ger bkod/
[5] tshe ring mched lngas drod zhul ba dang zhus lan gyi rim pa. Tsangnyeun explique à la fin du chapitre qu'il s'est basé sur la version de Ngendzong pour l'écrire.

[6] The Biographies of Rechungpa p. 24

Textes tibétain Wylie

Colophon
Thu'u kwan

tshe ring mched lnga'i gsol mchod kyi cho ga 'dod 'jo'i bum bzang zhes bya ba 'di ni / rgyu mtshan 'ga' zhig la brten nas/ rang nyid kyi mos pa'i mtshams sbyar te/ rje btsun gyi dngos slob ngan rdzong ston pa b+ho d+hi rA dza dang/ zhwa dmar pa chos kyi grags pas mdzad pa'i gsol kha dang / rje btsun kun dga' snying pos sgrub thabs rin 'byung du gsung pa'i chog bsgrigs rnams gzhir bzhag pa la ma tshang ba kha bskangs/ go rim khrigs su bsdebs/ tshig sbyor 'ga' zhig gsar du bgyis te cha tshang la khyer bde bar/ btsun gzugs d+harma badz+ra gyis gzhis ka o rgyan gling du sbyar ba'o


Colophon Vie de Marpa

de ltar rje btsun mar ston chos kyi blo gros kyi rnam par thar pa mthong ba don ldan 'di nyid/ rje btsun mi la dang/ mar pa mgo legs gnyis kyis ngan rdzong ston pa la zhib rgyas zhal nas snyan du brgyud pa dang/ rje btsun mi la ras chung pa la yang gnang bas/ ras chung pa dang ngan rdzong ston pa byang chub rgyal po gnyis bka' bgros nas bsgrigs pa'i rnam thar phyi mo'i gtso bor bzhugs pa las/ bla ma rngog pa/ mtshur ston/ mes ston rnams kyi zhal nas byung ba'i yig cha la sogs rnam thar mang dag 'dzom pa'i nang nas/ skye 'gro dwang ba'i mig rkyen mchog gu gyur pa/ don la srid zhi'i dgos 'dod 'byung ba rin po che bai DU rya'i phreng ba rnams kyi thugs rje'i mig la lhag bsam gyi lung tshig gi sdeb sbyor spel legs par brgyus nas rnam mkhyen sangs rgyas thob pa'i rgyan 'dod pa rnams kyi yid 'phrog par byed pa'i rin chen rgyan gyi phreng ba 'di nyid/ dur khrod nyul ba'i rnal 'byor pa khrag 'thung rgyal pos/ dbang phyug mi la ras pa'i mngon par rdzogs par sangs rgyas pa'i gnas mchog chu bar sprul sku'i pho brang du yi ger bkod pa'i yi ge pa ni shrI lo pan pa 'jam dpal chos lha'o

Shes bya mdzod (vol. 3 p. 393)
rje btsun mi la'i thugs sras zla ba lta bu ras chung rdo rje grags pa dang*/ sogs khongs nas ngan rdzong ston pa gnyis kyis yid bzhin nor bu skor gsum gyi mdzod nas byon pa'i bde mchog mkha' 'gro snyan brgyud kyi bka's srol 'dzin pa ste/