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| Chayul Dzong (detail), Dzongs of Tibet, Wikimedia, Tibet du sud |
Voici les résultats d'une petite enquête sur Lo-ro, la région emblématique de Réchungpa et de plusieurs cycles de la Dākinī.
Située au sud du Lhokha (Shannan 山南), dans l'actuel comté de Lhünzê (隆子县), la région de Lo-ro (ལོ་རོ་ / 罗若乡, Luoruo) a joué un rôle stratégique au Tibet médiéval (XIᵉ–XIVᵉ siècles). Cette zone-refuge frontalière de haute altitude a fonctionné comme un laboratoire pour les yogis laïcs (ngakpa / ras-pa) et un conservatoire pour les transmissions aurales de la Dākinī.
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| Himalayan Journal 09, 1937 |
Le territoire s'organise autour de deux vallées principales. le Loro Karpo Chu (ལོ་རོ་དཀར་པོ་ཆུ / 洛若白曲) venant du Nyala La, au nord-ouest. Le Loro Nagpo Chu (ལོ་རོ་ནག་པོ་ཆུ / 洛若黑曲), venant de la source Sangba Duori (sangs rgyas rdo rje), au sud. À leur point de jonction se dresse le monastère de Tashi Tongmön (བཀྲ་ཤིས་མཐོང་སྨོན / 扎什通门寺).
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| Stupa près de Chayul, avec vue sur la montagne neigeuse Takpa Shiri (Assam Adventure, Kingdon Ward 1941) |
La convergence des deux rivières forme le Loro Chu, qui devient le Chayul Chu (加玉曲) à Chayul Dzong, puis la Subansiri (surnommée la « Rivière d'Or ») en franchissant la frontière vers l'Arunachal Pradesh (Inde) pour finalement rejoindre le Brahmapoutre. Flanqué du col du Nyala La et du nœud de Gyisum (吉松), le bassin de Lo-ro ouvrait un accès direct vers le Bhoutan et les vallées méridionales de l'Himalaya.
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| Himalayan Journal 09, 1937, avec Takpa Shiri, (Trashi) Tongme G(ompa) et Sanga Chöling |
Géographiquement isolée des grands centres de pouvoir monastique du Tibet central (Lhassa, Gyangtzé, Sakya), la région est restée sous le patronage d'aristocraties locales (notamment les seigneurs de Bya, tels que Bya Rin-chen qui administrait Lo-ro, Bya, Gye et Dmyal au XIIIᵉ siècle). Cette autonomie politique a fait de Lo-ro un sanctuaire idéal pour les maîtres marginaux, les yogis errants et les réseaux ésotériques opérant hors du contrôle des institutions monastiques orthodoxes.
Lo-ro se distingue par sa capacité à avoir accueilli et préservé simultanément des corpus majeurs appartenant aux traditions Kagyu, Nyingma (Dzogchen) et Bön. Selon la tradition, à son retour du Népal et de l'Inde, Rechungpa Dorje Drak (Ras chung pa, 1084–1161) aurait fait de Lo-ro son quartier général. Il y établit sa communauté d'ermitages (notamment, plus tard, à Rechung Puk - Ras chung phug, plus au nord, dans la vallée de Yarlung, au sud de Tsetang (Zetang / Nedong), préfecture de Shannan) et y codifie le Cycle des neuf dākinīs incorporelles (t. lus med mkha' 'gro skor dgu). Lo-ro devient ainsi la capitale tibétaine des voies d'expédients tantriques (s. upāyamārga t. thabs lam), du yoga des canaux et souffles (t. rtsa rlung) et des pratiques de la « porte inférieure » (t. 'og sgo).
Le district Lo-ro Karpo abritait également des foyers de la Grande Perfection (Dzogchen). Le tertön Meban Rinchen Lingpa (1289–1368), né à Tsedrong dans Lo-ro Karpo, s'est établi au monastère de Rinchending / Drukdril à Lo-ro. Étroitement lié à Pema Ledreltsel (Padma Las 'brel rtsal, 1291–1315?), il y a conservé et enseigné le Khandro Nyingtik (t. mKha' 'gro snying thig). C'est auprès du cercle de Lo-ro que le yogi 'Od zer go cha est venu chercher, "au prix de grandes austérités", la collection complète des manuscrits du Khandro Nyingtik pour la transmettre à Longchenpa (blog à paraître).
Dès 1103, à la naissance de Bonzhik Khyungnak (Bon zhig khyung nag), l'enfant fut reconnu comme la réincarnation (tülku) du maître Loro Zhikpo (Lo ro zhig po, alias Loro Repa), un yogi de Lo-ro lié aux réseaux Bon et Dzogchen. Cette reconnaissance de tülku à Lo-ro précède de sept ans la naissance du 1er Karmapa (1110–1193). Bonzhik Khyungnak[1] serait ainsi comme le pionnier de l'institution des Tülkus (Bön et Kagyu).
L'auteur des Annales bleus (t. deb ther sngon po, terminé en 1476), Gö Lotsawa Zhönnu-pel (Gos lo tsā ba gzhon nu dpal, 1392–1481), mentionne dans ses chroniques tous ceux qui sont passé voir Réchungpa à Lo-ro pour recueillir les lignées aurales dernier cri, que ni Milarepa, ni Gampopa ne pouvait leur offrir. Les hagiograpes kagyupas donnent mille raisons pour expliquer pourquoi (lire la majeure partie de mes blogs anciens).
Ainsi, La région de Lo-ro a vu défiler l'élite des yogis et répas (t. ras pa) du Tibet médiéval. Un grand nombre sont des figures hagiographiques qui servent principalement à combler des trous dans les lignées de transmission. Tsari (et son grand pèlerinage autour du Takpa Shiri) est la montagne de Tsangpa Gyaré et de Tsangnyön Heruka. C'est Tsangpa Gyaré Yeshé Dorjé (1161–1211), le fondateur de l'école Drukpa Kagyu, qui a officiellement « ouvert » le pèlerinage de Tsari (t. gnas 'byed) au XIIᵉ siècle après y avoir accompli une longue retraite et y avoir découvert des termas attribués à Réchungpa.
Tsangnyön Heruka (1452–1507, le « Fou du Tsang »), l'auteur du Namthar canonique de Milarepa (1488), qui a accompli une retraite yoguique de 3 ans à Tsari à l'âge de 24 ans (où il fut surnommé Tsari Pawo). C'est lui qui, dans sa Vie de Marpa (1488), glisse une prophétie rétrospective de Marpa mentionnant Tsari. Voici une liste non-exhaustive de personnes reliées (légendairement et/ou historiquement) à Lo-ro et sa région géographique.
Ancre la tradition tantrique à Lo-ro après ses voyages au Népal
Lhachik Dembu (lHa cig lDem bu)[2]
Princesse de Yarlung (donc descendante de la dynastie de Yarlung) et compagne de Rechungpa, elle s'installe à Lo-ro où elle participe activement à la consignation et à l'édition des transmissions aurales et des chants de la lignée
Loro Zhikpo / Loro Repa (Lo ro zhig po, XIᵉ–début XIIᵉ siècle)
Yogi fondateur dont la réincarnation identifiée en 1103 aurait inauguré la tradition des tülkus avec la naissance de Bonzhik Khyungnak (voir ci-dessus).
Tsangpa Sumpa (Dam pa Sum pa / Sum pa Ras pa)
Disciple direct de Rechungpa à Lo-ro, il reprend le siège après la mort du maître en 1161 et transmet les instructions orales
Gnyags sgom : Disciple et assistant de Sumpa à Loro,
Détenteur des Six Yogas de Loro-ba (t. lo ro ba'i chos drug).
'Ol-kha-ba Drolgom Choyung (1103-1199)
Un yogi venu à Loro rencontrer Rechungpa pour recevoir la transmission de la tradition aurale (snyan brgyud) et le transfert de conscience (t. 'pho ba). Je le mentionne dans mon blog Eléments pour une boîte d'outils d'hagiographe (2015)
Dus-gsum Khyen-pa (1er Karmapa, 1110–1193)
Se rend à Loro auprès de Rechungpa pour y recevoir la caṇḍalī (t. gtum mo), l'introduction à la gnose de la félicité-vacuité et les instructions de Nāropa et Maitrīpa, sécurisant ainsi la filière tantrique Karma Kagyu. Gampopa ne lui a sans doute pas pu les lui transmettre tout comme à Mogchokpa (rmog lcog rin chen brtson 'grus 1110-1170).
Lingrepa Pema Dorje (Gling ras pa, 1128–1188)
Arrive à Lo-ro en 1162 avec sa compagne de Zangri pour recevoir de Sumpa (figure hagiographique, voir ci-dessus) la transmission de Rechungpa. Il connaissait un rituel pour faire partir les femmes-mudrā devenu trop encombrantes.
Bya 'Chad-kha-pa (Ye shes rdo rje) (1101–1175)
Disciple de Rechungpa à Lo-ro, devenu par la suite l'une des figures majeures de la tradition du Lojong (Kadampa). Auteur de l'entraînement spirtituel en sept points (t. blo sbyong don bdun ma)
Gyam-bzang Chos-rje (Chos 'Smon-lam, 1169–1233)
Reçoit les Six Yogas de Loro-ba via Gnyags sgom (figure hagiographique, voir ci-dessous) et fonda la branche Yamazangpa
Meban Rinchen Lingpa (1289–1368)
Tertön originaire de Lo-ro Karpo, conservateur majeur du Khandro Nyingtik
Yogi 'Od zer go cha
Yogi qui effectue le voyage à Lo-ro pour collecter les textes du Khandro Nyingtik et les apporter à Longchenpa (à suivre, voir aussi Germano& Gyatso, Longchenpa and the Possession of the Dākinīs).
Notons que "Réchungpa" (le nom choisi par Tsangnyön Heruka) s'appelle aussi l'homme de Lo-ro (Lo-ro-ba). Il est né à Rala dans le district de Khab Gungthang (la « capitale de Gungthang », dans le nord de la région de Kyirong / Mangyul, près de Dzongka, à la frontière avec le Népal). Son nom de clan était Nyen (gNyan / gNyen). Son nom personnel attribué à la naissance était Dorje Drakpa (rDo-rje Grags-pa, ou sous sa forme courte Dorje Drak). Dans sa jeunesse, avant de rencontrer Milarepa, il était également désigné sous le diminutif de Nyenchung (gNyan-chung, « le jeune Nyen »). Ce n'est qu'après avoir rejoint Milarepa et maîtrisé la pratique de la chaleur mystique (t. gtum mo) qu'il a reçu le nom et titre de Rechung Dorje Drak (ou Rechungpa, signifiant le « petit Repa », par opposition à Milarepa, le « grand Repa »). C'est après ses pérégrinations et en s'installant à Lo-ro, qu'il devient "Lo-ro-ba", et que "Lo-ro" devient le grand centre de la Transmission aurale de Réchung (t. Ras chung snyan brgyud).
Ce que nous savons de "Réchungpa" ou de "Lo-ro-ba" vient de sources hagiographiques. Nous ne pouvons que spéculer sur la réalité historique. Est-ce Rechung Dorje Drak, qui en s'installant à Lo-ro, est à l'origine d'un sanctuaire pour maîtres marginaux, yogis errants et réseaux ésotériques opérant hors du contrôle des institutions monastiques orthodoxes ? Ce sanctuaire existait-il peut-être déja. Quelle est l'origine de ces cycles de Dākinīs ? L'Inde, le Népal, le Tibet, ou Lo-ro, lui-même, où se rencontrent des chercheurs de la Dākinī de divers bords ?
L'Inde a fourni le cadre tantrique fondamental (les tantras de Cakrasaṃvara et Vajravārāhī, le Dohākoṣagīti de Saraha, Maitrīpa, Tilopa, etc.). La vallée de Katmandou a servi de plaque tournante. C'est là que les yogis tibétains (comme Réchungpa) rencontraient des maîtres et yoginis newars ou indiens (Bharima, Tipupa, Asu, Varendraruci, ...) pour recueillir les instructions orales. Dès le XIIIᵉ siècle, des érudits critiques comme le traducteur Chag Lotsāwa (Chag lo, vers 1260) ont souligné qu'une grande partie des textes attribués aux mahāsiddhas indiens (notamment certains rituels d'Acala, les 20 cycles de gtum-mo, ou les sādhanas de Vajravārāhī à tête de truie) contenait des créations et des interpolations rédigées directement au Tibet par Réchungpa et ses successeurs (Martin, 1996[3]).
Lo-ro a servi de foyer de rencontre "trans-écoles" les chercheurs de la Dākinī s'y croisaient, qu'ils appartiennent à la branche Kagyu (la transmission de Réchungpa) ou à la tradition Nyingma/Dzogchen (comme le tertön Meban Rinchen Lingpa, qui conservait à Lo-ro Karpo le Khandro Nyingtik qu'un certain yogi 'Od zer go cha est venu y chercher pour Longchenpa).
Cette petite enquête montre qu'avant de s'appeler "Les Six yogas de Nāropa" (t. na ro chos drug), il s'appelaient "Les Six yogas de Lorowa" (t. lo ro ba'i chos drug[4])", et même, antérieurement, "Les quatre yogas de Lorowa" (t. lo ro ba'i chos bzhi)[5], ce qui suggère que deux "yogas" furent ajoutés ultérieurement.
Comme l'atteste le passage hagiographique de Rog Sherab Ö en 1198 (voir note 5), le noyau contemplatif et yoguique transmis dans les ermitages de Lo-ro ne comptait originellement que 4 "Yogas" :
Gtum mo (le feu mystique)
Sgyu lus (le corps illusoire)
Rmi lam (le rêve)
'Od gsal (la Lumière métaphysique)
Dans le texte de Rog Sherab Ö, le cycle du Transfert et de l'Intégration (t. 'pho bsre) est mentionné juste à côté, comme une instruction indépendante qui ne faisait pas encore partie du « paquet » de base. Au début du XIIIᵉ siècle (attesté dans les Annales bleues lors de la transmission par Gnyags-sgom, disciple direct du cercle de Réchungpa à Lo-ro, à Gyam-bzang Chos-rje) :
Le cycle du Transfert et Intégration (t. 'pho bsre) a été intégré au socle des 4 Yogas originels. Cette expansion a donné naissance à la formule révisée : les « Six Yogas de Loro-ba » (t. lo ro ba'i chos drug).
Guenther (The Life and Teaching of Naropa, 1957) avait remarqué que la liste des instructions attribuées à Nāropa était fluide (passant de 12 épreuves/instructions originelles chez Tilopa à des regroupements variables). Il montrait que pour stabiliser le chiffre symbolique de 6, la tradition avait dû fusionner le Transfert (t. 'pho ba) et la "Résurrection" (t. grong 'jug), tout en érigeant le Bardo en Yoga autonome. Ce que les manuscrits tibétains révèlent et que Guenther n'avait pas localisé géographiquement, c'est que cette réorganisation en 6 modules s'est faite à Lo-ro.
Lors du mouvement de canonisation tardif porté par Tsangnyön Heruka et Padma Karpo, les hagiographes ont pris ce sextet élaboré à Lo-ro (lo ro ba'i chos drug) et l'ont réattribué en bloc au mahāsiddha indien Nāropa (Nā ro'i chos drug 2.0), effaçant la maternité tibétaine de Lo-ro au profit d'une autorité indienne prestigieuse. Voir aussi mon blog L’invention de la "Lignée de Nāropa" (2020) ou mon blog Les six yogas de Lavapa (2015), ainsi que sur les "trois yogas" originels de l'école Shangpa Kagyu "Éveillé·e en apparence" (2023).
Je reviendrai sur Lo-ro comme la source de deux "cyles de la Dākinī", celui des lignées aurales de Lorowa Réchungpa Dorjédrak et du Khandro Nyingthig de Longchenpa. J'expliquerai également comment Lo-ro en tant que "porte d'entrée" hagiographique d'instructions fait partie de "la boîte d'outils d'hagiographe" du parfait hagiographe et compilateur, et qu'il faut rester très prudent… Les pièces manquantes d'un puzzle, qui surgissent comme par miracle et semblent trop belles pour être vraies, ne le sont peut-être pas toujours.
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| Le 4ᵉ Drukchen, Padma Karpo (1527–1592), a fondé le monastère de Sanga Chöling (Sang ngag chos gling) en 1571 (Assam Adventure, Kingdon Ward 1941) |
* Voir The Grove of Wondrous Lotus Flowers, Jamyang Khyentse Wangpo, p. 127, note 325
"Le monastère de Tashi Tongmön (bkra shis mthong smon) se situait dans la haute vallée de Lo-ro, sur la rive nord de la confluence de ses deux branches. Il fut édifié par le souverain de Jar pour servir de siège alternatif au troisième Drukchen, car ce dernier, étant une réincarnation issue d'une famille extérieure à la lignée du clan Gya (rgya) de Ralung, ne s'y voyait accorder aucune autorité.
L'affirmation selon laquelle « il fut maintenu par ses réincarnations successives » est curieuse : le quatrième Drukchen, Padma Karpo, n'y résida pas, mais fonda en 1571 son propre monastère, Sang Ngak Chöling, dans la vallée du Bas-Jar (byar smad), lequel devint le siège principal des Drukchens ultérieurs de la branche du Nord de l'école.
Tashi Tongmön resta entre les mains de la famille Jar, et c'est là que le cinquième Drukchen, Pagsam Wangpo (dpag bsam dbang po, 1593–1641), fut intronisé en 1597, au mépris du candidat de Ralung, Ngawang Namgyal, issu du clan Gya."
Ce passage démontre que la vallée de Lo-ro n'était pas seulement un ermitage de yogis médiévaux, mais qu'elle est devenue au XVIᵉ siècle le quartier général politique et spirituel de la branche septentrionale Drukpa Kagyu. C'est cette implantation des Drukchen à Lo-ro et dans la vallée de Jar qui a permis à Padma Karpo de collecter, éditer, peut-être inventer dans un sens "gter ston", et immortaliser les anciens textes de Réchungpa ou attribués à lui.
Voir aussi un guide du lieu datant de 1792 : dPal bkra shis mthong smon gyi gtsug lag khang gi ngo mtshar gyi snang ba cung zad bshad pa dad pa'i chu gter 'phel ba'i zla ba gsar pa (kha maM)
Au-delà de la légende hagiographique, la figure de Bonzhik Khyungnak (bon zhig khyung nag, 1103–1183) semble reposer sur une réalité historique bien documentée par les sources de la tradition Bön et du Dzogchen. Né sous le nom de Bonzhik Khyungnak (« Le hermite Bönpo, le Garuda Noir »), il est également connu sous le nom de Shengom Zhikpo (gShen sgom zhig po). Selon Bonzhik Khyungnak - The Treasury of Lives, Jean-Luc Achard, il aurait vécu de 1103 – 1183 (il meurt à l'âge de 81 ans) dans le district de Nyangto (Nyang stod), fils de Shen Yungdrung Khorlo (gShen g.yung drung 'khor lo) et de Dreza Sogema (Bre za bsod dge ma). En 1123, il reçoit de Kunga Zhikpo (Kun dga' zhig po) à Nyangro les instructions sur la Lumière métaphysique (t. 'od gsal) et le Tögal (t. thod rgal). Lors d'une retraite sur les phases de génération et de perfection (t. bskyed rdzogs), il reçoit des instructions sur les canaux, souffles et gouttes (t. rtsa rlung thig le) et le Bardo.↩︎
Peter Alan Roberts (The Biographies of Rechungpa 2006) met en lumière une transformation radicale du personnage de Lhachik Dembu (lHa-cig lDem-bu) entre la réalité historique consignée au XIIIᵉ siècle et la mémoire hagiographique reconstruite du XIVᵉ au XVIᵉ siècle. Dans les sources les plus anciennes, Lhachik Dembu apparaît comme une collaboratrice intellectuelle, financière et spirituelle essentielle. À partir du XIVᵉ siècle, le récit est profondément remanié pour la transformer en un repoussoir dramatique et misogyne.
Roberts conclut que cette évolution reflète le fossé entre la société tibétaine du XIIᵉ siècle, où des femmes laïques et instruites jouaient un rôle actif d'éditrices et de transmetteuses de lignées, et l'idéologie monastique ultérieure, qui a instrumentalisé Lhachik Dembu sous les traits de la « tentatrice » pour mettre en garde les yogis masculins contre le mariage et le foyer laïc.↩︎
Dan Martin, Lay Religious Movements in 11th- and 12th-Century Tibet", published in Kailash: Journal of Himalayan Studies), 1996↩︎
- Les Annales Bleues (Deb ther sngon po), rédigées entre 1476 et 1478 par 'Gos Lo-tsā-ba Gzhon-nu-dpal (1392–1481) [Livre 8 / Chapitre sur la branche Yamazangpa].
- Contexte : Biographie de Gyam-bzang Chos-rje (Chos 'Smon-lam, 1169–1233).
slob dpon gnyags sgom las lo ro ba'i chos drug dang tshe sgrub zhus / gnyags sgom 'di sum pa'i nye gnas yin /
De l'ācārya Gnyags-sgom, il reçut les Six Yogas/Doctrines de Loro-ba (lo ro ba'i chos drug) et le rituel de longévité. Ce Gnyags-sgom était l'assistant direct de Sumpa [Tsangpa Sumpa, le disciple direct de Rechungpa à Lo-ro]
Source : Dictionnaire biographique tibétain Gangs can mkhas grub rim byon ming mdzod (notice reproduite dans les bases BDRC sous la référence IE1ALS12327E, p. 1627). Contexte : Biographie du grand savant et yogi Rog Sherab Ö (རོག་ཤེས་རབ་འོད, 1166–1244).
dgung lo so gnyis par gra phyi'i slob dpon ro bhe las bde mchog lha bcu gsum ma dang / ting bu'i do ha / lo ro ba'i chos bzhi / 'pho bsre / thun 'jog snyan brgyud yum skor /...
À l'âge de trente-deux ans [en 1198], il reçut de l'ācārya Robhe de Gra phyi : le Cakrasaṃvara aux 13 divinités, les Dohās de Tipupa, les Quatre Yogas/Doctrines de Loro-ba (t. lo ro ba'i chos bzhi), le Transfert et l'Intégration (t. 'pho bsre*), et le cycle Mère de la transmission aurale (t. snyan brgyud yum skor)... ↩︎





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