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jeudi 8 septembre 2016

La star des postures héroïques

Hercules constellation, 1603
Petite exploration rapide en guise de brainstorming.

Une image vaut mille mots. C’est un moyen très économe pour transmettre des idées et comme son langage est plus universel que celui des mots justement, il se prête davantage à la transmission d’idées. L’iconographie des dieux avec leurs attributs permet d’identifier grossièrement les dieux d’une civilisation avec ceux d’une autre. La lecture des sceaux-cylindre nous permet de remonter jusqu’à la période d'Uruk au IVème millénaire avant JC. Dans la ville d’Uruk c’est le grand complexe de l’Eanna, consacré à la déesse Inanna/Ishtar qui permet de déterminer la chronologie, grâce aux différents niveaux révélés par les fouilles. Un des rois semi-légendaires d’Uruk fut Gilgamesh (vers 2650 av. J.-C.), le héros de l’épopée du même nom. Gilgamesh était mi-homme, mi-dieu par sa mère. Pour faire cesser le règne tyrannique de Gilgamesh[1], les dieux créèrent Enkidu, mi-homme, mi-animal, homme-taureau[2], une force de la nature. Gilgamesh donne Shamat/ Shamhat (« La joyeuse »), la prêtresse de la déesse Inanna/Ishtar, prostituée sacrée, à Enkidu. Celle-ci l’initie aux rites sexuels/de fertilité[3]. Après avoir passé six jours et sept nuits avec elle, Enkidu veut retourner à ses animaux, mais ceux-ci sont désormais effrayés par lui. Il était devenu trop civilisé. La prêtresse Shamat aime le roi, mais pas sa conduite tyrannique. Enkidu pensa pouvoir s’opposer au roi, mais Shamat le prévient qu’il n’arrivera pas à le battre.

À l’occasion du mariage d’un berger, Enkidu apprend que le berger doit préparer un banquet pour le roi Gilgamesh et lui laisser sa femme pour la première nuit, comme de coutume. Enkidu bloque la chambre nuptiale. Les deux se battent à égalité. Enkidu raconte que, fils de dieu, sa conduite devrait être mieux que cela. Gilgamesh cède, les deux deviennent amis.

Les cieux étant seulement accessibles aux dieux, et la voie céleste étant bloquée par le démon Humbaba, protecteur de la forêt de cèdres/résineux, ils projettent de le tuer et ainsi de dégager la voie vers les cieux. La mère de Gilgamesh, la déesse Ninsun, leur assure qu’ils auraient le soutien du dieu soleil Shamash. Humbaba est tué, les arbres de la forêt sont abattus lors d’une bataille féroce. Avec le bois un temple à l’honneur d’Enlil, une porte céleste, est construit. Une autre partie sert à construire le radeau qui les conduira à Uruk en descendant la rivière Euphrate.



Gilgamesh et Enkidu abattent Humbabu
Le roi triomphant est bien accueilli et Inanna, la déesse de l’amour et de la guerre, sort de son temple pour qu’il la prenne pour femme en lui offrant un gigantesque chariot de lapis lazuli tiré par des mules. Elle lui propose de nombreux autres faveurs et pouvoirs. Gilgamesh la refuse à cause de ses histoires avec d’autres hommes…Inanna est furieuse et demande à son père, le dieu Anu, d’envoyer le taureau céleste pour détruire Gilgamesh. 

Gilgamesh et son double Enkidu (en homme-taureau) tuent le taureau céleste
Gilgamesh et Enkidu arrivent au bout de l’animal et sacrifient le cœur au dieu soleil Shamash. Inanna maudit Gilgamesh. Pour le meurtre d’Humbaba, le gardien de la forêt de cèdres, un des deux amis doit payer. Comme Gilgamesh est partiellement divin, c’est à Enkidu qu’Enlil envoie une maladie. Enkidu meurt et toute la flore et faune est en deuil. Gilgamesh lui rend les derniers honneurs et, se sachant partiellement humain et donc mortel, décide de rechercher l’immortalité. 

Il tue deux lions, leur prend les peaux et s’habille en homme sauvage. Il passe par une série d’épreuves, qui sont autant d’exploits ou « travaux ». Il apprend que seul Utnapishtim (« Noah ») pourra traverser la mer de la mort, pour trouver l’immortel. Gilgamesh convainc Urshanabi, le batelier d’Utnapishtim, de l’aider à traverser pour retrouver son ami Enkidu, mais c’est Gilgamesh lui-même qu’auparavant, dans sa rage, avait détruit les rochers permettant la traversée. Gilgamesh coupe alors 300 arbres, construit un navire, et avec les instructions d’Urshanabi traverse la mer de la mort. Il rencontre Utnapishtim, qui avait rejoint les dieux, sur l’autre rive. Utnapishtim raconte à Gilgamesh, l’histoire du déluge.

Utnapishtim ordonne Urshanabi d’enlever les peaux animales, de laver Gilgamesh, de le parfumer et de le revêtir de ses habits royaux, pour le renvoyer chez lui. Utnapishtim dit à Gilgamesh qu’à mi-chemin, il se trouva une île où poussa l’herbe de jouvence. Après avoir trouvé l’herbe, Gilgamesh poursuit son voyage. En se baignant pour se rafraîchir, ou en faisant une sieste selon les versions, un serpent, attiré par le parfum de l’herbe, la lui dérobe. Gilgamesh perd tout espoir, tous ses exploits n’ont servi à rien.

Héraclès tenant l'herbe de jouvence, derrière ou dans lequel on aperçoit un serpent (hydre). Attribut d'Esculape ?
Illustration XIXème siècle
En arrivant à Uruk, Gilgamesh fait des grands travaux dans la cité, et c’est ainsi qu’il laissera sa marque et deviendra « immortel ».

Ceci n’est qu’un bref résumé. L’épopée est vraiment très riche en images de toutes sortes et son influence fut immense. Il aurait notamment servi de modèle à la légende d’Héraclès, si ce n'est que la légende d'Héraclès a éclipsé celle de Gilgamesh. Après la mort d’Enkidu, Gilgamesh semble avoir intégré la part sauvage de son ami comme un double, ce qui ressort de son aspect extérieur. À partir de là, son aspect fut sans doute semblable à celui d’Héraclès. Les deux sont des héros solaires qui ont la faveur du dieu soleil. Leur parcours se reflète dans le ciel, ou plutôt, leur parcours céleste se reflète dans leurs légendes. Ne connaissant pas grand-chose à l’astrologie, je laisserais cet aspect de côté.

Quand on regarde les sceaux-cylindre représentant des scènes de l’épopée de Gilgamesh, on remarque entre autres la fréquence de la position semi-agenouillé des héros.

Différentes scènes où l'on voit Gilgamesh semi-agenouillé

Cette position se retrouve dans la constellation que les grecs appellent « l’agenouillé » (Ἐγγόνασιν), et qui représente Héraclès. Héraclès est représenté souvent dans une position semi-agenouillée caractéristique.

La constellation d'Hercule
Sur une représentation de la constellation d’Hercule, on le voit semi-agenouillé, tenant une massue de la main droite et tenant dans la main gauche un herbe (de jouvence ?) et des serpents ou un serpent à multiples têtes (voir plus haut). Il est tentant d’y voir l’illustration de l’épisode de l’herbe de jouvence de l’épopée de Gilgamesh. Tout comme le Gilgamesh en deuil, il porte un peau de lion.

Orion

D’autres semblent penser que c’est la constellation du chasseur Orion qui correspondrait à Gilgamesh. Et en effet, celui-ci est représenté quelquefois opposé au « taureau céleste », tué par Gilgamesh et Enkidu. L’épopée raconte comment Enkidu lance l’arrière du taureau à la tête d’Inanna et Gilgamesh accroche les cornes au lit de son père défunt. Peut-être des indications sur la position céleste de la constellation du taureau céleste après sa « mise à mort ». Quoi qu’il en soit, il semblerait qu’Orion aussi soit quelquefois représenté dans la position semi-agenouillée caractéristique du héros.

Rois achéménides avant Darius représentés en posture de héros

Il est probable que Gilgamesh/Héraclès ait servi d'inspiration aux représentations gréco-bouddhistes de Vajrapāṇi et peut-être aussi, directement ou indirectement, à celles d’Acalanātha.

Vajrapāṇi (l'autre genou tourné vers l'extérieur)

Acala (tib. mi g.yo ba) (image Erwan Temple)
Acala est encore appelé Caṇḍroṣaṇa, Caṇḍramahāroṣaṇa ou Mahācaṇḍroṣaṇa.

Mahācaṇḍroṣaṇa dans les caves de Panhāle-Kāji

Acala yab-yum
La posture d'Acala est décrite diversement dans les textes qui lui sont consacrés : jambe pliée, jambe étendue (zhabs gnyis brkyang bskum bgegs chen du ma gzigs/, dans un louange composé par Atiśa, khro bo'i rgyal po 'phags pa mi g.yo ba la bstod pa). Dans un autre, intitulé rdzogs pa chen po sems nyid ngal gso'i gnas gsum dge ba gsum gyi don khrid byang chub lam bzang bzhugs so, rattaché à la pratique du Repos en la nature de l'esprit que l'on trouve dans la collection (tardive) gDams ngag mdzod, le genou droit d'Acala est planté dans le soleil, tandis que le talon du pied gauche écrase la lune (zhabs g.yas kyi pus mos nyi ma la btsugs shing*/_g.yon pa'i mthil gyis zla ba mnan pa/). Ce contrôle simultané du soleil et de la lune est sans doute une explication de type haṭhayoguique de l'immobilité de cette posture.

Chez de nombreux yakṣa (dieux anciens) on retrouve la position semi-agenouillée caractéristique du héros.

yakṣa
Les yakṣa sont sans doute un équivalent des dēws ou Druj des Perses, les dieux de cultes anciens (daeva), relégués dans une catégorie inférieure par des réformes religieuses. Dans le cas des yakṣa, ils étaient remis sur le devant de la scène avec l’apparition des tantras. Une sorte de néo-paganisme.

La posture d'Acala a un nom : acalāsana (tib. mi g.yo ba'i 'dug stangs), posture d'Acala ou d'immobilité, pour affronter des taureaux célestes ou d'autres obstacles, en contrôlant le soleil et la lune ? Il y a un autre symbole d'immobilité (tib. g.yung drung) célèbre, le svastika, qui rappelle un peu la posture d'immobilité de la constellation d'Hercule, si on la stylisait. Un hasard ?

***

[1] Il fit travailler les hommes et coucha avec toutes les femmes. Il s’attribua une sorte de droit de cuissage, en couchant avec les mariées avant que leurs maris aient accès à elles.

[2] Son côté animal/sauvage est représenté par un être mi-homme mi-taureau, ou mi-singe. Quelquefois il est aussi représenté comme un être humain ordinaire. Peut-être il s’agit de différents stades de civilisation au fur et à mesure que le récit progresse, ou simplement de différentes représentations iconographiques à différentes époques etc.

[3] C’est une des interprétations. Il est aussi possible que Gilgamesh voulait l’amadouer par le sexe, ou l’épuiser.

vendredi 17 janvier 2014

Réflexions pastorales en feuilletant un album d'images



L’opposition ciel-terre existe dans toutes les civilisations, souvent étoffée d’un troisième plan, car quand l’âme des morts ne meurt pas, il passe à un autre plan. Cela fait un univers en trois plans (montagne cosmique ou arbre de vie), les cieux, la terre et le monde souterrain. Les âmes qui ont vécu ont beaucoup d’expérience, beaucoup de connaissances pratiques. Des secrets d’outre-tombe. Ce troisième plan est donc traditionnellement une source de sciences ésotériques. Ce monde est seulement accessible aux morts, et ceux qui y vont n’en reviennent pas. A l’exception de dieux immortels, ou quelquefois de certains mortels, mais qui auront alors un rançon à payer. La trilogie du cosmos se retrouve d'ailleurs dans la trilogie de l'âme.

Hermès chriophore (Louvre)

Hermès, le guide et le messager par excellence, est aussi celui qui conduit les âmes des morts (« psychopompe »)[1]. Pouvant entrer et sortir des mondes souterrains, il est logiquement celui qui connaît les instructions hermétiques[2] qui en sont originaires et est vénéré à ce titre par les hermétistes et les alchimistes sous le nom d'Hermès Trismégiste (« trois fois très grand »), selon les grecs l’équivalent de Thot en Egypte. Et de Vajrapāṇi dans le bouddhisme ésotérique pourrait-on ajouter. Hermès est parfois représenté portant un bélier sur les épaules (« criophore » ou « créophore »)[3]. Sa représentation en porte-bélier semble être lié à un culte sacrificiel pour éliminer la peste. Mais en suivant la méthode de Dupuis, on pourrait aussi interpréter ce bélier comme annonciateur du retour du soleil.
« En comparant ces positions avec les fixes pour le début de l’ère chrétienne (vers 150 ap. J. C.), on retrouve assez exactement les régions du ciel que les assyro-babyloniens appelaient lieux du mystère des mêmes planètes. Il faut sans doute entendre par là que ces lieux avaient une signification magique particulière, apportant quelque révélation sur la nature divine ésotérique des astres en cause. Nous allons montrer qu’en effet, leur disposition répond à un symbolisme et à un plan voulus, liés au mythe solaire universel de l’année, mythe qu’il y avait lieu de tenir comme secret dans une religion astrale ordinairement dominée par la lune. C’était en quelque sorte la partie occulte de l’astrologie officielle. L’exaltation du soleil marquait à peu près l’équinoxe du printemps au —XIIe et —XIe s. Elle correspondait à la région de notre Bélier occupée par cet astre le 1er Nisan moyen, début de l’année religieuse. Cette région se levait héliaquement vers le 15 du même mois, date symbolique de l’équinoxe et milieu du printemps babylonien. Le « mystère du soleil » est donc tout simplement le triomphe mystique du jour sur la nuit et le renouvellement du cycle des mois. Le Bélier chaldéen s’appelait d’ailleurs KU.MAL, agrû, le travailleur en louage, image du dieu soleil qui « se loue » au début de chaque année pour accomplir les travaux de sa charge. » Extrait de Les origines chaldéennes du zodiaque de A. Florisoone.

C’est également Hermès qui sera envoyé chez Hadès par Zeus, pour demander le retour de Perséphone. C’est la version grecque de l’aventure de la déesse Ishtar/Inanna, la faiseuse de rois. Toujours le même mythe solaire. Quand un roi meurt, ou disparaît tel le soleil, c’est son successeur qui sera traité comme le soleil revenant par une prêtresse représentant Ishtar/Inanna. Pour être plus précis, le soleil reste là mais c’est sa puissance qui décline.


Le mariage spirituel est semblable au mariage entre Hermès et Aphrodite (Vénus, Ishtar), pour (re)former « l’herm-aphrodite », un être complet (ciel et terre). Le mot grec « herma » désigne d’ailleurs à l’origine un pilier de pierre rectangulaire ou carrée en tant que symbole phallique, sur lequel on versait de l’huile[4] et qu’on décorait de guirlandes de fleurs. Un genre de lingam. Voir ausi le phénomène Fascinus.


Le thème de Hermès porte-bélier a d’ailleurs été repris par le christianisme, où le Christ, autre envoyé/ange (christos angelos) et guide, est représenté comme le bon pasteur, venu chercher la brebis égarée dans les ténèbres et l’emportant avec lui dans son royaume de lumière. Mais là aussi, on pourrait y voir également un envoyé porte-bélier pour annoncer le retour de la lumière. 

A cause de la précession des équinoxes, le point vernale "se déplaça, à reculons, dans le Bélier vers l'an 2000 av. J.-C., marquant la fin de l'ère astrologique du Taureau » (4300 à 2000 av. J.C.). On entre alors dans l’ère du bélier (2000 à la naissance du Christ)." L’ère chrétienne correspond à l’ère des poissons. Le retour de la puissance du soleil peut ainsi être associé à différents signes au cours des siècles.

Le porte-veau (moschophore)

Se pourrait-il qu’il existe un lien entre les animaux sacrifiés et le signe astrologique correspondant au retour de la puissance du soleil, comme pour lui donner par voie de sacrifice la puissance qu’il lui fait défaut ? En Egypte, il existait le culte du taureau Apis. Apis est symbole de fertilité, de puissance sexuelle et de force physique.[5] L’Exode (Ex. 32) raconte comment le peuple hébreu, en l’absence de Moïse, construit un veau d’or, comme celui qui faisait l’objet du culte d’Apis en Egypte. Mais à son retour Moïse leur apportera une religion monothéiste, remplaçant le culte ancien. On lit quelquefois qu’il y aurait une évolution des religions, qui passent par des stades différents : animisme -> polythéisme -> monothéisme. Le plus souvent, quand les dieux ne sont pas trop jaloux, les formes anciennes ne seront pas simplement éradiquées mais intégrées et adaptées, en d’autres termes « domptées ». Ainsi, les nouveaux icônes peuvent reprendre des attributs des anciens. Les différentes formes peuvent aussi co-exister.

Gopala Krishna, le dieu moniste se tient devant la vache

On trouve une tendance monothéisante/moniste dans les cultes de Śiva, de Krishna et dans le bouddhisme ésotérique, peut-être au contact avec d’autres religions monothéistes ou parce que le monisme s’inscrit dans un processus naturel ? Un conseil de dieux (polythéisme) peut par exemple décider d’envoyer un envoyé/ange/avatar pour enseigner une nouvelle doctrine (syncrétique, moniste) qui rassemblera les hommes autour d’un seul médiateur. Ce médiateur devient alors le centre du nouveau culte et portera les attributs de cultes anciens, pour que tous puissent s’y rallier.

Dattatreya

Dans cette optique, la figure de Dattatreya est peut-être une tentative de fédération. Il ne s’agit pas du Dattatreya que l’on rencontre dans le Mahābhārata et le Rāmāyaṇa, mais celui qui a fait son apparition vers la fin du premier millénaire, et qui fut considéré comme un avatar de la trinité hindoue (trimūrti[6]). Son message, que l’on retrouverait entre autres dans l’Avadhūta Gīta, est plutôt universel et moniste. Il peut être représenté avec les trois têtes du trimūrti (dont il est l’avatar simultané), se tenant debout devant la vache Kāmadhenu « qui comble tous les désirs »[7], accompagné de quatre chiens de différentes couleurs, qui représentent soit les quatre védas ou les quatre castes/varṇa, montrant ainsi qu’il dépasse les castes ou qu’il est akula, tout en portant de ses six mains les attributs des trois religions hindoues. Il est alors considéré comme un maître primordial (adiguru) passe-partout.

Les neuf nāth 

Et c’est à ce titre qu’on le retrouve à la tête de la tradition nāth (nāth sampradāya), notamment dans le groupe de neuf premiers maîtres (navnāth). Matsyendranāth, l’adiguru des nāths est considéré comme un avatar de Dattatreya. Dans cette configuration, Matsyendranāth est représenté debout devant la vache Kāmadhenu, un trident dans la main. Je ne sais pas si c’est un hasard, ou une maladresse de l’artiste mais sur plusieurs représentations, la vache semble léviter/voler, ce qui a pour effet que l’adiguru parait la porter sur les épaules à la façon d’un porte-veau (moschophore). Une image vaut plus que mille mots et les images parlent leur propre langage et ont leur propre filiation artistique. Ces représentations ne sont sans doute pas antérieures à Goraknāth, le fondateur de la tradition nāth.
« Je m’inspire ici de David White qui, s’appuyant sur tout un ensemble d’éléments, notamment les citations dans les œuvres littéraires datées, conclut que « le Gorakh-nāth historique, appartient au nord-ouest de l’Inde et vécut vers la fin du XIIe ou au début du XIIIe siècle[8].
Tāranātha[9] (1575-1634), détenteur des lignées Jonang et Shangpa, a écrit une histoire de la transmission des tantras[10]. Dans cette oeuvre, la septième lignée d’instruction du bouddhisme ésotérique, descendant des 59 (sic) Mahāsiddha indiens, concerne la transmission de diverses traditions (S. amnāya T. man ngag), parmi lequelles figurent celles du Mahāsiddha Gorakṣa. Tāranātha écrit à ce sujet :

“Les douze branches (S. nikāya = bārah panth ?) de yogis[11] racontent que Mīnapa/Matsyendra suivait Maheśvara (Śiva) et qu’il atteint les pouvoirs mystiques (siddhi) ordinaires. Gorakṣa reçut de lui les instructions sur les énergies (S. praṇa), les metta en pratique suite à quoi la gnose de la Mahāmudrā naquit naturellement en lui.”[12]

Tāranātha, qui ne cite malheureusement pas ses sources, ajoute que plusieurs histoires du même genre circulent mais qu’elles sont sans fondement. Pour Tāranātha, qui avait sa propre liste de mahāsiddhas, parmi lesquels ne figurait pas non plus Tilopa, ces maîtres étaient des Nāths et ils pratiquaient des sādhana shivaïstes ou śakta hors d’un contexte bouddhiste et par conséquent la plus haute réalisation du bouddhisme tantrique, étant des non-bouddhistes, ne leur était pas accessible pour cette raison même...[13]

Mais si la thèse de White est vraie, Gorakṣanātha, le véritable fondateur des nāth avait vécu au XIIème XIIIème siècle, tandis qu’on fait remonter les transmissions des mahāsiddhas aux Xème siècle ou avant. La littérature hagiographique des mahāsiddhas est véritablement apparue au Tibet à partir du XXII-XIIIème siècle. Il en va de même pour les « pratiques psychopompes » plus élaborées. Le mot psychopompe est emprunté au grec et signifie « celui qui conduit les âmes des morts aux Enfers ». Mais il est composé de « l'âme » (ou principe conscient si on est plus pudique) et de « celui qui conduit ». La mort est alors un détail… Rappelons que quelque soit la définition d’anatta, ce terme ne désigne pas la survivance d’une âme au corps. 

Et que penser du caducée d'Hermès et du trident (triśūla) shivaïste ? Ou de la flûte de Pan d'Hermès et la flûte de Krishna, initialement à sept trous qui semblent représenter les sept planètes. Des hasards heureux ?

***

Pape chriophore

[1] « Hermès, associé aux Enfers, accompagnera les Ombres des mortels jusqu'au Styx, que Charon leur fera traverser. Il prendra alors le nom de Psychopompos, le conducteur des âmes. Il aidera Héraclès quand celui-ci cherchera Cerbère. Zeus l'enverra chez Hadès demander le retour de Perséphone. Hermès raccompagnera Orphée chez Hadès, lorsqu'elle perdra son droit à ramener Eurydicé parmi les vivants. « Source

[2] « Clément d'Alexandrie [vers 150/215) indique qu'il existe quarante-deux livres d'Hermès Trismégiste, dont trente-six contiennent l'ensemble de la philosophie égyptienne et six autres la médecine. » Source Wikipedia

[3] « C'est ainsi qu'à Tanagra, le plus beau des éphèbes, portant une brebis sur ses épaules, courait autour des murailles de la ville les jours de fête d'Hermès, pour rappeler que le dieu lui-même avait, lors d'une peste, détourné le fléau, en portant un bélier à l'entour des murs. » Il joue également un rôle dans le sauvetage de la prêtresse Io transformée en une génisse. Il est donc quelquefois représenté dans des scènes pastorales.

[4] L'huile symbolise le feu, comme dans le baptême par l’eau et le baptême par le feu. C’est la substance utilisée pour l’onction.

[5] Wikipedia

[6] Brahma-Vishnu-Maheshwara

[7] « According to Indologist Madeleine Biardeau, Kamadhenu or Kamaduh is the generic name of the sacred cow, who is regarded as the source of all prosperity in Hinduism.[4] Kamadhenu is regarded as a form of Devi (the Hindu Divine Mother)[7] and is closely related to the fertile Mother Earth (Prithvi), who is often described as a cow in Sanskrit.[4][7] The sacred cow denotes "purity and non-erotic fertility, ... sacrificing and motherly nature, [and] sustenance of human life". » Wikipedia

[8] Itinérance et vie monastique: les ascètes Nāth Yogīs en Inde contemporaine, Véronique Bouillier, p. 7

[9] On peut remarquer qu’il écrit son nom en sanskrit et que son se termine en –nātha (T. mgon po).

[10] bka' babs bdun ldan gyi brgyud pa'i rnam thar ngo mtshar rmad du byung ba rin po che'i khungs lta bu'i gtam

[11] Il s’agit sans doute des 12 yoguis fondateurs des Kāpālika, parmi lesquels figurent Jālandhara/Hāḍipa, lui-même élève de Gorakṣa. Dowman, p. 249

[12] The Seven Instruction Lineages (Paperback) by Jonang Taranatha, traduit par David Templeman, Library of Tibetan Works & Archives, p. 75. Réf. TBRC W22276-2306-7-163. 117. grub chen gau ra+kSha’i man ngag rnams kyi bka’ babs yin te/ de yang sde tshan bcu gnyis kyi dzo gi rnams na re/ mA Ni pas lha dbang phyug chen po la brten te/ thun mong kyi dngos grub thob/ de la gau ra+kShas rlung gi gdams ngag zhus te bsgoms pas/ phyag rgya chen po’i ye shes rang byung du skyes pa yin zhes zer ba sogs khungs med kyi gtam sna tshogs yod kyang*/ re zhig bzhag go/

[13] Masters of Mahāmudrā, Keith Dowman, Suny Press, p. 83

dimanche 29 décembre 2013

La filière du figuier



L’arbre de la vie serait-il un figuier ? Nous avions déjà vu l’histoire d’Ishtar/Inanna et l'arbre Huluppu, qu’elle avait planté dans son jardin sacré, et qui fut occupé par des squatteurs.
« J'ai ramassé l'arbre Huluppu dans l'Euphrates,
je l'ai planté dans mon saint jardin, et j'ai attendu,
attendu pour en faire un trône brillant et un bon lit pour moi.
Puis un serpent s'est niché dans ses racines et il n'a pas pu être charmé,
L'oiseau Anzu a placé ses jeunes dans les branches
Et la sombre Lilith, a construit sa maison dans le tronc.
J'ai pleuré.
Combien j'ai pleuré!
Pourtant ils n'ont pas voulu laisser mon arbre
. »
A la fin, l’oiseau Anzu, le serpent et la sombre Lilith seront chassés par Ninshubu (la sœur de Gilgamesh)[1] ou par Gilgamesh dans une autre version.[2]
« Dans le tronc de l'arbre les fils d'Uruk ont taillé un trône brillant pour Inanna,
Dans le tronc de l'arbre, les filles d'Uruk ont taillé un lit douillet pour elle;
Des racines de l'arbre Inanna a taillé un pukku / ellag (anneau, boule ou tambour)
pour son frère,
De la couronne de l'arbre elle a taillé un mikku / ekidma (maillet ou baguette)
pour Enki, le sage père;
Et Ninshubu, était sa compagne fidèle, plus proche qu'une soeur.
»
Deux jeunes filles qui sont comme des sœurs. Un trône, un lit, un anneau et une baguette sont fabriqués avec le bois de l’arbre. Ces sont des attributs d’Ishtar/inanna. Ishtar/Innana est une faiseuse de roi, qui à son tour représente le soleil sur la terre. Dans le Livre des morts égyptien, le ciel que traverse le soleil/le roi « mort » est délimité par un figuier sycomore à l’est et à l’ouest[3]. Ces sycomores de turquoise sont des déesses-arbre. L’un nourrit le roi fatigué, l’autre le protège.

Nathalie Baum donne d’autres informations qui nous intéressent :
« Sur le sarcophage Uppsala 228, le dieu-soleil à corps humain et à tête de veau est assis dans le disque, qui repose entre les cornes de la tête étoilée de la vache du ciel : l’ensemble est encadré du double lion ikr (?) et de deux sycomores. On notera enfin que la vignette du LdM 110 du papyrus de Nakht167 associe les travaux dans le champ des souchets à la navigation vers l’est du défunt qui, comme le soleil, renaît entre deux sycomores. » 
Le roi mort monté au ciel est le « taureau du ciel » qui ira se reposer entre « les cornes de la tête étoilée de la vache du ciel ».


Il semblerait qu’un autre figuier (uḍumbara ou udumbara - Ficus racemosa) joue un rôle similiare dans les Vedas (Atharva Veda xix,31). On y apprend que le roi Harischandra de la dynastie Ikshvaku portait une couronne faite d’une branche de l’uḍumbara et que son trône aux lions (simhasana) était fait avec le même bois. Le roi serait monté sur ce trône à genoux en priant les dieux de le monter ensemble avec lui. Une amulette faite avec le bois de cet arbre attirerait la prospérité.

La royauté semble donc jouer avec les éléments du mythe (égyptien/babylonien) du taureau du ciel, le dieu soleil à tête de veau, qui se repose entre les cornes de la tête étoilée de la vache du ciel, encadré de deux lions (que l’on retrouve sur le trône) et de deux figuiers sycomore. Deux figuiers, peut-être un pour le trône, quand le soleil est en puissance, et un pour le lit, quand le soleil « doit se reposer ». C’est alors Inanna/Ishtar/Vénus qui s’occupe de lui et lui rend la puissance nécessaire à sa prochaine manifestation : le roi ou détenteur suivant.


Il est dit que le Bouddha Shakyamouni descendrait de la dynastie Ikshvaku. Il se peut que pour mettre en scène cette appartenance, le sycomore faisait partie du cérémoniel royal de son clan. Dans le bouddhisme tibétain, le Bouddha est d’ailleurs souvent représenté assis sur un trône de lions. Sauf quand il est couché sur son lit, pour passer au nirvāṇa…


J’ai déjà écrit un billet sur les similitudes entre des sceaux sumériens et des sceaux retrouvés à Harappa en Inde. On y perçoit une déesse-arbre (figuier sycomore), devant lequel est agenouillé un homme à tête de veau (le futur roi en tant que le dieu soleil qui retourne). Derrière lui se tient le taureau du ciel. La déesse-arbre a une longue tresse et devant la scène il y a sept figures à « tête à rameau fleuri ». La déesse-arbre est peut-être associée (plus tard) à une autre figure qui est celle de la nymphe sylvestre (śālabhañjikā), qui en tapant du pied contre la racine, d’un arbre Sal, fait s’écouler la sève. La déesse-arbre (Vénus) redonne la puissance au roi et fait revenir la prospérité dans le royaume avec le retour du roi/soleil.


Ce n’est pas tout. On retrouve quelques-un de ces éléments théogoniques encore dans les tantras mère secrets (T. ma rgyud) Bön, et notamment dans les passages traduits en anglais par Dan Martin (Mandala Cosmogony: Human Body Good Thought and the Revelation of the Secret). Il existe trois cycles de tantras mère dans le Bön, chacun consistant en un texte-racine et des commentaires. Ils ont été enseignés par Kun tu bzang po à la demande de nombreuses ḍākinī. Ces tantras ont été révélés par le légendaire Corps-humain Bonne-pensée (T. mi lus bsam legs), dont le nom (qui se traduirait Vohu Manah ou Vahman) pointera selon Dan Marin[4] vers une origine Iranienne et le sacre de Corps-humain Bonne-pensée pourrait être d’origine ouighoure (Tourfan[5]).


L’histoire de ce personnage commence avec la naissance de sa mère (« Vénus »). Les Bouddhas créent par leur compassion un océan de turquoise entouré de neuf îles. Cela rappelle évidemment le les neuf montagnes (T. khor yug gi lcags ri dgu) qui entourent le Mont cosmique dans l’Abhidharma. L’eau de l’océan est agitée par le vent et par la mousse qui se forme ainsi apparaît un œuf en crystal. En s’ouvrant, une très belle femme apparaît dotée de toutes les qualités, bZang za ring btsun. Elle ferait d’ailleurs partie des ḍākinī ayant reçu les tantras mère de Kun tu bzang po. Son fils, Corps-humain Bonne-pensée (T. mi lus bsam legs), serait à l’origine de la transmission humaine de ces cycles. Il serait d’ailleurs né par une sorte de conception immaculée, son père céleste étant Ye-gshen Rlung-gi 'Dab-ma-can, qui n’est autre que le Père éternel Bön G.yung-drung Srid-pa'i Mi-po-che. Mais ce qui nous intéresse dans cette histoire est le fait que cette « Vénus », ayant donné naissance à un garçon sans père, le dépose au pied d’un arbre avec des feuilles d’un turquoise vif : le même figuier sycomore de turquoise que celui du Livre de morts égyptien ? Vénus avait la réputation d’être une mauvaise mère, mais les « reines des quatre saisons » le nourrirent de nectar (T. bdud rtsi)[6], ce qui avait pour effet qu’il lui poussa un rameau d’uḍumbara (T. u-du-'bar-ba) sur la tête. Il fut alors considéré comme un avatar et élevé comme tel.

Comme le remarque Dan Martin, la Femme/Mère apparaît avant les éléments. On peut y ajouter que le Père est invisible. Dans une autre version racontée à la page 36, nous apprenons que Corps-humain Bonne-pensée est apparu suite au décès d’un roi. Comme ce roi n’avait pas de successeur, tous ses sujets prièrent les divinités du plérôme (T. shen rab[7]), suite à quoi la Déesse-Mère du devenir est apparue dans le ciel avec sa suite en annonçant l’arrivée d’un prince très bientôt. La reine bZang za ring btsun donna alors naissance à un bouton de fleur uḍumbara, qui fut pris en charge par neuf nourrices (planètes).

Comparez cette version de la vie de Corps-humain Bonne-pensée avec celle du prince autoengendré « Belle Houppe » (T. gtsug phud rigs bzang), qui deviendra Padmasambhava.[8] Le nom du prince indique qu’il est également doté d’un « rameau fleuri » (T. gtsug phud). C’est le Bouddha en personne qui aurait annoncé l'avènement de Padmasambhava, assis entre deux arbres Sal[9]…

Tout au long de « l’histoire », telle qu’elle nous est racontée, les vies des rois et des grands maîtres spirituels sont associées avec des éléments cosmogoniques/théogoniques, qui justifient le haut rang dans lequel ils sont tenus. Ce haut rang tient à leur ressemblance avec le grand astre, le soleil, et le cours de celui-ci en douze stations, en douze actes. Et tout comme le soleil revient après chaque hiver, les rois et les grands maîtres (T. khyu mchog) reviennent dans un corps nouveau, après s’être reposés « entre les cornes de la tête étoilée de la vache du ciel » et après s’être abreuvés de l’eau de la vie distribuée par « des déesses-arbres » au service de la Femme/Mère. 


Et l'élixir de Nāgārjuna l'alchimiste aurait-il aussi un lien avec une déesse-arbre figuier distributrice de sève ? 

Sous cette lumière, il est possible que les excavations de l’archéologues Robin Coningham de l'université de Durham dans le Temple Maya Devi à Lumbini, l'endroit où le Bouddha serait né, aient révélé un sanctuaire de "déesse-arbre", l'arbre en question ici étant toujours un figuier... "un ancien bodhigara, ou arbre sanctuaire (arbre de la Bodhi)."
  
***

[1] Hercule, Vajrapāṇi …

[2] Source

[3] Le roi mort monte au ciel: «Le taureau du ciel a détourné sa corne et il poursuit de là son chemin vers les lacs de la douât. Ô ce roi! Tu ne tomberas pas sur terre. Ce roi apostrophe les deux sycomores qui se trouvent de ce côté du ciel: «Faites-moi traverser!», et ils le placent de ce côté oriental du ciel» Arbres et arbustes de l'Egypte ancienne, Nathalie Baum, p. 62

[4] Source

[5] « Tout d'abord bouddhiste, avec la présence de communautés manichéenne et nestorienne, la région fut islamisée à l'époque de Tamerlan, à la fin du XIVe siècle. » Wikipedia

[6] Cette épisode fait aussi penser à Skandha le fils de Śiva et de Parvati, qui fut élevé par les sept pléiades ou les neuf planètes.

[7] Martin ajoute comme note 129 Perhaps the instrumental case of T makes better sense here. "All the Shenrabs made prayers to the gods."

[8] Toussaint, p. 55, PKT p. 75

[9] Toussaint p. 63, PKT, p. 87

dimanche 1 décembre 2013

Des jeunes filles à pattes et à plumes



Dans sa descente dans le monde souterrain pour en devenir la maîtresse, la déesse Ishtar (akkadien)/Inanna (sumérien) doit passer sept portes en se séparant d’un de ses attributs à chaque fois. Cette Venus arrive alors nue devant sa sœur Ereshkigal, l’amant de Nergal, le maître des enfers. Inanna est jugée et meurt. Le corps doit alors être ramené aux cieux, mais le breuvage de vie la ramène à la vie. Afin de pouvoir quitter le monde souterrain, il faut qu’elle trouve quelqu’un qui prendra sa place de mort. Avec cette mission elle quitte les enfers accompagnée de démons qui doivent la surveiller et ramener la personne qui la remplacera. Dans la civilisation mésopotamienne, les morts qui entrent dans le monde souterrain (Aralu) sont représentés le corps couvert de plumes.


Le dieu solaire Shamash émerge du monde souterrain sumérien (Kur)
et est salué par quatre grands dieux parmi lesquels figure Inanna.


Dans la mythologie grecque et romaine, Déméter est la déesse du monde souterrain. Mais Hadès s’entiche de la jeune fille (Kórê) Perséphone, appelée Kórê par opposition à Déméter , la mère (ou la sœur ainée), et la ramène dans le monde souterrain. Comme les compagnes de la « Jeune fille » n’avaient pas empêché Hadès de la ravir, Aphrodite les punit en les affublant de pattes et de plume tout en conservant leur visage de jeunes filles.[1] Les pattes et les plumes semblent donc être des attributs associés au monde souterrain.


Les sirènes étaient représentées, chez les Grecs, avec « un corps d’oiseau et une tête de femme, et jamais avec un corps de poisson comme dans les mythes nordiques »[2] Selon la tradition homérique, les sirènes sont des divinités de la mer qui séjournent à l’entrée du détroit de Messine en Sicile. Musiciennes dotées d’un talent exceptionnel, elles séduisaient les navigateurs qui, attirés par les accents magiques de leur chant, de leurs lyres et flûtes perdaient le sens de l’orientation, fracassant leurs bateaux sur les récifs où ils étaient dévorés par ces enchanteresses. Elles sont décrites au chant XII de l’Odyssée comme couchées dans l’herbe au bord du rivage entourées par les « amas d’ossements et les chairs desséchées des hommes qu’elles ont fait périr ». Euripide évoque dans Hélène[3] le caractère funéraire des sirènes ce que confirment les représentations de sirènes sur des stèles funéraires (voir exemple ci-dessus).

De la Jeune fille Inanna/Ishtar, également affublée de pattes et de plumes, le mythe de Gilgamesh nous raconte l’histoire d’Inanna et l’arbre Huluppu[4] et comment elle le sauve de l’eau (il était planté sur les rives de l'Euphrates) en le plantant dans son jardin sacré à Uruk. Cette histoire parle aussi de la sombre Jeune fille (ki-sikil) aérienne (lil-là) qui vivait dans l’arbre (l'huluppu, assimilé au saule). La Jeune fille deviendra Lilith (notamment dans le Talmud de Babylone). Elle aurait été reprise par la tradition juive aux temps de la captivité de Babylone. Lilith est considéré comme un démon dévorateur et liée à une déesse mère.
« J'ai ramassé l'arbre Huluppu dans l'Euphrates,
je l'ai planté dans mon saint jardin, et j'ai attendu,
attendu pour en faire un trône brillant et un bon lit pour moi.
Puis un serpent s'est niché dans ses racines et il n'a pas pu être charmé,
L'oiseau Anzu / Imdugud a placé ses jeunes dans les branches
Et la sombre Lilith (ou Kisil-Lilake), a construit sa maison dans le tronc.
J'ai pleuré.
Combien j'ai pleuré!
Pourtant ils n'ont pas voulu laisser mon arbre. »


Innana (voir l'étoile de Vénus) et l'arbre cosmique Huluppu avec dans les branches l'oiseau Anzu, 
au milieu Lilith et dans les racines le serpent. 

Avec l’aide de son père Enki, les squatteurs sont chassés, et l’arbre avait pu être utilisé par Inanna. Cette histoire semble suggérer le remplacement d’un culte ancien au serpent, à l'oiseau Anzu/Imdugud (qui tient beaucoup d'un garuda) et à Lilith par un culte d’Inanna/Ishtar. Cultes associés à l’arbre Huluppu (saule) dans son jardin sacré. Lilith et ses compagnons vont ensuite tenter de squatter d’autres arbres mais avec le même succès… Il ne s’agit pas d’un quelconque arbre, mais de l’arbre cosmique, que l’on ne peut pas laisser à des êtres affublés de pattes et de plumes. Il n’est d’ailleurs pas impossible que le culte du Bouddha ait supplanté un culte à une Jeune fille, qui avait à son tour supplanté celui à des êtres plus sombres, plus païens, issus d’un monde souterrain. 



***

MàJ

An Egyptian Contribution to a Late 5th-Century Chinese Coffin 93 + Plate V, by Rosalind E. Bradford

[1] Wikipedia. Cette tradition est rapportée par le scholiaste V à l’Odyssée (XII, 39).

[2] Dictionnaire historique de la langue française, sous la direction d'Alain Rey, réimpression mise à jour en 2006, Le Robert

[3] Source Wikipedia : Euripide, Hélène, 164-179.

[4] Tablette XII du mythe Gilgamesh, Enkidur et le Kur, Innana et l'arbre Huluppu

mardi 27 août 2013

Pour faire un roi ou un cakravartin ?



Le jour du solstice d'hiver est le jour le plus court de l'année et le début du retour du soleil. Ce jour s'appelait Jupiter stator (ou stationnaire) et représentait la renaissance de l’espérance, natalis solis invicti, ou Noël. Ce jour, Vénus, l’étoile du Matin, se lève avant le soleil. Elle annonce son retour.

Ou bien, elle va chercher le dieu solaire dans les enfers pour le raviver et pour le ramener. « Le solstice d'été est le maximum de sa gloire. À l’équinoxe d'automne, les ténèbres ne l’emportent pas encore sur la lumière ; mais la force de la chaleur est diminuée, et le soleil est privé de sa vertu génératrice. » C’est Vénus qui se charge de rallumer le feu du « dieu mourant ». C’est Vénus qui a le pouvoir de ramener le soleil. D’où l’importance que certains donnent à l’étoile du Matin.

Uruk (ou Ourouk, Erech) était une ville sumérienne, et plus tard babylonienne, dans le sud de l'Irak. La population était un mélange de sumériens (non-sémitiques), venus de la montagne, et d’akkadiens (sémitiques) vivant de l’agriculture. Dans cette ville fut célébré le culte d’Innana (nom sumérien) ou Ishtar (nom sémitique). Cette divinité cherchait un roi comme mari, qu’elle élèverait au rang de divinité par un mariage sacré, l'union de deux principes.

« Inanna éconduit d’abord Dumuzi le berger[1], lui préférant son rival, le fermier Enkimdu, et il faut toute l’éloquence persuasive de son frère, le dieu-soleil Utu, et celle de Dumuzi, pour la faire changer d’avis. »[2]

Elle se prend de passion pour Dumuzi et lui compose un hymne à sa vulve, « la comparant à une corne [d’abondance ?], à un « vaisseau du ciel », au croissant de la nouvelle lune, à une terre en jachère, à un champ élevé, à un monticule. » Voire au dharmodaya (T. chos 'byung) de Vajra Vārāhī ?

« Pour moi, ma vulve,
Pour moi, le monticule élevé,
Pour moi, la vierge, pour moi, qui la labourera ?
Ma vulve, terre arrosée, pour moi,
Moi, la Reine, qui amènera le taureau ? »

A quoi le berger Dumuzi répond :

« Ô Dame Souveraine, le roi la labourera pour toi,
Dumuzi, le roi, la labourera pour loi. »

Et la déesse de rétorquer joyeusement :

« Laboure ma vulve, homme de mon cœur. »[3]

Et c’est le berger (sumérien des montagnes) Dumuzi qui deviendra le roi d’Uruk en labourant sa Reine. Le berger, devenu roi, devient du même coup un dieu, un dieu solaire. Quand il disparaît dans les enfers (les mois d’hiver), Inanna/Ishtar/Vénus y descendra pour l’en sortir. Car dans les champs plus rien ne pousse, et il n’y a plus de naissances dans le pays. Dumuzi est sorti des enfers, devenant du même coup immortel, et l’opulence revient dans le pays. C’est le mythe qui alimente ou qui doit justifier le rite du mariage sacré, par lequel tout roi futur d’Uruk deviendra l’amant de la déesse.

« A l’origine rite local d’Erech, le Rite de Mariage Sacré Dumuzi-Inanna est devenu au cours des siècles une célébration nationale où le roi de Sumer, par la suite roi de Sumer et Akkad, prit la place de Dumuzi en tant que son avatar ou incarnation mystique. Quoique nous n’ayons aucun moyen de savoir à quelle date précise cela eut lieu, c’est-à-dire quel fut le premier chef sumérien qui célébra ce rite en tant que Dumuzi réincarné, on peut vraisemblablement situer le fait vers le troisième quart du IIIe millénaire, au moment où les Sumériens devenaient de plus en plus nationalistes. »[4]

Le rite qui se développe comportera un Hymne à Shulgi, dans lequel la déesse dit à l’avatar de Dumuzi dont elle fait un roi :

« Dans la bataille je suis ton chef, dans le combat je suis ton [écuyer],
Dans rassemblée je suis ton défenseur,
A la guerre je suis ton inspiration,
Toi, le berger élu du sanctuaire (?) saint,
Toi, le roi, le fidèle pourvoyeur d’Eanna,
Toi, le luminaire du grand sanctuaire d'An,
De tout tu es digne,
De porter haut la tête sur l'estrade élevée, tu es digne.
De t'asseoir sur le trône de lapis-lazuli, tu es digne,
De couvrir ta tête de la couronne, tu es digne,
De porter sur ton corps de longs vêtements, tu es digne.
De te ceindre toi-même des vêtements de la royauté, tu es digne,
De porter la masse et l'arme, tu es digne.
De diriger droit l'arc allongé et la flèche, tu es digne.
De fixer l'arme de jet et la fronde à ton côté, tu es digne,
Du sceptre saint en ta main, tu es digne,
Des sandales saintes à tes pieds, tu es digne,… »

Ce rite était sans doute accompli la veille du jour du nouvel an. Pourquoi pas au solstice d’hiver ? Et il était suivi le lendemain d’un banquet plantureux, où l’on mangeait et buvait abondamment au son de la musique et des chants. On ne sait pas si ce rite était célébré tous les ans et qui prenait la place de la déesse, qui était baignée, parfumée, habillée et sur la tête de laquelle on mettait une perruque.

On pense que ce rite et les hymnes associés peuvent être le prototype du Cantique des cantiques biblique. Il n’est pas exclu que les rois sumériens et babyloniens et les rites associés aient pu avoir une influence sur des souverains asiatiques. Ils ont certainement eu de l’influence sur la Grèce.

Marcel Detienne écrit :

"Le combat de Zeus contre les Titans et la bataille contre Typhée ont suggéré à F. M. Comford de précieuses comparaisons avec les théogonies de Babylone et plus particulièrement avec le combat de Marduk contre Tiamat. La comparaison s’est révélée fort instructive, car Babylone offre l’exemple d’une civilisation où le récit mythique est encore vivant, où il s’articule étroitement à un rituel. Tous les ans, le quatrième jour de la fête royale de Création de la Nouvelle Année, le roi mimait le combat rituel qui répétait l’exploit accompli par Marduk contre Tiamat. En même temps que se déroulait le rituel, on récitait le poème de la Création, l’Enuma Eliš."

Si, comme l’écrit Ronald Davidson[5], le rite de la consécration (S. abhiṣeka T. dbang) du bouddhisme ésotérique était calqué sur le rite de consécration des souverains indiens (indo-aryens ?), pourquoi n’inclurait-il pas les rites nécessaires pour amener la fécondité et la fertilité dans un pays ? Strickmann[6] rappelle que le tantrisme s’enracine profondément dans les rituels védiques, effectué par les « maîtres de vérité » que furent les officiants brahmanes qui avaient pour effet de renforcer le pouvoir du roi et d’assurer la prospérité et l’harmonie du peuple. Et cela à travers les mythes et la réactualisation de ces mythes dans les rituels.

***

[1] « Moi, le berger, je ne veux pas l'épouser,
Je ne veux pas porter ses vêtements rugueux,
Je ne veux pas accepter sa laine grossière,
Moi, la vierge, je veux épouser le fermier,
Le fermier qui fait pousser maintes plantes,
Le fermier qui fait pousser abondance de grains. »
Un rapprochement fut fait entre ce passage du mythe et l'histoire de Caïn et Abel dans la Bible.

[2] Kramer Samuel-Noah. Le Rite de Mariage Sacré Dumuzi-Inanna. In: Revue de l'histoire des religions, tome 181 n°2, 1972. pp. 121-146. doi : 10.3406/rhr.1972.9833 url :

[3] Le Rite de Mariage Sacré Dumuzi-Inanna

[4] Le Rite de Mariage Sacré Dumuzi-Inanna

[5] Indian Esoteric Buddhism, p.122

[6] Mantras et mandarins, le bouddhisme tantrique en Chine, Gallimard, p. 39

dimanche 25 août 2013

Ishtar, la déesse assistante de dieux solaires



La déesse Ishtar/Inanna est fascinante et sans doute une clé à de nombreux mystères.

La photo du relief ci-dessus se trouve au British Museum. Il y est appelé Relief de Burney ou Relief de la Reine de la nuit, qui date d'entre 1800 et 1750 av. J.C. Il aurait été retrouvé dans le sud de l'Iraq. On a détecté de traces de pigment rouge (ocre rouge) sur le corps de la déesse, sur ses ailes ainsi que sur les ailes des deux chouettes. Sur toutes les ailes, on trouve aussi des traces de blanc et de noir. Les cornes de la déesse ainsi que son collier étaient jaunes, les deux lions blancs. Les cheveux et les sourcils de la déesse et les crinières des lions étaient noirs. Ses cheveux très stylisés [MàJ il s'agit d'une tiare à six cornes, Thomas Römer] pourraient représenter une perruque. Elle tient dans ses mains les symboles de la baguette et de l'anneau (différentes interprétations, p.e. Baguette bleue et Cercle rouge). Ses jambes finissent en pattes d'oiseau.

Ishtar est le nom que lui donnent les Assyriens et les Babyloniens. Les Sumériens l'appelaient Inanna. Elle était à la fois la déesse de l'amour et de la guerre, elle a un aspect hermaphrodite. Elle tient à la fois d'Aphrodite et de Pallas Athéna.
"Femme, elle était aussi mâle et elle est occasionnellement représentée avec une barbe[1]. En assumant un caractère androgyne, elle était comme la planète Vénus, qui était féminine en tant qu'Étoile du soir mais mâle, en tant qu'Étoile du matin, et elle possédait le pouvoir de changer les femmes en hommes et les hommes en femmes." "Elle est souvent représentée debout sur un lion ou une panthère et est dénommée "la lionne" ou "la vache sauvage qui donne un coup de corne à l'ennemi". Source : Digitorient, Collège de France.


Elle a de multiples noms et de multiples aspects, sans doute apparus au cours de son évolution, avec divers eumprunts. 
La multiplicité et la nature controversée d'Ishtar était déjà complètement réalisée dans l'Antiquité et était partie intégrale et intentionnelle de son image. Un hymne louant la déesse en tant que Nanaya commence avec ces mots:
« Sage fille de Sin, bien-aimée sœur de Shamash, je suis la Puissante à Borsippa;
je suis l'Hiérodule à Uruk, j'ai une lourde poitrine à Daduni,
j'ai une barbe à Babylone, mais je suis(en fait) Nanaya
. » Digitorient
Elle est aussi représentée par une étoile à huit branches, l'Étoile du soir et l'Étoile du matin, encore appelée l'Étoile du berger. Cette étoile n'est autre que la planète Venus. Elle peut être vue avant le lever du soleil et après le coucher du soleil, et serait ainsi un repère pour les bergers. Les mythes la font précéder le soleil. Ou peut-être c'est le soleil qui lui court après...

Les mythes font d'ailleurs d'un berger, Dumuzi, le mari d'Ishtar "par un très ancien rite de mariage sacré (hiérogamie)." Un berger, qu'elle rendra roi, tout en faisant figure de remplaçant. Cet aspect du mythe sert de justification (s'il en est besoin...) à l'hiérogamie. 
Chaque année au nouvel an, le souverain était tenu « d’épouser » l’une des prêtresses d’Inanna, afin d’assurer la fertilité des terres et la fécondité des femelles. Ce fut sûrement tout d’abord un rite propre à Uruk, qui s’est ensuite généralisé vers la fin du IIIe millénaire.
Le roi remplace le dieu Dumuzi du mythe, et l’union avec la prêtresse (hiérodule), représentante de la déesse, a lieu dans l’Eanna. Les festivités étaient très joyeuses et se déroulaient dans l’allégresse. Wikipedia
Un hymne d'Assurbanipal la loue dans les termes suivants :
"Ô Palmier, Dame de Ninive, Cerf des pays! Elle est glorieuse, très glorieuse, la plus sainte des Déesses!
Ô inclyte Emašmaš, résidence d'Ishtar, Reine de Ninive! Tel Aššur, elle a une barbe et elle est revêtue de brillance!
La couronne sur sa tête brille comme les étoiles; les disques solaires sur sa poitrine brillent comme le soleil!
Ô Ziggourat, orgueil de Ninive, entourée par les nuages! Le 16 (du mois) de Tebet ("décembre") ; Elle illumine l'Emašmaš [temple d'Ishtar à Ninive]. La Dame des pays sort, Reine Mullissu qui habite à [Ninive]."
La Dame des pays qui sort le 16 du mois de Tebet, qui représente la planète Venus et dont le mythe raconte la descente aux enfers [2] a de quoi alimenter la théorie du citoyen Dupuis, à l'instar  d'Osiris et Isis. Elle est la messagère (DIL.BAT) qui annonce le retour du soleil.

"Parallèlement s'opérait un premier travail de rapprochement entre l’année et la région écliptique même, limité toutefois au symbolisme des équinoxes et des solstices. Les astrologues grecs, suivant en celà une tradition qu’ils disaient chaldéenne, enseignaient que les planètes ont une influence plus grande dans les lieux où elles ont leur hypsôma ou exaltation (point élevé, maximum). Ils situaient ces (point élevé, maximum). Ils situaient ces lieux clans l’écliptique, aux degrés des signes marqués dans la figure 3. En comparant ces positions avec les fixes pour le début de Père chrétienne (vers 150 ap. J. C.), on retrouve assez exactement les régions du ciel que les assyro-babyloniens appelaient lieux du mystère des mêmes planètes. Il faut sans doute entendre par là que ces lieux avaient une signification magique particulière, apportant quelque révélation sur la nature divine ésotérique des astres en cause. Nous allons montrer qu’en effet, leur disposition répond à un symbolisme et à un plan voulus, liés au mythe solaire universel de l’année, mythe qu’il y avait lieu de tenir comme secret dans une religion astrale ordinairement dominée par la lune. C’était en quelque sorte la partie occulte de l’astrologie officielle. L’exaltation du soleil marquait à peu près l’équinoxe du printemps au —XIIe et —XIe s. Elle correspondait à la région de notre Bélier occupée par cet astre le 1er Nisan moyen, début de l’année religieuse. Cette région se levait héliaquement vers le 15 du même mois, date symbolique de l’équinoxe et milieu du printemps babylonien. Le « mystère du soleil » est donc tout simplement le triomphe mystique du jour sur la nuit et le renouvellement du cycle des mois. Le Bélier chaldéen s’appelait d’ailleurs KU.MAL, agrû, le travailleur en louage, image du dieu soleil qui « se loue » au début de chaque année pour accomplir les travaux de sa charge. A la suite du soleil, dans les Pléiades, l’exaltation de la lune marque la place du premier croissant de l’année luni-solaire et du calendrier vague. De l’autre côté, précédant le soleil sous la constellation d'Anunitum (Poisson boréal), Vénus étoile du matin (DIL.BAT, la messagère) annonce l’aurore de l’année et complète la  triade Sin-Shamash-Ishtar qui préside aux destins du pays et des récoltes." Extrait de Les origines chaldéennes du zodiaque de A. Florisoone.

On reviendra sur le rôle que joue Ishtar dans le retour du soleil, ou comme faiseuse de rois et d'empereurs...

MàJ 01092014 Article sur Ishtar

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[1] Il semblerait que cela soit plutôt dû à une influence akkadienne (sémitique) sur les sumériens (non-sémitiques). Morris Jastrow
[2] Jastrow, Morris. "Descent of the Goddess Ishtar into the Lower World" (The Civilization of Babylonia and Assyria, 1915)