lundi 24 décembre 2012

C'est par là, la sortie...



La lune est éclairée par le soleil. La lumière de la lune est une lumière réfléchie. Entre la lumière aveuglante de l’être et l’obscurité du non-être, la réflexion de la lune, symbolisant la non-production, car une simple réflexion, peut être un guide. Aussi, c’est la lune que pointe le doigt de l’Éveillé pour nous empêcher de tourner en ronds (saṁsāra) dans la surabondance des signes. Il existe un petit texte du neuvième Karmapa Wangchuk Dorje (1556–1603) qui pointe non pas la lune mais le corps spirituel (dharmakāya)[1]. Avant lui, Lama Zhang (1122-1193) avait exploité de façon très poétique le thème de la réflexion dans son "L'ultime voie suprême de la Mahāmudrā"[2]. Il rappelle que son discours n’est que le doigt qui pointe vers la lune, il n’est pas la lune, selon la célèbre citation du 6ème patriarche Huineng.[3] Ni d'ailleurs ce doigt pointe-il vers la lune en tant qu'objet, mais en tant que métaphore. Zhang vivait à une époque charnière, à la fin du Dzogchen radical (sems sde) et de la Mahāmudrā de Gampo. Son texte porte des marques très nettes du Dzogchen radical d’un Discours du roi pancréateur.


Lama Zhang (zhang g.yu brag pa brtson 'grus grags pa)

Les planètes et les étoiles apparaissant à la surface de l'océan,
Aussi fin soit le filet en soie que vous utilisez
Comme vous ne visez pas les vraies planètes et étoiles
[437] Vous n'arriverez pas à en attraper une seule
Vous avez beau passer le temps à définir [le processus fondamental (T. gnas lugs nges don)] par des mots
A affûter la terminologie qui le désigne, il n'est pas ce mode d'être
Vous avez beau passer le temps à l'analyser intellectuellement
A approfondir votre compréhension, il n’est pas ce mode d'être
Tant que durera votre approche dualiste d’un objet vu et d’un sujet qui voit
Vous n'aurez pas accès au mode d'être non-dualiste
En bref, penser que [le processus fondamental] est, c'est la racine de la saisie des extrêmes
C'est par la racine de la saisie que l'Errance (saṁsāra) est perpétuée
Penser que [le processus fondamental] est la vacuité et penser
Qu’il est sans notions, ni caractéristiques ni aspirations
Penser qu'il peut être identifié, penser qu’il est la Pureté
Penser qu'il est la Non-production, penser qu’il est l’insaississable
Penser qu'il est sans nature propre, qu'il est libre de toute manipulation
Penser qu'il n'est pas le domaine de la parole et du mental
Penser qu'il est non fabriqué, qu’il est le déploiement spontané (T. lhun grub) etc.
Toutes ces idées profondes mais creuses
Ne transcendent pas les signes réificatrices
C'est la saisie de ces signes qui toujours nous fait chuter
Et qui fait que le vil agir (karma) produit continuellement son effet
Comme nous n'arrivons pas à nous débarrasser de la maladie chronique (T. gcong) du monde, la maladie se manifeste en tout
Les grands contemplatifs qui maintiennent des vues volitionnelles
Sont atteints par la maladie chronique de la saisie fragmentée (T. phyogs 'dzin zhen pa)
Reconnaissez le Spontané libre de discours (T. snyam bral)
Sinon, on ne fait que de se perdre dans des conjectures sur le sens précis (S. nītārtha)
Tout en affirmant que le mode d'être est le sens précis
Que pourtant même le Muni n'a pas réussi à voir
Même les propos que je tiens ici ne l'atteignent point
Aussi faut-il les prendre comme le doigt qui montre la lune.
Si l'on garde cela à l'esprit, toutes les définitions et assemblage de mots
N’arriveront à le dissimuler et il ne sera pas atteint par les défauts inhérents au langage
C'est pourquoi il ne faut pas rejeter ni les mots ni les analyses
Mais ne pas se perdre dans leur sens, ni s'y accrocher
Dans ce sens-là, le principe conscient (S. cittatva) est le réel
Les passions, les synthèses, les groupes d'appropriation (S. skandha), les éléments,
Les domaines d'extension (T. skye mched) etc. sont identiques chez tous les êtres
La terre, les pierres, les herbes, les arbres etc. [le principe conscient] s'étend à tout ce que contient le monde
[438] En bref, toutes les choses extérieures et intérieures etc.
Absolument tout cela est pénétré par lui
Mais même dans cette pénétration, il n'y a pas de distinction entre ce qui est pénétré et ce qui pénètre
Ce sont les prodiges (S.  de ce grand principe/Soi (T. bdag nyid chen po) unique
Toutes les planètes et étoiles réfléchies par la surface de l'océan
Sont entièrement pénétrées par l'océan et n'en sont pas dissociables
Toutes les vagues flottant sur l'eau
Sont bien pénétrées par l'eau, et n’en sont pas dissociables
Tous les phénomènes qui se manifestent dans le ciel
Sont bien pénétrés par "du ciel" et en sont indissociables
Les statues et ornements que l'on fabrique avec de l'or etc.
Sont pénétrés par l'or en sont indissociables
Les effigies (T. gzugs brnyan) des six êtres des six destinées sont fabriquées avec de la mélasse (T. bu ram S. phāṇita)[4]
Comme elles sont pénétrées de mélasse, elles en sont indissociables
Les arcs-en-ciel ne sont pas autre que « du ciel »
Le ciel n’est pas autre que l’arc-en-ciel
L’arc-en-ciel est le ciel, le ciel est l’arc-en ciel[5]
Sans être différents, on ne peut pas les déterminer (T. bcad du med) comme indissociables
De même la conscience et la diversité ne sont pas dissociables[6]
La conscience et la vacuité sont indissociables, la vacuité et
La plénitude sont indissociables, c’est l’égalité foncière (T. mnyam pa nyid S. samatā)
De même l’Errance et la Quiétude sont indissociables
Et le principe conscient (S. cittatva) qui les pénètre est le sceau universel (mahāmudrā)
Comme il est vide par nature il est inidentifiable
Les signes sont les prodiges de l'Intelligence (T. rig pa) qui se manifestent en tout
L'essence [des deux] est indissociable, et cette union (T. zung 'jug) est l'être fulgurant (vajrasattva)
Ce dernier est inépuisable, indestructible (T. stor med) (T. rlag med), et personne
Ne pourra [nous] en priver, la conscience est le "trésor d'espace" (T. nam mkha' mdzod kyi sems S. gaganagarbha-citta)
La conscience est sans souillure (T. dri ma med) et pure comme du crystal
Elle se connaît elle-même, elle se manifeste elle-même (rang gsal)
Sa nature étant luminescente, la conscience est le cœur de l'éveil
La conscience est ininterrompue comme un fleuve[7]
La conscience est inidentifiable comme le ciel (T. bar snang)
La conscience est la simplicité foncière (T. zang thal) de l'intuition [qui ne distingue pas entre] extérieur et intérieur
Comme un bol en métal (T. 'khar gzhong) propre rempli avec de l'eau
La conscience contient (T. 'tshar ba)[8] tous les reflets des imprégnations (T. bag chags)
Elle est comme la surface d'un miroir poli, sans oxydation (T. g.ya' med).



***

[1] lhan cig skyes sbyor gyi khrid chos sku mdzub tshugs. http://tinyurl.com/cq8z6fe
[2] skye med zhang rin po ches mdzad pa'i phyag rgya chen po'i lam mchog mthar thug
[3] “Truth has nothing to do with words. Truth can be likened to the bright moon in the sky. Words, in this case, can be likened to a finger. The finger can point to the moon’s location. However, the finger is not the moon. To look at the moon, it is necessary to gaze beyond the finger.”
[4] « Comme l’élément spirituel est parfait (S. viśuddha T. rnam par dag pa), même si la diversité du monde émerge de la conscience, son expérience (S. rasa) n'en sera pas différente. Par exemple, si l'on fabrique des figurines de chevaux et d'éléphants avec de la mélasse, celles-ci auront toujours la même saveur (S. rasa). De même, en remémorant la diversité du monde dans la nature spontanée de tous les phénomènes, [cette remémoration] se dissout dans l'élément réel (S. tathātā-dhātu). » Advayavajra (commentaire sur les Distiques de Saraha, DKG n° 73.
[5] Zhang joue avec la thèse du soutra du cœur. La forme est la vacuité et la vacuité est la forme.
[6] « Le Monde comme Volonté et comme Représentation » de Schopenhauer
[7] « Stream of consciousness » et « monologue intérieur » même combat ?
[8] intr. v.; to be finished, completed, terminated; accomplished, finished, be completed. Proche de rdzogs pa…
Texte tibétain en Wylie

dper na rgya mtshor shar ba'i gza' skar de//
dar tshags ji tsam bzang bas btsags byas kyang //
gza' skar dngos po dmigs su med pa'i phyir//
gza' skar gcig kyang zin pa mi srid do//
ji srid tshig tu brjod pa de srid du//
ming 'dogs ji tsam legs rung gnas lugs min//
ji srid yid kyis dpyad bzod de srid du//
ji tsam zab par rtogs kyang gnas lugs min//
blta bya lta byed gnyis 'dzin de srid du//
gnyis su med pa'i gnas lugs rtogs mi srid//

mdor na yin snyam mtha' dag zhen pa'i rtsa//
zhen pa'i rtsa bas 'khor ba mtha' dag spel//
stong pa nyid yin snyam du 'du shes dang //
mtshan ma med dang smon pa med snyam dang //
ngos bzung med snyam rnam par dag snyam dang //
skye ba med snyam dmigs su med snyam dang //
rang bzhin med snyam spros pas dben snyam dang //
ngag dang yid dpyod yul min snyam pa dang //
ma byas lhun gyis grub pa snyam la sogs//
ji tsam zab cing stong par 'du shes kyang //
rloms sems mtshan ma dag las ma g.yos pas//
mtshan ma'i zhen pas phyir zhing dman par lhung //
dman pa'i las kyis rnam smin rgyun mi 'chad//
'khor gcod mi 'byin phyir zhing nad rab ldang //
blos byas lta ba mkhan gyi sgom chen rnams//
phyogs 'dzin zhen pa'i nad gcod zhugs par mchis//
snyam bral lhan cig skyes par mkhyen par mdzod//
drang ba'i don du sgro btags tsam du zad//
gnas lugs nges don 'di yin zhes bya ba//
thub pas kyang ni gzigs pa yod mi srid//
kho bos smras pa 'dis kyang mi dpogs te//
mdzub mos zla ba mtshon pa bzhin du rtogs//
de ltar shes na tha snyad tshig tshogs kyis//
sgrib par mi 'gyur tshig gi skyon mi gos//
de phyir tshig dang brtag dpyad mi spang zhing //
don du rlom pas zhen pa yang mi bya//
de lta bu yi rang sems chos nyid de//
nyon mongs rnam rtog phung po khams dang ni//
skye mched la sogs sems can mtha' mnyam dang //
sa rdo rtsi shing la sogs snod kun khyab//
mdor na phyi nang dngos po la sogs pa//
ma lus lus pa med pa kun la khyab//
khyab kyang khyab bya khyab byed gnyis su med//
bdag nyid chen po gcig gi cho 'phrul yin//
rgya mtshor shar ba'i gza' skar thams cad la//
rgya mtshos khyab mod gnyis su dbyer mi phyed//
chu nyid 'khyams pa'i rba rlabs thams cad la//
chu yis khyab mod ji ltar dbye ru med//
bar snang dag la smig rgyu g.yo ba la//
bar snang dag gis khyab mod dbyer mi phyed//
gser las byas pa'i sku dang rgyan la sogs//
gser gyis khyab mod ji ltar dbyer mi phyed//
bu ram las byas 'gro drug gzugs brnyan la//
bu ram dag gis khyab ste dbyer mi phyed//
'ja' tshon dag las nam mkha' logs na med//
nam mkha' las kyang gzha' tshon gzhan na min//
gzha' tshon nam mkha' mkha' nyid gzha' tshon no//
tha dad ma yin dbyer med bcad du med//
de bzhin sems dang sna tshogs dbyer mi phyed//
sems dang stong pa mi phyed stong pa dang //
bde ba mi phyed chen po mnyam pa nyid//
de bzhin srid dang myang 'das dbyer mi phyed//
de ltar khyab pa'i sems nyid phyag rgya che//
rang bzhin stong pas cir yang ngos bzung med//
mtshan nyid rig pa'i cho 'phrul cir yang gsal//
ngo bo dbyer med zung 'jug rdo rje sems//
zad med stor med rlag med sus kyang ni//
'phrog par mi nus nam mkha' mdzod kyi sems//
dri mas ma gos shel ltar dag pa'i sems//
rang rig rang gsal mar me lta bu'i sems//
rang bzhin 'od gsal byang chub snying po' sems//
rgyun chad med pa chu bo lta bu'i sems//
ngos bzung med pa bar snang lta bu'i sems//
phyi nang med pa ye shes zang thal sems//
'khar gzhong gtsang ma chu yis bkang ba 'dra//
bag chags gzugs brnyan ma lus 'tshang ba'i sems//
me long g.ya' med phyis pa'i ngos dang 'dra//


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