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dimanche 13 février 2022

Des cas sporadiques d'orientalisme précoce en Orient

Fan Zhen défendant sa thèse funeste (vie illustrée de Fan Zhen)

En lisant l’entrée Wikipedia sur les cārvāka (empiristes), définie comme “une philosophie matérialiste, sceptique, athée et hédoniste qui refuse les doctrines traditionnelles (comme celles de réincarnation, rendement des rituels, etc.) et n'admet que la perception comme moyen de connaissance, on comprend immédiatement que ce n’est pas ainsi que les cārvāka, s’ils constituaient un groupe, une école ou une philosophie, se définissaient eux-mêmes. Certains présocratiques, philosophes de la nature, feraient de bons candidats aussi.

On reconnaît bien leur “philosophie” quand le bouddhisme parle de vue erronées (P. micchādiṭṭh S. mithyādṛṣṭi T. log lta), du point de vue bouddhiste. Notamment dans le Sāmaññaphala-sutta, où la “vue erronée" citée en exemple est attribuée à Ajita Kesakambalī, qui “affirme” :
Grand roi, rien n'est donné, rien n'est offert, rien n'est sacrifié. Il n'y a ni fruit ni résultat des bonnes ou des mauvaises actions. Il n'y a ni ce monde, ni le monde à venir, ni mère, ni père, ni êtres renés spontanément; ni prêtres ni contemplatifs qui, se portant bien à juste titre et pratiquant à juste titre, proclament ce monde et le prochain après l'avoir directement connu et réalisé par eux-mêmes. Une personne est un composé de quatre éléments primaires. À la mort, la terre (dans le corps) retourne à et se fond dans la substance-terre (extérieure). Le feu retourne à et se fond dans la substance-feu extérieure. Le liquide retourne à et se fond dans la substance-liquide extérieure. Le vent retourne à et se fond dans la substance-vent extérieure. Les facultés des sens s'éparpillent dans l'espace. Quatre hommes, avec la bière pour cinquième, portent le cadavre. Ses éloges ne résonnent pas plus loin que le charnier. Les os deviennent couleur pigeon. Les offrandes finissent en cendres. La générosité est enseignée par des idiots. Les paroles de ceux qui parlent de l'existence après la mort sont fausses, bavardage vide de sens. A la dissolution du corps, les sages et les fous tout pareil sont annihilés, détruits. Ils n'existent pas après la mort.”
La générosité est bien sûr l’effet, le mérite, attribué à la générosité, et notamment celui d’être généreux envers les dieux, les prêtres, le saṅgha, etc. “Ni fruit ni résultat” fait référence à la loi du karma métaphysique. “Ni père ni mère” fait probablement référence à la piété filiale, et les rituels pour les morts associés, conduits par des prêtres et des moines... “Ni prêtres ni contemplatifs”, doit faire référence à leur rôle de modèle et de guide, en matière de religion. En fait, la “vue erronée" consiste à ne pas reconnaître une autorité religieuse et à ne pas croire en les spéculations religieuses.

Le Bouddha en personne avait une attitude partiellement “cārvāka”, ou du moins śramaṇa, envers le brahmanisme. L’empirisme était un des critères (pramāṇa) de la doctrine bouddhiste. Les prajñāpāramitā et Nāgārjuna étaient également moins sensibles aux sirènes de la “vue orthodoxe”. Longtemps avant les Lumières, Burnouf, les nihilistes, les Orientalistes, les postmodernes, la post-vérité, etc., il y avait en Orient aussi des individus capables de réfléchir par eux-mêmes de façon rationnelle. C’est étonnant, non ? Quand le bouddhisme est arrivé en Chine, il y eut évidemment de la résistance de la part des autres prêtres, contemplatifs, thaumaturges et légistes, déjà bien implantés sur le marché chinois, mais aussi de la part de certains empiristes (“matérialistes, sceptiques, athées et hédonistes”). Notamment, le poète lettré Fan Zhen (范縝 c. 450 - 515), qui trouva que le bouddhisme avait une influence politique néfaste.
Il estimait en outre que les bouddhistes ["trompent le peuple par leurs discours vagues et obscurs, l'effrayant en lui présentant les tourments de l'enfer Avici, le séduisant par leurs paroles vides, et le berçant d'illusions (en lui faisant miroiter) les joies du ciel Tuṣita. Alors les gens ont abandonné la robe des lettrés pour revêtir le vêtement croisé des moines, délaissé les instruments de sacrifice pour le bol à aumônes. Finalement ils ont abandonné les leurs et ont mis un terme à leur lignée." Vie de Huisi, Paul Magnin
Fan Zhen en fier révolutionnaire

Le “terme à leur lignée” fait référence au célibat des moines et nonnes bouddhistes, et donc à leur non-reproduction. Fan Zhen ne fut pas un athée complet, il trouva comme un bon Ministre de l’Intérieur que le gouvernement devait avoir un droit de regard sur la pratique de la religion, et plus particulièrement les sacrifices, qu’il n’aimait pas. “Plus tard il fut préfet de Yidu (dans l’actuel Hubei) où il publia un décret abolissant les sacrifices dans certains temples, car il ne croyait pas aux esprits.” C’est vrai, qui dit “offrandes” ou “sacrifices”, doit bien les adresser à quelque chose d’invisible.
“[Fan Zhen] attaqua d'abord la doctrine du karma. Pour lui, le processus de la vie et de la mort suit un cours naturel; point n'est besoin de recourir à une quelconque loi du karma. Quand le prince de Jingling lui demanda alors comment il expliquait l'existence de riches et de pauvres, d'une haute et d'une basse société, il répondit:

"Les vies humaines sont comme les fleurs qui fleurissent sur un même arbre, Elles sont soufflées par le vent et tombent de l'arbre. Les unes effleurent paravents et rideaux et tombent sur les couvertures et les nattes. Les autres sont arrêtées par les palissades et les murs, et tombent sur le fumier. Celles qui tombent sur les couvertures et les nattes deviennent Votre Excellence; celles qui tombent sur le fumier deviennent votre humble serviteur. Le haut et le bas suivent des voies différentes, mais en tout cela où intervient le karma ?Vie de Huisi, Paul Magnin

Plutôt pas mal dit, mais c’est une vue erronée, et on sait cela vous conduit… Le prince de Jingling voyait de façon correcte la nécessité du karma pour expliquer l'existence de riches et de pauvres.
Pour démontrer l'illogisme de l'indestructibilité de l'âme, Fan Zhen posa le Traité de la Destruction de l'âme (Shenmie lun 神灭论). Sa thèse était la suivante:
"L'âme est identique au corps; le corps identique à l'âme. Si le corps existe, l'âme existe; si le corps disparaît, l'âme disparaît. Le corps est la substance de l'âme; l'âme est la fonction du corps. Quand on parle du corps, on entend sa substance; quand on parle de l'âme, on entend sa fonction. Les deux ne peuvent être séparés l'un de l'autre. L'âme est à la substance ce que le tranchant est au couteau; le corps est à la fonction ce que le couteau est au tranchant. Le terme "tranchant" ne désigne pas le couteau; le terme "couteau" ne désigne pas le tranchant. Et pourtant, ôtez le tranchant, il n'y a plus de couteau; ôtez le couteau, il n'y a plus de tranchant. On n'a jamais entendu dire que le tranchant ait jamais subsisté après la disparition du couteau! Comment le corps pourrait-il disparaître et l'âme subsister encore?Vie de Huisi, Paul Magnin
Cela a l’air d’être du bon sens, mais c’est encore une vue erronée… Restez vigilant, faites attention à vous-même !

L'empereur Wu des Liang aimait bien les bouddhistes ["trompant le peuple par leurs discours vagues et obscurs, l'effrayant en lui présentant les tourments de l'enfer Avici, le séduisant par leurs paroles vides, et le berçant d'illusions (en lui faisant miroiter) les joies du ciel Tuṣita”]. Il intervint lui-même et demanda à tous ses ministres la réfutation des thèses de Fan Zhen.
Son général Xiao Chen (蕭琛) “fit remarquer que la perte du tranchant ne signifiait en rien la disparition du couteau. Ce sont là deux choses non-concomitantes. Il en est de même pour l'âme et pour le corps. Xiao Chen compléta son argumentation par l'évocation du rêve, le corps est comme insensibilisé et ne ressent aucune sensation. L'âme semble partie ailleurs alors que le corps est demeuré là comme mort.”

Un fonctionnaire lettré, Cao Siwen (曹思文), "se référa à la tradition Confucéenne pour répondre aux attaques de Fan Zhen. Il fit remarquer qu’avec de tels arguments, Fan Zhen mettait directement en cause le Livre de la Piété Filiale (Xiao jing) qui, pour sa part, exhorte les enfants à conserver et honorer dignement le culte des ancêtres.” Vie de Huisi, Paul Magnin
Tout est bien qui finit bien. Fan Zhen fut exilé pour hérésie, la “vue juste” du dualisme corps-esprit, du karma et de la réincarnation triompha, et les sacrifices, les prêtres, la piété filiale, les rituels aux morts, etc. eurent un avenir radieux avant eux. Jusqu’à l’arrivée des communistes (qui semblent avoir un faible pour Fan Zhen...) et des Orientalistes occidentaux.

Statue de Fan Zhen,
il paraît qu'aucun temple ou église ne pousse dans un rayon de 100 km

***

D'autres citations de Fan Zhen :

"Fan Zhen also claimed that his reason for writing the treatise on mortality of the soul at that particular time could be found by observing how “Buddhism is damaging the government and Buddhist monks are corrupting the proper conventions. The winds are jolting, the fog has already arisen, and it is spreading over the country without rest. I am worried about how it deceives people, and I want to save people’s thoughts from being drowned in it.
People use up their wealth to run after the monks, they go bankrupt to run after the Buddha. But how come they are not concerned about their relatives, why don’t they pity the poor, who have nothing?

Extrait de The Debate and Confluence between Confucianism and Buddhism, Chun-chieh Huang

mercredi 1 février 2017

Sortir du réincarnationisme



Le réincarnationisme peut faire de l’ombre au bouddhisme. Ce que j’appelle réincarnationisme est la croyance pré-bouddhiste en le système saṁsāra-karma-mokṣa (SKM). Le saṁsāra est le cycle d’existences qu’une « âme » traverse, tant qu’elle perpétue les actes (karma) qui la tiennent prisonnière du cycle. Une fois débarrassé de tout combustible (karma), il n’y a plus de naissance. C’est ce que le bouddhisme appelle « libération » (sct. mokṣa) ou « extinction » (sct. nirvāṇa) .

Selon la légende du Bouddha (Buddhacaritam), que le prince Gautama, comme beaucoup d’autres ascètes errants (samaṇa-brāhmaṇa) de son époque, chercha la libération de ce système, synonyme de souffrance (dukkha). Initialement à travers toutes les méthodes disponibles à son époque. C’est presque par hasard, et au bout de beaucoup d’efforts, que Gautama trouva sa voie du milieu entre ascétisme (yoga) et consommation (bhoga), et entre le non-être et l’être.

On peut présenter la voie du milieu du Bouddha comme une méthode qui s’inscrit dans le système SKM et qui cherche à en sortir (nirvāṇa). Ou bien, on peut comme le fait le mahāyāna, appliquer le principe de la voie du milieu à la dualité saṁsāra-nirvāṇa, sans choisir l’un ou l’autre extrême, en fixant leur « égalité ». Cette égalité a pour nom vacuité (sct. śūnyatā). C’est une autre façon de sortir du système SKM. Elle a pour avantage de ne pas « essentialiser » (= attribuer une essence aux) extrêmes de l’être et du non-être, du saṁsāra et du nirvāṇa, et donc par-là de n'essentialiser ni l’emprisonnement ni la libération. Le bodhisattva qui suit cette approche n’est ni emprisonné ni libéré, ou plutôt ne choisit pas entre ces deux états et ne s’y installe pas.

Était-ce là la véritable intention du Bouddha ? C’est ce que prétend le mahāyāna. Dans cette approche, que le système SKM soit « réel » ou non importe peu. Le bodhisattva ne cherche pas à sortir (mokṣa) du saṁsāra, et continue à agir (karma) pour le bien des êtres. Le bodhisattva ne cherche pas comme les dévots bouddhistes, les samaṇa et les brāhmaṇa à progressivement améliorer sa condition (par la pratique de la charité etc.) et à sortir par échelons (cieux, bhūmi etc.) du saṁsāra. Sa propre promotion au sein du système SKM ne l’intéresse pas, il s’intéresse au bien des êtres. La réincarnation ne fait pas partie de ses préoccupations. Il ne conformera pas ses actions aux principes d’une science réincarnationnelle (cutūpapāta-ñāṇa et pubbe-nivāsānussati-ñāṇa) qui n’entre pas dans son champ éthique.

Cela n’empêche pas que des bouddhistes, et pas des moindres, tentent d’imposer la croyance en la réincarnation comme une sorte de dogme, en s’appuyant notamment sur un Discours spécifique où le Bouddha parle en creux de la vue juste (p. samma ditthi sct. samyakdṛṣṭi), en des termes très religieux.
« Et qu'est-ce, bhikkhus, que la vue erronée ? 'Il n'y a rien qui soit donné, rien qui soit offert, rien qui soit sacrifié [1]. Il n'y a pas de fruit ni de résultat aux bonnes et mauvaises actions [2] ; il n'y a pas ce monde, il n'y a pas d'autre monde [3] ; il n'y a pas de mère, pas de père [4] ; il n'y a pas d’être renaissant spontanément [5] ; il n'y a pas de samanas ni brahmanes dans le monde qui, progressant correctement et pratiquant correctement, font connaître ce monde et les autres mondes, les ayant connus et réalisés par eux-mêmes [6]’ : voici, bhikkhus, ce qu'est la vue erronée de cet individu. » Mahācattārīsaka Sutta (MN117)[1].
Il s’agit ici de rien de moins de tout ce que peut comporter le bouddhisme en éléments religieux :

1. La croyance en l’efficacité des rituels et des sacrifices
2. La croyance en le karma comme loi morale telle qu’énoncée dans le canon pāli : intention (cetanā) – acte (karma) – résultat (vipāka). En gros, œil pour œil dent pour dent, à l’adresse de l’auteur, avec la maturation (vipāka) en plus.
3. La croyance en l’existence d’un au-delà, de la réincarnation ou en la survie de la conscience[2]
4. La piété filiale et le culte des ancêtres
5. La croyance en les êtres surnaturel (divins, démoniaques)
6. La croyance en le rôle spécifique du clergé.

En des termes religieux, car à d’autres endroits, la vue juste est définie beaucoup plus simplement comme :
« Et qu'est-ce que la vue correcte ? Connaissance par rapport à la souffrance, connaissance par rapport à l'origine de la souffrance, connaissance par rapport à la cessation de la souffrance, connaissance par rapport à la Voie de la pratique qui mène à la cessation de la souffrance : C'est ce qu'on appelle vue correcte. » (Maha-satipatthana Sutta DN 22 PTS: D ii 290[3])
Cette deuxième vue juste est de prime abord plus philosophique. Il ne s’y agit pas de croire, mais de connaître les quatre nobles vérités par une expérience directe. D’ailleurs traiter la vue juste comme la croyance en une série de dogmes serait faire des thèses fondamentales bouddhiques un chemin de la foi, ce qu’il n’est pas.

Bouddhistes réincarnationistes et sceptiques se retrouveront sans doute sur la nécessité d’éliminer ce qui qui est considéré comme le moteur ou la cause du cycle des existences : les trois ou quatre efflux, obstacles, contaminations ou fermentations (āsrava). Le Sabbāsava Sutta[4], Majjhima I, éd. 6-12 enseigne trois efflux : le désir (kāma), l’existence (bhava), et l ’ignorance (avijjā, avidyā). À ces trois peut s’ajouter un quatrième[5] « la vue erronnée » (diṭṭhi, dṛṣṭi).

Ici c’est le deuxième efflux, la contamination existentielle ou du désir d’existence qui nous intéresse. Rahula traduit āsrava par obstacles.
« Ainsi par le fait de penser aux choses qui ne doivent pas être pensées, et de ne pas penser aux choses qui doivent être pensées, des obstacles [āsrava] non apparus, paraissent en lui, et les obstacles déjà présents s’accroissent
Ainsi, sans sagesse, il pense : « Ai-je existé dans le passé ? » « N’ai-je pas existé dans le passé ?» « Qu’ai-je été dans le passé ?» « Comment ai-je été dans le passé ?» « Qu’est-ce qu’ayant été (antérieurement) j’ai été dans le passé ?» « Serai-je dans le futur ?» « Ne serai-je pas dans le futur ? » « Que serai-je dans le futur ?» « Comment serai-je dans le futur ? » « Qu’est-ce qu’ayant été (dans ce futur), je serai dans le futur (plus lointain) ? » Le présent lui aussi, maintenant, le rend perplexe sur lui-même : « Suis-je ? » « Ne suis-je pas ?» « Que suis-je ? » « Comment suis-je ? » « Cet être, d’où est-il venu, et où ira-t-il ? » 
Ainsi, pensant sans sagesse, l'une des six vues fausses surgira en lui : « J’ai une âme » ; cette vue fausse naît en lui, véridique et ferme. « Je n’ai pas d’âme » ; cette vue fausse naît en lui, véridique- et ferme. « Par l’âme, je connais l’âme » ; cette vue fausse naît en lui, véridique et ferme. « Par l’âme, je connais le non-âme » ; cette vue fausse naît en lui véridique et ferme. Ou encore cette autre vue fausse surgit en lui : « Cette âme qui est mienne, s’exprimant et ressentant, reçoit ici ou là le résultat des bonnes et des mauvaises actions, et cette âme qui est mienne, permanente, fixe, éternelle, de nature immuable, demeure ainsi éternellement ». 
Ceci, O moines, est appelé spéculations, jungle d’opinions [p. diṭṭhi tib. lta ba], désert d’opinions, perversion d'opinions, agitation d’opinions et liens d’opinions. Lié par ces liens d’opinions, O moines, l’homme ordinaire et non instruit n’est pas libéré de la naissance, de la vieillesse, de la mort, des chagrins, lamentations, souffrances, peines mentales, agonies ; il n’est pas libéré de la souffrance, je le dis. »[6]

***

[1] Traduction


[2] Cela frôle le bhāva dṛṣṭi, car que voudrait dire croire en un au-delà ? Comment ne pas entrer dans des spéculations dès qu'on en parle ?

[3] Traduction © Nanabozho (Gichi Wabush)

[4] Walpola Rahula, L’enseignement du Bouddha, p. 152-159. Ou en ligne 

[5] A cause du « principe d’incrémentation », la série de trois contaminations est sans doute plus ancienne que celle de quatre. Dans le bouddhisme tibétain, il y a quatre contaminations, « zag pa bzhi, ou chu bo bzhi, « quatre torrents », à savoir le torrent de l’existence (srid pa’i chu bo), le torrent du désir sensuel (sred pa’i chu bo), le torrent de l’aveuglement (ma rig pa’i chu bo) et le torrent des opinions (lta ba’i chu bo). Quand il est parlé dans les textes tibétains de "contaminé" (zag bcas) ou de "non-contaminé" (zag med), c’est de la présence ou de l’absence de ces efflux ou contaminations qu’il s’agit.

[6] Extrait de la traduction du Sabbāsava Sutta par Walpola Rahula dans L’enseignement du Bouddha, pp. 153-154