lundi 13 janvier 2014

Dharmarajas



On présente généralement l’empereur Ashoka (± 304-232 av. J.C.) comme un fervent bouddhiste. Il se serait converti au bouddhisme après sa conquête du Kalinga, où de très nombreux individus des deux côtés trouvèrent la mort. 150.000 du côté de Kalinga (au Magadha), et 100.000 du côté d’Ashoka, ou 100.000 de chaque côté. Une victoire difficile et coûteuse. Le roi Bindusara, le père d’Ashoka, avait déjà l’intention de conquérir Kalinga, mais c’est son fils qui réalisa ce rêve expansionniste. Après cette victoire difficile dans une région (Magadha) où le bouddhisme était en plein essor, la « conversion » d’Ashoka n’était sans doute pas entièrement dû au remords. Ce n’est d’ailleurs pas nommément le bouddhisme qu’il soutient dans ses édits, mais le principe de non-violence (ahimsa) et le Dharma-Vijaya (victoire à travers le Dharma). Le Dharma-Vijaya c’est du real-politik avant la lettre, un genre de « Pax Indiana ». Il suffit pour s’en convaincre de lire l’édit d’Ashoka sur la stèle laissée à Kalinga même. Ashoka imposa à ses sujets de faire lire son édit tous les jours de Tiṣya (T. skar rgyal)[1] (le treizième de chaque mois). Si ce jour est le jour de l’empereur, il semble donc justifier son pouvoir par une association avec le jour de Tiṣya, l’Archer céleste (Sirius). Il enverra des inspecteurs (mahamatras) pour vérifier si ses sujets accomplissent bien leurs devoirs (dharma). Il rassure les pays voisins sur ses intentions paisibles. Il dit qu’il est comme un père, et que tous les sujets sont comme ses enfants.


A la mort d’Ashoka, son empire est disloqué par les disputes de ses fils et les Gréco-Bactriens reprennent du poil de la bête. Un de généraux (Senapati) Mauryas, Puṣyamitra[2] (mort en 151 av. J.C.) assassine le dernier empereur maurya (Bṛhadratha) et fonde la dynastie Shunga. Il « rétablit l'hindouisme avec vigueur » (Wikipedia). L’empereur Khārabēḷa de Kalinga de la dynastie Mahameghavahana étend son empire, entre autres en battant Démétrios, le roi Indo-Grec de Bactria, gouvernant de Begram (ou Kapiçi). Il protège toutes les religions, mais en favorisant les jains.


Pendant que Démétrios était en train de conquérir de nouveaux territoires, un de ses généraux, Eucratide, se déclara roi de la Bactriane. Par la suite, les rois indo-grecs prirent plus de distance avec leurs coutumes grecs et se rapprochèrent des coutumes locaux afin de stabiliser leur pouvoir. Cela se constate sur les pièces[3] qui remplacent les dieux grecs (Helios, Héphaistos,... ) par les dieux zoroastriens (Mazda, Mithras…), Nana (Nanaia)[4] ou plus tard par des bouddhas. L’alphabet sur les pièces est l’alphabet grec, mais la langue est celle de la Bactriane.


La Bactriane (d’après la rivière Bactra/Balḵ), est situé au sud de la rivière Āmū Daryā (Oxus) et à l’ouest de Gandhara, dans le nord de l’Afghanistan actuel, et s’étend jusqu’au Hindou Kouch. Cette région était au départ zoroastrienne, puis bouddhiste et finalement musulmane. Bactriane était par la suite conquise par les Saka, puis par les Yuezhi (le « clan de la lune » qui aurait son origine près de la frontière chinoise, dans la région où se trouve Dunhuang. 



L’empire kouchan s’étendit de Tourfan jusqu’à Pataliputra (Patna). De 127 à 151, cet empire était dans les mains du « roi bouddhiste » Kanishka, bouddhiste car il aurait été à l’origine du quatrième concile de la tradition Sarvastivada (non reconnu par le Theravada) tenu au Cachemire. Il aurait eu d’ailleurs comme conseiller le maître bouddhiste Aśvaghoṣa qui a construit la légende du Bouddha telle que nous la connaissons. Certaines pièces représentent le roi Kanishka en train de faire des sacrifies devant un autel. Quand l’empire kouchan s’écroule, vers 200, les kouchans resteront les rois de Kaboul. Vers 400, ils seront bousculé par les huns blancs/hephtalites.

Toutes ces informations sont très incomplètes et contiennent sans doute des erreurs. Mais il faut prendre conscience du fait que l’idée qu’on peut se faire de l’histoire du « bouddhisme », les « rois bouddhistes », les « pays » où il « s’établit »… est très loin de la réalité qui est beaucoup plus complexe. Toutes ces lignes sont beaucoup moins nettes que dans les versions traditionnelles ou que dans l’idée que nous puissions nous en faire. On constate que les « rois bouddhistes » dérivent toujours leur pouvoir des dieux et de cultes anciens, et que pour asseoir, défendre et pérenniser leur pouvoir, ils utiliseront tous les moyens à leur disposition. Ce n’est même pas de la ruse, ou du « machiavélisme », c’est tout simplement l’exercice et le maintien du pouvoir royal.

***


[1] A la fin de l’édit il déclare tous les quatre mois sur le jour de Tiṣya, entre les jours de Tiṣya et à d’autres occasions, officielles sans doute. Il y a un lien avec le retour de Vichnou/Kalki à la fin du Kaliyuga "As it is said; "When the sun and moon, and the lunar asterism Tishya, and the planet Jupiter, are in one mansion, the Krita age shall return."

[2] Puṣya est un synonyme de Tiṣya.

[3] Source

[4] Source

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