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vendredi 9 mai 2025

Les choeurs de babouins

En attendant le soleil, Monts Simien en Ethiopie (photo Caters News Agency)
Les babouins sont capables de produire au moins cinq vocalisations ayant les propriétés des voyelles [le ‘i’, le ‘æ’, le ‘a’, le ‘o’ et le ‘u’[1]], malgré un larynx élevé, et [ ] ils sont capables de les combiner lorsqu'ils communiquent avec leurs partenaires. Les vocalisations des babouins préfigurent ainsi un système de parole chez les primates non humains[2].”
Les babouins aiment monter aux sommets de montagnes pour accueillir les premiers rayons du soleil (Daily Mail Online, 18/03/2014). Sans doute pour ce genre de raisons et d’autres, les égyptiens les considéraient proches des dieux, voire des dieux eux-mêmes (Toth), notamment à Hermopolis, où se trouvait le temple de Toth.
Thot représente l'intelligence divine et en incarne la parole. C'est le dieu de la Lune, le dieu des guérisseurs, le dieu des scribes et le patron des magiciens. C'est le maître de tous les arts, de la parole, car son verbe est créateur, de la science des nombres et des signes.” (Wikipedia)
Le scribe royal Nebmertuf écrivant sous la dictée de Thot, Meisterducke

Toth est considéré comme l’origine du langage, de l’écriture, des arts et des sciences, qu’il transmit à l’homme. C’est à Hermopolis que fut inventée la cosmogonie hermopolitaine : l'Ogdoade (groupe de huit dieux créateurs)[3], quatre couples.
Au sein de l'océan primordial apparut la terre émergée. Sur celle-ci, les Huit vinrent à l'existence. Ils firent apparaître un lotus d'où sortit Rê, assimilé à Shou. Puis il vint un bouton de lotus d'où émergea une naine, auxiliaire féminin nécessaire, que Rê vit et désira. De leur union naquit Thot qui créa le monde par le Verbe.” (texte gravé dans le temple d’Edfou)
Evidence of a Vocalic Proto-System in the Baboon

Toth fit naître ses dieux parèdres en émettant des sons de sa bouche[4]. L'utilisation de ces voyelles est associée à la notion égyptienne de la langue mystérieuse des babouins, qui sont perçus comme des chœurs angéliques adorant le dieu solaire en chantant des hymnes. Toth était assimilé à Hermès par les grecs. Les cultes dérivés de Toth/Hermès ont eu une grande influence sur la pensée et la spiritualité de l’époque gréco-romaine : la cosmogonie, la théogonie, l’anthropogonie, la mythologie, les cultes, les rituels, … On en trouve des traces chez les pythagoriciens, les platoniciens, les religions du Livre, les gnostiques, les hermétistes, les théurgistes. La théorie de lharmonie des sphères (ou Musique des Sphères) de Platon y prend une place centrale. Les corps célestes y sont au nombre de huit : la sphère des étoiles fixes, et les sept planètes, la lune y comprise, correspondant à l’Ogdoade[5].

Toth/Hermès qui créa le monde par le Verbe, et qui en est donc l’architecte, est logiquement celui qui en connaît tous les secrets, astuces et raccourcis. Selon les pythagoriciens et Platon, les planètes produisent des couleurs (lumières) et des sons en fonction de leur position et vitesse de révolution[6]. C’est une harmonie de ce genre, décrite ailleurs comme “Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas” (Table d'émeraude), qui semble servir de base à toutes les théories de l’ascension, de remontée vers la Source au-delà de l’Un. Si Toth a créé le monde par son Verbe, et sait comment créer “ses dieux parèdres en émettant des sons de sa bouche”, rien ne semble impossible dans le domaine de la création par le Verbe. La puissance des sons ouvre de nouveaux horizons sons-et-lumières possibles. En émettant les mêmes sons, ou d’autres sons, les créations peuvent être défaites, et il devient ainsi possible de remonter à l’Un et à sa Source, du moins pour les initiés. Les babouins avec leur quintuple cri primal prédiscursif semblent en savoir davantage…

Car, au fond, l’homme est gêné par son langage discursif et sa connaissance discursive et rationnelle, qui le maintiendraient sous un plafond de verre. Les voyelles primales des babouins, qui sont par ailleurs les ancêtres évolutionnaires des humains, serviraient de médiateurs entre le langage discursif et le silence qui règne dans les sphères supérieures, l'Ogdoade et l'Ennéade, la huitième et la neuvième. En produisant des sons en parfaite harmonie avec ceux des sept planètes, et la sphère des étoiles fixes, les vocalisateurs primaux peuvent traverser les sphères célestes, et peut-être même toucher “la dixièmequi na même pas de nom (la Source), en cessant toute vocalisation.

Et en effet, dans différentes traditions, en Orient comme en Occident, un des objectifs principaux est de remonter vers la Source, voire d’en redescendre par la suite, pour donner des coups de main aux prisonniers du discursif sur la Terre. Souvent à l’aide de “vocalisations” dans le sens le plus large. Moins celles-là ont un sens rationnel, plus on montera haut. Dans les traditions religieuses, les “vocalisations” sont souvent appelées louanges, hymnes, cantiques, psaumes, mantras, incantations, etc., et adressées à des entités spirituelles, considérées comme les maîtres des sphères traversées, pour établir une connexion façon modem, avec une “poignée de main” (handshake) sonore.

Quatre babouins en, adoration devant le soleil levant (Louxor),
Louvre Paris, (photo 2007 Flickr Domotic)

La traversée des sphères en ascendant et en descendant apparaît très clairement dans LAscension dIsaïe (voir mon blog Luminous Praise, où je fais un parallèle avec le Mañjuśrīnāmasamgīti, le concert des noms de Mañjuśrī, où l’on trouve d’ailleurs une série de douze voyelles (vers 26), alphabet sanskrit oblige :
a ā i ī u ū e ai
o au aṃ aḥ sthito hṛdi |
jñāna-mūrtir ahaṃ buddho
buddhānāṃ trya-dhva-vartinām
” (26)

a ā i ī u ū e ai o au aṃ aḥ—Moi, le Bouddha, situé dans le cœur, je suis le corps de gnose de tous les bouddhas qui existent dans les trois temps
Dans la “huitième sphère” (“bhūmi”) hermétiste/gnostique de l’Ogdoade, le groupe des huit dieux créateurs, les âmes qui sont en l’Ogdoade, ainsi que les anges chantent des hymnes en silence. “Mais à moi, l’Intellect (Noûs), il me sont intelligibles[7]”. C’est ce que Toth/Hermès (le Père) dit au Fils (spirituel, Tat).
(Fils :) Je fais silence, ô mon Père. Je désire te chanter une hymne en silence.
(Hermès :) Chante-la-moi donc, car je suis l’Intellect [Noûs].
” (Ecrits gnostiques, p. 964)
En faisant silence, l’Ennéade/l’Un est révélée au Fils sous forme de Lumière. Il “chante une hymne du fond de [s]on coeur”, qui “est plein à déborder”, adressée au “Principe du principe”,
qui fait naître la Lumière et la vérité
Celui qui sème le Verbe,
L’amour de la vie éternelle !
Nul discours caché ne saurait parler de toi, Seigneur !
C’est pourquoi mon intellect
Veut te chanter ses hymnes chaque jour.
Je suis l'instrument de ton Esprit,
L'Intellect <est> ton plectre,
Et ton conseil joue sur moi un psaume.
Je me vois moi-même.
J'ai reçu puissance de toi,

Car ton amour est venu jusqu'à nous
.” (Ecrits gnostiques, p. 967-968)
Et le Fils finit par invoquer du fond du coeur le Nom mystérieux du Père Hermès, “Celui qui est avec l’Esprit” :
a ō ееō ēēē ōōō iii ōōōō ooooo ōōō ōō uuuuuu ōō ōōōō ōōōōō ōō ōōōōōō ōō
Hermès sort alors de son extase et revient aux affaires courantes, la main ferme. Les babouins quittent la scène... Hermès commande le Fils de faire un livre de cette révélation, et d’y joindre une “imprécation” (anathema). Ceux qui respecteront cette imprécation, Dieu se joindra à eux. Mais ceux qui passeront outre cette imprécation[8]
Que, sur la tête de chacun d'entre eux,
S'abatte la colère de chacun des (dieux susnommés) !
” (Ecrits gnostiques, p. 971)
Les dieux susnommés sont les quatre éléments, “le ciel et la terre, et le feu et l'eau”, les Sept Ousiarques, maîtres des sept planètes, “Et l'Esprit démiurgique qui est en eux”. Les archontes au fond. Même les entités généralement plus bienveillantes participent à l’exécution de l’anathème, le Dieu inengendré, l’auto-engendré et l’engendré. Il est recommandé de ne pas provoquer leur ire. S’il vous plaît, respectez l’imprécation de Hermès.

Ce genre d’imprécation est aussi très courant dans les sūtras du Mahāyāna et dans les tantras bouddhiste. Voici ce qu’écrit Michel Strickmann sur le ton plus menaçant des premiers sūtras traduits en chinois :
On doit relever une différence de ton entre ces premiers sūtra mahāyāna et les ‘Évangiles du bouddhisme’ qui les ont précédés. Les récits et apologues antérieurs furent assez circonstanciés dans leurs prophéties, mais toujours détachés en quelque manière et éloignés. On pouvait, certes, y repérer les indications sur l'avenir et en tirer des conséquences morales, mais elles restaient de l'histoire relevant du passé lointain. Avec ces textes précoces du mahāyāna, on semble entendre résonner une nouvelle voix au timbre marqué par l'urgence et la crise. C'est la voix du livre lui-même. Il devient insistant: «Tiens-moi, récite-moi, copie-moi, prêche-moi ou diffuse-moi, car sinon...! » Ces textes excellent dans la pratique. Ils disent au lecteur exactement ce qu'il doit faire. Les exégètes monastiques continuent et continueront toujours à spéculer autour de la fin de la Loi, selon les diverses traditions savantes. Ce sont cependant les textes de ce genre qui ont déterminé les contours du bouddhisme en Asie orientale, et c'est dans cette ambiance mouvementée que nous devons réinsérer les premières phases du tantrisme en Chine, en les comprenant à travers ce contexte eschatologique.” (Mantras et mandarins, Le bouddhisme tantrique en Chine, Gallimard, 1996, p. 111)
Dieu et Bouddha sont amour et bienveillance, mais ne peuvent rien pour ceux qui désobéissent. Good cop, bad cop. “C’est nous ou les archontes, faites vos choix.” Les hymnes des choeurs angéliques dans les plus hautes sphères, ou des vocalisations en compagnie de babouins pour saluer le lever du soleil sur la Terre. Ange ou bête ?


***




[1] Les babouins peuvent vocaliser cinq voyelles, révèle une étude française, RFI 15/01/2017

[2] Les babouins produisent des vocalisations comparables aux voyelles, CNRS COMMUNIQUÉ DE PRESSE NATIONAL I PARIS I 5 JANVIER 2017.

[3] Composée de huit dieux créateurs réunis par couple. Noun et Nounet, le liquide primordial ; Kekou et Kekout, l'obscurité ; Heh et Hehet, l'espace ; Amon et Amonet. Voir mon blog Elémentaire, mon cher Horus.

[4] Gaston Maspero, Etudes d'archéologie et de mythologie égyptiennes. Tome II, Bibliothèque égyptologique, Page 373

[5]Au nombre sept des sphères planétaires on a ajouté la sphère des fixes et le cercle de la Terre ; ce qui a produit le système des neuf sphères. Les Grecs y attachèrent neuf intelligences, sous le nom de Muses, qui, par leur chants, formaient l'harmonie universelle du Monde. Les Chaldéens et les Juifs y plaçaient d’autres intelligences, sous le nom de Chérubins et de Séraphins, etc., au nombre de neuf chœurs, qui réjouissaient l’Éternel par leurs concerts.” Charles-François Dupuis (1742-1809), Abrégé de lorigine de tous les cultes, 1847.

[6] Platon, La République, Livre X, 616-617.

[7] L’Ogdoade et l’Ennéade, Ecrits Gnostiques, la Pléiade p. 964.

[8] “Voici l'imprécation:
Je conjure quiconque lira ce livre saint,
Par le ciel et la terre, et le feu et l'eau,
Par les Sept Ousiarques
Et l'Esprit démiurgique qui est en eux,
Par le Dieu <In>engendré,
Celui-qui-s'engendre-lui-même
Et l'Engendré,
Qu'il respecte ce qu'a dit Hermès!
Quant à ceux qui respecteront cette imprécation,
Dieu se joindra à eux,
Ainsi que tous ceux que nous avons nommés.
Mais ceux qui passeront outre à cette imprécation,
Que, sur la tête de chacun d'entre eux,
S'abatte la colère de chacun des (dieux susnommés) !
Voilà qui est vraiment parfait, ô mon enfant
.”

mardi 20 février 2024

Les mésaventures d'une âme en peine

The Rape of Helen (of Troy), Károly Kernstok (1873-1940)

Les “gnostiques” sont des groupes très hétéroclites de chercheurs, de “chrétiens” dans la région d’Alexandrie. L’histoire étant écrite par les vainqueurs, ce nom a été donné par les hérésiologues proches des chrétiens de Rome. Alexandrie étant l’ancien haut-lieu culturel (et meltingpot) du monde helléniste, et Rome aspirait à le devenir de façon plus autoritaire en déterminant ce qui était orthodoxe ou une erreur (hérésie), une religion ou une superstition. Comme il n’y avait pas encore d’orthodoxies chrétiennes à l’époque (II-IIIème siècle), il ne pouvait pas s’agir de groupes “rebelles” refusant les dogmes naissants et évoluants d’une “Église” officielle[1], ou le pouvoir sacerdotal juif, mais des chercheurs (et quelques "trouveurs" confidents) qui échangeaient, réfléchissaient et partageaient leur idées et pratiques spirituelles (judaïques, chrétiennes, “néo-païennes”, néoplatoniciennes,...) , de façon assez libre et diverse, parfois aussi avec violence, comme il était plutôt coutumier à l’époque hellénistique, et notamment à Alexandrie.

Hypatia et Theon dans le film Agora

La coexistence de cultures de différentes origines conduisait naturellement à une interprétation des anciennes ou nouvelles cultures à travers le prisme de sa propre culture, et donc à des “rapprochements” et des (ré)interprétations allégoriques. La doctrine et le praxis d’autres cultures pouvaient être “traités”, interprétés de façon allégorique (exégèse allégorique) afin de les rendre propres à des analyses comparatives de par sa propre doctrine et praxis, si toutefois ces derniers étaient bien définis.

Cette atmosphère permettait à certains acteurs, souvent de bonne famille, de développer des théories universelles incorporant des éléments égyptiens, hellénistes, juifs, “chrétiens”, “gnostiques”, chaldéens, perses, et “païens”, etc. De toute façon, même pour convertir d’autres âmes, il fallait passer par un discours commun, des références et des allégories partagées, etc. Il y avait également une tendance “monothéisante” dans le monde religieux polythéiste, où un chef des dieux (p.e. Zeus) pouvait devenir un Dieu inaccessible, avec les autres dieux mineurs comme ses Puissances (g. dunamis, s. śaktī, t. nus pa) manifestes. Dans le passé, j’ai parlé en d’autres termes, et sur un autre aspect d’un phénomène susceptible d’y être associé : une appropriation, ou une intégration dedieux mineurs (ou rétrogradés), y compris provenant d’autres cultes, dans le culte du chef devenu un Dieu monothéisante. Dans le milieu tibétain on parle alors de “dompter” (‘dul ba)[2], “de par l’intérieur” tout en gardant la forme extérieure, dans une “appropriation culturelle” bien assumée, et même avec fierté.

Ou bien, à lendroit de Mañjuśrī, le Hermès et le Logos du monde bouddhiste ésotérique, le, fait de son omniprésence dans le triple univers, où il assume tous les rôles importants, sous divers aspects, le plus souvent appropriés d’autres cultes concurrents.

Life of Brian, Monty Python

A Alexandrie aussi, les messies se faisaient concurrence. Simon de Samarie[3] (renommé péjorativement “Simon le magicien” par les hérésiologues) était rétroactivement considéré comme un chef de fil “gnostique” et était un des cibles principales des chrétiens proches de Rome, mais l’hérésie des “gnostiques” était l’invention et la création de l’orthodoxie chrétienne occidentale postérieure. Il n’y avait donc pas de “révolution gnostique”, ni contre l’Eglise, ni même forcément contre le démiurge et ses archontes, car les idées des “gnostiques” le concernant étaient susceptibles de varier énormément. Il n’y avait d’ailleurs pas de temps à perdre à combattre les rois/archontes, dans la recherche de la gnose et du salut.

L’enseignement de Simon de Samarie est connu par quelques fragments d’un texte qui est attribué à lui-même, ou à ses disciples : l’Apophasis Megalê (La grande Révélation). D’autres fragments attribués à “Simon le magicien” se trouvent dans la Réfutation contre toutes les hérésies

Uma Maheshvara, Kashtaharini Ghat, IX-Xème siècle, Patna Museum

Dans l’Evangile de Jean, il y a la triade Commencement, Dieu et le Verbe, chez Simon c’est le Silence, la Raison (divine, Noûs) et la Pensée (Ennoia). Commencement-Silence, Dieu-Raison et Verbe-Pensée. Le Dieu-Raison et le Verbe-Pensée forment un couple, une syzygie. Mâle-Mâle (Père-Fils) chez Jean, Mâle-Féminin chez Simon. Hermès-Athéna dans les cultes hellénistes. Chez les simoniens (les disciples de Simon), la Puissance Mâle, la Raison, est dite “la grande Puissance” et c'est la Puissance féminine, la Pensée, qui engendre toutes les choses (s. garbha). La grande Puissance est encore appelée “Ciel” (Haut) et la Puissance mineure “Terre” (Bas). On est en terrain connu et traditionnel. L’Espace infinie entre ce couple n’a ni commencement, ni fin[4]. La grande Puissance est appelée également “Père”. Dans la version simonienne, ce serait plutôt Père-Mère (t. yab yum) que Père-Fils. Le texte de Simon continue avec ce passage remarquable sur le Père caché en la Mère :
Comme le Père lui-même, s'étant émané de lui-même, s'est manifesté à lui-même sa propre Pensée, ainsi la Pensée qui est apparue ne l'a pas produit. Mais quand Elle l'a vu, Elle a caché le Père en Elle-même - c'est-à-dire sa puissance - une puissance et une pensée androgynes. Ils correspondent donc l'un à l'autre. En effet, la puissance ne diffère en rien de la pensée ; elles ne font qu'un. La puissance est découverte à partir des choses d'en haut, tandis que la pensée est découverte à partir des choses d'en bas. (Réf. 6.18.6)[5]
M. David Litwa poursuit :
Bien que séparés l'un de l'autre, la Raison [divine (Noûs)] et la Pensée [(Ennoia)] correspondent étroitement. Tous deux conservent une part de pouvoir androgyne. Elles restent, pour ainsi dire, deux modulations de la même réalité. Le Ciel (l'Esprit) et la Terre (la Pensée) sont séparés, mais ils restent unis par les liens sacrés du mariage. En réalité, l'Esprit et la Pensée, le masculin et le féminin, ne font qu'un et sont inséparables. Ce n'est que lorsqu'on les regarde sous deux angles différents (en haut et en bas) qu'on les distingue (Réf. 6.18.7).[6]
J’ai découvert M. David Litwa seulement récemment, et je suis très impressionnée par son érudition, sa capacité d’établir des liens (y compris parfois interdisciplinaires, mais réussis) avec toutes les nuances, et avec précision. Sa méthode appliquée au bouddhisme ésotérique ouvrirait de nouveaux horizons, j’en suis convaincu.

Chez les simoniens, la grande Puissance est encore appelée la Puissance infinie, et la Pensée est la septième Puissance. Généralement, le chiffre sept signifie la perfection, mais la Pensée divine n’est pas encore perfectionnée en l’homme. La septième Puissance, ou la Pensée, a été plantée dans l’homme en tant que semence, mais doit encore germer et se perfectionner. Voilà le projet du couple divin. Le livre attribué à Simon, le grand Révélateur, dit de lui-même :
C'est la lettre de la Déclaration, de la Voix et du Nom de la Pensée de la Grande Puissance Infinie. Elle sera donc scellée, cachée, voilée et conservée dans la demeure où est établie la racine de l'univers. (Réf. 6.9.4)[7]
La demeure où est établie la racine de l'univers”, c’est l’homme… C’est là que sont cachées les Révélations. Révélées par Simon, que l’on peut voir comme le représentant de Zeus, la Raison divine, et sa femme Hélène, qui représente la Pensée (Athéna), née de son front[8].

Hélène enlaçant sont mari Paris, Jacques-Louis David 1788

Rien d’étonnant pour un adepte du bouddhisme ésotérique tibétain, où le gourou et sa femme sont identifiées à la divinité médiatrice et sa parèdre, pour la rédemption de leurs disciples. Selon la légende simonienne, Simon aurait rencontré celle qui allait devenir sa femme Hélène comme une prostituée en Syrie. Depuis, elle l’aurait toujours accompagnée lors de ses voyages. L’histoire de la rédemption de la prostituée syrienne pointe vers Simon, en tant que Père, qui va sauver sa Pensée (Hélène) captive dans lâme de chaque humain. Comparable à la rédemption de Yeshe Tsogyal par un Padmasambhava.
Aussi longtemps qu’elle est seule auprès du Père, elle est vierge et de forme androgyne ; mais lorsqu’elle tomba dans un corps et vint en cette vie, elle tomba au pouvoir de nombreux brigands et les violents se la passèrent l’un à l’autre et la [souillèrent]. Certains la prirent par violence, d’autres en la séduisant par un cadeau illusoire. Bref, elle fut souillée et [perdit sa] virginité. Elle se prostitua dans son corps et se livra à tout le monde, pensant que celui auquel elle va s’enlacer est son mari.” Exègese de lâme (NH II, 6, Ecrits Gnostiques, Pléiade, p. 477)
A la fin de ce traité, pour illustrer le désir de l’âme de retourner au Père, l’auteur cite même plusieurs fois l’Odyssée de Homère :
De même aussi [Helène] dit : “Mon coeur en moi s’est retourné, je veux revenir à ma maison” (Ecrits gnostiques, p. 485)
Hermès criophore, période romaine, Corinth Archaeological Museum
David John
 
Simon appelait son Hélène “la brebis égarée[9], retrouvée et sauvée…

Selon la tradition chrétienne, Simon aurait eu une fin misérable, racontée dans les Actes de Pierre[10]. Dans le passage cité par M. David Litwa, on voit, au bout d’un duel de magie à la Milarépa, Saint Pierre (qui était en train de perdre) prier Dieu, quand Simon s’envole dans le ciel tel un oiseau :
Mais Pierre prononce cette imprécation : "Qu'il tombe d'en haut et qu'il soit paralysé, mais qu'il ne meure pas. Qu'il soit plutôt infirme et qu'il se brise la jambe en trois endroits ! Tel un oiseau abattu, Simon tomba. Après sa triple fracture prévisible, les spectateurs le lapident promptement. On peut voir en Simon la chute vertigineuse de Lucifer ; mais dans ses souffrances - et finalement sa mort - on peut apercevoir le Christ dans sa passion.[11]
Ceux qui veulent brûler une cierge pour l'âme de Simon peuvent le faire devant la Porte Miégeville de la Basilique Saint-Sernin à Toulouse, où sa mémoire est honorée.

L'âme de Simon éconduite par les forces de l'Ordre (Wikimédia)

***

[1] Pacôme Thiellement, La victoire des Sans Roi : Révolution Gnostique, Puf, 2017

[2] Le Dict de Padma contient un exemple de conversion particulière. Les 24 territoires (S. pīṭha) sont contrôlés par les dieux et démons (S. vighna) sous les ordres de Rudra en faisant souffrir les habitants. Rudra, résidant à Pretapuri, doit être converti pour que la doctrine bouddhique puisse se répandre. Evidemment, Vajrapāṇi sera de la partie. Ce sont Hayagrīva et Vajravārāhi, le cheval et le sanglier, qui sont chargés de cette mission par la congrégation de bouddhas. Hayagrīva pénètre par la "porte du bas" de Rudra, jusqu’à ce que sa tête de cheval sorte par le sommet de la tête de Rudra. Les bras et les jambes de Rudra s’étendent. Vajravārāhi pénètre par le bhaga (vagin) de sa compagne (Umā), et sa tête de sanglier sort du sommet de la tête de la compagne. L’union (T. zhal sbyar) de "Cheval" (Hayagrīva) et de "Cochon" (Vajravārāhi) donne naissance à une manifestation de Vajrapāṇi portant le nom Bhurkumkuta (T. rta phag zhal sbyar dme ba brtsegs pa bskrun %).” Blog La promotion fulgurante de lambitieux yaksha Vajrapāṇi

[3] Youtube, Introducing Simon of Samaria, M. David Litwa

[4]In the intervening space, they exhibit an immeasurable expanse of air, which has neither beginning nor end. ( Ref. 6.18.3)” M. David Litwa, Desiring Divinity: Self-deification in Early Jewish and Christian Mythmaking, 2016

[5]Since, then, the Father himself, having advanced from himself, manifested to himself his own Thought, so also Thought who appeared did not make him.17 But when she saw him, she hid the Father in herself—that is, his power—an androgynous power and thought. Thus they correspond to each other. This is because power does not at all differ from thought; they are one. Power is discovered from things above, while thought is discovered from things below. (Ref. 6.18.6)” M. David Litwa, Desiring Divinity

[6]Although separated from each other, Mind and Thought correspond closely. Both retain a measure of androgynous power. Both remain, as it were, two modulations of the same reality. Heaven (Mind) and Earth (Thought) are separated, but they remain united in holy matrimony. In reality, Mind and Thought, the male and the female, are one and inseparable. Only when looked at from two different angles (above, and below) are they distinguished (Ref. 6.18.7).” M. David Litwa, Desiring Divinity

[7]This is the letter of Declaration, of Voice, and of Name from the Thought of the Great and Infinite Power. Thus it will be sealed, hidden, veiled, and stored in the dwelling in which the root of the universe is established. (Ref. 6.9.4)

In other words, Simon’s own Declaration gives voice to the Thought of Mind. Mind’s Thought is incarnate in Simon’s voice. Simon plays the role of the revealer, and what he reveals is the substance of cosmic secrets.” M. David Litwa, Desiring Divinity

[8]Irenaeus closes his report by speaking of Simonian ritual practice. He says that Simonians worship statues representing Simon as Zeus and Helen as Athena. One must be clear that Simonian Christians are not said to worship Zeus and Athena per se. They worship Simon in the form of the high God (commonly known as Zeus). In turn, Athena was an appropriate representation of Simon’s Thought, since she was born full-grown from Zeus’s head.

The Simonians, in their own view, did not worship mere human beings. Simon, like Jesus, is worshiped because he is true God who assumes human form
.” M. David Litwa, Desiring Divinity

[9] M. David Litwa, Desiring Divinity

[10] Les Actes de Pierre est un texte apocryphe de la fin du IIe ou du début du IIIe siècles.

Dans ce récit, Simon, chassé de Judée par Pierre, s’est rendu à Rome où il fait croire (grâce à des pratiques de sorcellerie) qu’il est le Messie et parvient à en convaincre certains chrétiens. Venu à Rome pour remettre de l’ordre, Pierre affronte Simon dans un duel d’abord intellectuel puis miraculeux que le mage perd. Pour faire la preuve de son pouvoir, Simon annonce alors qu’il va voler, mais il s’écrase au sol, à la prière de Pierre, et se fait lapider par la foule. Dans ce texte, la figure de Simon est constamment associée au diable : il est en effet assimilé à un prestidigitateur qui abuse les pauvres mais aussi les riches en les dépouillant, tandis que le personnage de Pierre acquiert aussi une dimension magique (il fait parler un chien et un nourrisson de sept mois, recolle les morceaux d’une statue impériale et rend la vie à un hareng séché).” Isabelle Rosé, Simon le Magicien hérésiarque ? Linvention de la simoniaca heresis par Grégoire le Grand.

[11]But Peter prays this imprecation: “Speed on your grace, Lord; and let him fall down from above and be crippled, though not die. Rather let him be disabled and break his leg in three places!” Like a shot bird, Simon drops. After his predictable triple fracture, the bystanders promptly stone him.110 One can see in Simon the headlong fall of Lucifer; but in his sufferings—and eventual death—one might glimpse Christ in his passion.” M. David Litwa, Desiring Divinity


jeudi 18 novembre 2021

Mañjuśrī, au tout début de sa longue carrière

Mañjuśrī, détail de la Triade bouddhique, Victoria and Albert Museum, n° I.M. 53. 1936,
probablement originaire de la vallée de Swat (Photo : A.M. Quagliotti)

Mañjuśrī, le grand héro de la Concentration de la marche héroïque (Śūraṃgamasamādhi - Śgs - T642) a une longue histoire, dont on trouve néanmoins des traces iconographiques concrètes au Gandhara. Il semblerait que la plus ancienne représentation où figure Mañjuśrī soit le relief I.M. 53 - 1936 dans le Victoria and Albert Museum.

Triade bouddhique (Photo : A.M. Quagliotti)

Il y a la triade au milieu, flanquée par d’autres figures à leur gauche (2) et à leur droite (1). On trouve le Bouddha au milieu de la triade. A sa droite un jeune bodhisattva et à sa gauche, celui qui est sans doute Mañjuśrī, que l’on reconnaît à sa chevelure[1] et au livre (skt. pustaka[2] hindi : pothi) qu’il tient dans la main gauche, où l’on perçoit des lettres de lalphabetKharoṣṭhī”, qui a “une relation nette avec l'alphabet araméen, auquel on a ajouté des symboles supplémentaires pour noter les phonèmes des langues indiennes”, et qui atteint “sa forme finale vers le IIIe siècle av. J.-C.
[Mañjuśrī] apparaît sous la forme d'un bodhisattva religieux, coiffe du pañcacīraka, composé de cinq mèches de cheveux ou d'une tiare à cinq pointes, ce qui lui vaut le titre de pañcacīra”. (41 Mañjuśrī, Lamotte, T'oung Pao, 48 ( 1960): 1-96).
Nous n’en sommes pas encore à la représentation mythique tantrique, où les cinq mèches deviennent les cinq pointes d’une tiare ou d’une coiffe. Ce type de chevelure est considéré comme caractéristique d’un jeune homme de type kumāra[3].

Anna Maria Quagliotti précise que l’épithète pañcacīra renvoie au roi des gandharva Pañcaśikha, une émanation de Sanatkumāra, le messager céleste[4], qui fait l’intermédiaire entre Indra et le Bouddha (il renseigne le Bouddha sur ce qui se passe dans le monde des deva), comme Mañjuśrī est le messager entre Bouddha Sākyamuni et les hommes. Mañjuśrī-kumāra-bhūta (tib. gzhon nur gyur pa) semble réunir les deux fonctions.

Sur la représentation, Mañjuśrī semble écouter le Bouddha, assis à sa droite, et noter ses paroles. Dans la tradition bouddhiste, Mañjuśrī est parfois considéré comme le compilateur des sūtra du mahāyāna, le “Seigneur de la Parole” (Vādirāja, Vāgiśvara, Vāgirāṭṭa). Il est donc à la fois le compilateur de la parole du Bouddha mahāyāna et le messager entre les deva et le Bouddha et entre le Bouddha du mahāyāna et les humains. Avec l’avènement des tantras, il deviendra une sorte de Hermès/Tôt, détenteur des enseignements ésotériques du Bouddha. Comme Hermès (inventeur de la lyre), Mañjuśrī en tant qu' habitant du Mont Wu-t’ai shan (Wou-t’ai chan, le Mont des cinq terrasses, tib. ri bo rtse lnga), aurait collectionné les instruments de musique qu’il garda dans une “grotte vajra” selon un texte chinois du VIIème siècle.
[...] des instruments de musique célestes offerts par un démon au buddha du passé Kāśyapa [...] il y a la une cithare [...] en argent, jouée par un être céleste en argent, ainsi que deux parties du Tripiṭaka (Vināya et Sūtra) du temps de Kāśyapa, sur papier d'or et écriture d'argent, également transportés là par Mañjuśrī” (Stein 1988: 7[5]).
Notons que Hermès était également le dieu des voleurs. Le rôle de Mañjuśrī évolue avec les siècles. Attribuons à chaque époque son Mañjuśrī. 

Grotte Tun-huang 158, détail Mahāparinirvāṇa (Photo : A.M. Quagliotti)

Le geste d’écoute du Mañjuśrī du Gandhara n’a pas le même sens que le geste de Milarepa écoutant les chants de ḍākinī, recevant ainsi les instructions des transmissions “aurales” (tib. bsnyan brgyud). Selon Quagliotti ce geste indiquerait plutôt le deuil[6] ou un état pensif. D’autres statues du Gandhara semblent pointer dans le même sens.

Peut-être Avalokiteśvara (Photo : A.M. Quagliotti)

Quagliotti propose que le bodhisattva, également d’apparence jeune, à la droite du Bouddha soit Avalokiteśvara. Mañjuśrī et Avalokiteśvara sont considérés comme deux bodhisattvas de la dixième bhūmi (kumārabhūta) en attente de leur moment de gloire de Bouddha manifeste[7]. Quagliotti admet cette possibilité puisque l’iconographie d’Avalokiteśvara n’avait pas encore été fixée à cette époque, et qu’il était représenté assez librement.

Rappelons-nous que c’est Avalokiteśvara qui s’adresse à Śariputra dans le Sūtra du Coeur (Prajñāpāramitāhṛdaya). Nāgārjuna aurait reçu sa doctrine de la vacuité de Mañjuśrī. Traditionnellement, les deux bodhisattvas de la dixième bhūmi prennent donc une place particulière dans la diffusion de la perfection de la sapience. Les références symboliques du saṃbhogakāya font défaut dans “la triade bouddhique”.

Cette représentation de Mañjuśrī et Avalokiteśvara, si ce sont eux, daterait donc d’avant le Sūtra du Coeur, d’avant la carrière de Messager cosmique et ésotérique de Mañjuśrī, sans doute pas très éloigné de la rédaction des Stances du Milieu (Madhyamaka-kārikā) par Nāgārjuna, très proches de la littérature de la Prajñāpāramitā (Mañjuśrī apparaît dans le Saptaśatikā Prajñāpāramitā). Dans ses écrits (traduits en tibétain), Nāgārjuna (ou le traducteur) commence souvent par rendre hommage à Mañjuśrī-kumāra-bhūta.

Nous assistons ici à une scène d’une rare sobriété, profitons-en. Mañjuśrī fera rapidement carrière dans le Saddharmapuṇḍarīkasūtra, où il se nommera Mañjuśvara et Mañjughoṣa, dans la Concentration de la Marche héroïque (Śūraṃgamasamādhi) où il se dévoile comme l’homme orchestre d’un Bouddhisme ésotérisant, Sudhana le rencontre dans le Gandavyūha sūtra, le Mañjuśrīmūlakalpa où il entame clairement sa carrière ésotérique, avec la transmission du Guhyasamāja au siddha Nāgārjuna, ses diverses émanations courroucées etc.
La popularité du Gandharva Pañcaśikha et le culte du Bodhisattva Mañjuśrī paraissent dériver d’une même source mythique : la croyance à un dieu éternellement jeune. Timidement représenté dans le bouddhisme du Petit Véhicule par Pancasikha, qui ne joue jamais qu’un rôle épisodique, ce mythe a pris une importance considérable dans certaines sectes du Grand Véhicule. Mañjuśrī, comme le prouvent ses épithètes et ses attributs, paraît bien être l’équivalent mahâyâniste du Kārttikeya brâhmanique et du Pañcaśikha hînayâniste”. Marcelle Lalou citée par Étienne Lamotte dans son article consacré à Mañjuśrī.
A partir de cette représentation relativement sobre, on verra donc graduellement Mañjuśrī et Avalokiteśvara, même au Gandhara, prendre de plus en plus d’attributs de plus en plus riches et/ou spectaculaires. Voir aussi mon blog La foi qui déplace la montagne (de Mañjuśrī) de 23 février 2016, qui mentionne les différents lieux de culte dédiés à Mañjuśrī.

Bodhisattva "pensif", un lotus à la main, Padmapāṇi ?
Amitābha dans les cheveux, Gandhara II-IIIème, Christies
 

Bodhisattva "pensif", trône de lions,
son pied sur un lotus, Mañjuśrī 


Avalokiteśvara III-ème, Matsuoka Museum Tokyo

Pour des exemples de coupe de cheveux à la mode au Gandhara (IV-Vème)

Tête de bodhisattva, IVème siècle (Asian Civilisations Museum)

Tête de femme, IV-Vème siècle,
combien de mèches comptez-vous ?

Têtes en stuc IV-Vème s. Gandhara,
Musée Guimet (photo Amit Guha)


Notez le yogi dans la chevelure

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[1]Divinities such as Krsna and Balarāma, or Sanatkumāra, the 'eternally young', the son or hypostasis of Brahmā and already known from the Upaniṣads, now appear either as the gandharva Pañcaśikha (so called because he has five tufts or 'tresses' as worn by youths, Lamotte 1960: 2) or as Skanda/Kumāra/Kārttikeya, or Pradyumna/Kāma (Mallmann 1949: 175).” Mañjuśrī in Gandharan Art A New Interpretation of a Relief in the Victoria and Albert Museum Author(s): Anna Maria Quagliotti, ource: East and West , December 1990, Vol. 40, No. 1/4 (December 1990), pp. 99-113 Published by: Istituto Italiano per l'Africa e l'Oriente (IsIAO) Stable URL: https://www.jstor.org/stable/29756926

[2] Un livre en format de feuilles de palmier.

[3]Garçon, adolescent vierge, ou jeune homme non marié. Les premiers Kumâra sont les sept [ou quatre] fils de Brahmâ, nés des membres du dieu, dans ce qui est appelé la neuvième création. Il est dit que ce nom leur fut donné en raison de leur refus formel de « procréer » leur espèce : en conséquence, ils “restèrent yogis”.” Voir aussi l’article Wikipedia (anglais) “Four Kumaras”.

[4]The epithet pañcacīra refers to Pañcaśikha, an emanation of Sanatkumāra, the heavenly messenger and musician with whom Manjusri appears to have numerous affinities (Lalou 1930: 66-68; Lamotte 1960: 2-3; Mallmann 1964: 17). He is the intermediary between Indra and the Buddha and renders account to the latter of what happens among the devas, just as Mañjuśrī is the intermediary between Sākyamuni and man (Lalou 1930: 68-69).”

[5] Stein, R.A. (1988) Grottes-matrices et lieux saints de la déesse en Asie Orientale. Paris.

[6]
Le même geste se retrouve au parinirvāṇa du Bouddha dans des représentations diverses.

[7] « Enfin, c’est dans la dixième terre que le Bodhisattva entre en possession du Śūrāṅgamasamādhi ‘concentration de la Marche héroïque’ qu’il ne partage qu’avec les Buddha. Par cette concentration „il domine le champ de toutes les concentrations”. ‘Par la force de cette concentration, il manifeste au choix, dans les dix régions, naissance (jāti), sortie du monde (abhiniṣkramaṇa), Nirvāṇa, Parinirvāṇa ou partage de ses reliques (śarīrānupradāna): tout cela pour le bien des êtres”. Lamotte, Mañjuśrī