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lundi 22 juin 2020

L'attention dans le bouddhisme



[brouillon d'un blog ancien non publié (2015) avec le rajout de quelques liens plus récents]

L’attention bouddhiste L’attention est une notion centrale dans le bouddhisme. Mais le terme pāli, sanskrit ou tibétain traduit par « attention » a un champ sémantique plus large. Ce terme, sati en pāli, smṛti en sanskrit et dran pa en tibétain, signifie principalement « mémoire », « se souvenir de », « se rappeler », « remémorer ». L’attention est alors l’acte de remplir la conscience de, d’être conscient de, de garder conscience de, ou de garder (quelque chose) à l’esprit. Les définitions tibétaines ajoutent souvent la notion de ne pas oublier (tib. mi brjed pa), et - si l’objet d’attention est oublié – d’y ramener sans cesse l’attention (tib. sems la yang yang ‘khor ba).

Cet objet peut être une vérité bouddhiste, les qualités de l’Éveillé, ou la représentation iconographique de ces qualités sous la forme du corps symbolique de l’Éveillé. L’objet d’attention a une double fonction. Elle désencombre la conscience de ce qui n’est pas conforme à l’objectif fixé et elle la remplit de ce qui contribue à y conduire. Quand la pensée est fixée sur un objet d’attention, elle n’a plus (ou dans un moindre mesure) le loisir pour se consacrer à autre chose. Fixer l’attention (p. satipaṭṭhāna sct. smṛtim upasthāpya tib. dran pa bzhag pa) est quelque chose qui s’apprend, souvent en commençant par fixer un objet concret que l’on a devant les yeux. Au fur et à mesure que la faculté d’attention se développe, on peut fixer des objets imaginés, des représentations symboliques et même se livrer à des méditations, dans le sens d’une réflexion sur un thème précis (la mort, l’impermanence, l’égalité des choses…).

Le mot recueillement (sct. samādhi) désigne généralement le résultat final de l’exercice de l’attention, quand l’objet de l’attention est saisi totalement[1]. Mais le mot samādhi était aussi (dans les Discours du mahāyāna) utilisé pour désigner des réflexions sur un thème, des méditations au sens propre, comme p.e. dans le Discours sur le roi des recueillements (sct. Samādhirājasūtra), qui est une méditation sur le thème de l’égalité de toutes les choses dans leur essence (sct. sarvadharmasvabhāvasamatāvipañcita-samādhirāja). On voit dans de nombreux Discours du mahāyāna, le Bouddha sortir de tel ou tel recueillement (sct. samādhi) spécifique.

Le Yoga darśana (III, 3) définit samādhi comme une identification : « Lorsque seul demeure l’objet de la contemplation et que la propre forme (svarūpa) de celui qui contemple est annihilée, on dit qu’il y a identification. »[2] Il faudrait s’entendre sur le sens d’identification. Mais dans le bouddhisme, l’objectif est plutôt une désappropriation ou la désidentification de toute entité, divine ou autre.

Toutes les écoles bouddhistes utilisent également des listes d’objets d’attention qui doivent être continuellement à l’esprit (p. anusatti sct. anusmṛti tib. rjes su dran pa) de l’adepte. Par exemple le Bouddha, le Dharma, la Sangha, les vertus, la générosité et les devas[3]. Anu a le sens de « à la suite de », et il s’agit d’une méditation discursive.

Une autre catégorie sont les célèbres quatre établissements ou fondements de l'attention, où, selon les commentaires, satipaṭṭhāna se compose de sati + ṭhāna et de sati + upaṭṭhāna. Les versions sanskrite et tibétaines semblent opter pour upaṭṭhāna, avec le préfixe upa, qui signifie « près de ». C’est une attention plus intime qui porte sur 1. Le corps 2. Les sensations (p. vedanā tib. ‘tshor ba) 3. La pensée (p. citta tib. sems) et 4. Les objets mentaux (p. dhamma tib. chos). À l’attention s’ajoute alors l’introspection (sct. saṃprajanya), ce qui produit la perspicacité (sct. vipaśyanā). Notamment par rapport à la nature des phénomènes observés qui se succèdent rapidement. Ni ces phénomènes, ni la pensée qui les observe ne sont permanents (p. anicca tib. mi rtag pa). La rapide succession de ces apparitions et disparitions est oppressante (p. dukkha tib. sdug bsngal ba), et échappent à notre contrôle (p. anattā tib. bdag med pa). Ainsi, on fait l’expérience directe des trois caractéristiques (p. tilakkhaṇa sct. trilakṣaṇa tib. mtshan nyid gsum). l’Éveillé a dit de ces quatre fondements de l’attention, et donc de la perspicacité qu’ils produisent, qu’ils constituent une voie directe (p. ekāyano[4] ... maggo) à la quiétude (sct. nirvāṇa).

Quand l’attention est mise à contribution, ou utilisée quotidiennement dans l’interaction avec le monde, elle prend la forme de la vigilance, veille ou surveillance, notamment pour se conformer à une éthique ou pour surveiller les portes des facultés sensorielles. Le terme bouddhiste pour cette fonction spécifique est appamādo (sct. apramāda tib. bag yod).
« La vigilance est le sentier vers la sans-mort (p. amata), la négligence est le sentier vers la mort. Le vigilant ne mourra pas, le négligent est comme s’il était déjà mort. »[5] 
Pour aider à discerner et identifier en tant qu’objets mentaux (sct. dharma) les divers objets mentaux qui font l’objet du quatrième fondement de l’attention, les bouddhistes avaient établi des listes (p. mātikā sct. mātṛika tib. ma) d’objets mentaux. Cela a sans doute conduite à un excès de réalité attribuée aux objets mentaux spécifiques, c’est-à-dire ceux mentionnés par les listes. Ces listes pouvaient être différentes selon les écoles. Et l’école Sārvāstivādin allait jusqu’à leur donner une ontologie qu’ils n’avaient pas dans les autres écoles. Une distinction était faite entre les objets mentaux conditionnés et inconditionnés, comme par exemple l’espace. Chacun des objets mentaux avait leur nature (bhāva) propre (sva-). Le mot dharma est dérivé de dhr qui signifie « porter », et ce que portent les dharmas c’est une nature propre.[6] D’autres allaient opposer que tous les objets mentaux étaient dépourvus de nature propre (sct. niḥsvabhāva) et vides (sct. śūnya).

L’abhidharma avait hérité de cette tendance de dresser des listes, et a produit une liste de 51 événements mentaux (sct. caitta tib. sems byung). Selon l’abhidharma, 5 événéments mentaux constants (sct. sarvatraga tib. kun tu 'gro ba rnam pa lnga) accompagnent les autres et sont continuellement opérationnels. Il s’agit de 1. la sensation (sct. vedanā tib. 'tshor ba), qui est le fait de noter si l'expérience d'un objet sensoriel ou d'un événement mental est plaisant, déplaisant ou neutre. 2. Le discernement ou non-confusion (sct. saṃjñā tib. 'du shes) qui note les signes particuliers d'un objet sensoriel ou d'un événement mental. 3. L'intérêt (sct. cetanā tib. sems pa) qui est le fait que l'esprit est tourné vers les objets extérieurs et qu'il dirige les six consciences sur eux. 4. Le contact (sct. sparśa tib. reg bya) est la stimulation de la conscience par la rencontre d'une conscience sensorielle, un objet sensoriel et une faculté sensorielle. 5. L'engagement mental (sct. manasikāra tib. tib. yid la byed pa)[7] fixe la conscience sur l'objet et la maintient sur celui-ci sans le quitter. Il est la base de l'attention (sct. smṛti tib. dran pa) et de l’introspection (sct. saṃprajñā tib. shes bzhin) utilisées au cours de l’entraînement de l’attention.

Restons sur l’engagement mental (fabrication de l’objet intelligible).

« Le mot en pāli signifie littéralément « fabriquer au niveau du mental ». L’attention [manasikāra] est l'événement mental [caitta] responsable pour tourner le mental vers l’objet, ce qui rend l’objet présent à la conscience [vijñāna]. Sa caractéristique est de diriger (sārana) les états mentaux [caitta] associés vers l’objet. Sa fonction est d’adjoindre les états associés à l’objet. Elle se manifeste comme la confrontation avec un objet et sa cause immédiate est l’objet. L’attention [manasikāra] est comme le gouvernail d’un navire, qui le guide vers sa destination, ou comme un conducteur qui conduit les chevaux (c’est-à-dire les états associés) bien entraînés vers leur destination (l’objet). Manasikāra doit être distinguée de vitakka [sct. vitarka tib. rtog pa] : tandis que vitakka tourne ses [facteurs] concomitants vers l’objet, manasikāra les applique à l’objet. Manasikāra est un facteur cognitif indispensable[8], qui est présent dans tous les états de conscience, vitakka est un facteur changeant [p. aniyata tib. gzhan ‘gyur], qui n’est pas indispensable au processus cognitif.[9] La voie de la pureté (Visuddhimagga, XIV, 152[10]) de Buddhagosa ajoute que manasikāra est classé dans l’agrégat des compositions mentales (p. saṅkhārakkhandha tib. ‘du byed kyi phung po).

L’Abhidharma-samuccaya (tib. mngon pa kun las btus) définie la fonction de manasikāra comme le maintien du mental sur ce qui est devenu son point de référence. L’intérêt (p. cetanā tib. sems pa) dirige le mental vers l’objet d’un mouvement général, tandis que manasikāra saute sur une référence objective particulière.[11] Il ressort de l’ensemble de ces informations, que manasikāra est une fonction mentale, qui ne se limite pas à une simple fonction perceptive et cognitive, mais participe à la composition mentale, productrice de karma. Sans doute Advayavajra/Maitrīpa l’a considéré comme un élément clé des compositions mentales et avait décidé d’intervenir à ce niveau pour empêcher l’intégration de rémanences dans la composition. Son système ne se réduit pas à cette explication spéculative, uniquement basée sur l'étymologie du mot, loin de là, mais cela lui permet de l'ancrer dans le véhicule commun du bouddhisme.

« Ô bâtisseur de maison, vous êtes vu, vous ne construisez plus de maison, toutes les poutres sont cassées, votre faîte est brisé, vers la dissolution (Nibbāna) va mon cœur. L’extinction de la soif, je l’ai atteinte. »[12] Nous avons vu que manasikāra est un facteur indispensable (sarvatraga) au processus cognitif ordinaire, et qui fait partie de la liste de 51 événements mentaux (caitta), dont on peut noter l’apparition et la disparition. Ce n’est pas en soi un facteur vertueux et non-vertueux, susceptible de constituer un acte volontaire, bien que classé dans l’agrégat des formations mentales. Mais sa fonction est de diriger sur l’objet, qu’il prend pour un point de référence, des facteurs concomitants. La saisie d’un point de référence n’est pas un acte vertueux ou non-vertueux, mais ce n’est pas un acte anodin, car il pose un objet, évoquant par la même occasion un agent, un sujet. C’est en quelque sorte un facteur qui contribue à la néscience.

Les bouddhistes de l’école Yogacārā ont beaucoup réfléchi au rôle de la mémoire dans le processus cognitif. Tout acte de conscience, toute volition laisse une trace (marqueur) ou une empreinte (sct. vāsanā tib. bag chags), qui ne disparaît pas, mais reste virtuellement présent. Le Yogacārā imagine ces traces comme des semences déposées dans une conscience réceptacle (sct. ālaya-vijñāna tib. kun ghzi rnam shes). Selon les définitions, cette « conscience » n’est rien de plus que l’ensemble de ces traces. Les traces peuvent se renforcer l’une l’autre, se combiner et au moment opportun, à la perception d’un objet, l’image produite par cette perception, peut faire remonter des souvenirs, réactiver des traces qui s’associeront à l’image sensible toute fraîche. Cette image reconstituée avec les traces, les marqueurs, est susceptible de produire des états concomitants, que manasikāra dirige sur, associe avec, l’objet perçu dont elle a fait un point de référence. L’objet réel est en quelque sorte masqué par les traces que le manasikāra dirige sur lui et par les facteurs concomitants produits. Ces facteurs peuvent être négatifs ou positifs, mais n’appartiennent pas à l’objet perçu. Ils le recouvrent, ils l’obnubilent (sct. āvarana tib. sgrib). Il n'est alors pas perçu tel qu'il est (tathāta).

En pensant à ce rôle joué par le manasikāra, certains ont conçu des façons pour le mettre hors jeu. Notamment en s’appuyant sur le Discours de l’ornement lumineux de la gnose et l'Avikalpapraveśadhāraṇī ('phags pa rnam par mi rtog par 'jug pa'i gzungs mdo). Le Bouddha y explique que « Les bodhisattva mahāsattva s’abstiennent de toutes les caractéristiques (sct. nimitta) des représentations (sct. vikalpa), en n’y engageant pas le mental (sct. amanasikāra). »

Il existe de ce dhāraṇī un commentaire en tibétain (tib. 'phags pa rnam par mi rtog par 'jug pa'i gzungs kyi rgya cher 'grel pa, DG 4000) attribué à Kamalaśīla. Carmen Meinert (p. 105) écrit que la version en sanskrit est considérée perdue et qu'il y aurait éventuellement eu plusieurs versions en sanskrit. On trouve cependant une version sanskrite en ligne (Nirvikalpapraveśadhāraṇī). Je n'en connais pas l'origine. Ce texte est cité entre autres par Kamalaśīla dans son Etapes de la méditation (sct. Bhāvanākrama), par Vimalamitra dans ses deux textes sur la méditation progressive et simultanée (tib. rim gyis 'jug pa'i bsgom don et cig car ba'i sgom rim) et par Advayavajra dans son Amanasikāradhāra (tib. yid la mi byed pa ston pa). Mais surtout dans la Lampe éclairant l'oeil de la méditation (tib. bsam gtan mig sgron) de Noubchen (gNubs chen Sangs rgyas ye shes), dont il est le thème principal.

Pour défendre son concept d’amanasikāra, Advayavajra/Maitrīpa a écrit un petit traité intitulé Amanasikāradhāra (tib. yid la mi byed pa ston pa), dans lequel il cite en premier le Discours sur l’ornement lumineux de la gnose (jñānālokālaṅkāra JAA), suivi de la Formule de l’entrée dans la non-représentation (avikalpapraveśadhāraṇī), le Hevajra Tantra et Le Choral du Nom de Mañjuśrī (ārya-mañjuśrī-nāmasangīti).

C’est surtout le JAA qui a une importance capitale pour le système de Maitrīpa. Il cite le hommage au début du Discours, qui est comme un condensé de sa doctrine.
« Vous qui ne recouvrez pas l’authentique de représentations (sct. avikalpita),
Dont la Pensée ne s’investit [en aucune extrémité] (sct. apratiṣṭhita)
Qui êtes libre d’engagement mental (sct. amanasikāra) et de remémoration (sct. asmṛty),
Et qui êtes libre de tout point de référence (sct. nirālamba) :
Hommage à vous
! »[13]
La Formule de l’entrée dans la non-représentation (avikalpapraveśadhāraṇī) précise comment Maitrīpa aurait pu comprendre le terme amanasikāra. « Les bodhisattva mahāsattva s’abstiennent de toutes les signes (sct. nimitta tib. mtshan nyid) des représentations (sct. vikalpa tib. rnam par rtog pa), qui sont des constructions s’appuyant sur les apparences, en ne s’y engageant pas mentalement. ».[14]

La citation du JAA et Maitrīpa lui-même associent la non-remémoration (sct. asmṛty), au non-engagement mental (sct. amanasikāra). Comme nous venons de voir ci-dessus, l’engagement mental a pour fonction de diriger les facteurs concomitants, causés par la réactivation des rémanences ou empreintes (sct. vāsanā tib. bag chags), sur l’objet perçu ou l’apparence. Les souvenirs qui remontent du tréfonds de la conscience ou de l’inconscient ne sont pas empêchés, mais ils ne sont pas activement remémorés, et le mental ne s’y engage pas. Ils ne sont pas appliqués à l’objet. D’autre part, sans l’engagement mental, l’objet perçu ou l’apparence non seulement ne sont pas recouverts des facteurs concomitants, mais ils ne sont pas non plus pris pour un point de référence (sct. nirālamba), ils ne sont pas objectivés. Les bodhisattvas s’abstiennent (sct. apratiṣṭhita tib. mi gnas pa) d’ailleurs d’investir l’objet perçu ou l’apparence comme une entité existante ou non-existante.

Maitrīpa incorpore également la notion de la non-production (sct. ajātaṃ tib. ma skyes pa) que l’on trouve aussi dans le JAA dans son interprétation.
« L’intellect qui comprend que le monde est non-produit
A été montré comme étant authentique par l’Éveillé
Tous les êtres en possédant la nature
Les sages [réaliseront] sans effort
Que l’essence des représentations
Est la coproduction conditionnée
Qui ne se cultive pas
. »[15]
L’idée principale du Jñānālokālaṃkāra est l’action sans effort de l’Éveillé dans le monde à travers neuf analogies.

Dans son traité, Maitrīpa donne ensuite une interprétation plus tantrique/théiste en expliquant que la lettre A du terme a-manasikāra correspond à la non-production, et que ce terme signifie ainsi « l’engagement correct dans la non-production ». Pour cela, il s’appuiera sur des passages extraits du Hevajra Tantra et du Choral du Nom de Mañjuśrī (ārya-mañjuśrī-nāmasangīti).
« Il est en essence sans pensée
Et aussi sans facteurs mentaux.
Ainsi, s’il n’est pas développé mentalement
Il est l’objet de culture de tous
. »[16]
Comme il est naturellement présent en tous les êtres, il n’est pas à « développer » par le mental. Et c’est par le non-engagement mental qu’il est atteint. A la fin du traité, Maitrīpa donne une deuxième interprétation où il utilise la terminologie de consécrations tantriques, pour montrer que le non-engagement les inclue et qu’il est conforme au sens de la perfection de la sagesse. Ainsi, la lettre A représente la Lumière manifeste et le terme engagement mental l’autoconsécration.[17] La lettre A est la première lettre, qui est l’essence de toutes les autres (mañjuśrī-nāmasangīti[18]). La lettre ā est la première lettre qui représente Nairātmya, la parèdre de Hevajra[19]. Tout ce qui procède d’elle est également sans soi (nairātmya).

En d’autres termes, le système de Maitrīpa inclue à la fois la perfection de la sagesse et la voie des mantras.

***

[1] Définition du tshig mdzod chen mo : yang dag par 'dzin pa ste brtag pa'i dngos po'am dmigs pa la sems rtse gcig sbreng chags su 'dzin pa'i sems byung ngo

[2] Traduction d’Alain Daniélou dans Yoga méthode de réintégration, p. 111

[3] Anguttara Nikaya (§§1-10), voir Access to Insight

[4] Ekāyana (eka, unique + ayana, aller)

[5] Dhammapada, Les dits du Bouddha, traduction centre d’études de dharma de Gretz, Albin Michel, p. 40

[6] Nirvacanaṃ tu svalakṣaṇadhāranād dharmaḥ. Dharma: Its Early History in Law, Religion, and Narrative, Alf Hiltebeitel, p. 143

[7] Guenther traduit ce terme par demande égocentrique. Mind in Buddhist Psychology A Translation of Ye-shes rgyal-mtshan's "The Necklace of Clear Understanding" by Herbert V, Guenther University of Saskatchewan Leslie S. Kawamura University of Saskatchewan DHARMA PUBLISHING

[8] Sct. sarvatraga tib. kun tu 'gro ba rnam pa

[9] Bhikkhu Bodhi (2012), A Comprehensive Manual of Abhidhamma: The Abhidhammattha Sangaha (Vipassana Meditation and the Buddha's Teachings), Independent Publishers Group.
« The Pali word literally means “making in the mind.” Attention is the mental factor responsible for the mind’s advertence to the object, by virtue of which the object is made present to consciousness. Its characteristic is the conducting (sāraṇa) of the associated mental states towards the object. Its function is to yoke the associated states to the object. It is manifested as confrontation with an object, and its proximate cause is the object. Attention is like the rudder of a ship, which directs it to its destination, or like a charioteer who sends the well-trained horses (i.e. the associated states) towards their destination (the object). Manasikāra should be distinguished from vitakka: while the former turns its concomitants towards the object, the latter applies them onto the object. Manasikāra is an indispensable cognitive factor present in all states of consciousness; vitakka is a specialized factor which is not indispensable to cognition. »

[10] « It has the characteristic of driving associated states towards the object, the function of joining (yoking) associated states to the object, the manifestation of facing the object. It is included in the saṅkhārakkhandha, and should be regarded as the charioteer of associated states because it regulates the object. »

[11] « What is egocentric demanding? It is a continuity having the function of holding the mind to what has become its reference. It is a cognition that keeps the complex of mind in its specific objective reference. The difference between directionality and egocentric demanding is that directionality brings the mind towards the object in a general move (12b), while egocentric demanding makes the mind jump on this particular objective reference. » Guenther, Mind in Buddhist Psychology

[12] Dhammapada, Les dits du Bouddha, verset 154, p. 101

[13] yang dag rtog pa rnam ma brtags// thugs yid rab tu mi gnas shing // yid mdzad mi mnga' mi dgongs pa// mi rten khyod la phyag 'tshal lo//

[14] byang chub sems dpa' sems dpa' chen po, rnam par rtog pa thams cad kyi mtshan nyid ni snang ba la rtog pa ste, yid la mi byed par yongs su spangs pa'o// bodhisattvo mahāsattvaḥ sarvvavikalpanimittāni ākāśagatikāni amanasikārataḥ parivarjjayati | aparāparāṇi granthavistarabhayāda na likhyante |

[15] ma skyes 'gro bar gang yin blo// dag par sangs rgyas kyis nges bstan// 'gro kun de yi rang bzhin ldan// blo dang ldan pas 'bad med par// rnam rtog de nyid rten cing 'byung*// 'brel ba bsgom pa ma yin no/ Version Dharmadownload
Version sanskrit : yenājātaṃ jagadbuddhaṃ buddhiḥ śuddhaiva bodhataḥ | nijaṃ tasya jagat satyamanābhogena dhīmataḥ | avibhāvitasambandho vikalpo'sau pratītyajaḥ |tadeṣa eva nirvvāṇe no kṛthāḥ cittavibhramam || DSBC 

[16] ngo bo nyid kyis sems med cing //
sems las byung ba'ang med pa'o//
de bzhin du, gang phyir yid kyis ma bsgoms na//
'gro ba thams cad bsgom par bya//

svarūpeṇa na cittaṃ nāpi cetamam | tathā -bhāvyante hi jagat sarvvaṃ manasā ya(smā)nna bhāvyate |

[17] yang na a zhes bya ba ni 'od gsal ba'i tshig la, yid la byed pa ni bdag la byin gyis brlab pa'i tshig ste, 'di la'ang a yang yin la yid la byed pa'ang yin pas yid la mi byed pa'o//
'dis ni yid la mi byed pa'i gnas bsam gyis mi khyab pa 'od gsal ba bdag byin gyis brlabs pa'i bdag nyid stong pa nyid dang snying rje dbyer med zung du 'jug pa gnyis su med pa'i rgyun yang dag par rig pa bskyed par 'gyur ro//

[18] a ni yig 'bru kun gyi mchog//
don chen yi ge dam pa yin//
khong nas 'byung ba skye ba med//
tshig tu brjod pa spangs pa ste//

[19] ā li dang po ni bdag med ma'o//




samedi 11 avril 2015

La conscience pleine de quoi ?



« L’attitude fondamentale du philosophe stoïcien ou platonicien était la prosochè, l’attention à soi-même, la vigilance (nepsis, ou « garde du cœur ») de chaque instant. » « La prosochè replace l’homme dans son être véritable, c’est-à-dire dans sa relation à Dieu. Elle équivaut à un exercice continuel de la présence de Dieu. Ce « souvenir de Dieu », c’est une perpétuelle référence à Dieu à chaque instant de la vie. » « Ce souvenir de Dieu est évidemment en quelque sorte l’essence de la prosochè, le moyen le plus radical d’être présent à Dieu et à soi-même. Mais l’attention à soi ne peut quand même se contenter d’une intention diffuse. »[1]

Voici la « méditation », c’est-à-dire l’attention à soi-même, comme elle fut pratiquée chez les stoïciens, les platoniciens et par la suite chez les chrétiens. Il s’agirait au fond de se souvenir constamment de son être véritable, c’est-à-dire Dieu.

Dans le bouddhisme, très tôt, une des pratiques principales était le « souvenir du Bouddha » (sct. buddhānusmṛti tib. sangs rgyas rjes su dran pa). L’attention en pratique est une attention dirigée sur quelque chose, et de préférence sur ce qui mérite le plus notre attention. Et le bouddhisme a dressé la liste de choses dignes d’être remémoré, comme le Bouddha, le Dharma, La Sangha… Ainsi, trouve-t-on des listes de remémorations de différents nombres. La remémoration consiste à se rendre présent l’objet sur lequel on veut diriger l’attention. L’attention n’est qu’un moyen pour se rendre présent cet « objet ».

Il existe une liste de six choses à remémorer[2] que sont dans l’ordre le Bouddha, le Dharma, la Sangha, les vertus, la générosité et les devas (en tant que les agents de l’ordre du monde). Sur la liste de dix choses à remémorer, on l’on trouve la liste de six ci-dessus, puis, dans l’ordre, "le souvenir de" la respiration, le souvenir de la mort, le souvenir de l’attention immergée dans le corps, et le souvenir de la quiétude/extinction.

On trouve ces listes de six et dix remémorations dans le bouddhisme tibétain, mais avec quelques variations significatives. Ainsi, dans la liste des six remémorations on trouve à la première place le gourou (guru-anusmṛti), suivi du Bouddha, du Dharma, de la Sangha, de l’éthique et de la générosité. La lignée kadampa a quant à elle, une liste de cinq remémorations, sur laquelle on trouve dans l’ordre 1. Se souvenir de son gourou comme objet de refuge 2. Se souvenir de la nature divine de son corps 3. Se souvenir de sa parole comme le mantra 4. Se souvenir de tous les êtres comme ses mères et 5. Se souvenir du processus fondamental (tib. gnas lugs) de la pensée comme étant vide.

C’est en se rendant présent ces entités ou qualités, en s’entourant d’eux continuellement, que l’on s’en imprègne. L’attention est alors une attention à, ou une remémoration de.

Comment se souvenir constamment du Bouddha ? Ceux qui avaient connu le Bouddha historique se sont sans doute souvenus de lui par l’image et les souvenirs le concernant. Le Bouddha a cependant répété à maintes reprises que le véritable Bouddha ne pouvait être ni vu, ni entendu, ni touché etc. et qu’il était l’ensemble des dharma (dharmakāya), c’est-à-dire un ensemble de qualités éveillées. Après sa mort, on avait édifié des monuments symboliques qui le représentaient ainsi, c’est-à-dire qui représentaient ses qualités. Chaque partie du monument symbolique (caitya, stūpa) représentait un ensemble de qualités éveillées spécifiques. Se souvenir des qualités du Bouddha et s’en entourer constituait ainsi l’exercice du « souvenir du Bouddha ».

Avec l’apparition du bouddhisme universaliste, et notamment dans les écrits de Nāgārjuna, tous les dharma, y compris les qualités éveillées, furent déclarées « vides » (d’essence). En développant ses qualités, on développait en fait de la vacuité. L’ensemble des dharma (dharmakāya), que le Bouddha déclarait être le véritable Bouddha, était un ensemble de dharma vides, autrement dit « de la vacuité ». Se souvenir du Bouddha revenait en fait à se souvenir de la vacuité. De quoi « se souvient » on en se souvenant de la vacuité ? La vacuité est un concept aussi vague que celui de Dieu ou du Bouddha. La vacuité n’est pas le néant, elle n’est pas rien, elle est plutôt tout, ou mieux encore, elle dépasse à la fois les notions de rien et de tout. Elle est l’absence de toute élaboration (prapañca), et c’est à travers l’absence de toute élaboration qu’elle est atteinte. Se souvenir de la vacuité c’est s’abstenir de toute élaboration.

Se souvenir de la vacuité n’est pas s’entourer de vide, mais délester « ce qui est » (tathātā) de tout ce dont on le recouvre, essentiellement des « remémorations ». Evidemment, tout comme les dharma, les remémorations sont elles aussi vides. Délester la vacuité de ce qui est déjà vide pourrait sembler comme une tache bien inutile. Et certains n’ont pas manqué de mettre cette idée en pratique par des méthodes non-discursives (de non-représentation). Cette idée a également nourri le bouddhisme ésotérique, qui propose l’accès à un monde imaginal, en absolu aussi « réel » que notre monde ordinaire, mais un monde pur au lieu d’un monde impur. Pur dans le sens où les passions (kleśa) y font défaut et qui est un monde de pure gnose, où l’on est partout entouré de qualités éveillées. Les sādhana sont les méthodes où l’on imagine un monde pur en le remémorant, et en y dirigeant son attention. Dans le bouddhisme tibétain, et notamment dans l’école des anciens, le souvenir de la divinité prépare au moment crucial post-mortem, quand l’âme du défunt est confrontée aux visions de cercles divins. Le monde pur développé au cours de la vie passée se fusionnera alors avec le monde pur de la divinité, qui n’est autre que la Réalité transcendante (tib. chos nyid bar do).

On constate que dans les trois grands véhicules du bouddhisme, l’attention (smṛti) est toujours dirigé sur (anusmṛti) quelque chose, et que cette attention est en fait une remémoration, on se souvient de la chose remémorée et on en maintient le souvenir. C’est le maintien du souvenir qui constitue l’attention. Et c’est en cela que cette approche rejoint le Yoga.

Le Yoga vise la réintégration de la divinité en huit degrés (aṅga). Après six degrés de préparation, les trois derniers degrés entament la véritable réintégration, à commencer par la concentration (dhāraṇā), qui vise la fixation de la pensée en un seul point (ekāgratā), suivie par la contemplation (dhyāna) et finalement l’identification (samādhi) à l’objet contemplé. Le samādhi se définie ainsi dans le Yoga darśana (III, 3) : « Lorsque seul demeure l’objet de la contemplation et que la propre forme (svarūpa) de celui qui contemple est annihilée, on dit qu’il y a identification ».[3]


L’attention, « Mindfulness », n’est pas une fin en soi, elle n’est que le moyen pour fixer la pensée en un point. Dans le Discours de l’établissement de la vigilance (Satipatthāna sutta), le Bouddha enseigne une méthode pour développer l’attention vigilante en la portant sur le corps, les sensations, la pensée (citta) et les événements mentaux (caitta). A commencer par l’attention vigilante à la respiration (ānapānasmṛti). L’attention est dirigée sur ce que l’on veut atteindre et réintégrer. Une divinité, un monde pur, une meilleure renaissance, l’hégémonie économique, la domination du monde, ou alternativement les « vertus politiques » du projet de bodhisattva…

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[1] Pierre Hadot dans Apprendre à philosopher dans l’Antiquité et dans Exercices spirituels et philosophie antique.

[2] Anguttara Nikaya (§§1-10), voir Access to Insight

[3] Traduction d’Alain Daniélou dans Yoga méthode de réintégration, p. 111

samedi 5 mai 2012

Mémoire, remémoration et oubli



La croyance en la transmigration des âmes (métempsycose), présuppose l’existence d’une âme qui transmigre. Chez les grecs, après la mort, l’âme passe dans les enfers, c’est ainsi que sont appelés les mondes souterrains du royaume d’Hadès où séjournent les morts. Ces enfers contenaient aussi bien les Champs-Élysées que le Tartare, la région la plus profonde. Les âmes vertueuses passent une existence heureuse aux Champs-Élysées, où règne le printemps éternel, au milieu de fleurs, de végétation et d'oiseaux, tandis que dans le Tartare les méchants subissent des souffrances rétributaires. Les enfers sont traversés par cinq fleuves, dont un est le Léthé (« oubli »). Les âmes (psychai) verteuses ou qui avaient purgé leurs peines, pouvaient reprendre une existence sur la terre, mais après avoir traversé le fleuve Léthé, où ils perdaient le souvenir de leurs vies antérieures. L’ingestion des eaux du Léthé provoquait l'amnésie. Aussi, il était appelé la rivière sans-souci (fleuve Amélès, Ameles potamos), dont aucun vase ne peut contenir l'eau et dont il faut boire une certaine quantité d’eau, au risque de perdre tout souvenir.[1]

Le Léthé fonctionne ainsi comme une véritable fontaine de jouvance. En tant que fontaine, ou source, le Léthé est souvent représenté ensemble avec la fontaine de Mnémosyne (mémoire). En buvant de la fontaine de Léthé, tout souvenir du passé est effacé, puis boire l’eau de la fontaine de Mnémosyne aide à conserver la mémoire de tout ce que l’on voit ou entend[2]. Mnémosyne est la mère des neuf Muses, de tous les arts (upāya)[3], Zeus étant leur père. Elle est omnisciente et sait tout ce qui a été, tout ce qui est et tout ce qui sera. Notamment par rapport aux origines et aux généalogies[4]. L’oubli précède et permet le souvenir, et donc la création. « Lorsque le poète est possédé des Muses, il s’abreuve directement à la science de Mnémosyne. » « Le passé ainsi dévoilé est plus que l’antécédent du présent : il en est la source. En remontant jusqu’à lui, la remémoration cherche, non à situer les événéments dans un cadre temporel, mais à atteindre le fond de l’être, à découvrir l’originel, la réalité primordiale dont est issu le cosmos et qui permet de comprendre le devenir dans son ensemble. »[5]

Pour les mystiques, l’oubli et le souvenir sont deux côtés de la même médaille. Ainsi, Plotin dit :  « Le souvenir est pour ceux qui ont oublié » (Ennéades, 4,6,7). Et Platon : « Pour ceux qui ont oublié, la remémoration est une vertu ; mais les parfaits ne perdent jamais la vision de la vérité et ils n’ont pas besoin de la remémorer. » (Phédon, 249 c,d).

Il y a donc deux cas de figure. Ceux qui oublient la « connaissance originelle » (« des origines ») et perdent la vision de la vérité s’engagent dans les filets du devenir, tout en en restant captifs. A leur mort, ils retournent « à l’état primordial et parfait, perdu périodiquement par la réincarnation de l’âme. »[6] Un genre d’état intermédiaire (T. bar do) qui est la substance des choses (T. chos nyid bar do). Et ceux qui retrouvent la « connaissance originelle » (mythologique) avec l’aide des Muses, ou qui l’ont définitivement acquise et qui se rappellent de leurs existences antérieures, comme Pythagore, Empédocle ou le Bouddha... Les initiés de la confrérie orphico-pythagoricienne sont instruits afin d’éviter la source Léthé sur la route de gauche, de prendre la route de droite qui conduit à la source issue du lac de Mnémosyne et d’implorer les gardiens de la source : « Donnez-moi vite de l’eau fraîche qui s’écoule du lac de Mémoire ». « Et d’eux-mêmes ils le donneront à boire de la source sainte et, après cela, parmi les autres héros tu seras le maître. »[7] On pourrait dire un genre de vīra (T. dpa' bo) ou « détenteur de connaissance originelle » (S. vidyā-dhara T. rig pa 'dzin pa).

Chez Advayavajra, les termes remémoration (S. smṛti T. dran pa) et non-remémoration (S. asmṛti T. dran med) sont les termes clé de son système. Pour lui, la remémoration est la rencontre avec les apparences (S. ābhāsa T. snang ba) et la non-remémoration la rencontre avec la vacuité. Dans le processus cognitif, tel que pensé par le bouddhisme, les objets sont connus par le biais d’images reçues et re-présentées (S. ākāra T. rnam pa). Mais dans le processus d’identification des objets, des informations parasites stockées avec des expériences précédentes peuvent être ré-activées. C’est ce qu’Advayavajra essaie d’éviter en accédant à la non-remémoration, qui est comme un sous-courant continu. Il est impossible d’empêcher des apparences d’apparaître, mais on peut éviter qu’elles soient altérées ou déformées par les traces sous-conscientes (S. vāsanā T. bag chags) d’expériences anciennes, en restant dans un non-agir et en n’appliquant aucun jugement sur elles, c’est-à-dire en les recevant telles qu’elles sont.

Deux conceptions s’opposent, une où il y a une connaissance des origines, une Science (S. vidyā) transmise de maître à disciple dans un cadre mythologique, et une autre où la connaissance du réel tel quel est l’absence d’erreur (T. thar pa nor ba zad tsam nyid/ extrait du Mahāyāna-sūtrālaṅkāra IX, 3). Ici aussi, différentes approches sont possibles et certaines puisent aussi dans un fond mythologique. Mais il n’y a pas de véritable transmission, plutôt une médiation. Le médiateur pointe (T. ngo sprod) vers le réel et l’élève voit (T. ngo ‘phrod) ou pas.

Illustration : John Roddam Spencer Stanhope, The Waters of Lethe by the Plains of Elysium, 1879-1880


[1] Comparer avec l’idée de la fonction du nāga Ananta-Śeṣa (résidu) dans le mythe du barratage de l’océan de lait, résidu de la création précédente, permettenat la nouvelle création du monde.  « Porter créance à ce conte, rappelle Platon, peut nous sauver, en nous faisant, dès cette vie, prendre l’habitude de la sagesse, qui nous sauvera lors du choix d’une vie prochaine. » 
[3] L’art s’oppose à la nature.
[4] Aspects du mythe, Mircéa Eliade, p. 152
[5] Aspects du mythe, Mircéa Eliade (citant J.-P. Vernant), p. 152
[6] Aspects du mythe, Mircéa Eliade (expliquant la vision de Platon), p. 157
[7] Mircéa Eliade, sur les initiations orphico-pythagoriciennes, p. 154