3. « Vajrasattva,
tu es la bannière de victoire indéclinable de l'approche (
āgama) de la
complétude impromptue, qui est ta propre nature.
4. Eh,
grand être (
mahāsattva), Vajramahāsattva, écoutes !
5. Être
fulgurant, c'est à toi-même
6. Que
tu révèles ta propre nature
7. Toi-même,
cela veut dire moi le pancréateur
8. Moi,
je suis la conscience éveillée dès l'origine
9. La
conscience éveillée, elle est ainsi :
10.
L'être fulgurant est l'espace universel
11.
Le vaste élément des choses (
dharmadhātu), excellent à tous
égards (
samantabhadra)
12.
Afin de libérer tous par la voie universelle de l'authenticité
13.
Ne cible (T.
dgongs) rien, ni production, ni cessation
14.
Afin de développer le sens propre de l'amour
15.
La compassion universelle n'agit pas
16.
[91] Il n'y a pas de louange pour le plus grand des grands
17.
Par des qualités aussi profondes qu'elles soient
18.
Il n'est ébranlé par aucun objectif, quel qu'il soit
19.
C'est en n'agissant pas, qu'il se dénoue dans le dénouement
20.
C'est dans l'absence d'effort que l'intuition spontanée
21.
Se dénoue et qu'elle révélé la voie du dénouement
22.
Le Bienheureux (
Bhagavān) aux éléments grossiers (
mahā-bhautika)
23.
Évolue comme la nature propre dans tous les êtres
24.
Ce n'est pas en déconstruisant les travers
25.
Mais par le dénouement spontané, pas autrement
26.
Que l'intuition universelle, difficile à trouver,
27.
Se révélé (
siddha) en appui sur le Discernement (
prajñā)
et l'Engagement (
upāya)
28.
Les noms provisoires (
nāma-mātra) ne sont qu'un semblant d'appui
29.
La liberté réelle se produit par elle-même
30.
Les prodiges (
prātihārya) universels [se produisent] sans
difficulté
31.
Toutes les qualités et les forces (
bala)
32.
Toutes les réalisations les plus subtiles
33.
Se produisent instantanément d'elles-mêmes
34.
Le fond des choses (
dharmatā), qui est sans reflet (
nirābhāsa)
35.
Se développe en le laissant [tel quel] sans le chercher
36.
En cherchant le
Cela dans un
cela
37.
Ce qui est (
Cela) ne peut pas se produire à partir d'un
cela
38.
Le fond des choses (
dharmatā) est ce qu'il y a de plus enfoui
39.
On n'entend [des sons] que par l'oreille
40.
Il en va de même pour la langue [et les goûts]
41.
Il n'y a rien que l'on puisse dire sur
Cela [pour
L'atteindre]
42.
[Même] les souffrances des êtres sont la conscience éveillée
43.
Qui, en les intégrant, s'en délecte
44.
Sans éprouver de lassitude
45.
Tout en restant égale comme les limites de l'espace
46.
Égale, quelques soient les différences
47.
En associant
Cela à un « effet » (
karma)
48.
Et en
La faisant dépendre d'un effet (
karma)
49.
cela ne peut pas être l'intuition spontanée
50.
Qui est sa propre cause, comme la matière du diamant/
foudre/vajra
51.
N'étant pas produite, elle ne peut être détruite
52.
Dès l'origine, [l'intuition spontanée] dans la conscience éveillée
53.
Est l'élément inébranlable (
akṣobhya) par toute intention
intéressée
54.
La meilleure concentration (
dhyāna)
55.
[92] Puisqu’elle est la concentration même, libre d'intention
56.
Étant une chose non pensée, non développée
57.
L'intuition apparaît [cependant] du principe discursif (
vikalpatva)
58.
C'est le nom attribué à la porte de [l'élément] subtil (
sūkṣma)
59.
En cherchant la voie de l'isolement (
viveka,
kevala) par
la conscience
60.
Et en la maîtrisant continuellement (T.
rgyud du) dans
l’isolement
61.
On développe en dernière analyse un discours (
vikalpa)…
62.
C'est attribuer un nom à un enchainement mental
63.
En éliminant à la fois actes positifs et négatifs.
64.
En disant «
Je me retire de ce monde »
65.
Et en se commettant à rejeter certains [actes] et à en accomplir
d'autres
66.
[On suit] une voie [discursive] de mots (
vacana), entre la passion et la dépassion,
67.
Au milieu (
madhyama), qui résonnent comme des échos
68.
Mais «
Les plaisirs et les peines ont une cause commune »
69.
C'est le Seigneur des êtres
,
a dit l'être (
sattva)
70.
La concupiscence, la colère et la méprise aussi
71.
Apparaissent de la voie universelle de l'éveil
72.
Et aussi les cinq expériences sensorielles continuellement sollicitées
73.
Sont appelées «
les ornements de l'élément des choses
(dharmatā) »
74.
Le concept de l'espace vide (S.
ākāśa) est non-produit
75.
Et le principe de ce concept (
kalpatva) est semblable à l'espace
76.
C'est à partir de l'accroissement de l'espace dépassionné
77.
Que se produit l'espace du meilleur bien de soi
78.
L'égalité sans discursivité est le corps spirituel (
dharmakāya)
79.
Qui est insaisissable comme le reflet de la lune dans l'eau
80.
Par le Jeu de l'Excellent à tous égards (
samantabhadra)
81.
Il se tient enfoui dans
Āli
et
Kāli
82.
Que sont
[la lettre] A et
TA et
PA qui
l'embellissent
83.
Ainsi que les éléments secondaires de prolifération
84.
C'est dans l'utilisation totale du monde
85.
Que le plus profond discours de l'Éveillé se fait jour
86.
Ce domaine de l'Éveillé est prodigieux
87.
Il n'est pas un lieu que l'on trouve en cherchant
88.
N'étant pas un objet conforme aux choses pyschosensorielles
89.
Ce serait comme un aveugle poursuivant l'espace
90.
Une voie de purification (T.
tshangs pa) progressive ascendante
91.
N'est pas conforme à des choses libres de l'agir
92.
[93] Si on s'engageait dans cette voie
93.
Elle n'aboutirait pas, tout comme l'espace n'a pas de fin
94.
C'est à cause du cela de l'instant présent
95.
Qu'en s'y appuyant (
bstan =
brtan?) on L'obtient
conformément
96.
Mais que Cela, en plus de ce coeur
97.
Puisse jaillir de cela, quel prodige !
98.
Le cela d'avant et le Cela du présent
99.
Sont universels dans le lieu de l'ainsité de[s deux]
cela
100.
Il en va de même pour la voie de cela
101.
Cela y est comme la nature de cela.
102.
La voie intégrale
est comme Cela
103.
Étant dotée du support provenant de la lune
104.
[Le support est] l'égalité foncière (
samatā) de tout (
sarva)
105.
Et ne se constitue (
siddha) pas en considérant des séparations (
pakṣya)
:
106.
[Comme] le moment de félicité (
sukha) actuel et le suivant,
107.
Un qui est présent (
pratyakṣa) et un [autre] qui sort des
coulisses...
108.
Comme ces [choses] sont des défauts de la différenciation
109.
Il ne faut pas s'y appuyer.
110.
Les trois temps sont uns, pas différents
111.
Ils se produisent originellement sans avant ni après
112.
Uns, car englobés par le corps spirituel
113.
En évoluant par nature dans le plus grand des grands
114.
Même si on transforme le triple monde
115.
Il n'est toujours que pur discours (
nāma-mātra), des reflets
illusoires
116.
Même la haute terre du Monarque universel (
cakravartin)
117.
N'est qu'une résidence (T.
bsti gnas) faite de réalité
superficielle (
māyā)
118.
Ceux qui dépendent de moments de discernement (T.
rnam pyod)
119.
Ne [La]
verront pas apparaître à ces moments-là
120.
L'accès, par la volonté, à ce dont on n'est [jamais] séparé
121.
Est dit être une caractéristique (S.
lakṣaṇa) vide [d'essence]
122.
[La vacuité/l'intuition spontanée] est une, sans aucune différenciation
(T.
rnam pa)
123.
La réintégration (
yoga) se situe sur la voie des oiseaux
dans le ciel
124.
Dans le Coeur, sans origine, ni production,
125.
Où se trouveraient les choses (
prajñaptadharma) d'un parcours
imaginaire
126.
Ce qui est extérieur et intérieur est l'intérieur de l'extériorité (T.
phyi
nyid)
127.
La part la plus enfouie n'est pas accessible
128.
Les réalités purement nominales (
nāma-mātra) de l'existence sont
des forces contraires
129.
Qui en plus éloignent de l'équilibre de l'absorption (
samādhi)
130.
[94] A ce propos, les définitions « extérieur » et
« intérieur »
131.
Se réfèrent aux groupes d'appropriations (
skandha) et aux
éléments constitutifs (
dhātu) qui sont leur nature
132.
Mais comme [Elle] ne fait jamais défaut dans les trois temps
133.
Il n'y a pas lieu de [La] définir et de lui attribuer un nom
134.
L'immuable (
avicala) est le
sceau du Corps
135.
L'inébranlable (akṣobhya) est l'intuition
136.
En ne les appropriant pas, ils n'ont pas de
Soi/propriétaire
137.
En ne les rejetant pas, ils sont l'égalité libre de discours (
vacana)
138.
Tout, par quoi que ce soit et où que ce soit
139.
La totalité des cercles (T.
kun 'khor)
, toute conduite vertueuse (
samācāra
) proviennent du Soi
140.
Dire qu'il est [un principe] masculin, ou féminin
141.
Ne serait pas un propos digne d'un roi de l'égalité
142.
Il n'est pas non plus un objet auquel associer des noms
143.
d'observances religieuses (
vrata) ou dégradées (
nikṛti)
144.
Ceux qui, en associant
A et
PA,
145.
Désirent produire une félicité superficielle
146.
N'établiront pas (
aniści) [ainsi] la nature unique
147.
Et verront apparaître [conformément] ce qu'ils contempleront
148.
Dans la félicité dont la manifestation est désirée
149.
L'obnubilation de
Cela par
cela est un
grand défaut
150.
La porte de tous les
facteurs de l'éveil (
bodhyaṅgāni)
151.
Passe par la pratique d'activités/attributs (
veṣa), qui sont
comme des reflets de la lune dans l'eau
152.
Même en se produisant sans traces (T.
ma gos) et dépassionnément
153.
Les méditations (
bhāvanā) sont comme des jeux d'enfants
154.
En adoptant le cercle divin (
maṇḍala), avec le visage renfrogné (
bhrūkuṭi)
et les attributs,
155.
Soit le corps du Grand Courroucé (T.
khro bdag chen po)
156.
Et en manifestant effectivement les syllabes (= un discours)
157.
On ne verra pas pour autant le principe quiescent (T.
zhi ba de nyid
S.
śāntatā).
158.
Même si, par la force des passions
159.
On coupait le haut d'un palmier,
160.
Et qu'on brûlait les graines (
bīja) dans le feu
,
161.
On ne tomberait pas sous leur emprise, c'est ce qui est enseigné.
162.
En le faisant même plus de 100.000 fois
163.
Seule la non-discursivité (T.
mi rtog)
164.
Par la force de l'absence de caractéristiques (
animitta)
165.
Rien ne se produirait de ce lieu d'origine (T.
bsti gnas)
166.
Toute fixation du yogi dans cet état libre de discours
167.
Est [la restauration de]
l'âge d'or (T.
bskal pa bzang po)
168.
[95] Sans distinguer entre le souci de soi et de l'autre
169.
[Ce yogi] utilise librement (
līlā) le déploiement impromptu
illusoire (
māyā)
170.
Qui se consomme entièrement sans laisser de restes
171.
Il est immuable et reste droit
172.
Aux extrêmes égales (
samānta)
comme l'espace
173.
Il n'y a pas de chose dont la transformation dépend d'une autre
174.
Cette liberté universelle est impromptue
175.
C'est en tant que force inhérente de l'intuition sans pareil
176.
Qu'elle est reconnue
177.
Il n'y a pas de choses qui se produisent autrement
178.
C'est à la fois facile et difficile, difficile car [trop] facile
179.
Le visible (
pratyakṣa), ne se fondant sur rien, pénètre partout
180.
Ce n'est pas en le révélant comme une réalité nominale (
nāma-mātra)
« ceci »
181.
Que l'être fulgurant (
vajrasattva) peut être désigné
182.
Ce Jeu merveilleux et prodigieux
183.
Évolue à l'écart de l'agir comme l'espace
184.
En ne les saisissant pas (S.
anupalabdha), ce n'est pas de
l'égarement (
moha),
185.
Mais d'elles-mêmes, que [les choses] se produisent instantanément
186.
Cette voie où toute est égale
187.
Évolue comme la nature propre dans tous les êtres
188. Les gens non-instruits sont induits en erreur par les altérations [de la nature],
189.
Comme un remède ne peut être trouvé que par un médecin [instruit]
190.
L'objet à comprendre est la liberté universelle (
mahāsukha)
191.
Elle est la création pure (
śuddha)
192.
Où les lumières des quartiers (
diśam) sont contenues
193.
[Ensuite] les quatre directions cardinales (
catur-diśam) et
intermédiaires se concrétisent, ainsi que le haut et le bas
194.
A partir des couleurs de l'arc-en-ciel, indéfini (=variable)
195.
Se manifestent les différentes Familles (
gotra, kula)
196.
[La création pure] est universellement primordiale (T.
gtso chen)
par rapport aux atomes mobiles (T.
g.yo rdul)
et les inertes
197.
Cinq éléments
198.
[Elle] ne se fonde pas sur le passé, l'avenir, le présent
199.
Et [autres] noms et réalités nominales (
vyavahāra)
200.
En spéculant (T.
rnam brtags S.
vikalpita) sur l'absence
d'apparition-disparition.
201.
Elle est le principe de manifestation (
tattva) qui évolue dans
l'immensité (T.
chen po) des trois temps
202.
Restant égale à elle-même, elle ne s'édifie pas par degrés
203.
[96] Étant une, elle ne se transforme (T.
bsngo) pas en parties
204.
Même si les ornements
de son assemblage se répandent
205.
Sa nature demeure sans bouger
206.
Ne se transformant pas car impromptue
207.
Et primordialement pure, elle est le sans-mort (
amṛta)
208.
Ce n'est pas en tant que les différences des douze bases sensorielles (
āyatana)
209.
Qu'Elle peut être saisie à volonté (
adhyāśaya)
210.
Elle est détentrice de qualités par le biais de ses conceptions mentales
211.
Mais en regardant [ de près] ce qui est assemblé se répand
212.
Puisque la voir est l'accomplissement (
siddhi)
213.
L'état d'égalité à travers les degrés de manifestation (
tattva)
est la complétude
214.
La moindre saisie d'elle est une connexion (
prayoga)
215.
En suscitant la joie (
priya-kārin) elle est un
engagement/rendez-vous/rencontre (
samaya)
216.
En pas-de-deux avec la Méthode, elle est le moteur (
bskyod pa) [de tout]
217.
L'union non-duelle est une offrande
218.
En la donnant sans la retenir c'est la torma (S.
bali)
219.
Ce sont les actes rituels (
karma) du non-agir
220.
L'intuition non-discursive (
nirvikalpajñāna) chasse (
vinīya)
les obstacles (
vighna)
221.
L'absorption (S.
samāhita, P.
samāpatti) dans le silence
(T.
mi gsung) est le discours (
vacana) des
mantras222.
Le culte du maître (
gurupūjā), l'abandon à lui (
anupradāna,
āvarjana),
223.
Ainsi que tout acte méritoire (
puṇya),
224.
Sans la force de la dépassion et de l'immuable
225.
Même en les pratiquant, ils seront une cause d'asservissement général
226.
En outre, dans toutes les traditions (
āgama) diverses,
227.
En appliquant
cela à
Cela, on l'obnubile
228.
Aussi, en imaginant
cela au sujet de
Cela
229.
Le degré de manifestation (
tattva =
Cela) ne se
concrétisera pas en
cela.
»
Fin du discours.