vendredi 6 avril 2012

La mobilité dans l’immobilité (et vice versa)


27.
« Vénérables, quand je dis qu'il n'y a pas de Loi à chercher au-dehors, les apprentis ne me comprennent pas et en déduisent qu'il faut la chercher au-dedans d'eux-mêmes. Alors ils s'asseoient, appuyés contre un mur, et restent sans bouger, plongés dans la méditation, la langue collée au palais ; et c'est cela qu'ils prennent pour la méthode des patriarches et la Loi du Buddha. Quelle grande erreur ! Tenir pour vraie la pureté immobile, c'est reconnaître pour seigneur et maître l'inscience. A quoi s'applique la parole d'un ancien : 'C'est certes chose redoutable que de rester plongé dans les noires ténèbres comme dans une fosse profonde. ' Mais, si c'est la mobilité que vous reconnaissez pour vraie, tous les végétaux aptes à bouger devraient posséder la Voie. Or la mobilité, c'est l'élément du vent et l'immobilité, l'élément de la terre ; ni l'une ni l'autre n'ont d'être en soi. Si vous voulez le saisir dans la mobilité, il se tiendra dans l'immobilité ; si vous croyez le saisir dans l'immobilité, il sera en mouvement : ‘tel le poisson immergé dans la source et qui saute en battant les vagues[1] '. Vénérables, la mobilité et l'immobilité sont deux objets. Quant au vrai religieux qui ne dépend de rien, il se sert tant de la mobilité que de l'immobilité. »
Linji/lin-tsi, Les entretiens de Lin-tsi, Paul Demiéville (p. 131) 




***

[1] Image tirée d’une stance du « Traité de la démonstration de l’acte selon le Grand véhicule » de Vasubandhu (Karmasiddhi-prakaraṇa, version anglaise), traduit par Etienne Lamotte dans Mélanges chinois et bouddhiques, IV, 1936, p. 215 « L’acte corporel ou vocal, qui se produit au dehors, porte information (S. vijñāpti) de ce que pense l’esprit (au propre de l’intention, āśaya*, acte mental qui peut s’extérioriser, s’informer ou non dans des actes corporels ou vocaux), de même que le poisson immergé dans le gouffre porte information de lui-même en battant les vagues. »

*lieu de repos, retraite, asile | emplacement, localité; récipient, réceptacle | cœur; esprit; intention

A mon avis, c'est la notion de lieu de repos, retraite, asile, qui prime ici en écho à la citation précédente. Mais au lieu, de demeurer dans ce lieu de repos, comme dans une fosse profonde, les poissons (les actes corporels, les actes vocaux) en immergent. Cette source est le corps spirituel, le dharmakāya.

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