Affichage des articles dont le libellé est Thrangu Rinpoché. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Thrangu Rinpoché. Afficher tous les articles

vendredi 22 janvier 2021

La réhabilitation d'un détenteur de lignée déchu


Chogyam Trungpa et le Régent Vajra Ösel tendzin (Thomas Rich) (photo FB Vajra Regent Ösel Tendzin Library)

Un autre chapitre (15) du livre Enthralled de Christine A. Chandler traite du régent vajra de Chogyam Trungpa. Il s’agit de Thomas Rich ou Osel Tendzin (1943–1990). Je ne vais pas rappeler ici les détails de ses comportements[1], qui ont entre autres conduit au déces dun jeune homme contaminé par le VIH, fait relaté dans le New York Times du 26 février 1989. Tout comme Chogyam Trungpa, Thomas Rich eut de nombreuses relations sexuelles, parfois plusieurs par jour[2]. Il était réputé pour inciter et parfois forcer des hommes hétérosexuels à avoir des rapports avec lui. En cas de résistance, c’est l’ego du disciple qui fut mis en cause. En décembre 1988, la direction de Vajradhatu avait communiqué à ses membres que le VR avait contracté le virus il y a trois ans, donc autour de 1985. Cela ne l'avait pas empêché de rester sexuellement actif. Trungpa lui aurait dit que ses pratiques tantriques le protègeraient.

Le Régent Vajra Ösel Tendzin

Lors de sa visite à Vajradhatu en 1992, Gyatrul Rinpoché[3] expliquait aux disciples de Trungpa et de Rich, que ceux qui avaient eu la chance d’avoir eu des rapports sexuels avec ces maîtres, qui étaient des grands bodhisattvas, de ne pas s’en vanter.
Et n’oubliez pas que c’était à cause de sa bonté qu’il avait reconnu votre karma de cultiver cette connexion et de l’actualiser. Si votre attitude en est une d’humilité et de dévotion, et que vous suivez ses instructions, cela pourra être très bénéfique pour vous à cause de la nature particulière de votre connexion avec lui.”
En 1989, le RV désigna Patrick Sweeny comme le successeur de sa lignée. Cette désignation fut confirmée par Thrangu Rinpoché et par Dilgo KR[4]. Sakyong Mipham étudiait auprès de son maître Dilgo Khyentsé Rinpoché au Népal, quand il fut appelé aux USA par le Régent Vajra, dans le cadre de la succession de son père Chogyam Trungpa, et la mort imminente du Régent Vajra porteur du virus du SIDA depuis 1985 environ. Les directions de Vajradhatu et de la fondation Nalanda avaient demandé (29/12/1988) au Régent Vajra de démissionner. Le VR répondit (17/01/1989) qu’il ne pouvait pas démissionner car cela briserait son engagement auprès de son maître Trungpa. 

Le seizième Karmapa aux USA, avec Trungpa et Rich

Thomas Rich et le seizième Karmapa

Le seizième Karmapa et Thomas Rich

Dans la crise qui sensuivit, Dilgo Khyentsé Rinpoché (17/10/1989), à la demande du VR et de Karl Springer, écrit à la communauté et demanda de suivre le RV, qui fut nommé par Trungpa et confirmé par le seizième Karmapa. Quand le conflit perdura, Dilgo KR recommanda au RV de faire une retraite, et demanda (15/02/1990) à la communauté de se regrouper, en faisant le rituel (composé par Trungpa) du Sādhana de la Mahāmudrā. Le lendemain de la mort du RV (26/08/1990), SE Jamgoeun Kongtrul demanda la communauté d’accepter le Sakyong Mipham comme successeur. Dilgo KR envoya une lettre allant dans le même sens, le même jour. 

Thomas Rich et Dilgo KR

En 1991, Karl Springer écrit à Dilgo KR pour lui demander de nommer un régent pour le régent, un successeur à Thomas Rich[5]. Le disciple principal du VR, Patrick Sweeny, fit de même. Dilgo KR répondit, en ce qui sera sa dernière lettre à la communauté (10/08/1991), que cela n’avait pas de sens, et qu’il convenait de mettre tous les problèmes et  allégations de côté[6]. Dilgo KR est mort en septembre 1991. 

Lettre de Dilgo KR du 17/10/1989

A la demande de se mettre en retraite, le VR déménagea en 1989 à Ojai, Californie, avec certains de ses disciples, parmi lesquels Patrick Sweeney, que le VR avait choisi comme son détenteur et successeur. Après la mort du VR, Sweeny créa Satdharma[7], afin de continuer la lignée du VR, séparée de Vajradhatu[8]. Le site web de Satdharma, fut actif pendant un certain temps, mais affiche actuellement uniquement une page d’accueil avec la possibilité de contacter Patrick Sweeny. Par le biais du site Wayback, on a accès à certains documents, où l’on voit apparaître de nouveaux joueurs tibétains[9].

Thrangu R. à Ojai, Californie, en 1995,
photo : Ladye Eugenia Stewart

Notamment Thrangu Rinpoché[10], qui fit construire, et qui consacra un stupa (stupa of the awakened mind) à la mémoire du VR à Ojai, Calfornie. Il composa également une prière d'invocation des bénédictions du Régent Vajra (en 1993). Il devint un des conseillers spirituels de la lignée du VR. Plus tard, Thrangu Rinpoché construira son propre stupa et centre à Crestone, Californie.

Sakyong Mipham et le RV (detail thangka du Vidyadhara de Greg Smith 

Un rapprochement entre la lignée de Sakyong Mipham et la lignée du VR et son sucesseur Patrick Sweeny fut rendu possible par l’intermédiaire de Khenpo Tsultrim Gyamtso[11]. Le 7 juillet 2005, Patrick Sweeny se rendit en France, au château du Mas Marvent (Dechen Chöling) pour y rencontrer le Sakyong Mipham[12]. Suite à cette rencontre, une lettre daccord entre les deux parties fut publiée, dans laquelle les deux lignées se reconnaissaient mutuellement. La lignée et l’héritage du Vajra Régent Ösel Tendzin, Thomas Rich, était reconnu par Vajradhatu/Shambala et par les grands khenpos de la lignée Kagyupa.
Whenever disharmony is followed by harmony, that harmony is strong, long-lasting and pure. Whenever contradiction is brought under the clear gaze of wisdom realizing equality and original purity, it self-liberates into spaciousness and openness that is filled with joy and love. Chogyam Trungpa Rinpoche and Vajra Regent Osel Tendzin demonstrated this path to beings” (extrait d’une lettre de Khenpo Tsultrim Gyamtso R, cité dans l’accord)
Patrick Sweeny fit allusion au schisme causé par le scandale autour du Régent Vajra comme un “tremblement de terre de samaya”. Il y eut un autre tremblement de terre en 2018, quand le Sakyong fut accusé d’abus sexuels[13]. Il n’est pas certain que le royaume de Shambala survive cette fois-ci. Satdharma, le site web de la lignée du Régent Vajra, ne consiste plus qu'en une simple page d’accueil, où la seule action possible est de contacter Patrick Sweeny, le successeur et le détenteur de la lignée.

On voit bien le rôle joué par des hiérarques tibétains dans l’aventure Shambala. Dilgo KR fut un des conseils de son disciple Chogyam Trungpa, et avait personnellement conduit son couronnement en tant que Sakyong. Le seizième Karmapa avait confirmé la désignation de Thomas Rich en tant que Régent Vajra de Chogyam Trungpa. Quand les scandales autour des contaminations VIH par le Régent Vajra ont éclaté, Gyatrul Rinpoché est venu pour rappeler à l’ordre tous ceux qui avaient eu des rapports avec sexuels avec Trungpa ou Rich. Dilgo KR avait initialement demandé à la communauté de rester loyal au Régent Vajra, avant de recommander que celui-ci fasse une année de retraite. Après la mort du VR en 1990, Patrick Sweeny, son détenteur de lignée, avait reçu le soutien de Thrangu Rinpoché, qui l’avait aidé à sauver la lignée du Régent Vajra, que le seizième Karmapa avait confirmé. Khenpo Tsultrim Gyamtso, avait aidé au rapprochement des deux lignées et à la réintégration de la lignée du Régent Vajra.

Livre paru à l'occasion du 25ème anniversaire du parinirvana de Thomas Rich

Reste à voir comment les hiérarques tibétains vont réagir après les scandales de l’été 2017 (Sogyal Lakar) et de Shambala en 2018. La disgrâce de Sogyal Lakar changera-t-il quelque chose aux sauvetages décomplexés de lignées et de lamas ?

Lire ou relire aussi Tibetan Buddhism Enters the 21st Century: Trouble in Shangri-la de Stuart Lachs

MàJ 19022021 Mme Rich prend le relais
***

[1] Voir aussi John Steinbeck IV and Nancy Steinbeck (2001). The Other Side of Eden: Life with John Steinbeck, Prometheus Books. ISBN 1-57392-858-5.

[2] Encountering the Shadow in Buddhist America, Common Boundary Magazine 1990 May/June, Katy Butler

[3]N’ayez pas de pensée ordinaire à ce sujet, du type “Oh, il a couché avec moi, alors je suis son égal ; cela fait de moi quelqu’un de spécial, car il a couché avec moi”. Ce n’est pas la façon de penser qui convient à une sangyum. Il est de la responsabilité d’une sangyum de considérer qu’il voyait en vous une connexion karmique à cultiver. Et n’oubliez pas que c’était à cause de sa bonté qu’il avait reconnu votre karma de cultiver cette connexion et de l’actualiser. Si votre attitude en est une d’humilité et de dévotion, et que vous suivez ses instructions, cela pourra être très bénéfique pour vous à cause de la nature particulière de votre connexion avec lui. Si vous cultivez cette situation, vous pourrez progresser, et être très utile aux autres. Mais si vous ne reconnaissez pas le niveau de cette connexion et la percevez comme quelque chose d’ordinaire, en vous gonflant d’orgueil et d’ego, vous aurez réellement manqué cette opportunité. Ce serait plutôt comme coucher avec un roi, mais [votre maître] n’était pas un roi, mais un bodhisattva. C’est une grande différence”. Gyatrul Rinpoche, Oral Commentary on the Natural Great Perfection by Dudjom Lingpa, given in Boulder, 1992, trans. Sangye Khandro, ed. Ian Villarreal, later published by (Ashland, Oregon: Mirror of Wisdom Publications, 2000), 58-59

[4] Biography of Patrick Sweeney sur le site de Satdharma, via Wayback.

[5]In this letter, written almost a year after the Regent’s death, Karl expresses the difficulties that he and others have experienced since the Vajra Regent’s death. In particular, Karl points out that while the Regent had agreed to the decision that the Sawang would assume leadership of Vajradhatu, he did so under certain conditions. One of these conditions was that the Regent retained the right to choose his own dharma heir and lineage successor “regardless of who ran Vajradhatu.”

[6]His Holiness’ replies comes quickly. “There would … be neither purpose nor benefit in newly appointing a regent of the Regent, instituting a holder of his lineage, dividing the dharma centers into two sections and so on. Therefore, it is important that, beginning now, any and all allegations concerning this be set aside completely.” His Holiness died in September 1991, just seven weeks after this letter was sent.” Réponse à Karl Springer.

His Holiness’ letter to Patrick, dated the same day, conveys what is essentially the same message. “There would … be neither purpose nor benefit in newly appointing a regent of the Regent or instituting a holder of his tradition. Therefore, it is important that, beginning now, any and all allegations concerning this be set aside completely.” Réponse à Patrick Sweeny.

[7]SATDHARMA is the organization that organization that encompasses the Ojai encompasses the Ojai Valley Dharma Center alley Dharma Center, the Pullahari R ullahari Rullahari Retreat Center, and the Vajra Regent Ösel Tendzin Library and Archives. It was founded to hold and continue the transmission in the West of the Buddhist and Shambhala lineages of the Vidyadhara, Chögyam Trungpa Rinpoche and his Vajra Regent, Ösel Tendzin. Satdharma is under the direction of the current lineage holder lineage, Patrick Sweeney.” Satdharma Bulletin dec. 2002

[8] Letters of The Current Situation

[9]Spiritual Advisors

Satdharma is most fortunate to have the Venerable Khenchen Thrangu Rinpoche as a spiritual advisor. His encouragement and authorization have empowered the growth of Satdharma’s study and practice activities, including Vajrayana transmission given by Patrick Sweeney early last year and to be given again next January. Thrangu Rinpoche will continue to be a guide for further expansion. Mr. Sweeney will also be working closely with the Dzogchen Ponlop Rinpoche to develop our curriculum. Ponlop Rinpoche has requested him to teach a course in yoga at his annual Nalandabodhi sangha retreat. Ponlop Rinpoche will be visiting Ojai and Pullahari for one week in January of 2004. Additionally, Khenpo Tsultrim Gyamtso Rinpoche has tentatively scheduled a visit to Ojai and Pullahari in November 2003
.” Satdharma Newsletter March 2003

[10] "In 1995 Very Venerable Thrangu Rinpoche visited the Ojai sangha at Shantigar, Ojai, California, There he gave the Cakrasamvara Abisheka to senior students.

Afterwords there were several days of small group discussions and lunches while the practice instructions were given.

The day after that he gave a community talk articulating his view of the Vidyadhara's significance and legacy, the Vajra Regent's particular importance in that, and why it was essential to continue to preserve and share the Vajra Regent's teachings.

The Vajra Regent's Library and Archives and this Timeline are the result of many students' devotion. This particular talk was a vital inspiration and catalyst
.” Site https://www.vajraregent.org/ faire une recherche sur "Thrangu"

[11] Extrait d’une lettre du Khenpo envoyé à Patrick Sweeny :
Dear Patrick,

Sakyong Mipham Rinpoche has requested teachings from me on the Six Dharmas of Naropa. I have invited him to receive these teachings from me from December 3-11 at your Pullahari Retreat Center, and he has eagerly accepted. This is a very auspicious circumstance, because you are a student of Trungpa Rinpoche and Sakyong Mipham Rinpoche is also Trungpa Rinpoche's student and his son. So it makes a good connection.

From Khenpo Rinpoche

The sangha as a whole experienced what you might call a samaya earthquake back in the late 80’s and early 90’s. Both Khenpo Rinpoche and Thrangu Rinpoche have encouraged me to do whatever I can not to perpetuate that difficulty.” extrait de : Transcript of talk and discussion at Dechen Chöling en France PSTL.2005.07.07.DCL

[12] Transcript of talk and discussion at Dechen Chöling en France PSTL.2005.07.07.DCL

[13] TheKingof Shambhala Buddhism Is Undone by Abuse Report 11/07/2018
Les déboires financiers de Shambhala International

lundi 18 septembre 2017

Réussir (siddhi)



Dans les échanges du groupe Facebook Open Buddhism créé par le journaliste d’investigation néerlandais Rob Hogendoorn, certains tentent, suite à l’affaire Sogyal Lakar, d’analyser les causes qui ont conduit au rôle d’un maître bouddhiste tibétain tel qu’il est souvent perçu aujourd’hui en occident. Une des influences déterminantes semble être Chogyam Trungpa (1939 - 1987), avec ses créations Vajradhatu, Naropa Institute, Shambala Training etc. « Quand on questionne les marges, on arrive au cœur de la politique » dirait Michel Foucault, on pourrait dire la même chose des dysfonctionnements et des crises quand ceux-si se répètent et semblent faire partie d’un système. Et parmi les crises autour de Trungpa la plus célèbre est l’incident autour du poète américain William Stanley Merwin (né en 1927).

Dans Open Buddhism, nous avons pu avoir accès à des documents d’époque avec des témoignages de première main : The Party, A Chronological Perspective on a Confrontation at a Buddhist Seminary l’enquête menée par Investigative Poetry Group (Ed Sanders etc. Naropa Institute, 1977). L’article Behind the veil of Boulder Buddhism et l’interview avec Allen Ginsberg When the Party's over). Il y a l’incident, les réactions immédiates auxquelles il a donné lieu (entre autres les « Guerres des poètes de Naropa »), le storytelling au sujet de Trungpa par ses disciples, et la perception de Chogyam Trungpa par d'autres lamas tibétains. C’est le dernier aspect qui m’intéresse plus particulièrement aujourd’hui.

De manière générale, les lamas tibétains admirent Chogyam Trungpa pour son habileté. Il avait réussi à transformer une bande de hippies, de chercheurs spirituels, de manifestants anti guerre de Vietnam, des rebelles anti-système « se lavant au savon végétal », et à les faire se prosterner devant quelqu’un dans une uniforme kaki[1], à porter des costumes cravate et des uniformes khaki en les faisant marcher au pas, nous raconte Dzongsar Khyentsé R. Il se souvient que Dilgo Khyentsé Rinpoché I avait même une photo de Trungpa sur son autel où il portait l’uniforme coloniale britannique.

Gardes Kasoung

Staff of Kalapa Court, Mapleton Avenue, 1976

Thrangu R. aussi rit encore de bon cœur quand il repense au coup de maître de Trungpa (vidéo Vimeo  à 10:45), les hippies aux cheveux longs et aux habits fantasques qu’il avait réussi à mettre en uniforme par les instructions de Shambala, ou mis au travail en leur faisant porter des costumes-cravate. 


Sogyal Lakar, qui visita Trungpa à Boulder en 1976 fut aussitôt séduit par le style de vie de Trungpa et changea radicalement de méthode dès son retour à Londres[2]. Il gronda ses propres disciples pour manquer d’ambitions mondaines et se fit désormais appeler « Précieux » (Rinpoché).

Google employees meditated during a motivational class in 2012.
Credit Peter DaSilva for The New York Times
Dzongsar Khyentse R. explique qu’il ne souhaite pas que ses disciples partent méditer dans des grottes. Il veut qu’il restent des laïques et qu’ils aient de la dévotion tout en suivant la doctrine bouddhiste. Et puis qu’ils deviennent président, premier-ministre, des hommes d’affaires très compétitifs. Qu’ils réussissent, en étant très compétitifs, mais tout en restant un peu réticent... Une sorte de taqîya sociale qui vise à dissimuler le bouddhiste derrière l’homme d’affaires, l’officier d'armée, le président etc. que l’on « jouerait » (sct. līlā) à fond[3]. Dans l'autre sens, il organise des formations de management pour les tulkous et les abbés, pour en faire des bons gestionnaires. Des éveillés à la recherche de leur gestionnaire intérieur. 

Ce n’est finalement pas si différent de la pleine conscience ou de la compassion en entreprise ou dans l’armée. Un peu de pleine conscience et de compassion, pour ne pas oublier qu’au fond on est quelqu’un de bien et que nos réticences bouddhistes n’ont pas à freiner la marche du monde et la réussite des uns et des autres.

Pour finir un extrait d'une conservation entre Chogyam Trungpa et Allen Ginsberg suite à l'affaire Merwin :
 « [Trungpa] dit, eh bien le problème avec Merwin — c'était il y a quelques jours — il dit, le problème de Merwin était la vanité. Il dit, je voulais me charger de lui en m'ouvrant totalement à lui, en mettant de côté toutes les barrières. “C'était un pari.” dit-il. Alors je demandais était-ce un erreur ? Il répondit “Non.” Alors je dis que si c'était un pari et que cela n'avait pas marché, pourquoi ne serait-ce pas une erreur? Eh bien, parce que maintenant tous les étudiants doivent y réfléchir, cela servira d'exemple, et leur fera peur. Alors je rétorquai “Et si tout le monde en parle à l'extérieur, cela ne causerait pas un scandale énorme?” Et Trungpa de répondre, “Eh bien, ne sois pas étonné de découvrir que tout l'enseignement se réduit finalement à la vacuité et la docilité.”[4]

***

[1] « At a time when the Beatles had ponytails and it was all the fashion to wear bell-bottoms, smoke marijuana, wash with vegetable soap, and keep long fingernails, there was a rebellious freedom in the air, a trend of going slightly against the system.There was also a trend of spiritual seeking.
Chogyam Trungpa Rinpoche came along and insisted that all the Vietnam War-protesting Dharma students wear khaki uniforms, ties, and suits with pins. He even made them march like British soldiers on American soil. He combined Japanese simplicity and elegance with colonial British style and imposed all of this on the Woodstock-going hippies. It sounds crazy, but each command was so skillful
. » — Dzongsar Jamyang Khyentse Rinpoche, The Guru Drinks Bourbon?

[2] « At first Sogyal was “one of the boys”, but took off for a while to visit Chogyam Trungpa Rinpoche, who pioneered Tibetan Buddhism in the USA. Trungpa was a formidably intelligent iconoclast who acquired a nationwide following, with a formula that shook Buddhist America to the core and generated enthusiasm wherever he alighted. In contrast to the more familiar austerities of Zen Buddhism, Trungpa offered authentic Tibetan theory and practice in tandem with a sybaritic lifestyle. An early American seeker, Victoria Barlow, recalls meeting Sogyal in Boulder, Colorado in 1976: “Sogyal was enthralled by Trungpa’s sexual conquests,” she says, “he told me outright that he wanted what Trungpa had and aimed to achieve a rock star lifestyle.” Sogyal returned to London in a radically altered state of mind – berating his students for their lack of worldly ambition and demanding to be treated like a “precious one”. » Behind the Thangkas, Mary Finnegan.

[3] "I am little reluctant to send people to the caves. I want actually to do this: What I want them to do is, dwell in the lay person situation, have devotion and really have a trust to the right view which is emptiness or the four seals of whatever, interdependent arising. Take refuge wholeheartedly to the triple gem. And then, yes be the president, be the prime minister, be the business person, very competitive. But once you have this, specially the right view, what will happen is you will be actually much better business person. Look, this is what will happen. You will plan, you will have this plan. And because of the right view, one part of you will tell to you, it might not work, whatever you are planning. Your competitor doesn’t know this. They are so blind, it will work. So you are actually end up making plan A, plan B, whatever plan you make you also ready that any of this will collapse, any time. You understand? So this way what you will end up become? You become a successful reluctant president, successful reluctant prime minister, successful reluctant business man or woman. And this is what I think you should aim for if you are asking me."

~ Dzongsar Jamyang Khyentse Rinpoche's "Parting from the Four Attachments", Nepal June 2009 (videos via YouTube )

[4] " He said, well, the problem with Merwin — this was several years ago — he said, Merwin’s problem was vanity. He said, I wanted to deal with him by opening myself up to him completely, by putting aside all barriers. “It was a gamble.” he said. So I said, was it a mistake? He said, “Nope.” So then I thought, if it was a gamble that didn’t work, why wasn’t it a mistake? Well, now all thestudents have to think about it —so it serves as an example, and a terror. But then I said, “What if the outside world hears about this, won’t there be a big scandal?” And Trungpa said, “Well, don’t be amazed to find that actually the whole teaching is simply emptiness and meekness.” When the Party’s Over, interview avec Allen Ginsberg dans Boulder Monthly, mars 1979.

jeudi 30 août 2012

Ce karma qui fait les princes et les pauvres



"Prenez l'exemple de Prince Charles, qui est né comme le fils de la Reine Elizabeth. Pourquoi est-il né comme son fils? C'était uniquement possible à cause de son bon karma. Aucun décret n'a été publié qui déclare: "Il est autorisé de devenir le prince de l'Angleterre et vous, vous n'avez pas le droit de naître en cette position." Personne ne prend ce type de décision. C'est le résultat automatique du karma individuel que les gens ont accumulé dans le passé. Il avait réussi à accumuler le mérite pour devenir Prince de l'Angleterre, et les autres non. De la même façon, quand nous voyons des enfants qui meurent de faim en Afrique, la question se pose: "Pourquoi sont-ils nés en Afrique? Pourquoi souffrent-ils ainsi?" C'est parce qu'ils sont nés comme des êtres humains à telle époque et en tel lieu en Afrique. Quelqu'un les aurait-il forcés à y prendre naissance? Non, personne ne force ainsi des êtres vivants à naître. Le fait que des gens naissent dans ces conditions est dû à leur manque de mérite. De ce point de vue, il est essentiel d'accumuler du mérite. Quand on a du mérite, il est possible de naître comme le prince de l'Angleterre. Quand on manque de mérite, il est possible de renaître comme un enfant qui meurt de faim en Afrique. Réfléchissez bien à cela et voyez comme il est nécessaire de créer du mérite."


(His Eminence Khenchen Thrangu Rinpoche, King of samadhi, p. 47)

"To be born an Englishman is to win first prize in the lottery of life." Cecil Rhodes

***

"Take the example of Prince Charles, who was born as Queen Eliza­beth's son. Why was he born as her son? It was only possible through his own good karma. There is no one who issued the decree, "He is allowed to be the Prince of England and you are not allowed to be- born in that position." No one makes this decision. It is the automatic result of peo­ple's individual karmic accumulation created from the past. He had somehow gathered the merit to become Prince of England while other people did not. In the same way, when we see children dying of starvation in Africa, it raises the question, "Why were they born in Africa? Why do they have to suffer this way?" It is because they were reborn as human beings at this particular time and place in Africa. Did anyone force them to be reborn there? Did someone say, "Now you must be reborn in a place in Africa where you will starve to death"? No, no one forces living beings to be reborn in this way. The fact that people are born into such circum­stances is because of lacking merit. From that standpoint, it is definitely very important to accumulate merit. Having merit, one can be born the Prince of England; lacking merit, one may be born as a starving child in Africa. Think about this and see that there is a definite need to create merit."


MàJ 23092018