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lundi 19 mai 2025

Une controverse qui ne dit pas son nom

Les trois Père-fils spirituels de la lignée Dashang Kagyu (dwags shangs bka' brgyud kyi rje yab sras rnam gsum), montage photo (FB Lama Sochoe)

Au 14e siècle, Shangtön Gyawo (Zhang ston rgya bo, 1292-1370), recevait les transmissions Shangpa de Dolpopa Sherab Gyaltsen (Dol po pa Shes rab rGyal mtshan, 1292-1361) de Jonang, grand expert du Kālacakra et propagateur de la doctrine Shentong (gzhan stong pa). Le lien avec la lignée Shangpa perdure avec Jetsün Kunga Drölchog (1507-1566) et Jetsün Tāranātha (1575-1635)[1], et le Jonang prend un nouvel essor avec Jamgön Kongtrul I (1813-1899), résidant à Palpung, et le mouvement Rimé (ris-med), qui avait par ailleurs aussi une portée politico-religieuse anti-gelugpa. Jamgön Kongtrul I composa la méthode d’initiation de Kālacakra selon la tradition Jonang[2] (dus 'khor jo nang lugs), et que l’on trouve dans sa collection rGya chen bka' mdzod.

L'un des objectifs principaux du mouvement Rimé (ris med) était de sauvegarder les enseignements et les pratiques des lignées mineures qui risquaient de disparaître. Des maîtres comme Jamgön Kongtrul, Jamyang Khyentsé Wangpo et Chogyur Lingpa ont collecté, compilé et préservé systématiquement les enseignements de nombreuses lignées plus petites, notamment la Shangpa Kagyu, la Jonang, et diverses transmissions de terma (trésors spirituels).

Détenteur de la lignée Shangpa, Kalu I Rinpoché (1905-1990) était aussi considéré comme le principal détenteur de la lignée Kālacakra pour les Kagyupa, qu’il avait transmise à Bokar II Rinpoché (1940-2004), en lui remettant également la "cape" du Kālacakra. Tout comme Jamgön Kongtrul I, Kalu I Rinpoché et son maître Lama Norbu Töndrub étaient rattachés au monastère de Palpung, et au 11ème Tai Situpa Pema Wangchok Gyalpo (1886-1952) au Tibet. Karmapa XVI (1924-1981) avait reçu l’initiation du Kālacakra de ce dernier, ainsi que plus tard du Dalai-Lama.

Dans les années 1970, alors que de nombreux Occidentaux manifestaient un intérêt croissant pour le bouddhisme tibétain, c’est Karmapa XVI qui confia explicitement à Kalou Rinpoché la mission de diffuser le Dharma en Occident. C’est ainsi que Kalou Rinpoché effectua ses premiers voyages hors d’Asie à partir de 1971, visitant d’abord Israël puis l’Europe et l’Amérique du Nord, et fondant de nombreux centres bouddhistes, dont “Dashang Kagyu Ling” à La Boulaye en France, premier centre européen de retraite de trois ans. Sur le site de “Dachang Kagyu Vadjradhara-Ling” on peut encore lire l’explication suivante :
Très proches à l’origine, ces lignées se sont rejointes dès le 19ème siècle, et au 20ème c’est le très vénérable Kalou Rinpoché qui fut le parfait détenteur de la transmission issue de ce rapprochement entre Dagpo Kagyu et Changpa Kagyu, ainsi nommée Dachang Kagyu. Appellation que l’on retrouve dans le nom de l’un des centres fondés par Kalou Rinpoché en France, Dachang Vajradhara Ling.”
Au tout début, le premier nom donné au centre de Bourgogne était "Kagyu Yiga Tcheu Dzin", et la première maison d'édition associée avait repris le même nom. Ce nom avait été changé dans les statuts depuis. L'actuel nom de "Palden Shangpa La Boulaye", anciennement Kagyu-Ling, ou le Temple des mille Bouddhas, en Bourgogne, est toujours “Dashang Kagyu Ling” dans les statuts de ce centre. Dashang, Dachang, Dagshang, Dag Shang, etc. sont divers rendus phonétiques pour transcrire དྭགས་ཤངས་བཀའ་བརྒྱུད. A cette série se joint depuis quelque temps également le siège de Kalu I Rinpoché à Sonada (དྭགས་ཤངས་བཀའ་བརྒྱུད་བསམ་གྲུབ་དར་རྒྱས་ཆོས་གླིང) dans les publications sur les réseaux sociaux. Les centres occidentaux fondés par Kalu I étaient rattachés à la fois à la lignée Shangpa et à la lignée Karma Kagyu. Les noms de refuge et de moine donnés par Kalu I en occident étaient précédés par Karma, pour indiquer cette appartenance. La mort du Karmapa XVI en 1981 et la controverse qui s'ensuivit était un premier facteur de complication ; le décès de Kalu I en mai 1989 allait en devenir un deuxième. Après sa mort, Bokar II Rinpoché (1940-2004) lui succède à la tête de la lignée Shangpa Kagyu. 

Mirik novembre 2001, dans le Jardin de Shambala (scan photo Claire Lumière)
Kalu II au centre

Yangsi Kalu II, né en septembre 1990, fut reconnu comme le tulku de Kalu I, et intronisé à Samdrup Tarjayling Sonada en février 1993 par Taï Sitou Rinpoché, Gyaltsab Rinpoché et Bokar II Rinpoché. Il reçoit le nom Karma Ngedön Tenpay Gyaltsen. Après le décès de son père, Lama Gyaltsen en 1999, neveu et ancien secrétaire de Kalu I, et gérant du siège Samdrup Tarjayling à Sonada en Inde, Yangsi Kalu II est allé au monastère Bokar Ngedhon Choekhor Ling à Mirik, pour étudier auprès de Bokar II Rinpoché, qui décéda en août 2004. À l’âge de 15 ans, Yangsi Kalu II fit la retraite traditionnelle de 2004 à 2008.

En 2010, il fit un voyage en occident pour reprendre en charge les divers centres fondés par Kalu I. Durant son deuxième voyage, en avril 2011, il change la direction du centre “Dashang Kagyu Ling”, notamment suite à des abus (voir aussi Violence dans le bouddhisme), et change le nom du centre en “Palden Shangpa La Boulaye”, avec l’accord de Situ Rinpoche. Dans la “Lettre dinformation de Paldenshangpa La Boulaye” :
Historiquement, Kyoungpo Neljor (978-1127) n’est pas le contemporain de Gampopa ; c’est Motchokpa, son principal disciple, qui le fut. Kyoungpo Neljor fut plutôt le contemporain de Marpa (1012-1097) le traducteur, le maître de Milarepa. Ils étudièrent tous deux en Inde auprès de maîtres communs tels que Maitripa. Néanmoins, les maîtres principaux de Kyounpo Neljor furent deux femmes, Dakinis de Sagesse, Nigouma et Soukka Siddhi. Il y eut aussi, parmi les plus importants, Dordge Denpa qu’il rencontra à Bodh Gaya et le Yogi Rahula. De retour dans la région de Shang au Tibet Kyounpo Neljor fut à l’origine d’une lignée bien distincte qui, bien que partageant des enseignements et pratiques avec les autres, avait aussi ses pratiques spécifiques.

Il est ainsi clair qu’il n’existe pas d’ « École Dashang » ! La juxtaposition de ces deux vocables fut choisie parce que le premier Kalou Rinpotché était un maître particulièrement éminent dans les deux traditions Karma et Shangpa Kagyu et qu’il transmettait principalement ces deux traditions
.”
Dans une confession publique, en novembre 2011, Kalu II déclare avoir été abusé sexuellement par des moines lorsqu'il était âgé de 12-13 ans (au monastère de Mirik), et il accuse son tuteur au monastère Samdrub Darjay Choling à Sonada, d'avoir essayé de le tuer.

En janvier 2014 Karmapa XVII Ogyen Trinley Dorje annonce la nouvelle de la réincarnation de Bokar II Rinpoche. Et en 2015, yangsi Bokar III est officiellement reconnu et intronisé par Karmapa XVII. Khenpo Lodrö Donyö (1943), l’abbé de Mirik, est son tuteur, et se charge de son éducation.


Le 27 juillet 2018, le monastère Samdrub Darjay Choling à Sonada publie une lettre en anglais et en français, accusant Yangsi Kalu II, d’avoir rendu ses voeux en 2009 sans concertation avec ses maîtres et d’avoir disgracié la réputation de Kalu I. La lettre liste les méfaits de Yangsi Kalu II, qui ont conduit le siège de Kalu I de créer son propre fonds pour recevoir les donations des disciples de Kalu I. Parmi les méfaits :
"Au cours des dernières années, l'incarnation actuelle a expulsé plusieurs lamas résidents de divers centres bouddhistes affiliés à notre monastère, des personnes qui avaient une foi inébranlable en son prédécesseur.

À l'avenir, ce n'est que lorsque l'incarnation actuelle aura regagné le respect de tous, tant sur le plan temporel que spirituel, qu'il sera digne de nos rêves et de nos espoirs dans cette vie et au-delà. Un jour, lorsqu'il sera pleinement capable d'assumer cette responsabilité, nous lui confierons les affaires externes et internes du monastère sans obstination. Cependant, si sa conduite actuelle, contraire à l'éthique et scandaleuse, devait se poursuivre, nous avons fermement résolu de ne pas lui remettre ce monastère et sa gestion, bien que nous n'ayons aucun pouvoir pour intervenir dans ses actions personnelles ou les restreindre. Si nous devions lui confier le monastère maintenant, en pensant qu'il a l'obligation et la responsabilité automatiques de le gérer, notre monastère et sa communauté monastique seraient certainement voués à la destruction.
[3]"

Situ Rinpoché publie une lettre un mois plus tard, dans laquelle il soutient Yangsi Kalu II et son projet de lignée Shangpa Kagyu[4]. Extrait :
L'actuel 2ème Kyabjé Kalu Rinpoché a été reconnu traditionnellement par moi et confirmé par Sa Sainteté le Dalaï-Lama. Depuis lors, Kalu Rinpoché détient la pleine autorité et responsabilité de maintenir l'ensemble de l'établissement de son prédécesseur, ainsi que de préserver et propager l'authentique lignée du Dharma du Bouddha, et de guider et nourrir le développement spirituel de chaque disciple selon les voies du Saint Dharma.

Pour cela, chaque Lama et disciple de Kalu Rinpoché sert sous sa direction et le soutient avec une dévotion et un dévouement complets, pour le bien de la lignée du Dharma du Bouddha et pour le bénéfice de tous les êtres sensibles.

L'actuel Kalu Rinpoché m'a également exprimé à plusieurs reprises qu'il souhaite maintenir la lignée Shangpa Kagyu comme sa responsabilité principale. Cette intention étant celle du Rinpoché, c'est très profond car le Rinpoché a la responsabilité de maintenir et de servir la lignée du Dharma du Bouddha, la Shangpa Kagyu étant l'une des lignées importantes du bouddhisme tibétain, et son prédécesseur pratiquait également la Shangpa Kagyu et la Dhagpo (Marpa) Kagyu
.”
Il est vrai que la lignée Shangpa est une des huit lignées avec des origines indiennes, appelées “sgrub brgyud shing rta brgyad” par Jamgön Kongtrul I. Il est vrai aussi que le précédent Kalu I avait utilisé la dénomination “Dwags shangs”. Le précédent Kalu I et son maître à lui, Norbu Tondrup, étaient rattachés à Palpung, le siège des Situpas au Tibet. L’actuel Situ Rinpoche soutient Kalu II dans son initiative d’école Shangpa indépendante. L’ancien siège de Kalu I, Samdrub Darjay Choling à Sonada, mentionne dans sa lettre “Un jour, lorsqu'il sera pleinement capable d'assumer cette responsabilité, nous lui confierons les affaires externes et internes du monastère sans obstination." Avec l’approbation de Situ Rinpoche, et la gestion actuelle de la lignée Shangpa par Kalu II, “les affaires externes et internes du monastère” pourraient sans doute lui être confiées, “sans obstination”...

Cela ne semble cependant pas être le cas. L’office du monastère Bokar Ngedhon Choekhor Ling est proche du Karmapa XVII Ogyen Tinlay et de Gyaltsab Rinpoché de la lignée Karma/Kamtsang Kagyu, et semble vouloir rester sous la tutelle de celle-ci. Kalu II est invisibilisé à Sonada, à Mirik, et dans les centres de Bokar II. Le monastère se présente comme appartenant à la lignée “Dagshang Kagyu” (དྭགས་ཤངས་བཀའ་བརྒྱུད) qui se rattache aux lignées Dagpo Kagyu et Shangpa Kagyu. Il y avait en effet un lien entre Gampopa (dwags po lha rje 1079-1153) et Mogchokpa Rinchèn Tseundru (1110-1170). C’est ce lien historique avec Gampopa et le Dagpo Kagyu, qui a sans doute conduit au choix du nom “Dagshang Kagyu”. C’est avec ce préfixe que Kalu I Rinpoché avait nommé ses centres fondés en Europe. Dans les centres de retraite affiliés à ces centres, on pratiquait à la fois les yidams et yogas Shangpa et Kagyupa, de Niguma/Sukhasiddhi et de Nāropa. Comme ce fut le cas à Palpung au Tibet.

Bokar II Rinpoche semble avoir eu une inclinaison particulière pour le Kālacakra Tantra. C’était son souhait de construire un stūpa de Kālacakra, un temple de Kālacakra, un jardin Shambala, et d’ajouter la pratique de Kālacakra et des six yogas associés dans ses centres de retraite à Mirik. Kalu I Rinpoche n'avait pas pu transmettre la tradition complète des six yogas du Kālacakra à Bokar II Rinpoche, en partie à cause de la difficulté à trouver les textes nécessaires en Inde. Pour y remédier, Bokar II Rinpoche avait invité le maître Jonang Khenpo Kunga Sherab Rinpoche du Tibet en 2004, pour recevoir la transmission complète des six yogas Jonang. Bokar II Rinpoche avait transmis la "cape" du Kālacakra ainsi que la responsabilité du monastère Bokar à Khenpo Lodrö Donyö Rinpoché, qui est l'actuel détenteur de cette lignée et le chef du monastère de Bokar Ngedhon Choekhor Ling (voir aussi mon blog Transmissions récentes du Kālacakra de 2013, et Kālacakra Tantra et Mahāmudra ésotérique de 2025).

L'enseignement et la pratique du Kālacakra Tantra occupent une place importante au monastère. Un grand rituel de Kālacakra, basé sur le mandala de sable, est conduit chaque année. Ce rituel suit une séquence précise et inclut la préparation, la création, et la dissolution ultérieure du mandala de sable. Elle inclut également une initiation de Kālacakra. Le centre de retraite du monastère propose un programme Jonang-Shangpa, incluant la pratique du Kālacakra Tantra, en plus d'autres pratiques comme les six yogas de Niguma. L'actuel chef du monastère, Khenpo Lodrö Donyö Rinpoche, est également actif dans la transmission, ayant donné des enseignements et a publié une histoire du Kālacakra Tantra en 2005[5].

Félicitations à l'occasion du 19ème anniversaire de Bokar III
signées Dashang Samdrup Tarjeyling (post FB)

Depuis quelque temps, la dénomination “Dashang” semble faire son retour sur les réseaux sociaux. Sonada, le siège de Kalu I signe ses publications en tibétain avec དྭགས་ཤངས་བཀའ་བརྒྱུད་བསམ་གྲུབ་དར་རྒྱས་ཆོས་གླིང (dwags shangs bka’ brgyud bsam grub dar rgyas chos gling). Une photo avec les trois détenteurs de la lignée Dashang (Les trois Père-fils spirituels de la lignée Dag shang Kagyu (dwags shangs bka' brgyud kyi rje yab sras rnam gsum) est publiée (voir en haut). 

The enthronement of the Third Bokar Rinpoche,
who illuminates the teachings of the Dagsang Kagyu.
VOA 23.11.2024 Gyaltsen Chodrak

Quand la radio Voice of Tibet (VOA) fait une émission dédiée à l’intronisation de Bokar III Rinpoché, on lit dans le titre : “Intronisation de la troisième réincarnation de Bokar, illuminateur de l'enseignement Dashang Kagyu”.  
 
Le Kagyu Monlam à Bodhgaya avait été instauré par Kalu I Rinpoché en 1983. Le Shangpa Monlam est tenu séparément par Kalu II Rinpoché, et le monastère de Sonada. Bokar III Rinpoché et Khenpo Lodrö Donyö organisent plutôt des Kagyu Monlam dans les centres de Bokar II rinpoché et au siège à Mirik.

Étant désormais loin des milieux bouddhistes tibétains, ce blog est fait à partir d'informations et des documents que l’on peut glaner sur Internet. Les photos des uns avec les autres publiées sur les réseaux sociaux sont autant d'indications sur les rapprochements et éloignements des uns et des autres, et donc sur l’état de lieu des relations entre lignées et offices. Les tulkus indépendants qui cherchent à se libérer de l’emprise des lignées et de leurs offices ont le plus grand mal de perdurer, comme dans l’Eglise d’ailleurs. Ça passe ou ça casse. L’indépendance se paie cher. Mais la dépendance aussi

Cette structure de lignées et d’offices (bla brang) régis autoritairement d’une main de fer, est-elle un modèle à suivre en Occident ? Avec un lien prêtre-bienfaiteur (mchod yon) ? Un bouddhisme relativement passif pour le grand public ? Des rituels complexes exécutés par des professionnels auxquels peuvent assister les fidèles ? La réponse peut évidemment être positive, cela dépend de chacun. Les centres et temples qui se vident en France fournissent peut-être un début de réponse. Disons que les bouddhistes tibétains de ma génération, inspirés par des yogis et des moines (souvent dans cet ordre), et des influenceurs moins avouables, voulaient souvent s’y engager davantage. Avec un ascenseur hiérarchique en panne… Pour faire de beaux rituels complexes dans des temples -- si c’est cela qu’on veut proposer dans le cadre de la transmission en Occident -- il faudra des “professionnels” ou des volontaires enthousiastes, moines ou yogis. Je ne pense pas qu’il y a réellement de l’intérêt pour cela (hormis en tant que spectacle ou événement), mais je peux me tromper. Et pourtant c’est cela que le bouddhisme tibétain semble vouloir offrir, et à quoi il passe le plus gros de son temps et énergie. Puis, la légende et le message d'une société théocratique ou "éveillée", façon Shambala, est-elle réellement encore une option ? Quant à la véritable paix mondiale, qui n'est pas une Pax impériale, ne commence-t-elle pas d'abord autour de soi ?

***

[1] Oeuvres complètes 1 et 2 répertoriées par Edward Henning.

[2] dpal dus kyi 'khor lo sku gsung thugs yong rdzogs kyi dkyil 'khor du byis pa 'jug pa'i dbang bskur bklag chog tu bkod pa ye shes rgya mtsho'i bcud 'dren
bdr:MW23723_9161F6

[3] Traduction automatique d'extraits choisis de la lettre en anglais ci-dessous
Over the past few years, the present incarnation has expelled some residential lamas of several Buddhist centers affiliated to our monastery , people who have had unwavering faith in his predecessor.”

In the future, only when the present incarnation regains everyone’s respect in worldly and religious terms will he be worthy of our dreams and hope in this life and beyond. One day, when he is fully capable of shouldering the responsibility, we will hand over the external and internal affairs of the monastery to him without being obstinate. However, if his current unethical and scandalous conduct were to continue, we have therefore resolved firmly, not to hand over this monastery and its affairs to him, although we have no power to interfere and restrain his personal actions. If we were to hand over the monastery to him now. thinking that he has the automatic obligation and responsibility to manage it. then our monastery and it’s monastic community would certainly come to be destroyed.”

[4] Lettre de Situ Rinpoche 27/08/2018
In Tibetan Buddhist the reincarnation system and tradition was established around 900 years ago and since then the responsibility of each reincarnated master is to uphold without question, according to their predecessors, all responsibility of authority, presentation and propagation of that individual lineage.

The late 1st Kyabje Kalu Rinpoche Karma Rangjung Kunkyab who was retreat master in Palpung Monastic Seat Tibet of Both Naro Retreat Center and Shangpa Retreat Center and who contributed tremendous spiritual guidance in many people's lives all around the world and also established numerous Buddhist Monasteries and Centers in various countries.

The Current 2nd Kyabje Kalu Rinpoche was recognized traditionally by me and confirmed by His Holiness Dalai Lama. Since then Kalu Rnpoche has full authority and responsibility to uphold the entire establishment of his predecessor and to preserve and propagate the genuine lineage of Buddha Dharma and guide and nurture the spiritual development of every follower according to the ways of the Holy Dharma.

For this, every Lama and disciple of Kalu Rinpoche serves under his direction and supports with full devotion and dedication for the sake of the lineage of Buddha Dharma and tor the benefit of all sentient beings.

The current Kalu Rinpoche also expressed several times to me that he wishes to uphold the lineage of Shangpa Kagyu as his main responsibility. Since that is Rinpoche's intention, it is very profound being as Rinpoche has the responsibility of upholding and serving the lineage of Buddha Dharma with Shangpa Kagyu being one of the important lineages of Tibetan Buddhism and his predecessor also used to practice Shangpa Kagyu and Dhagpo(Marpa) Kagyu
.” 

[5] 'Bo-dkar Mkhan-po Blo-gros-don-yod, Bde-bar-gshegs-pa'i Ring-lugs Spyi dang Bye-brag Rgyud Thams-cad-kyi Rgyal-po Dpal Dus-kyi-'khor-lo'i Chos-skor-gyi Byung-ba Brjod-pa Thub-bstan Mdzes-par Byed-pa'i Rgyan Indra-nî-la'i Phra-tshom, Bokar Ngedon Chokhor Ling (Darjeeling 2005), 727 pages, réf. BDRC W00EGS1016994.

samedi 17 septembre 2022

Correspondence with Bokar Rinpoche 35 years ago

Bokar R and Khenpo Lodrö Donyö
in Naro-Ling retreat center

It was the last year of our retreat. The temple of Kagyu Ling had been inaugurated in August 1987 by Kalu Rinpoche I, who visited us in retreat to discuss our future after the retreat. The huge loan that allowed this temple to be built dramatically impacted the program / business plan of the center, and some of us who initially planned to stay didn’t know what to do to improve the situation. Trungpa and his organisation was still more or less a model for us, and we naively asked for a Tibetan Khenpo, a senior teacher, to help us set up a program. We had already written several letters to Kalu Rinpoche I, to inform him indirectly of our worries. The date of the end of our retreat coming nearer, I decided at the end of September 1987 to write a personal letter to Bokar Rinpoche, to directly inform him about my worries and ask him for advice. After my retreat I stayed on for a while in Kagyu-Ling, and helped to train the future retreatants, mainly Tibetan courses. 

Meeting with Ponlop Rinpoche, Kagyu Ling, 1988

I translated for Ponlop Rinpoche during his visit to Kagyu-Ling, and with a friend we discussed with him the possibility of a French translation/edition of his Nalandakirti Journal and of having one of his Khenpos to teach us. This was a very naive idea considering the rivalrous relations between Tibetan schools (in spite of the name Dagshang Kagyu), and obviously the Bhutanese lamas of Kagyu-Ling would never have accepted a Kagyu Khenpo to steal their thunder. When I learned from Lama Sherab Dorji, that the “Khenpo” of his future Shedra (Buddhist college) would be his (unqualified) cousin/brother, and the future director of the retreat (sgrub dpon) his brother, and the whole place would turn into a family business, I felt totally disheartened, and distantiated myself from anything in the center, while preparing to leave. During a visit, Situ Rinpoche heard our story, but then in the evening unexpectedly took sides with the Bhutanese lamas and "implicitly" criticized us during a public teaching. That marked the end of my Tibetan Buddhist project.

In 2011, after a series of scandals and abuse, the successor of Kalu Rinpoche, with the support of Situ Rinpoche, got rid of the Bhutanese lamas, and replaced them by Western lamas, making many enemies, in doing so.

Below is a copy of the letter (English is original) I wrote to Bokar Rinpoche in September 1987, followed by Bokar Rinpoche’s answer (French is original) written down by Lama Chokyi Senge.

I will add the translations (French for my letter, English for Bokar Rinpoche’s letter) as footnotes. As can be seen in my blog list, my opinion on Trungpa changed dramatically.


My letter typed by my American friend Betty McDonald
"Dear Bokar Rinpoche

I am writing this letter because I want to tell you about my feelings on some matters which cause a great worry to me and others. I write this letter in english so as to be able to express myself clearly, knowing that you yourself and Khenpo Rinpoche read the english language. If some points of this letter seem obscure to you, please don't hesitate to ask Chokyi Senge, François Jacquemart to explain them to you.

This letter mainly contains my concerns for the development of Dharma in general. Most of them have already been presented in the last letters Naro-ling wrote to the Most Venerable Kalu Rinpoche on the occasion of the last two "Losar", but in a more or less hidden manner. This time I feel It’s necessary to talk about it more openly and frankly. Please excuse me if I don't respect the protocol at this point, but I think the highest respect and esteem one can show to anyone is being sincere and truthful and not play 'nice weather' while the storm is raging outside.

So truth being the essence of Buddhism, I feel the best homage towards a Buddhist Master is being sincere and direct.

In fact that's what has attracted me and many others towards Buddhism, being tired of all the lies and corruptions in everyday life and even in the religion we used to grow up in. I know one cannot limit a religion to the mere actions of its followers, but still if a religion is not lived up to and put into practice properly, it's a dead religion.

I don't mean to teach you anything, but I'll simply expose my way of seeing things so that you might give me some useful suggestions.

During the last visit of the Most Venerable Kalu Rinpoche each one of us had a very short private talk with him. I and other persons told him we intended more or less to stay in Kagyu-ling in spite of all the problems. Since the beginning of my stay in Kagyu-ling I saw things gradually decay outwardly Kagyu-Ling becomes bigger and bigger and more and more beautiful and renown, but inwardly an enormous degeneration has taken place for those who live there constantly and look at it with open eyes.

Whoever follows the annual programmes of Kagyu-Ling can state that there are less and less Dharma courses and more and more courses of pseudo-spiritual disciplines, alternative ways of living and healing of all kinds which are not even acknowledged in the West. Being organised in a Buddhist Center they give a very cheap and poor look of Buddhism and degrade it into a fashion phenomenon. I heard a rumour that such courses wouldn't be given anymore at Kagyu-ling. Let's hope so...

As for the Buddhist courses, I understood Buddhism to be a gradual path, which means that one starts at the beginning, the hinayana level working up towards mahayana and ending up with vajrayana, still continuing to practice the lower levels.

In the programme of Kagyu-ling (and of many other centers) one finds Dharma courses of all kinds and levels mixed up in a very disorganised way, which finally will make people very confused about what and how to practice. In fact very often the first teachings people receive are vajrayana initiations and teachings, to which they feel attracted because of their big promises : buddhahood in one lifetime, psychic powers etc..

Such people bring along with them all their expectations, ideals ... so if they don't start right at the beginning, made to face facts and reality about what they really are, and about what Buddhism is really about, it's only too normal that they lose heart, get frustrated in the end and drop out considering the promises of vajrayana as mere empty talk.

There are many "drop outs". At your visits to France, to Kagyu-Ling you might notice that, in spite of the new students, people who take refuge etc. there is always an equal number of visitors which doesn't grow or not much. You might also notice that every time there are a lot of new faces, and that many old faces are not there anymore, except for a core of loyal practitioners. Even in retreat we frequently receive letters and news from people who are disappointed and hope things will become better.

Hearing about all these news we felt sad about the Dharma situation in the West. Especially because of its very deceptive and illusory development : outwardly seeming to develop more and more while inwardly the confusion becomes bigger and bigger. At the same time we felt motivated in helping to change the situation. From within such a hope and fear feeling we wrote a letter to the Most Venerable Kalu Rinpoche telling him how… [missing page ?]

If a lama or practitioner acknowledges his own imperfections and doesn't hide or ignore them, then there is no problem. Such a person still can be very inspiring because of the rare quality of his sincerity. Trungpa Rinpoche was like that ; he didn't hide smoking, drinking, having sex etc., and was very fond of truth and sincerity. For that very reason, people all over the world were fond of him.

As for the quality of the teachings given at Kagyu-ling (I don't know for the other Dharma centers), I know that one cannot blame the lamas for not being Khenpos, that's not the point. But ten years ago in Kagyu-Ling they taught worthwhile basic subjects of Buddhism. Nowadays - I happen to read some transcripts of teachings by lama Sherab - it is pure rubbish. Forgive me this term, but it expresses the best what it is. Being a translator I would feel bad and ashamed translating such teachings.

The best thing would be to have a Khenpo living permanently in Kagyu-Ling. Or if that's impossible at this moment, to give intensive courses of study and practice for one month and to establish a gradual programme. For instance the first year a month's course on hinayana philosophy and meditation. Next year a month's course on mahayana for those who followed last year's course etc. Such a planned study programme is used in every school, university, Shedra (shes gvra) and is very effective. This method could also be used for teaching Dharma in the West.

As things present themselves at the moment Kagyu-ling looks like a big factory or Disneyland, being preoccupied by producing quantity and fame rather than quality and helping people to learn how to handle themselves and their lives properly. Because of radio, television and press, Kagyu-Ling is very well known in France, which can turn out to be very dangerous at this stage of its development which is only outward. Whoever has a good look behind the scenes will see through the bright and colourful cardboard scenery. If the development of Kagyu-ling continues to be a mere outer one without having any solid inner substance, then where is the difference with the Krishna movement which has been destroyed by the same radio, television and press in France ?

We would be very eager to help to improve this situation and to fill up the inner hollowness of Kagyu ling, but without the blessings of the Most Venerable Kalu Rinpoche and yourself it will be impossible.

Some of us were planning to stay at Kagyu ling, continuing to study, practice while helping at the centre in the hope of the situation getting slowly better. In fact we had a lot of hope in your visit to Kagyu-Ling. But, right at the day after you left, there seemed to have been a very unpleasant meeting in which the commercial reasons once again triumphed over the facilities for Dharma practice and activities. This and other incidents following show us that the same old tendency is still being maintained, right after your visit and with your very presence in France. So this gives the impression that what happens at Kagyu-Ling is approved by the Most Venerable Kalu Rinpoche and by yourself, which is something we can impossibly believe.

During this period in which we are still in retreat, making plans for our future, and in which the Most Venerable Kalu Rinpoche and yourself are still in Europe, I would like to ask you to give your reactions and some useful suggestions on how to go on further. I probably will stay in Kagyu ling looking for possibilities of Dharma study and practice in a positive environment and waiting for your return to France. I think you must be aware of the gravity of the Dharma situation in France, but nevertheless to clear away any doubts I wrote you this letter, trying to be as sincere and objective as possible.

Praying that all your projects of Dharma activity may be accomplished, 
I remain yours in the Dharma
Tsultrim Namdak
[1]
Réponse de Bokar R, rédigé par Lama Sengué

The answer from Bokar Rinpoche [original in French]

Bien cher lama Tsultrim Namdak,

Bokar Rinpoché a bien reçu la lettre que tu lui as envoyée en Espagne. Le Khèmpo [Lodreu Deunyeu], qui a dû se faire opérer (pas grave) était resté en France. J'ai donc dû traduire en entier. Bokar Rinpoché a été très intéressé par tes propos, me les a fait traduire deux fois, la seconde fois a pris des notes (pour en parler à Kalou R. je crois), puis a communiqué ta lettre aux Khèmpo, une fois de retour en France. En fait, il était très conscient des questions que tu soulèves de par ce qu'il a vu lui-même, et de par plusieurs personnes qui lui en avaient déjà parlé. Il considère qu'effectivement la situation du Dharma en France est assez attristante car très superficielle.

Concernant plus particulièrement ton souhait de rester à Kagyu Ling et d'essayer d'améliorer la situation, Bokar R. me demandes de te transmettre de sa part la réponse suivante :

“Vous avez beaucoup de diligence pour étudier et pratiquer le Dharma; plus particulièrement vous êtes soucieux du développement du Dharma en France m'en avez parlé très franchement, ce que j'apprécie. Bien que je n'ai pu comprendre directement votre lettre par les traductions de Lama Sengué et du Khèmpo, j'en ai bien saisi le sens en détails.

Il est vrai que les centres du Dharma en Occident comportent à la fois des défauts et des qualités. Je le vois moi-même. Toutefois les qualités l'emportent sur les défauts. Il est important que dans l'avenir les premières augmentent et les secondes diminuent. Nous tous disciples de Kalou Rinpoché devons réfléchir aux moyens de cette évolution. Cependant il a été dit par le Bouddha :

“Pour aider les êtres, il y a temps et contre-temps (dus dang dus min)
Pour aider les êtres, il y a moyens et contre-moyens (thabs dang thabs min)”

Ce qui signifie qu'il faut toujours rester très prudents dans notre volonté de réforme. Ne possédant pas la connaissance supranormale d'un Bouddha nous ne pouvons nous fonder que sur notre raison pour savoir si le temps et les méthodes sont appropriés. Il faut non seulement une intention juste, mais aussi ne heurter personne. Il est évident que si vous mécontentiez Lama Chérab, vous vous mettriez dans l'incapacité de faire quoi que ce soit à Plaige. La seule possibilité de changement est d'agir habilement, en vous entendant bien avec Lama Chérab.

Si vous pouvez changer quelque chose, donner une meilleure orientation au centre dans certains aspects, tout en gardant l'harmonie avec Lama Chérab, tant mieux. Sinon, surtout ne vous opposez pas à lui ; et si vous voyez que vous ne pouvez rien faire, ne soyez pas inquiet et consacrez-vous principalement à votre pratique. C’est en fait le plus important et ce sera très utile pour le bien des êtres.”

(fin de la réponse de Bokar R.)
Traduction française par Lama Tcheukyi Sengué (François Jacquemart)
[2]
***

[1] Traduction française automatique (DeepL)

“Cher Bokar Rinpoché

Je vous écris cette lettre parce que je veux vous faire part de mes sentiments sur certains sujets qui me préoccupent beaucoup, ainsi que d'autres personnes. J'écris cette lettre en anglais afin de pouvoir m'exprimer clairement, sachant que vous-même et Khenpo Rinpoché lisez la langue anglaise. Si certains points de cette lettre vous semblent obscurs, n'hésitez pas à demander à Chokyi Senge, François Jacquemart de vous les expliquer.

Cette lettre contient principalement mes préoccupations pour le développement du Dharma en général. La plupart d'entre elles ont déjà été présentées dans les dernières lettres que Naro-ling a écrites au Très Vénérable Kalu Rinpoché à l'occasion des deux derniers "Losar", mais de manière plus ou moins cachée. Cette fois, je pense qu'il est nécessaire d'en parler plus ouvertement et plus franchement. Veuillez m'excuser si je ne respecte pas le protocole à ce stade, mais je pense que le plus grand respect et la plus grande estime que l'on puisse montrer à quelqu'un est d'être sincère et véridique et de ne pas jouer au "beau temps" alors que la tempête souffle à l'extérieur.

La vérité étant l'essence du bouddhisme, je pense que le meilleur hommage à rendre à un maître bouddhiste est d'être sincère et direct.

En fait, c'est ce qui nous a attirés, moi et beaucoup d'autres, vers le bouddhisme, car nous étions fatigués de tous les mensonges et de toutes les corruptions de la vie quotidienne et même de la religion dans laquelle nous avions grandi. Je sais qu'on ne peut pas limiter une religion aux simples actions de ses adeptes, mais si une religion n'est pas vécue et mise en pratique correctement, c'est une religion morte.

Je n'ai pas l'intention de vous apprendre quoi que ce soit, mais je vais simplement exposer ma façon de voir les choses afin que vous puissiez me donner quelques suggestions utiles.

Lors de la dernière visite du Très Vénérable Kalou Rinpoché, chacun d'entre nous a eu un très court entretien privé avec lui. Moi et d'autres personnes lui avons dit que nous avions plus ou moins l'intention de rester à Kagyu-ling en dépit de tous les problèmes. Depuis le début de mon séjour à Kagyu-ling, j'ai vu les choses se dégrader progressivement ; extérieurement, Kagyu-ling devient de plus en plus grand, de plus en plus beau et de plus en plus renommé, mais intérieurement, une énorme dégénérescence s'est produite pour ceux qui y vivent constamment et qui le regardent avec des yeux ouverts.

Quiconque suit les programmes annuels de Kagyu-Ling peut constater qu'il y a de moins en moins de cours sur le Dharma et de plus en plus de cours sur les disciplines pseudo-spirituelles, les modes de vie alternatifs et la guérison de toutes sortes qui ne sont même pas reconnus en Occident. Organisés dans un centre bouddhiste, ils donnent une image très pauvre et bon marché du bouddhisme et le dégradent en un phénomène de mode. J'ai entendu une rumeur selon laquelle de tels cours ne seraient plus donnés à Kagyu-ling. Espérons-le...

En ce qui concerne les cours de bouddhisme, j'ai compris que le bouddhisme était un chemin graduel, ce qui signifie que l'on commence par le début, le niveau hinayana, puis le niveau mahayana et enfin le vajrayana, tout en continuant à pratiquer les niveaux inférieurs.

Dans le programme du Kagyu-ling (et de nombreux autres centres), on trouve des cours du Dharma de toutes sortes et de tous niveaux, mélangés de manière très désorganisée, ce qui finit par rendre les gens très confus quant à ce qu'ils doivent pratiquer et comment. En fait, très souvent, les premiers enseignements que les gens reçoivent sont des initiations et des enseignements vajrayana, vers lesquels ils se sentent attirés en raison de leurs grandes promesses : la bouddhéité en une vie, les pouvoirs psychiques, etc.

Ces personnes apportent avec elles toutes leurs attentes, leurs idéaux... donc si elles ne commencent pas dès le début, si elles ne sont pas confrontées aux faits et à la réalité de ce qu'elles sont vraiment, et de ce qu'est vraiment le bouddhisme, il n'est que trop normal qu'elles perdent courage, qu'elles soient frustrées à la fin et qu'elles abandonnent en considérant les promesses du vajrayana comme de simples paroles en l'air.

Les "abandons" sont nombreux. Lors de vos visites en France, à Kagyu-Ling, vous pourriez remarquer que, malgré les nouveaux étudiants, les personnes qui prennent refuge, etc. il y a toujours un nombre égal de visiteurs qui n'augmente pas ou peu. Vous remarquerez également qu'à chaque fois, il y a beaucoup de nouveaux visages, et que beaucoup d'anciens visages ne sont plus là, à l'exception d'un noyau de pratiquants fidèles. Même en retraite, nous recevons fréquemment des lettres et des nouvelles de personnes qui sont déçues et qui espèrent que les choses vont s'améliorer.

En entendant toutes ces nouvelles, nous nous sommes sentis tristes de la situation du Dharma en Occident. En particulier à cause de son développement très trompeur et illusoire : à l'extérieur, il semble se développer de plus en plus alors qu'à l'intérieur, la confusion devient de plus en plus grande. En même temps, nous nous sentons motivés pour aider à changer la situation. C'est à partir de ce sentiment d'espoir et de crainte que nous avons écrit une lettre au très vénérable Kalou Rinpoché pour lui expliquer comment... [page manquante ?].

Si un lama ou un praticien reconnaît ses propres imperfections et ne les cache pas ou ne les ignore pas, alors il n'y a pas de problème. Une telle personne peut encore être très inspirante en raison de la qualité rare de sa sincérité. Trungpa Rinpoché était ainsi : il ne cachait pas qu'il fumait, buvait, avait des relations sexuelles, etc. et il était très attaché à la vérité et à la sincérité. C'est pour cette raison que les gens du monde entier l'appréciaient.

En ce qui concerne la qualité des enseignements donnés à Kagyu-ling (je ne sais pas pour les autres centres du Dharma), je sais qu'on ne peut pas reprocher aux lamas de ne pas être des Khenpos, ce n'est pas la question. Mais il y a dix ans, à Kagyu-Ling, ils enseignaient des sujets fondamentaux du bouddhisme dignes d'intérêt. Aujourd'hui - il se trouve que j'ai lu des transcriptions d'enseignements du lama Sherab - c'est de la pure camelote. Pardonnez-moi ce terme, mais il exprime le mieux ce qu'il en est. En tant que traducteur, je me sentirais mal et j'aurais honte de traduire de tels enseignements.

La meilleure chose à faire serait d'avoir un Khenpo vivant en permanence dans le Kagyu-Ling. Ou si c'est impossible pour le moment, de donner des cours intensifs d'étude et de pratique pendant un mois et d'établir un programme progressif. Par exemple, la première année, un mois de cours sur la philosophie et la méditation hinayana. L'année suivante, un mois de cours sur le mahayana pour ceux qui ont suivi le cours de l'année précédente, etc. Un tel programme d'étude planifié est utilisé dans chaque école, université, Shedra (shes gvra) et est très efficace. Cette méthode pourrait également être utilisée pour enseigner le Dharma en Occident.

Dans l'état actuel des choses, le Kagyu-ling ressemble à une grande usine ou à Disneyland, préoccupé par la production de quantité et de célébrité plutôt que par la qualité et l'aide aux personnes pour qu'elles apprennent à se gérer et à gérer leur vie correctement. Par la radio, la télévision et la presse, Kagyu-Ling est très connu en France, ce qui peut s'avérer très dangereux à ce stade de son développement qui n'est qu'extérieur. Quiconque regarde bien dans les coulisses verra à travers le décor de carton-pâte brillant et coloré. Si le développement du Kagyu-ling continue à n'être qu'extérieur sans avoir de substance intérieure solide, alors quelle est la différence avec le mouvement Krishna qui a été détruit par la même radio, télévision et presse en France ?

Nous aimerions aider à améliorer cette situation et à combler le vide intérieur du Kagyu-ling, mais sans la bénédiction du Très Vénérable Kalou Rinpoché et de vous-même, ce sera impossible.

Certains d'entre nous avaient l'intention de rester à Kagyu ling, de continuer à étudier et à pratiquer tout en aidant le centre, dans l'espoir que la situation s'améliore lentement. En fait, nous avions beaucoup d'espoir dans votre visite à Kagyu-Ling. Mais, dès le lendemain de votre départ, il semble qu'il y ait eu une réunion très désagréable au cours de laquelle les raisons commerciales ont une fois de plus triomphé des facilités pour la pratique et les activités du Dharma. Cet incident et d'autres qui ont suivi nous montrent que la même vieille tendance se maintient, juste après votre visite et avec votre présence même en France. Cela donne donc l'impression que ce qui se passe à Kagyu-Ling est approuvé par le Très Vénérable Kalou Rinpoché et par vous-même, ce que nous ne pouvons pas croire.

Pendant cette période où nous sommes encore en retraite, où nous faisons des plans pour notre avenir, et où le Très Vénérable Kalou Rinpoché et vous-même êtes encore en Europe, je voudrais vous demander de me faire part de vos réactions et de quelques suggestions utiles pour la suite. Je vais probablement rester dans le Kagyu ling en recherchant des possibilités d'étude et de pratique du Dharma dans un environnement positif et en attendant votre retour en France. Je pense que vous devez être conscient de la gravité de la situation du dharma en France, mais néanmoins pour dissiper tout doute, je vous ai écrit cette lettre, en essayant d'être aussi sincère et objectif que possible.

En priant pour que tous vos projets d'activité du dharma puissent s'accomplir, 
je reste vôtre dans le Dharma
Tsultrim Namdak”

[2] Automatic English translation (Deepl)

"Dear Lama Tsultrim Namdak,

Bokar Rinpoche has received the letter you sent him in Spain. The Khempo [Lodreu Deunyeu], who had to undergo an operation (not serious) remained in France. So I had to translate the whole thing. Bokar Rinpoche was very interested in what you had to say, and he had me translate it twice, and the second time he took notes (to talk to Kalu R. I think), and then he communicated your letter to the Khempo, once he was back in France. In fact, he was very aware of the questions you raise because of what he saw himself, and because of several people who had already spoken to him about it. He considers that the situation of the Dharma in France is indeed quite saddening because it is very superficial.

Concerning more specifically your wish to stay in Kagyu Ling and to try to improve the situation, Bokar R. asked me to pass on to you the following answer from him:

"You are very diligent in studying and practicing the Dharma; in particular you are concerned about the development of the Dharma in France and have spoken to me very frankly about it, which I appreciate. Although I could not understand your letter directly, thanks to the translations of Lama Senge and the Khempo, I understood the meaning in detail.

It is true that the Dharma centers in the West have both defects and qualities. I see this myself. However, the qualities outweigh the defects. It is important that in the future the former increase and the latter decrease. All of us disciples of Kalu Rinpoche have to think about the means of this evolution. However it was said by the Buddha:

"To help beings, there are times and counter-times (dus dang dus min)
To help beings, there are means and counter-means (thabs dang thabs min)"

This means that we must always be very careful in our desire for reform. Since we do not have the supra-normal knowledge of a Buddha, we can only rely on our reason to know if the time and methods are appropriate. Not only do we have to have the right intention, but we also have to not offend anyone. It is obvious that if you displease Lama Cherab, you will not be able to do anything in Plaige. The only way to change is to act skillfully, getting along well with Lama Cherab.

If you can change something, give a better direction to the center in some aspects, while keeping the harmony with Lama Cherab, so much the better. If not, don't oppose him; and if you see that you can't do anything, don't be worried and devote yourself mainly to your practice. This is actually the most important thing and it will be very useful for the good of beings."

(end of Bokar R.'s answer)
French translation by Lama Tcheukyi Sengué (François Jacquemart)