mardi 29 mai 2012

Receuillement dans l’élément igné



Dabba Mallaputta a le délicieux nom d'un héros de livre d'enfant. On le trouve dans un passage qui parle du receuillement dans l’élément igné (P. tejodhātuṃ samāpajjitvā) que Louis de la Vallée Poussin, (Nirvāṇa, pp 57-58) traduit ainsi :
"Dabba le fils de Malla dit au Bouddha : « Le temps est venu pour moi d'entrer dans le Nirvana. » « Comme tu voudras », répondit le Maître. De même que brûlent et se consument le beurre et l'huile sans que reste cendre ou suie, de même Dabba le fils de Malla s'éleva dans les airs et s'y tint assis, entra dans le recueillement de l'élément igné, puis, sortant de ce recueillement, entra dans le Nirvana. De son corps incendié, il ne resta ni cendre, ni suie. Et le Bouddha prononça cette déclaration (udāna): « On ne reconnaît pas où va le feu qui s'est peu à peu éteint: de même est-il impossible de dire où vont les saints parfaitement délivrés, qui ont traversé le torrent des désirs, qui ont atteint le bonheur inébranlable[1] ».
Pour le remarquer en passant, cet Udāna dit avec toute la clarté souhaitable que ni le feu ni le saint ne sont anéantis. Le feu, une fois éteint, devient invisible, c'est-à-dire n'est plus feu. De même le saint, une fois « nirvâné », n'est plus ce qu'il était, un être vivant, une personne, une sensibilité, une pensée. La délivrance, le parfait bonheur est de passer au delà de toutes les formes connues et imaginables d'existence"[2].
Il existe toute une littérature secondaire autour des aventures de Dabba Mallaputta avec son don particulier, qu'il aurait acquis en naissant pendant que sa mère fut incinérée sur le bûcher.

Traduction mot à mot (pāli-anglais)
Version en pāli (retranscrit)

En apprenant la nouvelle de la mort et du parinirvāṇa du Bouddha, de nombreux arhats[3] l’auraient suivi en passant à leur tour dans le nirvāṇa. Mais le prodige du passage au paranirvāṇa en laissant son corps (réliques, pour le culte qui s’ensuit) semble avoir été un acte réservé initialement au Bouddha. Il fait d’ailleurs partie des douze actes d’un Bouddha. Mais, il y aurait eu également des arhats (comme Subhadra, Subaddha) qui l’avaient précédés en passant dans le nirvāṇa avant le Bouddha. Cela faisait un peu désordre, ce qui aurait conduit Mahākāśyapa, lors du premier concile, à interdire le passage au nirvāṇa tant que le canon des Paroles du Bouddha ne fut complètement constitué. On avait besoin des mémoires non nirvanées des arhats.

Hormis le recueillement dans l’élément igné, le Bouddha et d’autres arhats, capables d’émettre des boules de feu à partir du haut de leur corps, montraient aussi d’autres recueillements comme celui de l’élément aquatique (P. āpokaṣinasamāpattivasena), leur permettant de faire jaillir des torrents d’eau à partir du bas de leurs corps. Ensuite, selon le commentaire du Dhammapada (Dhammapadāṭṭhakathā), le Bouddha faisait jaillir du feu et de l’eau de diverses parties de son corps, y compris de ses yeux, ses oreilles, ses narines, ses épaules, ses mains, et de ses pores.[4]
« L’extinction, ou le nirvāṇa, de la flamme est seulement le ‘passage’ (atyaya) de la flamme et non pas une certaine chose en soi : de même la délivrance de la pensée de Bhagavat. En d’autres termes, ‘la délivrance acquise par la pensée (T. dgongs pa ?) de Bhagavat est seulement la destruction des éléments de l’existence (skandhas), non pas quoi que ce soit qui existe.’ ». (LVP, Nirvāṇa, p. 145)


Les notes 1 et 2 sont celles de LVP.
[1] Udāna, viii, 10; version sanscrite dans Udānavarga XXX. 36, qui porte : « Séjour inébranlable, acalam padam. —La première ligne fait difficulté : ayoghanahatasyeha (hdi na)  jvalate jātavedasas. J'ai établi une petite bibliograpbie du « recueillement de l'élément igné » dans la traduction de l'Abhidbarmakoça, iv, p. 229, Netti p. 66.
[2] Nous reviendrons sur la comparaison du feu qui s'éteint en examinant la théorie des Sautrântikas, p. 145.
[3] Le vinaya en mnetionne dix-huit, au même jour.



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