dimanche 3 mars 2013

L’Essence séminale du Cœur



Le nom « Dzogchen nyinthik » se réfère au système de « l’Essence séminale du Cœur » (T. snying thig), qui correspondrait au contenu de la Section des transmissions tantriques (T. man ngag sde)[1]. Le terme man ngag est la traduction tibétaine du terme amnāya, qui désigne une transmission tantrique. Par exemple, dans les quatre « lignées de transmission » (amnāya) du Kaula.

Quand les différentes filières du Dzogchen était réorganisées, elles étaient classées en trois sections : Section de la conscience [éveillée] (sems sde), Section des Flux (klong sde) et Section des transmissions tantriques (man ngag sde)[2]. Les différentes filières, réorganisées en les trois sections, sont présentées comme des lignées qui remontent à des maîtres et à des époques légendairement connues. Mais concrètement, elles (ré)apparaissent à des moments différents de la renaissance tibétaine. Certaines écritures classées par la suite dans la Section de la conscience sont apparues en premier et semblent être les filières les plus anciennes du « Dzogchen ». Les 17 textes de la Section des transmissions (man ngag sde) apparaissent en dernier, mais sont attribués à Vimalamitra (8ème siècle, qui réalisa le corps d’arc-en-ciel immortel[3]). Vimalamitra les aurait enseigné à Myang Ting nge d’zin, qui les cacha pour être redécouverts par lDang ma lhun rgyal et lCe btsun Seng ge dbang phyug au 12ème siècle. Certains critiques disent cependant que lCe btsun les aurait composés lui-même.[4]

La Section des transmissions passa ensuite par Zhang-ston bKra-shis rdo-rje (1097–1167), qui avait écrit l’histoire de sa lignée (T. lo rgyus chen mo) et finalement par Longchenpa (1308-1364), qui allait systématiser non seulement la Section des transmissions, mais toutes les doctrines de l’école des anciens dans un ensemble de Sept collections (T. mdzod mdun) qui lui sont attribuées. C’est à partir de là que le « Dzogchen » devient l’ensemble tel qu’il est présenté encore actuellement. Le Dzogchen d'un Rongzompa, ou celui qui se pratiqua par exemple encore à l'époque de Milarepa n'est pas le nyinthig.

Le terme « Dzogchen nyinthig », se référerait donc plus spécifiquement au contenu de la Section des transmissions tantriques (man ngag sde) qui consiste en 17 textes (quelquefois 18), que sont :

MD1. La complétude autoproduite/Tantra de la perfection autoproduite, le fleuve des consécrations (T. rdzogs pa rang byung)

MD2. Le [Tantra] du Sans-lettres (T. yi ge med pa)

MD3. L’intelligence autoémergeante (T. rig pa rang shar)

MD4. L’Intelligence autolibérée (T. rig pa rang grol)

MD5. L’empilement de joyaux (T. rin po che spung ba)

MD6. LeTantra des précieux reliques flamboyants (T. sku gdung 'bar ba)

MD7. La Résonance des sons (T. sgra thal 'gyur)

MD8. Le Tantra des beaux présages universels (T. bkra shis mdzes ldan)

MD9. Le miroir du cœur de Vajrasattva (T. rdo rje sems dpa' snying gi me long)

MD10. Le miroir de l’Esprit de Samantabhadra (T. kun tu bzang po thugs kyi me long)

MD11. Le Tantra des Champs de Bouddha de la précieuse introduction directe (T. ngo sprod spras pa)

MD12. La guirlande de perles (T. mu tig rin po che'i phreng ba)

MD13. Le Tantra du sixième Flux, l'Excellent à tous égards (T. kun tu bzang po klong drug)

MD14. Le [Tantra] de la lampe flamboyante (T. sgron ma 'bar ba)

MD15. Le [Tantra] de l'union du soleil et de la lune (T. nyi zla kha sbyor)

MD16. Le Tantra de la complétude universelle de la force du lion (T. seng ge rtsal rdzogs)

MD17. Le Tantra de l'incrustation de joyaux (T. nor bu phra bkod)

Hormis le cycle de « l’Essence séminale du Cœur » qui remonterait à Vimalamitra, et qui, suite aux nouvelles découvertes, sera appelé "Vima/Bima Nyinthig", il y eut d'autres cycles de "Nyingthig". Notamment, un cycle qui remonterait à Padmasambhava (et la princesse Pema Sel), appelé Khandro Nyingthig (mkha' 'gro snying thig). Ces deux lignées ont été intégrées dans un texte de Longchenpa ("Le groupe de quatre Nyinthig" - snying thig ya bzhi, les deux textes plus les commentaires de Longchenpa). A ces cycles s'est encore ajouté le "Longchen Nyinthig", le cycle de Longchenpa reçu dans une vision par Jigme Lingpa (1730-1798).
***

[1] Sam van Schaik, Approaching the Great Perfection: Simultaneous and Gradual Methods of Dzogchen Practice in the Longchen Nyingtig (2004), p.9

[2] L’acte de classification est d’ailleurs attribuée à Mañjushrīmītra (’Jam dpal bshes gnyen). Mais le nom "section" (sde) à lui seul est une indication d'une réorganisation et d'une classification.

[3] Cette information hagiographique suggère que des instructions sur le corps d’arc-en-ciel (apparues à partir du 12ème siècle) étaient connues et pratiquées par Vimalamitra, qui les retransmit pour qu’elles soient cachées et rédecouvertes au 12ème siècle…

[4] The Great Perfection, Samten G. Karmay, 1989, p. 214

[5] (T. lha lcam padma sal), la fille du roi Trisong Deutsen (khri srong de'u btsan, 790-844), à qui Padmasambhava aurait confié la lignée Khandro Nyinthig de son système Dzogchen. 

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