mercredi 5 mai 2010

Cours : La Grande complétude (Dzogchen)


Dans le système de la complétude ou perfection universelle (T. rdzogs chen), les cinq affections toxiques[1] ne sont autres que l'expression de la luminosité inhérente de l'Intelligence créatrice (T. rig pa). Elles sont représentées sous cinq lumières de couleur différente : blanche, jaune, rouge, verte et bleu foncé. Tout comme la lumière réfractée par un prisme est décomposée en plusieurs couleurs, la luminosité de l'Intelligence fondamentale se divise en cinq connaissances principielles (S. jñāna) qui partagent toujours une essence identique.


Quand les réactions instinctives que sont les affections (S. kleśa) ne sont pas reconnues comme des connaissances authentiques de l'Intelligence et qu'elles sont d'abord réifiées puis traitées conceptuellement, elles sont dénaturées et deviennent toxiques. Par le traitement conceptuel, elles sont mémorisées et deviennent des référents (S. vāsanā T. bag chags) dans le traitement des informations à venir. Ainsi, l'expérience des nouvelles données associées ou du même type sera teintée ou intoxiquée par ces réactions instinctives dénaturées (affections). Graduellement, ce processus devient tellement figé qu'il devient pratiquement impossible de reconnaître les expressions de l'Intelligence créatrice pour ce qu'elles sont. On s'est alors enfermé dans un fonctionnement rigide dont il est difficile d'échapper.
Si une des affections toxiques domine sur les autres, la marque qu'elle posera sur l'expérience de la réalité sera déterminante et donnera lieu à des souffrances particulières. Samantabhadra, qui symbolise le corps qualitatif (dharmakāya) et par là l'éveil primordial (adibuddha), se rappelle au souvenir des êtres emprisonnés dans les 6 destinées (5 au départ), et qui sont aliénés de leur propre éveil primordial. Il leur rappelle qu'il y a un seul fondement (S. ālaya), qui peut être éprouvé de deux façons, selon que les manifestations de l'Intelligence sont reconnues comme telles ou non [2]. Mais ces manifestations, même quand elles ne sont pas reconnues et éprouvées comme des affections toxiques, ne sont autres que les cinq connaissances principielles (S. jñāna) représentées par cinq lumières/couleurs. A l'une extrémité du spectre, ces cinq lumières non reconnues sont les cinq poisons, à l'autre extrémité, reconnues et transformées par la compassion universelle, elles deviennent les vainqueurs des cinq familles d'où émaneront des corps fonctionnels (T. sprul sku) pour convertir les êtres. Les corps fonctionnels émanés par le dynamisme des Vainqueurs de chaque famille sont destinés plus particulièrement aux êtres "de la même famille". 

En récitant ces aspirations de Samantabhadra (PDF bilingue), on se connecte avec son propre éveil primordial, on (re)devient Samantabhadra et ses aspirations deviennent les notres. Il n'y a pas de place spécifique pour les êtres de la sixième destinée, les humains, dans cette prière. C'est sans doute pour signifier que la situation des humains est ouverte et qu'elle n'est pas figée ; qu'ils peuvent se connecter avec Samantabhadra, et qu'au fond ils sont Samantabhadra… Le tableau récapitulatif ci-dessous reprend les informations que l'on trouve dans cette prière. Les cellules grisées contiennent des informations obtenues par déduction [3]. 



(Cliquez sur le tableau pour l'agrandir)

[1] suffisance, convoitise, aversion, jalousie et indifférence, soit en tibétain nga rgyal, 'dod chags, zhe sdang, phrag dog, gti mug

[2] On est très proche ici du Tathāgatagarbha ou potentiel d'éveil, sauf que Samantabhadra ne symbolise pas le potentiel de l'éveil mais le plein éveil dès l'origine.

[3] Penetrating Wisdom: The Aspiration of Samantabhadra de Dzogchen Ponlop Rinpoche


Sur le texte et son révélateur


Ce texte est un "terma" (T. gter ma), c'est-à-dire un texte caché pour être redecouvert plus tard par un "terteun" (T. gter ston), un révélateur de trésors cachés. Le révélateur de ce texte est Rigdzin Godem (T. rig ‘dzin rgod kyi ldem phru can) alias Ngeudrub Gyaltsen (T. dngos grub rgyal mtshan), (1337-1408). Ces trésors sont classés en trois catégories en fonction de leur provenance. Les trésors trouvés par Godem appartiennent à la catégorie Trésors du nord (T. byang ter). Il s'agit de trésors en provenance de la région Zhang-Zhung (centre de la religion Bon) et du Tibet septentrionnel. Les plus connus sont les textes du cycle de Vajrakilaya et de la Complétude universelle (Dzogchen). Il avait également retrouvé des trésors appartenant à la tradition Bon.

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