mardi 14 juin 2011

Le "vrai buddha"



Rongzompa[1] nous rappelle que le buddha est la substance des phénomènes (S. dharmatā T. chos nyid) et que de considérer le buddha comme forme/matière (T. gzugs S. rūpa) ou sons/phonèmes (T. sgra S. śabda) équivaut à abandonner le principe de l’éveil (S. buddhatva T. sangs rgyas nyid). Il s’appuie pour cela sur le Vajracchedikā ("soutra du diamant") :
« Celui qui me voit comme une matière visible,
Celui qui me perçoit dans les phonèmes
S’est engagé incorrectement dans le renoncement
Cette personne ne me voit pas
Les guides sont le corps spirituel (S. dharmakāya)
Considérez le buddha comme la substance des phénomènes (S. dharmatā) »[2]
Et sur le Ratnakūṭa :
« Ne considère pas le buddha comme de la matière visible
Ne le conçois ni par nom, ni par famille ni par lignage
Ne l’explique pas en phonèmes
Ne le distingue pas en conscience, perception, ou mental
Ce qu’est la substance des phénomènes, cela même est le bienheureux. [3]»
Rongzompa poursuit :
« Pareillement, ce qui constitue le corps, la parole et le mental ne doit pas être considéré comme le buddha. C’est la substance des phénomènes (S. dharmatā) qui doit être considérée comme le buddha. L’intuition est une distinction mentale (T. phye ba S. prabhāvitatva), appelée « mana »[4] qui est réalisée concrètement (S. abhisamaya) et perçue à partir de l’élément du langage (T. skad kyi dbyings). A ce sujet L'Ornement de la lumière de la connaissance qui introduit l'objet de tous les buddhas (Sarvabuddhaviṣayāvatārajñānālokālaṃkārasūtra)[5]
« La qualité (dharma) de n’être jamais produit, voilà le tathāgata
En cela, les phénomènes (dharma) sont semblables au Bienheureux (S. sugata)
Ceux dotés d’un intellect immature qui suivent les caractéristiques
Agissent suite à des phénomènes (dharma) sans existence réelle dans des mondes destructibles. »[6]
Rongzompa, ajoute dans son exposition de ce point de vue, qui est aussi le sien et accessoirement celui de Gampopa, que le véritable buddha est l’élément des phénomènes (S. dharmadhātu) purifié[7] et le Ratnagotravibhaga enseigne que "Seul le Bouddha est le refuge du point de vue ultime".

***

[1] Rong –zom-pa’s Discourses on Buddhology, Orna Almogi, The International Institute for Buddhist Studies 2009 Tokyo, pp.252-255 et pp.397-399 pour le tibétain
[2] Gang gis nga la gzugs su mthong*//
Gang gis nga la sgrar shes pa//
Log par spong bar zhugs pas te//
Skye bo de yis nga mi mthong*//
‘dren pa rnams ni chos kyi sku//
Chos nyid du ni sangs rgyas blta//
[3] Sangs rgyas gzugs su mi blta mtshan dang ni//
Rigs dang ‘rgyud du mi brtag sgra dang ni//
‘chad par ‘gyur ba ma yin sems dang ni//
Rnam shes yid kyis rab tu phye ma yin//
Chos nyid gang yin de ni bcom ldan ‘das//
[4] présumé (S. abhyūhata T. mngon par rtog. Autre version rtog = rtogs = S. abhisamaya : réalisé, compris
[5] Tshul ‘dis kyang lus dang ngag dang yid kyis phye ste/ snags rgyas su ma gzhag gi/ chos nyid gang yin pa sangs rgyas su gzhag go// ye shes ni yid kyis phye ba yin te/ ma na zhes bya ba skad kyi dbyings las/ mngon par rtog pa dang shes pa’o zhes bshad do// de bzhin gshegs pa’i yul la ‘jug p aye shes snang ba rgyan gyi mdo las/
[6] Rtag tu skye med chos ni de bzhin gshegs//
Chos rnam thams cad bde bar gshegs dang ‘dra//
Byis pa’i bloc an mtshan mar ‘dzin pa dag/
‘jig rten dag na med pa’i chos la spyod//
[7] De la sogs pa lung zab mo rnams las kyang sangs rgyas kyi dngos po ni chos kyi dbyings rnam par dag pa yin par gsungs so// Gampopa : « des na sangs rgyas ni chos kyi sku yin la/ chos sku ni skye med spros bral yin pas ye shes mi mnga'o/ » et encore : « chos kyi sku ni sangs rgyas dngos yin te/ »

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