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mercredi 10 mai 2023

The Price for perfection 24/7/365

The Temptation of St. Anthony, 1887 - by Paul Cezanne

Perfection in an imperfect world[1] comes at a price. Are Perfects, Siddhas, Buddhas, Arhats/Arahants, Saints etc. perfect all the time, 24/7/365? Would it be tolerable for a religion if their fruits weren’t permanent? If the promised awakening, salvation, grace, sanctity, etc. weren’t permanent, would they still be searched after as badly? Wouldn’t it somehow weaken the strength and appeal of the good news (euangelion)?

Why would anybody set up oneself or another as a totally perfect being? Such a being would certainly stand out in an imperfect world, among imperfect beings, and would at least deserve respect from the imperfect ones, some sign of recognition for their perfection. How does one know someone is perfect if one doesn’t live with them all the time? How do we know perfects are perfect all the time, even if nobody is watching? How come we have a certain idea of how perfect beings behave? Who planted the idea of perfection in our heads?

Even though perfection is not possible in this world (and why would it be elsewhere?), we somehow seem to need to believe in it, both individually and collectively. This belief needs a certain maintenance, and it can even be very high maintenance depending on the level of perfection. If something perfect or a perfect being shows lacks or gaps, then the survival of the belief in perfection will need these to be filled or covered up. Filling up breaches in perfection can sometimes be a full time job and there are good and bad jobs, botched jobs hardly covering up the lack of perfection or even drawing attention to them.
In the Pali canon the arahant emerges not simply as the revealer of the religion or the person worthy of receiving gifts but as one who has attained freedom of mind and heart, has overcome desire and passion, has come to true knowledge and insight, has crossed over the flood (of saṃsāra ) and gone beyond (pāragata ), has destroyed the āsavas (deadly attachments to the world), is versed in the threefold knowledge (tevijja ) of past, present, and future, has achieved the thirty-seven factors of enlightenment, and who has attained nibbāna.” Encyclopedia.com
According to Buddhist sources, the Buddha had declared himself to be an Arahant (Worthy One), and was the one to confirm the state of Arahant in others. It takes an Arahant to know one. It takes a Worthy one to know another Worthy One. When a Worthy one has been confirmed as a Worthy one, is considered by all as a Worthy one, and yet may seem to have his (arahants are male) weaker moments, then questions may arise, and they did arise and according to the Vinaya, the Buddha answered them vigorously.

The Vinaya contains the various sets of vows that religious followers of the Buddha need to follow, the breaking of which may lead to suspension or to expulsion from the Saṅgha. When an Arahant, a perfect monk, seemed to have broken a vow, doubts and questions could arise and be put before the Buddha, like in the following case.
Bu-Pj.1.10.17 MS.175 At one time a certain monk was lying down in the Jātiyā Grove at Bhaddiya,[22] having gone there to spend the day. And he had an erection because of wind. A certain woman saw him and sat down on his penis; and having taken her pleasure, she departed. The monks, seeing the moisture [kilinna],[23] informed the Master. Vin.3.38 “Monks, an erection occurs for five reasons: because of lust, because of excrement, because of urine, because of wind, because of being bitten by caterpillars. It is impossible, monks, it cannot be, that that monk had an erection because of lust. That monk is an arahant. There is no offence for that monk.” Vinaya Pitaka (1): Bhikkhu-vibhanga (the analysis of Monks’ rules) by I. B. Horner | 2014
Those who don’t see things as they are and don’t know the full context, could have got the wrong picture. They may have perceived lust, where there was none. They may have seen an erection and interpret it hastily as lust, without even considering the four other causes of an erection - thanks to his omniscience the Buddha saw at one glance it was due to wind. And above all they may have forgotten, caught up as they were in their own emotions, that the monk lying down with a harmless erection, was an arahant and therefore beyond lust. That a lustful woman doesn’t notice perfection when it stares her in the eye is one thing, but that followers of the Buddha can’t see the full scope of reality beyond mere appearances must have been a real disappointment to the Buddha.
It is impossible, monks, it cannot be, that that monk had an erection because of lust. That monk is an arahant. There is no offence for that monk.”
One can read between the lines this wasn’t the first time the Buddha had to make this point to his recalcitrant followers. Have a look at the other Vinaya stories (same link). Hopefully they learned their lesson and wouldn’t have been so quick to jump to conclusions the other times an Arahant was found in an awkward situation.


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[1]The Buddha taught that all phenomena, including thoughts, emotions, and experiences, are marked by three characteristics, or “three marks of existence”: impermanence (anicca), suffering or dissatisfaction (dukkha), and not-self (anatta).The Three Marks of Existence

mardi 26 février 2013

Elucubrations égalitaristes, l'égalité d'accès



Le Bouddha était éveillé, c’est même pour cela qu’il s’appelle bouddha. Il s’est éveillé au Réel. J’ajoute une majuscule, car le réel est défini comme « Qui existe d'une manière autonome, qui n'est pas un produit de la pensée », ou « Qui est dégagé de la subjectivité du sujet ». Qu’est-ce qui peut bien exister[1] de manière autonome, qui n’est pas un produit de la pensée et qui est dégagé de la subjectivité du sujet ? Nous vivons toujours un peu sous le règne de la mythe de l’objectivité, soyons prudents. Le Réel du Bouddha n’est pas sans pensée, sans subjectivité, mais dépasse et le sujet et l’objet, et l’existence et la non-existence, ce qui ne veut pas dire qu’il se tient quelque part au-dessus des deux. C’est le fameux Milieu, qui n’est pas le milieu entre deux pôles, mais qui est l’espace entre les deux pôles, où la pensée évolue librement. A la limite, rien ne l’empêcherait même d’aller vers les extrêmes, si elle ne perd pas la perspective globale (the big picture).

Le Bouddha était une personne comme vous et moi, sujet aux mêmes souffrances. Il a cherché longuement, mais son intuition n’était pas le résultat ou la somme de tout ce qu’il avait fait. Nous sommes tous différents. En mettant nos pas exactement dans les pas du Bouddha, il n’est pas certain d’arriver à la même intuition, celle du Réel. Et pourtant nous avons la tendance de le penser. Un multimillionnaire écrit un livre et explique comment il est devenu multimillionnaire  Il a évidemment son idée et parle de son point de vue et ne manquera pas de les faire savoir. Le facteur chance, pourtant essentiel, sera minimisé, sinon, il n’aurait pas de mérite et le livre ne serait pas informatif et n’aurait pas de raison d’être. Et ceux qui veulent devenir multimillionnaire vont tenter de retracer, tels qu’ils les ont compris, les pas du multimillionnaire  tels que ce dernier se les a représentés et tels qu’il les a racontés. Rien à voir avec le Réel, qui continue à être là, simplement et bêtement.

Étant éveillé, le Bouddha voit bien que le curriculum de l’espèce de winner qu’il est n’a rien à voir avec le Réel. Et pourtant ceux qui veulent devenir comme lui vont lui demander « Comment avez-vous fait ? », « Que faut-il faire ? » , « Comment peut-on devenir comme vous ? ». « Il ne s’agit pas de devenir comme moi »[2] aurait répondu le Bouddha, « il s’agit de voir le Réel par vous-mêmes. »

Le Bouddha a donc essayé de guider les amis qui souhaitaient comme lui s’éveiller au Réel à l’aide des conversations (sutta). Du vivant du Bouddha, les moines s’adressaient mutuellement par le nom « ami » (āvuso), un terme utilisé entre égaux. Le Bouddha était adressé par le nom bhante (monsieur, ou seigneur). Pas Rinpoché, pas Sa Sainteté ou Son Éminence non, bhante. Ce serait juste avant sa mort que le Bouddha aurait dit aux jeunes moines d’appeler les anciens bhante ou āyasmā (vénérable). Les anciens continuaient d’appeler les jeunes « ami ». Il y a un sutta (MN 140), où un jeune ne reconnaît pas le Bouddha et l’appelle « ami ». Le Bouddha ne le corrige pas. On dirait qu’il n’attachait pas d’importance à son titre.

En revanche, les « amis » qui avaient été promus « bhante » après la mort du Bouddha attachaient beaucoup d’importance à savoir qui avait accès au Réel, et qui pourrait donc se prévaloir du titre arhat. Cela se reflète dans de nombreux sutta, où le Bouddha déclare qui est arhat et qui ne l’est pas.  C’est comme si ceux qui y avaient accès ne le savaient même pas eux-mêmes… Dès qu'un moine meurt, les autres demandent au Bouddha quel était son score. Après sa mort, le Bouddha n’étant plus là pour dire qui avait accès au Réel, il fallait que d’autres prennent la relève. Des arhats titularisés décidaient peut-être en petit comité qui avait accès et qui n’avait pas accès au Réel. Imaginez la tension parmi la sangha quand le jury s’avançait pour leur annoncer les nouveaux titulaires.

L’accès au Réel semble être une chose qui demande une certaine gestion. On pourrait dire, « mais il est ici le Réel, il suffit de le voir ». Mais comment en être certain, si un autre, une personne dont l’accès au Réel a été dûment agréé, ne vous le confirme pas ? Les écoles bouddhistes où l’accès au Réel est une question de transmission tiennent des archives. Qui est bhante, qui est arhat, qui est patriarche, qui a obtenu le corps d'arc-en-ciel ou autre réalisation ultime ? Le premier patriarche, à titre posthume, est le Bouddha, suivi par Mahākāshyapa, Ananda etc. L’accès au Réel est régularisé. Il faut passer par son supérieur hiérarchique et il vaut mieux qu'il vous le mette par écrit, dûment scellé. Si vraiment on conteste la décision de son hiérarchie et qu’on estime que l’on a bien accès au Réel, on peut toujours fonder son propre système de certification avec son propre contrôle qualité. Si on était cynique et porté à la caricature et à la provocation, ce que je ne suis pas, on pourrait faire le dessin schématique (donc imparfait, par exemple la séparation et la distance entre "vous" et le "Réel" ne me plaît pas) ci-dessous.


Dans les lignées de transmission telles qu'elles sont pratiquées au Tibet, l'idée de la grâce (adhiṣṭhāna) transmise est essentielle. Cette grâce, en principe celle-là même qui remonte au Bouddha, n'est autre que l'accès au Réel. Quelle autre grâce pourrait-il y avoir ? Mais selon le dogme des lignées de transmission, elle n'est accessible que par le biais de la lignée. C'est comme s'il y avait un portillon entre vous et le Réel, et qu'il fallait passer par la lignée comme par un câble ADSL (ou fibre optique si vous avez de la chance) pour arriver au Réel et boire à sa fontaine. La lignée est un fournisseur d'accès (pas FAI mais FAR, fournisseur d'accès au Réel). Ci-dessus vous avez un schéma avec une seule lignée, mais il existe évidemment de nombreuses lignées (FAR). Pourtant nous baignons déjà dans le Réel et dans la grâce, nous sommes le Réel. L'idée d'accès (et à fortiori celle d'un FAR) et de non-accès est une illusion. Ou une liberté dirait l'école de la Reconnaissance, qui prend cela du bon côté.


L'idée de transmission et de lignée est sans doute née avec celles de Famille et de Clan (kula, gotra) et d'affiliation, avec celle de la transmission entre père et fils (upanişad), puis guru et disciple, et avec le cadre initiatique qu'imposent les mystères des divers cultes locaux intégrés. Il y a un sens d'exclusivité, dont on était très conscient à la renaissance tibétaine. La transmission spirituelle était d'ailleurs souvent doublée d'une transmission généalogique et de pouvoir séculier. 

Le Bouddha avait pourtant précisé que ce qu'il avait enseigné (plutôt ad hoc, en fonction de ceux qu'il avait en face de lui), n'était que la poignée de feuilles que pouvait contenir une main (et transmettre pour ceux affiliés à un FAR certifié). La forêt (le Réel) abonde de feuilles partout où l'on regarde. Comme une île d'or.        

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[1] ex(s)istere « sortir de, se manifester, se montrer »

[2] « Celui qui me voit, voit le dhamma ; celui qui voit le dhamma me voit. » Saṃyutta III.120, Dans le Milindapañho III.5.18 le moine Nāgasena dit : « De même on ne peut désigner le Bienheureux comme étant ici ou là. Mais il peut être désigné par le Corps de la Loi (dhammakāya) : car la Loi a été enseignée par lui."