Saint Paul de Carravagge
Sophia (Σoφíα) est le mot grec pour sagesse. L’oracle de Delphes aurait répondu à son ami d’enfance Chéréphon : « Il n'y a pas d'homme plus sage que Socrate ». [1] « Quand je sus la réponse de l’oracle, je me dis en moi-même : que veut dire le dieu ? Quel sens cachent ses paroles ? Car je sais bien qu’il n’y a en moi aucune sagesse, ni petite ni grande […] mais il y a cette différence que lui, il croit savoir, quoiqu’il ne sache rien ; et que moi, si je me sais rien, je ne crois pas non plus savoir. Il me semble donc qu’en cela du moins je suis un peu plus sage, que je ne crois pas savoir ce que je ne sais point. »[2]
L’homme le plus sage est Socrate, car il sait qu’il ne sait
pas. Et c’est un oracle, un représentant des dieux qui confirme qu’il est le
plus sage. La sagesse des dieux est donc plus grande que la plus grande sagesse des hommes, qui
consiste à savoir que l’on ne sait pas... Il reste à l’homme d’être amoureux de
la sagesse (philo-sophe), « désireux d’atteindre un niveau qui serait
celui de la perfection divine ».[3]
Les philosophes et les sceptiques qui savent qu’ils ne
savent pas sont alors un cible facile pour les dogmatiques, religieux ou non,
qui eux savent et qui ont les dieux de leurs côtés pour le prouver.
Il semblerait que le passage suivant (Proverbes 8:22-31) se
réfère à la gnose:
« 22 L'Éternel m'a créée la première de ses oeuvres, Avant ses oeuvres les plus anciennes.
23 J'ai été établie depuis l'éternité, Dès le commencement, avant l'origine de la terre.
24 Je fus enfantée quand il n'y avait point d'abîmes, Point de sources chargées d'eaux;
25 Avant que les montagnes soient affermies, Avant que les collines existent, je fus enfantée;
26 Il n'avait encore fait ni la terre, ni les campagnes, Ni le premier atome de la poussière du monde.
27 Lorsqu'il disposa les cieux, j'étais là; Lorsqu'il traça un cercle à la surface de l'abîme,
28 Lorsqu'il fixa les nuages en haut, Et que les sources de l'abîme jaillirent avec force,
29 Lorsqu'il donna une limite à la mer, Pour que les eaux n'en franchissent pas les bords, Lorsqu'il posa les fondements de la terre,
30 J'étais à l'oeuvre auprès de lui, Et je faisais tous les jours ses délices, Jouant sans cesse en sa présence,
31 Jouant sur le globe de sa terre, Et trouvant mon bonheur parmi les fils de l'homme. »
Et Paul dans le premier épître aux Corinthiens :
« 17 Ce n'est pas pour baptiser que Christ m'a envoyé, c'est pour annoncer l'Évangile, et cela sans la sagesse du langage, afin que la croix de Christ ne soit pas rendue vaine.
18 Car la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu.
19 Aussi est-il écrit: Je détruirai la sagesse des sages, Et j'anéantirai l'intelligence des intelligents.
20 Où est le sage? où est le scribe? où est le disputeur de ce siècle? Dieu n'a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde?
21 Car puisque le monde, avec sa sagesse, n'a point connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication.
22 Les Juifs demandent des miracles et les Grecs cherchent la sagesse:
23 nous, nous prêchons Christ crucifié; scandale pour les Juifs et folie pour les païens,
24 mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs.
25 Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes.
26 Considérez, frères, que parmi vous qui avez été appelés il n'y a ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles.
27 Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes;
28 et Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu'on méprise, celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles qui sont,
29 afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu. »
Socrate sait qu’il ne sait pas, et il ne contredit pas que
les dieux, eux, savent. Selon Paul, la meilleure sagesse du monde n’est même pas à la
hauteur de la folie de Dieu. Sagesse et folie sont alors inversées et c’est la
folie qui peut conduire à la sagesse divine. Plus quelque chose semble être fou
et faible, et plus elle sera susceptible d’apporter la sagesse. C’est la porte
ouverte à tous les mystères et à la folle sagesse.
Ainsi la gnose qui sauve, la première des œuvres de l’Éternel
(Proverbes 8:22-31), serait une folie pour la sagesse des hommes.
MàJ Quelques éléments anti-intellectuels.
* Le slogan Drop the story and feel the feeling (Se détourner du récit, se tourner vers le ressenti).
Que l'on trouve entre autres chez Lola Jones de Divine Openings. Mais aussi chez Pema Chödrön (voir The Tricycle Newsletter May 13, 2013), Susan Piver, ...
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[1] « Maintenant, Athéniens, n'allez pas murmurer, même si vous trouvez que je parle de moi trop avantageusement. Car le propos que je vais redire n'est pas de moi; mais celui auquel il faut le rapporter mérite votre confiance. Pour témoigner de ma sagesse, je produirai le dieu de Delphes, qui vous dira si j'en ai une et ce qu'elle est. Vous connaissez sans doute Khairéphon. C'était mon camarade d'enfance et un ami du peuple, qui partagea votre récent exil et revint avec vous. Vous savez aussi quel homme c'était que Khairéphon et combien il était ardent dans tout ce qu'il entreprenait. Or, un jour qu'il était allé à Delphes, il osa poser à l'oracle la question que voici - je vous en prie encore une fois, juges, n'allez pas vous récrier -, il demanda, dis-je, s'il y avait au monde un homme plus sage que moi. Or la pythie lui répondit qu'il n'y en avait aucun. Et cette réponse, son frère, qui est ici, l'attestera devant vous, puisque Khairéphon est mort. »
[2] Apologie
[3] Pierre Hadot, Eloge de Socrate, p. 51
