mardi 15 janvier 2013

Le joyau qui exauce tous les désirs



Le Huainanzi est un classique philosophique chinois de la dynastie Han qui date du 2ème siècle avant J.C. et qui mélange des concepts taoïstes, confucianistes et légalistes. On y trouve la citation suivante :
« Les êtres s’ébranlent par catégories,
Racine et branche[1] se répondent mutuellement ;
C’est pourquoi lorsque le miroir solaire est exposé au soleil,
Il s’enflamme et produit du feu ;
Lorsque le miroir lunaire est exposé à la lune,
Il s’humecte et produit de l’eau. » (Huainan zi 3).[2]
Dans le Chant sous forme de distiques (Dohākośagīti) de Saraha, commenté par Maitrīpa/Advayavajra (1007-1078), on trouve le verset suivant (DKG n° 41) :
« La conscience-en-soi (T. sems nyid) seule est le germe du Tout (S. sarva)[3] Elle peut se projeter (T. ‘phro) aussi bien dans l'Errance que dans la Quiétude
Elle donne les fruits qui sont désirés
Hommage à la conscience qui est semblable au joyau Cintāmaṇi. »[4]
Le joyau Cintāmaṇi est gardé par le prince des nāgā et se trouve aussi sur le front du makara[5], un autre être des profondeurs aquantiques. Il existe aussi des représentations de dragons tenant des joyaux dans leurs griffes. Même les dragons de la tradition occidentale sont des gardiens d’or, quelquefois plus spécifiquement d’une bague d’or[6]. Peut-être selon le modèle de Ladon, le dragon-serpent encerclé autour du Jardin des Hespérides qui gardait les pommes d'or et fut vaincu par Héracles. L’idée du germe unique revient dans deux autres versets de Saraha, mais qui ont été ajoutés à la version tibétaine et n'existent pas dans la version indienne. D’abord verset n° 87, qui explique le 30ème métaphore du texte : du cristal ou du verre propre pour illustrer l'apparition de feu et de l'eau dans certaines conditions (T. me shel chu shel gyi dpe).
Advayavajra explique dans con commentaire « Les êtres des trois univers et le Bienheureux extra-temporel partagent le même fondement libre d'imperfections. Celui-ci n'est apparu de rien et ne se situe nulle part. » Suit le verset n° 87 :
« A tous les trois niveaux il reste inaltéré, sans apparition ni durée
Le feu prend à cause des brindilles[7] Sans pouvoir résister le joyau de l'eau lunaire s'écoulera.
Les expédients gouvernent tous les royaumes[8]. »[9]
Commentaire sur le dernier vers :
« Si les rayons lunaires passent par ce cristal, on verra [apparaître], dans un récipient propre, comme de l'eau qui s'écoule . [323] Dès qu'on montre cela à une personne bien préparée, celle-ci éprouvera malgré elle la Mahāmudrā de façon infaillible . » 
C’est énigmatique ; il n’est pas exclu qu’un joyau/cristal fut utilisé dans les introductions (T. ngo sprod). Il s’agit donc d’un cristal voire de deux types de cristal différents, capables de produire du feu, quand il est touché par la lumière du soleil, ou de l’eau quand il est touché par la lumière de la lune. Cela rejoint l’idée des miroirs solaire et lunaire du Huainan zi, mais ici on a l’impression que c’est le même cristal qui produit du feu ou de l’eau en fonction de la nature de la lumière qui l’atteint.

Un autre verset (n° 107c), également ajouté au texte tibétain, développe encore la même idée.
« La même graine contient [potentiellement] deux arbres
La cause et le fruit qui en provient ont la même identité
Celui qui les pense de façon indifférenciée
S'affranchit à la fois du saṃsāra et du nirvāṇa. »[10]
Or, le premier de ces trois versets (DKG n° 41) est cité par Longchenpa (1308–1364)[11] dans Le trésor des doctrines sotériologiques (siddhānta) (T. grub mtha’ mdzod) et sert à justifier sa conception de la nature éveillée unique, à l’origine à la fois du temporel que de l’atemporel. Dans le Trésor du processus fondamental (T. gnas lugs mdzod), il écrit :
« La seule Intelligence (T. rig pa) est le fond de toutes les choses
Même en se manifestent de manière différenciée (multiple), [les choses] ne s'écartent jamais de l'unité
L'intuition autoproduite se revèle comme la racine unique
Tout comme dans la même matière précieuse, le feu et l'eau
Sont refletés conformément à leurs conditions (S. pratyaya) propres différentes
Leur racine est la même, et semblable au béryl bleu (vaidūrya) immaculé
Cependant de cette nature unique, émergent [toutes] les choses existentielles et quiéscentes (saṁsāra et nirvāṇa)
Qui partagent la même racine, la conscience éveillée ultime
Leur reconnaissance ou non-reconnaissance (S. avidyā) n'est qu'une différence superficielle. »
Dans son autocommentaire, il précise :
« La même pierre de béryl, peut produire, en fonction de ce que ce soit le soleil ou la lune qui l'éclaire, du feu ou de l'eau. Similairement, la même Intelligence, émerge, quand elle n'est pas reconnue, comme égarement (saṃsāra), ou, quand elle est reconnue, comme la quiétude (nirvāṇa). Le Jeu ou les modes d'émergence de la même Intelligence, peuvent être différentes, mais au niveau de l’essence, dont ils ne s’écartent jamais, ils sont identiques. »[12] 
Un des jatakas[13] (Bhūridatta jataka) du Bouddha met en scène le prince nāgā Bhūridatta, au souffle vénéneux et mortel, qui finirait par quitter ses femmes et renoncer à ses richesses pour pratiquer l’ascèse. Dans ce jataka, un ermite avait reçu d’un garuḍa un mantra qui conjurait le venin des serpents, mais n’en avait pas fait usage. Il l’avait transmis à son serviteur Alambayana, un charmeur de serpent. Celui-ci vit un groupe de jeunes nāgā aux rives du Yamuna gardant le joyau Cintāmaṇi. Quand il récita le mantra, tous les nāgā s’enfuirent en abandonnant le joyau Cintāmaṇi, que le charmeur de serpents récupéra par la même occasion. C’est toute l’information qui nous intéresse dans ce jataka pour ce billet.

Maitrīpa/Advayavajra utilise le même thème dans un de ses chants, intégré dans la collection de chants Shangpa intitulée Les chants de l’immortalité. On y retrouve réunis en un seul endroit quasiment tous les éléments mentionnés ci-dessus.
« L’existence et la transcendance sont inséparables,
Elles existent comme l’eau et les vagues.
Les bouddhas et les êtres ordinaires ne sont pas distincts,
Ils diffèrent comme le poison et sa transmutation par un mantra.
La nature unique de l’esprit et ses multiples apparences
Sont comme le cristal qui reflète les couleurs environnantes.
Des myriades de choses apparaissent, qui ne sont autre que notre esprit,
Tout comme les rivières prennent le goût du sel dans l’océan.
Dépouillé du concret et de l’abstrait, l’esprit originel demeure
Comme le ciel après le passage d’un oiseau. »[14]
Nous avions vu déjà que le béryl est un cristal allochromatique, qui peut prendre plusieurs couleurs (T. kha dog bsgyur ba) et qui était connu pour « produire sa propre lumière ». En cela, il ressemble à la nature de l’esprit ou à l’Intelligence, qui a divers modes d’émergence (T. dngos po sna tshogs shar) tout en restant essentiellement identique (T. yang rang sems te). La conscience peut se manifester comme le saṁsāra ou comme le nirvāṇa (T. 'khor dang mya ngan 'das pa), à la fois comme un éveillé ou comme un être ordinaire. Elle est comme le prince nāgā détenteur du joyau Cintāmaṇi, capable de donner la mort ou l’épanouissement. La différence entre l’Éveillé et l’être ordinaire est comme celle entre le venin neutralisé par le mantra (T. dug la sngags kyis btab pa'i khyad par bzhin) et le venin...

Le joyau Cintāmaṇi semblable au mental » T. yid bzhin nor bu) a des propriétés similaires à l’esprit. Transparent  tout en émettant une lumière (unique), qui se manifeste en des couleurs diverses (la multiplicité). Mythologiquement, ce joyau qui peut réaliser tous les objectifs est gardé par les êtres aquatiques (nāgā) des profondeurs, vénéneux et mortels. C’est le garuḍa, ou son mantra, qui peut neutraliser le venin du nāgā souterrain et qui permettra de libérer le joyau Cintāmaṇi, de le sortir de sa gangue, pour que sa lumière autoluisante brille librement. Il est comme le béryl qui, enfermé dans sa gangue, ne peut pas faire rayonner sa lumière (turiya) bénéfique. Le nom béryl vient d'ailleurs du grec beryllos, « cristal de la couleur de l'eau de mer ». Il semblerait, d’après Longchenpa et d’autres, que le béryl ait la capacité de produire du feu ou de l’eau en fonction de la lumière du soleil ou de la lune qui le touche. La montagne cosmique (les trois mondes) entre le Ciel et la Terre est comme le joyau Cintāmaṇi, « comme le mental », et comme le béryl allochromatique. Il se pourrait bien qu’elle soit entièrement constituée de béryl ou d’émeraude, ou du moins de leur éclat.


***

Illustration : dragon médiéval, British Library

[1] L’idée d’une racine (primaire) et des branches (secondaires) et leur correspondance revient souvent dans les dohakosa. Voir aussi sur le principe du semblable Henry Corbin, L’homme de lumière dans le soufisme iranien, p. 79. C'est un principe bien connu dans la magie, voir Hugues Berton, Formes et structures des thérapeutiques traditionnelles (Médecine et sorcellerie en milieu rural), Théorie de la signature, p. 31 etc. « Le semblable guérit le semblable. L’identité des formes implique l’identité des propriétés. »

[2] Comprendre le Tao, Isabelle Robinet, p. 145

[3] Longchenpa utilisera (voir plus loin) la variante « rig pa gcig pu chos rnams kun gyi gzhi », où « rig pa » remplacera « sems nyid ».

[4] sems nyid gcig pu kun gyi sa bon te//gang las srid ngang mya ngan 'das 'phro//'dod pa'i 'bras bu ster bar byed pa yi//yid bzhin nor 'dra'i sems la phyag 'tshal lo/

[5] « monstre marin, chimère de dauphin et de crocodile, monture de Varuṇa et de Gaṅgā, emblème de Kāma | astr. signe zodiacal [rāśi] et constellation du Capricorne. » (Gérard Huet)

[6] The Wilderness of Dragons, The reception of dragons in thirteenth century Iceland. Robert E. Cutrer, September 2012 http://skemman.is/stream/get/1946/12870/31221/1/Cutrer$002c_Robert_E_-_MA_Thesis_-The_Wilderness_of_Dragons.pdf

[7] Commentaire : « Par la rencontre des rayons solaires, du cristal et de brindilles, du feu se produit. »

[8] A savoir à la fois le saṁsāra (feu) que le nirvāṇa (eau).

[9] sa gsum gang du'ang dri med mi gnas mi 'byung ste//me ni spra ba nyid la rkyen gyis 'bar//zla ba chu 'dzag nor bu rang dbang med//thabs kyis rgyal srid kun la dbang sgyur ba//

[10] sa bon gcig las sdong po gnyis//rgyu mtshan de las 'bras bu cig/de yang dbyer med gang sems pa/_/des ni 'khor ba dang mya ngan las 'das rnams grol/

[11] Klaus-Dieter Mathes, A direct path to the Buddha within, p. 99, Grub mtha’ mdzod 364.4-6

[12] rig pa gcig pu chos rnams kun gyi gzhi//
du mar snang yang gcig las ma g.yos zhes//
rang byung ye shes rtsa ba gcig tu bstan//
ji ltar nor bu gcig la med dang chu//
so so'i rkyen gyis tha dad snang na yang*//
rtsa ba gcig ste bai DUr+Ya dag pa bzhin//
rang rig gcig las 'khor 'das gnyis shar yang*//
rtsa ba gcig ste don dam byang chub sems//
rig dang ma rig sgyu ma'i khyad par tsam//

nor bu bai DUr+Ya gcig nyi ma dang zla ba shar ba'i rkyen so so 'i me dang chur 'byung ba ltar//
rig pa gcig nyid rang ngo ma shes pas 'khor ba dang shes pas mya ngan las 'das pa'i snang ba so so shar yang*/ rig pa gcig gi rol pa'am 'char tshul las ngo bo tha dad pa dang g.yos pa med de/

[13] http://www.buddhachannel.tv/portail/spip.php?article2986

[14] Les Chants de l’immortalité, traduits par Christiane Buchet et Tcheuky Sèngué, p. 62-63
'khor dang mya ngan 'das pa dbyer mi phyed//
chu dang rlabs bzhin du ni gnas pa yin//
sangs rgyas sems can gnyis su med pa ste//
dug la sngags kyis btab pa'i khyad par bzhin//
sems nyid gcig la sna tshogs snang ba ste//
shel nyid rkyen gyis kha dog bsgyur ba bzhin//
dngos po sna tshogs shar yang rang sems te//
chu rnams thams cad rgya mtshor lan tshwa'i ro//
dngos dang dngos med spangs nas gdod ma'i sems//
dper na bar snang bya yi rjes bzhin gnas//

vendredi 11 janvier 2013

L'envergure des élans ailés



Le phénix (nom grec donné à l’oiseau Benou ou Bennu de la mythologie égyptienne) était l’hypostase du dieu Rê, le feu divin (le Soleil à son zénith) et représente l’âme. Le livre des morts dit : « Je suis l'Oiseau Bénou, l'Âme/cœur de Rê, le Guide des Dieux vers le Douât[1] ». Rê n’accomplit pas son trajet dans un char solaire, mais dans une barque solaire, qui est précédée par l’oiseau Bénou. Le phénix est ainsi associé à la planète Vénus[2] qui précède le Soleil pour le guider. "Le Benou était la planète Vénus qui disparaît chaque jour dans l’incandescence de l'aurore avant de réapparaître le lendemain."[3] Il vit sur la pierre benben[4], le tertre qui émergea de l'océan primordial sur lequel le soleil apparut pour la première fois, aussi appelé pour cette raison « l’île de la flamme ».


Le phénix chinois s’appelle fènghuáng (鳳凰). On ne lui attribue pas explicitement le pouvoir de renaître de ses cendres[5] comme l’oiseau Benou. Il est le souverain de tous les oiseaux et l’ennemi des serpents. Il est associé à la planète Vénus, à qui il sert de monture. Il est l’union du yin et du yang et a un plumage de cinq couleurs (rouge, azur,jaune, blanc et noir). Il vit sur la montagne Kunlun[6] mythologique, qui n’est pas la cordillère du Kunlun géographique, et qui se situe directement sous l’étoile polaire. Sous l’influence indienne, la montagne Kunlun fut associée au Mont Sumeru. Les taoïstes l’identifiaient au Paradis occidental (Mont Guixu - chez les bouddhistes chinois le paradis de Tejaprabha) en face du paradis oriental (Mont Penglai - chez les bouddhistes chinois le paradis de Bhaiṣajyaguru Vaidūryaprabha).


En Inde, le roi des oiseaux est le garuḍa qui servait de monture au dieu Vishnu. Son nom ancien védique est Śyena[7]. Le Purāṇa qui lui est consacré, le Garuḍa Purāṇa, a pour thème la vie et la mort, et est récité pendant les rites de crémation. Le garuda est l’ennemi des serpents (nāgā) qu’il porte d’ailleurs comme ornements. Le premier livre du Mahabharata raconte sa naissance.
« À l'âge d'or, donc (l'âge «parfait» du sanscrit), le Géniteur Prajāpati marie ses deux filles Kadrū et Vinatā à Kaśyapa («Tortue»), fils de Brahmā. Kaśyapa, satisfait de ses deux épouses, leur accorde à chacune un souhait : Kadrū veut avoir mille serpents comme descendance et Vinatā (mère des oiseaux) ne veut que deux fils, mais plus forts et plus grands que les fils de Kadrā. Au bout d'un long temps, toutes deux pondent leurs œufs, mais les mille serpents de Kadrā éclosent les premiers. Vinatā, dans son impatience, brise la coque de l'un de ses deux œufs et l'embryon inachevé qui en sort, avec la partie supérieure du corps seule formée, la maudit et s'envole pour devenir le cocher du char Soleil. Il promet l'esclavage à sa mère, mais, si elle a la patience d'attendre la naissance de son frère, celui-ci la délivrera de esclavage. Le second fils attendu est Garuḍa, le grand mangeur de serpents, qui quitte immédiatement sa mère en quête nourriture dès sa naissance. »[8] C’est lui qui dérobera l’amṛta des dieux. 
Dans le premier chapitre des Chants de Milarepa, composé par Tsangnyeun Heruka, Milarepa se compare à des animaux mythiques, parmi lesquels le garuḍa (T. khyung), qui peut traverser le ciel d’un seul coup d’aile.
« Je ne me considère pas humain
Je suis le fils du Garuda, roi des oiseaux
C'est à l'intérieur de l'oeuf que mes ailes ont poussé
Pendant mes années d'enfance, je dormais dans le nid
Pendant mes années d'adolescence, je gardais l'entrée du nid
Garuda adulte, je me lance (T. 'phangs) et je traverse (T. bcad) le ciel
Même si les cieux (T. gnam kha zheng) sont vastes, je n'ai pas peur
Même devant les régions aux gorges (T. sul) étroites (T. dog), je ne recule pas. »[9]

L'autolibération des signes (T. mtshan ma rang grol), attribué à Garab Dordjé reprend le thème du garuḍa (T. khyung) pour lui donner une interprétation plus intérieure : l’Intelligence (T. rig pa).
« Par exemple, le grand garuda, le roi ailé,
Même en séjournant dans la matrice, domine les êtres aquatiques
A l'intérieur de l'oeuf, les ailes poussent et se perfectionnent
Une fois sorti de l'oeuf, il traverse l'extérieur par la force de son envergure
Comment ce serait possible aux autres oiseaux ?
Mais c'est possible au grand garuda, qui est bien dans l'espace.
[De même] qu'il y ait accès ou non,
[l'Intelligence] (T. rig pa) est libre
Elle reste égale, maintenant et à l'instant suivant
L'état continu de cette égalité ne s'interrompt jamais
Ceux qui désirent se libérer par les neuf véhicules,
Ceux qui veulent se perfectionner, se purifier et se transformer
Sont dans leur bon droit, et bien dans le grand véhicule
Pourquoi y sont-ils bien ? Parce qu'ils sont dans le cours du corps spirituel, qui est la liberté universelle
Il n'y a rien qui ne soit pas libre dans le cours du corps spirituel. »[10] 
Le garuḍa peut traverser le ciel d’un coup d’ailes[11], mais ne recule pas non plus devant les passages étroits que sont « les neuf véhicules » (entrée simultanée et graduelle). L’Intelligence, le logos parcourt tous les mondes.

MàJ : L'oiseau Huma en Perse partage des ressemblances avec le garuda. C'est aussi un oiseau faiseur de roi. Si son ombre tombe sur une personne, il désigne le futur roi.

***

[1] La Douât est le lieu de séjour de Rê pendant les heures de la nuit. Par analogie, il s'agit du séjour des défunts après leur mort, en attendant qu'ils ressuscitent en même temps que le Soleil. Il s'agit d'un monde d'épreuves, divisé en douze heures.

[2] La planète Vénus est parfois appelée « l'étoile du bateau du Benou-Osiris ».

[3] Noosphère

[4] dérivé de la racine wbn « s'élever en brillant »

[5] Bien qu’appellé aussi oiseau de cinabre, qui symbolise l'été, le sud et l'élément feu. Le fameux oiseau de feu (Jar-ptitsa).

[6] Wikipedia « The term "Kunlun" is theoretically semantically related to the term Hundun, or, hundun (Chinese: 混沌; pinyin: hùndùn; Wade-Giles: hun-t'un; literally: "primal chaos" or "muddled confusion"), sometimes personified as a living creature: and, also semantically related is the term kongdong (Chinese: 空洞; pinyin: kōngdòng; Wade-Giles: k'ung-t'ung; literally: "grotto of vacuity"), according to Kristofer Schipper (1978: 366). Grotto-heavens were traditionally associated with mountains, as hollows or caves located in/on certain mountains. The term "Kunlun Mountain" can be translated as "Cavernous Mountain": and, the mythological Kunlun mountain has been viewed as a hollow mountain (located directly under the Pole Star), according to Schipper (1978: 365-366). »

[7] Aigle ou épervier en lequel Indra s'était transformé pour reprendre la liqueur d'immortalité [amṛta] volée par Śuṣṇa (Gerar Huet)

[8] Madeleine Biardeau, Le Mahabarata, p. 172

[9] mi nga dag nga rang mi zer te/nga ni bya rgyal khyung gi bu/sgo nga'i nang nas gshog sgro rgyas/phru gu'i lo la tshang du nyal/thong ba'i lo la tshang sgo bsrungs/khyung chen dar ma'i lo la nam 'phangs bcad/nga gnam kha zheng che rung ya mi nga /sa lung sul dog rung bag mi tsha/

[10] dper na 'dab chags rgyal po khyung chen des//
mngal na gnas kyang klu rnams zil gnon cing*//
sgo nga'i nang du 'dab gshog tshad du phyin//
sgong rgya bral dang phyi rgya rlabs kyis chod//
'dab chags gzhan la ci bde ga la rigs//
khyung chen rang la rigs te mkha' la bde//
rtogs dang ma rtogs med par grol ba dang*//
'di dang phyi ma med par mnyam pa dang*//
mnyam nyid ngang la rgyun chad med pa de//
theg dgu rgyud nas grol bar 'dod pa dang*//
shin tu sbyangs dang spangs dang sgyur 'dod pa//
gang la rigs te theg chen rang la bde//
ci bde thams cad bde chen chos sku'i klong*//
chos sku'i klong du ma 'grol 'ga' yang med//

[11] Quand le sage Narada avait demandé au dieu du vent Vayu de mettre à l’épreuve Mont Merou, il lui souffla dessus de toutes ses forces pendant un an. Mais garuḍa protegea Mont Merou de ses ailes, ce qui donne une idée de leur envergure.

Le tafsîr du Coran d’ibn Arabi dit que « Qâf est une montagne qui entourait l'univers et que derrière se trouvait un phénix recouvrant le tout et qu'il est le voile de Dieu ».

jeudi 10 janvier 2013

De l'alpinisme spirituel



Le nom complet du bouddha que l’on connaît dans le bouddhisme tibétain comme Sangyé Menla (T. sangs rgyas sman bla) est Bhaiṣajyaguru Vaidūryaprabha (ou Bhaiṣajyaguruvaiḍūryaprabhārāja) en sanscrit. Bhaiṣajyaguru (T. sman bla), signifie « maître à remèdes »[1], et Vaidūryaprabha signifie « Éclat de béryl » (S. prabha T. mdangs). Tout comme Tejaprabha avant lui, Vaidūryaprabha sera côtoyé de Sūryaprabha et Candraprahbha.


Le vaidūrya ou vidūraja est le nom sanscrit, utilisé tel quel dans les textes tibétains, qui signifie béryl bleu. Ce mot vient de la racine vidūra, qui signifie « distant, très éloigné » ou « qu'on ne peut atteindre par ». Le béryl est un cristal allochromatique, c’est-à-dire dont la couleur est due essentiellement à l'infiltration de produits étrangers. Ainsi il apparaît comme « l'héliodore (jaune doré), l'aigue-marine (bleue), la morganite (rose), l'émeraude (verte) et le béryl (rouge), dont la couleur est due au manganèse. » Il est translucide, transparent pour les variétés précieuses, et a un éclat vitreux. Soumis à un rayonnement ultraviolet, il est fluorescent et luminescent. La couleur du béryl peut varier en fonction de la présence d’éléments chimiques. Il peut être vert à cause de la présence de chrome, et s’appelle alors émeraude. Le rayonnement ultraviolet, étant invisible à l’œil nu, il peut sembler que l’éclat de béryl est causé par une lumière "incréée".

L’être qui allait devenir Bhaiṣajyaguru avait pris douze grands vœux pour alléger les souffrances des êtres. Les deux premiers étant d’illuminer des mondes innombrables de son éclat afin de rendre tous les êtres identiques à lui et :
« Je formule le vœu que, lorsque j’aurait atteint le parfait évéil dans une existence future, que mon corps, l’intérieur comme l’extérieur, émettra partout la pureté lumineuse et infaillible de l’éclat de béryl. Ce corps aux meilleurs vertus restera paisiblement au milieu d’une toile de lumière plus éclatante que celle du soleil et de la lune. Cette lumière éveillera les esprits de tous les êtres dans les ténèbres et leur permettra de s’engager dans des projets qu’ils appellent de leurs voeux. »[2] 
L’éclat de béryl est donc une lumière invisible et intérieure[3], mais dont l’éclat est plus grand que celui du soleil et de la lune, et qui sert de guide aux êtres dans les ténèbres. Vimalamitra donne un exemple pour les qualités de l’accès simultanée à la non représentation dans son texte L'Accès simultanée - instructions de la culture de la non-représentation (T. cig car 'jug pa rnam par mi rtog pa'i bsgom don) :
« Par exemple, en montant au sommet d'une montagne élevée, on peut tout voir clairement. De la même manière,dans ces deux types d'absorptions, toutes les absorptions se manifesteront. Être dans ces deux [absorptions] c'est comme demeurer dans une maison en béryl (lapis lazuli) : on y perçoit clairement l'extérieur comme l'intérieur. De la même façon on verra clairement les limites de toutes les choses. L'éveil n'est autre que cela. »[4] 
Justement, Bhaiṣajyaguru demeure dans un palais de béryl. Si on prenait la peine de décrire tout ce que l’on peut percevoir, tous les possibles, dans cette construction vaste comme l’univers sans extérieur ni intérieur, grâce à sa qualité de béryl, on s’approcherait sans doute de la description du pavillon de l’Essentiel des Ornements de Vairocana.
« [Sudhana] vit que chaque case du pur pavé de lapis-lazuli [béryl] en échiquier s’ornait d’une figure inconcevable, différente de toutes les autres : ce pouvait être un monde, un bodhisattva, un ainsi-venu ou encore le reflet de l’un des ornements de tous les pavillons. »[5] 
Dans les traditions de l’Islam, la montagne Qâf est la montagne cosmique aux cités d’émeraude au sommet duquel se trouve le Rocher d’émeraude. Mohammed ibn Jarir Al-Tabari (838–923) la décrit dans la Chronique de Tabari (Histoire des Prophètes et des rois, I 26-7).
« Le prophète dit : Allah a créé la montagne de Qaf tout autour de la terre. On la nomme le pieu de la terre, comme il est dit dans le Coran : “Les montagnes sont des pieux.”
Ce monde est au milieu de la montagne de Qaf, et il y est comme le doigt est au milieu de l'anneau. Cette montagne est couleur d'émeraude bleue. Aucun homme ne peut y arriver, parce qu'il faudrait pour cela passer quatre mois dans les ténèbres. Il n'y a dans cette montagne ni soleil, ni lune, ni étoiles, et elle est tellement bleue, que la couleur azurée que tu vois au ciel vient de l'éclat d la montagne de Qaf qui se réfléchit sur le ciel, et il parait de cette couleur. Si ce n'était pas ainsi, le ciel ne serait pas bleu. Toutes les montagnes que tu vois dans premier monde tiennent à la montagne du Qaf. Sache que, si la montagne de Qaf n'existait point, toute la terre tremblerait sans cesse, et les créatures ne pourraient point vivre
. »
La montagne Qâf qui entoure le monde est comme la limite de celui-ci. Elle marque le début de l’univers spirituel que Henry Corbin appelle mundus imaginalis (‘âlam al-mithâl), qui n’est pas « un monde de concepts, de paradigmes et d’universaux[6] (S. jāti T. skyes pa).»
« Le mundus imaginalis de la théosophie mystique visionnaire est un monde qui n’est plus le monde empirique de la perception sensible, tout en n’étant pas encore le monde de l’intuition intellective des purs intelligibles. Monde entre-deux, monde médian et médiateur[7], sans lequel tous les événements de l’histoire sacrale et prophétique deviennent de l’irréel, parce que c’est en ce monde-là que ces événements ont lieu, ont leur ‘lieu’. »[8] 
Dans la culture indienne, le mont cosmique au centre (madhya) est le mont Meru allochromatique, dont chaque face est d’une couleur différente. Sa position centrale n’est pas forcément géographique. Vārāhamihira (505–587) affirme dans le Pañcasiddhāntikā que le mont Meru se situe au Pôle nord (nord cosmique ?). Quelque soit la thèse quant à son emplacement géographique, le mont cosmique ne s’y trouve pas physiquement. Sa centralité, son « axialité » est d’une autre nature. Son centre se situe dans l’axe du pôle céleste, le « nord cosmique » de l’étoile polaire, le Beidou taoïste, qui gouverne les astres et les hommes et qui les guide de sa lumière noire. Comme il échappe à toute localisation, il est véritablement « vidūra » : « distant, très éloigné, qu'on ne peut atteindre ». La lumière[9] invisible, « incréée », qui sert de guide est l’éclat du vaidūrya (Vaidūryaprabha ), du béryl, de l’émeraude. Et l’éclat du vaidūrya servant de guide est la non-représentation dont Vimalamitra explique l’accès, qui n’est sans doute autre que l’ascension du Rocher d’émeraude. Tel "à l'extérieur", tel "à l'intérieur".

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[1] ou « maître à recettes » (fang-che) ?

[2] "I vow that in a future life, when I have attained Supreme Enlightenment, my body, inside and out, will radiate far and wide the clarity and flawless purity of lapis lazuli. This body will be adorned with superlative virtues and dwell peacefully in the midst of a web of light more magnificent than the sun or moon. The light will awaken the minds of all beings dwelling in darkness, enabling them to engage in their pursuits according to their wishes. Sutra of the Medecine Buddha

[3] Tout comme la matière précieuse vaidūrya (S. béryl, lapis lazuli)
Est toujours resplendissante
Mais tant qu'elle est contenue dans la gangue (T. rdo)
Sa lumière ne brille point. 
T. ji ltar rin chen bai [ DUr+ya ]//dus rnams kun tu 'od gsal yang*//rdo yi nang na gnas gyur na//de yi 'od ni gsal ma yin//) Hymne au Dharmadhātu (dharmadhātustavam)

[4] dper na ri mthon po'i khar phyin te bltas na thams cad gsal bar mthong ba bzhin du/ ting nge 'dzin 'di gnyis kyi nang du ting nge 'dzin thams cad snang ngo/ /'di gnyis la gnas pa ni rin po che bee d'urya'i khang pa'i nang na 'dug pa'i mi dang 'dra ste/ phyi nang kun gsal bar mthong ngo/ /de bzhin du dngos po thams cad kyi mtha' mthong bar 'gyur te/ de nyid sangs rgyas yin par/

[5] Traduction de Patrick Carré

[6] Henry Corbin, L’homme de lumière dans le soufisme iranien, p. 16

[7] « Entre la Nuit lumineuse de la surconscience et la Nuit ténébreuse de l’inconscience ». Corbin, L’homme de lumière, p. 17

[8] Urqalya ou Hûrqalyâ  


[9] S. svābhāsa T. rang gsal

mercredi 9 janvier 2013

Tejaprabha, le bouddha invisible



Jeffrey Kotyk, de l'excellent blog Flower Ornament Depository a publié un billet sur l'ethnicité dans l'art bouddhiste de la dynastie Tang, dans lequel il présente une peinture sur soie, datée de 897, redécouverte dans les grottes de Dunhuang. Elle représente le bouddha Tejaprabhā[1] (Éclat de feu T. gzi brjid mdangs ?), entouré des cinq planètes sous une forme anthropomorphe. Ce n'est qu'après l'arrivée du bouddhisme en Chine, que les cinq planètes furent ainsi représentées sous forme humaine/divine. Les indiens avaient à leur tour été influencés par les grecs en ce qui concerne les représentations anthropomorphes.

Jeffrey mentionne des points de convergence entre cette représentation chinoise et le texte astrologique Brahmahoranavagraha (梵天火羅九曜, Taishō 1311) traduit en chinois par Yijing 一行 (683-727), un disciple de Śubhakarasiṃha 善無畏 et de Vajrabodhi 金剛智. Jeffrey compare les figures représentées sur la peinture avec celles que l’on trouve illustrées dans la traduction chinoise du Brahmahoranavagraha (T. 1311).

Les cinq planètes, qui sont celles visibles à l'oeil nu des astronomes chinois, étaient aussi associées aux cinq éléments. Jeffrey établi les correspondances suivantes : Mercure (femme en noir), Jupiter (magistrat en bleu), Saturne (l’ascète avec le boeuf), Vénus (la dame en blanche, qui rappelle d’ailleurs Sù nǚ, 素女), et Mars (le guerrier rouge).Les cinq planètes portent des coiffes surmontés d'une tête d'animal d'une espèce différente pour chaque planète. Le soleil, la lune et ces cinq planètes ont d'ailleurs donné leurs noms aux jours de la semaine. Il existe d'autres représentations des cinq planètes avec une répartition différente.


On remarque que les animaux, que portent les planètes sur leurs coiffes, sont les mêmes que ceux qui servent de monture. Il s'agit probablement de montures qui peuvent être "abrégées" iconographiquement en coiffant les têtes des planètes avec la tête de la monture. Vénus porte dans sa chevelure une tête d'oiseau. Sur l'image ci-dessus, cet oiseau ressemble au phénix. Dans la mythologie égyptienne, le phénix (benou / bennu) "représentait la planète Vénus qui précède le Soleil pour le guider". "Le Benou était la planète Vénus qui disparaît chaque jour dans l’incandescence de l'aurore avant de réapparaître le lendemain." Il est possible que cette Vénus jouant d'un instrument à corde (C. pipa) qui a pour monture un oiseau est associée à la représentation de la dame blanche Sù nǚ (素女), ainsi qu'à la déesse indienne Sarasvatī. En Chine, le phénix (鳳凰 fènghuáng) "est souvent associé au dragon (dont il est parfois considéré comme le père) qui est son pendant masculin".


Le bouddha Tejaprabhā est souvent représenté, comme ici, en tenant une roue en or et assis sur un chariot tiré par un bœuf. Les rituels adressés à Tejaprabhā ont principalement pour but d’éviter les calamités naturelles. Il peut être représenté côtoyé par deux bodhisattvas, Sūryaprabhā et Candraprahbhā, respectivement Éclat solaire et Éclat lunaire. Hormis les cinq planètes visibles, Tejaprabhā peut encore être représenté en compagnie des deux planètes invisibles, Rāhu (qui dévore le Soleil ou la Lune durant les éclipses) et Ketu (divinité du solstice d'hiver).


Le fait que Tejaprabhā tient une roue en or (solaire, ou de Dharma dans un contexte bouddhiste) dans sa main et qu’il est assis sur un chariot tiré par un bœuf fait iconographiquement penser au char solaire d’Hélios.  La représentation anthropomorphe grecque aurait-elle suivie la route de la soie ? Dans l'illustration du Brahmahoranavagraha chinois (T. 1311), le soleil (Sūryaprabhā) est d'ailleurs représenté avec des chevaux (image ci-dessus).   


Mais hiérarchiquement, l'éclat (S. teja[2] T. gzi brjid) de Tejaprabhā est supérieure à l'éclat du soleil (et de la lune). Sur la représentation, son chariot se dirige par ailleurs vers l’ouest. Le bœuf est guidé par Saturne/Cronos (un ascète brahmane, car l’Inde est à l’ouest ?). La représentation de Saturne (le Temps, « Old Father Time ») sur le bœuf rappelle encore celle de Lao-tseu (« le Vieux ») quittant la Chine pour aller à l’ouest. Pour y devenir le Bouddha et pour enseigner le bouddhisme diront certains. D’ailleurs, Bodhidharma serait venu de l’ouest. Sur une représentation plus rare, on le voit monté sur un éléphant blanc (comme Samantabhadra ?) retournant vers l’ouest comme Saturne et Lao-tseu ? Sans doute une tentative iconographique de l’ancrer à la fois dans la gloire de Lao-tseu et de Samantabhadra de la part des spin doctors d’antan. 


L'histoire derrière Bouddha Tejaprabhā est vraiment très intéressante et à explorer davantage. L'article d'Anning Jing intitulé "The Yuan Buddhist Mural of the Paradise of Bhaiṣajyaguru (T. sangs rgyas sman bla)" apprend déjà beaucoup de choses sur ce bouddha mystérieux, qui semble dans un premier temps avoir fait miroir avec Bhaiṣajyaguru, avant d'être tout à fait substitué par ce dernier, voire par Amitābha, le Bouddha de la lumière infinie. Le paradis de Bhaiṣajyaguru se situe à l'est, celui d'Amitābha à l'ouest. Les deux compagnons de Tejaprabhā, Sūryaprabhā et Candraprahbhā (le soleil et la lune), sont aussi devenus ceux de Bhaiṣajyaguru.


Selon Anning Jing, Tejaprabhā apparaît sur la scène relativement tardivement. C'est seulement vers le neuvième siècle qu'il est représenté en compagnie des cinq planètes. C'est ici que cela devient vraiment intéressant. Tejaprabhā est représenté comme Beidou, le grand ours (ursa major), et plus précisément l'étoile polaire, qui contrôlait toutes les étoiles dans le ciel et tous les hommes sur la terre. Comme l'astronomie prenait une place cruciale dans les affaires religieuses, politiques, sociales et économique de la vie dans la Chine ancienne, les bouddhistes chinois devaient suivre le système astronomique chinois en accordant la même importance à Beidou, qui dans le contexte bouddhiste devint Tejaprabhā... (Anning Jing, p. 156). 

Dans le taoïsme, le culte de l'étoile polaire est ancien. Ge Hong (284-364) avait écrit une méthode pour faire le culte de Beidou (Ge xiangong  li beidou  fa), et expliqua que tous les humains, des gouvernants aux sujets ordinaires, étaient sous le contrôle des sept étoiles de Beidou, qu'il fallait vénérer afin d'éviter des calamités. Ce culte remonterait même à l'astronome han Zhang  Hengs (78-139) qui avait développé un système céleste dans lequel Beidou prenait la place centrale, et où le soleil représentait le principe masculin Yang, la lune le principe féminin Yin, et les cinq planètes visibles les cinq éléments. La représentation bouddhiste de ce montage taoïste est le bouddha Tejaprabhā entouré du soleil et de la lune (yang et yin) et des cinq planètes (5 éléments), tout en émanant des quintuples lumières. Bhaiṣajyaguru, bleu, prendra sa place et laissera à son tour la place centrale à des archibouddhas célestes au corps bleu, rayonnant des quintuples lumières.

Le tejas dans le nom Tejaprabhā, n'est pas le feu ou la lumière ordinaire. C'est le feu céleste, le feu ou la lumière invisible, intérieure ou noire, le soleil de minuit. L'étoile polaire correspond selon Henry Corbin, dans un autre contexte, au nord cosmique, à l'Orient-origine, au pôle céleste, le Centre (madhya).
"Projetée au zénith, l'Image primordiale du centre que le mystique éprouve en lui-même, autour duquel il révolue intérieurement, lui fait alors percevoir l'Étoile polaire comme symbole cosmique de la réalité intérieurement vécue. Sanctuaire intérieur et Rocher d'émeraude sont alors simultanément le seuil et le lieu des théophanies, le pôle d'orientation, la direction d'où se montre le guide de lumière. Tel nous allons le voir se montrer dans les visions d'un grand maître soufi de Shîrâz, et tel aussi le pourrait analyser une phénoménologie de la prière, s'attachant au fait que les Mandéens, les Sabéens de Harran, les Manichéens, les Bouddhistes d'Asie centrale prennent le nord comme qibla (axe d'orientation) de leur prière." (L'homme de lumière dans le soufisme iranien, p. 58)     
Pour une belle peinture murale de l'assemblée de Tejaprabhā. dans le Nelson Atkins Museum Of Art. Il y a encore beaucoup de choses à explorer au sujet de Tejaprabhā et de l'influence taoïste sur le bouddhisme. Si vous avez des informations, des précisions, des corrections ou des ajouts à ce billet "brainstorming", n'hésitez pas d'en faire part dans les commentaires.
***
Première illustration : "Bouddha Tejaprabhā et les cinq planètes" de Qianning 乾寧四年 (897) 熾盛光佛并五星圖 par Zhang Huai Xing 張淮興.

Les illustrations provenant de la version chinoise du Brahmahoranavagraha (梵天火羅九曜, Taishō 1311) apparaissent sur cette page.

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MàJ 31012013 Carte du ciel chinois (7ème siècle, Dunhuang)

Notes :

[1] Sur l'étoile polaire. Tejaprabha en Corée. « Besides, Tejaprabha, the Buddha who personnifies the North Star, is represented in paintings as the principal deity presiding over an attendant group of Daoist origin, and these works have the characteristics of controlling natural disasters and warding off misfortunes. » IDENTITY OF GORYEO BUDDHIST PAINTING, Chung Woothak dans The International Journal for Korean Art and Archeology, volume 4, 2010. Ce n’est peut-être pas tant l’étoile polaire que la « lumière du nord, lumière-origine, pure lumière intérieure qui n’est ni de l’orient ni de l’occident : les symboles du nord font éclosion spontanément autour de cette intuition centrale qui est l’intuition du centre. » Henry Corbin, L’homme de lumière dans le soufisme iranien, p.54

[2] tejas [tij] n. [«pointe de la flamme»] flamme, chaleur; effulgence, éclat, splendeur | ardeur; énergie vitale, vigueur; fougue; force; force virile, sperme | force spirituelle, puissance, influence morale; gloire, dignité, majesté

[3] Cette opposition de deux paradis, oriental et occidental a pu être inspiré par le taoïsme. Wikipedia : (Christie, 1968:75) Another trend argued in some recent research, is that over time, a merger of various traditions has result in an alignment of earthly paradises between an East Paradise (identified with Mount Penglai) and a West Paradise, with Kunlun Mountain identified as the West Paradise, a pole replaced a former mythic system which opposed Penglai with Guixu ("Returning Mountain", and the Guixu mythological material accumulating around Kunlun instead, through a process of merging these two original mythological systems (Yang, et al, 2005:163).

samedi 29 décembre 2012

Le Trésor des Connaissances



La traduction anglaise du « Trésor des Connaissances » de Jamgön Kongtrul Lodrö Thayé (1813–1899),avait été commencée il y a plus de 25 ans par un comité de traduction fondée à l’initiative du premier  Kalu Rinpoché (1905-1989). En octobre 2012, le dernier volume de la traduction anglaise fut publié.
« "Le monde expérimente actuellement un développement matériel sans précédent et la découverte de nouvelles connaissances apporte bonne fortune et bien-être pour chacun. A une telle époque, la sagesse insurpassable du Dharma peut amener un immense bonheur et bienfait à l’humanité. Cette sagesse est contenue dans la grande encyclopédie du Dharma, écrit par Jamgön Kongtrul, le maître impartial (rimay) de tous les enseignements du Bouddha, dont la vie fut prophétisée par le Bouddha lui-même. Si cette oeuvre majeure est traduite, la nature de toute existence et le nirvana apparaîtront brillamment, semblables à une réflexion, dans le clair miroir de l’esprit des plus érudits de ce monde, comme si l’étendue de leur compréhension était remplie de la lumière du soleil. » (Buddhaline.net)
Voici les titres anglais des 8 volumes (10 livres) du « Trésor des Connaissances » :

1. Myriad Worlds (The Treasury of Knowledge, Livre 1)
2. The Treasury Of Knowledge Livres 2, 3, et 4: Buddhism's Journey To Tibet
3. The Treasury Of Knowledge Livre 5: Buddhist Ethics
4. The Treasury Of Knowledge Livre 6, Section 3: Frameworks Of Buddhist Philosophy
5. The Treasury Of Knowledge Livre 6, Section 4: Systems Of Buddhist Tantra
6. The Treasury Of Knowledge Livre 8, Section 3: The Elements Of Tantric Practice
7. The Treasury Of Knowledge Livre 8, Section 4: Esoteric Instructions
8. The Treasury Of Knowledge Livres 9 et 10: Journey And Goal

A l’occasion de la publication du dernier volume, Roger R. Jackson a écrit une critique dans le numéro d’hiver de la revue Buddhadharma: the practitioner’s quarterly.

Voici une présentation plus détaillée de la structure du texte.

Livre 1 : La genèse des mondes
Section 1 : Présentation générale des mondes selon le grand véhicule
Section 2 : Présentation détaillée des mondes selon le petit et le grand véhicule
Section 3 : Présentation du système cosmologique du Kalacakra Tantra
Section 4 : Présentation de causes et conditions de l'apparition de l'existence cyclique

Livre 2 : L'apparition de l’Éveillé
Section 1: Le chemin de l'éveil du Guide
Section 2: L'éveil de l’Éveillé
Section 3 : Les douze actes de l’Éveillé
Section 4 : Les Corps et les Domaines de l'éveil

Livre 3 : La Doctrine de l’Éveillé - les textes canoniques
Section 1 : Quels sont les textes canoniques ?
Section 2 : Les cycles de transmission des écritures
Section 3 : Les compilations des Paroles de l’Éveillé
Section 4 : Les origines des premières traductions des Anciens (Nyingma)

Livre 4 : La diffusion du bouddhisme
Section 1: La diffusion du bouddhisme en Inde
Section 2 : L'origine du Vinaya et de la philosophie bouddhiste au Tibet
Section 3 : Les huit grands chars des lignées de pratique tibétaines
Section 4 : Les origines de la culture bouddhiste

Livre 5 : La morale bouddhique
Section 1 : Les caractéristiques du maître et du disciple, la relation maître-disciple, la transmission
Section 2 : Exposé des voeux de libération personnelle
Section 3 : Exposé du véhicule dialectique
Section 4 : Exposé du vajrayana, véhicule des mantras secrets

Livre 6 : Les sujets du savoir
Section 1: Présentation des sciences hybrides et des chemins mondains
Section 2 : Les sujets du savoir du petit et du grand véhicule
Section 3 : Le cadre de la philosophie bouddhique
Section 4: Les systèmes des tantras bouddhistes

Livre 7 : L'entraînement supérieur en la lucidité
Section 1: Acquérir les clés du savoir
Section 2 : Acquérir le sens provisoire et définitif dans les trois Dharmacakra, les deux vérités et la coproduction conditionnée
Section 3 : Acquérir la Vue
Section 4 : Acquérir les quatre conversions

Livre 8 : L'entraînement supérieur en l'absorption (samadhi)
Sections 1 & 2 : Samatha et vipassana, la méditation progressive du véhicule causal
Section 3 : Les éléments de la pratique des tantras
Section 4 : Les transmissions, la présentation de la méditation progressive dans le vajrayana

Livre 9 : Les [5] chemins et les [10] niveaux spirituels
Section 1: Les chemins et les niveaux spirituels dans l'approche causale
Section 2 : Les chemins et les niveaux spirituels du vajrayana
Section 3: Le processus de l'éveil
Section 4 : Les niveaux spirituels des trois types de Yoga

Livre 10 : Analyse de l'état résultant
Section 1 : Le fruit de l'approche dialectique
Section 2 : Les accomplissements ordinaires du Vajrayana
Section 3 : Le fruit du Vajrayana
Section 4 : L'état résultant dans l'école des Anciens (Nyingma)

La Congrégation Dashang Rimay a pour projet de traduire et publier le Trésor des Connaissances en français.

Ceux intéressés dans la version originale en tibétain (unicode) de ce texte pourront la télécharger sur le site Dharmadownload.

Livre 1

Livre 2

Livre 3

Livre 4

Livre 5

Livre 6

Livre 7

Livre 8

Livre 9

Livre 10 



lundi 24 décembre 2012

C'est par là, la sortie...



La lune est éclairée par le soleil. La lumière de la lune est une lumière réfléchie. Entre la lumière aveuglante de l’être et l’obscurité du non-être, la réflexion de la lune, symbolisant la non-production, car une simple réflexion, peut être un guide. Aussi, c’est la lune que pointe le doigt de l’Éveillé pour nous empêcher de tourner en ronds (saṁsāra) dans la surabondance des signes. Il existe un petit texte du neuvième Karmapa Wangchuk Dorje (1556–1603) qui pointe non pas la lune mais le corps spirituel (dharmakāya)[1]. Avant lui, Lama Zhang (1122-1193) avait exploité de façon très poétique le thème de la réflexion dans son "L'ultime voie suprême de la Mahāmudrā"[2]. Il rappelle que son discours n’est que le doigt qui pointe vers la lune, il n’est pas la lune, selon la célèbre citation du 6ème patriarche Huineng.[3] Ni d'ailleurs ce doigt pointe-il vers la lune en tant qu'objet, mais en tant que métaphore. Zhang vivait à une époque charnière, à la fin du Dzogchen radical (sems sde) et de la Mahāmudrā de Gampo. Son texte porte des marques très nettes du Dzogchen radical d’un Discours du roi pancréateur.


Lama Zhang (zhang g.yu brag pa brtson 'grus grags pa)

Les planètes et les étoiles apparaissant à la surface de l'océan,
Aussi fin soit le filet en soie que vous utilisez
Comme vous ne visez pas les vraies planètes et étoiles
[437] Vous n'arriverez pas à en attraper une seule
Vous avez beau passer le temps à définir [le processus fondamental (T. gnas lugs nges don)] par des mots
A affûter la terminologie qui le désigne, il n'est pas ce mode d'être
Vous avez beau passer le temps à l'analyser intellectuellement
A approfondir votre compréhension, il n’est pas ce mode d'être
Tant que durera votre approche dualiste d’un objet vu et d’un sujet qui voit
Vous n'aurez pas accès au mode d'être non-dualiste
En bref, penser que [le processus fondamental] est, c'est la racine de la saisie des extrêmes
C'est par la racine de la saisie que l'Errance (saṁsāra) est perpétuée
Penser que [le processus fondamental] est la vacuité et penser
Qu’il est sans notions, ni caractéristiques ni aspirations
Penser qu'il peut être identifié, penser qu’il est la Pureté
Penser qu'il est la Non-production, penser qu’il est l’insaississable
Penser qu'il est sans nature propre, qu'il est libre de toute manipulation
Penser qu'il n'est pas le domaine de la parole et du mental
Penser qu'il est non fabriqué, qu’il est le déploiement spontané (T. lhun grub) etc.
Toutes ces idées profondes mais creuses
Ne transcendent pas les signes réificatrices
C'est la saisie de ces signes qui toujours nous fait chuter
Et qui fait que le vil agir (karma) produit continuellement son effet
Comme nous n'arrivons pas à nous débarrasser de la maladie chronique (T. gcong) du monde, la maladie se manifeste en tout
Les grands contemplatifs qui maintiennent des vues volitionnelles
Sont atteints par la maladie chronique de la saisie fragmentée (T. phyogs 'dzin zhen pa)
Reconnaissez le Spontané libre de discours (T. snyam bral)
Sinon, on ne fait que de se perdre dans des conjectures sur le sens précis (S. nītārtha)
Tout en affirmant que le mode d'être est le sens précis
Que pourtant même le Muni n'a pas réussi à voir
Même les propos que je tiens ici ne l'atteignent point
Aussi faut-il les prendre comme le doigt qui montre la lune.
Si l'on garde cela à l'esprit, toutes les définitions et assemblage de mots
N’arriveront à le dissimuler et il ne sera pas atteint par les défauts inhérents au langage
C'est pourquoi il ne faut pas rejeter ni les mots ni les analyses
Mais ne pas se perdre dans leur sens, ni s'y accrocher
Dans ce sens-là, le principe conscient (S. cittatva) est le réel
Les passions, les synthèses, les groupes d'appropriation (S. skandha), les éléments,
Les domaines d'extension (T. skye mched) etc. sont identiques chez tous les êtres
La terre, les pierres, les herbes, les arbres etc. [le principe conscient] s'étend à tout ce que contient le monde
[438] En bref, toutes les choses extérieures et intérieures etc.
Absolument tout cela est pénétré par lui
Mais même dans cette pénétration, il n'y a pas de distinction entre ce qui est pénétré et ce qui pénètre
Ce sont les prodiges (S.  de ce grand principe/Soi (T. bdag nyid chen po) unique
Toutes les planètes et étoiles réfléchies par la surface de l'océan
Sont entièrement pénétrées par l'océan et n'en sont pas dissociables
Toutes les vagues flottant sur l'eau
Sont bien pénétrées par l'eau, et n’en sont pas dissociables
Tous les phénomènes qui se manifestent dans le ciel
Sont bien pénétrés par "du ciel" et en sont indissociables
Les statues et ornements que l'on fabrique avec de l'or etc.
Sont pénétrés par l'or en sont indissociables
Les effigies (T. gzugs brnyan) des six êtres des six destinées sont fabriquées avec de la mélasse (T. bu ram S. phāṇita)[4]
Comme elles sont pénétrées de mélasse, elles en sont indissociables
Les arcs-en-ciel ne sont pas autre que « du ciel »
Le ciel n’est pas autre que l’arc-en-ciel
L’arc-en-ciel est le ciel, le ciel est l’arc-en ciel[5]
Sans être différents, on ne peut pas les déterminer (T. bcad du med) comme indissociables
De même la conscience et la diversité ne sont pas dissociables[6]
La conscience et la vacuité sont indissociables, la vacuité et
La plénitude sont indissociables, c’est l’égalité foncière (T. mnyam pa nyid S. samatā)
De même l’Errance et la Quiétude sont indissociables
Et le principe conscient (S. cittatva) qui les pénètre est le sceau universel (mahāmudrā)
Comme il est vide par nature il est inidentifiable
Les signes sont les prodiges de l'Intelligence (T. rig pa) qui se manifestent en tout
L'essence [des deux] est indissociable, et cette union (T. zung 'jug) est l'être fulgurant (vajrasattva)
Ce dernier est inépuisable, indestructible (T. stor med) (T. rlag med), et personne
Ne pourra [nous] en priver, la conscience est le "trésor d'espace" (T. nam mkha' mdzod kyi sems S. gaganagarbha-citta)
La conscience est sans souillure (T. dri ma med) et pure comme du crystal
Elle se connaît elle-même, elle se manifeste elle-même (rang gsal)
Sa nature étant luminescente, la conscience est le cœur de l'éveil
La conscience est ininterrompue comme un fleuve[7]
La conscience est inidentifiable comme le ciel (T. bar snang)
La conscience est la simplicité foncière (T. zang thal) de l'intuition [qui ne distingue pas entre] extérieur et intérieur
Comme un bol en métal (T. 'khar gzhong) propre rempli avec de l'eau
La conscience contient (T. 'tshar ba)[8] tous les reflets des imprégnations (T. bag chags)
Elle est comme la surface d'un miroir poli, sans oxydation (T. g.ya' med).



***

[1] lhan cig skyes sbyor gyi khrid chos sku mdzub tshugs. http://tinyurl.com/cq8z6fe
[2] skye med zhang rin po ches mdzad pa'i phyag rgya chen po'i lam mchog mthar thug
[3] “Truth has nothing to do with words. Truth can be likened to the bright moon in the sky. Words, in this case, can be likened to a finger. The finger can point to the moon’s location. However, the finger is not the moon. To look at the moon, it is necessary to gaze beyond the finger.”
[4] « Comme l’élément spirituel est parfait (S. viśuddha T. rnam par dag pa), même si la diversité du monde émerge de la conscience, son expérience (S. rasa) n'en sera pas différente. Par exemple, si l'on fabrique des figurines de chevaux et d'éléphants avec de la mélasse, celles-ci auront toujours la même saveur (S. rasa). De même, en remémorant la diversité du monde dans la nature spontanée de tous les phénomènes, [cette remémoration] se dissout dans l'élément réel (S. tathātā-dhātu). » Advayavajra (commentaire sur les Distiques de Saraha, DKG n° 73.
[5] Zhang joue avec la thèse du soutra du cœur. La forme est la vacuité et la vacuité est la forme.
[6] « Le Monde comme Volonté et comme Représentation » de Schopenhauer
[7] « Stream of consciousness » et « monologue intérieur » même combat ?
[8] intr. v.; to be finished, completed, terminated; accomplished, finished, be completed. Proche de rdzogs pa…
Texte tibétain en Wylie

dper na rgya mtshor shar ba'i gza' skar de//
dar tshags ji tsam bzang bas btsags byas kyang //
gza' skar dngos po dmigs su med pa'i phyir//
gza' skar gcig kyang zin pa mi srid do//
ji srid tshig tu brjod pa de srid du//
ming 'dogs ji tsam legs rung gnas lugs min//
ji srid yid kyis dpyad bzod de srid du//
ji tsam zab par rtogs kyang gnas lugs min//
blta bya lta byed gnyis 'dzin de srid du//
gnyis su med pa'i gnas lugs rtogs mi srid//

mdor na yin snyam mtha' dag zhen pa'i rtsa//
zhen pa'i rtsa bas 'khor ba mtha' dag spel//
stong pa nyid yin snyam du 'du shes dang //
mtshan ma med dang smon pa med snyam dang //
ngos bzung med snyam rnam par dag snyam dang //
skye ba med snyam dmigs su med snyam dang //
rang bzhin med snyam spros pas dben snyam dang //
ngag dang yid dpyod yul min snyam pa dang //
ma byas lhun gyis grub pa snyam la sogs//
ji tsam zab cing stong par 'du shes kyang //
rloms sems mtshan ma dag las ma g.yos pas//
mtshan ma'i zhen pas phyir zhing dman par lhung //
dman pa'i las kyis rnam smin rgyun mi 'chad//
'khor gcod mi 'byin phyir zhing nad rab ldang //
blos byas lta ba mkhan gyi sgom chen rnams//
phyogs 'dzin zhen pa'i nad gcod zhugs par mchis//
snyam bral lhan cig skyes par mkhyen par mdzod//
drang ba'i don du sgro btags tsam du zad//
gnas lugs nges don 'di yin zhes bya ba//
thub pas kyang ni gzigs pa yod mi srid//
kho bos smras pa 'dis kyang mi dpogs te//
mdzub mos zla ba mtshon pa bzhin du rtogs//
de ltar shes na tha snyad tshig tshogs kyis//
sgrib par mi 'gyur tshig gi skyon mi gos//
de phyir tshig dang brtag dpyad mi spang zhing //
don du rlom pas zhen pa yang mi bya//
de lta bu yi rang sems chos nyid de//
nyon mongs rnam rtog phung po khams dang ni//
skye mched la sogs sems can mtha' mnyam dang //
sa rdo rtsi shing la sogs snod kun khyab//
mdor na phyi nang dngos po la sogs pa//
ma lus lus pa med pa kun la khyab//
khyab kyang khyab bya khyab byed gnyis su med//
bdag nyid chen po gcig gi cho 'phrul yin//
rgya mtshor shar ba'i gza' skar thams cad la//
rgya mtshos khyab mod gnyis su dbyer mi phyed//
chu nyid 'khyams pa'i rba rlabs thams cad la//
chu yis khyab mod ji ltar dbye ru med//
bar snang dag la smig rgyu g.yo ba la//
bar snang dag gis khyab mod dbyer mi phyed//
gser las byas pa'i sku dang rgyan la sogs//
gser gyis khyab mod ji ltar dbyer mi phyed//
bu ram las byas 'gro drug gzugs brnyan la//
bu ram dag gis khyab ste dbyer mi phyed//
'ja' tshon dag las nam mkha' logs na med//
nam mkha' las kyang gzha' tshon gzhan na min//
gzha' tshon nam mkha' mkha' nyid gzha' tshon no//
tha dad ma yin dbyer med bcad du med//
de bzhin sems dang sna tshogs dbyer mi phyed//
sems dang stong pa mi phyed stong pa dang //
bde ba mi phyed chen po mnyam pa nyid//
de bzhin srid dang myang 'das dbyer mi phyed//
de ltar khyab pa'i sems nyid phyag rgya che//
rang bzhin stong pas cir yang ngos bzung med//
mtshan nyid rig pa'i cho 'phrul cir yang gsal//
ngo bo dbyer med zung 'jug rdo rje sems//
zad med stor med rlag med sus kyang ni//
'phrog par mi nus nam mkha' mdzod kyi sems//
dri mas ma gos shel ltar dag pa'i sems//
rang rig rang gsal mar me lta bu'i sems//
rang bzhin 'od gsal byang chub snying po' sems//
rgyun chad med pa chu bo lta bu'i sems//
ngos bzung med pa bar snang lta bu'i sems//
phyi nang med pa ye shes zang thal sems//
'khar gzhong gtsang ma chu yis bkang ba 'dra//
bag chags gzugs brnyan ma lus 'tshang ba'i sems//
me long g.ya' med phyis pa'i ngos dang 'dra//