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dimanche 30 mars 2025

Dampa sur son lit de mort

Représentation du "fou de gCod"Chökyi Senge selon Neljorpa FB)

Le passage ci-dessus vient d’une hagiographie composée par Chökyi Senge et Gangpa (Gang pa), et publiée par les Éditions des Nationalités du Qinghai 1992 Xining. La hagiographie a pour titre Vie de Pa dampa Sangyé et de Ma chik Labdron (Pha dam pa dang ma cig lab sgron gyi rnam thar).

Chönyön Dharma Senge (gCod smyon/Khams smyon d+harma seng+ge, décédé en 1890) fut un éminent maître bouddhiste tibétain originaire de la région de Sertal au Tibet oriental. Après avoir étudié dans plusieurs monastères, dont celui de Shukgang, il reçut l'enseignement du Chöd du maître Gemang Chöpa et pratiqua intensivement dans plus d'une centaine de lieux sacrés et de charniers. Son principal maître spirituel, Kyabgön Yeshe Gyaltsen, avec lequel il partageait un lien karmique profond, lui transmit les enseignements secrets du Nyingthik. Établissant son siège principal à Gang-ri Tokar, lieu historiquement lié à Longchenpa, il devint un maître influent qui enseigna principalement le Chöd et le Nyingthik à d'innombrables disciples du Tibet oriental et central. Figure clé dans la transmission des enseignements des "trois lions", il contribua significativement à leur diffusion dans le Tibet central, l'est du Bhoutan et d'autres régions. Son héritage perdure à travers ses nombreux écrits et la "tradition de Dharma Senge" qu'il fonda, qui intègre les enseignements du Nyingthik, du Chöd et des divinités pacifiques et courroucées.

Je n’ai aucune idée de l’origine des anecdotes rassemblées dans ce texte. Présenter des instructions comme les dernières instructions d’un maître sur son lit de mort donne évidemment un cachet littéraire supplémentaire à celles-ci. Disons que ce n’est pas le seul “testament” de Dampa Sangyé. On y trouve le style direct, la franchise et la simplicité d’autres paroles attribuées à Dampa Sangyé. “Dampa est connu pour son soutien aux pratiquantes féminines, et il était particulièrement conscient des difficultés spécifiques et mondaines qu'elles devaient surmonter pour consacrer leur vie à la pratique spirituelle”[1].

La nonne Dütsikyi (Jo Mo bDud rtsi sKyid) était une de ses disciples féminines. C’est elle qu’on trouvera au lit de mort de Dampa dont les propos qui suivent.

***

Ensuite, la nonne Dütsikyi, ayant entendu que Dampa était malade, vint lui rendre visite. Dampa étant couché, elle s’adressa à lui.
— Dampa ?
— Oui.
— Vous êtes couché ?
— Je suis souffrant.
— Dampa, qu'est-ce qui vous fait souffrir ?
— Je souffre de l'indivisibilité du corps-esprit (t. lus sems).
— Dampa, dans mon rêve, je vous ai vu monter dans le ciel. Vous êtes mourant ?

Dampa répondit : "Dütsikyi, sois sereine. Un homme qui, distrait toute sa vie durant, est finalement incité à suivre la voie, se trouvant face au Seigneur de la mort (t. ‘chi bdag bdud), quel regret aurait-il ? Un homme qui a toujours ensemencé des champs d'actes non vertueux (s. akuśala), et dont la vie arrive à son terme, que ressent-il dans son cœur ? Un homme qui, en s'appuyant sur le Dharma a su acquérir une indépendance spirituelle, quelles joies divines ne l’attendent ?

Celui qui a commis uniquement des actes non vertueux, se trouvera face aux créanciers du Seigneur de la mort et doit répondre pour ses dettes et défaillances. La fuite n’étant plus possible, que peut-il faire ? Ces gens qui, tout en connaissent la différence entre vertu (s. kuśala) et non-vertu (s. akuśala), ne considèrent pas les conséquences de leurs actes, et n'éprouvent généralement aucune honte envers eux-mêmes. Comme nos aspirations ont été bien servies, nous n’avons pas de souci à nous faire. Réjouis-toi et fais des souhaits."

Dampa lui dit ensuite : "Ma soeur (t. mar jo mo), je te donnerai quelques exemples (t. dpe) pour transformer les adversités en alliés sur la voie : c’est comme l’effet d’un médicament qui transformerait une maladie (t. nad gzhi) en un avantage physique (t. lus zungs). C’est comme le dégoût de l’Errance (s. saṃsāra) [qui devient une force motrice]. C’est comme un criminel incarcéré [qui aspire à racheter ses erreurs].

Un exemple pour les élaborations conceptuelles (s. vikalpa) qui s’évanouissent dans l’étendue de l’ainsité (s. dharmatā) : c’est comme des flocons de neige tombant dans l’eau d’un lac.
Un exemple pour montrer comment toute expérience sensorielle peut devenir un allié [sur la voie] : c’est comme un feu qui se propage d’autant plus que la forêt est dense. Un exemple pour montrer comment en prenant les cinq poisons comme allié, on peut y trouver une connaissance de soi (t. ye shes rang la rnyed pa) : c’est comme de la glace qui en fondant devient de l’eau. Mais passons à autre chose maintenant.

Tant qu'on ne sait pas prendre l’ainsité comme allié, il ne faut pas la prendre pour quelque chose d’externe. Tant qu'on n'a pas sondé le fond de la profonde ainsité, il ne faut pas spéculer (t. gros mi ‘dri) sur une conscience interne (t. nang rig pa). Tant que les caractéristiques (t. mtshan ma) dualistes ne s’évanouissent pas d’eux-mêmes, il ne faut pas mélanger ce qui est Dharma et ce qui ne l'est pas (s. adharma).

Tant que le fruit du triple éveil intérieur (t. sku gsum) ne se manifeste de lui-même, il ne faut pas renoncer à cultiver des racines de vertu (s. kuśala-mūla), certes conditionnées. Tant que toute présomption (t. snyems byed pa) n’a pas disparu, ne laisse pas ta langue pratiquer la vue (t. lta ba) à ta place. Tant que la patience du Dharma (t. chos la bzod pa [2]) n’est pas acquise, ne néglige pas la loi de cause à effet. Tant que le non-soi (p. anatta) de l’individu n’est pas réalisé, ne te sépare pas des exercices spirituels [3]. Tant que la pensée-en soi (t. sems nyid) et l'espace (t. nam mkha') ne sont pas mêlés de façon indivisible, chaque véhicule est vrai en son propre domaine. Ne sois donc ni partial ni sectaire envers le Dharma. C’est ton propre esprit (t. rang sems), voilà (t. ang ge) !"

Dampa dit alors :

"Dütsikyi, imagine les Trois Joyaux au centre de ton esprit, et prends refuge en eux avec foi et respect.
Protégez des dangers des trois mondes inférieurs, Refuge !”.
Imagine les maîtres de la lignée des siddhas au sommet de ta tête et leur adresse respectueusement cette requête
Faites émerger la grâce du triple éveil intérieur (sku gsum), Refuge !
Imagine les cercles des divinités au centre du cœur, et emprègne en (t. rtsal du khyer) ton corps et ta parole.
Accordez les accomplissements (siddhi) suprême et ordinaires, Refuge !
Les gaṇacakra, baliḥ (t. gtor ma), et samaya aux Mères (s. mātṛ), les ḍākinīs des trois niveaux (t. gnas gsum [4]), observez les de près, tel une ombre, et fais-en une escorte contre les dangers :
Eliminez tous les obstacles extérieurs et intérieurs, Refuge !
Voilà !

A la fin :

“En somme, regarde encore et encore ton propre esprit (t. rang gi sems) qui n’est pas un chose (t. vastu). Pas moi, mais un maître qui me ressemble, émergera alors de l'intérieur et viendra à toi, Refuge !" dit-il, et il se recoucha.
***

[1] Padampa Sanggye, The Treasury of Lives, Michelle Sorensen, 2011
[2] Expliqué en détail dans les chapitre 7 et 9 du Sūtra Roi des Samādhis (Samādhiraja). Le chapitre 9 aborde "La Patience du Dharma Profond".
[3] Il s’agit sans doute de pratiques remèdes telles que l’entraînement de l’esprit (blo sbyong).
[4] J’interprète gnas gsum (les trois lieux) comme les trois niveaux (sa gsum). Dans les formules de refuge associées à la pratique de gCod, on voit souvent “ma gnas gsum gyi mkha' 'gro ma rnams la skyabs su mchi'o”.
P.e. dans gCod kyi lus sbyin gyi ngag 'don mu tig phreng ba :  bla ma la skyabs su mchi'o// sangs rgyas la skyabs su mchi'o// chos la skyabs su mchi'o// dge 'dun la skyabs su mchi'o// lan gsum dang / bka' grub thob gcod yul rgyud pa'i dpal ldan bla ma dam pa rnams la skyabs su mchi'o// ma gnas gsum gyi mkha' 'gro ma rnams la skyabs su mchi'o//

Texte en tibétain Wylie

yang jo mo bdud rtsi skyid kyis dam  pa snyung zer ba thos nas mjal du yong bas/dam pa gzims  nas gda' ba la/ dam pa zhus pas ang gsungs/gzims  pa tsug lags zhus pas nga na gsungs/ dam pa lags ci skur  zhus pas/ lus sems gnyis dbyer med du na gsungs/ dam  pa lags nga'i rmi lam na dam pa nam mkha' la bzhud pa zhig  rmis na/ da grongs pa min na rung ste zhus pas/ dam pa'i  zhal nas/ bdud rtsi skyid soms dang / mi tshe yengs ma lam  la bskul nas 'chi bdag bdud dang 'phrad pa'i mi la 'gyod pa  e yod na//so nam sdig pa la byas nas tshe zad pa'i mi de'i  snying la byed pa e yod na//  mdun ma chos la gtad nas gros  phugs su rang mgo thon pa'i mi de lha bro re e rdung na/ sdig pa 'ba' zhig byas pas//  'chi bdag bdud kyi jag pa byung  ba'i tshe yus can dang mtshang can phrad pa 'dra ste//  bros pas  ni mi thar ci tsug byed na//  lar dge sdig ngo shes nas rnam smin  la mi 'dzem pa'i mi 'di tsho//rang gis rang la khrel med rang  byas par gda' 'o/ rang re'i mdun ma legs por song bas  sems la sdug bsngal ma byed cig /dga' bar soms la gsol  ba yang dang yang du thob cig gsungs/ 

yang dam pa'i zhal nas/ mar jo mo rkyen ngan grogs su shar ba'i dpe ni/ sman gyi nus  pas nad gzhi lus zungs su smin pa dang 'dra'o//  'khor ba la  skyo ba skyes pa'i dpe ni//  btson rar bcug pa'i nag can skyo  ba dang 'dra'o/ rnam rtog chos nyid kyi klong du grol ba'i dpe  ni/ mtsho la kha ba bab pa dang 'dra'o//  ci snang sgo lnga'i grogs  su shar ba'i dpe ni/ nags 'thug po la me mched pa dang  'dra'o//  dug lnga lam du slong bas ye shes rang la rnyed pa'i dpe  ni//  'khyag rom chu ru zhu ba dang 'dra'o//  de rnams la zhog  cig ang ge gsungs/ 

yang dam pa'i zhal nas/
chos nyid kyi grogs su 'khyer ma shes pa'i bar du ni//  phyi'i snang ba la bzo mi bya'o/ chos nyid zab mo'i phu thag ma tshod kyi bar du nang rig pa la gros mi 'dri'o// bar gnyis 'dzin gyi mtshan ma rang sar ma grol gyi par du//  chos dang chos min mi bsre'o//  

'bras bu sku gsum ngang gis mngon du ma gyur gyi bar du/ 'dus byas kyi dge ba'i rtsa ba rgyun mi gcad do/
snyems byed dang ma bral gyi bar du/ lta ba kha tsho la ma bskur  cig /chos la bzod pa ma thob kyi bar du//  las rgyu 'bras khyad  du ma gsod cig /gang zag gi bdag med ma rtogs kyi bar du/ sems gnyen po dang ma 'bral cig /sems nyid dang nam mkha'  dbyer med du ma 'dres kyi bar du//   theg pa rang sa na bden  pas chos la phyogs cha dang phyogs ris ma byed cig/rang sems  ang ge gsungs/ 

yang dam pa'i zhal nas/
bdud rtsi skyid lha dkon  mchog gsum sems kyi dkyil du sgoms la dad gus kyis skyabs  'gro gyis shig ngan song gsum gyi 'jigs pa las bskyabs te  mchi'o//  grub thob brgyud pa'i bla ma spyi bo'i gtsug tu sgo mas la  mos gus kyis gsol ba thob cig sku gsum gyi byin rlabs 'byung  ste mchi'o//  yi dam lha tshogs snying gi dkyil du sgoms la lus  ngag gi rtsal du khyer zhig mchog dang thun mong gi dngos grub thob  ste mchi'o//  ma gnas gsum gyi mkha' 'gro la tshogs gtor  dang dam tshig grib ma bzhin du 'grogs la 'jigs pa'i skyel mar  khrid cig phyi nang gi bar chad thams cad bsal nas mchi'o//   ang ge gsungs//

lar dngos med rang gi sems la yang dang 

yang du ltos dang /nga min kyang nga dang 'dra ba'i bla ma zhig  nang nas 'char te mchi'o//  ang ge gsungs nas gzims  so/

samedi 20 novembre 2010

Une rencontre au sommet : la folie de Milarepa



Dans les Cent mille chants de Milarepa, Tsangnyeun heruka, le fou de Tsang, imagine une rencontre entre Milarepa et Padampa Sangyé l'indien, à l'origine des lignées Shidyé (T. zhi byed) et Cheu (T. gcod). Ils s'échangent leurs méthodes respectives par le biais de chants et quand Dampa expose sa méthode qui apaise toute inquiétude, Milarepa écoute avec grand intérêt.
Pendant que Dampa Sangyé fit son chant, le Seigneur était content et s'était réassis, son habit défait. Dampa lui dit : "Ne pas dissimuler la partie du corps qui devrait être dissimulée c'est se comporter comme un fou. Ca ne se fait pas." En réponse, le Seigneur lui fit le Chant sur sa façon d'être fou

Hommage aux seigneurs instructeurs
Je prends refuge en ceux qui m'ont témoigné de la bienveillance
Dissipez les conditions défavorables et les obstacles
Et conduisez-moi vers le Dharma par des chemins favorables

Moi, le yogi Milarepa,
On me demande [tout le temps] si je suis fou
Moi aussi, il m'arrive de penser "Suis-je fou ?"
Je vous expliquerai la folie de ma façon d'être fou

Quand les pères sont fous, les fils aussi le seront, c'est une transmission de fous
Cette transmission remonte au grand Vajradhara, qui est fou
Mon arrière grand-père Tailopa, Shes rab bzang po (Prajñābhadra), était un fou
Mon grand-père le grand Nāropa, fou
Mon vieux père Marpa le traducteur, fou
Et moi Milarepa, fou aussi
Dans cette transmission qui remonte au grand Vajradhara
Ce sont les quatre corps (S. kāya) naturels qui le rendent fou
Mon arrière grand-père Tailopa, Shes rab bzang po
C'est le démon de la Mahāmudrā qui l'a rendu fou
Mon grand-père le grand Nāropa
C'est le démon de l'observance (S. vrata) de l'expérience directe (T. rig pa) qui l'a rendu fou
Mon vieux père Marpa le traducteur
Est devenu fou par le démon des quatre classes de tantra
Et moi Milarepa
C'est le démon du couple énergie (S. prāṇa) et conscience qui m'a rendu fou
L'approche de la non-identification fragmentaire (T. phyogs ris med), c'est folie
La culture de la luminosité insaisissable, c'est folie
L'observance incontrôlée et spontanée, c'est folie
Le fruit sans espoir et crainte, c'est folie
Maintenir le lien (S. samaya) sans hypocrisie, c'est folie

Non seulement je suis fou, mais en plus je suis possédé par les démons
Je suis possédé par le démon des instructions du lama
Je suis possédé par la démone de la grâce des ḍākinī
Le démon de la liberté est entré en moi
La goule du jeu de la réalisation me hante sans cesse

Non seulement je suis possédé par les démons, mais je suis aussi atteint par des maladies
La Mahāmudrā me fait des pointes par derrière
Le Dzogchen me lance par devant
Je souffre du mal chronique de la respiration-vase (S. kumbhaka)
La fièvre de l'intuition (S. jñāna) m'écrase d'en haut
D'en bas je suis saisi par le froid de l'absorption
Au milieu, la chaleur et le froid de la félicité et de la vacuité s'affrontent
Je vomis le sang des instructions par la bouche
Mes poumons sont bloqués par la félicité de la substance des attributs (S. dharmatā)

Et comme si les maladies ne suffisaient pas, voici qu'arrive la mort
Dans l'étendue de l'approche (S. dṛṣṭi), toute identification fragmentée se meurt
Dans l'étendue de la culture, l'opacité et l'agitation se meurent
Dans l'étendue de l'observance (S. caryā), les voeux superficiels se meurent
Dans l'étendue du fruit, les espoirs et les craintes se meurent
Dans l'étendue du maintien du lien, l'hypocrisie se meurt
Le yogi meurt dans le triple corps (S. trikāya)

A l'aube qui suit la mort du yogi
On ne l'enveloppe pas dans un linceul de laine épaisse
Mais mon joli petit (T. khra mo) cadavre est emballé (T. thum) dans les apparences extérieures
On ne l'attache pas avec du fil fait d'herbe tressé
Mais on l'attache (T. sgrog) avec la corde du canal médian (S. avadhūti)
Je ne laisse pas de petit avec de la morve au nez
Mais j'ai élevé l'adolescent de l'intelligence (T. rig pa) comme fils
Emportez donc le corps de ce yogi mort
Pas sur quelque chemin en terre battue infertile
Mais emportez le sur le chemin du grand éveil
Les ḍākinī des quatre classes serviront de guide
Les lamas Kagyupa marcheront au devant du cortège
Ne le laissez pas dans quelque pré de montagne rocheuse
Mais transportez le sur la montagne de Śrī Samantabhadra
Au lieu de crémation sans renard ni chacal
Ce sont les renards et les loups des expédients (S. upāya) et de la perspicacité (S. prajñā) qui s'en délecteront
Enterrez-le au cimetière de Vajradhara.


***

Illustration : linceul (remarquez la ressemblance de ce linceul avec une chrysalide)

Texte tibétain en Wylie

zhes gsungs pas rje btsun mnyes shing cha lugs lhug par bzhugs pa la/dam pa'i zhal nas lus la sba rgyu zhig 'dug pa mi sbed par smyon pa'i spyod pa 'dra ba de ma byed gsungs pa la/rje btsun gyis smyo lugs 'di mgur du gsungs so//

rje bla ma rnams la phyag 'tshal lo//
bka' drin can la skyabs su mchi//
mi mthun rkyen dang bar chad sol//
mthun pa'i lam sna chos la drongs//
rnal 'byor mi la ras pa la//
gzhan yang smyo'am smyo'am zer//
rang yang smyo'am snyam pa byung*//
smyo ba'i smyo lugs bshad tsa na//
pha smyo bu smyo brgyud pa smyo//
brgyud pa rdo rje 'chang chen smyo//
yang mes tai lo sher bzang smyo//
mes po nA ro paNa chen smyo//
pha rgan mar pa lo ts+tsha smyo//
nga rang mi la ras pa smyo//
brgyud pa rdo rje 'chang chen de//
sku bzhi lhun grub gdon gyis smyo//
yang mes tai lo sher bzang de//
phyag rgya chen po'i gdon gyis smyo//
mes po nA ro paNa chen de//
rig pa btul zhugs gdon gyis smyo//
pha rgan mar pa lo ts+tsha de//
rgyud sde bzhi yi gdon gyis smyo//
nga rang mi la ras pa 'di//
rlung sems gnyis kyi gdon gyis smyo//
phyogs ris med pa'i lta ba smyo//
dmigs med rang gsal sgom pa smyo//
'dzin med rang grol spyod pa smyo//
re dogs med pa'i 'bras bu smyo//
zol zog med pa'i dam tshig smyo//
smyo bas mi tshad 'dre yang gnod//
pho gdon du bla ma'i gdams ngag gnod//
mo gdon du mkha' 'gro'i byin rlabs gnod//
blo bde ba'i 'gong po phugs su zhugs//
rtogs rtsal gyi 'dre mos rgyun du nyul//
'dre gnod kyis mi tshad na yang na//
phyag rgya chen pos rgyab nas gzer//
rdzogs pa chen pos mdun nas gzer//
rlung bum pa can gyis gcong gis zin//
steng na ye shes kyi tshad pas gzir//
'og na ting 'dzin gyi grang ba na//
bar na bde stong gi tsha grang 'thab//
kha nas gdams ngag khrag ltar skyug /
chos nyid kyi bde bas byang khog brgyangs//
na bas mi tshad 'chi yang 'chi//
lta ba'i klong du phyogs ris 'chi//
sgom pa'i klong du bying rgod 'chi//
spyod pa'i klong du tshul 'chos 'chi//
'bras bu'i klong du re dogs 'chi//
dam tshig klong du zol zog 'chi//
sku gsum ngang du rnal 'byor 'chi//
rnal 'byor shi ba'i nangs par de//
snam bu byang rkyang ma lags pa'i//
phyi snang ba khra mo'i ro thum thong*//
rtswa gres ma'i thag pa ma lags pa'i//
a wa d+hU tI'i thag pas sgrog /
snabs bshal bu tsha ma lags pa'i//
bu rig pa'i khye'u chung yar bzhengs la//
rnal 'byor shi ba'i ro 'di khur//
sa lam skya mo ma lags pa'i//
byang chub chen po'i lam la khur//
sa mkhan mkha' 'gro sde bzhis gyis//
ro lam bka' brgyud bla mas drongs//
g.ya' ri spang ri ma lags pa'i//
dpal kun tu bzang po'i ri la skyol//
dur khrod wa spyang ma lags pa'i//
thabs shes rab gnyis kyi wa spyang rol//
rdo rje 'chang gi dur du sbos//