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mercredi 7 mars 2012

Mauvais temps pour la diversité




Les années de « la diversité est une richesse » définitivement révolues, voici celles de l’uniformité qui reviennent. Quand le chaos et le désordre deviennent trop gênants, il est temps d’y remettre un peu d’ordre, pour que l’on sache clairement à quoi s’en tenir.

A la mort du Bouddha, la Guilde avait déjà éclaté en 18 écoles et cet éclatement s’est poursuivi partout où le bouddhisme s’est implanté. Chaque maître a des disciples (avec une compréhension et une interprétation qui leur est propre), qui deviennent à leur tour des maîtres, qui auront des disciples etc. créant des ramifications à n'en pas finir.
« De même que les arbres se divisent avec le temps en un fouillis de branches et de pousses de plus en plus nombreuses, de même les religions, avec le temps, s’emmêlent de rites divers qui recouvrent  ce qui était primitif et empêchent d’en voir la forme ou lui donnent une forme tout à fait contraire. Ce sont ces choses-là, comme un buisson épineux fixé sur chaque religion, qui l’empêchent de se rapprocher étroitement des autres. »[1]
Louis Gabaude clarifie ainsi ce propos de Buddhadasa :
« L’objectif et l’aspect primitifs de la religion étant cachés, modifiés ou remplacés, les fidèles s’attachent aux aspects secondaires qui leur restent manifestes : le fondateur tel que la légende l’a transformé et les manifestations matérielles (bâtiments, Ecritures, rites, etc.). Les « professionnels » de la religion, les « religieux », sont parfois responsables de cette illusion dont ils vivent. »
Aux lieux de fixer les points d’accord, ces ramifications progressives mettent en avance ce qui les distingue des autres tout en déclarant ces aspects indispensables. Ce sectarisme au Tibet avait pris de telles proportions, qu’un petit groupe avait décidé de lancer un mouvement non-sectaire (T. ris med). Non pas pour produire un morne syncrétisme ou uniformité, mais pour que l’on prenne conscience des dégâts du sectarisme et que l’on respecte la diversité de chacun. Le sectarisme correspond au niveau microcosmique à une dispersion de l’énergie et de l’attention. Ceux qui sont adeptes d’écosystèmes (interieur, extérieur ou secret) devraient alors apprécier l’approche non-sectaire.

Quant à la diversité ou la biodiversité, est-ce une richesse ou est-ce que cela fait plutôt désordre ? L’école Droukpa Kagyu semble avoir tranché en créant un élégant uniforme pour ses adeptes. Il y a un modèle pour les hommes et pour les femmes, pour que les dakas et les dakinis puissent se répérer plus aisément pendant des soirées ganacakra. On y célèbre cette année l’anniversaire du millénaire de la naissance de Naropa. Peut-être seront-ils rejoints à cette occasion par les membres de la milice vajra (T. rdo rje bka' srung) de Trungpa Rinpoché. De belles images en perspective.

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Illustration  : modèles de l'uniforme "Drukpa Lineage".

"Le nihilisme considère le devenir comme quelque chose qui doit expier, et qui doit être résorbé dans l'Etre ; le multiple comme quelque chose d'injuste, qui doit être jugé, et résorbé dans l'Un." Deleuze sur Nietzsche (p. 33)


MàJ 07102020 Apparition de l'uniforme et de drapeaux dans l'école Drikhung Kagyu

[1] Buddhadasa, Gabaude, p. 69