Affichage des articles dont le libellé est Lerab lingpa. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Lerab lingpa. Afficher tous les articles

vendredi 17 janvier 2025

Loyautés renouvelées entre Rigpa et Dzongsar Khyentsé


Sogyal Lakar (1947-2019)[1] avait démissionné de son rôle de directeur spirituel de l'organisation Rigpa en août 2017, suite à de graves accusations d'abus envers certains de ses étudiants, et la mention par le Dalai-lama de cette situation le 1er août 2017. Après la démission de Sogyal Lakar, Rigpa avait nommé un “Conseil de vision” (Vision Board), composé d'éminents lamas bouddhistes tibétains, dont Dzongsar Khyentsé (DJK) et Mindrolling Jetsün Khandro Rinpoché. Ce conseil avait pour mission de clarifier la vision de Rigpa, de veiller à la qualité des enseignements et de garantir un environnement sûr et bienveillant pour les étudiants. Des lamas Nyingmapa comme Khenpo Namdrol, Orgyen Tobgyal et DJK avaient recommandé aux disciples de Sogyal Lakar de purifier et restaurer leur engagement samaya auprès de lui.

En mars 2019, Mindrolling Jetsün Khandro Rinpoché avait accepté d'assumer la fonction de directrice spirituelle de la congrégation de Rigpa Lerab Ling. Ainsi Lerab Ling pouvait être restitué comme membre de lUnion Bouddhiste de France. Le 9 juillet 2022, lors d’une petite cérémonie en présence de Jetsün Khandro Rinpoché, et de Khenchen Namdrol Rinpoché, quelques disciples de la première heure de Sogyal Lakar furent nomméssenior teachers, en renouvelant leur allégeance devant la photo de leur maître décédé Sogyal Lakar.

Le 8 décembre 2024, DJK fait une visite éclair (“An afternoon with DJK in Paris”, part 1, part 2) au centre Rigpa de Paris, où il rencontre les disciples de Sogyal Lakar. Une liste de questions[2] est soumise auxquelles DJK donna des réponses. Il y aurait d’autres choses à dire au sujet de ces deux vidéos, notamment sur le statut du tulku, mais je me limiterai ici à certaines questions particulières concernant la gestion de la "Seigneurie" de Sogyal.
Question : “Après le parinirvana de Sogyal Rinpoché, il y a 5 ans, nous avons été conseillés de ne pas chercher d'autres maîtres, mais de commencer à transmettre les enseignements nous-mêmes. Comment le faire de manière raisonnable avec une formation limitée ?” (part 2, 59:20)
Traditionnellement dans le bouddhisme tibétain, il est courant pour les disciples de chercher d'autres maîtres après le décès de leur enseignant principal, plutôt que de commencer immédiatement à enseigner eux-mêmes. Mais les étudiants de Rigpa avaient donc été conseillés de ne pas chercher d'autres maîtres, et de commencer à transmettre les enseignements eux-mêmes. Sans doute pour préserver l’héritage de Sogyal Lakar. Conseillés par qui ? Peut-être par Sogyal avant sa mort, par DJK et Khandro Rinpoché, par le Vision Board ? Ou par les maîtres tibétains qui avaient visité Lerab Ling et Rigpa Paris depuis 2017[3] ? Ce conseil explique par ailleurs la cérémonie de consécration de senior teachers qui eut lieu en 2022. Les enseignants “séniors” pouvaient ainsi transmettre l’héritage de Sogyal Lakar aux nouveaux venus, qui n’avaient pas personnellement connu Sogyal Lakar.

Lors des échanges à Paris en décembre 2024, DJK semble approuver cela. Il mentionne les défis (“obstacles”) auxquels Rigpa a été confrontée après le parinirvana de Sogyal Rinpoché. Il fait l'éloge de la résilience de Rigpa, la qualifiant d'« accomplissement extraordinaire » et de « signe encourageant pour le Bouddha Dharma ». Il encourage les étudiants de Sogyal Rinpoché à continuer à partager le Dharma malgré les difficultés.
DJK : “J’ai observé Rigpa. J'ai toujours dit que Rigpa était vraiment important le pour le Dharma en général et particulièrement pour le Dharma de lignées tibétaines. Non seulement Sogyal Rinpoché est passé au parinirvana, mais devait faire face à des défis énormes, extérieurs, intérieurs et secrets. Et cela continue toujours. C’est un accomplissement extraordinaire. Je dirais bien sûr que c’est la bénédiction des gourous, des dharmapalas, et la dévotion des étudiants. Le Dharma a toujours eu beaucoup d’obstacles. Certains obstacles sont vraiment énormes. Regardez ce qui s’était passé avec les universités de Nālandā et Taxila. Elles ont disparu. Regardez Peshawar, en Afghanistan (Oḍḍiyāna), le berceau des tantras, plus aucune trace.”
Nālandā, Peshawar, Sogyal et Rigpa, même niveau..., mêmes “obstacles”. DJK mentionne ses discussions avec des étudiants séniors et leur hésitation de transmettre et d’enseigner. Ils ont besoin d’une structure pour les soutenir. Ce sera le programme Milinda de la Fondation Khyentsé, donné par une équipe denseignants.

Question suivante :
Dans Le livre tibétain de la vie et de la mort, Sogyal Rinpoché a dit que dans le Dzogchen la vue est présentée directement à l'étudiant par le maître, qui doit avoir une réalisation complète et incarner cette réalisation, afin que le l'étudiant puisse recevoir cette présentation. L'étudiant doit avoir aussi atteint le point où il possède à la fois l'ouverture d'esprit et la dévotion, qui va lui permettre d'être réceptif au vrai sens du Dzogchen. Que se passe-t-il pour les étudiants qui ont rejoint Rigpa après le décès de Sogyal Rinpoché ou qui ne l'ont pas rencontré ? Quelle place doit prendre la dévotion, et comment concilier cela avec le d'autres grands maîtres qui viennent à Rigpa comme vous-même, pour présenter la nature de l’esprit et enseigner le Dzogchen ? Le souci c’est que ces étudiants pourraient alors décider de suivre ces maîtres et de rejoindre leur saṅgha respectif, et quitter Rigpa progressivement. Est-ce que vous avez des recommandations ou des clarifications à faire ?

DJK : “Un pratiquant du vajrayāna n’est pas un pratiquant śrāvaka. Il faut prendre le voeu de bodhisattva. En ce qui concerne les instructions de présentation (ngo sprod), de Dzogchen, je m’en suis déjà expliqué au début de cette séance. Certaines peuvent l’avoir directement. C’est tout à fait personnel. Un pratiquant de Dzogchen doit pratiquer la bodhicitta, c’est-à-dire être concerné par l’éveil d’autrui. Il lui faut faire tout ce qui est en son pouvoir. Cela pourrait être simplement de faire des photocopies, ou de nettoyer une pièce. Je vois un centre bouddhiste comme Rigpa, ou un monastère, vraiment comme un “véhicule” pour un bodhisattva débutant. C’est un véhicule facile à utiliser à cet effet. Cela implique évidemment des émotions humaines. Par exemple, moi-même, (Sogyal) Rinpoche, Khyentsé Chökyi Lodrö, à chaque fois que je viens ici, ou à chaque fois qu’il y a un Européen qui veut aller quelque part dans un centre, je leur dis “Va à Rigpa !” (rires). Même si je ne suis pas un membre du Saṅgha, ou du Vision Board, etc. Donc j’utilise ce “véhicule”, voilà ce que je veux dire. Notamment des gens qui sont un peu enclins à …. (rires) … je ne sais pas… un peu sauvage, avec un certain caractère … Va à Rigpa ! (rires). Je vous donne un exemple. Des gens qui croient en la méditation assise, le végétarisme, pas d’alcool, pas de “guru business”, ceux-là, je ne les envoie pas ici (rires). Mais de toute façon, ceux-là ne viennent pas me voir. (rires) Ce que je veux dire c’est qu’il faudrait vraiment utiliser (Rigpa) comme un “véhicule”, vraiment. (Rigpa) est très bien établi. Et qui a traversé de très gros tests, de nombreuses fois.”
La séance se termine avec une question sur la nouvelle collaboration entre Siddhartha's Intent et Rigpa.
C'est la première fois que Siddhartha's Intent et Rigpa, les deux sanghas, organisent ensemble votre visite à Paris. La collaboration entre les deux sanghas se retrouve aussi sur le projet de Milinda, qui est pour entraîner les enseignants du futur. Est-ce que vous pouvez partager votre vision de comment nous pourrions rendre cette collaboration encore plus forte dans le futur ?
DJK commence par rassurer l'auditoire en disant qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter, car la façon dont les Tibétains fonctionnent est déjà très efficace pour ce genre de collaboration. Il compare cela à une "famille mafieuse italienne", soulignant l'importance de la fidélité et de la gratitude au sein de la lignée. Le “clan Khyentse” (K-clan) pourrait-on dire... Il illustre ce point en évoquant l’énorme gratitude pour la contribution extraordinaire de Lerab Lingpa (1856-1926) en écrivant le commentaire du lCe btsun snying thig, qui est "tellement beau" que DJK l'avait lu 40 fois. C’est ce genre de loyauté de clan Yakuza que DJK dit ressentir envers Lerab Lingpa et sa “famille”. Probablement la même loyauté que ressent Shechen Rabjam Rinpoché, un autre membre de la "famille".

Dernière question :
Comme vous êtes la réincarnation de Jamyang Khyentsé Chökyi Lodrö, le maître racine de Sogyal Rinpoché, vous jouez vraiment un rôle crucial dans notre lignée, et en particulier pour le saṅgha de Rigpa. Est-il donc possible que vous veniez plus souvent pour enseigner et transmettre votre esprit de sagesse à nous tous ?"

Je crois que j’ai déjà répondu à cela, n’est-ce pas ?
L’enjeu de la rencontre entre Rigpa et Dzongsar Khyentsé est le sort de la "Seigneurie[4]” de Sogyal et de ses “âmes”. Pour préserver l’héritage de Sogyal Lakar, Rigpa, il avait été conseillé “de ne pas chercher d'autres maîtres”. L’héritage spirituel étant assez maigre, les enseignants séniors ne se sentaient pas toujours à la hauteur. La loyauté au clan des anciens était plus ou moins acquise, mais les nouveaux candidats arrivant à Lerab Ling et à Rigpa n’avaient pas ce lien privilégié (“présentation” Dzogchen) avec le maître. Les maîtres tibétains de visite à Lerab Ling ou à Rigpa pourraient facilement les débaucher, et ainsi appauvrir le “véhicule”. Que faire pour arrêter ou éviter la saignée ? Jamyang Khyentsé Chökyi Lodrö était le maître de Sogyal Lakar, et Dzongsar Khyentsé étant une réincarnation du maître du maître, il était logique de faire appel à ce dernier, puisqu’il est de la même famille “mafieuse” ou “yakuza”.

Sogyal Lakar and Dzongsar KR in the UK, September 2016
(gratte-dos ajouté par mes soins)

La majorité des questions se rapportait au resserrement des liens du clan et au sort des “âmes” en dérive. DJK rassure Rigpa, il ne prendra pas de “serfs” à Rigpa, il leur envoie même de nouveaux candidats “un peu sauvages”. “va à Rigpa !” Les nouveaux candidats, fraîchement équipés de voeux de bodhisattva, pourront être mis à la tâche (“karma yoga”) dans leur nouveau “véhicule”. Les enseignants séniors de Sogyal Lakar feront de la formation continue Milinda, pour étoffer leur savoir et échafauder leur confiance, et pourront ainsi transmettre un héritage de Sogyal plus consistant que l’original. Les “serfs” qui n’ont pas reçu de “présentation Dzogchen” de Sogyal Lakar, pourraient la recevoir d’autres lamas. Avec Dzongsar Khyentsé , cela restera de toute façon dans la même famille. Une famille où l’on n’oublie jamais où se situent ses loyautés. Évidemment que Dzongsar Khyentsé viendra les voir plus souvent pour enseigner et transmettre son esprit de sagesse. Ce qui est arrivé à Nālandā et à Peshawar ne doit pas arriver à Rigpa.



[1] Lire le livre Sex and Violence in Tibetan Buddhism - The Rise and Fall of Sogyal Rinpoche, de Mary Finnigan et Rob Hogendoorn. Voir mon blog Sexe et violence dans le bouddhisme tibétain.

[2] •Le Vajrayana est-il fait sur mesure pour les gens de l'époque moderne, malgré le temps requis pour la pratique formelle ? Pourquoi ne pas rendre les enseignements du Zen ou du Mahamudra plus accessibles ?
•Quelle est la différence entre Samaya et engagement de pratique dans le Vajrayana ?
•Comment vous assurez-vous que les samayas entre vous et vos étudiants restent purs, étant donné le grand nombre de disciples et leurs attentes ?
•Comment comprendre les citations apparemment contradictoires qui disent qu'un yogi ne devrait jamais passer de temps avec un briseur de samaya, tout en étant heureux en toute compagnie ?
•Quelles sont les principales différences entre donner des enseignements et des transmissions de pouvoir en Occident et en Asie, et entre les donner à des pratiquants laïcs ou à des moines ?
•Comment surmonter le manque de confiance en soi que de nombreux maîtres attribuent aux Occidentaux ?
•Pourquoi y a-t-il tant de problèmes et de controverses autour du système des tulkous ces derniers temps ? Quel est le problème ?
•Le système des tulkous, apparemment initié au Tibet avec les Karmapas pour préserver les lignées et maintenir une influence politique, a-t-il toujours eu cette dimension de pouvoir ?
•Après le parinirvana de Sogyal Rinpoché, il y a 5 ans, nous avons été conseillés de ne pas chercher d'autres maîtres, mais de commencer à transmettre les enseignements nous-mêmes. Comment le faire de manière raisonnable avec une formation limitée ?
•Concernant les instructions directes du Dzogchen, quelle place doit prendre la dévotion pour les étudiants qui ont rejoint Rigpa après le décès de Sogyal Rinpoché ou qui ne l'ont pas rencontré ? Comment concilier cela avec le suivi d'autres maîtres ?
•Comment renforcer la collaboration entre Siddhartha's Intent et les centres Rigpa, notamment dans le cadre du projet Milinda pour former les enseignants du futur ?
•Est-il possible que vous veniez plus souvent pour enseigner et transmettre votre sagesse, étant donné votre rôle crucial en tant que réincarnation de Jamyang Khyentsé Wangpo ?

[3] Entre autres Dzongsar Khyentse Rinpoché, et Mindrolling Jetsün Khandro Rinpoché, conseillers spirituels de Rigpa. Khenchen Namdrol Rinpoché, Dzogchen Ponlop Rinpoché, Sa Sainteté le 42e Sakya Trizin Ratna Vajra Rinpoché, Son Éminence le 7e Kyabje Yongzin Ling Rinpoché ?

[4] Le statut des serfs est caractérisé par : une liberté restreinte, l'impossibilité de quitter la seigneurie sans autorisation, l'obligation de travailler pour le seigneur, des limitations sur le mariage et l'héritage

dimanche 27 août 2017

Khenpo Sodargye et Khenpo Tsultrim Lodrö


Khenpo Jigme Phuntsok entouré de ses disciples pendant ses voyages

Je viens peut-être de découvrir assez récemment deux acteurs importants de l’école nyingmapa jouant un rôle dans le retour du bouddhisme dans le monde sinophone sous la forme bouddhiste tibétaine. Il s’agit de Khenpo Sodargye (KS), né au Kham (Tibet) en 1962 et ordonné moine à l’Institut de Larung Gar en 1985 et disciple de Khenpo Jigme Phuntsok (KJP 1933-2004), reconnu comme la réincarnation de Tertön Sogyal, Lerab Lingpa 1856-1926). Larung gar est le campement tibétain, dont on parle régulièrement dans les médias.

KJP et KTL

Le deuxième est Khenpo Tsultrim Lodrö (KTL), né à Kandze (Draggo, Tibet) en 1962. Il avait rencontré Khenpo Jigme Phuntsok à Larung Gar et fut ordonné à l’âge de 22 ans, soit en 1984. Il venait tout juste de refuser la fonction de Secretaire de Comité de la division de District Trois du Gouvernement de Luhuo County[1].

KTL avant son refus et son ordination (1984)
photo des archives de Walshul SertaTsultrim Öser selon Ling Lhamo (FB)

Disciples de KJP à Larung gar (vidéo Khenpo Sodargye)


Voyage à Wutai en Chine (1987) en compagnie de KJP et KS 

KTL (堪欽慈誠羅珠) était particulièrement doué pour les études, a obtenu le titre de khenpo (Kānbù) et est un spécialiste du Guhyagarbha Tantra avec tous ses commentaires, des Sept trésors de Longchenpa et des quatre cycles de l’Essence séminale du Cœur (snying thig ya bzhi)[2]. Pendant les années 1990 et à la demande de KJP, KTL a commencé d’abord à enseigner dans les grandes villes chinoises, la Malaisie, au Singapour[3], à Hong Kong et ensuite à voyager partout dans le monde,y compris aux Etats-Unis, au Canada et en Australie[4]. Il est aussi connu pour organiser des relâchements d’animaux à grande échelle (plus de 100.000 vies) et est aussi connu sous le nom de « Life-Release Khenpo ».

KTL, Lâcher de poissons
Il a contribué à la promotion de la culture tibétaine, a collaboré à la rédaction de dictionnaires trilingues (tibétain-chinois-anglais). Il a composé des commentaires en tibétain et a écrit des livres en chinois[5]. Il est actuellement le vice-directeur de l’Institut de sciences bouddhistes de Serthar fondé en 1980 par KJT. A juger par les vidéos sur Youtube, il ne parle pas l’anglais, mais s’exprime en tibétain et en chinois. Néanmoins, il a publié des livres en anglais. Trois préfacés par Sogyal Rinpoché (The Right View -2015, Are you ready for happiness ? Don’t let the paper tiger scare you off -2015, et The Handbook for Life’s Journey -2016) et deux préfacés par Dzongsar Khyentsé Rinpoché (DKR) (Don’t let the paper tiger scare you off, et The Handbook for Life’s Journey). La préface de DKR est en fait le texte de son introduction de KTL le 22/01/2015 à Taiwan (« May the force be with him » t=19m18s). Voir ci-dessous.

KTL avait vécu trente ans à Larunggar, de 1984 à 2014 (source : blog). Et de 1991 à 2013, il occupa la position de doyen de l’éducation (Dean of Éducation) à Larung Gar (source). KLT a plusieurs centres aux Etats-Unis (Los Angeles, New York, San Francisco, New Jersey et Seattle), un site web  et un blog.

KS, Lâcher d'oiseaux au cours du 7ème Symposion
En ce qui concerne Khenpo Sodargye (né en 1962), son parcours ressemble à celui de KLT. KS, ordonné en 1985, devint le traducteur principal en chinois de KJP, et le directeur de l’Institut de sciences bouddhistes de Serthar (fondé en 1980). Tout comme KLT, il avait accompagné son maître KJP en 1987 lors de son pèlerinage au Mont Wutai en Chine. De 1990 à 1999, KS accompagna KJP pendant sa tournée dans le monde (Etats-Unis, Canada, France, Allemagne, Pays-Bas, UK, Bhoutan, Inde, Népal, Singapore, Malaisie, Thaïlande et Japon). En 1993, KJP en compagnie de KS visita Lérab Ling de Sogyal Rinpoché. Ses enseignements (initiation de Mañjuśrī) furent traduits en anglais par Ringu Tulkou. 

KJP à Lérab Ling avec Sogyal Lakar, les deux tulkous de Tertön Sogyal, Lerab Lingpa 1856-1926)
En 2006, il commença à utiliser des supports multimédias et l’internet pour diffuser ses enseignements. Il est l’auteur de nombreuses traductions en chinois (plus de 100 livres) et il a quelques publications en anglais à son actif.

KS fut l’invité de prestigieuses universités comme les universités de Beijing et de Tsinghua (2010). Il a donné des séminaires aux universités de Fudan, Nanjing et Renmin (mars 2011). Il fut invité aux universités de Zhejiang, Huazhong Normal University (aka: Central China Normal University), Sun Yat-sen University, l’université chinoise de Hong Kong et Hong Kong Polytechniques University (juin 2011). À partir de novembre 2011, il fut invité en ordre chronologique par les universités Shanxi Normal University, Northwest University (China), Xi’an Transportation University, Shandong University, Hunan Normal University, Hong Kong Institute of Education, University of Hong Kong, Beijing Normal University, Central China University of Science and Technology et Qinghai Normal University. La biographie de son site web le présente comme le maître bouddhiste tibétain le plus reconnu et le plus influent en Chine.

KS figure aussi comme un des acteurs principaux du Symposium Mondial de la Jeunesse Bouddhiste (World Youth Buddhist Symposium) à Chiang-Mai (Thaïlande), organisé par le World Youth Buddhist Society.

2ème jour du symposium 2017 (page FB Sogyal)
Cette année a eu lieu le septième symposium. Sogyal fut présent à l’invitation de KS, malgré son retrait de la direction de Rigpa et sa retraite. La photo de leur rencontre fut publiée sur la page Facebook de Sogyal le 30 juillet 2017. Le texte accompagnant précise que Sogyal retournera aussitôt dans sa retraite.[6] Notons cependant que KS n’a pas publié la photo avec Sogyal. Dans sa publication FB de photos du même jour (2ème), Sogyal n’apparaît pas.

2ème jour du symposium 2017 (page FB KS)
Quelques livres en anglais de KS sont :
Tales for Transforming Adversity: A Buddhist Lama's Advice for Life's Ups and Downs (
Wisdom Publications 2017)
Achieve by Doing (2016)
Always Present: The Luminous Wisdom of Jigme Phuntsok (Snow Lion 2015)

Pour un aperçu de ses tournées et conférences.

-

La préface de Dzongsar Khyentsé R. (DKR) que l'on trouve dans les deux livres anglais de Khenpo Tsultrim Lodrö (KTL), est en fait le transcript de la présentation de KTL par DKR lors d'une conférence à Taiwan le 22 janvier 2015. Dans cette présentation DKR s'inquiète de l'avenir du Buddhdharma :
Even though as I said my lifestyle is colorful and often myself. Probably one good thing that I can boast about is I do know that I should worry about the survival of the Dharma. There is a reason to be concerned, a reason to be worried. In fact we should be in panic.”[7]
Et il se réjouit que, tandis qu'une implantation stable du bouddhisme semble stagner dans l'Ouest, que même en Inde, le lieu d'origine du bouddhisme, il n'a pas l'attention qu'il mérite (voir la réponse de Jay Garfield à cet argument), des gens comme KTL travaillent aux réussites futures du bouddhisme (tibétain) en Asie, et notamment en Chine. Il finit sa présentation sur une note légère, mais néanmoins symbolique. DKR dit qu'il est l'avatar d'Obi Wan Kenobi et il transmet son sabre laser à KTL en demandant toute la salle de dire avec lui : "Que la force soit avec toi !". KTL est désormais adoubé et investi de tous les espoirs.

Taiwan 22/1/2015
KTL semble actuellement vivre la plupart du temps aux Etats-Unis où il fait l'apprentissage de la langue et de la culture américaine.

Quand on voit l'envergure des activités des deux lamas de Larung gar, les voyages, les centres qui s'ouvrent partout, les publications y compris multimédias, les conférences et les symposiums, l'attention et l'admiration que leur portent des lamas comme Sogyal Rinpoché et Dzongsar Khyentsé Rinpoché, on se demande comment tout cela est financé, surtout vu le fait que le bouddhisme tibétain n'a pas d'hiérarchie officielle (source : Matthieu Ricard etc.).     

***

[1] « At the beginning of 1984, Khenpo turned down the position of Committee Secretary in the District Three division of the Luhuo County Government. » Source

[2] Vima nyinthik, Lama nyingthik, Khandro nyinthik et Khandro yangthik.

[3] « In 1994 Khenpo Tsultrim Lodrö was sent by Khenchen Jigme Phuntsok to Singapore to teach on the Buddhadharma, commencing what would prove to be a long career of Dharma outreach among overseas audiences. » Source site web Luminous

[4] « Since 2014, Khenpo resumed his overseas journeys again after a sixteen-year hiatus, and was invited to give lectures in Hong Kong, Taiwan, Japan, Singapore, Malaysia, Indonesia, Canada, the USA, the UK, Australia and New Zealand, etc. Khenpo was also invited for talks scholarly discussions at prestigious academic institutions such as Harvard, Oxford, Stanford, UC Berkeley, Columbia, Washington University, Virginia University, Toronto University, Auckland University, Sydney University, and Melbourne University, as well as at companies like Google, together with experts and scholars in the fields of science, philosophy and psychology, discussing the mystery of life and the spirit, based on scientific and Buddhist principles.» source Luminous

[5] « These works include a Commentary on The Essence of The Heartfelt Advice, Clarifying Madhyamaka, Questions and Answers on Perfecting Wisdom, and A Thesis on Past Life and This Life » Source.  Liste des publications sur la biographie du site Luminous

[6] « Sogyal Rinpoche was pleased to address the World Youth Buddhist Society in Chiang Mai today at the invitation of Khenpo Sodargye Rinpoche from Lharungar. Sogyal Rinpoche spoke at this conference to honour a long-standing commitment to Khenpo Sodargye. He will now return into retreat. »

[7] .   "In this degenerate time, the glory of the Buddha is dim. The weight of the Dharma is not felt. And I know that the Buddha said one should not depend on the person but on the truth. But the actual realization of the Dharma is invisible for most of us. The Script of the Dharma is too vast and deep and most of us are too lazy to comprehend and even pursue. Even though we know we should not rely on a person, we human beings have the habit to look up to something concrete or human as a role model. So teachers, masters, spiritual leaders are very important. And as for teachers, masters, lamas, we have no shortage. We have so many, much more than used T-shirts. This is an age when teenagers even have the name HH. Genuine upholder of the Dharma is so rare like a star of the daylight. The few that we have are not shining. As the Buddha said, only an enlightened being can judge whether the other person is enlightened or not. So I cannot say really who is a perfect being or not. But we do have interest in Dharma practice – still we do even at this age – so naturally importance of the expounder of the Dharma becomes important. “Even though as I said my lifestyle is colorful and often myself. Probably one good thing that I can boast about is I do know that I should worry about the survival of the Dharma. There is a reason to be concerned, a reason to be worried. In fact we should be in panic.” Of course, this alone is the blessing of my own masters who spent so much time and energy worrying about the survival of the Dharma. Under their blessing and guidance, I have learned not to just worry for my own backyard, Tibetan Buddhism, but I have learned to worry about Shingon Buddhism in Japan and Theravada Buddhism in Sri Lanka. It may not be constant, but I do at times worry. I also worry that there is nobody that worries. Even the lamas who are with gray hair and wrinkled hair, they don’t seem to worry. They may worry but they may worry only with their temples, or at best, their own lineage."