jeudi 30 décembre 2021

L'état intermédiaire protestant

Jésus dans les Limbes, Andrea Mantegna (1470–1475)

La juridiction sur le sort des morts est probablement l’élément essentiel de l’autorité d’une religion. Avant l’invention du purgatoire (ou limbes, de “limbus patrem”, les limbes des patriarches) dans l’église catholique au XIIème siècle[1], les pêcheurs récalcitrants étaient destinés aux enfers et les justes aux Cieux. Le purgatoire était une troisième option pour les âmes qui avaient besoin d’avantage de purification. Le feu étant depuis toujours l’élément (“igné”) de “purification” maximale.

Le purgatoire devenait rapidement une opportunité de croissance pour l’église, car il était possible d’intercéder pour des personnes chères décédées, et que l’on croyait retenues dans le purgatoire, par l’intermédiaire du clergé. Il proposait également aux croyants d’alléger leurs propres souffrances purificatrices par le biais des indulgences, des pratiques de repentir/pénitence diverses. Ce sont ces pratiques-là, parmi d’autres abus de l’église, qui étaient la cible des critiques de la Réforme. Pour Jean Calvin le purgatoire était “une fiction mortelle de Satan qui annule la Croix du Christ”. Les protestants avaient aboli le purgatoire, et les pratiques associées, en ne laissant que deux choix à leurs fidèles : le ciel ou l’enfer. Avec de l’incertitude sur l’état des âmes (“sommeil de l’âme”) avant d’atteindre leur destination finale, mais sans possibilité de rédemption tardive.

The Laird of Cool

Malgré la Réforme et les Lumières, l’idée d’un “état intermédiaire” (“intermediate state” ou “middle state”, “le Hadès”, mais aussi “le sein dAbraham” ou simplement “le Paradis”)[2], et les entités qui le peuplent, a eu du mal à être totalement éradiquée de l’esprit, ou du coeur, des croyants. Dans la lutte contre les "dévastations" des Lumières et des sciences, des clercs protestants britanniques ont même fait appel à “l’état intermédiaire” au XVIIIème siècle, afin de tenter de re-spiritualiserles âmes en proie aux idées modernes. Martha McGill mentionne William Ogilvie de l'Église écossaise (Church of Scotland), qui publiait les comptes-rendus (“Chapbooks”) de ses rencontres avec le fantôme de Thomas Maxwell, “the Laird of Cool, dans lesquels l’idée de “l’état intermédiaire” prenait forme. Sommeil, conscience, un banquet avec Abraham, Isaac et Jacob, l'ascension et la contemplation immédiate de Dieu pour les justes, l’enfer (détention provisoire) pour les méchants en attendant leur jugement dernier, jugement et condamnation immédiats après la mort, etc. Avec, selon les théories d’une attente, la possibilité des proches pour intercéder par la prière en faveur des âmes des défunts, en attente de leur sort définitif.

Il y eut des désaccords sur des cérémonies autres que la prière, appelées “usages”, pour aider les âmes des défunts. P.e. la cérémonie du calice mixte (eau et vin). Les deux camps opposés étaient appelés les “usagers” et les “non-usagers”. Les “usagers” se divisaient encore entre eux au sujet des détails de l’état intermédiaire, et des prières pour les morts.

Pour Archibald Campbell (c.1669–1744)[3], l’état intermédiaire, qu’il appelle “le Hadès”, était divisé en plusieurs maisons, où les âmes étaient en attente de leur dernier jugement. Les plus grands pécheurs se trouvent à gauche (sinister). Ceux qui s’étaient repentis au dernier moment sur leur lit de mort, attendaient dans des maisons à droite, mais aux étages inférieurs… Ceux qui s’étaient repentis avant leur mort, mais n’avaient pas eu suffisamment de temps pour faire repentance, étaient amenés vers la droite par les anges, et pouvaient graduellement monter en se purgeant et purifiant. Ils éprouvent de la souffrance, mais c’était au fond du plaisir teinté de souffrance. Les âmes les plus pures allaient directement vers le “sein d’Abraham” (ou Paradis), et attendaient leur passage définitif vers les cieux supérieurs. Le jugement dernier n’était pas possible avant la réunion de l’âme et du corps ("résurrection"). Les âmes lestées par les rémanences des passions et de mauvaises habitudes, et qui n’étaient pas entièrement mortifiées, attendaient dans les maisons les plus basses du Hadès[4].

Ces idées, y compris la terminologie, se retrouvent plus tard dans les écrits théosophiques. Depuis, leréincarnationnismea progressé en Europe, et a été intégré dans le paradigme théosophique. Les âmes des défunts passent par “l’état intermédiaire", et de là (re)prennent naissance sur la terre, pour parfaire leur éducation (et mortification)[5]. Les premiers bouddhistes en Occident étaient souvent passés par la théosophie, et marqué par son “réincarnationisme”. Puisque contrairement au christianisme, le bouddhisme et les religions indiennes en général, proposaient la perfectibilité de l’âme, y compris après la mort, et proposaient toujours une nouvelle chance, il était devenu plus attirant pour les chercheurs “usagers” de tous bords.

C’est le bouddhisme tibétain qui parle le mieux de “l’état intermédiaire”, c’est-à-dire qui donne le plus de détails et propose le plus grand nombre de pratiques “usagères”. Il est intéressant d’observer qu’à l’époque même où le purgatoire fut inventée en Europe, le Tibet était en train de recevoir, recueillir, et systématiser ses propres pratiques centrées sur “l’état intermédiaire” (tib. bar do).
Dans le livre de Henk Blezer, « Kar gling Zhi khro: A Tantric Buddhist Concept » (1997), celui-ci montre comment le schéma initial de trois bardos est ultérieurement développé en un système de six bardos, intégrant un troisième niveau de réalité, inséré entre le bardo de la mort et du devenir, et qui consiste en une série de visions de maṇḍalas de divinités paisibles et courroucées.” Blog Les trois vérités du bouddhisme religieux 05/02/2017
Cette troisième réalité, entre les plus hautes sphères du Ciel et la Terre, constitue un monde intermédiaire, qui peut accueillir des âmes désincarnées (volontairement par le yoga, l’ascèse, la mortification, ou par le karma), et qui devient le centre de toutes les attentions religieuses d'ici bas, et des interventions miraculeuses de là haut.

Pour l'enfer, voir Le puits de l'Oubli 16 septembre 2016

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[1] La naissance du Purgatoire, Jacques Le Goff

[2] Ce terme a été utilisé par les protestants anglais à partir de 1670, au plus tard. P.e. dans Observations upon Mr. Wadsworth’s Book of the Souls Immortality, Henry Layton, London, 1670), 13, 165, 173.A Source : Protestant Purgatory Visions of an Intermediate State in Eighteenth-Century Scotland, Martha McGill.

[3] Dans son livre Some Primitive Doctrines Reviv’d: Or the Intermediate or Middle State of Departed Souls (as to Happiness or Misery) before the Day of Judgment, paru sous une édition révisée en 1713.

[4]Rattray used the first proposition to demonstrate that there could be no judgement immediately after death. It was the whole man, body and soul that was to be judged. Therefore man could not be properly rewarded or punished until his body and soul were reunited at the Last Judgement. In the meantime, souls were contained in Hades.

Rattray’s depiction of Hades was similar to Campbell’s. The righteous went to mansions on the right, and the damned to the left. In the highest mansions on the right the light of Christ shone continually, and souls were assured that they would pass on to heaven. Souls that were ‘darkened by the Remains of their Passions, & evil habits not thoroughly mortified’ were kept in lower mansions. The light of Christ shone more faintly there, and the souls might be in a state of suspense regarding their ultimate fate
.” Thomas Rattray, “usager”. Extrait de Protestant Purgatory Visions of an Intermediate State in Eighteenth-Century Scotland, Martha McGill

[5]There is also a fate that comes to even adepts of the Good Law which is somewhat similar to a loss of “heaven” after the enjoyment for incalculable periods of time. When the adept has reached a certain very high point in his evolution he may, by a mere wish, become what the Hindus call, a “Deva” — or lesser god. If he does this, then, although he will enjoy the bliss and power of that state for a vast length of time, he will not at the next Pralaya partake of the conscious life “in the bosom of the Father”, but has to pass down into matter at the next new “creation”, performing certain functions that could not be now made clear, and has to come up again through the elemental world; but this fate is not like that of the Black Magician who falls into Avitchi. And again between the two he can choose the middle state and become a Nirmanakaya — one who gives up the Bliss of Nirvana and remains in conscious existence outside of his body after its death: in order to help Humanity. This is the greatest sacrifice he can do for mankind. By advancement from one degree of interest and comparative attainment to another as above stated, the student hastens the advent of the moment of choice, after which his rate of progress is greatly intensified.

It may be added that Theosophy is the only system of religion and philosophy which gives satisfactory explanation of such problems as these
.” Epitome of Theosophical Teachings, William Q. Judge (1888)

dimanche 26 décembre 2021

La guerre continue

Champ de bataille spiritualiste-matérialiste

A partir de la fin du XVIIIème siècle, des intellectuels Edimbourgeois avaient commencé à combattre le “rationalisme naissant” à travers une propagande faite d'histoires de fantômes, d’esprits et de revenants, pour (re)sensibiliser et familiariser le grand public avec le surnaturel[1]. Le romantisme se met en marche…

La première moitié du XIXème siècle, les anti-Lumières Joseph de Maistre (1753-1821) et Louis de Bonald (1754-1840) militent pour un retour de la monarchie, et l’instauration d’une sorte de théocratie catholique. Simultanément, le magnétisme et le somnambulisme se répandent en France (Puységur et Mesmer). Ces deux mouvements préparent le terrain pour un retour en force du spirituel (et l’avènement du spiritisme) en la république française. Le phénomène décisif semble venir des Etats-Unis, ou du moins, c’est ce que semblent penser des auteurs français du XIXème siècle (Jules-Eudes de Mirville, Alexandre Erdan, P.Calmet, etc.).
En 1848, les deux sœurs, Kate et Margaret Fox (dix et douze ans) font fureur aux Etats-Unis. Elles communiquent avec les âmes des morts par le biais de tapotements de la table de cuisine de la famille Fox, produits par Monsieur « Pied fourchu » (Split-foot). Une famille de quakers américaine les rendit célèbres et le nom « spiritualisme » tombait pour désigner le phénomène de communiquer avec les morts, qui allait occuper une bonne partie du XIX-XXème siècle. Le mode passe en Europe, et à Paris, où Léon Rivail (Allan Kardec) le connaîtra en 1853. En 1857, il publie son Livre des Esprits, où l’on apprend l’existence du monde spirite. Le livre consiste en les réponses que les esprits ont soufflé à Allan Kardec (car tel était son nom réincarnationiste de druide dans une existence antérieure) suite à ses questions, et qui constituent le credo spiritiste, où l’on reconnaît un mélange de lidée de réincarnation hardcore et de la palingénésie plus soft façon Lessing.” BlogSpirited Away 27/10/2018.
Jules de Mirville écrit :
Malheureusement, de l'autre côté de l'Atlantique de pareils faits ne restent pas sans écho . Aussi toute la presse américaine est-elle, à l'instant même, saisie de la question, et, les demoiselles Fox transportant avec elles la contagion (comme le faisaient autrefois nos camisards), nous voyons en moins d'un an, toutes les villes principales du continent, Boston, Providence, New-Haven, Stratford, Cincinnati, Buffalo, Jefferson, Saint-Louis, Auburn, Manchester, Long Island, Portsmouth, New-Brighton, etc., envahies tour à tour et payant leur tribut au progrès mystérieux.”

Vers la fin de l'année 1852, l'épidémie avait été importée dans le nord de l'Écosse par quelques mediums américains.” (Pneumatologie, Mirville)"
Fin avril 1853, la contagion atteint la France. Bientôt, après Paris, les tables commencent à tourner et à parler dans toute la France. Les traditionalistes anti-Lumières paniquent, mais considèrent le phénomène en même temps comme une possible brèche pour le retour du spirituel (comme ce fut le cas en Ecosse plus tôt), et par là, qui sait, d’une monarchie théocratique… une occasion à saisir.

C’est certainement le cas pour l’illuministe et médium Jules de Mirville. L’Académie des Sciences refuse les phénomènes relatifs aux "esprits" (05/07/1854), mais de Mirville lit sa mémoire devant l'Académie des sciences morales et politiques, en les attribuant à des forces surnaturelles. On y débat sur la nature exacte des esprits. 

De Mirville s’exalte :
Deux siècles de déraisonnement complet, deux siècles de calomnies et de sarcasmes à rayer de nos annales, et à déjuger aujourd'hui ?

Toutefois, les embarras des lettres et de la philosophie ne seraient rien auprès de celui de nos sciences médicales . Songez donc à tout ce qu'elles ont amoncelé d'invectives, contre ces mêmes esprits, contre les possessions, contre les exorcismes, et contre le magnétisme en dernier lieu . Tout était dirigé contre le merveilleux de tous les genres, on eût dit qu'elles n'avaient pas d'autres maladies, d'autres ennemis à combattre .”

Or, comme cette théorie, M. le docteur Brierre de Boismont l'appelle à son tour « la plus funeste des erreurs sociales, » nous pouvons dire, logiquement, hardiment, que le retour à cette grande vérité de l'existence et de l'intervention des esprits, frappe de mort, instantanément, un de nos plus déplorables enseignements . Oui, toutes ces doctrines, funestes en ce qu'elles expliquaient toute espèce de phénomènes mystérieux par l'hallucination, les voici sapées dans leurs bases ! les prophètes sont vengés, les miracles vont se comprendre, les visions s'expliquer, les hallucinations collectives disparaître. Quel écroulement scientifique !” (Pneumatologie)
Il lui reste néanmoins quelques doutes :
Mais si nous voyons là toute une révolution, révolution véritable, absolue, radicale, pleine de lumière pour les chrétiens, nous y voyons aussi pour ceux qui ne le sont pas, des dangers non moins grands et des erreurs plus périlleuses encore . Le matérialisme est vaincu : mais à quel prix peut-être ?
Ce retour du paganisme “ignoré” pourrait-il menacer le projet théocratique catholique à l’échelle européenne ?
Le comte de Maistre, on le sait, partageait les mêmes craintes, mais il entrevoyait au delà la régénération de toute l'Europe et cette majestueuse unité qui arrivait à grands pas. Nous y croyons comme lui, mais après quelles épreuves et pour combien d'années ? Dieu seul peut le savoir .”
Les batailles spiritualistes-matérialistes se sont poursuivies au XIXème siècle, puis au XXème siècle. Notamment avec la recherche des origines de la religion universelle humaine dans le périmètre indien, la diffusion d’un réincarnationnisme occidental, d’abord chez des indianistes européens, puis des philosophes. La naissance desthéosophes” (™) et des anthroposophes, Le succès de Vivekananda devant le Parlement des religions de Chicago en 1893. Et puis, dans la continuation du “néopaganisme”, au XXème siècle, cet intérêt pour l’Inde débouche chez certains sur la volonté de découvrir les religions indiennes, pour elles-mêmes, enfin pour leur représentation en Occident... A défaut du retour de la théocratie catholique (ou bouddhiste ?), et en référence à “l’âge nouveau”, à l’ère du Verseau, on parlera de “New Age”. "Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas" (Malraux). Mais comme le rappelle de Mirville citant la Bible :
Vers les temps de l'Antechrist, est-il écrit encore, la magie couvrira toute la terre, et ces prodiges exerceront jusqu'à la foi des élus.”
Actuellement, dans ces temps très incertains, les replis identitaires et l’adhésion à de nouvelles identités, pris pour des refuges, ont le vent en poupe.

Un des dommages collatéraux de ce phénomène, le repli identitaire dans le bouddhisme (tibétain), est en train de faire exploser en vol les représentations occidentales du bouddhisme en général et du bouddhisme tibétain en particulier, pour ce qui nous concerne, et a pour effet de resserrer les rangs entre approches “spiritualistes” et “matérialistes”, avec des communicants bouddhistes (pleine conscience, paix, amour, compassion) tentant d’éteindre les incendies, en évitant de parler des nombreux sujets qui fâchent. Des réunions entre religieux et scientifiques sont organisées pour voir ce que les scientifiques peuvent apprendre des religieux, dans le faible espoir que certains éléments dits “surnaturels” seront un jour confirmés par les sciences. Les neuroscientifiques sont actuellement leur plus grand espoir, pourraient-ils un beau jour donner du crédit aux fluides et à la pneumatologie ? Voire même à l’immortalité de l’âme ? En attendant, le doute est encore permis, le surnaturel est en appel et en sursis, et business goes on as usual.

Lire aussi Sur l'entretien du tunnel (22/10/2017)

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[1] Ghosts in Enlightenment Scotland, Martha McGill

vendredi 24 décembre 2021

Un peu de fluidologie microcosmique

Frontispiece of Utriusque Cosmi Historia, Robert_Fludd (1574-1637).
Noter le fil, et l'ange aux pieds de bouc
“Il est vrai, sans mensonge, certain, & très véritable : Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut ; et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d'une seule chose.” La Table démeraude dHermès Trismégiste, père des Philosophes
Qu’est ce qui relie le haut et le bas, l’Esprit et la matière ? Comment l’Esprit, ou ses hypostases inférieures, donnent-t-ils forme à la matière ?

Saint Augustin (de Hippo) parle " d'un principe universel, répandu dans tous les éléments, et qui contient la semence de toutes les choses corporelles et sensibles, lors que leurs principes sont mis en action à temps et par des agents convenables, lesquels agents néanmoins ne sauraient être nommés créateurs, puisqu'ils ne tirent rien du néant et qu'ils déterminent seulement les causes naturelles à produire leurs effets au dehors.” Saint Augustin , Cité de Dieu. Cité par P.Calmet, Dissertation sur les vrais et faux miracles et sur le pouvoir du démon et des anges sur le corps.

Ainsi les mauvais Anges ont pu, selon ce Père [Augustin], produire dans un infant des serpents avec la matière des verges des Magiciens[1], en appliquant par une vertu subtile et surprenante des causes, qui paraissent fort éloignées, à produire un effet subi et extraordinaire ; mais pour la qualité de créateur, il ne l’accorde qu’à Dieu seul, qui a donné l‘être aux causes naturelles, et à ce principe répandu dans la nature, dont on a parlé.” (P.Calmet)

Voilà pourquoi, dans les anciennes prières du baptême, le prêtre disait au démon : « Sors de cet esprit, de ce cœur, de cette âme, de cette tête, de ces cheveux, de ces poumons, de ces membres ; sors, fuis, écoule-toi comme l’eau. » Le Démon, cause et principe des maladies, moyens de les guérir", L'Abbé G. Desfossés

Le baptême est resté ; mais c'est tout au plus si l'on sait aujourd'hui que le baptême est un véritable exorcisme ; c'est tout au plus si nous écoutons ces paroles prononcées sur chacun de nos enfants : “Sors de cet esprit, de ce coeur, de cette âme, sors de cette tête, de ces cheveux, de ces poumons, de ces membres ; sors, fuis, écoule-toi comme l'eau, LIQUEFACTUS » Pneumatologie, des esprits et de leurs manifestations fluidiques, Jules-Eudes de Mirville, H. Vrayet de Surcy

Tout le monde l’a vu, dans l’administration du baptême, le prêtre chasse matériellement le diable, en soufflant de la bouche, par trois fois, sur l’enfant. Le rituel lui en fait une loi : Ensuite, il souffle doucement trois fois sur le visage de l’enfant et dit : Exi ab eo (ea), immúnde spíritus, et da locum Spirítui Sancto Paráclito, sors de cet enfant, esprit immonde, et laisse la place à l’esprit saint.La France mystique: tableau des exentricités religieuses de ce temps, Volume 1, Alexandre Erdan
Le baptême à l’ancienne se poursuit :
Je t’exorcise, créature sel, au nom de Dieu le Père tout-puissant, par la charité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par la force du Saint Esprit. Je t’exorcise par le Dieu vivant, par le Dieu vrai, par le Dieu saint, qui t’a créé pour la protection du genre humain et qui a ordonné à ses serviteurs de te consacrer en vue de ceux qui viennent à la foi, afin qu’au nom de la Sainte Trinité tu deviennes un signe sacré de salut qui mette l’ennemi en fuite.” Baptême des petits enfants.
Ce “principe universel” est le “fluide” ou “fluide créateur”, “l'électricité vitale [qui] peut être regardée comme le récipient de l'influx spirituel.”[2] On le trouve sous une forme ou comme une autre dans toutes les traditions qui ont un Projet Gnostique. Quel que soit le déroulement exact des influences, on peut reconnaître des mèmes Gnostiques similaires dans des traditions très éloignées.

Manuscrit d'un livre en hébreu (XIVème s.)

Ainsi un corps sublunaire qui est le reflet/l’image microcosmique de son original macrocosmique, est parcouru par ce “principe universel”, tout en subissant l'influence des planètes et du temps. L’ascèse fluidologique et pneumatologique, ainsi que le yoga permettent aux initiés "baptisés" (abhiṣeka) de faire l'ascension macrocosmique, à l’intérieur même de leur propre corps, dont le coeur porte la marque du Bouddha primordial. Il reste à purifier ce corps, et à remplacer les fluides terrestres par le fluide céleste (Saint-Esprit, l’esprit saint, ou Bodhicitta). Au fur et à mesure de la purification des veines et fluides astrales, l'ascension progresse, jusqu’à atteindre les plus hauts niveaux du corps astral, et à devenir éventuellement Bouddha en cette vie même. Au moment de quitter définitivement l’enveloppe charnel, le corps astral part rejoindre les autres corps astraux dans les hautes sphères. A cette occasion heureuse, le macrocosme peut produire des arcs-en-ciel pour célébrer l’accueil d’une nouvelle âme sauvée (ou le retour d’un ancien missionnaire). Toute légère, elle rejoint le Plérôme, et continue le Projet Gnostique à travers des émanations.

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[1] Les bâtons de magiciens (“dragons”), selon le principe par lequel Moïse transformait une verge en serpent.

[2] Pneumatologie, des esprits et de leurs manifestations fluidiques, Jules-Eudes de Mirville.

jeudi 23 décembre 2021

La théophilosophie, ou dualisme dilué

Ascenseur spatial macrocosmique (photo : Slate)

Une approche plus rationnelle et digeste aux goûts occidentaux du Projet Gnostique est celle des néoplatoniciens. Il faut néanmoins préciser qu’elle n’est intervenue que brièvement avant un retour, y compris chez certains néoplatoniciens, vers un Projet Gnostique plus classique, intégrant diverses influences (gnostiques, hermétistes, chaldéens, égyptiens, …) et hiérarchies. Je me suis principalement basé sur le livre Plotin ou la simplicité du regard, qui me semble déjà être une tentative de rendre le plotinisme plus proche (philosophique) de la spiritualité de notre temps, que sa réalité du II-IIIème siècle.

Certains chercheurs spirituels ont tenté de faire abstraction du système Gnostique, tout en gardant les grandes lignes, en simplifiant, ou en "intériorisant" certains éléments. La dualité Ciel-Terre, ou une élaboration tripartite de celle-ci avec des sphères intermédiaires, peut être prise globalement comme l’Un où se déroule un jeu ou danse dualiste (ou tripartite) comme une fête de (re)connaissance mutuelle du Sujet-sujet-objet. Tout est Esprit divin, tout se joue dans l'Esprit divin. L’âme humaine, qui en est une réflexion, est une parcelle de l’Esprit divin, et en porte la marque, la nature, et donc la tripartition : spirituel-psychique-sensible, sans forme - formes - sensible, ennéade-ogdoade-hebdomade.

Le théophilosophe (l'Un - l'Intellect - l'Âme du Monde) peut maintenir l'anthropomorphisme du divin (Platon et son démiurge dans le Timée) ou l'oublier (Plotin) avec tous les cultes et rituels associés. Certains néoplatoniciens (Jamblique, Syrianus, Proclus, Damascius…) ont réintégré le Projet Gnostique (théurgie, goétie, …) après Plotin ; c’était dans l”air du temps, et l’approche théophilosophique est souvent trop abstraite et élitiste par la force des choses. Même si les rôles peuvent aussi être inversés, le Projet Gnostique représentant un ésoterisme occulte pratiqué par un élite, tandis que la majorité des adeptes pratique des formes exotériques de façon superficielle. Ce que l’on fait, même sans savoir pourquoi (idéologie), en dit davantage que ce en quoi on croit croire.

L’origine et l’ombre des dieux anthropomorphes, de leurs sphères et de leur Projet ne gêne pas trop le théophilosophe. Les théophilosophes croient que tout est une question d’interprétation et de théorie, tandis que les Gnostiques théurgiques comprennent que seule la pratique compte et peut aboutir au Grand retour définitif. Parfois la théophilosophie est présentée comme éminente, et parfois elle n’est qu’un premier pas pour faire naître la foi, à confirmer et épanouir dans un Projet Gnostique, capable de sauver réellement et définitivement. Il y a aussi ceux qui combinent ces deux aspects, dans une voie dite intégraleouholistique.

Ascenseur spatial microcosmique (corps subtil)

Plotin ne fait pas les ascensions et les descentes entre les trois sphères “de l’être”, de façon macrocosmique, mais au niveau de la Conscience. Quand tout est Conscience, les sphères cosmiques sont des “états” ou des “niveaux” de Conscience. Au plus haut niveau des extases, où l’esprit s’éloigne au plus du corporel, et s’approche du “vrai moi” (Hadot), ou de l’Esprit divin (le Tout). Il s’agit de se délester de l’emprise du sensible, puis de celle des formes, pour se trouver enfin face à face de son “vrai moi”, le Tout, où “on ‘est’ dans l’Esprit divin, dans la Pensée, dans "l’Intellect qui se pense lui-même” (Hadot, p. 63).

Mais, “Celui qui se dresse sur ses pieds ne peut se tenir droit” (Lao Tseu), et au bout d’un moment, Plotin doit sortir de son extase et “redescendre”.
Mais ces niveaux ne s’abolissent pas les uns les autres : c'est leur ensemble, leurs interactions qui constituent la vie intérieure. Plotin ne nous invite pas à l'abolition de la personnalité dans le nirvana. L'expérience quotidienne, tout au contraire, nous révèle que notre identité personnelle suppose un absolu indicible dont elle est à la fois l'émanation et l'expression.” (Hadot, Plotin, p. 44)
Et au moment de la mort ?
Je m’efforce de faire remonter ce qu’il y a de divin en moi à ce qu’il y a de divin dans l’univers (V.P. 2,25)” (Hadot, Plotin, p. 66)

Autre est l’homme véritable ; il est pur de tout ce qui touche en nous à l’animalité. Il possède les vertus contemplatives, celles qui ont leur siège dans l'âme, qui se séparent du corps, et même déjà, est complètement séparé, tout en étant encore ici “ (Enn. LI, 10, 7).

Abandonnant cette vie, il en choisit une autre, la vie divine. (Enn. I 2, 7, 22)
Homme véritable, Homme primordial. Les ombres des éléments Gnostiques fondamentaux sont toujours là, mais Plotin les ramène à un niveau "individuel", intérieur, essentiel. Les éléments mythologiques, cosmogoniques, anthropogoniques, théurgiques, etc. semblent passer à la trappe, mais la structure dualiste de base est toujours présente. Le nom “l’Un” et ses nombreux épithètes ne trompe personne. C'est un emballage "non-dualiste" moniste en cellophane autour d'un dualisme gardé intact.

Quand on regarde les grandes lignes de l’évolution du bouddhisme dans le périmètre Indien, on voit d’abord une longue période de dialogue entre brahmanes et bouddhistes, où ces derniers intègrent des matériaux brahmanistes, jusqu’au point où l’on n’arrive plus à faire la distinction. Le bouddhisme à la fin de sa période indienne propose une société sacrificielle, englobée dans le culte d’un Bouddha cosmique (Esprit divin), qui reste “bouddhiste” par le fil (invisible) de quelques éléments doctrinaires (les trois caractéristiques, les quatre sceaux, la coproduction conditionnée, la vacuité, etc.), tout en proposant tout ce que propose la société sacrificielle brahmaniste.

On pourrait dire que ce qui constituait, à nos yeux, la singularité bouddhiste était au bout de compte simplement un accident, qui n’a pas pu résister à l’évolution spirituelle générale, qui ne peut et ne veut pas échapper à un dualisme, toujours beaucoup plus spectaculaire, ludique et attractif.



mercredi 22 décembre 2021

Le Corps de Gnose, source du Corps mystique

Premier des sept mandalas du MNS HA455

Suite de ma recherche sur des éléments Gnostiques (éternalistes) dans le bouddhisme ésotérique et ésotérisant. Je ferai un billet récapitulatif à la fin de la série, où je reprendrai mes découvertes.

Les cinq tathāgata (Ratnasambhava, Akṣobhya, Vairocana, Amitābha et Amoghasiddhi) détail HA41002

Quand le bouddhisme ésotérique s’approche d’un Projet Gnostique, il prend des traits de celui-ci. Par exemple, la quinarité, y prend plus d’importance et se systématise. “Ce principe organisateur spécifique de la théogonie[1], est un élément à la fois gnostique, hermétiste, manichéen et tantrique. Même si l’utilisation de pentades est assez commune dans la culture indienne, et dans le bouddhisme, de nouvelles séries de cinq apparaissent en remplaçant des séries de quatre et de trois, dans le cadre de systémisations et de harmonisations. Les destinées (4, 5, 6), les directions (4, le 5ème étant le centre), les éléments (4, 5), le “trikāya” (3, 4, 5, 6), les passions (3, 5), les gnoses (2, 4, 5), les tathāgata (4 dans le Tattvasaṃgraha Tantra, ensuite 5), etc. La quinarité[2] est un des indicateurs Gnostiques. Les hypostases/essences (“tattva”) en sont un autre. Tout cela mériterait des études comparatives sérieuses.

Bouddha

Famille

Corps

Gnose

Oeil

Vairocana

Tathāgata

Dharma

Dharmadhātu

dharma

Akobhya

Vajra

Svābhāvika

Adarśa

buddha

Amitābha

Padma

Sambhoga

Pratyavekaa

prajñā

Ratnasambhava

Ratna

Vipāka

Samatā

divya

Amoghasiddhi

Karma

Nirmāa

Ktyānuṭhāna

sa

Tableau d’Alex Wayman, Chanting the Names of Mañjuśrī 

Le Grand Esprit invisible est la Lumière primordiale (Père)[3]. C’est de son sein, son silence, sa “matrice”, que sort une triade de puissances : le père, la mère et le fils. Le fils est une triple personne en lui-même. La triade primordiale est présentée comme une monade ou une pentade, appelée les “cinq sceaux”. La manifestation du Père (primordial) a lieu dans un lieu glorieux (Ennéade), la salle du trône, où est inscrit le nom secret (les (cinq) voyelles) du Père. Les entités au-dessus de l’Ogdoade lui adressent des hymnes.
(Fils :) De quelle façon chantent<-ils> ?
(Hermès :) Te voici arrivé au point où l’on ne pourra plus te parler
[4]
Petite parenthèse. On voit l’activité de Mañjuśrī (plus tard le Hermès Trismégiste du bouddhisme ésotérique) bien élaborée dans L’Enseignement de Vimalakīrti (Vimalakīrtinirdeśa) et dans La Concentration de la Marche héroïque (Śūrāṅgamasamādhisūtra, Śgs), où Mañjuśrī joue un rôle majeur, et où on le voit là prendre la place de tous les grands protagonistes des traditions non-bouddhistes. Pour ce Mañjuśrī, il ne s’agit pas de mettre fin au saṃsāra, de combattre Māra et ses troupes, ni même de se débarrasser des vues fausses. Quand tous les bodhisattvas présents dans la "maison vide" de Vimalakīrti ont exprimé leur vue de la non-dualité, on demande à Mañjuśrī de s’exprimer à son sujet. “Vous avez tous bien parlé ; cependant, à mon avis, tout ce que vous avez dit implique encore dualité. Exclure toute parole et ne rien dire, ne rien exprimer, ne rien prononcer, ne rien enseigner, ne rien désigner, c’est entrer dans la non-dualité." Quand Mañjuśrī demande alors à Vimalakīrti sa vue de la non-dualité, ce dernier garde le silence (Lamotte, Vimalakīrti, p. 316). Il n'y a pas encore (au IIème siècle de notre ère selon Lamotte) de Gnose pour recouvrir ce silence.

Tournons-nous vers un texte essentiel du bouddhisme ésotérique qu’est le Mañjuśrī-Nāma-Saṃgīti (MNS, qui daterait du VI-VIIème siècle selon Alex Wayman, Chanting, p. 6, et qui a été "retraduit" au XIème siècle) : “Chanter ensemble (saṃgīti) les noms de Mañjuśrī”. Polyphonie pourrait-on encore dire. Les “noms” et les formes de Gnose (jñānamūrti) de Mañjuśrī sont intrinsèquement reliés, ce sont les noms de toutes les divinités de tous les maṇḍala. La polyonymie est une autre caractéristique du Projet Gnostique (et manichéen). Elle est également un moyen d’intégrer les dieux d’autres cultes ou de cultes plus anciens, en considérant ces dieux comme d’autres formes de Gnose, ou plus anciennes, et en indiquant le Maître du Verbe comme la source originelle de toutes les manifestations. Le Maître du Verbe est le Corps de Gnose du Bhagavat et de tous les tathāgata.
Le Corps de Gnose (jñānakāya) du Bhagavat,
La grande protubérance (mahoṣṇīṣa), Maître de la Parole (gīṣpateḥ)[17],
Ce Corps de Gnose autogénéré (svayambhuvaḥ)
Est celui de Mañjuśrī, l'être de Gnose (Mañjuśrījñānasattva)
” MNS chapitre I, 9

[17] NMS IV, 2
A Ā I Ī U Ū E AI O AU AṂ AḤ
demeurant dans le Cœur
Je suis le Corps de Gnose (jñānamūrti), l’Eveillé,
Où les éveillés des trois temps résident
[5]
Mañjuśrī, à la quintuple nature, demeure au Coeur des 6 Rois des mantra[6] (mantrarāja). La Gnose est le Verbe, et le Maître du Verbe (skt. gīṣpateḥ) est Mañjuśrī. Les 6 Rois des mantra sont les êtres de Gnose (jñānasattva), qui demeurent dans les Coeurs des “Progéniteurs” (tib. skyed pa po skt. janakaḥ) spirituels des Familles (kula). Ce Corps de Gnose se compose de douze voyelles (Āli), qui, unies aux consonnes (Kāli), engendrent le monde et les êtres[7].

L’énonciation du MNS est demandée par Vajradhara/Vajrapāṇi au Sambuddha, afin d’aider les êtres enfoncés dans la boue de l’ignorance, pour que ceux-ci puissent s’éveiller du filet de l’illusion (māyājālā). En réponse, le Bouddha enseigne le MSN, dont la récitation s’accompagne de nombreux bienfaits (Wayman, p. 43). Le Bouddha enseigne alors les Six Familles (ṣaṭkula), et comment détruire le filet de l’illusion par le maṇḍala du Vajradhātu. Les éléments de l’expérience ordinaire du filet de l’illusion sont sublimés par leurs ascendants respectifs (mahā-), l’illusion devient la “grande illusion” (mahāmāyā), etc., dans le cadre de la grande concentration (mahāsamādhi). C’est le "Grand remplacement" (par des mantras, l’empuissantement - adhiṣṭhāna/svādiṣṭhāna) que propose le vajrayāna…

Pas besoin d’aller s’éteindre dans un nirvāṇa (Gnose de la discrimination - pratyavekṣaṇājñāna -, VIII, 19[8]). Le MNS fait ensuite un bref retour au bouddhisme de la voie du Milieu, qui propose l’union (mahāyoga) dans un grand décloisonnement[9], traversant le triple monde en un instant, dans un sens comme dans l’autre (X, 11), à l’aide de tantras et mantras, au plein milieu du filet de l’illusion (VIII, 38). Triple monde devenu la danse du Bouddha (buddhanāṭaka XI, 5, salut Śiva !). Cet exploit est en fait la création d’une terre de bouddha (buddhānāṃ viṣayo XIII, 5) “ici-bas”, à la façon d’un filet de l’illusion (māyājālānayoditaḥ XIII, 4). A condition de bien entretenir ce Corps mystique.

Homa conduit par un prêtre vajracharya, détail HA41002

***

[1] Le Manichéisme, Michel Tardieu

[2] “Sangs rgyas sku lna'i bdag nyid can// khyab bdag ye shes Inga yi bdag// sangs rgyas Inga bdag cod pan can// spyan Inga chags pa med pa 'chang*// .VI, 18, Wayman p. 79

[3] "Livre sacré", Ecrits gnostiques, Pleiade, p. 514

[4] L’Ogdoade et l’Ennéade, Ecrits gnostiques, p. 964
(Fils :) Je fais silence, ô mon Père. Je désire te chanter une hymne en silence.
(Hermès :) Chante-la-moi donc, car je suis l’Intellect.
(Fils :) L’Intellect m’est intelligble. Hermès, celui que l’on ne peut interpréter, Car il se retranche en lui-même.
…/… J’invoque du fond du coeur ton Nom mystérieux :

a ō eeō ēēē ōōō iii ōōōō ooooo ōōō ōō uuuuuu ōō ōōōō ōōōōō ōō ōōōōōō ōō


Les scribes font souvent des erreurs intentionnelles dans la transcription du nom de Dieu, qui doit être transmis par l’initiateur.
Note p. 962 Le nom de Dieu est souvent écrit a ee ēēē iii ooooo uuuuuu ōōōōōōō. Cela signifie que dans les sept sphères ou planètes, règnent vingt-huit dieux particuliers, un de plus dans la suivante que dans la précédente, tous ensemble constituant le Dieu unique.”

[5] A Ā I Ī U Ū E AI O AU AṂ AḤ : sthito hṛdi/ jñānamūrtir ahaṃ buddho buddhānāṃ tryadhvavartināṃ// A Ā I Ī U Ū E AI O AU AṂ AḤ :snying la gnas// ye shes sku bdag sangs rgyas te// sangs rgyas dus gsum bzhugs rnams kyi'o//

AA I I U 0 E AI 0 AU AM AH: Stationed in the heart of the Buddhas abiding in the three times, am I (aham) the Buddha, gnosis embodiment.

[6] Vajratīkṣṇa de la famille Padma, dans le Cœur d’Amitābha. Duḥkhaccheda de la famille Vajra, dans le Cœur d’Akṣobhya, Prajñājñānamūrti de la famille Tathāgatha, Jñānakāya de la famille Karma, Vāgīśvara de la famille Ratna et Arapacana de la famille Bodhicittavajra. Chanting the names, Wayman, p. 67 Ces 6 tathāgata sont donc les “progéniteurs” de ces 6 familles.
mKhas grub rje glose : “Ainsi, la vajra blanc à cinq pointes perçu dans son propre coeur au moment de la méditation intense de la série des cinq éveils manifestes (abhisaṃbodhi) est appelé “le vajra primordial. Wayman ajoute que c’est par conséquent le Bouddha primordial (ādibuddha), qui demeure dans le corps au moment du parfait éveil. Wayman, p. 29

[7] Les douze voyelles Āli sont à la fois associées aux divinités femelles (la lune), les consonnes Kāli aux divinités/mantras mâles et neutres (semi-voyelles et ). Les syllabes OṀ AḤ HUṀ sont respectivement neutre, femelle, et mâle. Mais les voyelles Āli sont aussi associées à la semence mâle, et les consonnes Kāli à l’ovum.

[8]Knowing Brahmā, one is a Brahmin and Brahmā, has attained the Brahmānirvāṇa whose body of liberation has deliverance and release; the deliverance which is calm and the śāntatā.”
bram dze tshangs pa tshangs pa shes// mnya ngan 'das pa tshangs pa thob// grol ba thar pa rnam grol lus// rnam grol zhi ba zhi ba nyid//

[9] VIII, 30 “Great king of all Buddhas, maintaining the embodiment of all Buddhas; great yoga of all Buddhas, the sole instruction of all Buddhas.”
sangs rgyas kun gyi rgyal po che// sangs rgyas kun gyi sku 'chang ba// sangs rgyas kun gyi rnal 'byor che// sangs rgyas kun gyi bstan pa gcig/