lundi 24 septembre 2012

Fraternités


Lambert le bègue


Lambert le bège (1131-1177) est pensé être à l'origine du  mouvement béguinal dans les Pays-Bas méridionaux. "Devenu clerc il est d’abord en fonction dans la paroisse de Saint Martin en l’île de Liège. Transféré à Saint-Christophe, il y inaugure une approche pastorale qui a du succès. Il traduit en langue vulgaire des textes du Nouveau Testament pour les rendre accessible au peuple, dirige spirituellement des jeunes dames pour lesquelles il écrit des 'vies de saints' et promeut un style de vie nettement évangélique. Une communauté religieuse se forme autour de l’église Saint-Christophe. C’est l’origine du premier béguinage de la Principauté de Liège (et de l’ensemble des Pays-Bas)"[1].

Ce Lambert le bège  precha également contre les abus et les vices du clergé, il protesta contre la simonie,  "l’achat et la vente de biens spirituels, tout particulièrement d'un sacrement et, par conséquent, d’une charge ecclésiastique". Comme on peut s'y attendre, il avait de nombreux adversaires ce qui l'incita à écrire une défense de ses théories sous le titre "Antigraphum Petri". Il fut condamné pour hérésie et emprisonné.
Mais le mouvement béguinal était lancé et continua à se développer au cours du treizième siècle.

L'idée de vivre en des communautés de laïcs, "non ascétiques", n'avait rien d'extraordinaire dans le christianisme. Saint Augustin dans les Confessions parle de son projet de s'installer avec plusieurs amis et leurs familles en partageant tout.
"Notre dessein était de mettre en commun tout ce que nous possédions ; de ne faire plus qu'une famille de toutes nos familles différentes, afin que l'amitié qui résolu de vivre en repos en quelque lieu à l écart. Notre dessein était de mettre en commun tout ce que nous possédions de ne faire plus qu une famille de toutes nos familles différentes afin que l'amitié qui formait l'union de nos cœurs empêchât la division de nos biens et qu ainsi nul de nous n ayant rien de propre toutes choses fussent à tous en général et à chacun en particulier. Nous étions environ dix personnes qui croyions pouvoir vivre dans cette société et il y en avait de fort riches mais particulièrement un nommé Romanien qui était de la même ville que moi et mon intime ami dès mon enfance." (St Augustin, Les confessions, livre VI, chapitre XIV)  
Le spectre du "panthéisme" est sans doute apparu au douzième siècle avec Amaury de Chartres, mort en 1207. Ses nombreux disciples, parmi lequel David de Dinan, furent appelés Amauriciens, mouvement condamné par le IVe concile du Latran.  Ses trois thèses principales :
1. que Dieu est tout (omnia sunt deus) et ainsi que toutes les choses sont identiques, car tout ce qui est, est Dieu (omnia unum, quia quidquid est, est Deus).
2. que tout chrétien doit croire qu'il est un membre du corps du Christ, et que cette croyance est indispensable à son salut.
3. que celui qui reste dans l'amour de Dieu est incapable de péché.[2]
Sensiblement dans la même zône géographique, qui devait sacrément sentir le souffre, s'est développé ensuite le mouvement des Frères du Libre Esprit ("Turlupins"), autour d'un personnage du nom d'Ortlieb de Strasbourg.  Leur théorie principale semble se rattacher à la troisième thèse d'Amaury tout en en tirant des conséquences : "la conscience de l'identité substantielle avec Dieu rend l'homme libre; et cette liberté consiste en la suppression du remords ; nulle loi n'existe plus pour un tel homme."  " L'autorité ecclésiastique sévit contre eux par le fer et le feu, jusque vers 1430". "La persécution qu'ils s'attirèrent fit qu'ils cherchèrent un refuge dans les béguinages, sous le couvert desquels ils propagèrent leurs doctrines, et dont ils contribuèrent à corrompre les moeurs".

En 1324, l’empereur Louis de Bavière, fut excommunié par le pape Jean XXII, installé à Avignon sous la pression de Philippe-le-Bel. En Allemagne, les prêtres désertèrent les églises et abandonnèrent le peuple excommunié. Dans le vide ainsi apparu, de nouveaux courants se développèrent.
"Une apparition encore plus intéressante vers le milieu de ce siècle fut la société secrète des Amis de Dieu récemment mise en lumière par les travaux de M Ch Schmidt de Strasbourg Elle fut créée par la vaste influence d'un simple laïque Nicolas de Bâle [brûlé à Vienne en Autriche] dont la piété profonde éveillée par la vue des maux dont souffrait la chrétienté sut faire naître dans beaucoup d'âmes le besoin d une communion plus intime avec Dieu par l'acceptation joyeuse des souffrances et le renoncement à soi même De nombreuses réunions d 'Amis de Dieu se formèrent dans les villes le long du Rhin en Bavière et jusqu en Hongrie et autour de Nicolas lui même se groupa un cercle plus restreint d'amis dont l'unique préoccupation entretenue par des visions et des révélations célestes fut le relèvement des âmes et la réformation de l'Église. Nicolas de Bâle et les  Amis de Dieu occupent une place marquante dans la liste des pieux témoins qui ont préparé les voies au seizième siècle. Un des efforts non moins importants de ce réveil général de la conscience religieuse fut vers la fin du quatorzième siècle l'association des Frères de la vie commune fondée dans les Pays Bas par Gerhard Groot et par son disciple Florent Radewin sous l'influence du mysticisme de Jean Ruysbrock. Cette association se composait de clercs et de laïques réunis par le désir d'une commune édification au moyen d'une étude sérieuse des Saintes Écritures et des Pères et s efforçant de réaliser entre eux et au dehors le principe de l'amour chrétien sans se soumettre à aucun vœu monastique. Le travail des laïques suffisait à l'entretien de la maison, les clercs instruisaient les laïques, on lisait la Bible dans des réunions pieuses auxquelles le peuple pouvait prendre part et l'on travaillait activement à l'édification et à l'amélioration des classes inférieures par la composition et la diffusion de traités religieux. Une institution aussi bienfaisante et qui répondait si parfaitement aux besoins du peuple se répandit vite en Allemagne." (Essai sur le mysticisme spéculatif de maitre Eckhart, Auguste Jundt p. 17)

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Illustration : Lambert le bège 

[1] Lambert le bège (en anglais)
[2] Amaury de Chartres/Almaric of Bena (en anglais)

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