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lundi 19 mai 2025

Une controverse qui ne dit pas son nom

Les trois Père-fils spirituels de la lignée Dashang Kagyu (dwags shangs bka' brgyud kyi rje yab sras rnam gsum), montage photo (FB Lama Sochoe)

Au 14e siècle, Shangtön Gyawo (Zhang ston rgya bo, 1292-1370), recevait les transmissions Shangpa de Dolpopa Sherab Gyaltsen (Dol po pa Shes rab rGyal mtshan, 1292-1361) de Jonang, grand expert du Kālacakra et propagateur de la doctrine Shentong (gzhan stong pa). Le lien avec la lignée Shangpa perdure avec Jetsün Kunga Drölchog (1507-1566) et Jetsün Tāranātha (1575-1635)[1], et le Jonang prend un nouvel essor avec Jamgön Kongtrul I (1813-1899), résidant à Palpung, et le mouvement Rimé (ris-med), qui avait par ailleurs aussi une portée politico-religieuse anti-gelugpa. Jamgön Kongtrul I composa la méthode d’initiation de Kālacakra selon la tradition Jonang[2] (dus 'khor jo nang lugs), et que l’on trouve dans sa collection rGya chen bka' mdzod.

L'un des objectifs principaux du mouvement Rimé (ris med) était de sauvegarder les enseignements et les pratiques des lignées mineures qui risquaient de disparaître. Des maîtres comme Jamgön Kongtrul, Jamyang Khyentsé Wangpo et Chogyur Lingpa ont collecté, compilé et préservé systématiquement les enseignements de nombreuses lignées plus petites, notamment la Shangpa Kagyu, la Jonang, et diverses transmissions de terma (trésors spirituels).

Détenteur de la lignée Shangpa, Kalu I Rinpoché (1905-1990) était aussi considéré comme le principal détenteur de la lignée Kālacakra pour les Kagyupa, qu’il avait transmise à Bokar II Rinpoché (1940-2004), en lui remettant également la "cape" du Kālacakra. Tout comme Jamgön Kongtrul I, Kalu I Rinpoché et son maître Lama Norbu Töndrub étaient rattachés au monastère de Palpung, et au 11ème Tai Situpa Pema Wangchok Gyalpo (1886-1952) au Tibet. Karmapa XVI (1924-1981) avait reçu l’initiation du Kālacakra de ce dernier, ainsi que plus tard du Dalai-Lama.

Dans les années 1970, alors que de nombreux Occidentaux manifestaient un intérêt croissant pour le bouddhisme tibétain, c’est Karmapa XVI qui confia explicitement à Kalou Rinpoché la mission de diffuser le Dharma en Occident. C’est ainsi que Kalou Rinpoché effectua ses premiers voyages hors d’Asie à partir de 1971, visitant d’abord Israël puis l’Europe et l’Amérique du Nord, et fondant de nombreux centres bouddhistes, dont “Dashang Kagyu Ling” à La Boulaye en France, premier centre européen de retraite de trois ans. Sur le site de “Dachang Kagyu Vadjradhara-Ling” on peut encore lire l’explication suivante :
Très proches à l’origine, ces lignées se sont rejointes dès le 19ème siècle, et au 20ème c’est le très vénérable Kalou Rinpoché qui fut le parfait détenteur de la transmission issue de ce rapprochement entre Dagpo Kagyu et Changpa Kagyu, ainsi nommée Dachang Kagyu. Appellation que l’on retrouve dans le nom de l’un des centres fondés par Kalou Rinpoché en France, Dachang Vajradhara Ling.”
Au tout début, le premier nom donné au centre de Bourgogne était "Kagyu Yiga Tcheu Dzin", et la première maison d'édition associée avait repris le même nom. Ce nom avait été changé dans les statuts depuis. L'actuel nom de "Palden Shangpa La Boulaye", anciennement Kagyu-Ling, ou le Temple des mille Bouddhas, en Bourgogne, est toujours “Dashang Kagyu Ling” dans les statuts de ce centre. Dashang, Dachang, Dagshang, Dag Shang, etc. sont divers rendus phonétiques pour transcrire དྭགས་ཤངས་བཀའ་བརྒྱུད. A cette série se joint depuis quelque temps également le siège de Kalu I Rinpoché à Sonada (དྭགས་ཤངས་བཀའ་བརྒྱུད་བསམ་གྲུབ་དར་རྒྱས་ཆོས་གླིང) dans les publications sur les réseaux sociaux. Les centres occidentaux fondés par Kalu I étaient rattachés à la fois à la lignée Shangpa et à la lignée Karma Kagyu. Les noms de refuge et de moine donnés par Kalu I en occident étaient précédés par Karma, pour indiquer cette appartenance. La mort du Karmapa XVI en 1981 et la controverse qui s'ensuivit était un premier facteur de complication ; le décès de Kalu I en mai 1989 allait en devenir un deuxième. Après sa mort, Bokar II Rinpoché (1940-2004) lui succède à la tête de la lignée Shangpa Kagyu. 

Mirik novembre 2001, dans le Jardin de Shambala (scan photo Claire Lumière)
Kalu II au centre

Yangsi Kalu II, né en septembre 1990, fut reconnu comme le tulku de Kalu I, et intronisé à Samdrup Tarjayling Sonada en février 1993 par Taï Sitou Rinpoché, Gyaltsab Rinpoché et Bokar II Rinpoché. Il reçoit le nom Karma Ngedön Tenpay Gyaltsen. Après le décès de son père, Lama Gyaltsen en 1999, neveu et ancien secrétaire de Kalu I, et gérant du siège Samdrup Tarjayling à Sonada en Inde, Yangsi Kalu II est allé au monastère Bokar Ngedhon Choekhor Ling à Mirik, pour étudier auprès de Bokar II Rinpoché, qui décéda en août 2004. À l’âge de 15 ans, Yangsi Kalu II fit la retraite traditionnelle de 2004 à 2008.

En 2010, il fit un voyage en occident pour reprendre en charge les divers centres fondés par Kalu I. Durant son deuxième voyage, en avril 2011, il change la direction du centre “Dashang Kagyu Ling”, notamment suite à des abus (voir aussi Violence dans le bouddhisme), et change le nom du centre en “Palden Shangpa La Boulaye”, avec l’accord de Situ Rinpoche. Dans la “Lettre dinformation de Paldenshangpa La Boulaye” :
Historiquement, Kyoungpo Neljor (978-1127) n’est pas le contemporain de Gampopa ; c’est Motchokpa, son principal disciple, qui le fut. Kyoungpo Neljor fut plutôt le contemporain de Marpa (1012-1097) le traducteur, le maître de Milarepa. Ils étudièrent tous deux en Inde auprès de maîtres communs tels que Maitripa. Néanmoins, les maîtres principaux de Kyounpo Neljor furent deux femmes, Dakinis de Sagesse, Nigouma et Soukka Siddhi. Il y eut aussi, parmi les plus importants, Dordge Denpa qu’il rencontra à Bodh Gaya et le Yogi Rahula. De retour dans la région de Shang au Tibet Kyounpo Neljor fut à l’origine d’une lignée bien distincte qui, bien que partageant des enseignements et pratiques avec les autres, avait aussi ses pratiques spécifiques.

Il est ainsi clair qu’il n’existe pas d’ « École Dashang » ! La juxtaposition de ces deux vocables fut choisie parce que le premier Kalou Rinpotché était un maître particulièrement éminent dans les deux traditions Karma et Shangpa Kagyu et qu’il transmettait principalement ces deux traditions
.”
Dans une confession publique, en novembre 2011, Kalu II déclare avoir été abusé sexuellement par des moines lorsqu'il était âgé de 12-13 ans (au monastère de Mirik), et il accuse son tuteur au monastère Samdrub Darjay Choling à Sonada, d'avoir essayé de le tuer.

En janvier 2014 Karmapa XVII Ogyen Trinley Dorje annonce la nouvelle de la réincarnation de Bokar II Rinpoche. Et en 2015, yangsi Bokar III est officiellement reconnu et intronisé par Karmapa XVII. Khenpo Lodrö Donyö (1943), l’abbé de Mirik, est son tuteur, et se charge de son éducation.


Le 27 juillet 2018, le monastère Samdrub Darjay Choling à Sonada publie une lettre en anglais et en français, accusant Yangsi Kalu II, d’avoir rendu ses voeux en 2009 sans concertation avec ses maîtres et d’avoir disgracié la réputation de Kalu I. La lettre liste les méfaits de Yangsi Kalu II, qui ont conduit le siège de Kalu I de créer son propre fonds pour recevoir les donations des disciples de Kalu I. Parmi les méfaits :
"Au cours des dernières années, l'incarnation actuelle a expulsé plusieurs lamas résidents de divers centres bouddhistes affiliés à notre monastère, des personnes qui avaient une foi inébranlable en son prédécesseur.

À l'avenir, ce n'est que lorsque l'incarnation actuelle aura regagné le respect de tous, tant sur le plan temporel que spirituel, qu'il sera digne de nos rêves et de nos espoirs dans cette vie et au-delà. Un jour, lorsqu'il sera pleinement capable d'assumer cette responsabilité, nous lui confierons les affaires externes et internes du monastère sans obstination. Cependant, si sa conduite actuelle, contraire à l'éthique et scandaleuse, devait se poursuivre, nous avons fermement résolu de ne pas lui remettre ce monastère et sa gestion, bien que nous n'ayons aucun pouvoir pour intervenir dans ses actions personnelles ou les restreindre. Si nous devions lui confier le monastère maintenant, en pensant qu'il a l'obligation et la responsabilité automatiques de le gérer, notre monastère et sa communauté monastique seraient certainement voués à la destruction.
[3]"

Situ Rinpoché publie une lettre un mois plus tard, dans laquelle il soutient Yangsi Kalu II et son projet de lignée Shangpa Kagyu[4]. Extrait :
L'actuel 2ème Kyabjé Kalu Rinpoché a été reconnu traditionnellement par moi et confirmé par Sa Sainteté le Dalaï-Lama. Depuis lors, Kalu Rinpoché détient la pleine autorité et responsabilité de maintenir l'ensemble de l'établissement de son prédécesseur, ainsi que de préserver et propager l'authentique lignée du Dharma du Bouddha, et de guider et nourrir le développement spirituel de chaque disciple selon les voies du Saint Dharma.

Pour cela, chaque Lama et disciple de Kalu Rinpoché sert sous sa direction et le soutient avec une dévotion et un dévouement complets, pour le bien de la lignée du Dharma du Bouddha et pour le bénéfice de tous les êtres sensibles.

L'actuel Kalu Rinpoché m'a également exprimé à plusieurs reprises qu'il souhaite maintenir la lignée Shangpa Kagyu comme sa responsabilité principale. Cette intention étant celle du Rinpoché, c'est très profond car le Rinpoché a la responsabilité de maintenir et de servir la lignée du Dharma du Bouddha, la Shangpa Kagyu étant l'une des lignées importantes du bouddhisme tibétain, et son prédécesseur pratiquait également la Shangpa Kagyu et la Dhagpo (Marpa) Kagyu
.”
Il est vrai que la lignée Shangpa est une des huit lignées avec des origines indiennes, appelées “sgrub brgyud shing rta brgyad” par Jamgön Kongtrul I. Il est vrai aussi que le précédent Kalu I avait utilisé la dénomination “Dwags shangs”. Le précédent Kalu I et son maître à lui, Norbu Tondrup, étaient rattachés à Palpung, le siège des Situpas au Tibet. L’actuel Situ Rinpoche soutient Kalu II dans son initiative d’école Shangpa indépendante. L’ancien siège de Kalu I, Samdrub Darjay Choling à Sonada, mentionne dans sa lettre “Un jour, lorsqu'il sera pleinement capable d'assumer cette responsabilité, nous lui confierons les affaires externes et internes du monastère sans obstination." Avec l’approbation de Situ Rinpoche, et la gestion actuelle de la lignée Shangpa par Kalu II, “les affaires externes et internes du monastère” pourraient sans doute lui être confiées, “sans obstination”...

Cela ne semble cependant pas être le cas. L’office du monastère Bokar Ngedhon Choekhor Ling est proche du Karmapa XVII Ogyen Tinlay et de Gyaltsab Rinpoché de la lignée Karma/Kamtsang Kagyu, et semble vouloir rester sous la tutelle de celle-ci. Kalu II est invisibilisé à Sonada, à Mirik, et dans les centres de Bokar II. Le monastère se présente comme appartenant à la lignée “Dagshang Kagyu” (དྭགས་ཤངས་བཀའ་བརྒྱུད) qui se rattache aux lignées Dagpo Kagyu et Shangpa Kagyu. Il y avait en effet un lien entre Gampopa (dwags po lha rje 1079-1153) et Mogchokpa Rinchèn Tseundru (1110-1170). C’est ce lien historique avec Gampopa et le Dagpo Kagyu, qui a sans doute conduit au choix du nom “Dagshang Kagyu”. C’est avec ce préfixe que Kalu I Rinpoché avait nommé ses centres fondés en Europe. Dans les centres de retraite affiliés à ces centres, on pratiquait à la fois les yidams et yogas Shangpa et Kagyupa, de Niguma/Sukhasiddhi et de Nāropa. Comme ce fut le cas à Palpung au Tibet.

Bokar II Rinpoche semble avoir eu une inclinaison particulière pour le Kālacakra Tantra. C’était son souhait de construire un stūpa de Kālacakra, un temple de Kālacakra, un jardin Shambala, et d’ajouter la pratique de Kālacakra et des six yogas associés dans ses centres de retraite à Mirik. Kalu I Rinpoche n'avait pas pu transmettre la tradition complète des six yogas du Kālacakra à Bokar II Rinpoche, en partie à cause de la difficulté à trouver les textes nécessaires en Inde. Pour y remédier, Bokar II Rinpoche avait invité le maître Jonang Khenpo Kunga Sherab Rinpoche du Tibet en 2004, pour recevoir la transmission complète des six yogas Jonang. Bokar II Rinpoche avait transmis la "cape" du Kālacakra ainsi que la responsabilité du monastère Bokar à Khenpo Lodrö Donyö Rinpoché, qui est l'actuel détenteur de cette lignée et le chef du monastère de Bokar Ngedhon Choekhor Ling (voir aussi mon blog Transmissions récentes du Kālacakra de 2013, et Kālacakra Tantra et Mahāmudra ésotérique de 2025).

L'enseignement et la pratique du Kālacakra Tantra occupent une place importante au monastère. Un grand rituel de Kālacakra, basé sur le mandala de sable, est conduit chaque année. Ce rituel suit une séquence précise et inclut la préparation, la création, et la dissolution ultérieure du mandala de sable. Elle inclut également une initiation de Kālacakra. Le centre de retraite du monastère propose un programme Jonang-Shangpa, incluant la pratique du Kālacakra Tantra, en plus d'autres pratiques comme les six yogas de Niguma. L'actuel chef du monastère, Khenpo Lodrö Donyö Rinpoche, est également actif dans la transmission, ayant donné des enseignements et a publié une histoire du Kālacakra Tantra en 2005[5].

Félicitations à l'occasion du 19ème anniversaire de Bokar III
signées Dashang Samdrup Tarjeyling (post FB)

Depuis quelque temps, la dénomination “Dashang” semble faire son retour sur les réseaux sociaux. Sonada, le siège de Kalu I signe ses publications en tibétain avec དྭགས་ཤངས་བཀའ་བརྒྱུད་བསམ་གྲུབ་དར་རྒྱས་ཆོས་གླིང (dwags shangs bka’ brgyud bsam grub dar rgyas chos gling). Une photo avec les trois détenteurs de la lignée Dashang (Les trois Père-fils spirituels de la lignée Dag shang Kagyu (dwags shangs bka' brgyud kyi rje yab sras rnam gsum) est publiée (voir en haut). 

The enthronement of the Third Bokar Rinpoche,
who illuminates the teachings of the Dagsang Kagyu.
VOA 23.11.2024 Gyaltsen Chodrak

Quand la radio Voice of Tibet (VOA) fait une émission dédiée à l’intronisation de Bokar III Rinpoché, on lit dans le titre : “Intronisation de la troisième réincarnation de Bokar, illuminateur de l'enseignement Dashang Kagyu”.  
 
Le Kagyu Monlam à Bodhgaya avait été instauré par Kalu I Rinpoché en 1983. Le Shangpa Monlam est tenu séparément par Kalu II Rinpoché, et le monastère de Sonada. Bokar III Rinpoché et Khenpo Lodrö Donyö organisent plutôt des Kagyu Monlam dans les centres de Bokar II rinpoché et au siège à Mirik.

Étant désormais loin des milieux bouddhistes tibétains, ce blog est fait à partir d'informations et des documents que l’on peut glaner sur Internet. Les photos des uns avec les autres publiées sur les réseaux sociaux sont autant d'indications sur les rapprochements et éloignements des uns et des autres, et donc sur l’état de lieu des relations entre lignées et offices. Les tulkus indépendants qui cherchent à se libérer de l’emprise des lignées et de leurs offices ont le plus grand mal de perdurer, comme dans l’Eglise d’ailleurs. Ça passe ou ça casse. L’indépendance se paie cher. Mais la dépendance aussi

Cette structure de lignées et d’offices (bla brang) régis autoritairement d’une main de fer, est-elle un modèle à suivre en Occident ? Avec un lien prêtre-bienfaiteur (mchod yon) ? Un bouddhisme relativement passif pour le grand public ? Des rituels complexes exécutés par des professionnels auxquels peuvent assister les fidèles ? La réponse peut évidemment être positive, cela dépend de chacun. Les centres et temples qui se vident en France fournissent peut-être un début de réponse. Disons que les bouddhistes tibétains de ma génération, inspirés par des yogis et des moines (souvent dans cet ordre), et des influenceurs moins avouables, voulaient souvent s’y engager davantage. Avec un ascenseur hiérarchique en panne… Pour faire de beaux rituels complexes dans des temples -- si c’est cela qu’on veut proposer dans le cadre de la transmission en Occident -- il faudra des “professionnels” ou des volontaires enthousiastes, moines ou yogis. Je ne pense pas qu’il y a réellement de l’intérêt pour cela (hormis en tant que spectacle ou événement), mais je peux me tromper. Et pourtant c’est cela que le bouddhisme tibétain semble vouloir offrir, et à quoi il passe le plus gros de son temps et énergie. Puis, la légende et le message d'une société théocratique ou "éveillée", façon Shambala, est-elle réellement encore une option ? Quant à la véritable paix mondiale, qui n'est pas une Pax impériale, ne commence-t-elle pas d'abord autour de soi ?

***

[1] Oeuvres complètes 1 et 2 répertoriées par Edward Henning.

[2] dpal dus kyi 'khor lo sku gsung thugs yong rdzogs kyi dkyil 'khor du byis pa 'jug pa'i dbang bskur bklag chog tu bkod pa ye shes rgya mtsho'i bcud 'dren
bdr:MW23723_9161F6

[3] Traduction automatique d'extraits choisis de la lettre en anglais ci-dessous
Over the past few years, the present incarnation has expelled some residential lamas of several Buddhist centers affiliated to our monastery , people who have had unwavering faith in his predecessor.”

In the future, only when the present incarnation regains everyone’s respect in worldly and religious terms will he be worthy of our dreams and hope in this life and beyond. One day, when he is fully capable of shouldering the responsibility, we will hand over the external and internal affairs of the monastery to him without being obstinate. However, if his current unethical and scandalous conduct were to continue, we have therefore resolved firmly, not to hand over this monastery and its affairs to him, although we have no power to interfere and restrain his personal actions. If we were to hand over the monastery to him now. thinking that he has the automatic obligation and responsibility to manage it. then our monastery and it’s monastic community would certainly come to be destroyed.”

[4] Lettre de Situ Rinpoche 27/08/2018
In Tibetan Buddhist the reincarnation system and tradition was established around 900 years ago and since then the responsibility of each reincarnated master is to uphold without question, according to their predecessors, all responsibility of authority, presentation and propagation of that individual lineage.

The late 1st Kyabje Kalu Rinpoche Karma Rangjung Kunkyab who was retreat master in Palpung Monastic Seat Tibet of Both Naro Retreat Center and Shangpa Retreat Center and who contributed tremendous spiritual guidance in many people's lives all around the world and also established numerous Buddhist Monasteries and Centers in various countries.

The Current 2nd Kyabje Kalu Rinpoche was recognized traditionally by me and confirmed by His Holiness Dalai Lama. Since then Kalu Rnpoche has full authority and responsibility to uphold the entire establishment of his predecessor and to preserve and propagate the genuine lineage of Buddha Dharma and guide and nurture the spiritual development of every follower according to the ways of the Holy Dharma.

For this, every Lama and disciple of Kalu Rinpoche serves under his direction and supports with full devotion and dedication for the sake of the lineage of Buddha Dharma and tor the benefit of all sentient beings.

The current Kalu Rinpoche also expressed several times to me that he wishes to uphold the lineage of Shangpa Kagyu as his main responsibility. Since that is Rinpoche's intention, it is very profound being as Rinpoche has the responsibility of upholding and serving the lineage of Buddha Dharma with Shangpa Kagyu being one of the important lineages of Tibetan Buddhism and his predecessor also used to practice Shangpa Kagyu and Dhagpo(Marpa) Kagyu
.” 

[5] 'Bo-dkar Mkhan-po Blo-gros-don-yod, Bde-bar-gshegs-pa'i Ring-lugs Spyi dang Bye-brag Rgyud Thams-cad-kyi Rgyal-po Dpal Dus-kyi-'khor-lo'i Chos-skor-gyi Byung-ba Brjod-pa Thub-bstan Mdzes-par Byed-pa'i Rgyan Indra-nî-la'i Phra-tshom, Bokar Ngedon Chokhor Ling (Darjeeling 2005), 727 pages, réf. BDRC W00EGS1016994.

lundi 28 août 2023

Éveillé·e en apparence

Niguma (détail Himalayan Art 65772), avec khaṭvāṅga, couperet, et crâne, des fleurs dans les cheveux.
Attribut de paṇḍita dans le fond

Le genre hagiographique (rnam thar) qui s’est développé à partir du XIIème siècle au Tibet était l’outil de marketing spirituel permettant aux lignées de la “deuxième propagation” toute fraîchement apparues d’annoncer leurs lignées de transmission, de mettre en avant leurs atouts, de prouver qu’elles étaient entre les mains des meilleurs maîtres, et, en faisant du benchmarking, d’éventuellement combler des lacunes dans leur portefeuille d’initiations, instructions, “yoga”,etc. C’était le travail des hagiographes de démontrer que tous les produits dans leur portefeuille furent authentiquement d’origine Indienne et remontaient à des siddhas reconnus, ou à des saṃbhogakāyas fiables.

L’essor du genre hagiographique se situe plutôt dans le XV-XVIème siècle, tout comme les travaux de systématisation des oeuvres et des pratiques accumulées et/ou produites. Généralement, plus une hagiographie est courte et succincte, plus grande la chance qu’elle soit plus ancienne, Plus elle est longue ayant de nombreux détails, elle risque d’être plus tardive. Il y a aussi une certaine évolution de style : sobre (romane), magique (gothique), exubérant (baroque), etc. Je n’ai pas fait de recherche dans le domaine, mais ce n’est pas exclu quand on vérifie les diverses versions (re)copiées à diverses époques, qu’il y ait des ajouts, des intercalations, des commentaires, des notes (mchan), etc.

Il ne faut pas prendre les hagiographies pour des sources historiques, et notamment les sources tibétaines sur des siddhas indiens. Les faits légendaires (parfois aussi mythologiques) sont une chose, et peuvent avoir leurs fonctions propres, les faits historiques en sont une autre. Dans un premier temps, le Tibet était très actif, à chercher et à recevoir des textes, de pratiques, d’instructions, d’initiations, etc. transmis par des maîtres népalais et indiens à des tibétains au Népal, en Inde, au Tibet, etc. Il y eut un temps où les tibétains produisaient eux-mêmes au Tibet des textes, des pratiques, etc., en collaboration avec des maîtres népalais, indiens, etc. Ce sont les “textes gris” auxquels fait référence Ron Davidson (Tibetan Renaissance). Ce n’est pas encore l’époque de l’essor du genre hagiographique, qui commence à naître vraiment à la fin du XIIIème siècle. A partir de quels matériaux historiques ? Des petits faits et anecdotes glanés par ci par là dans des colophons, etc. Des anecdotes transmises oralement, des notes prises par des disciples ? Ecrire un hagiographie au XIV-, XV- et XVIème siècle sur des personnages indiens, népalais et tibétains ayant vécu au IX, -X, XI-ème siècle, avec l’objectif principal de donner confiance dans la transmission, et de faire naître la dévotion et la motivation, requiert beaucoup de créativité.

Matthew Kapstein a écrit sur des problèmes historiques que l’on trouve dans l’hagiographie de Khyungpo Neljor[1], le fondateur de la lignée Shangpa dont la vie hagiographique s’étendrait de 990 à 1140[2], faisant de lui le récipiendaire idéal pour d’importants tantras de la part des plus grands maîtres de l’époque. L’hagiographie de Khyungpo Neljor est très riche en toutes sortes d’informations. Trop riche d'un point de vue historique. La situation de l’école Shangpa au XIIème siècle n’était pas la même que celle de l’époque où les hagiographies furent rédigées. Au XIVème siècle, le système des instructions de l’école Shangpa était au complet, y compris les “Six yogas de Niguma”, mais au XIIème siècle, et au temps de Mokchok Rinchen Tseundru (1110-1170) ? Mokchok qui serait un des auteurs de l’hagiographie de son maître Khyungpo Neljor écrit à partir du XIVème siècle ?

Quand une école tibétaine fait son inventaire à partir du XIVème siècle et découvre (benchmarking) qu’il lui manque des instructions, ou qu’il y a des trous dans la transmission, c’est aux hagiographes de les combler, dans les hagiographies. C’est à eux de sauver des maîtres emblématiques qui à leur époque (XIIe) n’avaient pas pu recevoir des instructions arrivées plus tard (XIVe) et qui étaient pourtant censés avoir participé à leur transmission… Les hagiographes jouent donc un rôle essentiel dans l’authenticité d’une lignée. Ils disposent pour cela de certains moyens. L’importance de la dévotion au gourou est un autre marqueur d’une hagiographie “baroque”. Les premières hagiographies étaient vraiment très sobres. On y trouve encore le terme d’ “ami de bien” (dge ba’i bshes gnyen) au lieu de lama (guru). Le style dans les textes de questions-réponses du début du deuxième millénaire est très direct. La dévotion est encore naturelle, pas cultivée.

Quel est l’apport propre de la lignée Shangpa que l’on fait remonter aux ḍākinī Niguma et Sukhasiddhi ? Prenons l’hagiographie de Niguma, telle qu’on la trouve dans le Rosaire d’or Shangpa (Shangs pa gser ’phreng)[3]. La moitié de la partie biographique de l’hagiographie de Niguma vient verbatim de l’hagiographie de “son frère” Nāropa. Celle-ci (mkhas grub kun gyi gtusg rgyan paN chen nA ro pa’i rnam thar ngo mtshar rmad byung) fut composé par Lha’i btsun pa Rin chen rNam rGyal (1473 - 1557), un disciple de Tsang Nyeun Heruka (1452–1507), 500 ans après la vie du maître bouddhiste de Nalanda en Inde. On peut en déduire que la partie biographique de l’hagiographie de Niguma date approximativement de la même époque, le XV-XVIème siècle[4]. Cette hagiographie contient également une prière à Niguma, attribuée à Mokchok Rinchen Tseundru. Elle est de teneur mahāyāna général avec quelques références “vajra”, mais aucune mention des “six yogas de Niguma”.

Dans la La précieuse guirlande radieuse (rin po che 'od kyi phreng ba mnyam med rin chen brtson 'grus kyis mdzad pa) attribuée à l'inégalable (Mokchok) Rinchen Tseundru, le contenu est à la fois du mainstream mahāyāna et tantrique. Il n’y a pas de mention de “six yogas” (chos drug), mais la fin du texte mentionne que ces instructions représentent la Pensée de “Nai-ti” (ནཻ་ཏི་གཉིས་ཀྱི་དགོངས་པ་ཡིན), probablement Naiguma et Tilopa ? Les instructions de Tilopa se limitent à celles venant d’une “transmission aurale” (snyan brgyud zhal gyi gdams pa) et sont celles attribuées à Ācārya Nāgārjuna, Lavapa et “Kalwa Zangmo”. Trois sources des quatre transmissions (bKa'-babs bzhi) reçues par Tilopa : Nāgārjuna, Lavapa, Subhāgini et Cāryapa (non mentionné ici)[5]. Les instructions portent sur l’apparence, le rêve et la pensée radieuse. Elles rejoignent ainsi l’instruction particulière de la lignée Shangpa qui porte sur la triple pratique du corps apparent, le rêve et la pensée radieuse (māyopamavāda) et sur la doctrine apratiṣṭhānavāda, populaire chez Advayavajra et ses disciples, les deux anciennes branches du madhyamaka (voir Orna Almogi 2010, Māyopamādvayavāda versus Sarvadharmāpratiṣṭhānavāda). Dans La précieuse guirlande radieuse, il n’y a pas question des autres trois “yogas”.

Dans un autre texte important de la lignée Shangpa consacrée au thème de l’illusion, la voie complète de la lignée Shangpa, avec les “six yogas” (vers vajra) est exposée. Ce texte “Commentaire de la voie graduelle de l’apparence” (sGyu ma lam gyi rim pa'i 'grel pa)[6] aurait été prononcé par Niguma et traduit par Lendarma Lodrö (lo tsA ba glan dar ma blo gros), un traducteur “ombrageux” selon Kapstein.

Quelle que soit la réalité des attributions, et les dates réelles de la composition de certains textes Shangpa, on a la claire impression que leur pratique emblématique fut initialement une triple pratique sur l’apparence, le rêve et la pensée lucide, comme une mise en pratique de la doctrine māyopamavāda, ou encore mayopamādvayavāda (sgyu ma lta bu gnyis su med par smra ba, sgyu malta bur 'dod pa), qui affirme que tout est “comme une illusion”. Que l’on ne s’y méprenne pas, tout n’est pas une illusion, mais “comme une illusion”, ou plutôt comme une apparence. L’apparence est réelle dans le fait qu’elle apparaît, mais puisque sa réalité ne peut être avérée ou est très éphémère, etc., elle est comme une illusion. Il s’agit aussi de laisser l’apparence intacte, entière, comme une coïncidence de contraires (yuganadda) sans s’investir exclusivement dans une des pôles. C’est la part non-fondement (apratiṣṭhānavāda). C’est l’approche utilisée par Advayavajra et ses disciples.

L’apparence s’étend dans l’état de veille, l’état du rêve et du sommeil sans rêve. Dans l’état de veille, le corps “karmique”[7] (l’ensemble, l’agrégat) est un corps apparent, un corps d’apparences, fabriqué à partir des éléments, etc.. Dans le rêve, c’est le corps des empreintes (vāsanākāya) qui crée les apparences oniriques. Celles-ci sont prises pour une réalité tant que l’état de rêve n’est pas reconnu. Le corps apparent onirique aussi doit être considéré comme une illusion, comme un rêve. La pratique consiste à “sceller” les apparences diurnes et nocturnes, toute apparence, par le sceau de l'apparence (māyāmudrā) “comme une illusion”.
Le jour, on cultive l'expérience de l'illusion.
La nuit est le moment où l'on cultive l'expérience du rêve
.” (Kalu Rinpoché I, à la fin de sa vie)[8]
Une fois l’apparence scellée, elle est déterminée comme pensée radieuse (cittaṃ (pr)abhāsvaram). Pratiquer jour et nuit, c’est cela que cela veut dire. Que l’on soit recueilli (samāhita) ou en activité (anvaya-jñāna). Vie quotidienne, pratique des perfections, pratique de divinité Yidam, même la pratique des six yogas… Tout cela est semblable à une illusion, et déterminée comme telle. La pratique de la divinité Yidam permet de tout voir comme le Yidam, qui est comme une illusion…
En s’entraînant en apparence dans des
Instructions semblables à une apparence
Tu seras parfaitement éveillé en apparence
Par la force de ta foi (mos gus)
.” Propos de Niguma à Khyungpo Neljor dans son hagiographie[9]
Cette simplicité des débuts se perd malheureusement dans les siècles qui suivent, enfin c’est une préférence personnelle. J’ai toujours plaisir à retourner à ces textes primitifs.

On trouve des traces de la triple pratique "comme une illusion" principale Shangpa sans les autres "trois yogas" jusque dans les hagiographies. Ainsi pour Khyungpo :

"Le soir de la pleine lune, la dakini Niguma m'a conféré les pouvoirs du yoga du rêve et du yoga du corps illusoire.

"Elle m'a dit : "Maintenant, un rêve te parviendra grâce à mes bénédictions. En effet, j'ai fait le rêve lucide suivant : Je suis allé au royaume des dieux et des demi-dieux. Je me faisais dévorer vivant par de grands demi-dieux quand la dakini est apparue dans le ciel en disant : "ô fils, ne te réveille pas". À cet instant précis, j'ai reçu les instructions sur les six yogas. Après mon réveil, la dakini est apparue et a dit : "Personne d'autre en Inde n'a jamais reçu les Six Yogas en une seule séance." Elle m'a donné les enseignements suivants : trois transmissions complètes des Six Yogas, les Versets Vajra sur les trois façons d'intégrer la voie, les étapes de la voie illusoire, "etc.[10]


" Mogchok présente une offrande (T. phyag rten) dans la chambre de Gampopa et lui dit : "Quand mon maître, le grand Shangpa, est mort, j'ai pratiqué (T. dge sbyor) et j'ai eu telles expériences du chemin des techniques, corps illusoire, rêve et claire lumière. Je suis venu demander si j'étais arrivé au bout ou pas. Mais comme le maître de Shang est décédé et que vous n'êtes pas mon maître, je ne peux pas vous demander (T. bla ma khyed min pa zhu sa mi bdog). Il me faut maintenant demander la transmission complète (T. khrid tshar gcig) des six yogas." Gampopa repondit : "Vous avez eu de bonnes expériences. Mais je dois ajuster (T. thag chod) votre vue." Et il lui donna les huit vers de la Mahāmudrā (T. phyag rgya chen po'i tshig rkang brgyad[7]) et les Cinq introductions (T. ngo sprod lnga pa), suite à quoi Mogchokpa eut confiance en sa perspective de la vue (T. lta ba'i phyogs). Ensuite Gampopa dit : "Etudiez plutôt le cycle des six yogas (T. chos drug tshar gcig) avec Gomtshul (T. sgom pa tshul khrim snying po 1116-1169) . J'ai personnellement fait le vœu de ne pas enseigner les sādhana et les six yogas " volumes shangpa KA, p. 180-181 [11] 

 Ainsi, dans la lignée Shangpa, grâce à la triple pratique de l'apparence, le "corps de rêve", ou le corps mental (manomaya-kāya), permet de voyager dans le monde (Bodhgaya, etc.), dans les terres pures, pour rencontrer des sambhoghakāyas comme Niguma, et de recevoir des instructions dans le cadre du rêve. Cela pose évidemment le problème d'un point de vue historique pour dater ces "instructions" et de les attribuer...
"Les apparences naturelles, qui sont de nature apparente (māyā),
Au moment de se familiariser avec et de s'y entrainer
On voyage à Bodhgaya, etc., ainsi que dans les mondes divins (divaukasa)
Pour les visiter et en profiter. 
Puis à Akaniṣṭha et dans les terres pures
Où résident les Corps symboliques (sambhogakāya) et les Bouddhas
Afin de leur faire de vastes offrandes
En les examinant (dbyad) par sa propre intelligence
On s'entraîne ainsi à sa guise." La précieuse guirlande radieuse, Mokchok Rinchen Tseundru 
***

[1] Chronological Conundrums in the Life of Khyung po rnal ’byor: Hagiography and Historical Time, Matthew T. Kapstein, University of Chicago & École Pratique des Hautes Études, JIATS, no. 1 (October 2005), THL #T1221, 14 pp.

We have access at present to four redactions of the Golden Rosary of the Shangpa Golden Rosary , the collected hagiographies of the Shangpa Kagyü masters. These were compiled in different times and places, by quite different branches of the Shangpa Kagyü. For the records of the early masters, however, those who flourished no later than the beginning of the fourteenth century, the four collections are closely similar, both in their selection of teachers whose hagiographies are included, and in the actual texts themselves. Much the same may be said of the condensed versions of the Golden Rosary of the Shangpa Golden Rosary we find in the Blue Annals and in another fifteenth-century history, The Archive [page 5] of China and Tibet (gya bö yiktsang), and in a later survey of Shangpa Kagyü history written by the renowned Tāranātha. This, together with much other evidence, reinforces the assertion of the Shangpa Kagyü tradition itself, that it remained a tightly knit and highly secretive lineage until the late-thirteenth and early-fourteenth centuries, when its masters began to promulgate its teachings much more widely than had been the case previously. These circumstances further suggest that the early hagiographies were redacted in more or less the form in which we now know them during this same period, and this in turn would explain the remarkable consistency of these texts in the known versions. It further suggests, however, that we must be rather cautious about attributing their contents to the age of the earlier figures they treat.”

These are as follows. (1) Shangs-pa gser-’phreng: A Golden Rosary of the Lives of Masters of the Shangs-pa dKar[sic]-brgyud-pa Schools, Smanrtsis Shesrig Spendzod 15 (Leh: Sonam W. Tashigangpa, 1970). (2) Śaṅs-pa bKa’-brgyud-pa Texts: A collection of rare manuscripts of doctrinal, ritual, and biographical works of scholars of the Śaṅs-pa Bka’-brgyud-pa tradition from the monastery of Gsaṅ-sṅags-chos-gliṅ in Kinnaur, 2 vols. (Sumra, H.P.: Urgyan Dorje, 1977). (3) Shangs pa bka’ brgyud bla rabs kyi rnam thar, Gangs can rig mdzod 28 (Lhasa: Bod ljongs bod yig dpe rnying dpe skrun khang, 1996). (4) A sixteenth-century xylographic version from Ngari Gungtang preserved in the National Archives of Nepal, in Kathmandu. An abridged, vulgar translation of the first version is found in Nicole Riggs, trans., Like An Illusion: Lives of the Shangpa Kagyu Masters (Eugene, OR: Dharma Cloud Publishing, 2000)."

[2] Selon Kapstein, ce serait plutôt environ 1050-1140.

[3] Traduction française : Hagiographies de Nigouma et Soukhasiddhi, éd. Yogi Ling, 1997, trad. Neldjorpa Tsultrim Namdak.

Il y a également l’’hagiographie de la lignée Shangpa (shangs pa bka’ brgyud bla rabs kyi rnam thar), une compilation attribuée à Namkha Samdrub Gyaltsen (1408–1462), un étudiant de Lapchiwa Namkha Gyaltsen (1372-1437).

[4] Niguma, Lady of Illusion, Tsadra, Sarah Harding, Introduction

[5] Voir : Four human lineages of Tailopa. Chos drug and bKa'-babs bzhi Material for a Biography of the Siddha Tilopa, Fabrizio Torricelli

[6] Traduit en anglais par Saraha Harding dans Niguma Lady of Illusion, Tsadra (2010).

[7] Car né, et captif dans une des six destinées.

[8]His health began to decline by the end of March, 1989, and his students begged him to seek medical attention. He agreed to be admitted to Siliguri Hospital on April 15, and although he consented to remain there for three weeks, he refused pleas to travel to France for further treatment. He returned to Sonada on May 5. According to Bokar Rinpoche, when asked how he felt, Kalu Rinpoche responded by saying,

Day-time is the cultivation of the experience of illusion.
Night-time is the cultivation of the experience of dream
.” The Treasury of Lives, Kalu Rinpoche

[9] Bla ma khyung po rnal 'byor gyi rnam thar zur. Vol, Shangpa, Ka, p. 91
sgyu ma lta bu’i chos rnams la// sgyu ma lta bur bsgom byas na// sgyu ma lta bur mngon sangs rgyas// mos gus stobs las ‘byung bar ‘gyur//

[10] "On the evening of the full moon, the dakini Niguma bestowed upon me the empowerments of Dream Yoga and Illusory Body Yoga."

"Now, a dream will come to you through my blessings," she said. Indeed, I had the following lucid dream: I went to the realm of gods and demi-gods. I was being eaten alive by large demi-gods when the dakini appeared in the sky saying, "0 son, do not wake up." At that very instant, I received the instructions on the Six Yogas. After I woke up, the dakini appeared and said, "No one else in India has ever received the Six Yogas in one session." She gave me the following teachings: three complete transmissions of the Six Yogas, the Vajra Verses on the Three Ways of Integrating the Path, the Stages of the illusory Path, etc." p. 62-63 Like An Illusion, Lives of the Shangpa Kagyu Masters, 
Nicole Riggs

[11] Blog Le flot incessant de la Nature du 6 juillet 2010.

La passage en anglais dans Like An Illusion :

"I brought the gifts into [Gampopa's] cave and explained, "Since my great Shangpa Lama has passed away, I have continued to practice. I have developed experiences and realizations of Illusory Body Yoga, Dream Yoga, and Clear Light Yoga. But I am not sure if I have all of these in their entirety." I asked Lama Gampopa, "Since my Shangpa Lama has passed away, would you please give me the instructions for the Six Yogas?" 
The Lama replied, "Your understanding of the Six Yogas is already very good. What you need now is a teaching to clear away your doubts about the view." He gave me the Eight-Line Mahamudra Teachings as well as five pointing-out instructions to lead me to certainty in the view. Lama Gampopa then said, ']\s for meditation techniques on the Six Yogas, I myself have pledged not to comment on them or on their sadhanas. Since you're empowered in Dream Yoga, however, be mindful of your dreams. You'll get instructions." 
So I went off to meditate in a small hut and stayed up until dusk saying prayers. At dawn, I dreamt that I went to Lama [Gampopa] and he taught me the Six Yogas in their entirety. As soon as I woke up from that sleep I remembered the dream and continued with the practice even in the waking state. When I went to see Gampopa, I asked, "The Six Yogas I was taught last night in the dream, are they the ultimate?" 
The Lama replied, "Most of them were complete. As for the others-the Transference of Consciousness Yoga and its related practice, Entering the Corpse Projection Yoga, you still need a little more instruction." And he gave me the final words of instruction on these. I received teachings and books from Gampopa and later from the scholar Garpa." p. 98


lundi 4 mai 2015

Le cas Len Darma Lodreu



Le traducteur glan dar ma blo gros (XI-XIIème s.)

La traduction de plusieurs œuvres capitales des textes canoniques de la lignée Shangpa est attribué au traducteur Darma Lodreu appartenant au clan de glan. Les sources hagiographiques le présentent comme un contemporain de Khyoungpo Neldyor, le fondateur de la lignée Shangpa. Toujours selon ces sources, Khyoungpo Neldyor aurait vécu 150 ans, à savoir de 978 ou 990 jusqu’à approximativement 1140. Matthew Kapstein a exposé les difficultés que présentent ces dates dans son article Chronological Conundrums in the Life of Khyung po rnal ’byor: Hagiography and Historical Time[1].

L’hagiographie de la lignée Shangpa (shangs pa bka’ brgyud bla rabs kyi rnam thar) est une compilation attribuée à Namkha Samdrub Gyaltsen (1408–1462), un étudiant de Lapchiwa Namkha Gyaltsen (1372-1437). Nous voilà au XVème siècle qui fut si riche en hagiographes. Dans ce texte nous apprenons qu’au retour d’un voyage en Inde (selon Kapstein autour de 1080), en compagnie du traducteur Darma Lodreu et de Gayādhara (encore lui), ils décident de passer à Tholing, le monastère du grand traducteur Rinchen Zangpo (958-1055), car certains de ces textes fraîchement ramenés de l’Inde s’avéraient être corrompus (tib. rul). Et ce serait ainsi à Tholing que Rinchen Zangpo et Darma Lodreu auraient révisés les textes. Kapstein suggère qu’il pourrait s’agir d’apocryphes[2]. Dans Niguma, Lady of illusion, de Sarah Harding (p. 136-137), nous apprenons que les textes corrompus révisés à Tholing avec Rinchen Zangpo, réfèrent aux vers-vajra (tib. rdo rje'i tshig rkang) de Niguma.

Certains des textes traduits ("Les cinq dharma d'or") par Darma Lodreu que l’on trouve dans le catalogue de la collection de Jamgon Kongtrul (1813 - 1899) (gdams ngag mdzod) sont :
chos drug rdo rje'i tshig rkang (11, pp 2-6)
rdo rje phag mo'i gsang ba'i sgrub pa (12, pp 285-286)
sdong po phyag chen po gwa 'u ma'i rdo rje tshig rkang (11, pp 13-15)
sems 'chi med kyi rtsa ba (11, pp 24-27)
su kha sid+d+hi'i lo rgyus rgya gzhung gsang sgrub lte ba sprul 'khor dbang chog rnams (12, pp 279-296)
yal ga 'chugs med lam khyer rnam gsum gyi rdo rje'i tshig rkang (11, pp 15-17)
ye shes kyi mkha' 'gro ni gu ma'i chos drug rdo rje'i tshig rkang (11, pp 1-27)
Le traducteur Darma Lodreu est surtout connu par son travail pour la lignée Shangpa, mais selon Schaeffer, il est également associé à Vairocanarakṣita (XIIème s.), un des maîtres de Zhang Tseundru Drakpa (1122-1193). Vairocanarakṣita était surtout connu pour son enseignement d’anthologies de distiques (dohākośa) et la traduction de quelques-unes de celles-ci.[3] Avec Vairocanarakṣita, Darma Lodreu aurait traduit une série de huit sadhāna. Et avec Dānaśīla, il aurait traduit un sadhāna de Hevajra.[4]

Il existe également une Exposition de la voie graduelle de l’illusion (māyā), attribuée à la ḍākinī Niguma, que Darma Lodreu aurait traduit avec elle, avant de la transmettre à Khyoungpo Neldyor, selon le colophon de ce texte. Il en va de même pour le commentaire de ce texte. Le « personnage ombrageux »[5] Darma Lodreu semble donc être un chaînon essentiel dans la transmission de la lignée Shangpa. Mais la transmission fut également consolidée par des visions directes de Niguma ou de Sukhasiddhi, notamment par le grand yogi tibétain Thangtong Gyalpo (thang stong rgyal po, 1385-1464 ou 1361-1485).

De nouveau, nous constatons la volonté de la part des hagiographes de « réparer » les transmissions, notamment des instructions plus ésotériques et tantriques, diffusées surtout à partir du XIIème siècle, et attribuées à des mahāsiddha indiens. Les caractéristiques de ces instructions sont le retour en force des dieux et démons, après une période de « négligence », où l’on se consacra plutôt à des pratiques contemplatives.

Gyadangpa (rgya ldang pa bde chen rdo rje) est l'auteur de l'hagiographie la plus ancienne (env. 1258-66) de Réchungpa (ras chung rdo rje grags pa 1083/4-1161), un disciple de Milarepa. Celle-ci raconte comment Réchungpa voyage avec un groupe de gens parmi lesquels figure le maître Dzogchen Kyis ston qui avait un grand nombre de disciples laïques. Quand le groupe loge dans la vallée de Katmandu, peut-être à Thamel Vihara, le maître donne une série d'enseignements sur le Dzogchen, que Réchungpa suit. Réchungpa aperçoit à cette occasion une jeune femme Newar, qui est initialement intéressée par les propos du lama, puis qui commence à s'ennuyer et ne l'écoute plus. Elle dit alors à Réchungpa que le Dzogchen est une pratique que l'on trouve uniquement parmi les yogis tibétains et que c'est une pratique erronée, car elle nie l'existence des dieux et des démons qui sont la source de tous les siddhi.

Le Népal avec son bouddhisme dit Newar, était alors devenu le premier fournisseur d’instructions siddhiques, « négligées » par le dzogchen radical (grosso modo celui du sems sde) et la mahāmudrā de Maitrīpa/Advayavajra, de certains kadampa, de Milarepa, Gampopa, Gomtshul, Gomchung, lama Zhang (jusqu’à un certain degré). La mahāmudrā de Gampopa, Pamodroupa, Zhang etc. fut cependant très populaire pendant une période, jusqu’à ce que la renaissance tibétaine changea de tendance, surtout à cause de la situation politique. On reprocha aux lignées comme celle de Gampopa de manquer des transmissions siddhiques apportées au Tibet par des maîtres tantriques comme Gayādhara (celui avec lequel tout le monde voulait être mentionné dans sa propre hagiographie). Et il fallait donc combler ce manque d’abord en se dotant d’instructions siddhiques, puis en racontant comment leur transmission à partir de mahāsiddhas indiens fut « ininterrompue ». Et ce fut la tâche des hagiographes si nombreux et si actifs pendant cette période.


***

[1] Source

[2] « Could it be that the “rot” is metaphorical, alluding to the fact that the texts in question were apocryphal works created by Khyungpo Nenjor himself and not at all the writings of his Indian masters? In fact, this is probably just what did occur, but my detailed arguments about this must be reserved for another occasion. »

[3] Dans la collection Dohā mdzod brgyad

[4] Schaeffer, Kurtis R. (2000). "The Religious Career of Vairocanavajra - a Twelfth-Century Indian Buddhist Master from Dakṣiṇa Kośala" in Journal of Indian Philosophy; vol. 28: pp. 361–384. Netherlands: Kluwer Academic Publishers. Source http://rel.as.ua.edu/pdf/schaeffervairocana.pdf

[5] « Shadowy figure » selon Kapstein