mercredi 17 octobre 2012

Cours Milarepa : Lengom Répa, "un gampopiste"



Dans ce chapitre des Chants de Milarepa (T. mi la mgur 'bum), Tsangnyeun raconte l’histoire du méditant (T. sgom chen) du clan de Len (T. glan). Il s’agit de l’un des yogis dans la région de Dakpo (T. dwags po), qui méditaient en solitaire et descendaient de temps à autre pour chercher des vivres dans les villages. Gampopa, le méditant du clan de Nyi (T. snyi sgom), était originaire de la même région. Les gomchen (T. sgom chen) étaient des méditants plutôt de type contemplatif. Pas forcément des moines. Il s’avérerait de l’histoire que Lengompa était plutôt un yogi laïc, si l’allusion de Milarepa aux enfants, aux femmes et à la bouffonnerie des yogis le concernait.

Lengompa dit avoir reçu des instructions Dzogchen (et autres) de plusieurs maîtres. Il a eu une expérience de la Saveur égale (T. ro snyoms). Sa façon de pratiquer semble l’avoir fait négliger « ce dont il faut s'abstenir et ce qu'il faut accomplir ». Son expérience de saveur égale unilatérale et excessive le mettait dans un état de confusion. Milarepa va le ré-établir dans une pratique correcte. On peut en même temps y voir une critique de la permissivité de la vue libre de tout engagement (samaya) de la Section de la conscience(T. sems sde). Tsangnyeun prend également soin de mentionner que la pratique de Lengompa fut encadrée par Milarepa à l’aide d’une consécration, sans préciser laquelle.

A la fin de l’histoire, nous apprenons que Lengompa était proche de Gampopa, ce que l’on pouvait deviner par ses origines. Tsangnyeun le classe parmi les « fils proches » (T. nye ba'i sras). Il ne fait donc pas parti des « douze grands fils répa ». Il y a aussi une référence à la Mahāmudrā. Lengompa est donc plutôt « gampopiste » que « rechungpiste ».

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Hommage au maître

Quand le fils de coeur de seigneur Milarepa, Rechungpa, était rentré de l'Inde, il se trouva à Drakma Potho (T. brag dmar spo mtho), entouré de la plupart de ses disciples femmes (T. nya ma) et hommes. Cela se passa avant qu'il fit le chant de prédiction de la venue de Gampopa.

Alors qu'il était invité par les femmes et qu'il y séjournait, un contemplatif de Dagpo (T. dwags po)[1] du clan de Len (T. glan) ayant entendu parler du seigneur, venait le rencontrer en personne. La simple vision de son visage suscita en lui une excellente absorption de plénitude (sukha), de luminosité (prakāśa) et de non discursivité (nirvikalpa), ainsi qu'une confiance très forte.

« Maître, je suis un contemplatif de la région de Dagpo. Dans le passé, j'ai reçu des instructions sur la Complétude universelle, ainsi que d'autres [instructions] de plusieurs maîtres. Je les avais d'abord vérifié par l'observation directe (S. pratyavīkṣaṇa, pratyavekṣanā-jñāna), puis je les avais mises en pratique par la méditation. J'ai aussi eu des expériences de la saveur égale. Mais je ne veux pas me contenter d'une expérience consolidatrice à partir d'une compréhension intellectuelle. Comme j'avais entendu parler de votre réputation, maître, je suis venu pour vous demander des instructions. »

A sa demande de lui enseigner le Dharma, le seigneur lui répondit : « Parmi vos instructions précédentes, y en avait-il des comme celles-ci ? » et il fit le chant suivant :

« La transmission du maître authentique
Ne se perd-elle pas dans l'éloquence ?
La compréhension venant de l'observation directe
Ne se perd-elle pas dans une saisie unilatérale et dualiste ?
La vue qui devrait y donner accès
N'est-elle pas emportée par les ennemis Objet et Sujet ?
La culture de la concentration insaisissable (nirupalambhatā)
Ne s'abime-t-elle pas dans l'impasse des signes ?
L'action à la saveur égale
Ne se perd-elle pas en laissant filer le doute[2] ?
Le fruit de la quiétude
Espère-t-on le trouver auprès d'un autre ?
Les expériences spirituelles qui ne sont pas ancrées dans l'esprit
ne sont-elles pas comme des rides se produisant à la surface de l'eau ?
Le principe conscient (S. cittatva) originel qui est vide
N'est-il pas dégradé par les surévaluation et les sous-évaluations ?
Tous les yogis qui voyagent en solitaire
Ne sont-ils pas emportés par le māra de la bouffonnerie (ngo srung) ?
Par conséquent, tous ces rouages de l'ignorance
Tournent comme la roue du potier. »

[Lengompa] dit : « Cela m'est arrivé en effet. Je vous prie maintenant de me donner la consécration et les instructions qui ne sont pas de ce type. »

Le seigneur lui donna la consécration et la transmission et les lui fit mettre en pratique. A cause des habitudes anciennes, [Lengompa] n'arriva pas à se débarrasser d'une pratique basée sur des signes (S. nimitta) et était agité par de nombreuses pensées, comme l'envie de se promener dans les villages. Le seigneur en était conscient. Quand [Lengompa] venait le voir pour présenter sa réalisation, il lui dit de laisser tomber ces envies (T. tsab tsob) d'aller en ville et l'avertissait (T. zhe zon) que s'il ne méditait pas de toute sa personne qu'il risquait de continuer à tourner dans le triple univers. Ayant dit cela, il fit le chant suivant :

« Lorsqu'on appartient à une lignée authentique
La confusion (bhrānti) se dissout en espace
Et au moment d'agir, il y a désintéressement
C'est cela qui fait un [vrai] yogi.
Pour cultiver la Mahāmudrā
La conscience n'a pas à saisir de signes (nimitta)
Comme [la Mahāmudrā] surgit de l'absence continue de jugement (aprapañca)
Que faire des raisonnements (tarka) et des récitations (japa) ?
Tous les yogis qui se promènent dans les villages
Sont flattés par leurs proches et leurs amis
Ils agissent avec hypocrisie (kuhanā) et de façon légère
L'Intelligence vide (rahas) restant bien cachée.
Même s'ils s'abstiennent de la discursivité, leurs affections restent bien présentes
En les regrettant au moment du trépas, pensent-ils peut-être ne pas mourir ?
En se souvenant de l'impermanence et de la mort
Ce sont les affections qu'il faut craindre
Puisque ce sont elles qui risquent de nous faire chuter dans les précipices des six destinées
Si en voyageant toujours en solitaire
On ne fixe pas (T. ce re) la conscience
On risque de rester dans un état incertain
Si avec une grande confiance et dévotion
On ne prie pas le Seigneur (nātha)
On risque d'être obnubilé par les apparences des expérience spirituelles
Si avec beaucoup d'effort et d'énergie
On ne cultive pas le chemin profond des techniques (T. thabs lam)
On risque d'être vaincu par les affections ennemies
Ainsi en voyageant toujours en solitaire
Les qualités finiront par naître. »

[Lengompa] pensa : « Ce qu'il dit me touche, le seigneur a raison. » Il se mit à méditer en solitaire dans les montagnes et eut un aperçu particulier. Quand il le présenta au seigneur, celui-ci fut satisfait. « C'est bien, mais il faut comprendre qu'il faut maintenir l'approche (T. spang blang) [suivante] jusqu'à l'éveil. » Ayant dit cela, il fit le chant suivant :

« Des enfants, une femme et la bouffonnerie
Ces trois choses sont des entraves pour un yogi
Les pratiquants doivent chercher à s'en abstenir.
Les biens, les richesses et la renommée
Ces trois choses sont des obstacles pour un yogi
Les pratiquants doivent chercher à s'en abstenir.
Les proches, les bienfaiteurs et les disciples
Ces trois choses retiennent le yogi
Les pratiquants doivent chercher à s'en abstenir.
L'alcool, une activité épuisante et le sommeil
Ces trois choses spolient le yogi
Les pratiquants doivent chercher à s'en abstenir.
Les bavardages, les plaisanteries et les jeux
Ces trois choses dispersent le yogi
Les pratiquants doivent chercher à s'en abstenir.
La maître, la transmission et l'effort
Ces trois choses sont le support du yogi
Les pratiquants doivent chercher à se le procurer
Un lieu isolé, les meilleurs compagnons et des vivres
Ces trois choses sont la canne (daṇḍa) du yogi
Les pratiquants doivent chercher à se les procurer
La non-dispersion, la non-discursivité et la plénitude[3]
Ces trois choses sont les compagnons permanents du yogi
Les pratiquants doivent chercher à se les procurer
La liberté, la spontanéité et le naturel
Ces trois choses sont l'équipement du yogi
Les pratiquants doivent chercher à se les procurer
La dépassion, la sérénité et la perception concrète (abhijñā)
Ces trois choses sont la signalisation du yogi
Les pratiquants doivent chercher à se les procurer

Après ce chant, Lengom dit: « Grâce à la gentillesse du seigneur, je vais réussir à m'abstenir de ce dont il faut s'abstenir, tandis que ce qu'il faut accomplir se réalisera de lui-même. Je vous serai toujours très reconnaissant. » Milarepa dit: « C'est ainsi fils. Le yogi qui parfait la logique d'abstention et d'adhésion est toujours heureux. Sinon, il sera toujours peiné. Aussi, il faut une maîtrise en les choix moraux qui distinguent entre ce qui rend heureux ou malheureux. » Il fit alors le Chant qui distingue entre ce qui rend heureux ou malheureux :

« Le yogi qui a vu son vrai visage et qui a rejoint le processus fondamental (T. gnas lugs) est toujours heureux
Le religieux qui court après des illusions et produit des frustrations en série (T. sbreng) est toujours insatisfait
Le yogi qui reste en l'état non amendé (T. ma bcos) et qui se purifie naturellement sans transformation est toujours heureux
Le religieux qui court après les sensations et accumule à volonté ce qui l'attire et ce qui le repousse est toujours insatisfait
Le yogi qui a accède les apparences comme étant le corps spirituel résout le doute et est toujours heureux
Le religieux qui se vante de son éloquence creuse sans combattre les huit principes mondains est toujours insatisfait
Le yogi qui reconnaît tout comme son esprit et prend en ami tout ce qui se présente est toujours heureux
Le religieux dispersé par ses intérêts personnels et qui aura des regrets au moment de la mort est toujours insatisfait
Le yogi qui intègre ses réalisations et qui rejoint naturellement le processus fondamental est toujours heureux
Le religieux qui se laisse envahir par ses envies et au libido suractif[4] est toujours insatisfait
Le yogi qui laisse disparaître d'eux-mêmes les signes (nimitta) et dont l'expérience est continue est toujours heureux
Le religieux qui poursuit les réalités nominales (vyavahāra) à l'extérieur sans déterminer qu'elles sont l'esprit est toujours insatisfait
Le yogi qui tourne le dos aux affaires du monde et qui est libre d'objectifs et de projets est toujours heureux
Le religieux qui attire le malheur[5] en protégeant sa femme et ses proches est toujours insatisfait་
Le yogi qui se détourne continuellement de la réification et approche tout comme une illusion est toujours heureux
Le religieux qui s'engage sur un chemin de dispersion en exploitant son corps et sa parole est toujours insatisfait
Le yogi qui monte le cheval de l'effort soutenu et voyage vers la terre de la libération est toujours heureux
Le religieux ligoté par les cordes de la paresse et qui pose le fond de l'Errance est toujours insatisfait
Le yogi qui a tranché le plus et le moins par l'étude et la réflexion, regarde sa conscience comme un spectacle
Le religieux qui limite le Dharma à ses propres voeux et son comportement aux actes négatifs est toujours insatisfait
Le yogi qui a tranché espoir, crainte et doute, et dont l'état naturel est continu est toujours heureux
Le religieux qui a laissé les rênes à l'homme[6] et qui courtise la bouffonnerie est toujours insatisfait
Le yogi, qui tourne le dos à tout (T. ji dgu) et dont la pratique spirituelle est authentique, est toujours heureux. »

A la fin du chant, Lengompa et les autres fils disciples furent très reconnaissants et se réjouissèrent. Leur recueillement ne pouvant plus se séparer de la Mahāmudrā, ils passèrent le recueillement associé (T. rjes thob S. pṛṣṭhalabdha) à s'abstenir des actes négatifs tout en accomplissant des actes positifs, les apparences semblables à une illusion.

Seigneur Milarepa fut très satisfait de Lengom Répa, qui fut le premier de tous les amis, bienfaiteurs et disciples de Gampopa. Ici se termine l'histoire du fils proche Lengom Répa (glan sgom ras pa'i skor)
.
***



[1] Au sud du Kongpo et de la capitale Lhassa, dans l'Ü, à l'ouest de la confluence de la Nyang Chu et du Tsangpo. Actuellement à l'est de Gyaca, Préfecture de Shannan ?
[2] <Le doute est principalement entre l'être et le non-être, l'éternalisme et l'anéantissement. Si tout est égal, l'être vaut le non-être. Il y a suspension (épochè), mais pas dépassement.>
[3] Remarquer que dans cette triade, reprise de celle du début, la non-dispersion correspond à la luminosité
[4] dung dung byed pa = yearn, sham = partie inférieure, habit inférieur
[5] bre phul = casque sdug gsog = sdug sogs = accumulate misery upon oneself
[6] L'homme voir Lin-tsi, les rênes terme aimé par Dampa

Texte tibétain wylie :

glan sgom ras pa
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rje btsun mi la ras pa de nyid kyi thugs sras ras chung pas rgya gar nas 'khor ba'i dus su brag dmar spo mthor nya ma dang bu slob phal cher 'dus pa'i tshogs gral zhig tu mnyam med sgam po pa 'byon par ma 'ongs lung bstan gyi mgur gsungs nas/
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kha tshig rkyang par ma shor ram//
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ngo srung bdud kyis ma khyer ram//
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dam pa'i brgyud pa 'dzin pa na//
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bu dang chung ma ngo srung gsum//
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g.yeng ba'i lam du zhugs nas lus ngag bran du bkol ba'i chos pa nam yang sdug/
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sna thag mi la byin nas ngo bsrung mthun 'jug byed pa'i chos pa nam yang sdug/
ji dgu rgyab tu bskyur nas rtag tu lha chos byed pa'i rnal 'byor nam yang bde//
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