![]() |
| Pièce des Fidji présentant deux faces : Reine Elizabeth / Osiris, Isis et Horus |
Je "connaissais" déjà le lien généalogique de la famille royale Windsor avec le roi David, mais avec ce que semble suggérer cette pièce de monnaie des îles Fidji (Commonwealth, succédant à l'Empire britannique), leur arbre généalogique gagne quelques millénaires. Plus sérieusement...
Un corps démembré et découpé dont les morceaux, sont dispersés sur la terre, puis rassemblés. Ce n'est pas le début d'un film d'horreur, c'est le plus ancien scénario du pouvoir impérial. Du bord du Nil aux hauts plateaux du Tibet, des plaines de l'Inde aux contreforts de l'Himalaya, la même histoire est racontée encore et encore. Le corps d'un dieu, d’un futur dieu ou héros, est démembré, les fragments sont dispersés, et un héros, roi ou prêtre se charge de la mission sacrée de le “rassembler” à nouveau. Chaque rassemblement signifie l'incorporation d'un territoire à la souveraineté. Chaque lieu où le narratif a fait tomber un fragment du corps divin, voit s'élever un sanctuaire, un prêtre et une dîme. Ce n'est pas de la mythologie, c'est de la politique. Les narratifs qui l’accompagnent inéluctablement sont toujours indispensables, y compris de nos jours.
Égypte
Le prototype du récit se trouve en Égypte. Osiris est assassiné par son frère Seth, son corps découpé en quatorze morceaux, dispersés le long du Nil. Sa femme/soeur Isis, à bord d'une barque de papyrus, parcourt les marais à la recherche de chaque fragment. Chaque fois qu'elle en trouve un, elle lui donne une sépulture et élève un tombeau en ce lieu. Les prêtres et les dynasties qu’ils servent expliquent que le corps d'Osiris, c'est en fait l'Égypte elle-même. Chaque segment de la vallée du Nil, chaque province, correspond à une partie du corps divin d’Égypte. Abydos conserve la tête, mais Memphis revendique aussi la tête. Les deux villes se sont disputé la même “relique” pendant des siècles. Busiris possède la colonne vertébrale, Philae abrite le “vrai tombeau”, et ainsi de suite.
Chaque lieu qui revendique un ossement d'Osiris obtient automatiquement un centre religieux, un collège de prêtres et une économie de pèlerinage. Les pèlerins affluent, car ils désirent être enterrés “comme Osiris” en terre sainte. Le pharaon, lui, joue le rôle d'Horus, le fils et vengeur d'Osiris. Celui-ci a pour mission de “restaurer” le corps de son père Osiris/Égypte, c'est-à-dire de réunifier le territoire égyptien… Le pouvoir souverain est ensuite rituellement réactualisée à chaque nouvelle génération. Lorsqu'un nouveau pharaon monte sur le trône, quelle est sa première action ? Ce n'est pas une conquête militaire, mais une “réparation” rituelle. Il embrasse la statue du dieu de ses deux bras, lui ouvre la bouche, la fait “revivre”. Ce geste s'appelle “l'union des Deux Terres”.
Monde helléniste
Deux mille ans plus tard, un autre jeune homme arrive en Égypte. Il s'appelle Alexandre. Il se rend à l'oasis de Siwa, où l'oracle le proclame fils d'Amon. Il se proclame “fils de Zeus-Amon” et n'hésite pas à sacrifier devant le taureau Apis à Memphis. Ce taureau, dans la tradition égyptienne, est l'incarnation de l'âme d'Osiris. Après la mort d'Alexandre, son général Ptolémée fait quelque chose de plus habile encore. Il ramène le corps d'Alexandre en Égypte, l'enterre à Memphis avec la plus grande pompe, puis institue un culte officiel d'Alexandre, avec des prêtres dédiés et des années nommées d'après le prêtre en fonction.
Ptolémée sait que Grecs et Égyptiens ont besoin d'un sanctuaire commun. Il “rêve” alors d'un dieu : Sérapis. Le nom lui-même est une fusion de deux divinités : Osir-Hap, c'est-à-dire “l'Apis mort”, mélange de l'Osiris égyptien et du Zeus-Hadès grec. Ptolémée fait “venir” la statue du dieu depuis Sinope et construit le grand Sérapéum d'Alexandrie. Désormais, Grecs et Égyptiens ont un protecteur commun. Un corps (Osiris/Apis) s'est transformé en un autre corps (Sérapis), et le nouveau corps protège une nouvelle cité et l'empire qui la soutient.
L’Indosphère
Troisième siècle avant notre ère, Inde. Aśoka vient de conquérir le Kalinga par la violence, dans un bain de sang. Il se repent publiquement, renonce à la force armée et se tourne vers le “Dharma”. Aśoka l'entend au sens large de piété religieuse, moralité personnelle et éthique sociale applicables à tout son royaume, pas dans un sens spécifiquement bouddhique. Dans le Deuxième Édit sur Pilier, il définit lui-même :
Depuis la bataille de Kalinga, Aśoka “le pieux” (Dharmāśoka) réduit la violence mais ne renonce pas à l'empire. Il lui faut un nouveau moyen d'unifier cette vaste terre qui s'étend de l'Himalaya au Mysore, du golfe du Bengale à la mer d'Arabie. Il s’inspire de l’ancienne méthode égyptienne, et macédonienne, en suivant, peut-être, les conseils de l’Arthaśāstra de Kauṭilya, mais ne prendra pas un dieu comme facteur d’harmonisation mais un ascète (śramaṇa) qu’il promeut en “le Buddha”. Son corps n’avait pas été démembré par un meurtre, mais incinéré après sa mort (parinirvāṇa), et, selon la légende, les reliques avait été distribués aux huit chefs de clans de la région, et préservé dans des sanctuaires (tumuli ou stūpa).
Toujours selon la légende, Aśoka ouvre les huit stūpas originels contenant les reliques du Bouddha, en extrait les ossements et les répartit dans 84 000 stūpas à travers tout le “Jambudvīpa”, c'est-à-dire son empire. Chaque stūpa signifie qu'un lieu est intégré au réseau sacré centré sur “le Bouddha”. Mais ce n'est pas seulement religieux. Aśoka fait graver ses édits sur les rochers des provinces reculées, dans les langues locales, pour diffuser une loi morale universelle. Son “Dharma” n'est pas exclusivement bouddhique. C'est une éthique civique impériale : respect des parents, des maîtres, des aînés, compassion envers tous, abstention de tuer.
Le “corps du Bouddha” est dispersé à travers l'empire, comme Osiris l'est à travers l'Égypte. La différence est que les fragments égyptiens étaient “déjà là” (selon le narratif des prêtres), ceux d'Aśoka sont “envoyés là”, où l'empereur le décide. Mais l'effet est identique. Chaque stūpa devient un nœud -t. gnad) de l'empire, chaque religieux un œil et une oreille, chaque offrande un flux vers le trésor impérial.
Cette loi sera parfaitement reprise par les souverains d'Asie du Sud-Est. Ils construisent des “États-théâtre”, élèvent au centre de la capitale une montagne du monde (le mont Meru), couronnée d'un stūpa, faisant du royaume entier une réplique miniature du cosmos. Le roi joue les rituels, imite les gestes des dieux, et attire les royaumes voisins dans son orbite.
L’Inde hindou
Après Aśoka et les autres “dharmaraja”, et notamment avec la montée de l’ésotérisme des tantras, le “corps” territorial prend de nouveau une tournure davantage religieuse (tantrisme et śaktīsme), et à plus petite échelle. L’époque des grands empires a révolue. La "femme" śaktī joue un rôle plus important, mais est-ce que c'est pour le mieux ?
Satī est l'épouse de Śiva. Son père Dakṣa organise un grand sacrifice, mais omet volontairement d'inviter Śiva. Satī, humiliée, se jette dans le feu sacrificiel. Fou de douleur, Śiva erre à travers le monde en portant son corps. Pour l'empêcher de détruire l'univers, Viṣṇu découpe le corps de Satī en morceaux avec son disque. Les lieux où tombent les fragments deviennent les cinquante-et-un Śakti Pīṭha, les sanctuaires de la Déesse. Chaque pīṭha a sa déesse et son gardien (Bhairava). Le nombre de ces sanctuaires varie selon les textes, cinquante-et-un, cent huit… Mais c'est précisément ce qui révèle la vérité. Le nombre importe peu, l'essentiel est d'intégrer des cultes locaux de déesses dans un récit mythique unifié. Une déesse locale vénérée depuis des générations dans un village se voit soudain déclarer “tu es en réalité la réincarnation de la cheville droite de Satī”. Le culte villageois est alors “promu” en rituel hindou standardisé, les brahmanes remplacent les chamanes tribaux, et la dîme afflue vers le système religieux orthodoxe.
Au Tibet
Nous sommes au septième siècle, dans la vallée du Yarlung. Songtsen Gampo (VIIᵉ siècle) épouse deux princesses : l'une du Népal, l'autre de la Chine des Tang. Toutes deux apportent des statues du Bouddha et veulent construire des temples. Mais ce qui est édifié le jour est détruit la nuit par les esprits locaux. Songtsen Gampo (ou son épouse chinoise Wencheng[4]) voit la situation sous jacente. le Tibet entier repose sur une immense démone femelle (t. srin mo s. rākṣasī), dont le corps symbolise le Tibet, les membres étendus, face contre ciel[5]. Si on ne la cloue pas au sol, le bouddhisme ne pourra jamais s'enraciner. Le roi fait alors construire douze temples aux douze points vitaux de la démone, épaules, coudes, poignets, hanches, genoux, chevilles, … pour la “clouer” au sol. Le temple de la princesse népalaise est édifié au centre de la démone, comme treizième. Les classifications tibétaines Tadül (mtha' 'dul, soumission des frontières) et Yangdül (yang 'dul, soumission renforcée) correspondent à celles du “Miroir qui éclaire les généalogies royales” (t. rGyal rabs gsal ba'i me long). Il y a aussi quatre “temples de pression des quatre coins” (t. ru gnon), construits dans des régions plus éloignées. La démone est maîtrisée mais peut encore avoir des influences néfastes localement, requérant des thaumaturges comme Padmasambhava ou Milarepa (à Lachi), pour la rappeler à l’ordre (voir Andrew Quintman, 2008).
C'est le schéma que nous avons identifié à propos des 24 lieux-noeuds (t. gnas s. pīṭha). Le territoire extérieur et le corps intérieur sont isomorphes. Le Kālacakra pousse cette logique à son terme. Le cosmos entier, le corps du pratiquant, et le royaume de Shambhala sont trois expressions d'une même structure. Le Kālacakra intègre le mythe du Kalki, le dixième avatar de Viṣṇu, qui viendra à la fin des temps pour détruire les barbares et instaurer un âge d'or. Le tibétain “rigs ldan” désigne à la fois Kalki et les rois de Shambhala. Le roi Mañjuśrī-Yaśas est présenté comme celui qui a “emprunté” les images hindoues pour unifier son peuple. C’était exactement la stratégie d'Aśoka avec le Dharma, ou des Ptolémées avec Sérapis. Alexander Berzin[6], cité dans le document, l'analyse comme une stratégie délibérée : utiliser le langage et les métaphores de l'auditoire pour unir des populations hétérogènes. La prophétie de l'an 2424 est le cœur de cette théologie politique : une invasion barbare future, une guerre mondiale, l'arrivée des armées de Shambhala menées par le 25ᵉ Kalki, et l'instauration d'un âge d'or. Tous ceux qui ont reçu l'initiation Kālacakra renaîtront à ce moment-là, du côté victorieux. C'est le même schéma qu'Osiris et Aśoka : une guerre cosmique, un roi restaurateur, un territoire à reconquérir, et une armée de fidèles enrôlés. Sauf qu'ici, l'enrôlement se fait par l'initiation, et la renaissance se fait dans le futur.
Donald S. Lopez[7], cité dans le document, formule la chose sans détour : le Dalaï-lama aurait trouvé “une technique plus efficace pour peupler Shambhala et recruter des troupes pour l'armée du 25ᵉ roi. Dans mon blog In the year 2424… (2021), j’ajoute que le Dalaï-lama a initié 2 109 800 personnes au total, “prêtes à combattre pour la paix mondiale en 2424 aux côtés du roi de Shambhala”. L'initiation n'est pas seulement une transmission spirituelle, c'est un acte d'allégeance à un royaume futur, une inscription dans un corps territorial eschatologique. Le pratiquant devient un citoyen de Shambhala in absentia, en attente de sa renaissance…
C’est aussi, et en attendant surtout, une pratique yoguique pour conquérir le territoire intérieur du corps indestructible (vajrakāya). Mais le Kālacakra extérieur attire toujours de nouveaux recrus…
Aux Etats-Unis
Chögyam Trungpa (1939-1987), qui croyait à l’importance d’une double lignée, spirituelle et de sang, se disait appartenir à la lignée du légendaire roi Gésar de Ling. Étant un “inventeur de terma” (t. gter ston), un genre de prophète, il commença à “recevoir” des termas relatifs au Royaume de Shambala à partir de 1976. Dès sa jeunesse, il aurait rêvé d’ “une société du bouddhadharma plus grande” (Midal, p. 215-217). Il veut tirer un trait (Ashé) entre l’Orient et l’Occident (p. 218) et “joindre le ciel et la terre” (p. 222).
Au Bhoutan
Les objectifs de la GMC (Gelephu Mindfulness City) combinent un développement économique ambitieux et la préservation de la philosophie spirituelle et culturelle du Bhoutan. Il y a des objectifs économiques, et aussi des objectifs spirituels et philosophiques. Moderniser le Bonheur National Brut (BNB), Harmoniser prospérité et valeurs, Préserver l'identité et l'environnement du Bhoutan, et aussi Incarner l'idéal de Shambhala. S'inspirer de la vision des maîtres spirituels bhoutanais pour construire une “ville qui prospère et qui a une âme”, en projetant la sagesse ancienne de Shambala dans le monde moderne (Kuenselonline 26/09/2026)[8]. Ce projet comprend la construction du Shambala Dzong, lancé en janvier 2026. Dirigé par le Corps monastique central du Bhoutan, cet édifice de sept acres servira de centre de formation pour le bouddhisme Vajrayana tout en préservant les arts sacrés et les rituels traditionnels. Inspiré par l'architecture du dzong de Rinpung, le complexe intégrera des installations modernes comme des centres de méditation et des salles de conférence pour un coût estimé à trois milliards de ngultrums.
[4] Wang, J.; Cedain, D. (2020). "Princess Wencheng in historical writing: The difficulty in narrating ethnic history in multi-ethnic China”.
[5] McKay, Alex (éd.). The History of Tibet. Routledge, 2003.
Down with the Demoness: Reflections on a Feminine Ground in Tibet, in Tibet Journal, 1987.
[6] Dr. Alexander Berzin, External Kalachakra, Originally published as chapter 3 of Berzin, Alexander. Taking the Kalachakra Initiation. Ithaca, Snow Lion, 1997. Reprint: Introduction to the Kalachakra Initiation. Ithaca: Snow Lion, 2010.
[7] Donald S. Lopez, Prisoners of Shangri-La: Tibetan Buddhism and the West, 1998, University of Chicago Press, p. 206
[8] Prime Minister pitches GMC to the world at the UN, YK Poudel, Kuenselonline, 26/09/2026
“Prime Minister Tshering Tobgay used Bhutan's address to the General Debate of the 81st United Nations General Assembly on September 22 to deliver what he called a sales pitch, urging governments, investors, and businesses to build Gelephu Mindfulness City (GMC) with Bhutan.”
Shambhala and Gross National Happiness
For more than half a century, Bhutan has pursued Gross National Happiness, that does not reject economic growth. The Prime Minister said the GMC gives this GNH philosophy a contemporary form, through markets, technology and investment.
"Some of our spiritual masters have looked at what is taking shape in GMC and said: under an enlightened King, Shambhala is being built," he said. "We make no claim to perfection. For us, Shambhala points not back to the past, but forward, a promise to carry its wisdom into the future. To build a city that prospers, and has a soul."
Lyonchhen Tshering Tobgay closed with an appeal: "To governments and institutions seeking partnership, and to investors, entrepreneurs and companies seeking the next great opportunity: do not watch GMC being built. Come to Bhutan. Come to GMC. Help define the journey. Build it with us. Become our co-founders. Because the future does not simply arrive. The future is built. And in Bhutan, we are already building it."
Égypte
![]() |
| Osiris momifié féconde Isis transformée en oiseau, couche funéraire Abydos (wikimedia) |
Le prototype du récit se trouve en Égypte. Osiris est assassiné par son frère Seth, son corps découpé en quatorze morceaux, dispersés le long du Nil. Sa femme/soeur Isis, à bord d'une barque de papyrus, parcourt les marais à la recherche de chaque fragment. Chaque fois qu'elle en trouve un, elle lui donne une sépulture et élève un tombeau en ce lieu. Les prêtres et les dynasties qu’ils servent expliquent que le corps d'Osiris, c'est en fait l'Égypte elle-même. Chaque segment de la vallée du Nil, chaque province, correspond à une partie du corps divin d’Égypte. Abydos conserve la tête, mais Memphis revendique aussi la tête. Les deux villes se sont disputé la même “relique” pendant des siècles. Busiris possède la colonne vertébrale, Philae abrite le “vrai tombeau”, et ainsi de suite.
Chaque lieu qui revendique un ossement d'Osiris obtient automatiquement un centre religieux, un collège de prêtres et une économie de pèlerinage. Les pèlerins affluent, car ils désirent être enterrés “comme Osiris” en terre sainte. Le pharaon, lui, joue le rôle d'Horus, le fils et vengeur d'Osiris. Celui-ci a pour mission de “restaurer” le corps de son père Osiris/Égypte, c'est-à-dire de réunifier le territoire égyptien… Le pouvoir souverain est ensuite rituellement réactualisée à chaque nouvelle génération. Lorsqu'un nouveau pharaon monte sur le trône, quelle est sa première action ? Ce n'est pas une conquête militaire, mais une “réparation” rituelle. Il embrasse la statue du dieu de ses deux bras, lui ouvre la bouche, la fait “revivre”. Ce geste s'appelle “l'union des Deux Terres”.
Monde helléniste
![]() |
| Emp. romain Probus / Sérapis, monnaie d'Alexandrie (279-280 ap. JC) |
Deux mille ans plus tard, un autre jeune homme arrive en Égypte. Il s'appelle Alexandre. Il se rend à l'oasis de Siwa, où l'oracle le proclame fils d'Amon. Il se proclame “fils de Zeus-Amon” et n'hésite pas à sacrifier devant le taureau Apis à Memphis. Ce taureau, dans la tradition égyptienne, est l'incarnation de l'âme d'Osiris. Après la mort d'Alexandre, son général Ptolémée fait quelque chose de plus habile encore. Il ramène le corps d'Alexandre en Égypte, l'enterre à Memphis avec la plus grande pompe, puis institue un culte officiel d'Alexandre, avec des prêtres dédiés et des années nommées d'après le prêtre en fonction.
Ptolémée sait que Grecs et Égyptiens ont besoin d'un sanctuaire commun. Il “rêve” alors d'un dieu : Sérapis. Le nom lui-même est une fusion de deux divinités : Osir-Hap, c'est-à-dire “l'Apis mort”, mélange de l'Osiris égyptien et du Zeus-Hadès grec. Ptolémée fait “venir” la statue du dieu depuis Sinope et construit le grand Sérapéum d'Alexandrie. Désormais, Grecs et Égyptiens ont un protecteur commun. Un corps (Osiris/Apis) s'est transformé en un autre corps (Sérapis), et le nouveau corps protège une nouvelle cité et l'empire qui la soutient.
L’Indosphère
![]() |
| Chapiteau Sarnath avec la roue du "Dharma" (wikimedia) |
Troisième siècle avant notre ère, Inde. Aśoka vient de conquérir le Kalinga par la violence, dans un bain de sang. Il se repent publiquement, renonce à la force armée et se tourne vers le “Dharma”. Aśoka l'entend au sens large de piété religieuse, moralité personnelle et éthique sociale applicables à tout son royaume, pas dans un sens spécifiquement bouddhique. Dans le Deuxième Édit sur Pilier, il définit lui-même :
“Le Dharma est bon. Qu'est-ce que le Dharma ? Peu de fautes, abondance de vertus, compassion, générosité, véracité, pureté.[1]”Les principes concrets sont : obéissance aux parents, respect des maîtres et des aînés, libéralité envers amis, famille, brahmanes et ascètes, abstention de tuer tout être vivant, douceur, modération. Assez proche des valeurs mentionnées par le śramaṇa Gautama (p. samaṇo gotamo) dans l’l'Apaṇṇaka Sutta (MN60 “un bon pari”)[2]. C'est un code moral universaliste, destiné à unifier un empire multiethnique et multiconfessionnel. Comparable au Mâât égyptien[3], mais qui se veut plus universel.
Depuis la bataille de Kalinga, Aśoka “le pieux” (Dharmāśoka) réduit la violence mais ne renonce pas à l'empire. Il lui faut un nouveau moyen d'unifier cette vaste terre qui s'étend de l'Himalaya au Mysore, du golfe du Bengale à la mer d'Arabie. Il s’inspire de l’ancienne méthode égyptienne, et macédonienne, en suivant, peut-être, les conseils de l’Arthaśāstra de Kauṭilya, mais ne prendra pas un dieu comme facteur d’harmonisation mais un ascète (śramaṇa) qu’il promeut en “le Buddha”. Son corps n’avait pas été démembré par un meurtre, mais incinéré après sa mort (parinirvāṇa), et, selon la légende, les reliques avait été distribués aux huit chefs de clans de la région, et préservé dans des sanctuaires (tumuli ou stūpa).
Toujours selon la légende, Aśoka ouvre les huit stūpas originels contenant les reliques du Bouddha, en extrait les ossements et les répartit dans 84 000 stūpas à travers tout le “Jambudvīpa”, c'est-à-dire son empire. Chaque stūpa signifie qu'un lieu est intégré au réseau sacré centré sur “le Bouddha”. Mais ce n'est pas seulement religieux. Aśoka fait graver ses édits sur les rochers des provinces reculées, dans les langues locales, pour diffuser une loi morale universelle. Son “Dharma” n'est pas exclusivement bouddhique. C'est une éthique civique impériale : respect des parents, des maîtres, des aînés, compassion envers tous, abstention de tuer.
Le “corps du Bouddha” est dispersé à travers l'empire, comme Osiris l'est à travers l'Égypte. La différence est que les fragments égyptiens étaient “déjà là” (selon le narratif des prêtres), ceux d'Aśoka sont “envoyés là”, où l'empereur le décide. Mais l'effet est identique. Chaque stūpa devient un nœud -t. gnad) de l'empire, chaque religieux un œil et une oreille, chaque offrande un flux vers le trésor impérial.
Cette loi sera parfaitement reprise par les souverains d'Asie du Sud-Est. Ils construisent des “États-théâtre”, élèvent au centre de la capitale une montagne du monde (le mont Meru), couronnée d'un stūpa, faisant du royaume entier une réplique miniature du cosmos. Le roi joue les rituels, imite les gestes des dieux, et attire les royaumes voisins dans son orbite.
![]() |
| Drapeau indien avec la roue de "Dharma" (ajouté par Nehru) |
L’Inde hindou
![]() |
| Śiva errant avec le cadavre de Satī (vers 1800, LA County Museum of Art) |
Après Aśoka et les autres “dharmaraja”, et notamment avec la montée de l’ésotérisme des tantras, le “corps” territorial prend de nouveau une tournure davantage religieuse (tantrisme et śaktīsme), et à plus petite échelle. L’époque des grands empires a révolue. La "femme" śaktī joue un rôle plus important, mais est-ce que c'est pour le mieux ?
Satī est l'épouse de Śiva. Son père Dakṣa organise un grand sacrifice, mais omet volontairement d'inviter Śiva. Satī, humiliée, se jette dans le feu sacrificiel. Fou de douleur, Śiva erre à travers le monde en portant son corps. Pour l'empêcher de détruire l'univers, Viṣṇu découpe le corps de Satī en morceaux avec son disque. Les lieux où tombent les fragments deviennent les cinquante-et-un Śakti Pīṭha, les sanctuaires de la Déesse. Chaque pīṭha a sa déesse et son gardien (Bhairava). Le nombre de ces sanctuaires varie selon les textes, cinquante-et-un, cent huit… Mais c'est précisément ce qui révèle la vérité. Le nombre importe peu, l'essentiel est d'intégrer des cultes locaux de déesses dans un récit mythique unifié. Une déesse locale vénérée depuis des générations dans un village se voit soudain déclarer “tu es en réalité la réincarnation de la cheville droite de Satī”. Le culte villageois est alors “promu” en rituel hindou standardisé, les brahmanes remplacent les chamanes tribaux, et la dîme afflue vers le système religieux orthodoxe.
Au Tibet
![]() |
| Srinmo du Tibet (illustration des archives d'Erwan Temple) |
Nous sommes au septième siècle, dans la vallée du Yarlung. Songtsen Gampo (VIIᵉ siècle) épouse deux princesses : l'une du Népal, l'autre de la Chine des Tang. Toutes deux apportent des statues du Bouddha et veulent construire des temples. Mais ce qui est édifié le jour est détruit la nuit par les esprits locaux. Songtsen Gampo (ou son épouse chinoise Wencheng[4]) voit la situation sous jacente. le Tibet entier repose sur une immense démone femelle (t. srin mo s. rākṣasī), dont le corps symbolise le Tibet, les membres étendus, face contre ciel[5]. Si on ne la cloue pas au sol, le bouddhisme ne pourra jamais s'enraciner. Le roi fait alors construire douze temples aux douze points vitaux de la démone, épaules, coudes, poignets, hanches, genoux, chevilles, … pour la “clouer” au sol. Le temple de la princesse népalaise est édifié au centre de la démone, comme treizième. Les classifications tibétaines Tadül (mtha' 'dul, soumission des frontières) et Yangdül (yang 'dul, soumission renforcée) correspondent à celles du “Miroir qui éclaire les généalogies royales” (t. rGyal rabs gsal ba'i me long). Il y a aussi quatre “temples de pression des quatre coins” (t. ru gnon), construits dans des régions plus éloignées. La démone est maîtrisée mais peut encore avoir des influences néfastes localement, requérant des thaumaturges comme Padmasambhava ou Milarepa (à Lachi), pour la rappeler à l’ordre (voir Andrew Quintman, 2008).
Un exemple de yoga géomantique de Milarepa pour subjuguer le paysage démoniaque en rébellion. N’oublions pas que c’est Gtsang smyon Heruka (1452–1507, le “Fou de Tsang) qui raconte la Vie et les Chants de Milarepa comme un aménagement géomantique du paysage ("landscaping").
Le territoire devient macro/microcosmique (et politique) : le Kālacakra“Poursuivant un peu plus loin, des êtres non-humains (t. mi ma yin) déployèrent des illusions magiques (t. cho 'phrul) tout au long du chemin, lui montrant de multiples grands organes génitaux féminins (t. mo mtshan chen po). Jetsun [Milarepa], maintenant son regard yogique (lta stangs) et rendant son vajra secret (t. gsang rdor) apte à l'action, continua d'avancer. Ayant franchi la limite des neuf organes féminins (mtshan ma dgu), il dirigea son vajra secret et son regard concentré sur une pierre, où s'était condensée l'essence du lieu (t. gnas kyi bcud 'dus pa'i rdo ba), apaisant ainsi toutes les illusions magiques. Cet endroit devint célèbre sous le nom de La-ngu Lung-ngu (“Neuf Cols et Neuf Vallées”, La dgu lung dgu).”En Wylie : de nas cung zad byon pa dang mi ma yin gyis cho 'phrul 'byon lam thams cad du mo mtshan chen po du ma bstan byung bas/ rje btsun gyis kyang lta stangs kyi ngang nas gsang rdor las su rung bar mdzad nas byon pas/ mtshan ma dgu 'das pa'i mtshams su gnas kyi bcud 'dus pa'i rdo ba zhig la gsang gnas rdor zhing lta stangs mdzad pas cho 'phrul kun zhi ba'i sa la/ la dgu lung dgur grags/ (米拉日巴传及其道歌, (Tibetan ed.). Xining: Qinghai Nationalities Publishing House, 1981, p. 213)
| Kalki, le dixième avatar de Viṣṇu |
C'est le schéma que nous avons identifié à propos des 24 lieux-noeuds (t. gnas s. pīṭha). Le territoire extérieur et le corps intérieur sont isomorphes. Le Kālacakra pousse cette logique à son terme. Le cosmos entier, le corps du pratiquant, et le royaume de Shambhala sont trois expressions d'une même structure. Le Kālacakra intègre le mythe du Kalki, le dixième avatar de Viṣṇu, qui viendra à la fin des temps pour détruire les barbares et instaurer un âge d'or. Le tibétain “rigs ldan” désigne à la fois Kalki et les rois de Shambhala. Le roi Mañjuśrī-Yaśas est présenté comme celui qui a “emprunté” les images hindoues pour unifier son peuple. C’était exactement la stratégie d'Aśoka avec le Dharma, ou des Ptolémées avec Sérapis. Alexander Berzin[6], cité dans le document, l'analyse comme une stratégie délibérée : utiliser le langage et les métaphores de l'auditoire pour unir des populations hétérogènes. La prophétie de l'an 2424 est le cœur de cette théologie politique : une invasion barbare future, une guerre mondiale, l'arrivée des armées de Shambhala menées par le 25ᵉ Kalki, et l'instauration d'un âge d'or. Tous ceux qui ont reçu l'initiation Kālacakra renaîtront à ce moment-là, du côté victorieux. C'est le même schéma qu'Osiris et Aśoka : une guerre cosmique, un roi restaurateur, un territoire à reconquérir, et une armée de fidèles enrôlés. Sauf qu'ici, l'enrôlement se fait par l'initiation, et la renaissance se fait dans le futur.
Donald S. Lopez[7], cité dans le document, formule la chose sans détour : le Dalaï-lama aurait trouvé “une technique plus efficace pour peupler Shambhala et recruter des troupes pour l'armée du 25ᵉ roi. Dans mon blog In the year 2424… (2021), j’ajoute que le Dalaï-lama a initié 2 109 800 personnes au total, “prêtes à combattre pour la paix mondiale en 2424 aux côtés du roi de Shambhala”. L'initiation n'est pas seulement une transmission spirituelle, c'est un acte d'allégeance à un royaume futur, une inscription dans un corps territorial eschatologique. Le pratiquant devient un citoyen de Shambhala in absentia, en attente de sa renaissance…
C’est aussi, et en attendant surtout, une pratique yoguique pour conquérir le territoire intérieur du corps indestructible (vajrakāya). Mais le Kālacakra extérieur attire toujours de nouveaux recrus…
Aux Etats-Unis
![]() |
| Le Sakyong sur son cheval blanc, photo Andrea Roth |
Chögyam Trungpa (1939-1987), qui croyait à l’importance d’une double lignée, spirituelle et de sang, se disait appartenir à la lignée du légendaire roi Gésar de Ling. Étant un “inventeur de terma” (t. gter ston), un genre de prophète, il commença à “recevoir” des termas relatifs au Royaume de Shambala à partir de 1976. Dès sa jeunesse, il aurait rêvé d’ “une société du bouddhadharma plus grande” (Midal, p. 215-217). Il veut tirer un trait (Ashé) entre l’Orient et l’Occident (p. 218) et “joindre le ciel et la terre” (p. 222).
“Pour joindre le ciel et la terreCe Roi est le Sakyong, qui n’est pas un roi ordinaire. Par la vision et la pratique de la Cour de Shambala, le Sakyong invite chacun à devenir un monarque universel (cakravartin). En attendant ce grand jour, il faut se mettre au service du Sakyong et de son royaume. Cela est expliqué en détail dans la "Vision et pratique courtisane" (The Court Vision and Practice).
Afin d'établir une société humaine
L’homme doit avoir son Roi.”
Au Bhoutan
![]() |
| Le futur Shambala Dzong (en construction) |
Les objectifs de la GMC (Gelephu Mindfulness City) combinent un développement économique ambitieux et la préservation de la philosophie spirituelle et culturelle du Bhoutan. Il y a des objectifs économiques, et aussi des objectifs spirituels et philosophiques. Moderniser le Bonheur National Brut (BNB), Harmoniser prospérité et valeurs, Préserver l'identité et l'environnement du Bhoutan, et aussi Incarner l'idéal de Shambhala. S'inspirer de la vision des maîtres spirituels bhoutanais pour construire une “ville qui prospère et qui a une âme”, en projetant la sagesse ancienne de Shambala dans le monde moderne (Kuenselonline 26/09/2026)[8]. Ce projet comprend la construction du Shambala Dzong, lancé en janvier 2026. Dirigé par le Corps monastique central du Bhoutan, cet édifice de sept acres servira de centre de formation pour le bouddhisme Vajrayana tout en préservant les arts sacrés et les rituels traditionnels. Inspiré par l'architecture du dzong de Rinpung, le complexe intégrera des installations modernes comme des centres de méditation et des salles de conférence pour un coût estimé à trois milliards de ngultrums.
***
[1] Jason Neelis, Early Buddhist Transmission and Trade Networks: Mobility and Exchange within and beyond the Northwestern Borderlands of South Asia, 2011, Brill.
En araméen, le traducteur utilise un terme qui signifie “chemin simple/droit” (קשיטא qšyṭ), et précise que ce dhamma n'est pas une loi (dīn'a) au sens juridique akkadien : il se situe avant toute loi, comme une éthique fondamentale (Phiroze Vasunia, An Indian King's Mark on Kandahar, 2015).
[2] “Il y a certains ascètes et brahmanes qui soutiennent cette doctrine et cette vue : “Le don, le sacrifice et l'offrande n'ont aucun sens. Il n'y a ni fruit ni résultat des bonnes et des mauvaises actions. Il n'y a pas d'au-delà (p. natthi paro loko). Il n'y a ni mère ni père, ni êtres qui renaissent de manière spontanée. Et il n'y a dans ce monde aucun ascète ni brahmane menant une vie droite et une pratique correcte qui décrive l'au-delà après l'avoir réalisé par sa propre connaissance directe.” En Pāli.
[3] Assmann, Jan. Maât, l'Égypte pharaonique et l'idée de justice sociale. Julliard, 1989. Sur Mâât comme ordre cosmique et politique.
“Dharma is good. And what is Dharma? (It is) few faults, abundant virtues, compassion, generosity, truthfulness, and purity.”Dans l'édit bilingue gréco-araméen de Kandahar (Afghanistan), le mot dhamma est traduit en grec par εὐσέβεια (eusebeia), qui signifie “piété, révérence” . Benveniste notait qu'il s'agit moins de “piété envers les dieux” que de “révérence à l'égard des hommes, parents, maîtres, ou membres d'une autre communauté” . (Neelis, 2011)
En araméen, le traducteur utilise un terme qui signifie “chemin simple/droit” (קשיטא qšyṭ), et précise que ce dhamma n'est pas une loi (dīn'a) au sens juridique akkadien : il se situe avant toute loi, comme une éthique fondamentale (Phiroze Vasunia, An Indian King's Mark on Kandahar, 2015).
[2] “Il y a certains ascètes et brahmanes qui soutiennent cette doctrine et cette vue : “Le don, le sacrifice et l'offrande n'ont aucun sens. Il n'y a ni fruit ni résultat des bonnes et des mauvaises actions. Il n'y a pas d'au-delà (p. natthi paro loko). Il n'y a ni mère ni père, ni êtres qui renaissent de manière spontanée. Et il n'y a dans ce monde aucun ascète ni brahmane menant une vie droite et une pratique correcte qui décrive l'au-delà après l'avoir réalisé par sa propre connaissance directe.” En Pāli.
[3] Assmann, Jan. Maât, l'Égypte pharaonique et l'idée de justice sociale. Julliard, 1989. Sur Mâât comme ordre cosmique et politique.
[4] Wang, J.; Cedain, D. (2020). "Princess Wencheng in historical writing: The difficulty in narrating ethnic history in multi-ethnic China”.
[5] McKay, Alex (éd.). The History of Tibet. Routledge, 2003.
Down with the Demoness: Reflections on a Feminine Ground in Tibet, in Tibet Journal, 1987.
[6] Dr. Alexander Berzin, External Kalachakra, Originally published as chapter 3 of Berzin, Alexander. Taking the Kalachakra Initiation. Ithaca, Snow Lion, 1997. Reprint: Introduction to the Kalachakra Initiation. Ithaca: Snow Lion, 2010.
[7] Donald S. Lopez, Prisoners of Shangri-La: Tibetan Buddhism and the West, 1998, University of Chicago Press, p. 206
[8] Prime Minister pitches GMC to the world at the UN, YK Poudel, Kuenselonline, 26/09/2026
“Prime Minister Tshering Tobgay used Bhutan's address to the General Debate of the 81st United Nations General Assembly on September 22 to deliver what he called a sales pitch, urging governments, investors, and businesses to build Gelephu Mindfulness City (GMC) with Bhutan.”
Shambhala and Gross National Happiness
For more than half a century, Bhutan has pursued Gross National Happiness, that does not reject economic growth. The Prime Minister said the GMC gives this GNH philosophy a contemporary form, through markets, technology and investment.
"Some of our spiritual masters have looked at what is taking shape in GMC and said: under an enlightened King, Shambhala is being built," he said. "We make no claim to perfection. For us, Shambhala points not back to the past, but forward, a promise to carry its wisdom into the future. To build a city that prospers, and has a soul."
Lyonchhen Tshering Tobgay closed with an appeal: "To governments and institutions seeking partnership, and to investors, entrepreneurs and companies seeking the next great opportunity: do not watch GMC being built. Come to Bhutan. Come to GMC. Help define the journey. Build it with us. Become our co-founders. Because the future does not simply arrive. The future is built. And in Bhutan, we are already building it."









Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire