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mardi 5 décembre 2017

Concurrence, relations publiques, gestion d'image et spin doctors pendant la renaissance tibétaine



J’aimerai revenir sur le personnage obscur et étrange qu’est le scribe Gayadhara, le maître indien (arrivé la première fois au Tibet en 1041) qui aurait joué un rôle essentiel dans la transmission tibétaine du Lamdré (lam ‘bras, doctrine principale de l’école sakyapa) pendant la renaissance tibétaine. Gayadhara aurait reçu le cycle Lamdré du mahāsiddha Virūpa, qui l’avait à son tour reçu de la déesse Nairātmyā, tout comme Nāropa aurait reçu le cycle de la Mahāmudrā tantrique (transmission aurale) de Tailopa, qui l’avait à son tour reçu de la Vajraḍākinī (avec Vajradhara comme source ultime). Selon les hagiographes, ces instructions furent transmises en Inde par le biais d’une lignée d’un maître à un seul disciple (gcig brgyud) pendant cinq générations, ce qui doit expliquer à la fois sa confidentialité et sa rareté. Drokmi Lotsawa aurait demandé à son tour le monopole de cette instruction pour le Tibet, ce que Gayadhara accorda, mais il aurait par la suite transmis le cycle aussi à Zurpoché Shakya Dyoungné (zur po che shAkya 'byung gnas 1002-) en échange de beaucoup d'or. La caste des scribes a la réputation d’être fourbe… N'oublions pas que la plus grande partie de ces transmissions furent composées à Sakya au XIIème siècle, et que Pamodroukpa (1110-1170) faisait initialement partie de l'équipe des auteurs travaillant sur ce projet sous la direction des gestionnaires de lignée Sachen Kunga Nyingpo (1092-1158) et Jetsun Drakpa Gyaltsen (1147–1216).

Les hagiographies racontent aussi que Gayadhara se serait fait passer pour Maitrīpa/Advayavajra, jusqu'à ce qu'il soit finalement démasqué. En abordant les hagiographies comme sources historiques, il vaut mieux être conscient de leurs agendas divers, et se demander toujours, qui dit quoi et pour quelle raison. Que veut-on dire et/ou cacher par la même occasion ? Il vaut mieux alors ne pas se laisser éblouir par le contenu des anecdotes et essayer de les lire comme un hagiographe. La soif d’or de Gayadhara par exemple, qui serait responsable de sa fourberie, qui aurait eu pour conséquence une double transmission. Cela peut cacher et montrer le fait que deux lignées se réclament de Gayadhara comme source authentique. Le fait que Gayadhara se serait fait passer pour Maitrīpa/Advayavajra, en laissant de côté le contenu des anecdotes concernées, pourrait être une explication imaginée pour le fait qu’il aurait signé des textes sous un autre nom.

Un des noms de Maitrīpa/Advayavajra est Advaya-avadhūta. Se pourrait-il que certains textes attribués à « Avadhūtipa » soient en fait des textes de Gayadhara, ou de Gayadhara voulant se faire passer pour Advayavajra, quelles qu’en soient les raisons ? Ce qui est certain c’est que les diverses hagiographies font état de problèmes ou de conflits autour de certaines transmissions (attributions) venant de l’Inde. Ces conflits impliquent Gayadhara, Drokmi lotsawa, Zurpoché, et Go-lotsawa Khukpa Lhetse, le traducteur du Guhyasamaja. Gayadhara aurait transmis le même cycle (Lamdré) à deux individus (Drokmi et Zurpoché), et se serait fait passer pour Maitrīpa/Advayavajra face à Go-lotsawa Khukpa Lhetse.

Il n’y a aucun moyen pour savoir s’il y a une quelconque réalité dans ces faits, ou s’il s’agit purement de batailles hagiographiques. Mais dans les hagiographies des petits détails insolites de ce genre peuvent avoir leur intérêt et pointer vers quelque chose. Quelle transmission est plus "authentique" ? La première (Drokmi) ou la deuxième (Zurpoché) ? Aucune ? Que vaut la transmission reçue par Go-lotsawa Khukpa Lhetse si celui dont il pensait la recevoir n’est pas Maitrīpa/Advayavajra ? L’enjeu hagiographique est peut-être de décrédibiliser l’authenticité lignagère/la version hagiographique de l’autre. Les hagiographes de la renaissance tibétaine agissent quelquefois en véritables avocats spécialisés en droit intellectuel.

Revenons à Avadhūtipa. J’essaie de me mettre à la place d’un hagiographe-avocat. Quel pourrait être l’intérêt de faire croire à un traducteur tibétain (Go-lotsawa Khukpa Lhetse) que l’on est Maitrīpa/Advayavajra ? Décrédibiliser la transmission reçue pourrait être profitable à une lignée concurrente. Mais quel pourrait être l’intérêt de Gayadhara ? Recevoir encore de l’or ? Transmettre des instructions de teneur différente, que Go-lotsawa Khukpa Lhetse n’aurait pas acceptées si elles ne venaient pas de Maitrīpa/Advayavajra ? Plus tantriques (upāya) qu'essentielles (prajñā) ?

Supposons qu’Avadhūtipa soit en effet un nom de plume de Gayadhara le scribe. Il existe un texte sous le nom Avadhūtipa que l’on croit être une composition de Maitrīpa/Advayavajra [1] : Les six qualités du recueillement (dhyānaṣaḍdharmavyavasthāna, bsam gtan gyi chos drug rnam par gzhag pa DG 3926, Toh 4532), traduit en tibétain par Dharmaśrībhadra et Rin chen bzang po (958-1055).
Mais on trouve aussi un autre Avadhūtipa  (tib. bsod nyoms pa) (Painḍapātika) le majeur, qui est présenté, comme un disciple de Virūpa (AB p. 390). Avadhūtipa le majeur aurait reçu un cycle de Vajravārahī (Phag mo gzhung drug [2]) de Virūpa, que ce dernier aurait reçu de Lakṣmīṅkārā d’Oḍḍiyāna. Ce cycle fut passé à un certain siddha indien du nom de lDong ngar ba, qui le transmit à Avadhūtipa le mineur (alias Jinadatta, tib. rgyal bas byin). Avadhūtipa le mineur partit pour le Népal, où il fut accueilli par le clan Bhāro de Kathmandou. C’est chez le clan Bhāro qu’Avadhūtipa le mineur rencontra Devākaracandra alias Śūnyatāsamādhi(vajra), membre d’une famille noble népalaise (AB, p. 392). Avadhūtipa le mineur devint le prêtre domestique (tib. mchod gnas) du clan Bhāro. (AB p. 393). Mahe Bhāro et Devākaracandra, qui venait tout juste de rentrer d’un voyage à Vikramaśīla [3], reçurent de lui le cycle de Vajravārahī. Devākaracandra demanda à Avadhūtipa le mineur, de rédiger les textes associés : zhal gnyis ma che ba (śrī Tattva-jñānasiddhi, TG 1551), Don grub ma che ba (Sarvārthasiddhi-sādhana-nāma, TG 1552) [4] ainsi que rituel de Homa/sByin bsreg (Śrī-Vajrayoginī-homavidhi), TG 1556), mais Avadhūtipa le mineur refusa [5]. Les deux premiers textes seraient composés ultérieurement par Devākaracandra, contre la volonté d’Avadhūtipa le mineur. Les voies des hagiographes sont impénétrables… Avadhūtipa le mineur donna une nouvelle fois le cycle entier de Vajravārahī, avec l’aide de cinq jeunes filles, à Mahe Bhāro, Ha mu dkar po et Buddhadatta, en échange de 500 onces d’or (tib. srangs). Et si Avadhūtipa le mineur était Gayadhara, et Devākaracandra/ Śūnyatāsamādhi un disciple de ce dernier ? Simple question qui surgit instamment.

Le compte-rendu du cycle de Vajravārahī dans les Annales Bleus continue et contient des éléments hagiographiques intéressants, car potentiellement révélateurs. Gö Lotsāwa avait terminé la composition de son œuvre en 1476. Le compte-rendu est extrêmement riche en détails, ce qui pour moi indique souvent une source tardive, surtout si elle est loquace comme c’est le cas ici. Methinks the lady doth protest too much.

Vikramaśīla, le monastère dont Atiśa était parti en 1041, semblait inopérationnel à l’époque de la visite de Devākaracandra ; il n’y avait plus suffisamment de moines pour en ordonner des nouveaux. Devākaracandra doit rentrer bredouille. Le monastère aurait été détruit par les troupes de Muhammad bin Bakhtiyar Khilji en 1205 [6]. Le dernier abbé, Śākyaśrībhadra (mort en 1225), partit au Cachemire puis au Tibet. À moins que Śākyaśrībhadra ne fut l’abbé du monastère de Nālanda… Les versions diffèrent. Mais ceci est surtout important pour essayer de situer une époque qui correspondrait mieux aux événements et aux protagonistes avancés dans les hagiographies.

Avadhūtipa le mineur fut le prêtre domestique du clan Newar Bharo. Le grand-père d’Asu le Newar fut également prêtre domestique du clan Bharo. Pourrait-il y avoir un lien entre les deux ? Le clan Bharo faisait de la prospection d’or au Tibet. Au XIIIe siècle, Bharo gTsugs ‘dzin, né à Yam bu ba (ou Yam bu, Kantipur ou Kathmandou) au Népal, se rendait au Tibet pour chercher de l’or. Il y rencontra Guru Chos dbang ou Chos kyi dbang phyug (1212- 1269/1270), un des cinq rois révélateurs (tib. gTer ston rgyal po), qui devint son gourou. C’est aussi au clan de Bharo qu’appartenait le maître Bharo le manchot (tib. bha ro phyag rdum), ou Bharo paṇḍīta, que le yogi Cornu (tib. rwa ru can) mentionne à Kor Nirūpa. Nous entrons ici sur un terrain très glissant car tout ce qui concerne Kor Nirūpa est plus que suspect [7]. Ce serait aussi de ce maître manchot que Ralo (Rwa lo tsā ba rdo rje grags, né en 1016 et décédé après 1076) avait reçu les initiations et les instructions du cycle Vajrabhairava. Dans sa Chronique de maîtres indiens, le sakyapa Drakpa Gyaltsen (grags pa rgyal mtshan 1147–1216) mentionne un maître du nom de Bhāro Haṃ thung alias Śāntabhadra, auprès de qui Drokmi (992-1072/1074), le fondateur de la lignée Sakya, aurait été initié en le mantranaya. [8] Le clan Newar Bharo semble être la preuve de liens très étroits entre le bouddhisme newar et le bouddhisme tibétain. Si cela se trouve il est une des sources principales du bouddhisme tibétain gsar ma, plus que l’Inde, ou Oḍḍiyāna

Pour Dpa’ bo Gtsug lag phreng ba, (Chos ‘byung, 1: 51) Avadhūtipa (le mineur) et Advayavajra étaient bien la même personne. Cela semble confirmé par Tāranātha (1575-1634), qui mentionne Śūnyatāsamādhi alias Devākaracandra comme un des quatre étudiants de Maitrīgupta dans les Sept transmissions d’instructions. Pourquoi d’ailleurs certains disciples d’Advayavajra ont-ils plusieurs noms ? Gös Lotsāwa raconte dans notre passage des Annales Bleus que ce serait pour cacher leurs activités vajrayāna.  Ainsi, selon le compte-rendu de Gö Lotsāwa, Śūnyatāsamādhi/Devākaracandra aurait reçu le cycle de Vajravārahī (Phag mo gzhung drug) d’Avadhūtipa le mineur/Maitrīgupta, en sa qualité de prêtre domestique du clan Bharo de Kathmandou. Devākaracandra est par ailleurs l’auteur de certains textes associés à ce cycle que l’on retrouve dans le Tengyour. Autre détail saillant : quand le prêtre domestique donna l’initiation de Vajravārahī dans la maison des Bharo, il utilisa des mantras pour rendre invisibles les cinq jeunes filles participant au rituel. Il ne fallait pas que la femme de Ha mu dkar po les voie… (AB, p. 394). Elle ne voyait en fait que cinq coupes de vins suspendus dans l’air mais pas les filles. [9] Des histoires à dormir debout.

Les protagonistes mis en scène dans ces hagiographies sont censés avoir vécu au XIème siècle, quand les monastères de Nālanda et de Vikramaśīla étaient encore en plein essor. Alors pourquoi Devākaracandra n’a-t-il pas pu être ordonné ? Il est probable que les pratiques associées à Vajravārahī auxquelles il est fait référence ici, et qui ressemblent d’ailleurs à celles que Réchungpa (XIIème siècle) aurait ramenées du Népal, n’existaient pas encore à l’époque de Maitrīgupta (XIème). La pratique de Vajravārahī séparément du Tantra de Cakrasaṃvara oui, mais pas ce cycle en particulier. D’ailleurs, selon une de ses hagiographies (Gyadangpa env. 1258-66), Réchungpa semblait les découvrir seulement au cours de son voyage au Népal. Chag Lotsāva  (1152-1216) ira jusqu’à accuser Réchungpa d’avoir inventé ses transmissions. A moins que ce ne soient des descendants spirituels se réclamant de Réchungpa.
« Certains instructeurs tibétains ont fabriqué des pratiques (sādhana) d’une déesse à tête de truie tenant un couperet, dont ils disaient qu’elle était la ḍākinī d’un tantra d’antan [Selon Dan Martin, le Vajravārāhī-abhidāna tantra]. »
Il s’ajoute à cela les critiques bien connues de Sakya Pandita (1182-1251) dans le sDom gsum rab dbye sur la bénédiction de Vajravārahī reçue (ou non) par Marpa [10].

Il y avait en Inde et au Népal un culte de la déesse shivaïste Kubjikā qui se rattacha au Manthana Bhairava, tout comme le culte de la déesse Vajrayoginī ou Vajravārāhī se rattache aux Saṁvaratantra avant de s'en émanciper. Lorsque les lignées (sct. āmnāya) du culte kaula de Kubjikā étaient interrompues, pour des raisons multiples (parmi lesquelles les conquêtes musulmanes), ce culte continuait à exister parmi les Newars dans la vallée de Kathmandou. Probablement originaire de la région de Konkana [11], Kubjikā a depuis disparu de l'Inde. La déesse bouddhiste Vajrāvarāhī occupe également, et encore de nos jours, une place centrale dans la tradition Newar. Elle est tout simplement son équivalent bouddhiste. Il n’est pas exclu que les cultes ultérieurs de Vajravārāhī aient subi l’influence du culte kaula de Kubjikā.

La seule version en sanskrite de la vie de Maitrīpa que nous connaissons vient justement du Népal, et se trouve dans le "manuscrit de Sham Sher", découvert  en 1928 par Sylvain Lévi et Giuseppe Tucci. Maitrīgupta y est présenté comme un moine vivant à Vikramapura. Il deviendra « Advayavajra » pendant sa quête de Vajravārahī au Sud de l’Inde. C’est le prince des Śavaras qui lui donna l'Instruction de Vajrayoginī (sct. Vajrayoginyupadeśāt). La même histoire est utilisée pour la quête de la mahāmudrā (p.e. Padma Karpo), mais il n’en existe pas de version en sanskrite.

Nous ne savons pas de quand date ce texte. Appartenait-il peut-être au clan Bharo ? Quand nous considérons tout ce qui précède, on ne peut pas échapper à l’impression que la source de certaines pratiques de Vajravārāhī, impliquant du yoga sexuel différent de celui qu’intègrent les consécrations des grands yogatantras classiques, qu’elle se situe à Kathmandou et que c’est à Kathmandou, où vivait le clan Bharo, que les détenteurs futurs du Tibet sont allés chercher les transmissions associées. Pour les Sakyapas, le scribe Gayadhara est une figure clé. Pour les Kagyupas c’est Réchungpa. Avadhūtipa, le prêtre domestique des Bharo et le maître de Śūnyatāsamādhi/Devākaracandra en est un autre. Avadhūtipa, serait-ce un autre nom pour un Advayavajra/Maitrīpa instructeur de pratiques kaula de Vajravārāhī chez les Bharo ?

Gayadhara n’aurait-il pas été la personne parfaite pour l’office de prêtre domestique des Bharo, que l’on rémunère richement pour ses services ? Nous savons en plus qu’il n’avait pas de mal pour se faire passer pour un autre, en particulier Advayavajra… D’autres hagiographes [12] veulent faire de lui le père de Tipupa, figure clé des transmissions aurales de Réchungpa, et donc de Nāropa et Tailopa. Grâce à Tsangnyeun Heruka, nous savons par ailleurs que Tipupa serait en fait le fils de Marpa, Darma Dodé, qui à sa mort aurait transféré sa conscience sur un pigeon voyageur, qui s’est envolé vers l’est où Darma Dodé le pigeon aurait pu transférer sa conscience à un jeune brahmane fraîchement décédé : Tipupa.

Il y a de bonnes chances que des figures comme Tipupa, Karopa et sKor Nirūpa soient des sortes de « Jokers » qu’utilisent les hagiographes pour construire leurs lignées de transmission. Le signe indispensable d’un tel « joker » est la maîtrise du transfert de la conscience sur le corps d'un autre (tib. grong ‘jug). A quoi sert ce transfert ? A sauver des lignées de transmission. Elle sert à expliquer la longévité de certains maîtres, qui n’avaient tout simplement qu’à changer de corps, quand le leur ne pouvait plus rendre service. Elle sert à faire de deux individus un seul (sKor & Nirūpa, Darma Dodé & Tipupa), à rapprocher un individu de la source de la lignée (Darma Dodé, Tipupa, Karopa…). Quelquefois, le transfert ne fonctionne pas. Karma Paśi avait tenté de transférer son principe conscient sur le corps d’un jeune garçon qui venait de mourir, mais cela aboutit à un échec (AB p 488). Gö raconte en détails comment le principe conscient de Karma Paśi traverse alors le bardo et prend naissance en un bébé masculin en 1284. Ce sera Rangjung Dorjé, le premier Karmapa officiel et du même coup le troisième de la lignée. C’est peut-être bien l’origine du phénomène tibétain des tulkous et la fin du pouvoir de transfert de conscience (tib. grong ‘jug), que Herbert v. Guenther appelle par ailleurs résurrection…

*** 

1 « The six characteristics of meditative concentration are (l) having no expectations, (2) having no possessions, (3) renouncing home, (4) living in wilderness, (5) having stable focus of mind, and (6) being alone. Yeshe Döndrup (Treasury of Gems, pp. 24-25) provides the entire text of a short Indian Buddhist work bearing the title Presentation of the Six Characteristics of Meditative Concentration (Dhyāna-saddharmavyvaasthāna; Toh 3926 Tengyur, dbu ma, ki, 92b-93a), which is attributed to Avadhütipa and translated into Tibetan by Rinchen Sangpo. Yeshe Döndrup makes the remark that although Chim, probably referring to the famous Chim Namkha Drak, identifies Avadhütipa to be Savaripa, Sapan cites this work in his Elucidating the Sage’s Intent as being that of Maitripa. » Mind Training: The Great Collection, Thupten Jinpa, The library of Tibetan classics, Wisdom publications.

2 « The Six Texts of Vajravārāhī (Phag mo gZhung drug) in the bsTan 'gyur (Toh 1551-56) comprise the Śrī –Tattvajñanasiddhi by Śūnyatāsamādhi (Toh 1551), Sarvārthasiddhisādhana by Avadhūtipa (Toh 1552=GSS15), Jñanāveśa by Śūnyatāsamādhi (Toh 1553), Chinnamuṇḍāvajravārāhīsādhana by Śrīmatidevī (Toh 1554=GSS24), Chinnamuṇḍāsādhana by Virūpa (Toh 1555=GSS25/GSS20), and Śrī-Vajrayogini-homavidhi by Buddhadatta (Toh 1556 =GSS13). All six were translated by Varendraruci and bLo ldan shes rab. The transmission of this set is sometimes credited to Śabariśvara/Śabara (Robinson 1979: 290; Bhattacharya 1928 vol. 2: cxv). However, it is elsewhere attributed either to Lakṣmīṅkāra (from her brother, Indrabhūti) and her disciple, Virūpa, or to Kambala (a problem Dowman attempts to solve by suggesting that Kambala was Lakṣmīṅkāra's guru, 1985: 375). See the Blue Annals (pp. 389-94) for the transmission lineage from Indrabhūti and the eventual written composition of some of the six texts. » Elizabeth English, Vajrayogini: Her Visualization, Rituals, and Forms.

3 Voyage décevant. Le jeune homme était parti à Vikramaśīla pour se faire moine, mais il n’y avait plus assez de moines pour faire une ordination, moins de 25. AB, p. 393

4 Ces deux textes sont mentionnés par Pao Tsuklak Trengwa : « But these, he says, are not the Vārāhı empowerment in question. The only one not so dismissed he calls sKu gsung thugs kyi rgyud mdzad ma, and mentions that this name is also applied to the Two-face Yoginī (Zhal gnyis ma) Blessing. » « The method for imbuing the blessings of Body, Speech and Mind are done according to the rites of the individual lineages. In particular, in the Sarma tradition of the secret mantra of Tibet, there are many [cases] concerning the blessing of Vajravārāhı: the greater and lesser Don grub ma, great and lesser dBu bcad ma, Nāropa, Maitrī mkha’ spyod, the blessing of White Vārāhı and so forth. » Article Sarah Harding

5 AB précise que le Homa était composé par Buddhdatta, qui serait le neveu du prêtre selon Elizabeth English,

6 Middle Land, Middle Way: A Pilgrim's Guide to the Buddha’s India, Shravasti Dhammika, p. 126

7 “As for the Blessing of Vajravārāhī, Marpa Lhodrakpa does not have it.” WTF? Sarah Harding.  Sur un sujet similaire Blog Dans le sillage d'Advayavajra

8 Tibetan Renaissance, Ronald M. Davidson, p. 166

9 On peut rapprocher cette anecdote d’une autre qui concerne Maitrīpa et que l’on trouve dans  Les chants de l’immortalité (Jamgoeun Kongtrul). « Alors qu’il résidait au monastère de Vikramaśīla, où il pratiquait secrètement, les membres de la communauté monastique, constatant qu’il buvait de l’alcool et vivait avec une femme, l’expulsèrent. Maitrīpa marcha alors jusqu’au bord du Gange où il étala sur l’eau un tapis fait d’une peau d’antilope et, se servant de son bâton en guise de rame, il s’éloigna en chantant. » Ed. Claire Lumière, p. 61 C’est cependant Avadhūtipa le majeur qui était réputé avoir pratiqué sur les bancs du Gange en pratiquant le cycle de Vajravārahī (AB, p. 390).
En revanche, le pouvoir de maintenir des objets dans l’air est attribué à Kāyastapa Gayadhara par Jetsun Dragpa Gyaltsen (XII-XIIIème siècle). Voir Luminous lives, Cyrus Stearns, p. 48

10 Voir “As for the Blessing of Vajravārāhī, Marpa Lhodrakpa does not have it.” WTF? Sarah Harding.

11 Mark Dyckowski , The Cult of the Goddess Kubjika

12 Selon le 3ème détenteur Drukchen Jamyang Chökyi Drakpa ( ‘Jam dbyangs Chos kyi Grags pa 1478-1523), Gayadhara eut un enfant avec une servante de Nāropa. Cet enfant n'était autre que Tipupa. Source : Peter Allen Roberts, The biographies of Rechungpa: the evolution of a Tibetan hagiography

samedi 28 mai 2016

Les portes dérobées de la mahāmudrā tantrique



Dans le chapitre sur la mahāmudrā des Annales bleus, Geu lotsāva classifie la mahāmudrā entre autres en une « école haute » (tib. stod lugs) et un « école basse » (tib. smad lugs), l’école basse descendant d’Asu le newar et l’école haute d’un certain Kor Nirūpa. Il y avait bien eu une première tentative d’enseignement de la mahāmudrā (Dohākośagīti, amanasikāra) par Atiśa, mais qui avait échoué. Plus précisément, il fut arrêté à la demande de son disciple Dromteun qui pensa que le Tibet n’était pas prêt à le recevoir. Les instructions relatives à cette méthode furent cependant transmises au sein de l’école Kadampa. À savoir Géshé Phu chung ba, Géshé gLang ri thang pa, Géshé lcags ri ba puis Gampopa. On pourrait appeler ce système mahāmudrā kadampa.

L’autre mahāmudrā, traitée par Geu lotsāva dans les Annales bleus, comporte des instructions tantriques (upāyamārga). J’ai déjà parlé de l’école basse (tib. smad lugs) ou l’école newar (tib. bal lugs) qui descend d’Asu le newar. L’école haute (tib. stod lugs) descendrait selon Geu lotsāva de Kor Nirūpa et de son maître Karopa, une histoire invraisemblable, dont Geu donne tous les détails, « puisque les amis spirituels tibétains[1] de nos jours ne lui accordent pas beaucoup d’importance ».[2] Et ils avaient de bonnes raisons, comme nous verrons à la fin de ce blog.

L’histoire de Kor Nirūpa abonde des caractéristiques hagiographiques qu’entourent habituellement les faits et gestes de siddhas tibétains. Karopa est présenté dans le cadre de la mahāmudrā tantrique comme un disciple de Maitrīpa. Geu lotsāva ne donne pas de dates pour Karopa, mais nous connaissons approximativement celles de Maitrīpa : 983/6 – 1063 ou encore 995/8–1075.[3] Karopa serait né dans le royaume de Zahor, l’actuel Mandi en Himachal Pradesh. Son CV est impressionnant, voir les Annales bleus pour les détails (p. 847-848). Un jour à Vajrāsana (Bodhgaya), il rencontre Natekara/Sahajavajra, un disciple de (mnga’ bdag) Maitrīpa qui lui recommande d’apprendre les instructions de non-méditation de la mahāmudrā[4] avec Maitrīpa. Il se rend alors au monastère de Pata (tib. ba ta’i dgon pa - peut-être un monastère à Patan/Lalitpur), sans doute le lieu où résida Maitrīpa à l’époque et resta sept ans avec lui pour apprendre le « sens du Cœur » (sct. hṛdayārtha), suivi d’un séjour de cinq ans au charnier de Kemri et d’un voyage sans but précis, qui correspond sans doute à la phase de l’observance tantrique (tib. spyod pa la gshegs pa).

La vie de son disciple Dampa Kor/Nirūpa est encore plus invraisemblable. Elle commence par la naissance du petit Dampa dans le clan de sKor. Comme il était le cinquième enfant et que le chiffre cinq porte malheur, il fut renvoyé de la maison et confié à un moine qui l’amena avec lui à Lhasa où il fut ordonné. À l’âge de treize ans, le petit Kor (tib. skor chung ba) se rend au Népal et apprend les tantras inférieurs. Il se fait inviter par un yogi du nom de « Cornu » (tib. rwa ru can) dans une maison de briques (tib. so phag gi khang pa). Il y perçoit des objets insolites avec un sens symbolique et voit assise sur une représentation du Bouddha entrant dans le parinirvāṇa une yoginī entièrement nue qui lui montrait ses seins et son sexe (sct bhaga) en lui souriant.

La scène de la yoginī entièrement nue assise sur une représentation du Bouddha entrant dans le parinirvāṇa a évidemment pour but de choquer, mais elle reprend aussi le symbolisme śakta, où la śakti est la puissance de Śiva, qui serait un cadavre sans elle (śivaśava).

Śiva et Kali
(notez l'aspect tête tranchée - phag mo dbu bcad ma - de type
Chinnamastā)
Le petit Kor lui demande alors des instructions. Le yogi Cornu lui répond : « Elle n’enseigne pas le dharma, elle ne donne que sa bénédiction »[5]. La yoginī lui cracha dans la paume de la main et lorsque le petit sKor mit sa main sur tête, il entra aussitôt dans une absorption[6]. « Je n’ai plus besoin d’instructions, je suis libre ! » dit le petit sKor. Cornu le yogi lui dit alors qu’il y avait beaucoup de yogis au Népal comme ācārya Vajrapāṇi, Lham thing ba et le Manchot du clan de Bharo (tib. bha ro phyag rdum), mais... "Ils ne pourront pas t’aider. Va à Ya gal où vit un yogi du nom de Dashouchan (tib. mDa’ gzhu can : qui porte un arc et une flèche) » Nous verrons que ce yogi n’est autre que Karopa. Le petit sKor étudia quatre auprès du yogi. Dachouchan fit organiser un banquet tantrique en son honneur, l’initia dans un maṇḍala de fleurs et lui donna le nom Prajñāśrījñānakīrti. L’adolescent se mit alors au service d’une servante du yogi qui s’appela Kumudarā et lui demanda sa bénédiction. Elle lui bénissait avec un vase et appela cela la consécration de la sagesse-gnose (sct. prajñā-jñāna-abhiṣeka). Elle lui dit alors : « C’est merveilleux que tu te donnes tant de mal pour apprendre le dharma, motivé par la peur de la naissance et de la mort. Je vais te donner maintenant une instruction de vajrayāna extraordinaire et infaillible. Pratique-la. » Elle plaça alors ses jambes au sommet de sa tête.[7]

Lajja Gauri, Temple Basantpuri XVIIème s., Kathmandou  
Par la suite, Kor reçut le cycle complet de Bhairava noir (tib. gshing rje gshed nag po’i chos skor) etc. A l’âge de dix-neuf ans il se rendit au Tibet. En échange d’enseignements, on lui offrit un cheval. il continua sa formation à Gra thang[8], près de Lhasa chez l’ami spirituel Drapa Ngeunshé (tib. gra pa mngon shes, qui avait alors 69 ans), qui enseigna la nuit le cycle de Saṃvara selon les méthodes de Lūipa et Dīpaṅkara et la double méthode de Nāropa (tib. nA ro lugs gnyis) en échange d’or. Drapa et sa femme introduisirent Kor en la pratique de l’union (sct. yugganaddha) et lui donnèrent la deuxième consécration (sct. guhya-abhiṣeka). C’est une fille népalaise du nom de Drinou (‘bri nu) qui lui servit de mudrā. Drapa et sa femme lui donnèrent ensuite la troisième consécration (sct. prajñā-jñāna-abhiṣeka) et finalement la quatrième avec tous les symboles. Il étudia le cycle du sens du Cœur (tib. snying po’i skor).[9]

Après cela il fut envoyé dans une ville à la frontière indienne où l’on pratiqua le rituel secret (sct. guhyacārya). Il y avait un temple avec un grand thangka devant laquelle étaient exposées les cinq offrandes. Un jour, un moine lui demanda s’il était un disciple de Dashouchan/Karopa, et la nuit il enleva la thangka qui cacha une petite porte dérobée de laquelle sortirent de nombreuses mudrās qualifiées portant des ornements d’os. Le moine pratiqua des rituels tantriques secrets (tib. gsang sngags kyi spyod pa sna tshogs) en développant la félicité (tib. bde ba sbar nas). Le matin, il cacha les mudrās, ferma la porte et replaça la thangka devant. Il sortit alors pour mendier sa nourriture comme il est coutumier pour les moines bouddhistes. « Voilà comment nous pratiquons les rituels tantriques secrets en Inde » lui dit-il.

La deuxième partie de la vie du petit Kor nous montre que ce n’était vraiment pas un garçon ordinaire. Il s’agit en fait d’une sorte de flashback. Nous sommes de nouveau en Inde chez Karopa, qui eut de nombreux disciples parmi lesquels le yogi Nirūpata/Nirūpa. Nirūpa connaissait toutes les instructions ésotériques et atteint les siddhi à l’âge de 74 ans. C’est le moment que choisit Karopa pour l’envoyer au Tibet pour aller sauver les tibétains. Il lui indique un chemin, qui passe par une île de ḍākinī. Après trois banquets tantriques avec elles, elles lui disent d’aller au Népal, où un jeune tibétain très qualifié est sur le point de mourir. Nirūpa doit alors procéder à un transfert de conscience et entrer le corps (tib. grong ‘jug) du jeune tibétain qui vient de décéder, et ensuite se rendre au Tibet. Le jeune Kor avait alors vingt ans. Aussitôt dit, aussitôt fait. Nirūpa entre et anime le corps de Kor et devient Kor Nirūpa.

Au Tibet, c’est les grandes retrouvailles. Karopa et sa femme étaient déjà Lhasa avec la servante Kumudarā[10]. Je passe des détails. Au Tibet, Kor Nirūpa mène un peu une double vie (à l'instar du moine indien rencontré ci-dessus). Quand il met son manteau de paṇḍit indien, on l’appelle l’indien de Ceylan et quand il met ses habits tibétains, il enseigne les tantras, donne des initiations et contribue à de nombreuses traductions jusqu’en 1102, l’année de sa mort selon Geu[11]. Kor Nirūpa aurait par ailleurs été un des maîtres de Khyoungpo Neldjor le fondateur du Shangpa kagyu.

Mais il ne fait apparemment pas bon d’être associé avec Kor Niṛūpa et sa lignée de mahāmudrā[12], bien que Geu lotsāva le mette en avant comme l’école haute (tib. stod lugs). Sous le nom de Prajñāshrījñānakīrti, Kor Nirūpa est présenté comme le traducteur d’un des commentaires des Distiques de Saraha [13] attribué à Advayavajra.

Les transmissions de mahāmudrā de « l’école haute » (stod lugs : Karopa, Kor Nirūpa) et de « l’école basse » (smad lugs : Asu le newar, ses fils, Parpoupa I et II etc.) et les transmissions aurales qui descendraient de Réchoungpa ont notamment pour but d’authentifier des pratiques tantriques secrètes de ces transmissions et les Distiques du Roi et de la Reine attribués à Saraha, mais peut-être composés par Asu le newar ou quelqu’un de l’école basse.

Notons les ressemblances et les marqueurs hagiographiques dans les anecdotes qui entourent ces transmissions de type śakta. Par exemple entre les aventures de Réchoungpa au Népal et celles de Kor/Nirūpa, et le rôle que joua Tipupa pour Réchoungpa et Karopa pour Kor Nirūpa. Ou encore l’utilisation du transfert de conscience sur un autre corps (tib. grong ‘jug) pour combler des lacunes dans la transmission : le yogi Nirūpa sur Kor et Dharma Dodé (le fils de Marpa) d’abord sur un pigeon, puis du pigeon sur Tipupa, qui deviendra le maître de Réchoungpa.

Pour un exemple d'instructions de rituels secrets chez Réchoungpa, voir ici.

***

[1] Dge ba’i bshes gnyen, ou bien géshé (tib. dge bshes), utilisé ici dans un sens péjoratif, comme le faisait Tsangnyeun heruka dans les Chants de Milarepa.

[2] Ding sang dge ba’i bshes gnyen rnams de’i gtam cher mi gleng bas rnam thar cung zad rgyas par dris so// Deb ther sngon po p. 1000, Roerich p. 855

[3] The Biographies of Rechungpa: The Evolution of a Tibetan Hagiography, Peter Alan Roberts

[4] Phyag rgya chen po sgom du med pa’i man ngag, DTN p. 992, Roerich p. 848

[5] Bying gyis rlob pa ma gtogs chos gnang ba med zer// DTN p. 994, Roerich p. 850

[6] Ting nge ‘dzin ji lta ba bshin du skyes//

[7] Zhabs spyi bor blangs so/ Il n'est pas claire ce qui se passe avec les jambes ou les pieds de Kumudarā. Selon Roerich, elle place son pied sur la tête de sKor. Mais le verbe blang ba signifie prendre. On se serait plutôt attendu à bzhag pa dans ce cas. Il pourrait bien qu'il s'agisse de rituels proche du yonipuja décrits par David Gordon White dans le chapitre The Mouth of the Yoginī, dans son livre Kiss of the Yoginī, Tantric "Sex" in its South Asian Contexts. De toute façon, nous sont bien dans le cadre de rituels de type kaula.

[8] Source

[9] Ici, ce nom semble correspondre à la mahāmudrā tantrique (tib. grub snying). Voir Roerich p. 852

[10] Roerich, p. 854

[11] 1062-1162 selon Karl Brunnhölzl dans Straight from the Heart: Buddhist Pith Instructions. Peter Alan Roberts donne les dates 1062-1102) dans Mahamudra and Related Instructions: Core Teachings of the Kagyu Schools, p. 11

[12] « In the Blue Annals, Gö Lotsāwa equates him with Prajñāshrījñānakīrti, the author of a major commentary on Saraha’s dohas. This also brings up the questionable authorship of the latter two of Saraha’s doha trilogy and the suspicion that Kor Nirūpa was somehow associated with their forgery. In any case, this name is definitely tarnished in some circles through association with the suspect mahāmudrā lineage of Maitrīpa, even without the Vajravārāhı blessing issue. » Sarah Harding dans “As for the Blessing of Vajravārāhī, Marpa Lhodrakpa does not have it.” WTF?
Même type d’observation par Kurtis R. Scheffer dans Dreaming the Great Brahmin, p. 66 et par Klaus-Dieter Mathes dans Mind and its Co-emergent Nature (sahaja) in Advayavajra’s Commentary on Saraha’s Dohākoṣa. Le blog de Dan Martin Transmigration and Occupation.

[13] mi zad pa'i gter mdzod yongs su gang ba'i glu zhes bya ba gnyug ma'i de nyid rab tu ston pa'i rgya cher bshad pa. Colophon : Colophon: mi zad pa'i gter mdzod yongs su gang ba'i glu zhes bya ba'i rgya cher bshad pa rnal 'byor gyi dbang phyung chen po dpal sa ra ha pa'i dgongs pa mkhas par grags pa dpal ldan gnyis su med pa'i rdo rje mdzad pa rdzogs so/ /rnal 'byor pa bsod snyoms pa pradz+nyA na kIrtisa rang 'gyur du mdzad pa'o//
Content synopsis: gser bris number 1109, sde dge number otani beijing: 3102