samedi 30 juin 2012

Les quatre intuitions de Rongzompa



Extrait du Mémorandum des différentes doctrines (T. grub mtha'i brjed byang)[1]

L'explication des quatre intuitions en huit points

(1) La cause (S. hetu) de l'intuition (S. jñāna)
(2) Le facteur associé
(3) La fonction de l'intuition
(4) L'objet de l'intuition
(5) La nature de l'intuition
(6) Les caractéristiques (S. lakṣaṇa) de l'intuition
(7) Le nombre d'intuitions
(8) L'effet de l'intuition.

(1) La cause de l'intuition, ce sont les huit types de conscience (S. vijñāna). La [conscience] réceptacle (S. ālaya) est la base (S. ādhāra) de tous les objets mentaux (S. dharma), ou ce qui sert de leur cause (S. hetu). Son fonctionnement de base (T. gnas gyur pa) est l'intuition semblable au miroir (S. mahādarśa-jñāna)[2]. Quand la conscience affligée (S. kliṣṭa-citta) s'abstient de la saisir comme un soi, l'égalité entre le soi et l'autre est établie ; c'est l'intuition de l'égalité (S. samatā-jñāna). La conscience mentale (S. mano-vijñāna) discerne (T. rig S. saṁvedya) les objets et les détermine (T. gcod) ; son fonctionnement de base (T. gnas gyur pa) est l'intuition discernante (S. pratyavekṣanā-jñāna). A chacune des cinq portes sensorielles se présentent leurs objets sensoriels respectifs. Le fonctionnement de base [de ces perceptions] est l'intuition fonctionnelle (S. kṛtyānuṣṭhāna-jñāna). Chacun des cinq objets sensoriels étant déterminé respectivement, l'intuition accomplit ce qui doit être accompli, avec comme unique objectif de préparer et libérer les êtres.

(2) Son facteur associé[3] est l'objectif de suivre le noble chemin (S. āryāṣṭāṅgamārga). Pour donner une exemple, c'est comme l'acte de polir. En polissant un miroir avec du feutre, on enlève les scories. Aussi, le mental, en suivant le noble chemin (S. ārya-mārga) élimine les souillures de la conscience réceptacle (S. ālaya-vijñāna). Et en prenant le noble chemin pour objectif, les graines des traces (S. vāsāna) des actes constructifs resteront dans la conscience réceptacle.

(3) Sa fonction est de s'abstenir de la double obnubilation[4].

(4) Son objet, ce sont les objets commun et non commun. L'objet commun est l'élément spirituel (S. dharmadhātu)[5]. L'objet non commun est la Luminosité sans obnubilation [1. intuition semblable au miroir], l'égalité sans mélange [2. intuition de l'égalité (S. samatā)], la connaissance de la série psychique (S. saṃtāna) des êtres [3. intuition discernante] et les divers moyens de conversion[6] (T. tha dad pa) [4. intuition fonctionnelle].

(5) Sa nature
Connaître toutes les choses dans leur variété/singularité (S. yathāvad vyavasthānaparijñāna). Les connaître telles qu'elles sont (S. yathā), en comprenant que les universaux sont non-produits. Et connaître [les choses] dans leur variété, c'est-à-dire connaître toutes les choses dans leur singularité (caractéristiques propres S. svalakṣaṇa) sans obnubilation.[7]

(6) Sa caractéristique est d'être instantanée.
« L'intuition est ce que qui est désigné par « intuition » (S. jñāna)
Ce qui est désigné par « intuition » est un ensemble (S. tucchaka T. gsog)
C'est l'intuition inexprimable (S. nirabhilāpya-jñāna),
L'intuition de l'objet ultime (S. pāramārthika-jñāna). »

(7) Son nombre : les intuitions sont au nombre de quatre.

(8) Le fruit de l'intuition est le triple corps. L'indifférenciation de la réalité (S. tathatā) de la perception et de l'objet [sensoriel] est [l'intuition] semblable au miroir qui correspond au corps spirituel (S. dharmakāya). L'intuition de l'égalité, qui sert de source à la compassion universelle, ainsi que l'intuition discernante, qui sert de fondement aux incantations (S. dhāraṇī), aux absorptions (S. samādhi) etc. constituent le corps symbolique (S. sambhogakāya). L'intuition fonctionnelle, est l'action de conversion inépuisable et correspond au corps fonctionnel (S. nirmāṇakāya).



[1] Version éditée par Orna Almogi dans Rong-zom-pa’s Discourses on Buddhology P. 368-367
[2] La capacité de refleter toute chose.
[3] La cause première est la conscience-réceptacle (le miroir), mais le facteur associé est la pureté du miroir et des reflets, donc des intuitions. La pureté est obtenue par la purification et le moyen de purification est le noble chemin octuple : la vision juste, le discernement juste, la parole juste, l’action juste , les moyens d'existence justes, l’effort juste, l’attention juste et la concentration.
[4] Afflictions (S. kleśa) et connaissables (S. jñeya).
[5] Ce classement compte quatre intuitions. Dans certains classements, l’intuition de l’élément spirituel (S. dharmadhātu-jñāna) est considérée comme une intuition séparée, et la premièré de la série. Ici, Rongzompa ne traite pas l’élément spirituel comme une intuition. Dans son commentaire du Guhyagarbha Tantra (dkon mchog grel), il dit qu’il existe des classifications en 3, 4 et 5 intuitions. P. 13 :6.
[6] Convertir dans son sens premier de « action de se tourner », de l'extérieur vers l'intérieur avec la transformation spirituelle et morale qui s'ensuit. Comparable au sens de « anugraha karaṇa » le pouvoir de la grâce ou libération, un des 5 pouvoirs de Śiva.
[7] Quand on voit les reflets dans un miroir, on voit à la fois la singularité des reflets tout en connaissant leur nature qui est d’être un reflet, sans essence propre.

Texte tibétain en Wylie

ye shes bzhi la don brgyad kyis bstan te
(1) ye shes kyi rgyu dang/
(2) grogs dang/
(3) ye shes kyi las dang/
(4) ye shes kyi yul dang/
(5) ye shes kyi rang bzhin dang/
(6) ye shes kyi mtshan nyid dang/
(7) ye shes kyi grangs dang/
(8) ye shes kyi 'bras bu'o//
de la (1) ye shes kyi rgyu ni tshogs brgyad de/
kun gzhi chos thams cad kyi gzhi 'am rgyur gnas pa de/
gnas gyur pa ni me long lta bu'i ye shes so//
nyon mongs pa can gyi yid bdag du ‘dzin pa spangs nas/
bdag dang gzhan du mnyam pas na mnyam pa nyid kyi ye shes so//
yid kyi rnam par shes pa yul rig cing gcod pa de gnas gyur pa ni so so kun tu rtog pa'i ye shes so//
sgo lnga rang gi yul tha dad pa la 'byung ba de ni gnas gyur pa las bya ba nan tan grub pa'i ye shes so//
sgo lnga yul so sor nges pa bzhin du/
bya ba grub pa'i ye shes kyis kyang/
smon lam gcig pa'i sems can thams cad smin cing grol bar mdzad do//
(2) grogs ni yid 'phags pa'i lam la dmigs pa la bya ste/
dper na bskyod legs pa dang 'dra'o//
de yang phying bus bskyod na me long gi g.ya dag pa dang 'dra bar/
yid 'phags pa'i lam la na/
bdag gi kun gzhi'i dri ma dag ste/
yid 'phags pa'i lam la dmigs nas/
kun gzhi la dge ba'i bag chags kyi sa bon gnas par 'gyur ro//
(3) las ni sgrib pa gnyis spong ba'o//
(4) yul ni thun mong dang thun mong ma yin pa'i yul lo//
de la thun mong gi yul ni chos kyi dbyings so//
thun mong ma yin pa'i yul ni gsal la mi sgrib pa dang \[me long ye shes]/
mnyam la ma 'dres pa dang \[mnyam nyid]/
'gro ba'i rgyud mkhyen pa dang \[sor rtog}/
gdul bya tha dad pa'o \[bya grub]//
(5) rang bzhin ni/
ji snyed pa'i chos thams cad mkhyen pa ste/
ji lta ba ni 'spyi'i mtshan nyid ma skyes pa yang mkhyen/
ji snyed pa ni rang rang gi mtshan nyid ma lus pa'i chos thams cad mi sgrib par mkhyen pa'o//
(6) mtshan nyid ni skad cig ma ste/
ye shes ye shes zhes brjod pa//
ye shes brjod pa nyid kyang gsog//
brjod du med pa'i ye shes ni//
don dam pa yi ye shes so//
zhes gsungs pa'o//
(7) grangs ni bzhi'o//
(8) 'bras bu ni sku gsum ste/
me long lta bu shes chos kyi de kho na nyid dang dbyer med pa ni chos kyi sku'o//
mnyam pa nyid kyi ye shes thugs rje chen po 'byung ba'i rgyur gyur pa dang/
so sor rtog pa'i ye shes gzungs dang ting nge 'dzin la sogs pa'i gzhir gyur pa gnyis ni longs spyod rdzogs pa'i sku'o/ bya ba nan tan gyi ye shes gdul bya chud mi za ba ni sprul pa'i sku'o//

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