vendredi 6 septembre 2019

La pratique d'une idéologie


Le mariage du Sakyong et de la Sakyong Wangmo
A la question d'un ami Facebook, “le vajrayana, mahamudra, dzogchen marchent-ils pour les occidentaux?”, j’avais suggérer d’élargir la question en “le vajrayana, mahamudra, dzogchen marchent-ils encore tout court ?”

Etant donné le lien entre la théorie/doctrine/idéologie et la pratique/praxis, on pourrait demander de quelle doctrine/idéologie le vajrayāna, mahāmudrā, dzogchen sont-ils la pratique ? Est-ce que cette doctrine/idéologie est compatible avec les sociétés occidentales (et sans doute de plus en plus même les sociétés orientales) ? Compatible ou partiellement compatible ?

Le bouddhisme tibétain est pour une grande partie la pratique du vajrayāna. En parlant de la mahāmudrā et du dzogchen, il faut être conscient que ces deux pratiques sont très complexes, malgré la volonté récalcitrante de certains d’en faire des pratiques relativement simples pour “voir la nature de l’esprit” et d’en rester là. Quelle que soit l’historique des pratiques sous ces noms (notamment la transmission hors du cadre tantrique), elles ont été absorbées et intégrées dans le vajrayāna, dont elles font désormais partie. La doctrine/idéologie cadre de la mahāmudrā et du dzogchen est donc celle du vajrayāna.

Le vajrayāna a pour caractéristique d’être un ensemble d’instructions traditionnellement enseignées par le Bouddha sous l’aspect symbolique (saṃbhogakāya) d’une divinité tantrique avec son univers (maṇḍala), qui est essentiellement la version pure (śuddha) de notre expérience ordinaire. Cette divinité, indifférenciée du maître qui en transmet l’initiation à l’élève, trône comme un monarque universel au milieu du cercle. Les hiérarchies y sont bien déterminées. L’ensemble, étant la version pure de notre version impure (soulunaire), sert de modèle à la terre pour un gouvernement éclairé sous un dharmarāja. C’est une idéologie parfaite pour des monarchies de type classique ou des théocraties, où la religion et l’état règnent main dans la main. Ironique si on pense que le Bouddha avait renoncé à son royaume...

Le Sakyong Trungpa avec son fils le Sakyong Mipham

Cette doctrine/idéologie du vajrayāna (y compris la mahāmudrā et le dzogchen bipartite : khregs gcod et thod rgal) est principalement mise en pratique (“pratiquée”) sous la forme des sādhana (avec ses accessoires : initiation, etc.). La réussite de cette mise en pratique est le siddhi (réussite). Le maître tibétain Chogyam Trungpa (1939-1987), grand modernisateur du vajrayāna en Occident, a cherché à fidèlement mettre en pratique l’idéologie du vajrayāna en inventant (terma) une pratique appelée Royaume de Shambala, dont il s’est proclamé le Maître-Roi, le dharmarāja, avec des cercles hiérarchiques tout comme dans les modèles du vajrayāna. Le résultat, comme on peut le voir actuellement, est assez catastrophique, malgré une mise en pratique assez fidèle de la théorie/idéologie correspondante. Se pourrait-il que l’idéologie (du vajrayāna) n’est pas compatible avec une société occidentale contemporaine ? Même si on “pratiquait” bien selon les instructions des sādhana inventés (terma) par Trungpa, dans ce cas. Une “pratique” n’est rien sans son idéologie. Si l’idéologie (théocratique) ne convient pas, quelles que soient les raisons, pourquoi la “pratiquer” ?

Une doctrine est une idéologie que l’on veut mettre en pratique. Il faut en avoir conscience. Il ne faut donc pas “pratiquer” aveuglement ou n’importe quoi. Souhaitons-nous réellement instaurer un maṇḍala théocratique sur la terre ? Que ce soit dans notre société où dans des mini-sociétés (sectes ?) au sein de celle-ci ? Souhaitons-nous actualiser une telle idéologie ?

Un exemple pour le vajrayāna. Quand on fait un grand rituel de protecteur Dharmapala (où une messe pour prendre un rituel d’une autre religion), de quelle doctrine/idéologie cet office est-il la pratique ? Quel serait le fruit de cette pratique qui confirmerait la réussite conformément à la doctrine ? Ou est-ce plutôt la tenue même de l’office qui est le “fruit” de cette doctrine ? Par sa perpétration même sous forme rituelle. Voir aussi Sadhana, l'entretien du corps mystique

Question accessoire : faut-il croire un adepte du vajrayāna, quand il/elle dit qu'il/elle ne fait pas de politique ?   



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