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| M.C. Escher, Butterflies, wood engraving, June 1950 (Escher in het paleis) |
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Le météorologue Edward Lorenz se posait la question en 1972 si le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut provoquer une tornade au Texas ? C’est le fameux effet papillon. Est-ce que le nom métaphorique d’un court sutta bouddhiste intitulé “Lumineux” (Pabhassara Sutta, Anguttara Nikaya I.49-52) a pu faire perdre son âme au bouddhisme en accouchant d’une essence de Bouddha (s. buddhadhātu) ?
La pensée lumineuse dans le canon pāli (Ier – IIe s.)
Qu’est-ce qui est lumineux ? La pensée (p. cittaṃ). Lumineux est à prendre ici dans le sens de pur, translucide. Elle peut être affectée par les afflictions (p. upakkilesehi upakkiliṭṭhaṃ) : l’attraction, l’aversion, l’aveuglement), ou libres de celles-ci (p. upakkilesehi vippamuttaṃ). Ces afflictions sont étrangères à la pensée première, qui est libre de celles-ci. Elles sont pour cette raison souvent qualifiées d' “adventices” (p. āgantuka).
Le mot pāli “citta” est défini dans Saṃyutta Nikāya 12.61 (en pāli : “Assutavāsutta”[1]), où le Bouddha reprend la division instruits (p. ariyasāvakassa, sutavā) / non-instruits (p. puthujjanassa, assutavā). Il y explique que même les non-instruits peuvent se détacher du corps, mais qu’ils ne peuvent pas détacher de ce qui s’appelle la pensée (p. citta), la faculté mentale (p. mano) et la conscience (p. viññāṇa). Pour cela il convient d’être “instruit”.
“Mais ce que l’on appelle “pensée”, et aussi “mental”, et aussi “conscience” (p. viññāṇa), une personne ordinaire non instruite n’est pas capable d’en éprouver du dégoût, ni de s’en détacher, ni de s’en libérer. Pourquoi donc ? Parce que depuis longtemps, bhikkhus, la personne ordinaire non instruite s’y attache, s’y identifie, le prend à tort : ‘Ceci est à moi, ceci est moi, ceci est mon soi.’ C’est pourquoi une personne ordinaire non instruite n’est pas capable d’éprouver du dégoût, ni de se détacher, ni de se libérer de cela.Sujato explique (dans une note) que les termes citta, mano et viññāṇa sont globalement synonymes et peuvent souvent se substituer les uns aux autres. Cependant, chacun a un contexte privilégié : citta doit être développé, ce qui se rapporte à la quatrième noble vérité, le chemin. Mano, le mental est souvent employé pour les actions mentales, relevant de la deuxième noble vérité, l’origine de la souffrance. viññāṇa est le facteur clé dans l’expérience de la souffrance, relevant de la première noble vérité. Dans ces suttas en pāli la pensée qualifiée métaphoriquement de “lumineuse”, n’est ni le Soi, ni la Conscience, ni une essence du Bouddha (s. buddhadhātu).
Mais ce que l’on appelle “pensée”, “mental” et “conscience” apparaît comme une chose le jour et cesse comme une autre la nuit, constamment. Imaginez, bhikkhus, un singe se déplaçant dans une forêt, dans un bois : il saisit une branche, la lâche, en saisit une autre ; il lâche celle-ci, en saisit encore une autre. De même, bhikkhus, ce que l’on appelle “pensée”, “mental” et “conscience” apparaît comme une chose et cesse comme une autre, le jour et la nuit, constamment.
En ce cas, un noble disciple instruit applique sa pensée avec soin et raisonnement à la coproduction conditionnée elle-même : “Quand ceci existe, cela advient ; par la naissance de ceci, cela naît. Quand ceci n’existe pas, cela n’advient pas ; par la cessation de ceci, cela cesse. C’est-à-dire : l’ignorance est une condition pour les choix (p. saṅkhārā)[2]. Les choix sont une condition pour la conscience. Ainsi se produit la naissance de toute cette masse de souffrance. Mais quand l’ignorance s’estompe et cesse sans laisser de trace, les choix cessent. Quand les choix cessent, la conscience cesse. […] Ainsi se produit la cessation de toute cette masse de souffrance.
Voyant cela, bhikkhus, un noble disciple instruit devient dégoûté de la forme, de la sensation, de la perception, des choix, et de la conscience [les 5 skandha). Étant dégoûté, le désir s’estompe. Quand le désir s’estompe, il est libéré. Quand il est libéré, il sait : “Je suis libéré.” Il comprend : “La naissance est épuisée, la vie spirituelle est accomplie, ce qui devait être fait a été fait, il n’y a plus rien à venir pour cette existence individuelle. (p. itthatta).”
La divinisation du Bouddha : Mahāsāṃghika et Lokottaravādins
Ces corrélations sont apparues ultérieurement, à partir de thèses où le Bouddha était divinisé, notamment des sectes bouddhistes appelés Mahāsāṃghika et Lokottaravādins (supramondains, “transcendantalistes”), peut-être au IIIème siècle av. JC. Ces écoles ont développé une conception profondément transcendante, ou supramondaine (p. lokottara), de la nature des Buddha et des Bodhisattvas, s'opposant à une vision purement historique et humaine. Le "Mahāvastu", un texte canonique de l'école Mahāsāṃghika-Lokottaravāda du bouddhisme primitif compilé entre le IIe siècle avant notre ère et le IVe siècle de notre ère, présente une conception de la venue au monde du Bouddha qui s'apparente au docétisme observé dans certains courants gnostiques chrétiens.
Le Bouddha divinisé n’évolue pas dans le nirvāṇa, mais est toujours directement ou indirectement actif dans tous les niveaux du “monde enchanté”, par le biais d’émanations et de missions, dans son “corps de métamorphose” ou “fictif” (s. nirmāṇakāya) ou par des “créatures fictives”. Dans Le traité de la grande vertu de sagesse (Mahāprajñāpāramitāśāstra) de Pseudo-Nāgārjuna (trad.Étienne Lamotte, Bureaux du Muséon, 1944) on trouve davantage de détails.
“Ces créatures fictives ne sont pas soumises à la naissance (jāti), à la vieillesse (jarā), à la maladie (vyādhi) et à la mort (marana) ; elles n’éprouvent ni malheur (duhkha) ni bonheur (sukha), et diffèrent ainsi des créatures humaines. C’est pourquoi elles sont vides (śūnya) et inexistantes (asat).”La vision du Bouddha divinisé s'accompagne de plusieurs thèses radicales (Bareau, 1955[3]).
“En outre les produits de nirmāṇa sont sans substance fixe (aniya-tadravya) ; c’est seulement en tant qu’ils naissent de la pensée [de métamorphose] qu’ils ont une activité (kriyā), mais aucun n’existe vraiment.”
“Lorsque la pensée de métamorphose (nirmāṇacitta) a disparu, la création (nirmāṇa) disparaît.”
“Bien qu’ils soient vides de réalité, les nirmāṇa font éprouver aux êtres (sattva) de la tristesse (daurmanasya), de la douleur (duhkḥa), de la haine (dveṣa), de la joie (muditā), du bonheur (sukha) ou du trouble (moha).”
“En outre, les produits de métamorphose (nirmāṇajadharma) sont dépourvus de début, de milieu et de fin (apūrvamadhyacarama) ;”
“Enfin, les nirmāṇa sont purs (lakṣanaviśuddha) comme l’espace (ākāśa) : ils ne sont pas attachés (sakta) ni souillés (kliṣta) par des péchés ou des mérites (pāpapuṇya).” (Lamotte, MPPS 1944)”
Le Buddha ne prononce jamais la moindre parole : il demeure éternellement et continuellement en contemplation (samâdhi), et ce sont les êtres qui, de manière illusoire, croient l'entendre parler et s'en réjouissent.L'embryon lumineux : le Tathāgatagarbha Sūtra
Le Buddha ne dort ni ne rêve jamais, car sa pensée est toujours concentrée et dépourvue d'obscurcissement.
Même son entrée dans le nirvâna n'est qu'un acte fictif (nirmāṇa) manifesté habilement pour enseigner l'arrêt de la causalité à certains êtres, car sa compassion est sans limite.
La nature des Bodhisattvas est également idéalisée : ils n'éprouvent ni concupiscence ni malveillance, refusent de passer par les stades impurs du développement embryonnaire, pénètrent dans la matrice sous l'aspect d'un éléphant blanc et naissent volontairement par le flanc droit de leur mère pour lui épargner les douleurs de l'enfantement.
Les Buddha existent en tant que substance (dravya).
Dès lors que l'on postule que le Bouddha visible n'est qu'une illusion ou un “corps de création magique” (s. nirmāṇakāya), il devient métaphysiquement nécessaire de définir la source absolue invisible dont émane ce mirage. Les textes des sectes anciennes expliquent que le vrai corps du Bouddha, parfait et illimité, est en réalité l'Élément de la Loi” (s. dharmadhātu). si le Bouddha et son essence (s. dharmadhātu) sont à ce point parfaits et supramondains, comment de simples mortels ignorants peuvent-ils un jour atteindre l'éveil ? C'est très exactement pour répondre à cette question logique que l'idée de l'essence immanente a surgi sous la forme du concept de tathāgatagarbha (la nature ou l'Embryon de Bouddha).
Une des plus anciennes mentions de ce concept se trouve dans un sūtra intitulé “Tathāgatagarbha Sūtra[4]” traduit en chinois par le moine indien Buddhabhadra (t. 佛驮跋陀罗, Fótuó Bátuóluó, 359 – 429). Le Tathāgatagarbha Sūtra utilise la métaphore de fleurs de lotus flétries renfermant des Bouddhas rayonnants pour illustrer l'idée que tous les êtres sensibles, bien qu'ils soient englués dans les souillures de l'avidité, de l'aversion et de l'ignorance, abritent en eux l'Embryon du Tathāgata (s. tathāgatagarbha). Cette essence spirituelle, ou essence de Bouddha (s. buddhadhātu), est fondamentalement pure, dotée de toutes les qualités d'un Bouddha, et demeure de façon permanente et immuable au cœur de chaque être. Le but de l'enseignement du Bouddha est d'aider les êtres à éliminer ces afflictions superficielles, de la même manière que l'on retirerait les pétales fanés pour révéler le Bouddha caché à l'intérieur, afin que cette nature éveillée préexistante puisse se manifester pleinement et mener à la libération pour le bienfait de tous[5].
Le Śrīmālādevī Sūtra et la redéfinition de la vacuité
L’image poétique et métaphorique du Tathāgatagarbha Sūtra est davantage élaboré dans le Śrīmāladevīsiṃhanādasūtra (SDS)[6], dont l'original sanskrit complet est perdu. Seuls subsistent des fragments découverts dans la collection Schøyen, et de nombreuses citations intégrées dans le Ratnagotravibhāga ou Mahāyanottaratantra-śastra (voir ci-dessus). Le nom de sūtra suggère un troisième “rugissement de lion” (s. siṃhanāda). Après le rugissement de lion du non-soi de Śākyamuni, et de la vacuité de Nāgārjuna, voici le rugissement ultime du “grand Soi”. La traduction chinoise la plus ancienne est celle (T. 353) de Guṇabhadra (求那跋陀羅), datant de 436. Il en existe également une traduction tibétaine (D 92 / Q 760) attribuée à Jinamitra, Surendrabodhi et Ye shes sde (début IXème).
Le SDS reprend la formule “lumineuse” du Pabhassara Sutta (voir ci-dessus) concernant la pensée intrinsèquement lumineuse et pure (s. prakṛtipariśuddhagarbha) et l'identifie explicitement au Tathāgatagarbha[7], ancrant ce concept pleinement élaboré dans une simple métaphore du bouddhisme ancien. D’autres décisions importantes de ce texte sont[8] :
Le Tathāgatagarbha n'est autre que le Dharmakāya du Bouddha[9], lorsqu'il est encore dissimulé par le voile des afflictions. Le Tathāgatagarbha devient ainsi le fondement (s. āśraya t. gzhi) absolu, à la fois du monde conditionné (s. saṃsāra) et de la quiétude (s. nirvāṇa).
“Ainsi ai-je entendu. Le Bienheureux a parfaitement enseigné ceci : "Bienheureux, ô fils ou fille de bonne famille, celui qui abandonne son corps obtient le corps du Bouddha, égal à la limite ultime du saṃsāra, libre de la vieillesse, de la maladie et de la mort, indestructible (t. mi shigs pa), permanent (t. rtag pa), ferme (t. brtan pa), paisible (t. zhi ba), éternel (t. ther zug pa), libre de la transmigration, illimité (t. mtha' yas pa), doté de qualités inconcevables (t. yon tan bsam gyis mi khyab pa). Ce corps du Tathāgata est appelé le Dharmakāya.” (Kangyur D 92 (མདོ་སྡེ།, cha, 429a)Une redéfinition de la vacuité (Śūnya / Aśūnya), en anticipation du concept gzhan-stong, développé ultérieurement par Dolpopa Sherab Gyaltsen (XIII-XIVème). C'est une innovation conceptuelle cruciale. Le SDS définit le Tathāgatagarbha de manière bipolaire : il est "vide" (s. śūnya) des souillures adventices (s. kleśa) qui lui sont étrangères, mais il est "non-vide" (s. aśūnya) des qualités inconcevables du Bouddha (s. buddhadharma) qui lui sont inhérentes. Cette formulation nuance la théorie de la vacuité pure des Prajñāpāramitā sūtras en lui donnant un aspect positif et substantiel, le rapprochant de l’Absolu vedāntin (Soi) à la différence que ce dernier est sans qualités, et le non-Soi (Māyā).
Pour résoudre le paradoxe d'un esprit originellement pur mais recouvert d'impuretés, le SDS introduit le concept de l'ignorance sans commencement ou "non-savoir inné" (s. avidyāvāsabhūmi ≈ t. lhan skye ma rig pa). Il explique que ce non-savoir enfoui est la matrice ou la racine de toutes les autres afflictions primaires et secondaires. C’est au fond la non-reconnaissance de l’essence du Bouddha. Son contraire est évidemment le “savoir” immédiat (s. vidyā t. rig pa) de cette Buddhadhātu. C’est précisément ce “non-savoir inné” que les arhants et les pratyekabuddhas n'ont pas éliminé. Leur nirvāṇa est donc incomplet ou partiel. Ce non-savoir et “savoir” (gnose) sont le centre du véhicule unique (s. ekayāna), développé par le "Sūtra de Lotus" (s. Saddharmapuṇḍarīkasūtra).
Alors que le Tathāgatagarbha Sūtra (voir ci-dessus) mettait surtout l'accent sur le contenu caché (l'embryon ou le Bouddha à l'intérieur du lotus), le SDS élargit la signification du mot garbha. Il l'utilise à la fois comme "embryon" (la cause dynamique ainsi que le processus de maturation spirituelle) et comme "matrice / réceptacle" (le fondement qui abrite les qualités du Bouddha). Il utilise notamment la métaphore du "magasin de joyaux" (≈ buddhadharma) pour illustrer cette idée de matrice ou de réceptacle (藏 tsang en chinois, en tibétain snying po). Cette double dimension servira de prototype à la notion de conscience-réceptacle (s. ālayavijñāna) qui sera développée plus tard par l'école Yogācāra. Le commentaire du Ratnagotravibhāga attribué à Asaṅga (s. Mahāyānottaratantraśāstravyākhyā) contient de nombreuses citations du rugissement de lion ultime du Śrīmāladevīsiṃhanādasūtra.
Le Laṅkāvatāra : tathāgatagarbha et ālayavijñāna
L’aventure du Soi-qui-ne-dit-pas-son-nom continue dans le Laṅkāvatāra Sūtra, Dans le chapitre 2 (sanskrit) et de la version de Guṇabhadra (T. 670[10]), où la conscience-réceptacle (s. ālayavijñāna) du Yogācāra est mis en équivalence avec l'Embryon du Tathāgata. La condition humaine avec la conscience-réceptacle sont le “lotus flétri” ou le “tissu sale” contenant l’Embryon lumineux de l’Ainsi-Venu, revêtu des trente-deux marques du Bouddha, et qui est éternel (s. nityo), permanent ( s. dhruvaḥ), bienheureux (s. śivaḥ), immuable (s. śāśvataś)[11]. Mahāmati ajoute aussitôt la question suivante :
“Comment se fait-il, Bienheureux, que l’enseignement du Tathāgatagarbha ne soit pas similaire à la doctrine du Soi (s. ātman) des non-bouddhistes ? Car eux aussi, Bienheureux, enseignent la doctrine du Soi comme étant éternel (s. nityaḥ), agent (s. kartā), sans attribut (s. nirguṇaḥ), omniprésent (s. vibhuḥ), immuable (s. avyaya).[12]”Le Bienheureux affirme que cet Embryon n’est cependant en rien comparable à la doctrine du Soi (ātman) des non-bouddhistes. Puisqu'on vous répète qu'il est vide ! Il emploie néanmoins un langage qui ressemble à cette doctrine, car les êtres ordinaires (s. bāla) sont terrorisés (s. saṃtrāsa) par l'enseignement direct du non-soi (s. nairātmya). Le message du Bouddha est toujours identique : l’absence de soi dans les phénomènes (s. dharmanairātmya). Mais c’est par divers moyens habiles de sagesse (s. prajñopāya), qu’il façonne, tel un potier, des vases variés à partir de cette même argile unique. Qu’il enseigne l’Embryon (s. garbhopadeśena) ou le non-soi (s. nairātmyopadeśena). L’enseignement du Tathāgatagarbha n’est pas comparable à la doctrine du Soi des non-bouddhistes. En outre, cela lui permet d’attirer (s. ākarṣaṇa) ceux qui sont attachés à la vision du Soi, pour qu'ils puissent rapidement réaliser l'éveil insurpassable (s. anuttarā samyaksaṃbodhi). Sinon, comment donc (s. kathaṃ bata) pourraient-il s’éveiller ? ... Quoi qu’il en soit Mahāmati et les autres bodhisattvas présents doivent suivre “l’Embryon garbha du non-soi du Tathāgata" (s. tathāgatanairātmyagarbha)[13]. Il se regarderont désormais avec un petit sourire quand ils entendent le Bienheureux enseigner le grand Soi. En faisant du Tathāgatagarbha un simple “moyen habile” destiné aux êtres terrifiés par le non-soi, le texte maintient une ambiguïté structurelle : l'argile du potier, le dharmanairātmya a beau rester la matière première, l'Embryon lumineux en est la surface spectaculaire et persuasive.
Le Mahāparinirvāṇa Sūtra : testament du grand Soi
Au moment de sa mort ou parinirvāṇa, le Bienheureux semble encore changer d’avis ou plutôt de moyen habile de sagesse (s. prajñopāya). Oublions “l’argile unique” (s. mṛtparamāṇurāśe) du non-soi du Laṅkāvatāra Sūtra comme enseignement définitif. Dans le Mahāparinirvāṇa Sūtra (MPS), l'enseignement du non-soi devient un remède provisoire. L'enseignement de l’Embryon comme "permanence, bonheur, soi, pureté" est la réalité ultime positive que le Bouddha souhaite léguer comme testament aux bodhisattvas au dernier instant de son existence terrestre. Le bodhisattva (sic) Kāśyapa demanda au Bouddha mourant : "Si, comme vous le dites, un tathāgata est un dharma permanent, alors pourquoi la présence du Tathāgata [ici] est-elle impermanente ?" Le Bouddha mourant lui confie alors l'enseignement ultime sur l'essence de Bouddha (s. buddhadhātu).
“Ne demeurez pas dans la pensée du non‑éternel, de la souffrance, du non‑soi et de l’impur, et ne soyez pas dans la situation de ces gens qui prennent des pierres, des morceaux de bois et du gravier pour la véritable gemme. Vous devez bien étudier la Voie … et méditer sur le Soi, l’Éternel, le Bonheur et le Pur.[14]”Dans le chapitre 5 du MPS, le Bouddha mourant enseigne au bodhisattva Kāśyapa le corps adamantin (s. vajrakāya).
“Alors le Bienheureux dit à Kāśyapa : "Ô fils de bonne famille ! Le corps du Tathāgata est un corps permanent (c. changzhu shen), un corps indestructible (c. buhuai shen), un corps adamantin (c. jingang shen). Ce n'est pas un corps nourri par des nourritures impures. Ceci est le corps de la réalité (Dharmakāya).[15]"Le corps physiquement présent au parinirvāṇa du Bouddha n’est que son corps formel (s. rūpakāya). Le vrai Bouddha ne meurt pas.
“ [Kāśyapa: ] Ainsi, je sais maintenant que le Tathāgata est éternel, indestructible et qu’il n’y a pas de changement en lui. Je vais désormais bien étudier et exposer cela largement aux êtres.”Alors le Bouddha fit l’éloge du bodhisattva Kāśyapa et dit : “Bien dit, bien dit ! Le corps du Tathāgata est adamantin et indestructible. Bodhisattva, tu as maintenant la vue correcte et la compréhension correcte. Si tu vois clairement ainsi, tu verras le corps adamantin et indestructible du Tathāgata, comme on voit les choses reflétées dans un miroir.[16] “
Les cinq gotras et leurs implications sociales
Dans son article “Tathāgata-garbha is not Buddhist” (publié dans Pruning the Bodhi-Tree), Matsumoto Shirô écrit que le “Sūtra de Lotus” (Saddharmapuṇḍarīkasūtra, SdL) prédate le Māhaparinirvāṇa Sūtra. Le SdL introduit la notion de “véhicule unique” (s. ekayāna), unifiant les trois véhicules de son époque, à savoir les véhicules des auditeurs (śrāvaka), des Bouddha solitaires (pratyekabuddha) et des bodhisattvas. Il rappelle que le Sūtra de Lotus avait déclaré que “tous les êtres atteindront l’état de Bouddha”. Le Mahāparinirvāṇa Sūtra (MPS) déclare à la fois que tous les êtres ont l'essence de Bouddha (buddha-dhātu), et affirme l’existence des icchantika (tib. rigs chad), des êtres définitivement incapables d’atteindre l’état de Bouddha. Il s’agirait de hédonistes, de matérialistes, qui n’ont pas foi en la loi du karma (lisons en la religion et les religieux), qui sont hostiles au mahāyāna, etc. Le MPS contient donc les prototypes de quatre Affiliations spirituelles (s. gotra t. rigs) : les trois véhicules et ceux sans potentiel qui sont moins que des fourmis[17].
Tournons-nous vers le Traité mahāyāna du continuum insurpassable (s. Mahāyanottaratantra-śastra t. theg pa chen po rgyud bla ma'i bsten chos, alias le Ratnagotravibhāga). Pour les traditions tibétaines, la source indienne de ce texte est une famille de brahmanes influente à Srinagar, et notamment la personne de Sajjana ou Satyajñāna, petit-fils de Ratnavajra. Le Ratnagotravibhāga ajoute un cinquième Affiliations aux quatre prototypes du MPS : l’Affiliation indéterminée (t. ma nges pa'i rigs s. aniyatagotra).
Tous les êtres possèdent l’essence de Bouddha, mais sont classés en cinq Affiliations (ci-après "Disclaimer"). Le mot sanskrit gotra signifie descendance (paternelle), clan, famille. Les êtres sans Affiliation (s. agotra) n’ont pas de potentiel d'Éveil. Le Ratnagotravibhāga tente de concilier une structure moniste avec des distinctions discriminatoires traditionnelles. Une doctrine sotériologique peut avoir des effets sociaux très concrets dans une théocratie ou dans un ordre politico-religieux où salut, statut et autorité se répondent.
La théorie rigide des cinq gotras fixes divise les êtres selon leurs potentiels d'Éveil et soutient l'idée que certaines personnes sont intrinsèquement supérieures à d'autres. Matsumoto affirme que cette doctrine figeant les identités fournit l'idéologie de base pour absolutiser la discrimination sociale, reproduisant ainsi les clivages d'un système de castes fermées.
Une société close se maintient en évitant toute remise en question de ses fondements. L'idée que tous les êtres partagent une essence unique et que les différences empiriques ne sont que des illusions décourage l'action sociale. Si l'on croit que le bien et le mal, l'oppresseur et l'opprimé, sont fondamentalement "les mêmes" au niveau de l'Absolu, il n'y a plus aucune motivation pour corriger les inégalités. Hakamaya Noriaki et Matsumoto Shiro dénoncent cette "tolérance non critique" qui mène à une acceptation passive des inégalités sociales et étouffe la volonté de changement.
On pourrait d'ailleurs mettre le gotra en regard d'autres critères d'éligibilité ou d’aptitude (s. adhikāra) pour avoir accès à l'instruction religieuse, comme la caste, le genre et le stade de vie (s. āśrama) (voir mon blog La société ouverte de la vacuité). On pourrait y ajouter les critères pas très inclusives de la "précieuse existence humaine" (t. mi lus rin po che) par rapport à une existence humaine ordinaire.
La philosophie sous-jacente aux gotras favorise un besoin de cohésion propre aux sociétés closes. Hakamaya Noriaki souligne que ces doctrines prônent l'harmonie sociétale (wa) au détriment de l'individualité. Cette injonction à l'harmonie étouffe le dialogue critique, favorise une conformité docile face aux autorités et a même pu servir de soutien tacite à des idéologies totalitaires, militaristes et nationalistes (voir Zen At War de Brian Victoria). La théorie du gotra et la structure métaphysique du “dhâtu-vâda”, ou essentialisme, sur laquelle elle repose incitent très clairement à une société close, caractérisée par la conformité, l'inaction, et la hiérarchisation.
On ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment. Il en va de même de “l’union mystique”. La théorie de la vacuité, articulée à l'alliance des deux vérités, évite de s'investir dans l'un ou l'autre des extrêmes, notamment celui de l'être et du non-être, qui conduisent respectivement à l'éternalisme et à l'annihilation. C'est la voie médiane choisie par Nāgārjuna. La vacuité et l’engagement qui en sont la méthode invitent à une société ouverte et éveillée. En voulant mettre davantage d'être, de Lumière, on voit comment ce qui commence par une déclaration d'égalité foncière, l'essence lumineuse partagée par tous, finit par engendrer des divisions, afin d'expliquer la diversité naturelle, et la société close qui semble s'ensuivre comme la roue suit le sabot du boeuf (p. cakkam va vahato padam).
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A suivre...J'ai utilisé l'IA pour chercher et traduire les passages en chinois et en sanskrit.
[1] Traduction anglaise du Assutavāsutta par Bhikkhu Sujato.
[2] Sujato traduit saṅkhārā par “choices” (choix) pour refléter leur nature volitionnelle ; on trouve aussi comme traductions “formations” ou “compositions”.
[3] André Barreau, Les sectes bouddhiques du petit véhicule, École française d'Extrême-Orient, Hanoi, Indochina. Saïgon : École française d'Extrême-Orient; 1955
[4] 《大方等如來藏經》 (pinyin : Dàfāngděng Rúlái Cáng Jīng, T. 666), “Sūtra de l'Embryon de l’Ainsi-Venu de la Grande Égalité”
Version tibétaine : 'phags pa de bzhin gshegs pa'i snying po zhes bya ba theg pa chen po'i mdo. Il s'agit d'une traduction réalisée par les lotsawas (traducteurs) Śākyaprabha et Ye shes sde, autour de l'an 800 EC. Dans la collection Dergé, elle porte la référence Toh 258.
[5] Traduit par IA à partir du chinois.
Le Bouddha dit : « Ô fils de bonne famille ! Supposez qu’innombrables fleurs de lotus, créées par la puissance magique du Bouddha, se flétrissent subitement. À l’intérieur de ces fleurs de lotus se trouvent d’innombrables Bouddhas, dotés des marques majeures et mineures de beauté, assis immobiles en posture du lotus, rayonnant d’une grande lumière. Tous ceux qui voient cette merveille sont emplis de respect.佛言:「善男子!如佛所化無數蓮花忽然萎變,無量化佛在蓮花內,相好莊嚴結加趺坐,放大光明,眾覩希有靡不恭敬。如是善男子!我以佛眼觀一切眾生,貪欲恚癡諸煩惱中,有如來智、如來眼、如來身,結加趺坐儼然不動。善男子!一切眾生雖在諸趣,煩惱身中有如來藏,常無染污、德相備足,如我無異。又善男子!譬如天眼之人觀未敷花,見諸花內有如來身結加趺坐,除去萎花便得顯現。如是善男子!佛見眾生如來藏已,欲令開敷為說經法,除滅煩惱顯現佛性。善男子!諸佛法爾,若佛出世若不出世,一切眾生如來之藏常住不變,但彼眾生煩惱覆故。如來出世廣為說法,除滅塵勞淨一切智。善男子!若有菩薩信樂此法,專心修學便得解脫成等正覺,普為世間施作佛事。」(CBETA Doh. 660)
De la même manière, ô fils de bonne famille, avec l’œil de Bouddha, je contemple tous les êtres. Au sein des souillures que sont l’avidité, l’aversion et l’égarement, ils possèdent la sagesse du Tathāgata, l’œil du Tathāgata et le corps du Tathāgata, assis immobile dans la posture du lotus, sereins et inébranlables.
Ô fils de bonne famille ! Bien que tous les êtres se trouvent dans les diverses destinées, au sein de leur corps souillé se trouve la Matrice du Tathāgata (tathāgatagarbha). Elle est toujours exempte de souillure, dotée de toutes les qualités et marques, sans aucune différence avec moi [le Bouddha].
De plus, ô fils de bonne famille ! Imaginez une personne dotée de l’œil divin qui regarde des fleurs de lotus pas encore écloses. Elle voit qu’à l’intérieur de ces fleurs se trouve un corps de Tathāgata assis en posture du lotus. Une fois les fleurs fanées retirées, ce corps apparaît clairement.
De même, ô fils de bonne famille, après avoir contemplé la Matrice du Tathāgata au sein des êtres, le Bouddha, souhaitant la faire s’épanouir, enseigne les sūtras et les préceptes afin d’éliminer les souillures et de révéler la Nature de Bouddha (buddhadhātu).
Ô fils de bonne famille ! Telle est la Loi fondamentale des Bouddhas : qu’un Bouddha apparaisse dans le monde ou non, la Matrice du Tathāgata de tous les êtres demeure permanente et immuable. Mais elle est recouverte par les souillures des êtres. Lorsqu’un Tathāgata apparaît dans le monde, il enseigne abondamment le Dharma, élimine la poussière des afflictions et purifie la connaissance universelle.
Ô fils de bonne famille ! Si un bodhisattva a foi en cet enseignement et s’y consacre pleinement, il atteindra la libération et deviendra un parfaitement éveillé, œuvrant pour le bien de tous les êtres dans le monde.
[6] S. Śrīmāladevīsiṃhanādasūtra, t. 'phags pa lha mo dpal phreng gi seng ge'i sgra zhes bya ba theg pa chen po'i mdo (Kangyur Dégé D92) c. 勝鬘夫人會 Shengman furen hui
[7] The Concept of Tathāgatagarbha in the Śrīmālādevī Sūtra (Sheng-Man Ching) Author(s): Diana Paul Source: Journal of the American Oriental Society, Vol. 99, No. 2 (Apr. - Jun., 1979), pp. 191-203 Published by: American Oriental Society Stable URL: http://www.jstor.org/stable/602656.
[8] Source : Buddha Nature, Study Of Tathāgatagarbha & Ālayavijñāna, Brian Edward Brown & Alex Wayman, MLBD, 1994
[9] (Dege Kangyur D 92, Ratnakūṭa, cha 13, folio 429a) [15†L489-L494].
'di skad bdag bcom ldan 'das kyis bka' yang dag par stsal pa/ bcom ldan 'das/ rigs kyi bu'am rigs kyi bu mo lus yongs su gtong bas ni sangs rgyas kyi sku 'khor ba'i phyi ma'i mtha'i mu dang mnyam pa rga ba dang/ na ba dang/ 'chi ba dang bral ba/ mi shigs pa/ rtag pa/ brtan pa/ zhi ba/ ther zug pa/ 'chi 'pho dang bral ba/ mtha' yas pa/ yon tan bsam gyis mi khyab pa dang ldan pa thob par 'gyur ro/ de bzhin gshegs pa'i sku 'di ni chos kyi sku zhes bya ste/
T. 353 (求那跋陀羅, Guṇabhadra, traduit en 436 EC), juan 1
[10] Traduit par IA.
“Mahāmati ! La « conscience Tathāgatagarbha » (如來藏識) n’est pas [séparée] au sein de la « conscience-réceptacle » (阿梨耶識). C’est pourquoi les sept consciences [les six sens + le manas] naissent et périssent, tandis que la « conscience Tathāgatagarbha » est sans naissance ni périssement.大慧! 如來藏識不在阿梨耶識中,是故七種識有生有滅,如來藏識不生不滅。
Pourquoi ? Parce que ces sept consciences naissent en fonction de l’attention portée aux divers objets (境). Ces domaines des sept consciences, les Auditeurs (śrāvaka), les Bouddhas solitaires (pratyekabuddha), les non-bouddhistes (tīrthika) et les pratiquants ordinaires ne peuvent les discerner.
C’est pourquoi, Mahāmati : la “conscience Tathāgatagarbha-Ālayavijñāna” (如來藏識阿梨耶識) – le pratiquant qui recherche le progrès supérieur doit l’observer.”
何以故?彼七種識依諸境界念觀而生。此七識境界,一切聲聞、辟支佛、外道、修行者所不能覺。
是故大慧!如來藏識阿梨耶識,修行者欲求勝進,應當觀察
[11] Traduit par IA à partir du sanskrit
“Alors, le bodhisattva mahāsattva Mahāmati s’adressa ainsi au Bienheureux : « Le Bienheureux a décrit le Tathāgatagarbha (la Matrice de l’Ainsi-Venu) dans le texte des sūtras. Et tu l’as décrit comme étant par nature lumineux, pur, intrinsèquement pur (s. prakṛtiprabhāsvaraviśuddhi), revêtu des trente-deux marques [du Bouddha], et résidant à l’intérieur du corps de tous les êtres. Comme un joyau d’une très grande valeur enveloppé dans un tissu sale, ainsi, enveloppé dans le tissu des agrégats, des éléments et des bases sensorielles, souillé par la souillure de la fausse imagination (ou : de la construction illusoire) que sont l’attachement, l’aversion et l’illusion, tu as décrit le Tathāgatagarbha comme éternel (s. nityo), permanent ( s. dhruvaḥ), bienheureux (s. śivaḥ), immuable (śāśvataś).”
Source : Saddharmalaṅkāvatārasūtram dans le chapitre 2 (DSBC, The Mithila Institute of Post-Graduate Studies and Research in Sanskrit Learning, 1963)
atha khalu mahāmatirbodhisattvo mahāsattvo bhagavantametadavocat-tathāgatagarbhaḥ punarbhagavatā sūtrāntapāṭhe'nuvarṇitaḥ | sa ca kila tvayā prakṛtiprabhāsvaraviśuddhyādiviśuddha eva varṇyate dvātriṃśallakṣaṇadharaḥ sarvasattvadehāntargataḥ | mahārghamūlyaratnaṃ malinavastupariveṣṭitamiva skandhadhātvāyatanavastuveṣṭito rāgadveṣamohābhūtaparikalpamalamalino nityo dhruvaḥ śivaḥ śāśvataśca bhagavatā varṇitaḥ |
[12] tatkathamayaṃ bhagavaṃstīrthakarātmavādatulyastathāgatagarbhavādo na bhavati ? tīrthakarā api bhagavan nityaḥ kartā nirguṇo vibhuravyaya ityātmavādopadeśaṃ kurvanti ||
[13] bhagavānāha-na hi mahāmate tīrthakarātmavādatulyo mama tathāgatagarbhopadeśaḥ | kiṃ tu mahāmate tathāgatāḥ śūnyatābhūtakoṭinirvāṇānutpādānimittāpraṇihitādyānāṃ mahāmate padārthānāṃ tathāgatagarbhopadeśaṃ kṛtvā tathāgatā arhantaḥ samyaksaṃbuddhā bālānāṃ nairātmyasaṃtrāsapadavivarjanārthaṃ nirvikalpanirābhāsagocaraṃ tathāgatagarbhamukhopadeśena deśayanti | na cātra mahāmate anāgatapratyutpannaiḥ bodhisattvairmahāsattvairātmābhiniveśaḥ kartavyaḥ | tadyathā mahāmate kumbhakāra ekasmānmṛtparamāṇurāśervividhāni bhāṇḍāni karoti hastaśilpadaṇḍodakasūtraprayatnayogāt, evameva mahāmate tathāgatāstadeva dharmanairātmyaṃ sarvavikalpalakṣaṇavinivṛttaṃ vividhaiḥ prajñopāyakauśalyayogairgarbhopadeśena vā nairātmyopadeśena vā kumbhakāravaccitraiḥ padavyañjanaparyāyairdeśayante | etasmātkāraṇānmahāmate tīrthakarātmavādopadeśatulyastathāgatagarbhopadeśo na bhavati | evaṃ hi mahāmate tathāgatagarbhopadeśamātmavādābhiniviṣṭānāṃ tīrthakarāṇāmākarṣaṇārthaṃ tathāgatagarbhopadeśena nirdiśanti-kathaṃ bata abhūtātmavikalpadṛṣṭipatitāśayā vimokṣatrayagocarapatitāśayopetāḥ kṣipramanuttarāṃ samyaksaṃbodhimabhisaṃbudhyeranniti | etadarthaṃ mahāmate tathāgatā arhantaḥ samyaksaṃbuddhāstathāgatagarbhopadeśaṃ kurvanti | ata etanna bhavati tīrthakarātmavādatulyam | tasmāttarhi mahāmate tīrthakaradṛṣṭivinivṛttyarthaṃ tathāgatanairātmyagarbhānusāriṇā ca te bhavitavyam || Saddharmalaṅkāvatārasūtram chapitre 2
[14] Traduction anglaise de Mark L. Blum
atha khalu mahāmatirbodhisattvo mahāsattvo bhagavantametadavocat-tathāgatagarbhaḥ punarbhagavatā sūtrāntapāṭhe'nuvarṇitaḥ | sa ca kila tvayā prakṛtiprabhāsvaraviśuddhyādiviśuddha eva varṇyate dvātriṃśallakṣaṇadharaḥ sarvasattvadehāntargataḥ | mahārghamūlyaratnaṃ malinavastupariveṣṭitamiva skandhadhātvāyatanavastuveṣṭito rāgadveṣamohābhūtaparikalpamalamalino nityo dhruvaḥ śivaḥ śāśvataśca bhagavatā varṇitaḥ |
[12] tatkathamayaṃ bhagavaṃstīrthakarātmavādatulyastathāgatagarbhavādo na bhavati ? tīrthakarā api bhagavan nityaḥ kartā nirguṇo vibhuravyaya ityātmavādopadeśaṃ kurvanti ||
[13] bhagavānāha-na hi mahāmate tīrthakarātmavādatulyo mama tathāgatagarbhopadeśaḥ | kiṃ tu mahāmate tathāgatāḥ śūnyatābhūtakoṭinirvāṇānutpādānimittāpraṇihitādyānāṃ mahāmate padārthānāṃ tathāgatagarbhopadeśaṃ kṛtvā tathāgatā arhantaḥ samyaksaṃbuddhā bālānāṃ nairātmyasaṃtrāsapadavivarjanārthaṃ nirvikalpanirābhāsagocaraṃ tathāgatagarbhamukhopadeśena deśayanti | na cātra mahāmate anāgatapratyutpannaiḥ bodhisattvairmahāsattvairātmābhiniveśaḥ kartavyaḥ | tadyathā mahāmate kumbhakāra ekasmānmṛtparamāṇurāśervividhāni bhāṇḍāni karoti hastaśilpadaṇḍodakasūtraprayatnayogāt, evameva mahāmate tathāgatāstadeva dharmanairātmyaṃ sarvavikalpalakṣaṇavinivṛttaṃ vividhaiḥ prajñopāyakauśalyayogairgarbhopadeśena vā nairātmyopadeśena vā kumbhakāravaccitraiḥ padavyañjanaparyāyairdeśayante | etasmātkāraṇānmahāmate tīrthakarātmavādopadeśatulyastathāgatagarbhopadeśo na bhavati | evaṃ hi mahāmate tathāgatagarbhopadeśamātmavādābhiniviṣṭānāṃ tīrthakarāṇāmākarṣaṇārthaṃ tathāgatagarbhopadeśena nirdiśanti-kathaṃ bata abhūtātmavikalpadṛṣṭipatitāśayā vimokṣatrayagocarapatitāśayopetāḥ kṣipramanuttarāṃ samyaksaṃbodhimabhisaṃbudhyeranniti | etadarthaṃ mahāmate tathāgatā arhantaḥ samyaksaṃbuddhāstathāgatagarbhopadeśaṃ kurvanti | ata etanna bhavati tīrthakarātmavādatulyam | tasmāttarhi mahāmate tīrthakaradṛṣṭivinivṛttyarthaṃ tathāgatanairātmyagarbhānusāriṇā ca te bhavitavyam || Saddharmalaṅkāvatārasūtram chapitre 2
[14] Traduction anglaise de Mark L. Blum
"Do not abide in the thought of the non-Eternal, Suffering, non-Self, and the not-Pure and be in the situation of those people who take stones, bits of wood, and gravel to be the true gem. You must study well the Way... and 'meditate on the Self, the Eternal, Bliss, and the Pure'."
BDK English Tripiṭaka Series, THE NIRVANA SŪTRA (MAHĀPARINIRVĀṆA-SŪTRA) VOLUME I (Taishō Volume 12, Number 374) Translated from the Chinese by Mark L. Blum, BDK America, Inc. 2013.
Texte chinois (T. 374, juan correspondant)
「莫如彼諸外道,以無常、苦、無我、不淨為實,如取瓦石、草木以為真寶。汝等善修學 ... 當觀我、常、樂、淨。」
Trad. IA à partir du chinois
[16] Traduction anglaise de Mark L. Blum
Texte chinois (T. 374, juan correspondant)
「莫如彼諸外道,以無常、苦、無我、不淨為實,如取瓦石、草木以為真寶。汝等善修學 ... 當觀我、常、樂、淨。」
Trad. IA à partir du chinois
"Ne demeurez pas dans la pensée du non-éternel (無常 wúcháng), de la souffrance (苦 kǔ), du non-soi (無我 wúwǒ), et de l’impur (不淨 bùjìng), en prenant des pierres et du bois pour des joyaux. … Méditez plutôt sur le Soi (我 wǒ), l’Éternel (常 cháng), le Bonheur (樂 lè) et le Pur (淨 jìng)."[15] MPS T. 374, chapitre 5. 「爾時,世尊復告迦葉:『善男子!如來身者,是常住身、不可壞身、金剛之身,非雜食身,即是法身。』」
[16] Traduction anglaise de Mark L. Blum
“Thus, I know now that the Tathagata is eternal and indestructible and that there is no change with him. I shall now study well and expound it widely to people."
Then the Buddha praised Bodhisattva Kasyapa and said: "Well said, well said! The body of the Tathagata is adamantine and indestructible. You, Bodhisattva, now have the right view and right understanding. If you see clearly thus, you will see the adamantine and indestructible body of the Tathagata just as you see things reflected in a mirror." Mark L. Blum, BDK America, Inc. 2013.
[17] Traduction anglaise de Kosho Yamamoto
"O good man! Because the icchantikas are cut off from the root of good. All beings possess such five roots as faith, etc. But the people of the icchantika class are eternally cut off from such. Because of this, one may well kill an ant and gain the sin of harming, but the killing of an icchantika does not (constitute a sin)."
Mahāyāna Mahāparinirvāṇa Sūtra, chapitre XXIV Sur le bodhisattva Kāśyapa.Copyright for this edition is held by Dr. Tony Page, 2012.
Translated by Kosho Yamamoto from Dharmakshema's Chinese version, edited and revised by Dr. Tony Page.

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