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vendredi 9 mai 2025

Les choeurs de babouins

En attendant le soleil, Monts Simien en Ethiopie (photo Caters News Agency)
Les babouins sont capables de produire au moins cinq vocalisations ayant les propriétés des voyelles [le ‘i’, le ‘æ’, le ‘a’, le ‘o’ et le ‘u’[1]], malgré un larynx élevé, et [ ] ils sont capables de les combiner lorsqu'ils communiquent avec leurs partenaires. Les vocalisations des babouins préfigurent ainsi un système de parole chez les primates non humains[2].”
Les babouins aiment monter aux sommets de montagnes pour accueillir les premiers rayons du soleil (Daily Mail Online, 18/03/2014). Sans doute pour ce genre de raisons et d’autres, les égyptiens les considéraient proches des dieux, voire des dieux eux-mêmes (Toth), notamment à Hermopolis, où se trouvait le temple de Toth.
Thot représente l'intelligence divine et en incarne la parole. C'est le dieu de la Lune, le dieu des guérisseurs, le dieu des scribes et le patron des magiciens. C'est le maître de tous les arts, de la parole, car son verbe est créateur, de la science des nombres et des signes.” (Wikipedia)
Le scribe royal Nebmertuf écrivant sous la dictée de Thot, Meisterducke

Toth est considéré comme l’origine du langage, de l’écriture, des arts et des sciences, qu’il transmit à l’homme. C’est à Hermopolis que fut inventée la cosmogonie hermopolitaine : l'Ogdoade (groupe de huit dieux créateurs)[3], quatre couples.
Au sein de l'océan primordial apparut la terre émergée. Sur celle-ci, les Huit vinrent à l'existence. Ils firent apparaître un lotus d'où sortit Rê, assimilé à Shou. Puis il vint un bouton de lotus d'où émergea une naine, auxiliaire féminin nécessaire, que Rê vit et désira. De leur union naquit Thot qui créa le monde par le Verbe.” (texte gravé dans le temple d’Edfou)
Evidence of a Vocalic Proto-System in the Baboon

Toth fit naître ses dieux parèdres en émettant des sons de sa bouche[4]. L'utilisation de ces voyelles est associée à la notion égyptienne de la langue mystérieuse des babouins, qui sont perçus comme des chœurs angéliques adorant le dieu solaire en chantant des hymnes. Toth était assimilé à Hermès par les grecs. Les cultes dérivés de Toth/Hermès ont eu une grande influence sur la pensée et la spiritualité de l’époque gréco-romaine : la cosmogonie, la théogonie, l’anthropogonie, la mythologie, les cultes, les rituels, … On en trouve des traces chez les pythagoriciens, les platoniciens, les religions du Livre, les gnostiques, les hermétistes, les théurgistes. La théorie de lharmonie des sphères (ou Musique des Sphères) de Platon y prend une place centrale. Les corps célestes y sont au nombre de huit : la sphère des étoiles fixes, et les sept planètes, la lune y comprise, correspondant à l’Ogdoade[5].

Toth/Hermès qui créa le monde par le Verbe, et qui en est donc l’architecte, est logiquement celui qui en connaît tous les secrets, astuces et raccourcis. Selon les pythagoriciens et Platon, les planètes produisent des couleurs (lumières) et des sons en fonction de leur position et vitesse de révolution[6]. C’est une harmonie de ce genre, décrite ailleurs comme “Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas” (Table d'émeraude), qui semble servir de base à toutes les théories de l’ascension, de remontée vers la Source au-delà de l’Un. Si Toth a créé le monde par son Verbe, et sait comment créer “ses dieux parèdres en émettant des sons de sa bouche”, rien ne semble impossible dans le domaine de la création par le Verbe. La puissance des sons ouvre de nouveaux horizons sons-et-lumières possibles. En émettant les mêmes sons, ou d’autres sons, les créations peuvent être défaites, et il devient ainsi possible de remonter à l’Un et à sa Source, du moins pour les initiés. Les babouins avec leur quintuple cri primal prédiscursif semblent en savoir davantage…

Car, au fond, l’homme est gêné par son langage discursif et sa connaissance discursive et rationnelle, qui le maintiendraient sous un plafond de verre. Les voyelles primales des babouins, qui sont par ailleurs les ancêtres évolutionnaires des humains, serviraient de médiateurs entre le langage discursif et le silence qui règne dans les sphères supérieures, l'Ogdoade et l'Ennéade, la huitième et la neuvième. En produisant des sons en parfaite harmonie avec ceux des sept planètes, et la sphère des étoiles fixes, les vocalisateurs primaux peuvent traverser les sphères célestes, et peut-être même toucher “la dixièmequi na même pas de nom (la Source), en cessant toute vocalisation.

Et en effet, dans différentes traditions, en Orient comme en Occident, un des objectifs principaux est de remonter vers la Source, voire d’en redescendre par la suite, pour donner des coups de main aux prisonniers du discursif sur la Terre. Souvent à l’aide de “vocalisations” dans le sens le plus large. Moins celles-là ont un sens rationnel, plus on montera haut. Dans les traditions religieuses, les “vocalisations” sont souvent appelées louanges, hymnes, cantiques, psaumes, mantras, incantations, etc., et adressées à des entités spirituelles, considérées comme les maîtres des sphères traversées, pour établir une connexion façon modem, avec une “poignée de main” (handshake) sonore.

Quatre babouins en, adoration devant le soleil levant (Louxor),
Louvre Paris, (photo 2007 Flickr Domotic)

La traversée des sphères en ascendant et en descendant apparaît très clairement dans LAscension dIsaïe (voir mon blog Luminous Praise, où je fais un parallèle avec le Mañjuśrīnāmasamgīti, le concert des noms de Mañjuśrī, où l’on trouve d’ailleurs une série de douze voyelles (vers 26), alphabet sanskrit oblige :
a ā i ī u ū e ai
o au aṃ aḥ sthito hṛdi |
jñāna-mūrtir ahaṃ buddho
buddhānāṃ trya-dhva-vartinām
” (26)

a ā i ī u ū e ai o au aṃ aḥ—Moi, le Bouddha, situé dans le cœur, je suis le corps de gnose de tous les bouddhas qui existent dans les trois temps
Dans la “huitième sphère” (“bhūmi”) hermétiste/gnostique de l’Ogdoade, le groupe des huit dieux créateurs, les âmes qui sont en l’Ogdoade, ainsi que les anges chantent des hymnes en silence. “Mais à moi, l’Intellect (Noûs), il me sont intelligibles[7]”. C’est ce que Toth/Hermès (le Père) dit au Fils (spirituel, Tat).
(Fils :) Je fais silence, ô mon Père. Je désire te chanter une hymne en silence.
(Hermès :) Chante-la-moi donc, car je suis l’Intellect [Noûs].
” (Ecrits gnostiques, p. 964)
En faisant silence, l’Ennéade/l’Un est révélée au Fils sous forme de Lumière. Il “chante une hymne du fond de [s]on coeur”, qui “est plein à déborder”, adressée au “Principe du principe”,
qui fait naître la Lumière et la vérité
Celui qui sème le Verbe,
L’amour de la vie éternelle !
Nul discours caché ne saurait parler de toi, Seigneur !
C’est pourquoi mon intellect
Veut te chanter ses hymnes chaque jour.
Je suis l'instrument de ton Esprit,
L'Intellect <est> ton plectre,
Et ton conseil joue sur moi un psaume.
Je me vois moi-même.
J'ai reçu puissance de toi,

Car ton amour est venu jusqu'à nous
.” (Ecrits gnostiques, p. 967-968)
Et le Fils finit par invoquer du fond du coeur le Nom mystérieux du Père Hermès, “Celui qui est avec l’Esprit” :
a ō ееō ēēē ōōō iii ōōōō ooooo ōōō ōō uuuuuu ōō ōōōō ōōōōō ōō ōōōōōō ōō
Hermès sort alors de son extase et revient aux affaires courantes, la main ferme. Les babouins quittent la scène... Hermès commande le Fils de faire un livre de cette révélation, et d’y joindre une “imprécation” (anathema). Ceux qui respecteront cette imprécation, Dieu se joindra à eux. Mais ceux qui passeront outre cette imprécation[8]
Que, sur la tête de chacun d'entre eux,
S'abatte la colère de chacun des (dieux susnommés) !
” (Ecrits gnostiques, p. 971)
Les dieux susnommés sont les quatre éléments, “le ciel et la terre, et le feu et l'eau”, les Sept Ousiarques, maîtres des sept planètes, “Et l'Esprit démiurgique qui est en eux”. Les archontes au fond. Même les entités généralement plus bienveillantes participent à l’exécution de l’anathème, le Dieu inengendré, l’auto-engendré et l’engendré. Il est recommandé de ne pas provoquer leur ire. S’il vous plaît, respectez l’imprécation de Hermès.

Ce genre d’imprécation est aussi très courant dans les sūtras du Mahāyāna et dans les tantras bouddhiste. Voici ce qu’écrit Michel Strickmann sur le ton plus menaçant des premiers sūtras traduits en chinois :
On doit relever une différence de ton entre ces premiers sūtra mahāyāna et les ‘Évangiles du bouddhisme’ qui les ont précédés. Les récits et apologues antérieurs furent assez circonstanciés dans leurs prophéties, mais toujours détachés en quelque manière et éloignés. On pouvait, certes, y repérer les indications sur l'avenir et en tirer des conséquences morales, mais elles restaient de l'histoire relevant du passé lointain. Avec ces textes précoces du mahāyāna, on semble entendre résonner une nouvelle voix au timbre marqué par l'urgence et la crise. C'est la voix du livre lui-même. Il devient insistant: «Tiens-moi, récite-moi, copie-moi, prêche-moi ou diffuse-moi, car sinon...! » Ces textes excellent dans la pratique. Ils disent au lecteur exactement ce qu'il doit faire. Les exégètes monastiques continuent et continueront toujours à spéculer autour de la fin de la Loi, selon les diverses traditions savantes. Ce sont cependant les textes de ce genre qui ont déterminé les contours du bouddhisme en Asie orientale, et c'est dans cette ambiance mouvementée que nous devons réinsérer les premières phases du tantrisme en Chine, en les comprenant à travers ce contexte eschatologique.” (Mantras et mandarins, Le bouddhisme tantrique en Chine, Gallimard, 1996, p. 111)
Dieu et Bouddha sont amour et bienveillance, mais ne peuvent rien pour ceux qui désobéissent. Good cop, bad cop. “C’est nous ou les archontes, faites vos choix.” Les hymnes des choeurs angéliques dans les plus hautes sphères, ou des vocalisations en compagnie de babouins pour saluer le lever du soleil sur la Terre. Ange ou bête ?


***




[1] Les babouins peuvent vocaliser cinq voyelles, révèle une étude française, RFI 15/01/2017

[2] Les babouins produisent des vocalisations comparables aux voyelles, CNRS COMMUNIQUÉ DE PRESSE NATIONAL I PARIS I 5 JANVIER 2017.

[3] Composée de huit dieux créateurs réunis par couple. Noun et Nounet, le liquide primordial ; Kekou et Kekout, l'obscurité ; Heh et Hehet, l'espace ; Amon et Amonet. Voir mon blog Elémentaire, mon cher Horus.

[4] Gaston Maspero, Etudes d'archéologie et de mythologie égyptiennes. Tome II, Bibliothèque égyptologique, Page 373

[5]Au nombre sept des sphères planétaires on a ajouté la sphère des fixes et le cercle de la Terre ; ce qui a produit le système des neuf sphères. Les Grecs y attachèrent neuf intelligences, sous le nom de Muses, qui, par leur chants, formaient l'harmonie universelle du Monde. Les Chaldéens et les Juifs y plaçaient d’autres intelligences, sous le nom de Chérubins et de Séraphins, etc., au nombre de neuf chœurs, qui réjouissaient l’Éternel par leurs concerts.” Charles-François Dupuis (1742-1809), Abrégé de lorigine de tous les cultes, 1847.

[6] Platon, La République, Livre X, 616-617.

[7] L’Ogdoade et l’Ennéade, Ecrits Gnostiques, la Pléiade p. 964.

[8] “Voici l'imprécation:
Je conjure quiconque lira ce livre saint,
Par le ciel et la terre, et le feu et l'eau,
Par les Sept Ousiarques
Et l'Esprit démiurgique qui est en eux,
Par le Dieu <In>engendré,
Celui-qui-s'engendre-lui-même
Et l'Engendré,
Qu'il respecte ce qu'a dit Hermès!
Quant à ceux qui respecteront cette imprécation,
Dieu se joindra à eux,
Ainsi que tous ceux que nous avons nommés.
Mais ceux qui passeront outre à cette imprécation,
Que, sur la tête de chacun d'entre eux,
S'abatte la colère de chacun des (dieux susnommés) !
Voilà qui est vraiment parfait, ô mon enfant
.”

dimanche 24 août 2014

Bouddhisme et langage 1

Extrait du Soûtra de l'Entrée à Lankâ, chapitre 3.9, traduction de Patrick Carré

Le bodhisattva grand être Mahâmati demanda encore au Bouddha :
—Vénéré des mondes, l’Ainsi-venu a dit : «Les bodhisattvas et toi-même, vous ne devriez pas chercher à me comprendre en vous basant sur la lettre de mes propos.» Pourquoi ne le devrions-nous pas? Qu’est-ce que le langage (T. sgra) ? Qu’est-ce que le sens (T. don)[1] ?
— Écoute avec attention ce que je vais t’expliquer.

Mahâmati acquiesça et le Bouddha poursuivit :
— Le langage a pour cause ce qu’on appelle les idées fictives (T. rnam par rtog pa) et les habitudes (T. bag chags). Prenant appui sur la gorge, la langue, les lèvres, le palais et les dents, il produit les sons articulés et les mots qui permettent la conversation.Voilà pour le langage. Quant au sens, le voici : s’étant retiré dans la solitude, le bodhisattva grand être usera de la connaissance née de l’écoute, de la réflexion et de la méditation afin de concentrer sa pensée et sa puissance d’analyse sur le nirvana, l’Éveil et la sphère de sa propre intelligence pour renverser toutes ses habitudes et s’exercer aux différentes qualités des terres [de sagesse] .Voilà pour le sens.

Mahâmati, le bodhisattva grand être versé dans le langage et le sens sait que langage et sens ne sont ni les mêmes ni différents. Si le sens était autre que le langage, ce dernier ne pourrait pas le manifester, car le langage montre le sens comme la lumière montre les formes. Mahâmati, de même que l’on allume une lampe pour retrouver ce qui se cache dans l’obscurité d’une pièce, de même le bodhisattva grand être recourt à la lampe des mots pour accéder à la sphère de la réalisation intérieure qui est, pour sa part, indépendante de tous les mots. Mahâmati, en ce qui concerne le nirvana naturel, qui est libre de naissance et de cessation, [ou encore], les trois véhicules et le Véhicule Unique, les cinq catégories (T. chos lnga), les pensées, les [trois" natures[2], et ainsi de suite, la compréhension littérale [de ce que je dis] ne peut mener qu’à des opinions [dont l’erreur consiste à affirmer [ceci] en niant [cela], puisque [ce que je veux dire" n’a rien à voir avec les idées fictives que l’on peut s’en faire, ni l’image des sots qui jugent réelles les illusions du magicien — ce qui n’est pas le cas pour les sages et les saints.

Le Vénéré des mondes reprit alors en vers :

Si vous me prenez au sens littéral,
Vous aurez [des opinions] à affirmer sur les choses,
Et ces affirmations [qui sont des surestimations]
Vous précipiteront dans les enfers à votre mort.

Il n’y a pas de moi dans les agrégats
Et ceux-ci ne sont pas le moi,
Comme certains s’en font l’idée,
Même s’il ne s’agit pas de tout nier [en bloc].
Si, comme les sots en [cultivent] l’idée,
Tout existait réellement,
Leur vision permettrait aux sots
De voir le réel.

Or tout ce qui relève du pur et de l’impur
Est totalement dépourvu d’essence
Au contraire de ce que voient les sots,
Mais il ne s’agit pas davantage de néant.

***

[1] Don (S. artha) peut signifier le sens ou l'objet (réel ou irréel) désigné par le langage, ce qui n'est pas forcément la même chose. Le lien entre un mot et sa signification est indéniable, et dans ce sens sa signification est "réelle". Mais l'objet désigné par le mot ne l'est pas toujours. Dans ce type de discussion (entre bouddhistes et non-bouddhistes), il faut être conscient de cette nuance. Notamment dans la discussion s'il existe un lien entre les mots (le langage) et les objets (S. artha T. don) qu'il désigne. Il est indéniable que le mot Ātman a un sens, et ce sens est "réel". Mais l'objet que désigne le mot Ātman est il réel ?

Extrait de Aux origines de la philosophie indienne, Johannes Bronkhorts, Infolio, p. 99

“D’après Dignāga, on évite ces contradictions en étudiant soigneusement la manière dont les mots se réfèrent à leurs objets. La désignation ne procède pas en vertu d’une relation unissant un mot à un objet (de sorte qu’on pourrait demander où est l’objet lié à tel ou tel mot). Il n’est pas question de référence à des universaux non plus, les bouddhistes n’admettant pas l’existence des universaux.
La référence procède bien plutôt par exclusion (apoha).
Le mot « cruche » n’a pas plus de lien avec telle cruche donnée qu’avec l’universel cruchéité, mais exclut tout ce qui n’est pas cruche. La phrase « la cruche se produit » ne requiert donc plus une situation qui comprendrait une cruche, car il ne subsiste aucun lien direct entre le mot « cruche » et l’un des objets dans la situation décrite.”    

[2] Il semble exister des versions du Lanka où l'on mentionne explicitement les "trois natures". Mais dans le texte ci-dessous (ACIP et donc Dergé), on ne le trouve pas explicitement.

Texte tibétain Wylie (site ACIP)

de nas yang byang chub sems dpa' sems dpa' chen po blo gros chen pos bcom ldan 'das la 'di skad ces gsol to// gang bcom ldan 'das kyis byang chub sems dpa' sems dpa' chen po dang gzhan dag gis sgra ji bzhin gyi don du gzung bar mi bya'o zhes de skad gsungs na/ bcom ldan 'das/ ji ltar na byang chub sems dpa' sems dpa' chen po sgra ji bzhin gyi don du 'dzin pa ma lags/ sgra gang/ don gang lags/ bcom ldan 'das kyis bka' stsal pa/ blo gros chen po/ de'i phyir shin tu legs par nyon la yid la gzung zhig dang/ ngas khyod la bshad do// legs so// bcom ldan 'das zhes gsol nas/ byang chub sems dpa' sems dpa' chen po blo gros chen pos bcom ldan 'das la slar nyan pa dang/ bcom ldan 'das kyis de la 'di skad ces bka' stsal to//

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de la/ blo gros chen po/ don gang zhe na/ 'di lta ste/ byang chub sems dpa' sems dpa' chen po gcig pu dben par song nas thos pa dang/ bsams pa dang/ bsgoms pa'i shes rab kyis mya ngan las 'das pa'i grong khyer du 'gro ba'i lam rang gi blos bag chags kyi gnas rab tu gyur pa sngon du 'gro ba so so rang gis rig pa 'phags pa'i spyod yul sa dang sa'i gnas gzhan gyi bye brag dang/ don gyi mtshan nyid 'jug pa la rab tu dpyod na/ don la mkhas pa yin no//

gzhan yang/ blo gros chen po/ sgra'i don la mkhas pa'i byang chub sems dpa' sems dpa' chen po ni sgra dang/ don dang/ don dang sgrar yang gcig pa'ang ma yin/ tha dad pa'ang ma yin par yang dag par rjes su lta ste/ blo gros chen po/ gal te sgra dang/ don tha dad na ni/ don gsal bar byed pa'i rgyu sgra ma yin par 'gyur na/ nor rdzas la mar me bzhin du don de la sgras rjes su 'jug go / 'di lta ste/ blo gros chen po/ skyes bu la la zhig mar me thogs nas phyogs 'di na nga'i nor 'di lta bu 'di na yod do zhes nor la lta ba de bzhin du/ blo gros chen po/ tshig tu rnam par rtog pa'i sgra'i mar mes byang chub sems dpa' sems dpa' chen po rnams tshig gi rnam par rtog pa dang bral ba/ so so rang gis rig pa'i don gyi yul la rjes su 'jug go / gzhan yang/ blo gros chen po/ ma skyes pa dang/ ma 'gags pa dang/ rang bzhin gyis yongs su mya ngan las 'das pa dang/ theg pa gsum dang/ theg pa gnyis dang/ theg pa gcig dang/ chos lnga dang/ sems dang/ rang bzhin la sogs pa la sgra ji bzhin du mngon par chags pa la brten nas mngon par chags pa' phyir sgyu ma sna tshogs mngon ba'i rnam par rtog pa lta bur sgro 'dogs pa dang/ skur pa'i lta bar lhung ba yin no//

rnam pa gzhan du gnas pa la rnam pa gzan du so sor rnam par rtog pas 'di lta ste/ blo gros chen po/ sgyu ma sna tshogs ni rnam par gzhan du lta ba yin na/ byis pa rnams rnam pa gzhan du so sor rnam par rtog ste/ 'phags pa rnams kyis ni ma yin no//

de la 'di skad ces bya ste/

ji bzhin sgra la rnam brtags nas//
chos nyid la yang sgro 'dogs te//
de dag de la sgro btags pas//
sems can dmyal ba'i gnas su lhung//

phung po rnams la bdag med de//
phung po rnams kyang bdag la med//
rnam rtog bzhin du de dag med//
de dag med pa ma yin no//

dngos po thams cad yod par ni//
ji ltar byis pas rnam brtags bzhin//
de ste mthong bzhin de yod na//
thams cad yang dag mthong bar 'gyur//

chos rnams thams cad med pas na//
nyon mongs pa dang dag pa'ang med//
ji ltar mthong ba bzhin min te//
de dag med pa'ang ma yin no//

mercredi 15 mai 2013

Que faire de la réalité ?



Un peu de scolastique pour ceux qui en ont marre de contempler la nature au mois de mai et de sentir les fleurs.

Si la certitude (S. nithārta T. nges don) s’explique par une illumination divine, la connaissance intellectuelle ne dépend pas de l’action des faits sensibles sur l’âme (S. citta). En revanche, chez Aristote, l’espèce (S. jāti T. skye ba) produite par cette action est le départ de l’opération abstractive (T. sel ba S. apoha). La donne sensible qui nous arrive par les facultés sensorielles est un « particulier », ou caractère particulière (T. rang mtshan S. svalakṣaṇa), qui est rendu intelligible par le mental (S. manas T. yid), dans une représentation (S. ākara T. rnam pa) à l’intellect qui doit en extraire l’universel, ou caractère générale (T. spyi mtshan S. sāmānyalakṣaṇa)[1]. Les particuliers sont intelligibles en puissance. La représentation ou fantasme (G. phantasia S. ākāra T. rnam pa) est un intelligible en puissance que l’intellect agent fait passer en intelligible en acte. Ce n’est pas la représentation qui est éclairée, mais l’objet (T. yul S. viṣaya) en elle.

L’intellect agent est comme une lumière qui éclaire, ou illumine l’essence universelle[2] présente en le particulier. L’essence est en quelque sorte « libérée » de la donne sensible, comme l’or de la gangue. Les idées sont la seule réalité, qui, chez Aristote, sont l’action de former, « Bottom up », tandis que chez Platon, elles peuvent être reçues et elles impriment leur forme/informent « Top down ».

Pour ce qui suit, je me baserai sur Recognizing Reality de Georges B.J. Dreyfus. Dans le bouddhisme, l’idée de « universel-objet » (T. don spyi S. arthasāmānya) joue un rôle important. C’est un objet, désigné par des mots (T. sgra’i don S. śabdārtha) et qui a la nature d’un fait à caractère universelle (T. rang mtshan S. svalakṣaṇa). C’est un objet (conceptuel) permanent mais qui manque de réalité concrète. Pour être un objet réel, il lui faut des caractères particulières (T. rang mtshan S. svalakṣaṇa), perceptibles aux facultés sensorielles. Il y eut beaucoup de débats parmi les bouddhistes sur la réalité des caractères universelles, des universaux, et les opinions sont diverses. Par exemple, pour Dharmakīrti elles ne sont pas réelles, tandis que pour l’école géloukpa elles sont réelles.

Dans le processus cognitif, les facultés sensorielles perçoivent les particuliers (T. rang mtshan S. svalakṣaṇa), dont le mental (T. yid S. manas) fait une représentation (G. phantasia S. ākara T. rnam pa), et dont l’intellect (T. blo S. buddhi) extrait les universaux (T. spyi mtshan S. sāmānyalakṣaṇa).

Pour les grammariens indiens, le langage a deux fonctions : signification (T. rjod pa S. vācaka) et application (T. ‘jug pa S. vṛtti/pravṛtti). Un « objet » (conceptuel) peut être signifié à un locuteur lors d’une conversation, en l’absence de l’objet en question. Mais cet « objet » (conceptuel) peut être un objet avec une existence réelle dans le monde.

Il faut donc manier les concepts (T. bsam pa) et les prédicats (T. brjod pa S. vācaka) avec la plus grande prudence, car ils ne se rapportent (T. ‘jug pa S. pravṛtti) pas directement à la réalité.[3] La réalité n’est donc pas à la portée de la pensée et du langage (T. bsam brjod) et elle est ineffable, inexprimable etc.

A partir de là, il y a plusieurs approches. On peut prendre « l’ineffabilité » de la réalité à la lettre (hardcore) ou avec plus de flexibilité (softcore). Dans une approche hardcore, les particuliers (T. rang mtshan S. svalakṣaṇa), la réalité sensible, ne pourront être signifiés (T. rjod pa S. vācaka) par des mots. Le fossé entre la réalité conceptuelle et la réalité sensible est alors radical et ne peut être comblé. Il ne reste alors que des messies, la « gnose » et les méthodes gnostiques pour nous tirer de là...

Dans l’approche softcore, le langage peut référer (T. ‘jug pa S. vṛtti/pravṛtti) au monde, mais de manière indirecte. Elle requiert une collaboration entre la perception et la conceptualisation. La perception (de la réalité sensible, des particuliers) est une cognition positive, elle perçoit ce qui est là, mais sans le déterminer. La conception est une approche plus négative, qui procède par élimination (T. sel ba S. apoha), par abstraction. « Elle construit les catégories sur la base de dichotomies. Les objets sont caractérisés par l’élimination de leurs contradictoires. » En excluant ce qu’ils ne sont pas. La pensée peut concevoir un vase comme bleu, en éliminant le non-bleu, parce qu’elle ne peut pas saisir l’objet tel qu’il est dans sa totalité. Elle ne peut que procéder par élimination.

***

[1] « l'universel abstrait […] est formé par une opération de l'esprit qui dégage les éléments communs à diverses choses et les exprime par un concept. » ATILF

[2] « l’universel concret […] est le type idéal dont les choses tirent leur existence. » ATILF

[3] Dharmakīrti, Commentaire, et dge ‘dun 'grub. Khyad par rjes ‘gro med pas na/ brda ‘jug pa ni med phyir ro/ sgra rnams yul yang gang de nyid/ de rnams nyid ni sbyor bar byed// S. ananvayād viśeṣṇāṃ saṃketasyāpravṛtti-taḥ/ viṣayo yaś ca hi śabdānāṃ saṃyojyeta sa eva taiḥ//

samedi 14 juillet 2012

Le monde est un être vivant




Le monde est un être vivant[1], rationnel et parfait, où tout est à sa place, et qui réalise le bien absolu, diraient les stoïciens.
« Le logos physique est l'ordre rationnel et immanent du monde (kosmos), de part en part déterminé par des relations causales qui ne souffrent pas d'exception. Les Stoïciens distinguent deux principes cosmologiques fondamentaux, qui reproduisent la division stricte entre agir et pâtir : la matière (hulè), qui est pur principe indéterminé, stricte capacité de subir, et le logos duquel chaque chose tire sa détermination. Ils appellent ce logos « dieu », en tant qu'ils le considèrent comme le démiurge, à l'action motrice et formatrice. Son nom physique est le «feu », héritier du logos héraclitéen : ainsi, pour Zenon, le dieu est « un feu artisan qui procède méthodiquement à la genèse du monde ». En outre, chaque être vivant, chaque corps, chaque individu du monde physique, contient des logoi spermatikoi, des raisons séminales, selon lesquelles il se développe, chacune représentant la raison singulière de la loi fatale conformément à laquelle il se développera, pourvu qu'il rencontre des conditions favorables. C'est le logos, on le verra, qui justifie l'identité stoïcienne entre nature (nature commune comme nature propre), destin, providence et Zeus. Raison divine, le logos désigne aussi la raison humaine et le discours. »[2]
Ce logos est d’ailleurs le Verbe ou la Parole de l’introduction à l’évangile selon Jean. L’être vivant qu’est l’homme est la réflexion de l’être vivant qu’est le monde. L’Homme cosmique (S. lokapuruṣa) pourrait-on dire. Tout comme l’homme a une partie maîtresse ou directrice (hêgémonikon), le monde aurait une partie directrice, que Chrysippe[3] appelle « le ciel ». Chez l’homme :
« La partie directrice est la partie principale de l’âme, dans laquelle les représentations (phantasia) et les impulsions se produisent et à partir de laquelle le langage est émis. Cette partie se trouve dans le cœur. »[4]
Dans la culture indienne, le langage ou la parole (vāk) joue un rôle similaire. Le BṛhadāraṇyakaUpaniṣad dit que la Parole est le Brahman (vāg vai brahmeti) est d’origine divine (daivi vāk). Contrairement au christianisme, la création, l’animation par la Parole, (et la dissolution) est continue dans le brahmanisme. Le cosmos est un enchainement, sans commencement ni fin, de cycles d’apparition et de disparition du monde. Idée que l’on retrouve dans une version instantanée chez les bouddhistes, ou l’on s’appuie sur la succession rapide d'apparitions (P. udaya) et de disparitions (P. vaya), pour développer la perception de la nature des phénomènes (P. udayabbayañāṇa), qui sert de base à la pratique de Vipassanā. Ce qui préfigure la façon de laquelle le bouddhisme ancien traitera la Parole…

Un des plus grands philosophes de langage de l’Inde, Bhartṛhari (6ème s.) est à l’origine de la théorie « intuitioniste » appélée Sphoṭa, d’après la racine sphuṭ, qui signifie « jaillir », « éclater », « exploser », « s'épanouir »… Appliqué au langage, le terme signifie « le jaillissement d’un éclair ou d’un aperçu », « l’idée qui jaillit ou s’illumine dans l’esprit quand un son est prononcé »[5]. Au départ le mot (S. śabda) existe dans l’esprit de celui qui parle comme une unité ou sphoṭa. Celui qui écoute entend bien une série de sons différents, porteurs de sens, mais ce n’est que lorsque ce dernier perçoit l’énonciation comme une unité, qu’il a un moment de reconnaissance (S. pratibhā). Il éprouve alors le même « jaillissement » (S. sphoṭa) que celui que son interlocuteur avait éprouvé. Il n’y a donc pas de transmission à travers les sons extérieurs (S. vaikhari vāk), mais ceux-ci servent uniquement comme un stimulus qui révèlera le sens (S. artha) qui était déjà présent dans l’esprit de clui qui écoute.[6]

A la différence des brahmanistes, les naturalistes (S. cārvāka), quelquefois appelés « matérialistes », et les bouddhistes considèrent la parole (S. vāk) non pas comme d’origine divine, mais comme un simple outil conventionnel (S. vyavahāra). Des écoles comme les Jaïns ou la Nyāya occupent une position intermédiaire. Dans les traditions où la Parole est considérée comme d’origine divine, le monde est une création due à l’union de Prajāpati (« l’Homme cosmique) et la Parole (S. vāc), qui est « la mère des vedas »[7] ou d'autres formes de la Déesse.

Les vedas[8] et textes sacrés afférents étaient reçus, c’est-à-dire vus (S. dṛś) ou entendus (S. śruti), sans s’appuyer sur une perception sensorielle, par des poètes visionaires (S. ṛṣi) dans un éclair d’intuition spontanée (S. dhī). Ce que les visionaires avaient reçu lors de l’éclair intuitif (S. dhīḥ) était ensuite « traduit dans des mots audibles et intelligibles…le noyau initial devait être développé en une série de stances plus ou moins cohérentes. »[9] Pendant la période des Brāhmaṇa, les hymnes ainsi apparus furent systématisés (S. śabdapramāṇa) dans une formulation rigide, qui furent considérés comme une révélation (S. śruti) faisant authorité[10]. Elle n’est pas en elle-même la vérité absolue, mais elle est considérée comme la fonction nécessaire qui y conduit.

Il y a ceux qui admettent, quelquefois avec des précautions (le sāṅkhya), l’autorité (S. pramāṇa) de la Révélation (S. śruti) et des enseignements sacrés (S. śastra), tels qu’ils furent reçus par les visionaires et transmis (S. āgama T. lung) par la suite, et ceux qui ne l’admettent pas, comme les naturalistes et les bouddhistes. C’est cette transmission (āgama) qui est considérée comme connaissance valide (śabdapramāṇa).

Pour résumer, un veda (connaissance révélée), est initialement vu ou entendu par des visionaires, édité par eux et transmis (S. āgama) de père à fils, plus tard de maître à disciple pour qu’ils s’y appuient afin qu’ils voient à leur tour la vérité révélée (S. satya). L’origine de toute révélation est le Seigneur (S. Īśvara T. dbang phyug) dans une de ses manifestations. C’est un Seigneur qui se manifeste, et qui se manifeste dans et par la Parole créatrice à l’origine de tout.

VācaspatiMiśra (10ème s.) explique dans sa glose des Aphorismes de yoga de Patañjali (Tattvavaiśāradī), que la Parole, et donc la transmisison de celle-ci (S. āgama), est la verbalisation de l’omniscience (S. sarvajñā) du Seigneur. C’est dans sa forme d’omniscience qu’il fut celui qui enseigna (S. guru) les anciens visionnaires. C’est dans ce pouvoir d’omniscience, qui est un potentiel, qu’il est toujours accessible. Ce potentiel est présent comme le son primordial, le « bourdonnement » (S. praṇava) de la syllabe AUM, avant le jaillissement de la Parole, puisque AUM est la semence de laquelle le langage et les semences verbales (S. bīja-mantra) sont issus. Un peu comme les raisons séminales (G. logoi spermatikoi) des stoïciens.
Initialement, le bouddhisme n’admettait pas l’autorité de la Parole (S. śabdapramāṇa), puisqu’elle n’était pas l’expérience directe de la vérité des veda ou du Brahman. Il n’admet d’ailleurs pas non plus les autres critères de la connaissance (S. pramāṇa) que sont la perception empirique (S. pratyakṣa T. mngon sum), l’inférence (S. anumāna T. rjes dpag) etc. puisqu’elles ne sont pas sans erreur.
« Celui qui est arrivé à terme n’a plus de critères (P. pamāṇa)
Permettant à quelqu’un de dire que pour lui [ce terme] n’existe pas.
Quand tous les phénomènes ont été éliminés
Les moyens de parler ont été éliminés également. »[11]
Mais des vieilles habitudes sont difficiles à changer, surtout si on les retrouve reproduites partout autour de soi. La Parole de l’Éveillé (S. budhhavacana) était déjà considérée officieusement comme autoritaire (S. śabdapramāṇa). D’ailleurs, le Bouddha dit lui-même qu’il ne faisait que révéler une vérité toujours présente, le Buddhadharma. Avec l’avènement des tantras bouddhistes, qui empruntaient beaucoup au fonds védique de l’Inde, l’attitude par rapport à la Parole révélée et sa transmission a vraiment considérablement changé.


[1] le monde est un être vivant entièrement rationnel et parfait, où tout est à sa place, et qui réalise le bien absolu
[2] Les stoïciens I, Frédérique Lidefonse, Les Belles Lettres, pp. 26-27
[3] Dans son traité « Sur la providence ». Lidefonse, p. 33
[4] Diogène Laërce, Sur Zénon, Livre VII, La Pochotèque, p. 882
[5] A bursting forth of illumination or insight », The Sphoṭa Theory of Language, Harold G. Coward, p. 10
[6] The Sphoṭa Theory of Language, Harold G. Coward, p. 12
[7] Śatapatha brāhmaṇa 6.5.3.4, 10.5.5.1
[8] Atilf : « L'ensemble de la Révélation (S. śruti) est renfermée dans les Quatre Veda qui portent respectivement les noms de Rgveda, le Veda des strophes; de Yajurveda, le Veda des formules; de Sâmaveda, le Veda des mélodies et d'Atharvaveda, le Veda de la magie (P. MARTIN-DUBOST, Çankara et le Vedanta, 1973, p. 48) »
[9] Jan Gonda, The Vision of the Vedic Poets, p. 106
[10] The Sphoṭa Theory of Language, Harold G. Coward, p. 24
[11] Sn 5 :6, The Mind like Fire Unbound, Thanissaro Bhikkhu, p.28