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mardi 22 novembre 2016

Marier Ciel et Terre, encore et toujours ?


Shiva portant Sati sur son trident (app. 1800), Los Angeles County Museum of Art

Les différentes formes d’ésotérisme enseignent la consubstantialité du Ciel et de la Terre, du macrocosme et du microcosme, que ce qui se trouve dans le Ciel se trouve sur la Terre, et le corps divin (la gnose autoengendrée) dans le corps humain. Les diverses initiations, consécrations et mystères ont pour but d’imprimer la carte Céleste sur le territoire Terrestre.

Cela passe par un marquage du territoire, d’abord mythologique puis symbolique. En Inde, nous avons le Brahmāṇḍa Purāṇa qui raconte l’origine des lieux énergétiques (sct. śakti pīṭha) en Inde.
« L'origine de Bhairava remonte à l'histoire de Dakshayani ou Satī, la femme de Shiva. Sati, fille du roi des dieux Daksha, avait décidé d'épouser Shiva contre l'avis de son père, qui voyait en lui un ascète, qu'il associait aux animaux et aux démons. Un jour, Daksha organisa un sacrifice rituel yagna, auquel il invita tous les dieux, sauf Sati et Shiva. Sati vint seule au yagna, où Daksha parla ouvertement de Shiva avec mépris. Sati, ne supportant pas d'entendre son mari insulté, se jeta dans le feu sacrificiel. Quand Shiva l'apprit, il sema la destruction dans le yagna, tua Daksha et le décapita. Puis, il prit le corps de Sati sur ses épaules et fit le tour du monde en courant éperdument pendant des jours. Comme cela risquait de détruire le monde, Vishnu, le troisième dieu de la trinité, découpa avec son chakra (disque divin) le corps de Sati en morceaux qui tombèrent épars. Les lieux où ces morceaux sont tombés s'appellent les Shakti Peetha. Shiva prit la forme de l'effrayant Bhairava pour monter la garde autour de ces lieux. » (source Wikipédia).

Śiva, l’Homme, le Puruṣa, la Conscience, le Ciel imprime sa volonté sur la Śakti, La femme, la Prakṛti, La Matière, la Terre. La Carte est imprimée sur le Territoire par le démembrement (réorganisation) de la Femme.

Carte du Tibet, la démone ogresse couchée sur le dos

Il en va de même pour le territoire du Tibet, qui avait besoin d’être dompté/réorganisé. Nous retrouvons le même type de symboles. Le Territoire est une déesse/démone (sct. rākṣasa tib. srin mo), sur lequel doivent être édifiés des monuments symboliques (phalliques), comme autant de clous pour clouer la démone et la fixer sur la Terre. Ici aussi, c’est le Ciel, par l’intermédiaire de ses représentants mâles, qui imprime sa volonté sur la Terre.

Srinmo du Tibet (illustration des archives d'Erwan Temple)

Les 24 haut-lieux qui marquent le Territoire shivaïte permettent d’y installer le culte de Śiva, qui consiste en cérémonies d’offrandes, pèlerinages etc. Il en va de même des monuments symboliques sur le Territoire tibétain. Ces haut-lieux sont protégés par des Dharmapalas et des protecteurs de champs (sct. kṣetrapala) qui surveillent et maintiennent le culte. Après le marquage de l’espace, il faut marquer le temps à l’aide d’un calendrier qui fixe les dates cultuelles, en fonction de la position des astres/dieux dans le Ciel. Les cérémonies ont pour but de réactualiser le culte, en « remerciant » les gardiens du culte et leurs sbires de leurs services rendus et en le demandant de continuer etc.

Tout cela concerne plutôt le culte extérieur du « Ciel », qui emprunte au cérémonial impérial pour sa liturgie, et qui utilise une grande richesse ornementale pour tous les sens, afin de "soulever de grands élans de piété". L’ésotérisme est initialement destiné à un cercle plus restreint d’initiés. Les mystères leur donnent la possibilité de devenir les pareils des dieux, par une intériorisation du culte, qui est le mariage du Ciel et de la Terre, du macrocosme et du microcosme. Il s’agit d’imprimer la carte du Ciel sur le Territoire du corps (« pratiquer » tib. sgrub pa), autrement dit de diviniser et rendre immortel le corps, qui est en fait un corps divin en puissance, ou un corps divin depuis toujours. Celui qui réussit est un siddha (tib. grub thob). Quand la Carte a été imprimée avec succès (sct. siddhi) sur le Territoire, c’est le Ciel qui prend la relève et c’est le dieu qui est dans le siège conducteur (théopathie).

Lors des mystères, les 24 haut-lieux cultuels et les êtres surnaturels qui les fréquentent sont imprimés à l’intérieur du corps-territoire, qui devient un corps divin, un objet de culte, indifférencié de son original macrocosmique. Le Cakrasaṁvara Tantra est une version ésotérique bouddhiste calquée sur la version shivaïte.
« En réaction à [la prise de contrôle des 24 lieux par Bhairava et sa compagne Kalaratri], Mahavajradhara et sa suite se manifestèrent dans le monde sous une forme Śaiva. Ils subjugèrent les divinités hindoues et prirent contrôle de leurs lieux de culte. Ainsi, ils établirent le maṇḍala de Cakrasamvara sur la terre et ils y résidèrent depuis, sous des formes occultes, accessibles aux fidèles. » (Davidson 1991; David B. Gray 2007, pp. 44–54)
Le tantra enseigne aussi la prise de contrôle du « Territoire intérieure ».

En théorie, le bouddhisme ésotérique est initialement apparu comme une partie intégrale du mahāyāna, pour doter celui-ci d’expédients (sct. upāya). Notamment des expédients existants dans d’autres traditions, populaires parmi les classes privilégiées. Fort de son succès, le bouddhisme ésotérique est devenu mainstream dans certains pays. Officiellement, il est toujours une partie du bouddhisme mahāyāna, mais dans la pratique il est devenu la forme privilégiée et dominante du bouddhisme au Tibet. C’est évidemment aux Tibétains de décider de sa pertinence pour eux.

Et c’est aux bouddhistes occidentaux de décider de la pertinence d’imprimer ces Cartes sur leurs Territoires extérieurs et intérieurs respectifs. Ces cultes, qui, officiellement servent toujours d’expédients (sct. upāya), véhiculent des contenus et des images, qui ne sont pas sans impact. Ils marquent le Territoire intérieur, c’est leur rôle. Les images nous conditionnent (Lakoff etc.).

Est-il toujours pertinent de penser en termes dualistes anciens comme Ciel et Terre, l’Esprit et la Matière, l’Homme et la Femme ? Est-il toujours pertinent de considérer que les astres sont des dieux, et de faire comme si nous en sommes toujours à sept ou neuf astres/dieux à influencer notre destin ? Comme si la science s’était arrêtée au moment où les diverses Révélations furent fixées par écrit une fois pour toutes. Est-il toujours pertinent d’employer un « cérémonial impérial » et féodal dans notre façon d’aborder le Ciel, ses représentations et ses représentants ? Quelle que soit la nécessité des cultes divins, n’existe-t-il pas d’autres façons d’obtenir le même type de résultats ? Notamment dans le bouddhisme, où le Bouddha pāli avait enseigné l’accès au Lieu de Brahma (brahmavihāra), par le développement des qualités habituellement attribuées à Brahma. Vous voulez devenir le pareil de Brahma ? demande-t-il aux jeunes brahmanes, devenez son pareil en développant ses qualités leur répond-il. La bienveillance (maitrī), la compassion (karuṇā), la joie altruiste (muditā) et l’équanimité (upekṣā).

Je suis en train de travailler à la traduction d’une série de textes du XIIème siècle ou avant, où le bouddhisme sur le sol tibétain n’était pas encore complètement sous la domination ésotérique, où les expédients n’avaient pas encore pris le dessus sur les qualités à développer, et où la sagesse était encore sage et non folle. Cela ne veut pas dire évidemment qu’une bonne pratique des expédients n’est pas possible. Mais si les expédients mentionnés ci-dessus avaient leur raison d’être dans l’époque où ils étaient apparus, il n’est pas certain que ce soit toujours le cas. Des grands maîtres tibétains ont déjà suggéré qu’il faut peut-être changer de cap, ne serait-ce qu’en occident. Le XVIe Karmapa Rangjoung Rigpai Dorjé (1924-1981) estimait que de toutes les méditations, la Mahāmudrā serait la plus profitable aux Occidentaux, parce qu’elle approche directement la conscience et que de ce fait elle est accessible à toutes les cultures. Quand le Dzogchen est enseigné aux Occidentaux, on en reste souvent au premier stade, plus « space » et plus cool. Ses citations se prêtent parfaitement au format Facebook affichées sur un joli arrière-fond de ciel bleu vide. Au deuxième stade de Dzogchen ce ciel sera bondé d’êtres surnaturels exigeants. C’est ce qu’il faut pour marier le Ciel et la Terre.

vendredi 29 novembre 2013

Marier ciel et terre



Ciel et terre se rapportent l’un à l’autre comme une lumière et son reflet dans un miroir. Le reflet étant indissociable de la lumière.
« Seulement lorsque les hommes seront capables d’enrouler le ciel comme un parchemin, verra-t-on alors la fin de leurs misères sans qu’ils aient besoin de réaliser la Divinité. » [Śvetāśvatara Upaniṣad, 6, 20][1] (trad. Martine Buttex)
Si l’espace - qui contient ciel et terre - était comme un morceau de cuir, en le pliant, le ciel et la terre (lumière et reflet), la carte et le territoire, seraient réunis en collant exactement l’un contre l’autre.

Dans le texte gnostique Ecrit sans titre (NH II, 5 ; XIII, 2), au commencement, le chaos n’était pas, du moins il n’était pas seul. Le chaos, qui est ténèbre, y est une ombre. Et qui dit ombre, dit lumière. L’ombre dépend donc de la lumière. Ensuite c’est le désir de Sagesse qui se déploie comme le ciel, mais « l’éon de vérité ne produit pas d’ombre au dehors, car la lumière incommensurable est partout en lui. Son dehors, en revanche, est ombre ; c’est pourquoi on l’a appelé ‘ténèbre’. »

« Or cette ombre, les puissances qui sont venues après, l’ont appelé ‘le chaos sans limite’. De ce dernier, toute race de dieux a germé. » A la Lumière sans limite correspond donc une ombre sans limite. Tout comme Brahma pensa être le premier, les dieux apparus après l’apparition de l’ombre, n’ont connu que celle-ci et la pensent primordiale. Mais l’ombre est au dehors, la Lumière au-dedans.

La Lumière est sans division ni différenciation, mais tout ce qui est dans la Lumière a son équivalent (déformé) dans les ténèbres. Les reflets (T. ma dag pa) dans le miroir métaphorique correspondent donc à des lumières (« anges », « époux ») dans le plérôme (T. dag pa). En pliant l’espace en deux, les deux moitiés, reflets et lumières, terre et ciel, devraient se réunir en se collant l'une à l'autre.

Mais dans un cadre narratif théiste, ce qui est en haut n’est pas connu par ce qui est en bas, à cause de l’ombre. Un Sauveur est alors envoyé des cieux, pour enseigner ce qui est en haut. Il doit pour cela envelopper son corps de lumière d’ombre (les quatre éléments). Dans le sens inverse, il devrait quitter son corps d’ombre pour retrouver son corps de lumière. Ceux d’en bas, en apprenant les images de ce qui est en haut, pourront grâce aux images enseignées et à la sympathie qui les réunie aux lumières (anges) d’en haut, connaître ce qui est en haut. La sympathie est ce qui lie une image à sa lumière d’origine. Elle est ce qui fait « plier le parchemin de l’espace », ou encore le pli où haut et bas se rejoignent. « Il faut vraiment naître à nouveau par l’image. [ ] C’est par l’image qu’ils doivent pénétrer dans la vérité. C’est cela la restauration » dit l’Évangile selon Philippe.[2]

Les « images » qui sauvent, car reliées par la sympathie aux lumières dont elles sont originaires, sont alors transmises dans des mystères auxquels sont initiés les élus (T. skal ldan). En se saisissant de ces images, on pourrait alors réintégrer les lumières originaires. Voir aussi la notion de la Base et des reflets dans la tradition du dzogchen.

Quand nous lisons des textes anciens, comme le sont les textes bouddhistes, nous pouvons prendre les métaphores en les comprenant selon le sens qu’elles ont à notre époque. Un miroir est alors un simple miroir, qui reflète ce qui s’y trouve devant, tel qu’il est. Le « tel qu’il est » peut alors être pris pour la chose devant le miroir correctement perçue par les sens et correctement conçue par le mental sans quelle soit déformée par les rémancences (vāsāna) ou les schémas habituels (samskāra). Mais dans les formes plus ésotériques et théistes du bouddhisme, le « tel qu’il est » correspond à l’aspect authentique (T. dag pa S. śuddha) d’une chose, et il s’agit alors de son aspect céleste ou « de gnose ».

Toute pratique ésotérique d’une divinité explique le symbolisme des éléments médités. « Le mot « symbole » est issu du grec ancien sumbolon (σύμβολον), qui dérive du verbe sumbalein (symballein) (de syn-, avec, et -ballein, jeter) signifiant « mettre ensemble », « joindre », « comparer », « échanger », « se rencontrer », « expliquer » » Dans le symbole sont alors joints l’image (T. ma dag pa) qui représente « l’objet réel » et cet « objet réel » même (T. dag pa, don), le signifiant et le signifié. Le bouddhisme ésotérique a pour objet de « transformer » (T. bsgyur lam) le terrestre (T. ma dag pa) en céleste (T. dag pa). Et cela, en se remémorant continuellement l’aspect céleste (T. dag pa dran pa), jusqu’à ce que l’on ait « la vision pure » (T. dag snang).

La personne qui réussit cet exploit aurait alors « plié le parchemin » et tout acte terrestre intégrera son pendant céleste. Comment est-ce possible ? Par la sympathie universelle, comme expliqué dans un billet précédent. « Les enfants qu’engendrera la femme ressemblent à celui qu’elle aime. » C’est-à-dire, que même si elle fait l’amour avec son mari, si elle pense à un amant (à travers l’image), les enfants ressembleront à l’amant (par l’image).

Le mot dag pa signifie « correct, authentique, juste » (T. yang dag S. samyak) dans le contexte général (scolastique) du mahāyāna, mais dans le contexte ésotérique il renvoie souvent à une réalité céleste. En quoi, les « mondes purs » (T. dag pa'i zhing khams) sont-ils « purs » ? En ce qu’ils sont des mondes célestes, de l’autre côté du pli, dans le plérôme. Nous sommes toujours dans la dualité, et c’est à se poser la question si l’approche théiste (mono-, poly-, pan-,…) permet réellement de sortir de la dualité, car il est difficile de voir comment elle pourrait se défaire de l’opposition pure et impure (esprit – matière) sans perdre son âme. 

Une autre métaphore qui demande à être interprétée est celle de « l’espace ». Modernes comme nous sommes, nous pensons à l’espace, une immensité spacieuse, une liberté… Mais, il serait plus approprié de traduire par « éther », l’élément espace, afin de s’approcher davantage du sens que ce mot avait à l’époque des textes bouddhistes que nous lisons. Tout comme l’éther s’étend, mais surtout pénètre (et anime), tout, la nature de bouddha imprègne tous les êtres. C’est en cela que l’esprit est semblable à l’éther. Sinon, on aurait pu prendre n’importe quel autre élément que l’on trouve également – en tant qu’élément - partout ici bas. Contrairement aux autres éléments inertes, l’éther est « la substance ou la manifestation matérielle du principe qui l'anime ». Cette part active qui anime est proprement divin. De toute façon, quand on parle des quatre ou cinq éléments, on s’inscrit forcément dans le cadre narratif d’où ils sont issus, et ce cadre est théiste.

***

[1] David Dubois traduit : « Quand les hommes seront capable de plier l'espace comme un morceau de cuir, alors seulement le mal-être pourra être guérir sans que l'on connaisse d'abord le Maître ».

[2] Évangile selon Philippe, Écrits gnostiques, p. 360

mardi 20 août 2013

Décalages en série


Extrait du "Crabe-tambour" de Pierre Schoendoerffer

La Nature, ou l’Univers, fut souvent pensée en deux parties, le ciel et la terre. Tout comme l’humain, quand il est divisé en un corps et une âme. C’est à partir de Descartes, qu’on utilisera plutôt « esprit », mais cet esprit garde toujours de nombreuses caractéristiques de l’âme. De nos jours, on peut même dire conscience tout en gardant l’essentiel de l’âme. Les deux sont souvent interchangeables. Le ciel est l’âme ou l’esprit de la Nature, « la terre » est son corps.

Le ciel est la voûte céleste qui repose sur les quatre coins de la terre, gardés par des anges, des rois etc. La voûte céleste (S. div) est parsemée de corps célestes qui brillent, des êtres lumineux (S. deva). Ils sont immortels, car ils réapparaissent continuellement, pareils à eux-même, contrairement à tout ce qui naît et meurt sur la terre.
« Tous les corps célestes se montrent perpétuellement les mêmes avec leurs grosseurs, leurs couleurs, leurs mêmes diamètres, leurs rapports de distance, si l’on en excepte les planètes ou les astres mobiles : leur nombre ne s’accroît ni ne diminue. »
Dans cette opposition d’aspects, il y a en un qui est considéré immobile et éternel et la cause des naissances et morts de l’autre. Tel le macrocosme, tel le microcosme : l’humain. Pour Platon et d’autres, l’âme est le principe qui se meut lui-même et qui fait se mouvoir les éléments. L’âme est divine, c’est-à-dire immortelle. Elle est en cela le contraire du corps qui est mortel.

Comment, en essayant de penser, faire abstraction de ce qui se passe au-dessus de nos têtes, ou de ce qu’on imagine de ce qui s’y passe ? Si on pense avec des images, comment faire abstraction d’elles ? La conception de la division ciel-terre semble avoir influé celle de notre âme-corps ou esprit-corps. Il y une analogie entre le ciel et l’âme et entre la terre et le corps. Le ciel et l’âme sont de la même nature : immortelle, éternelle…divine.

Les religions sont des cultes de l’éternel, du ciel, des dieux, des astres, des êtres lumineux (deva). Souvent, les religions sont des révélations. La révélation se situe dans le passé. Cette révélation se transmet, dans le cadre d’une orthodoxie et d’une orthopraxie, pour garantir son authenticité. Si la révélation reflète le ciel tel qu’il était au moment de la révélation, il reflète aussi l’état de la connaissance du ciel d’une certaine époque historique. La connaissance du ciel du passé était la science des astres, à la fois astronomie et astrologie, une science qui servait la religion (et par là l’agriculture) et l’aidait à établir ses calendriers. Le calendrier avait principalement pour fonction d’indiquer les jours fastes ou les jours de culte de tel ou tel dieu (astre) ou autre être céleste.

Le ciel des grandes religions, comme veut le prouver Dupuis, est celui des égyptiens ou des babyloniens. Un ciel qui compte sept sphères, huit en comptant la sphère qui les englobe. Les révélations passant par des traditions jalouses, elles ont peu bougé. D’autres grands êtres lumineux furent découverts, mais l’essentiel des révélations resta inchangé. D’autant plus que les origines célestes des religions s’oublièrent avec les années. Les premières religions étaient des cultes de la Nature, notamment des cultes du soleil, qui apporte la lumière et la chaleur.

A cause du phénomène de la précession des équinoxes, le soleil traverse 6 maisons du zodiaque en l'espace de 12 960 ans (la durée d'un demi-cycle précessionnel). A l’époque éloignée de l’origine des révélations, le Taureau (« qui prêtait ses formes au soleil équinoxial printanier ou à Osiris ») était le signe qui répondait à l’équinoxe du printemps[1]. Ce point se déplaça, à reculons, dans le Bélier/Agneau vers l'an 2000 av. J.-C., marquant la fin de l'ère astrologique du Taureau, etc.[2]

Une tradition qui suit fidèlement la révélation qui reflète le ciel d’une certaine époque, se trouverait donc en décalage par rapport au ciel réel de l’époque actuelle. En suivant le calendrier d’une autre époque, il se peut que les jours de culte de certains dieux, soient des jours où ces être lumineux/dieux sont absents... C’est en ne prenant pas compte du phénomène de la précession des équinoxes, que les calendriers tibétains qui se basent sur le Kālacraka Tantra, ont d'ailleurs dû être sans cesse réformés.

C’est une allégorie en soi, qu’en suivant le plus fidèlement du monde une révélation ou une tradition, on finit par se trouver en décalage par rapport à la réalité, qui elle n’a pas cessée de changer, voire progresser.

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Illustration : Fragment du Crabe-tambour de Pierre Schœndœrffer

[1] Dupuis, Abrégé de l'origine de tous les cultes, Chapitre VI. — Explication des voyages d’Isis ou de la Lune, honorée sous ce nom en Égypte.

[2] Wikipedia