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jeudi 18 novembre 2021

Mañjuśrī, au tout début de sa longue carrière

Mañjuśrī, détail de la Triade bouddhique, Victoria and Albert Museum, n° I.M. 53. 1936,
probablement originaire de la vallée de Swat (Photo : A.M. Quagliotti)

Mañjuśrī, le grand héro de la Concentration de la marche héroïque (Śūraṃgamasamādhi - Śgs - T642) a une longue histoire, dont on trouve néanmoins des traces iconographiques concrètes au Gandhara. Il semblerait que la plus ancienne représentation où figure Mañjuśrī soit le relief I.M. 53 - 1936 dans le Victoria and Albert Museum.

Triade bouddhique (Photo : A.M. Quagliotti)

Il y a la triade au milieu, flanquée par d’autres figures à leur gauche (2) et à leur droite (1). On trouve le Bouddha au milieu de la triade. A sa droite un jeune bodhisattva et à sa gauche, celui qui est sans doute Mañjuśrī, que l’on reconnaît à sa chevelure[1] et au livre (skt. pustaka[2] hindi : pothi) qu’il tient dans la main gauche, où l’on perçoit des lettres de lalphabetKharoṣṭhī”, qui a “une relation nette avec l'alphabet araméen, auquel on a ajouté des symboles supplémentaires pour noter les phonèmes des langues indiennes”, et qui atteint “sa forme finale vers le IIIe siècle av. J.-C.
[Mañjuśrī] apparaît sous la forme d'un bodhisattva religieux, coiffe du pañcacīraka, composé de cinq mèches de cheveux ou d'une tiare à cinq pointes, ce qui lui vaut le titre de pañcacīra”. (41 Mañjuśrī, Lamotte, T'oung Pao, 48 ( 1960): 1-96).
Nous n’en sommes pas encore à la représentation mythique tantrique, où les cinq mèches deviennent les cinq pointes d’une tiare ou d’une coiffe. Ce type de chevelure est considéré comme caractéristique d’un jeune homme de type kumāra[3].

Anna Maria Quagliotti précise que l’épithète pañcacīra renvoie au roi des gandharva Pañcaśikha, une émanation de Sanatkumāra, le messager céleste[4], qui fait l’intermédiaire entre Indra et le Bouddha (il renseigne le Bouddha sur ce qui se passe dans le monde des deva), comme Mañjuśrī est le messager entre Bouddha Sākyamuni et les hommes. Mañjuśrī-kumāra-bhūta (tib. gzhon nur gyur pa) semble réunir les deux fonctions.

Sur la représentation, Mañjuśrī semble écouter le Bouddha, assis à sa droite, et noter ses paroles. Dans la tradition bouddhiste, Mañjuśrī est parfois considéré comme le compilateur des sūtra du mahāyāna, le “Seigneur de la Parole” (Vādirāja, Vāgiśvara, Vāgirāṭṭa). Il est donc à la fois le compilateur de la parole du Bouddha mahāyāna et le messager entre les deva et le Bouddha et entre le Bouddha du mahāyāna et les humains. Avec l’avènement des tantras, il deviendra une sorte de Hermès/Tôt, détenteur des enseignements ésotériques du Bouddha. Comme Hermès (inventeur de la lyre), Mañjuśrī en tant qu' habitant du Mont Wu-t’ai shan (Wou-t’ai chan, le Mont des cinq terrasses, tib. ri bo rtse lnga), aurait collectionné les instruments de musique qu’il garda dans une “grotte vajra” selon un texte chinois du VIIème siècle.
[...] des instruments de musique célestes offerts par un démon au buddha du passé Kāśyapa [...] il y a la une cithare [...] en argent, jouée par un être céleste en argent, ainsi que deux parties du Tripiṭaka (Vināya et Sūtra) du temps de Kāśyapa, sur papier d'or et écriture d'argent, également transportés là par Mañjuśrī” (Stein 1988: 7[5]).
Notons que Hermès était également le dieu des voleurs. Le rôle de Mañjuśrī évolue avec les siècles. Attribuons à chaque époque son Mañjuśrī. 

Grotte Tun-huang 158, détail Mahāparinirvāṇa (Photo : A.M. Quagliotti)

Le geste d’écoute du Mañjuśrī du Gandhara n’a pas le même sens que le geste de Milarepa écoutant les chants de ḍākinī, recevant ainsi les instructions des transmissions “aurales” (tib. bsnyan brgyud). Selon Quagliotti ce geste indiquerait plutôt le deuil[6] ou un état pensif. D’autres statues du Gandhara semblent pointer dans le même sens.

Peut-être Avalokiteśvara (Photo : A.M. Quagliotti)

Quagliotti propose que le bodhisattva, également d’apparence jeune, à la droite du Bouddha soit Avalokiteśvara. Mañjuśrī et Avalokiteśvara sont considérés comme deux bodhisattvas de la dixième bhūmi (kumārabhūta) en attente de leur moment de gloire de Bouddha manifeste[7]. Quagliotti admet cette possibilité puisque l’iconographie d’Avalokiteśvara n’avait pas encore été fixée à cette époque, et qu’il était représenté assez librement.

Rappelons-nous que c’est Avalokiteśvara qui s’adresse à Śariputra dans le Sūtra du Coeur (Prajñāpāramitāhṛdaya). Nāgārjuna aurait reçu sa doctrine de la vacuité de Mañjuśrī. Traditionnellement, les deux bodhisattvas de la dixième bhūmi prennent donc une place particulière dans la diffusion de la perfection de la sapience. Les références symboliques du saṃbhogakāya font défaut dans “la triade bouddhique”.

Cette représentation de Mañjuśrī et Avalokiteśvara, si ce sont eux, daterait donc d’avant le Sūtra du Coeur, d’avant la carrière de Messager cosmique et ésotérique de Mañjuśrī, sans doute pas très éloigné de la rédaction des Stances du Milieu (Madhyamaka-kārikā) par Nāgārjuna, très proches de la littérature de la Prajñāpāramitā (Mañjuśrī apparaît dans le Saptaśatikā Prajñāpāramitā). Dans ses écrits (traduits en tibétain), Nāgārjuna (ou le traducteur) commence souvent par rendre hommage à Mañjuśrī-kumāra-bhūta.

Nous assistons ici à une scène d’une rare sobriété, profitons-en. Mañjuśrī fera rapidement carrière dans le Saddharmapuṇḍarīkasūtra, où il se nommera Mañjuśvara et Mañjughoṣa, dans la Concentration de la Marche héroïque (Śūraṃgamasamādhi) où il se dévoile comme l’homme orchestre d’un Bouddhisme ésotérisant, Sudhana le rencontre dans le Gandavyūha sūtra, le Mañjuśrīmūlakalpa où il entame clairement sa carrière ésotérique, avec la transmission du Guhyasamāja au siddha Nāgārjuna, ses diverses émanations courroucées etc.
La popularité du Gandharva Pañcaśikha et le culte du Bodhisattva Mañjuśrī paraissent dériver d’une même source mythique : la croyance à un dieu éternellement jeune. Timidement représenté dans le bouddhisme du Petit Véhicule par Pancasikha, qui ne joue jamais qu’un rôle épisodique, ce mythe a pris une importance considérable dans certaines sectes du Grand Véhicule. Mañjuśrī, comme le prouvent ses épithètes et ses attributs, paraît bien être l’équivalent mahâyâniste du Kārttikeya brâhmanique et du Pañcaśikha hînayâniste”. Marcelle Lalou citée par Étienne Lamotte dans son article consacré à Mañjuśrī.
A partir de cette représentation relativement sobre, on verra donc graduellement Mañjuśrī et Avalokiteśvara, même au Gandhara, prendre de plus en plus d’attributs de plus en plus riches et/ou spectaculaires. Voir aussi mon blog La foi qui déplace la montagne (de Mañjuśrī) de 23 février 2016, qui mentionne les différents lieux de culte dédiés à Mañjuśrī.

Bodhisattva "pensif", un lotus à la main, Padmapāṇi ?
Amitābha dans les cheveux, Gandhara II-IIIème, Christies
 

Bodhisattva "pensif", trône de lions,
son pied sur un lotus, Mañjuśrī 


Avalokiteśvara III-ème, Matsuoka Museum Tokyo

Pour des exemples de coupe de cheveux à la mode au Gandhara (IV-Vème)

Tête de bodhisattva, IVème siècle (Asian Civilisations Museum)

Tête de femme, IV-Vème siècle,
combien de mèches comptez-vous ?

Têtes en stuc IV-Vème s. Gandhara,
Musée Guimet (photo Amit Guha)


Notez le yogi dans la chevelure

***

[1]Divinities such as Krsna and Balarāma, or Sanatkumāra, the 'eternally young', the son or hypostasis of Brahmā and already known from the Upaniṣads, now appear either as the gandharva Pañcaśikha (so called because he has five tufts or 'tresses' as worn by youths, Lamotte 1960: 2) or as Skanda/Kumāra/Kārttikeya, or Pradyumna/Kāma (Mallmann 1949: 175).” Mañjuśrī in Gandharan Art A New Interpretation of a Relief in the Victoria and Albert Museum Author(s): Anna Maria Quagliotti, ource: East and West , December 1990, Vol. 40, No. 1/4 (December 1990), pp. 99-113 Published by: Istituto Italiano per l'Africa e l'Oriente (IsIAO) Stable URL: https://www.jstor.org/stable/29756926

[2] Un livre en format de feuilles de palmier.

[3]Garçon, adolescent vierge, ou jeune homme non marié. Les premiers Kumâra sont les sept [ou quatre] fils de Brahmâ, nés des membres du dieu, dans ce qui est appelé la neuvième création. Il est dit que ce nom leur fut donné en raison de leur refus formel de « procréer » leur espèce : en conséquence, ils “restèrent yogis”.” Voir aussi l’article Wikipedia (anglais) “Four Kumaras”.

[4]The epithet pañcacīra refers to Pañcaśikha, an emanation of Sanatkumāra, the heavenly messenger and musician with whom Manjusri appears to have numerous affinities (Lalou 1930: 66-68; Lamotte 1960: 2-3; Mallmann 1964: 17). He is the intermediary between Indra and the Buddha and renders account to the latter of what happens among the devas, just as Mañjuśrī is the intermediary between Sākyamuni and man (Lalou 1930: 68-69).”

[5] Stein, R.A. (1988) Grottes-matrices et lieux saints de la déesse en Asie Orientale. Paris.

[6]
Le même geste se retrouve au parinirvāṇa du Bouddha dans des représentations diverses.

[7] « Enfin, c’est dans la dixième terre que le Bodhisattva entre en possession du Śūrāṅgamasamādhi ‘concentration de la Marche héroïque’ qu’il ne partage qu’avec les Buddha. Par cette concentration „il domine le champ de toutes les concentrations”. ‘Par la force de cette concentration, il manifeste au choix, dans les dix régions, naissance (jāti), sortie du monde (abhiniṣkramaṇa), Nirvāṇa, Parinirvāṇa ou partage de ses reliques (śarīrānupradāna): tout cela pour le bien des êtres”. Lamotte, Mañjuśrī

mardi 14 juin 2016

Atlas rencontre le Bouddha

La Chute des Titans, par Jacob Jordaens, vers 1636-1638, Musée du Prado (Madrid)
« L’art gréco-bouddhique est, selon Alfred Foucher en 1905N 1, une synthèse de styles grecs et indo-bouddhistes qui fut, tout d'abord, pratiquée au Gandhara (Pakistan, région de Peshawar) au début de notre ère, sous l'Empire Kouchan. 
Depuis cette date les connaissances se sont affinées. Cette forme d'art hybride est apparue longtemps après que les souverains indo-grecs, descendants des compagnons d'Alexandre le Grand, furent entrés en contact avec des bouddhistes indiens, en particulier sous Ménandre Ier (règne -160 à -135 environ), appelé Milinda en sanskrit. Le développement de cet art forgé par de nombreux emprunts à des cultures diverses correspond d'abord au bassin du Gandhara et à plusieurs régions voisines, où des groupes de culture différente se rencontraient sur les routes commerciales, les « routes de la soie ». Il semblerait que certains groupes de culture grecque se soient maintenus bien après la disparition des anciens royaumes indo-grecs. Le pouvoir ayant souvent changé de mains, le bouddhisme n'était pas la religion dominante et très peu représentée dans les villes. Mais de nombreuses communautés monastiques se sont installées à flanc de montagne, où l'« art gréco-bouddhique » est apparu dans ce contexte : les commanditaires, bouddhistes laïques, étant majoritairement des commerçants en rapport avec ces routes : tournées vers l'Inde, l'Iran, les steppes , l'Asie centrale orientale et la Chine. » (Wikipédia)
Dans cet art gréco-bouddhique, on voit des dieux ou héros d’origine grecque côtoyer le Bouddha ou des bouddhistes. Comme par exemple dans le relief ci-dessous, présenté comme étant l’adoration des Trois joyaux (Triratna)[1].

Bas-relief "Triratna"Afghanistan oriental période kouchan II-IIIème siècle
Un yakṣa porte la roue du dharma, surmontée de trois autre roues représentant les Trois joyaux (Triratna) adorées par des moines bouddhistes. En voici un autre exemple que l’on trouve sur le site exoticindiaart.com, intitulé « Triratna ».

Bas-relief "Triratna" Gandhara
Et encore un troisième ici (pas de référence)

Bas-relief "triratna" Gandhara
Toujours trois roues (triratna), portées par un yakṣa et adorées par des moines bouddhistes.

Or, il existe une variante, beaucoup plus intéressante (qui m’avait été signalée parChristophe Amory), qui donne un autre éclairage sur la nature de la scène. Je soupçonne qu’il s’agit d’une variante plus ancienne. Il s’agit d’un « bas-relief représentant un personnage soutenant les trois roues au milieu d'adorants et assisté de deux Bouddhas. Schiste gris. 21,5 x 28 cm Art du Ghandara, Ie - IIIe siècle Provenance: Vente… - Coutau-Bégarie - 27/05/2016 » (Catalogue Drouot.com)

Bas-relief Gandhara IIIème siècle (anciennement catalogue Drouot)
Notre yakṣa est barbu et ressemble au titan Atlas. Des moines bouddhistes se trouvent à sa gauche et le Bouddha et Vajrapāṇi à sa droite. Une représentation nettement plus gréco-bouddhique. On commence à se douter que les trois roues n’ont peut-être pas toujours symbolisé les Trois joyaux. Nous savons par ailleurs les liens entre (le yakṣa) Vajrapāṇi et le héros grec Héraclès.

Atlas était un titan qui participa à la bataille (titanomachie) entre les titans et les dieux de l’Olympe. Les titans furent battus et expédiés dans le Tartare, mais Atlas fut condamné à porter les Cieux sur ses épaules à l’angle occidental de la Terre (Gaia), afin d’éviter que la Terre et les Cieux s’unissent de nouveau, devenant ainsi le double de Céos/Koios/Polos (la Voûte céleste). On retrouve son nom d'ailleurs dans "Océan Atlantique" et dans "Atlantide" ("île d'Atlas).

Il existe une idée fausse qu’Atlas était condamné à porter le globe terrestre sur ses épaules, mais les représentations anciennes le montrent en train de porter des sphères célestes et non uniquement la Terre sur ses épaules (source).

Atlas (sec II d.C.). 
Già nella Collezione Farnese,(Museo Archeologico Nazionale di Napoli)
Le bas-relief avec l'Atlas barbu nous montre donc Atlas portant les sphères célestes en compagnie du Bouddha et de Vajrapāṇi. Pourquoi Vajrapāṇi ? Selon la mythologie grec, Héraclès rencontra Atlas en exécutant les douze travaux, notamment l’onzième, quand on demande Héraclès de rapporter les fruits d'or d'un arbre (du jardin des Hespérides[2]), cadeau de Gaia (Terre) à Héra. Gaia avait planté ce pommier dans son jardin divin sur les pentes du mont Atlas, « là où les chevaux du char du Soleil, hors d'haleine achèvent leur randonnée ». Quand au onzième mois, le soleil atteint le bout de sa course. C’est Atlas qui allait chercher les pommes pendant que Héraclès portait la voûte céleste. Ce mythe recouvre d’ailleurs beaucoup de mythes anciens qui ne sont pas uniquement grecs… (voirCharles-François Dupuis)

Bas-relief
Atlas rapporte les trois pommes, tandis que Héraclès porte la voûte terrestre

(Source : lécythe à fond blanc créé entre 490 et 480 av. J.-C.,
Musée national archéologique d'Athènes)
« Héraclès franchit le détroit de Gibraltar d'où s'élèvent les colonnes à son nom, afin de rencontrer le Titan Atlas, car ce dernier est le seul à pouvoir l'aider dans sa quête des pommes d'or poussant dans ce fabuleux jardin des Hespérides situé dans cette région extra-océanique réservée uniquement aux immortels. Arrivé sur la pointe nord du continent africain, Héraclès découvre l'immense Atlas courbé sous le poids de la voûte céleste qu'il est chargé de supporter depuis la défaite des Titans contre les dieux de l'Olympe. Atlas écoute les raisons de sa visite et lui propose de se rendre au jardin des Hespérides pour y cueillir trois pommes d'or mais à la seule condition qu'Héraclès porte le fardeau de la voûte céleste. Ce dernier accepte et endosse sur ses épaules le poids du ciel tandis qu'Atlas part chercher les fruits d'or. Après plusieurs heures d'attente, Atlas réapparaît avec trois fruits d'or à la main. Atlas se propose d'aller porter lui-même les pommes à Eurysthée. Conscient du risque qui pèse sur lui, Héraclès utilise une ruse, il feint d'accepter le service du Titan et le prie de reprendre le poids du ciel, pour quelques instants seulement, le temps de trouver un bon coussin pour ses épaules. Atlas pose les pommes d'or sur le sol et reprend la voûte céleste en toute confiance ; mais quand il aperçoit Héraclès ramasser les fruits qu'il a cueillis et s'éloigner avec un geste d'adieu, il se rend bien compte qu'il a été piégé. » (Wikipédia)
Il n’est pas impossible que dans notre bas-relief Atlas est représenté portant les sphères célestes, qui dans le bouddhisme sont les trois mondes (triloka), plutôt que les trois joyaux (triratna). Comme vu dans d’autres billets, le Bouddha est souvent représenté côtoyé par Vajrapāṇi/Héraclès à la façon d’un double, peut-être avec l’intention de montrer que la force du Bouddha est la force d’Héraclès, le héros solaire. D’ailleurs tout comme Héraclès, le Bouddha est réputé pour ses douze actes, qui renvoient évidemment aux douze mois et la course du soleil.

Un autre élément intéressant est que les titans grecs deviennent des yakṣa indiens :Vajrapāṇi, Atlas,...

Greco-Buddhist (1-200 av. J.C.) 
Atlas, portant un monument bouddhiste à, Hadda, Afghanistan
J’aimerais faire encore un dernier rapprochement, soyez indulgents, beaucoup plus osé. Le titan/yakṣa Atlas qui porte la voûte céleste me fait penser à Yama (façon yakṣa) tenant les six mondes dans ses griffes, et le Bouddha à côté montrant la sortie.

La roue du saṁsāra

Les deux représentations pouvaient-elles avoir un quelconque lien ?

Pour un autre billet sur les chefs de yakṣa venus négocier avec le Bouddha.

MàJ 20052018 Le footballeur David Beckham comme titan/yakṣa dans un temple bouddhiste Thailandais (Wat Pariwat).




***

[1] « Three Jewels, or Triratna. Eastern Afghanistan. Kushan period. 2-3 century » San Antonio Museum of Art.

[2] Hespéride signifie « fille d’Hespéris, l’Occident, le Couchant personnifié »

dimanche 30 août 2015

L'Ariane, la contrée des Aryans


Les satrapies de l'empire achménide
La victoire contre les mèdes en 550 av. J.C. par les achéménides (perses) est l'acte fondateur de l'empire achéménide, qui durera jusqu'en 330 et les campagnes d'Alexandre le Grand. Entre 540 - 539 av. J.-C., les achéménides conquirent la Bactriane[1], la Sacie[2] et le royaume babylonien. Pour gouverner ce vaste empire, il fallait la diviser en unités territoriales et administratives, appelées "satrapies", un nom grec dérivé du mède, par l'intermédiaire du vieux perse. C'est le satrape, qui était le gouverneur de cette unité administrative. 

Carte selon les définitions d'Erastothène
Une des satrapies, Aria, se situe autour de la ville afghane actuelle Herat (Haroyum/Haraiva). L'ensemble des satrapies à l'est de l'empire achéménide fut appelé l'Ariane. Les noms Aria et Ariane sont dérivé du mot avestique "airya" et du vieux perse "ariya". Ce terme correspond au sanskrit "ārya". C'est par ce nom que se désignaient le peuple des Aryas, établi à l'ouest du fleuve Indus. Se pourrait-il que ce soit cette contrée qui soit nommée "le noble pays" (sct. āryadeśa tib. 'phags pa'i yul), avant que ce nom s'appliquait sur l'Inde en son intégralité ?

Selon Erastothène (Cyrène1, v. -276 – Alexandrie, Égypte, v. -194), la contrée des Aryas, l'Ariane, fut limitée à l'est par le fleuve Indus, au sud par la mer, à l'ouest par la ligne qui part de Carmania jusqu'aux Portes caspiennes, et au nord par les montagnes appelées Taurus. Il y a donc la contrée des Aryas, l'Ariane, à l'ouest et l'Inde à l'est.

Au IVème siècle av. J.C., le roi Philippe II (382-336 av. J-C) de Macédoine, prépare le terrain pour son illustre fils Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.). Le prix à payer pour les guerres que devait mener Philippe II pour s'affranchir de la tutelle des royaumes voisins et pour en conquérir d'autres est sans doute à l'origine d'une sorte de fuite en avant des macédoines : guerroyer, pour piller et payer les soldats. Combiné avec un désir de vengeance sur les perses et l'ambition débridée d'Alexandre le Grand, qui se prenait pour un descendant d'Achille, du côté de sa mère.


C'est au printemps 334 que débute l'expédition d'Alexandre le Grand en Asie. L'empire perse étant très affaibli, Darius III fut battu en 331 av. J.-C. et Persépolis mis à sac. Alexandre accéda au trône perse. Il continua ses expéditions au-delà de l'Indus, jusqu'au Panjab, puis retourna à Babylone. Après la mort d'Alexandre en 323, son empire fut divisé par ses généraux. C'est Séleucos (358-281 av. J.-C.), qui devient le satrape des satrapies allant de la Syrie à l'Indus et qui est à l'origine de la dynastie des Séleucides, qui régnèrent de 305 à 64 av. J.‑C.


" L'Empire séleucide, fusion de l'Orient et du monde grec, semble au départ fidèle au projet d'Alexandre le Grand. L'Empire comprend une multiplicité de groupes ethniques, de langues (grec, persan, araméen, dialectes indo-iraniens), de religions (polythéisme grec, zoroastrisme, judaïsme, cultes indigènes). Dans ce contexte, plus encore que pour les autres monarchies hellénistiques, le roi, qui reçoit un culte divin, est supposé être le garant de l'unité de l'empire." (wikipédia)

À l'époque romaine, Pompée transformera les royaumes séleucides d'Antioche et de Damas en province romaine, en 64 av. J.-C. Autour de 250 av. J.‑C., Diodote Ier (règne de -256/-238 ou -234), le satrape de Bactriane, se détacha de l'empire séleucide et fonda le royaume gréco-bactrien (246 av. J.-C. – IIe siècle av. J.-C.), qui dura jusqu'en 130 av. J.‑C., quand les tribus Yuezhi chassèrent le roi Helioclès Ier, dont les descendants auraient cependant continué à régner à Kaboul (Gandhara) jusqu'à 70 av. J.C.[3] Le royaume indo-grec atteint son essor sous Ménandre I (Milinda) entre 165–130 av. J.C. Le dernier roi indo-grec fut battu en l'an 10[4].
"Lorsque l'ambassadeur chinois Zhang Qian se rend dans la région vers 129-128, il décrit un pays fragmenté politiquement, où il n'y a plus de trace de domination grecque. Celle-ci résiste en revanche dans les régions situées au sud de l'Hindu Kush et dans l'Indus, où des monarques grecs se maintiennent jusqu'aux débuts de notre ère"[5].
C'est alors la tour aux Saces, une branche des peuples nomades Indo-scythes.
" Les Indo-Scythes sont une branche des Saces (Scythes) indo-européens des steppes eurasiennes qui ont migré de la Sibérie du sud en Bactriane, en Sogdiane, au Cachemire et finalement jusqu’en Arachosie puis en Inde du milieu du IIe siècle av. J.-C. au Ier siècle av. J.-C." (wikipédia)
Simultanément, d'autres migrants, un peuple nomade indo-européen d'Asie centrale appelé les Yuezhi, entrent la région en poussant devant eux les tribus Scythes, "qui arrivent en Bactriane, au nord de l'Afghanistan". Quand les Yuezhi atteignent la Bactriane, les Saces/Scythes descendent plus au sud, "au Cachemire puis au sud de l'Afghanistan, où ils donneront leur nom à la province du Séistan ou Sistan : ce nom était autrefois prononcé Sakastan « Pays des Sakas », la Sacie." En descendant davantage en Inde, ils y conquirent des territoires, jusqu'à leur défaite en 395 par l'empereur Chandragupta II.

C'est donc d'abord le roi Sace/Scythe Mauès (Moga) (Ier siècle av. J.C.) qui règna à Gandhara, avant d'être supplanté par les kouchans[6], qui constituaient une fraction des Yuezhi. Ce sera le début de l'empire kouchan (30–375). Le premier de cette dynastie fut Kujula Kadphisès (30-80). Son petit-fils fut le célèbre roi bouddhiste Kanishka Ier (127-147).



C'est pendant l'empire kouchan, que le bouddhisme connaît son essor dans l'Inde du nord-ouest, avec une grande activité sur les routes vers la Chine. C'est notamment pour tirer profit de celles-ci que les sassanides et les hephtalites (huns blancs) conquirent les territoires bouddhistes. D'autres tenteront de contrôler la région et son trafic profitable, dans l'ordre les Turcs, les chinois, les tibétains, et finalement les arabes, dont la bataille de Talas[7] en 751 fut déterminante.
" Autour de 225, Vasudeva Ier (191-225) meurt et l’Empire kouchan est divisé en deux parties, à l’ouest et à l’est. Vers 224–240, les Sassanides envahissent la Bactriane et le nord de l’Inde, où ils sont appelés Indo-Sassanides."[8]
Les sassanides (perses) régnèrent sur l'Iran (et "ses satrapies") pendant 400 ans, de 224 jusqu'à l'invasion musulmane des Arabes en 651.[9] Mais à partir du Vème siècle, les huns blanc (śvetahūna) ou hepthalites, peuple de nomades turcophones, investirent la partie nord-est de l'Afghanistan. Avant 450, ils envahirent "la Transoxiane (habitée par les Sogdiens), la Bactriane et le Khorasan, au Nord-Est de la Perse."[10]
"Ils montent vers Kābul-Kāpiśa [la capitale de Gandhara] et le kouchan Kidāra descend en Gandhāra."[11]
Autour de 565, une alliance entre Köktürks[12] occidentaux et les Sassanides mit fin à leur (kouchan) empire. Les Köktürks furent le premier peuple de langue turque à se nommer politiquement « Turcs ».
" La création de cet empire [Köktürk] marque un pas décisif dans l'expansion des peuples turcs vers le Turkestan occidental. Deux siècles et demi après la fin de l'empire des Köktürks (qui furent remplacés par un autre peuple turcophone, les Ouïgours, en 745), les tribus turques atteignirent l'Anatolie."[13]
"Dès lors les Turcs ont deux khans ou kagans: Turcs orientaux (Orkhon), Turcs occidentaux (Ili Issy-koul). Ceux-ci, sous la conduite de leur premier khan, Istāmi, s'entendent avec le sassanide Khosroes Anosarwan contre les Huns (563-567)"[14] 
Les Kouchans rentrèrent à Kābul-Kāpiśa et restèrent en possession de la région gandhārienne et maintinrent leur pouvoir jusqu'aux invasions musulmanes.[15]
" Les Köktürks reçurent des missionnaires bouddhistes, manichéens et nestoriens, mais restèrent majoritairement chamanistes. Ils avaient également une religion impériale, le tengrisme, basée sur la vénération de Tängri, le Dieu-Ciel." [16]
Nous avons un premier témoignage de Song Yun (pinyin: Sòng Yùn) sur la vie des Huns en Afghanistan. Il fut envoyé par l'impératrice bouddhiste Hu (décédée en 528) avec d'autres moines (Hui Zheng, Fa Li et Zheng (ou Wang) Fouze, dans la région nord-ouest de l'Inde pour y chercher des textes bouddhiques. Ils quittèrent la capitale des Wei Luoyang en 518 et retournèrent en 522 avec 170 textes mahāyāna.[17] On apprend grâce à Song Yun que le roi des Huns (Ye-ta) avait pour capitale ou camp principal Bāmiyān. Quand sa reine est dans sa demeure, elle est assise sur un "lit d'or qui a la forme d'un éléphant blanc à six défenses et de quatre lions"[18]. Référence au songe de la mère du Bouddha. Ils ne vivent cependant pas conformément aux préceptes bouddhistes, comme l'aurait souhaité Song Yun :
" Ils ne croient pas à la loi bouddhique et servent un grand nombre de divinités hérétiques. Ils tuent les êtres vivants et sont mangeurs de (viandes) sanglantes; pour leurs ustensiles, ils se servent des sept matières précieuses. Les divers royaumes (qui leur sont soumis) leur offrent en présent une très grande quantité de joyaux et d'objets rares."[19] 
"Pour remplir sa mission, Song Yun fui dûment accrédité auprès des chefs d'état dont il devait traverser les territoires ; il présenta ses lettres impériales au roi des Hephthalites qui les reçut agenouillé; il fut admis en présence du roi de l'Udyāna à qui il ne manqua pas de faire un éloge enthousiaste de la civilisation chinoise; le roi du Gandhāra seul se montra moins bien disposé à son égard et refusa, malgré ses remontrances, de se lever de son siège pour rendre hommage à l'édit du Fils du Ciel."[20] 
" Les textes recueillis par Song Yun se rattachaient tous à l'école du Mahāyāna ; on pouvait s'y attendre, à considérer les régions où ils lurent trouvés. L'Udyāna et le Gandhāra paraissent en effet avoir été le foyer où s'élabora cette forme spéciale du bouddhisme). Sous l'influence de la race turque établie au nord de l'Indus, il s'était constitué, par un mélange des théories purement bouddhiques avec les arts magiques florissants dans l'Udyāna, avec des traditions iraniennes et avec certaines interprétations de la statuaire grecque de la basse époque, toute une théologie transcendante qui n'avait plus que de lointains rapports avec les doctrines primitivement professées sur les bords du Gange ; comme cette religion nouvelle, par la complexité des éléments qui l'avaient formée, paraissait supérieure à l'ancienne, on l'appela le Grand Véhicule par opposition au Petit Véhicule qui était l'école où s'étaient mieux conservées les tendances plus morales que métaphysiques du véritable bouddhisme."[21] 
"Il y avait ainsi comme deux terres saintes du bouddhisme, l'une dans le bassin du moyen Indus, l'autre dans le bassin du Gange. La plupart des pèlerins chinois traversaient la première pour se rendre dans la seconde, car, de toutes les routes de terre, celle du Népal, qui seule menait directement dans l'Inde du centre, parait avoir été ignorée avant, l'époque des T'ang; c'étaient les routes des Pamirs aboutissant au sud dans le Cachemire et dans l'Udyāna qui étaient le plus souvent suivies. Bon nombre de voyageurs ne faisaient pas la double étape, et, comme Song Yun et Houei-cheng, considéraient Peshavar, ou tout au plus Taksacilā, comme le terme de leurs pérégrinations. C'est une des raisons qui expliquent pourquoi, dans la transmission du bouddhisme en Chine, le rôle du Gandhāra fut prédominant."[22]
Chavannes précise que cette influence sur la Chine ne se limite pas au domaine littéraire, mais s'étend également à l'art religieux. Un compagnon de Song Yun, Houei-cheng, fit exécuter des modèles réduits de stūpa de l'Inde du Nord et prit leurs dimensions exactes, afin de les reproduire en Chine. Pour d'autres exemples, voir l'article de Chavannes. On y trouve également un aperçu des "arts magiques florissants dans l'Udyāna".
" Au début du huitième mois, (Song Yun) entra sur le territoire du pays de Han-p'an-t'o (Tach-kourgane). Après avoir marché vers l'ouest pendant six jours, il fit l'ascension des monts des Oignons (Ts'ong-ling) ; puis, marchant encore vers l'ouest pendant trois jours, il arriva à la ville de Po-yu. Trois jours après, il arriva aux montagnes Pou-k'o-yi. Cet endroit est extrêmement froid : été comme hiver, la neige y reste accumulée. Dans les montagnes se trouve un lac ; un dragon [nāga] venimeux y demeurait; autrefois, il y eut un marchand qui s'arrêta pour faire halte à côté du lac; il arriva que le dragon s'irrita et, par la force d'une incantation magique, tua le marchand. Le roi de (Han-) p'an-ťo, ayant appris cela, laissa le pouvoir à son fils et se rendit dans le royaume de Wou-tch'ang (Udyāna) pour y apprendre les incantations magiques des P'o-lo men (Brahmanes)[23]; en l'espace de quatre années, il acquit entièrement cette science ; quand il revint pour reprendre la dignité royale, il retourna exorciser le dragon du lac ; le dragon se transforma en homme, se repentit de ses fautes et vint vers le roi ; le roi le bannit alors dans les monts Ts'ong-ling, à une distance de plus de deux mille de ce lac. (Ce roi) est l'ancêtre à la treizième génération du roi actuel de ce royaume."
La légende d'Oḍḍiyāna semble déjà avoir commencé…

Le commerce florissant des routes commerciales entre l'Ariane et la Chine continuèrent de faire des envieux. Dans les années 740, la Chine avait pris le contrôle de toutes les montagnes de l'Hindū-Kūsh et du Pamir, jusqu'à la bataille de Talas...
"De leur côté, les Musulmans annexaient la Transoxiane jusqu'à Tachkent et la vallée de la Ferghana. Les souverains des régions vassales de la Chine demandaient de l'aide, mais les Chinois ne réagirent qu'en 747 quand les Tibétains menacèrent les routes commerciales entre les Indes et la Chine, et entre Kachgar (au Xinjiang) et Tachkent (en Ouzbékistan)." 
" D'un côté, la Chine était alliée de la Perse et soutenait le roi Ikhshid. De l'autre côté, les abbassides et tibétains soutenaient les Arabes qui avaient placé Alutar. La lutte entre ces deux alliances se déroulait pour le pouvoir de la vallée de Ferghana, une position stratégique de la Route de la soie." 
" Cette victoire abbasside revêt un caractère symbolique très fort car elle marque le point le plus occidental de l'empire chinois. Cette victoire marque aussi le point le plus oriental de l'avancée des troupes musulmanes vers la Chine. Les Musulmans ne tenteront plus aucune avancée dans cette direction malgré leur victoire. Désormais l'avancée de l'islam en Asie centrale se fera par la conversion progressive des tribus turques."[24]

***

[1] "La Bactriane ou Bactrie (du grec ancien Βακτριανὴ / Baktrianê) est une région à cheval sur les États actuels d'Afghanistan, du Tadjikistan, et de l'Ouzbékistan, située entre les montagnes de l'Hindū-Kūsh et la rivière Amou-Daria. C'est un État fondé autour de la cité de Bactres (l'actuel Balkh, ville du nord de l'actuel Afghanistan) qui a été sa capitale administrative et centre du pouvoir, d'où elle tire aussi son appellation de la "Bactriane"." (wikipédia)

[2] "Les Sakas ou Saces sont un peuple indo-européen qui vivait jusqu'en 380 après J.-C. dans une région couvrant le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, l'Afghanistan, le Pakistan et une partie de l'Iran, de l'Ukraine, des monts Altaï et de la Sibérie en Russie. La plupart des chercheurs les considèrent comme une branche des Scythes. Il ne faut pas les confondre avec les Sakha, nom que se donnent à eux-mêmes les Yakoutes de Sibérie." (wikipédia)

[3] "It is thought that his dynasty continued to rule in Kabul and Alexandria of the Caucasus until 70 BCE when King Hermaeus was defeated by the Yuezhi." (wikipédia)

[4] " Although the extent of their successes against indigenous powers such as the Shungas, Satavahanas, and Kalingas are unclear, what is clear is that Scythian tribes, renamed Indo-Scythians, brought about the demise of the Indo-Greeks from around 70 BCE and retained lands in the trans-Indus, the region of Mathura, and Gujarat." Wikipédia, https://en.wikipedia.org/wiki/Maurya_Empire "Indo-Scythians is a term used to refer to Scythians (Sakas), who migrated into parts of central and northern South Asia (Sogdiana, Bactria, Arachosia, Gandhara, Sindh, Kashmir, Punjab, Haryana, Rajasthan, UP and Bihar.), from the middle of the 2nd century BC to the 4th century AD." Wikipédia

[5] Wikipédia. Réf. : Paul Bernard, « The Greek Kingdoms of Central Asia », dans János Harmatta (dir.), History of civilizations of Central Asia. Vol. II. The development of sedentary and nomadic civilizations: 700 B.C. to A.D. 250, Paris, UNESCO Pub.,‎ 1996, p. 102-103

[6] Wikipédia

[7] "La bataille de Talas ou bataille de la rivière Talas eut lieu en juillet 751, sur les rives de la rivière Talas au Kirghizistan près de la ville du Kazakhstan Taraz (Тараз), autrefois Jambyl (Жамбыл), entre les troupes abbassides, soutenus par des contingents tibétains et les troupes chinoises de la dynastie Tang, alors dirigée par Tang Xuanzong pour le contrôle de la région d'Asie centrale de Syr-Daria." Wikipédia

[8] Wikipédia

[9] Wikipédia

[10] Wikipédia

[11] Louis de la Vallée Poussin, Dynasties et Histoire de l'Inde depuis Kanishka jusqu'aux invasions musulmanes (1935), p.11. On trouvera le kouchan Kidāra sur les monnaies huniques du Cachemire (LVP, p. 17).

[12] Le plus ancien territoire connu des Turcs Bleus est le sud de l'Altaï, en Mongolie occidentale.

[13] Wikipédia

[14] Louis de la Vallée Poussin, Dynasties et Histoire de l'Inde depuis Kanishka jusqu'aux invasions musulmanes (1935), p.11-12

[15] LVP, p. 17-18

[16] Wikipédia

[17] Chavannes, Édouard (1903). Voyage de Song Yun dans l'Udyāna et le Gandhāra. (in French) (1903 ed.). Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient Volume 3, Numéro 1. - Total pages: 379-441

[18] Chavannes, voir ci-dessus

[19] C'est le point de vue d'un moine bouddhiste chinois. Chavannes, réf. voir ci-dessus.

[20] Chavannes

[21] Chavannes

[22] Chavannes

[23] Note de Chavannes: Parlant de l'Udyāna, Hiuan-tsang (Mémoires, t. i, p. 131) nous dit que « la science des formules magiques est devenue chez eux un art et une profession »

[24] Wikipédia

lundi 17 novembre 2014

De l'usage de dieux universalistes à protubérance



A l’époque d’Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C. à Babylone) et de ses généraux prenant la suite, il y avait une forte volonté de fusionner les cultures grecque et orientale. A la fin de ses conquêtes, son empire s’étendait des frontières de la Grèce, à la Bactriane (actuel Afghanistan), y compris le Proche-Orient, l'Égypte, Babylone et la capitale perse de Persépolis. En -331 il fonda Alexandrie en Egypte, avec sa fameuse bibliothèque. Après la mort d’Alexandre en 323 av. J.C., Ptolémée, fils de Lagos, fondateur de la dynastie des Lagides, s’installe à Alexandrie et en fait la capitale de l’Égypte. Ptolémée fut un des plus loyaux généraux d’Alexandre et l’avait accompagné lors de ses campagnes en Afghanistan et en Inde.

 Le dieu Serapis avec de longs cheveux bouclés, une barbe
et un récipient servant à mesurer le grain symbole de fertilité (au Louvre). Notez les rameaux fleuris.

Il exista déjà en Egypte un culte de Serapis.[1] Il fut utilisé, développé et diffusé par Ptolémée I, avec l’idée d’y intégrer les autres cultes existants et d’unifier les grecs et les égyptiens de son empire. La représentation de Serapis était anthropomorphe de type grec, mais avec de nombreux éléments iconographiques égyptiens de cultes d’abondance et de résurrection. Le nom Serapis est sa forme latine, on trouve également les formes Σάραπις, Sárapis and Σέραπις, ainsi que Σαραπo Sarapo[2] en Bactriane (où vécut le roi Ménandre I / Milinda, c. 165 –130 av. J.C.), une région à cheval sur les États actuels d'Afghanistan, du Tadjikistan, et de l'Ouzbékistan, située entre les montagnes de l'Hindū-Kūsh et la rivière Amou-Daria.[3] Le culte du dieu syncrétique Serapis développé en Egypte était donc exporté vers l’autre bout de l’empire.


Hormis la simple anecdote de l’invention d’un dieu syncrétique par Ptolémée pour offrir/imposer une religion universelle à tous ces citoyens de diverses cultures, on pourrait y voir une stratégie. Et si cette stratégie fut appliquée par un des généraux d’Alexandre le Grand, à l’une extrémité de l’ancien empire (Alexandrie), ne pourra-t-elle pas être appliquée aussi à l’autre bout de l’empire, par un autre général d’Alxeandre, ou par ses descendants ? Les dieux (Serapis) semblent avoir été exportés, tout comme la science des astres ptoléméenne au 3ème siècle av. J.C.[4], pourquoi pas cette stratégie qui faisait sans doute partie de l’art de conquérir et de gouverner que maîtrisaient si bien les généraux d’Alexandre ?

Si cette stratégie avait aussi été appliquée à l’autre bout de l’empire helléniste, par exemple en Bactriane ou au Gandhara, « une région située dans le nord-ouest de l'actuel Pakistan et l'est de l'Afghanistan, incluant les vallées de la Swat [Uḍḍiyāna] et de la Kaboul jusqu'à l'Indus », de quel petit dieu local auraient pu se servir les généraux d’Alexandre pour unifier les grecs et les autochtones ? Un dieu acceptable pour les deux ou multiples parties ? Peut-être un dieu qui n’avait pas encore un visage (aniconique), et à qui ces amateurs de formes anthropomorphes ont donné en premier un visage et un corps, qui leur ressemblait ?




Nous ne savons pas si le succès du bouddhisme dans cette région fut le résultat d'une telle stratégie, mais quand le grand empereur Ashoka (304-232 av. J.-C.) de la dynastie indienne des Maurya qui avait récupéré (en -304) les territoires conquis par Alexandre, était au pouvoir il semblait être motivé par la même volonté universaliste, et fut très en faveur du bouddhisme, qui avait peut-être fait déjà ses preuves comme une religion universaliste à pouvoir confédérateur ?

***

[1] « A temple of Sarapis (or Roman Serapis) in Egypt is mentioned in 323 BCE by both Plutarch (Life of Alexander, 76) and Arrian (Anabasis, VII, 26, 2). » (wiki)

[2] Wiki

[3] Wiki

[4] Michio Yano, "Planet Worship in Ancient India" in Studies in the History of the Exact Sciences in Honour of David Pingree (Leiden: Brill, 2004), 333.

jeudi 13 février 2014

"Le bouddhisme" est-il indien ?



En vivant au 21ème siècle, où les pays, les nations, les peuples, les langues, les religions se sont plus ou moins stabilisés et sont bien organisés et codifiés, il est peut-être difficile à imaginer que le status quo actuel n’est pas celui d’il y a mille ans, et que celui d’il y a mille ans n’était pas celui d’il y a deux mille ans. Les terres où le bouddhisme est né et où il s’est développé ont subi des changements et transformations perpétuelles, et le bouddhisme a accueilli toutes sortes d’influences au cours de son histoire.


Le Bouddha était né à Lumbini, près de la frontière du Népal, et il est mort à Kushinagar en Inde du nord. Il aurait vécu au Magadha, dont la capitale était Rājagṛha. C’est suite à la retraite d’Alexandre le Grand de l’Inde, sous le règne des Maurya et notamment vers la fin de celui de l’empereur indien Ashoka (273-232 av. JC) qu’il aurait véritablement pris son essor. Il y avait sans doute des communautés bouddhistes en Bactriane et dans l’empire Kouchan vers la fin du 3ème siècle av. JC.


Ce furent les Kouchans[1] qui occupèrent alors une région qui s’étendait de Hindou Kouch jusqu’à Kaboul, le Gandhara, le Pakistan du nord et l’Inde du nord-ouest et qui contrôlèrent le trafic sur la route de la soie. Le roi kouchan/koutchéen Kanishka (env. 127 - 147) se serait converti au bouddhisme et « favorisa l’expansion du bouddhisme et l'essor de l'art gréco-bouddhique du Gandhara. »[2]

Il est impossible de comprendre l’expansion du bouddhisme si nous gardons nos repères géographiques et historiques natio-centriques ainsi que l’idée de religions bien définies. Hormis la période où le bouddhisme était né en Inde, « le bouddhisme authentique » n’était plus seulement confiné dans le Magadha. Le bouddhisme voyageait librement avec les caravanes sur la route de la soie et finit par s’établir dans tous les pays traversés par celle-ci. Les ācārya bouddhistes « authentiques » n’habitaient pas seulement au Magadha, si pour autant ils étaient domiciliés quelque part. Ils pouvaient être n’importe où en fonction des périodes, en déplacement, en mission, invités à telle ou telle cour. Les rois et les empereurs ne devaient pas toujours se contenter de quelconques moines délégués de moindre importance. Non, ils demandaient sans doute les plus grands, les virtuoses, qu’ils récompensaient richement.

Nous ne sommes pas naïfs, nous savons que les sūtras et autres traités attribués au Bouddha et à d’autres saints bouddhistes ont continué à être composés tout au long de l’histoire du bouddhisme. Ils étaient alors sans doute composés là où se trouvaient les meilleurs auteurs. Pas forcément au Magadha. Peut-être écrivaient-ils en sanskrit, mais pas nécessairement, car il y avait des traducteurs et des scribes partout sur la route de la soie. Comment localiser « le bouddhisme » ou « le bouddhisme authentique » dans ce cas ? Il est très possible qu’un sūtra ou traité authentique fut commencé dans un pays et terminé dans un autre à l’autre extrémité de la route de la soie, en fonction de la disponibilité de leur auteur ? Si son auteur était officiellement indien s’agirait-il alors d’un texte d’origine indien (AOC) ? Et si l’auteur était un kouchan (Lokakṣema, Kumārajīva), un bactrian, un sogdien, un parthe (An Shigao)… mais rattaché à un monastère au Magadha ? Et si un texte était d’abord composé en une des langues du périmètre bouddhiste, et seulement ensuite traduit en sanskrit ? Il est quasiment impossible de déterminer l’authenticité d’un texte, ne serait-ce que parce qu’on ne sait même pas sur quelles critères celle-ci devait être basée.

Il semblerait que les traducteurs sogdiens qui travaillaient à la cour des Tang (618-907) ne furent pas d’ethncité ouïghoure mais iranienne.[3] Le sogdien étant une langue moyenne iranienne dont l’alphabet était dérivé de l'alphabet araméen-syriaque. Il semblerait que Bodhidharma serait originaire de (Kānchīpuram au sud de l'Inde ou de Perse...). Ou prenez Kumārajīva (IVème siècle), un koutchéen « polyglotte et érudit, versé dans la littérature védique, le canon pali (tipitaka) et les textes mahāyāna ». Le Bön pourrait venir de Perse. Il y avait des manichéens au Tibet, ou des alchimistes musulmans. L’influence centrasiatique sur la pensée bouddhiste a sans doute été plus importante que l’on croit ou que les diverses Histoire du bouddhisme (T. chos byung) veulent nous faire croire. Le Bouddha fut indien, mais est-ce que le bouddhisme l’était ? 

***

Encore un exemple de l'internationale bouddhiste, le traducteur des 84 vies des mahāsiddhas d'Abhayadatta en tibétain fut tsa mi lo tsA ba smon grub shes rab, aussi connu comme mi nyag tsa mi lo tsA ba smon grub shes rab ou tsa mi lo tsA ba sangs rgyas grags, un tangoute qui fut abbé à Vajrāsana (Bodhgaya) et à Nālandā en Inde.

[1] Une tribu des Yuezhi, un peuple de l’actuel Xinjiang en Chine, possiblement apparenté aux Tokhariens. Wikipédia

[2] Wikipédia

[3] Sogdian Translators in Tang China: An Issue of Loyalty. Rachel LUNG