mercredi 12 septembre 2012

Après le mahayoga et avant le nyingthik



Sam van Schaik, un éminent tibétologue et gestionnaire de International Dunhuang Project (IDP), a rendu accessible sur son blog Early Tibet, un article sur les sources du Mahāyoga (T. rnal 'byor chen po). La source principale pour les définitions utilisées dans cet article est un manuscrit de Dunhuang intitulé Somme de la vue du Mahāyoga (T. ma ha yo ga'i lung du bsdus pa), réf. IOLTib J 436, datant de la fin du 10ème siècle.[1]

Le manuscrit se divise en six sections, parmi lesquelles des louanges à Śrī Heruka et Vajrasattva (T. byang chub sems [pa] rdo rje la bstod pa) et un rituel de réparation des engagements endommagés (T. dam tshig nyams la bskang ba'i 'thol bshags).

La Somme comporte six parties :
1. La vue du Mahāyoga qui est principalement la condensation des cinq famille de divinités en une seule méthode (T. rigs Inga tshul gcig du lta), celle du Mahāyoga.
2. Les 28 engagements (S. samaya) du Mahāyoga, 3 engagements primaires et 25 (5x5) secondaires.
3. Les quatre stades de l’union rituelle (T. sbyor ba)
4. Les résultats de l’union rituelle, parmi lesquel la subjugation des quatre māra (T. bdud bzhi), emblématiques de la pratique de gcod, apparue au 11ème siècle.
5. Le rituel de libération (T. sgrol ba), qui se divise en la libération de soi et la libération forcée d’autrui. La libération de soi passe par l’approche de la divinité (lévitation à quatre doigts du sol) et l’élucidation des tantars. La libération d’autrui est l’assassinat de Maheśvara, alias Śiva.
6. Une explication des trois absorptions. Ici sur 1. l’ainsité (T. de bzhin nyid), 2. la manifestation intégrale (T. kun tu snang ba) et 3. sur la cause (T. rgyu). Ces trois absorptions sont un développement plus tardif des cinq manifestations éveillées (S. abhisambodhi T. mngon byang) du Tattvasamgraha.

Les mots clé du Mahāyoga sont un, union, unification et mode uni (T. tshul gcig). La multiplicité anxiogène n’est au fond que la manifestation de l’un apaisant et cette prise de conscience passe par des exercices spirituels de création (T. 'phro, bskyed) et de résorption (T. 'du) associés à des rites issus du fonds commun tantrique. Le chiffre cinq est celui de la pentade omniprésente dans la pensée indienne. Le bouddha avait laissé en place la multiplicité en précisant qu’elle n’était ni moi, ni mien et sans définir ce « moi » présent en creux. Avec les tantra a surgi un sixième élément positif, qui était en fait l’un, sous-jacent à la pentade qui représente le multiple. Dans le Mahāyoga, ce sixième deviendra l’objet d’un culte sous le nom de Vajrasattva.

Par la suite, il y avait des multiples réactions contre le Mahāyoga. Ses rites n’étaient pas conformes au vinaya. Il y avait toujours au Tibet des moines de la branche du vinaya Mūlasarvāstivādin, aussi appelé "le vinaya oriental", qui essayaient de restaurer et d’étendre leur influence. Ils ne voyaient sans doute pas d’un bon œil ces bouddhistes libertins. Le Mahāyoga qui se pratiquait de façon décentralisé sous la forme de « religions de village » autour de chefs charismatiques était imperméable à toutes sortes d’influences tout en échappant au contrôle royal. Il avait besoin d’être réencadré, ce qui ressort de l’épsiode de l’invitation d’Atiśa.

Simultanément, il semble avoir existé un autre courant, qui se servait des idées du Mahāyoga mais en le délestant du côté rituel. Selon van Schaik[2], la fonction primitive de la Complétude universelle était d’être un mode (T. tshul) de la pratique d’une divinité, ou une vue sur laquelle il fallait s’appuyer tout le long de cette pratique, qui consistait en trois phases : création (T. bskyed), complétude (T. rdzogs) et complétude universelle (T. rdzogs chen). La phase de projection (T. ‘phro) correspond au premier et la phase de résorption (T. ‘du) à la deuxième. Selon la vue du Mahāyoga, les cinq familles (la multiplicité) sont dite être en mode uni (T. tshul gcig) « quand les grands éléments (T. ‘byung po) sont absorbés en l’un, ils sont en complétude intégrale (T. kun rdzogs). C’est la Mère/le principe féminin (T. yum) ». La mère de tous les tathāgatas. Tout corps (T. gzugs) issu d’elle est le Père/le principe masculin (T. yab). »[3] Ce principe masculin est, selon son type d’activité ou famille, un des cinq chefs de famille (T. rigs bdag). 

Mais à un certain point, il semble bien que la vue de la complétude universelle ait commencé une carrière solitaire en se séparant des deux phases ou plutôt en les dépassant et en devenant la complétude universelle : la complétude dans la manifestation même, ou sous-jacente aux deux phases. Tout courant doit s’appuyer sur un texte révélé (S. āgama T. lung) et un des textes révélés du nouveau courant est le Discours du roi pancréateur (T. kun byed rgyal po’i mdo). Comme dans beacoup de nouveaux systèmes dépassant les anciens, l’autorité du nouveau système s’adresse à l’autorité de l’ancien. Dans le cas du Mahāyoga, c’est Vajrasattva. Et la nouvelle autorité est la conscience éveillée (bodhicitta). Elle sort du cadre des tantras, ou plutôt elle le dépasse, comme elle dépasse les trois cadres (T. sdom gsum) du bouddhisme. Elle utilise la terminologie, le style et les formes des textes (āgama) mais en précisant qu’elle est l’absence de tout engagement. Son seul engagement semble être de ne pas entraver le libre déploiement du spontané. Là où les trois cadres (T. sdom gsum) échouent. Le chapitre 47 du Discours du roi pancréateur est très clairement en dialogue avec le Mahāyoga. Comme ce chapitre mentionne le Hevajra Tantra, il est apparu après celui-ci. 

Sous quelle influence, ce courant s’est-il développé ? C’est la grande question. En spéculant en toute liberté, je vois bien certaines affinités avec le ch’an et l’approche simultanée (T. gcig car du 'jug pa). Il paraît d’ailleurs que le terme « mode uni » (T. tshul gcig) soit synonyme de « simultané » (T. gcig car). Van Schaik écrit :
« Dans les manuscrits Ch’an tibétains (également issus des collections Dunhuang),le « mode unique » (yixing —ft en chinois) signifie la méthode de réalisation simultanée (cig car) à l’aide de la non-conceptualisation (mi rtog) ou la non-fixation (mi dmigs). »[4]
Il se pourrait aussi très bien que ce nouveau courant se soit développé dans le sillage d'Advayavajra, et d'Atiśa. Mais cessons les spéculations et laissons faire van Schaik ce en quoi qu’il excelle.

Pour d'autres passages du Roi créateur de toute chose, sur le blog de David Dubois ici, ici, ici, et ici.

Illustration : fresque cave Mogoa 14 Dunhuang, photo Huntington archive Remarquer la taille du vajra à trois branches ouvertes.



[2] I have argued elsewhere that the early function of the Great Perfection was primarily a mode {tshul) of deity yoga practice, or an expression of a view to be held while undertaking these practices. (The Early Days of the Great Perfection." Journal of the International Association of Buddhist Studies 27/1:165-206. van Schaik 2004b.)
[3] Now, the view of Mahayoga. What is the view of the five families as a single mode? When the great elements are subsumed into one, they exist in utter perfection. This is the female deity. The forms that come into being from them are the male deity: he who is called Totally Illuminating (Vairocana). As he cannot be carried off by external forces, he is known as The Immoveable (Aksobhya). As he fulfills all wishes, he is known as The Jewel-Born (Ratnasambhava). As he goes to the realms of light he is known as Limitless Light (Amitabha). [lv] As ... he is known as Meaningful Accomplishment (Amoghasiddhi).149 The five families are, in this way, a single mode.
La transcription de van Schaik : [lr.l] bsgom pa / 'di // de la ma ha yo ga'i lta / rigs lnga tshul gcig tu lta gang zhe na // 'byung [2] ba ched po la gcig gi nang na // kun rdzogs par yod pa ni // yum yin la / de las gzugs [3] su red pa ni / yab ste rnam par snang mdzad // ces bya // de nyid gzhan gyis myi 'phrogs pa ni [4] myi bskyod pa zhes bya // de thams cad re ba yid bzhin du skong ba ni // rin cen 'byung ldan zhes [b]ya [5] {snang zhing song bas ni snang} [ba mtha yas] zhes bya // ... thams cad ... ni {gyis} // ...
[lv.l] ... ni // {don yod grub pa zhes} bya // rig[s] lnga de ltar tshul gcig go //
[4] « In the Tibetan Chan manuscripts (also from the Dunhuang collections), the "single mode" (yixing —ft in Chinese) signifies the method of simultaneous (cig car) realization through non-conceptualization (mi rtogs) or non-fixation (mi dmigs). »

Sans engagement (samaya)

Roi pancréateur, chapitre 46 (Notez la mention du Hevajra tantra dans ce passage, ce qui postdate le Roi pancréateur par rapport à ce tantra du 9-10ème siècle)

Ensuite la conscience éveillée en tant que le roi pancréateur [132]
A enseigné l'absence d'engagement à tenir dans la complétude universelle,


« Eh, grand être (S. mahāsattva) écoutes !
La complétude universelle enseigne l'absence d'engagement à tenir
Voici la nature de la conscience éveillée qui crée tout
C'est par cette nature de la non-production libre de prolifération
Que la diversité des prodiges (S. prātihārya) des espèces/idées générales/universaux (S. jāti) jaillissent (T. phyung S. vinisṛta) comme des objets
Il faut comprendre qu'elle est la nature même de ces objets
En restant dans l'absence de discours[1] (S. nirvikalpa) à son sujet, elle échappe au discours
En ne l'appréhendant pas comme un objet, sans la rejeter ni l'accueillir,
« [Cette nature] est 1. indéterminée, 2. expansive, 3. spontanée et 4. une »[2]
Elle ne requiert pas de discipline avec des voeux à garder
Les trois Guides émergés de moi, qui n'ai pas d'engagement,
Inspirent les quatre types de religions (S. tīrthika) par compassion
Leurs cercles, astreints à une discipline (S. vinaya), sont de quatre types
La discipline qui doit y être observée est la suivante
Les nombres des voeux primaires et secondaires à garder
Sont de 250 et de 550
Mais au moment même de garder ces voeux, on ne connaît ni leur nombre ni leur sens
Par conséquent, les voeux étant impossibles, il n'y a pas moyen de les garder.
La complétude universelle échappe à toute construction imaginaire au sujet du comportement en général
Les océans de voeux sont nombreux et illimités
Mais ils se réduisent à trois types : physiques, verbaux et mentaux
Les souffrances proviennent des objets psychosensoriels
Cependant le corps ne marche, ni ne stationne, ni progresse[3]
L'expression verbale a du mal à atteindre la vérité[4].
Les intentions mentales contredisent toutes les vérités
Même les intentions sans méprise ne pourraient être toutes réalisées
« Tout en gardant les noeuds serrés du corps, de la parole et de l'esprit ordinaires »
« Il est très difficile d’atteindre l'objet réel, qui est le fond des choses. »
On n’atteindra pas ainsi ce qui est ni gardé ni endommagé
‘Ni garder ni endommager’ est la tradition du roi pancréateur [133]
Eh, grand être (mahāsattva) écoutes !
Ceux qui ont été instruites par les trois Guides émergés de moi
Purifient pendant les conjonctions fastes des planètes et des étoiles (nakṣatra)
L'extérieur et l'intérieur par des ablutions
Prennent des voeux, suivent une discipline et font le serment de faire le bien des êtres
Mais ce à quoi il s'engagent ne peut pas être réalisé conformément
Les serments ne sont pas suivis et les confessions ne purifient pas l'esprit
Cela les éloigne encore davantage de moi, qui suis l'absence de voeux à garder
Les engagements (S. samaya) des trois mystères de Hevajra
Sont constitués de trois engagements primaires et cinq [engagements] secondaires
Les trois engagements primaires se résument en le Corps, le Verbe et l'Esprit
Le Corps développé en le corps divin est un asservissement
La récitation verbale de formules et l'absorption (S. samādhi) ne sont pas la quiétude (S. śānta)
La maîtrise de la création et de la résorption du mental
Ne donne pas accès aux [engagements] primaires, et n’est pas un engagement (S. samaya) de la plénitude
Pour ce qui est des cinq [séries d'engagements] secondaires :
[1] La première [série] concerne l'engagement de compréhension :
[Elle se rapporte aux] cinq groupes d'appropriation, aux cinq éléments,
Aux perceptions, aux facultés et aux objets psychosensoriels etc.,
Et la compréhension de la nature des dieux et des cercles divins (S. maṇḍala)
L'absence d'objet et d'agent de connaissance n'est cependant pas vue ainsi
[2] Les cinq engagements de l'observance (S. caritavya) :
Le coït et le meurtre rituel[5], le vol
L'inconduite sexuelle et le mensonge
Ceux qui pratiquent ces cinq actes avec habileté (S. upāya)
Voient bien que ne pas y céder serait un endommagement, mais ils les pratiquent néanmoins avec différenciation (S. kalpavat?)
Et alors ils se coupent de l'indifférenciation (S. vikalpa)...
[3] Les cinq engagements dont il faut s’imprégner (S. adhivāsanā) :
Les cinq substances de lien tels les excréments, l'urine etc.
Dont on dit que les corps des cinq Vainqueurs sont faits [134]
En les créant et en les faisant se résorber par les cinq céréales[6] du héro (S. vīra)
[Les adeptes de tantras] s'imprègnent des cinq corps de vainqueurs
Ils pensent (T. rtog) qu'en ne s'en imprégnant pas, les cinq corps ne seraient pas accomplis
Mais ce n’est pas ainsi que l’on accomplit le dépassement des pensées sans attraction ni répulsion.
[4] Les cinq engagements à ne pas abandonner :
La concupiscence, l'aversion etc. les cinq poisons
Dans le grand engagement du vajra secret (du Mah
āyoga ?)
Les cinq afflictions sont transformées en les cinq intuitions
Les cinq poisons (S. viṣa) ne sont donc pas abandonnés mais prennent l'aspect des intuitions
Mais la plénitude sans attraction ni répulsion n'est pas accomplie ainsi.
[5] Les cinq engagements de manifestation (S. abhiniṣpatti) :
Les cinq groupes d'appropriation, les cinq éléments,
Les perceptions et les objets sensoriels sont développés en le cercle divin (S. maṇḍala)
Quand ils sont complétés par les trois absorptions (S. trisamādhi) et les cinq rites (S. vidhi)
Ils deviennent le cercle divin des cinq familles de vainqueurs
Mais les absorptions (S. samādhi) et les rites sont un effort mental
Et contredisent le spontané qui est sans différenciation et sans effort
Le corps développé par la méditation est comme un arc-en-ciel éphémère
Les rites, les récitations ainsi que les formules sont comme une peinture qui couvre mal (litt. pâle)
L'action ciblée ne peut pas accomplir le spontané
En voulant accomplir l'indéterminé[7] (T. med pa), on arrive à rien du tout
Moi, roi pancréateur, je suis sans engagement (S. samaya)
Comme je suis libre de causes primaires et de conditions, pas besoin de ne rien cibler
Me déployant spontanément, pas besoin d'investigation (S. vicāra)
Étant moi-même intuition, pas besoin de comprendre
Étant spontané, pas besoin de causes primaires et de conditions,
Étant sans notions de bien et mal, pas besoin de ne rien choisir et exclure,
Étant sans substance, on me dit « indéterminé » (T. med pa)
Le fait que je m'engage (S. spyod pa) pas réellement [dans les objets] et que je n'interromps pas l'intuition
Est désigné par le qualificatif « expansif » (T. phyal ba)
Que tout est identique en la conscience, est révélé par le qualificatif « identique » (T. gcig pa) [135]
Toutes les choses qui se présentent telles qu'elles sont
Le mental (S. manas) et les faits (S. dharma) sont parfaits dans la conscience éveillée
Je ai expliqué cela sous le nom « spontané » (T. lhun gyis grub pa)
Le fond des [paires] chaud-froid, faim-soif, idiot et muet n'a pas besoin d'être ciblé
A travers les trois corps, les entourages, les six rites qui éliminent l'aversion
Comme cela a été expliqué ci-dessus.
Comme la cause primaire est déjà l'intuition spontanée
Elle ne se laisse pas maîtriser par des rites accessoires
Le fond des choses (S. dharmatā) par nature ne dépend pas des circonstances
Aussi, l'accomplir avec effort ne fait pas partie de ma doctrine
L'intuition spontanée n'a son pareil en rien
Ce qui est spontané ne s'accomplit pas par des causes et des circonstances
Et ne se détermine pas à travers les deux vérités
La vérité précise (S. niścita) présentée sous deux vérités
Est une tradition incertaine et hésitante [entre deux vérités]
Comment la vérité précise pourrait-elle être enseignée comme l'identique ?
Des personnes yogis s’adonnent à des conjectures spirituelles
En suivant les traditions du karma proférées par les trois guides
Qui ont en outre besoin de deux vérités et de quatre moyens de connaissance valide (S. pramāṇa)!
Mais comme toutes les choses sont le fait de moi, roi pancréateur,
Les choses créées par moi n'ont pas besoin de deux vérités
Pourquoi les choses créées par moi auraient-elles besoin de deux vérités ?
Tout ce que je crée est créé en tant que conscience éveillée
Et il n'y a ni vérité ultime ni vérité superficielle dans la conscience éveillée. »

Extrait de la conscience éveillée en tant que le Roi pancréateur,
C'était le quarante-sixième chapitre sur l'absence d'engagements à tenir.





[1] Ici discours (S. kalpana), s'approche du sens de commentaire, voire de prolifération
[2] Phrase reprise au début du gnas lugs mdzod de Longchenpa, et qui servira de structure à ce texte.
[3] Voir Nagarjuna MMK chapitre 2 sur la critique de la marche. C’est un paradoxe comme celui d'Achille et la tortue. Il n'y a pas de marche (de A à B) au même instant.
[4] Ou don gyi bden pa, la vérité absolue
[5] Union et libération [=sbyor sgrol], dans le cadre du Mahāyoga.
[6] orge, riz, blé, pois, millet
[7] Je suis en cela le raisonnement de Marcel Conche, que voici : « Il y a » (yod pa) - « Il n'y a pas » (med pa) : l'un renvoie, fait penser à l'autre. L'opposition a la forme d'une contradiction. La forme est trompeuse, car le « il n'y a pas » (wu) n'est pas le Rien absolu, mais l'indéterminé. » Marcel Conche, Tao Te King, p. 49 2.

Texte tibétain en Wylie

de nas byang chub kyi sems kun byed rgyal po des
132
rdzogs pa chen po dam tshig bsrung du med pa 'di gsungs so
kye sems dpa' chen po nyon cig
rdzogs chen dam tshig bsrung du med bstan pa
kun byed byang chub sems kyi rang bzhin ni
ma skyes spros dang bral ba'i rang bzhin gyis
skye ba'i cho 'phrul sna tshogs yul phyung nas
yul de rang gi rang bzhin yin shes bya
de la mi rtog rtog pa'i yul las 'das
yul la mi 'dzin spong dang len med pas
med pa phyal ba gcig pu lhun grub ste
bsrung bar bya ba'i sdom khrims kun dang bral
bsrung med nga las byung ba'i ston gsum gyis
mu stegs sde bzhi thugs rjes byin brlabs nas
'dul ba phog pa'i 'khor ni sde bzhi la
bsrung bar bya ba'i khrims ni 'di lta ste
rta ba dang ni yan lag bsrung ba'i grangs
nyis brgya lnga bcu lnga brgya lnga bcu khrims
bsrung ba'i dus na grangs dang don mi shes
des na sdom pa mi thub bsrung thabs med
rdzogs chen spyi spyod rtog pa kun las 'das
sdom pa rgya mtsho grangs mang mtha' yas pa
lus ngag yid la bsdus pa rnam pa gsum
dbang po yul las sdug bsngal byung nas ni
lus kyis 'gro 'dug gom pa bor sa med
ngag gi tshig brjod don gyis bden par dka'
yid kyi bsam pa bden pa kun las 'gal
ma nor bsam pa kun kyang sgrub tu med
lus ngag sdom pa rgya mdud dam po des
bden nyid don dang phrad pa shin tu dka'
bsrung med nyams pa med dang phrad mi 'gyur
bsrung med nyams pa med pa kun byed lung
133
kye sems dpa' chen po nyon cig
nga las byung ba'i ston pas lung phog pa
gza' dang rgyu skar dus tshigs bzang sgo nas
phyi nang gtsang ma'i khrus kyis dag byas te
sdom pa tshul khrims 'gro don zhal 'ches pa
gang yang dam bcas tshul bzhin mi 'grub ste
dam bcas ma grub bshags pas sems mi 'dag
bsrung med nga dang yun du thag ring nyams
kye rdo rje gsang ba gsum gyi dam tshig ni
rtsa ba gsum dang yan lag lnga rnams te
rtsa ba gsum ni sku gsung thugs 'dus te
sku ni lha yi skur bsgoms lus kyang 'ching
ngag ni 'dzab dang ting 'dzin zhi ba min
yid kyi ting 'dzin 'phro 'dus gzung nas ni
rtsa ba mi rtog dam tshig bde dang bral
yan lag rnam pa lnga ni 'di lta ste
dang por shes par bya ba'i dam tshig ni
phung po lnga dang 'byung ba rnam pa lnga
rnam shes dbang po yul la sogs pa rnams
lha dang dkyil 'khor rang bzhin shes par bya
shes bya shes byad med pa des ma mthong
spyad par bya ba'i dam tshig rnam lnga ni
ta na 'ga' na ma byin blang ba dang
mi tshangs spyad dang brdzun du smra ba dang
rnam pa lnga ni thabs mkhas spyod byed pa
ma spyad nyams mthong rtog dang bcas nas spyod
de yang mi rtog mnyam dang bral ba yin
dang du blang ba'i 'dam tshig rnam lnga ni
dri chen dri chu la sogs dam rdzas lngas
rgyal ba'i sku lnga 'di las 'grub zer nas
134
dpa' bo 'bru lngas 'phro 'du byas nas ni
rgyal ba'i sku lnga dang du len byed pa
dang du ma blangs sku lnga mi 'grub rtog
blang dor bral ba'i rtog 'das de ma grub
mi spang ba yi dam tshig rnam lnga ni
'dod chags zhe sdang la sogs dug lnga po
gsang ba rdo rje dam tshig chen po ru
nyon mongs lnga bsgyur ye shes rnam pa lnga
dug lnga mi spong ye shes rnam lngar len
blang dor med pa'i bde ba des ma grub
grub par bya ba'i dam tshig rnam lnga ni
phung po lnga dang 'byung ba rnam lnga dang
rnam shes yul rnams dkyil 'khor grub byed pa
ting 'dzin gsum dang cho ga lnga rdzogs nas
rgyal ba rigs lnga'i dkyil 'khor grub byed pa
ting 'dzin cho ga lnga yis sems rtsol byed
mi rtog ma btsal lhun gyis grub pa 'gal
sgom pa'i sku ni mi rtag 'ja' tshon 'dra
cho ga bzlas brjod 'dzab kyang rtsi skya 'dra
rtsol sgrub spyod pas lhun gyis grub mi 'gyur
med par bsgrubs pas shin tu grub pa med
kun byed nga la bsrung ba'i dam tshig med
rgyu rkyen med pas rtsol zhing sgrub mi dgos
lhun gyis grub pas spyad par bya mi dgos
ye shes yin pas shes par bya mi dgos
rang byung yin pas rgyu dang rkyen mi dgos
bzang ngan med pas blang dor bya mi dgos
dngos po med pas med pa zhes su bshad
dngos su mi spyod ye shes ma 'gags pas
de la phyal pa zhes su btags pa yin
sems su kun gcig gcig par bstan pa yin
135
ji ltar snang ba'i chos rnams thams cad kun
yid chos byang chub sems su rdzogs pa'i phyir
lhun gyis rdzogs pa zhes su nga yis bshad
tsha grangs bkres skom glen lkugs chos nyid la
sku gsum 'khor sdangs 'bros pa'i cho ga drug
gong bshad bzhin du btsal zhing sgrub mi dgos
rgyu nyid rang byung ye shes yin pa'i phyir
las kyi rkyen gyi dbang du de mi 'gyur
chos nyid rang bzhin rkyen gyis 'gyur med pas
btsal bas grub par nga yis lung ma bstan
rang byung ye shes kun dang mtshungs med pas
rgyu rkyen las kyis rang byung de mi 'grub
bden pa gnyis kyis gtan la dbab tu med
nges pa gcig la bden pa rnam pa gnyis
ma nges the tshom can gyi lung de la
nges pa gcig tu bstan pa ga la yod
rnal 'byor gang zag chos la rlom byed ni
ston gsum rgyu 'bras lung la rten smra ba
de la bden gnyis tshad ma bzhi yang dgos
kun byed nga yis chos kun byas pa'i phyir
ngas byas chos la bden pa gnyis mi dgos
ngas byas chos la bden pa gnyis dgos su
ngas byas thams cad byang chub sems su byas
byang chub sems la don dam kun rdzob med
ces gsungs so
byang chub kyi sems kun byed rgyal po las
dam tshig bsrung du med pa'i le'u ste zhe drug pa'o

lundi 10 septembre 2012

Quatre types de rencontres



Extrait de : LES ENTRETIENS DE LIN-TSI 24, traduit par Paul Demiéville (éd. Fayard).

[127] a. « S'il s'agit d'un véritable et authentique apprenti, il fait khât, puis tout d'abord il pose un pot de colle a l'ami de bien. Si celui-ci ne reconnait pas que ce n'est la qu'un objet et, tombant dans le piège de l'objet, fait toutes [128] sortes de manières, l'apprenti fait de nouveau khât. Si l'autre ne veut pas lacher, c'est un cas de maladie incurable. On appelle cela l'examen de l'hôte par le visiteur.
b. « Ou bien c'est l'ami de bien qui ne pose rien du tout, mais supprime tout objet au fur et a mesure des questions de l'apprenti ; celui-ci, auquel tout est enlevé, ne veut pas lacher prise et résiste a mort. C'est ce qu'on appelle l'examen du visiteur par l'hóte.
c. « Ou bien l'apprenti se présente a l'ami de bien comme étant un objet pur. L'ami de bien reconnait qu'il n'est qu'un objet, et le jette a la fosse. L'apprenti dit : ' Excellent, l'ami de bien ! ' Celui-ci répond : ' Fi ! Tu ne connais pas le bien et Ie mal. ' L'apprenti le salue alors en s'inclinant. On appelle cela l’examen d'un hóte par un hôte.
d. « Ou bien l'apprenti se présente a l'ami de bien la cangue au cou, chargé de chaînes. L'ami de bien lui remet une cangue de plus et des chaînes nouvelles. L'apprenti en est tout content. Ni l'un, ni l'autre ne sont capables de discernement. On parle alors d'un visiteur examinant un visiteur.

lundi 3 septembre 2012

Voies de connaissance et causalité


Il est souvent dit que le coeur du bouddhisme est contenue dans la formule, ou essence de la coproduction conditionnée (T. rten 'brel snying po) :
« Toutes les choses procèdent d’une cause
Cette cause a été enseignée par l’Éveillé
Ainsi que leur cessation
Qui elle aussi a été enseignée par le grand ascète (mahāśramaṇaḥ) »[1]
Pour attaquer le bouddhisme au cœur, il faut donc s’attaquer à la causalité (T. rgyu ‘bras). Ou bien, c’est en s’attaquant à la causalité que l’on peut atteindre le bouddhisme au coeur. Les upaniad, notamment le Māṇḍūkya upaniad, surtout par le biais du commentaire de Gauḍapāda (Māṇḍūkyakārikā ou Āgamaśāstra) s’y donnent à cœur joie.

Si l’on professe la causalité, le rapport de cause à effet, il faudra indiquer l’ordre dans lequel se déroule ce rapport. La cause produit-elle l’effet ? Et cet effet est-elle la cause d’un autre effet ? La cause est-elle l’effet d’un autre effet qui est alors sa cause ? Cause et effet apparaissent-ils simultanément ? Ils seraient alors comme les deux cornes d’un animal, ne pouvant pas avoir de rapport de cause à effet.[2] L’impossibilité de répondre aux questions sur le rapport exact entre cause et effet conduit, si l’on admet le rapport de cause à effet, les sages à soutenir en toutes circonstances la doctrine de non-création (S. ajātivāda T. skye ba med par smra ba).
« Si le jīva[3] (dharma) est réellement né, pourquoi vous ne pouvez pas en indiquer la cause précedente ?
Rien n’est né, ni de soi-même ou d’une autre entité. Rien n’est jamais produit, que ce soit l’être, le non-être ou l’être et le non-être.
La cause ne peut pas procéder d’un effet sans commencement ; ni l’effet ne peut-il procéder d’une cause sans commencement. Ce qui est sans commencement est nécessairement libre de naissance. »[4]L’atman ou le brahman ne naît pas et ne se transforme pas (en l’univers). Du moins pas réellement, uniquement illusoirement (S. māyāyā).[5] Tout changement et toute transformation est de nature illusoire. Seul le Soi est immuable. Ce Soi que l’on appelle le Seigneur, présent dans le cœur de tous les êtres. « Je suis le commencement, le milieu et la fin des êtres. »[6] « Le germe de tous les êtres, c’est moi, ô Ajuna. Il n’est pas d’être, animé ou inanimé, qui puisse exister sans moi. »[7]
Ce Soi est le souverain bien, dont la connaissance seule libère selon Śaṅkara[8]. Le souverain bien n’est pas un effet et « ne saurait être atteint par la voie de l’action ». Śaṅkara précise que « les passions de convoitise, d’aversion et de confusion, qui sont à l’origine du mérite et du démérite, ne peuvent être neutralisées que par la connaissance du Soi, il s’ensuit que mérite et démérite ne peuvent pas s’éliminer (spontanément) »[9] « Spontanément » ajoute Hulin entre parenthèses, en enlevant le vénin de cette phrase. Śaṅkara explique plus loin :
« Certains ont dit que le Soi accomplit réellement des actions, et cela grâce à ses efforts, à sa mémoire, à ses désirs fonctionnant comme autant de facteurs d’action. Nous nions cela, car ces (fonctions) reposent sur de fausses représentations. Efforts, mémoire et désirs, en effet, procèdent des traces résiduelles laissées par l’expérience des fruits, désirables ou indésirables, d’actions (antérieurement) produites par de fausses représentations. De même que dans la présente existence le bien et le mal, ainsi que l’expérience de leurs fruits, procèdent du couple attraction-répulsion, lui-même engendré par la fausse identification (du Soi) avec l’agrégat du corps et des organes, de même en est-il allé dans notre existence immédiatement précédente et dans toutes celles qui l’ont précédée. On peut en déduire que la transmigration, passée et présente, est produite, et cela de toute éternité, par la nescience. Il en découle que la cessation définitive de cette transmisgration sera obtenue par l’application à la connaissance, accompagnée du renoncement à tous les actes. »[10]
Tant qu’une personne adhère à la croyance en la causalité, elle trouvera des causes produisant des effets. Mais quand cette adhésion à la causalité cesse, cause et effet cesse d’exister également. Tant qu’une personne adhère à la croyance en la causalité , l’existence cyclique continuera à se déployer. Mais quand cette adhésion cesse, l’existence cyclique cessera également. Car tout l’univers est la création de la méprise, rien n’y est permanent. Tout, étant indissociable de la réalité ultime, est non-né et en cela indestructible. Une naissance est imputée aux jīva (âmes individuelles), mais du point de vue du Réel la naissance est impossible. Leur naissance est comme celle de tout objet illusoire. Ce qui est illusoire n’existe pas réellement. C’est pourquoi il est impossible d’appliquer les qualificatifs permanent ou impermanent aux jīvas non-nés. Ce qui ne peut être exprimé verbalement, ne peut pas être déterminé comme permanent ou impermanent.[11]

L’univers, l’existence cyclique, ce sont les trois univers, qui correspondent aux trois modes de la conscience (veille, rêve, sommeil profond). Ces trois modes sont soustendus par une sorte de « basse continue », qui n’est ni conscience ni inconscience, et qui est appelée « turīya », quatrième. Dans le turīya, cause et effet n’existent pas,[12] il n’y a ni division, ni relation. C’est la cessation des phénomènes. Il est excellent à tous égards et non-duel. Il est le Soi.[13]

Les adeptes de la Mahāmudrā ou de la Complétude universelle ne seront pas trop dépaysés. Je dirais même que les lecteurs du Discours du roi pancréateur (kun byed rgyal po’i mdo) n’auraient aucun mal avec les Māṇḍūkyakārikā qui utilisent la même terminologie et les mêmes arguments.

« Si l'enchainement causal était [affirmé comme] vrai, il serait réfuté [en prouvant son absurdité] par l’absence de transmigration et de transformation, les actes n'étant pas accomplis [en réalité]. »[14] 

La Mahāmudrā et la Complétude universelle sont des voies de la connaissance. C'est-à-dire c'est l'accès à la "basse continue", quelque soit le mode de la conscience. En cela le roi pancréateur est en accord avec  Śaṅkara (et Advayavajra) quand celui-ci parle de l'inefficacité de "rites d'obligation" (terme de Michel Hulin) pour accéder au bien souverain. On trouve le même exemple que chez Advayavajra, très parlant, des enfants construisant puis détruisant des châteaux de sable, pour montrer le caractère illusoire des phases de création et d'achèvement du devayoga.


Extrait du Discours du roi pancréateur [chapitre 116] :
« Parce qu'il n'y a rien à faire par rapport au Dharma.
On l'atteint par l'absence d'effort. »
Et encore [chapitre 138, début 139] :
« Eh, grand être (mahāsattva),
Celui qui, désirant les qualités majeures, tente de les accomplir par la méditation et la pratique
N'accomplira pas ces qualités majeures par la méditation et la pratique
Car les qualités majeures sont impromptues et majeures dès leur origine
Si on les cultive, la Pensée éveillée serait fabriquée
Celui qui veut fabriquer la Pensée éveillée
Ne verra pas sa nature propre pendant des éons.
Eh, grand être (mahāsattva),
Ne pratiquez pas l'absorption de l'esprit !
N'approchez pas l'intuition comme un objet !
Inutile de répéter des formules magiques (T. 'dzab) et des mantras coeur.
Inutile de faire des gestes symboliques (mudrā), artificiels, avec les mains
Ne reproduisez pas mentalement les actes de projection et de résorption qui se déroulent naturellement
Le recueillement continu est libre de mouvement et impromptu
Qui pourrait reproduire le recueillement naturel ?
Se recueillir dans la simplicité sans effort
Est dit être la meilleure action, le non-agir
En accédant à ce sens, et sans accomplir des actes (karma, rites d'obligation etc.)
Aucun acte (karma) ne sera accompli tout en se recueillant dans la simplicité
Celui qui reste dans la simplicité
Réussira sans faillir et sans intervenir
« Cela » est la nature infaillible sans intervention
« Même » (= S. tattva) est l'essence infaillible [les deux mots ensemble forment le mot tattva]
Il n'y a pas d'autre Buddhadharma que l'ainsité (tathatā). »
Et encore [chapitre 129, 128] :
« Quand, sans accéder à la réalité sans artifice,
On consacre l'extérieur et intérieur, le monde habitacle et ses habitants en un [monde] pur,
Et que par les rituels des facteurs de l'éveil (bodhyaṅgāni)
On fait apparaître des divinités de gnose que l'on cultive
Puis en leur présentant des offrandes pendant un moment, avant de les faire repartir
En les cultivant ainsi un moment et en les détruisant le moment suivant,
Ils font penser à des enfants construisant des châteaux de sable…
Cela est en contradiction avec moi, tel que je suis sans artifice. »



[1] Pāli : ye dhaṃmā hetuppabhavā tesaṃ hetuṃ tathāgato āha tesaṃca yo nirodho evaṃ vādī mahā samaṇo Sanskrit : ye dharmā hetu prabhavā hetun teṣāṃ tathāgato hy avadat teṣāṃ ca yo nirodha evaṃ vādī mahāśramaṇaḥ Tibétain : chos rnams thams cad rgyu las byung*// de rgyu de bzhin gshegs pas gsungs// rgyu la 'gog pa gang yin pa// dge sbyong chen pos 'di skad gsungs//
[2] Māṇḍūkyakārikā, IV, 16. phalād utpadyamānaḥ san na te hetuḥ prasidhyati /aprasiddhaḥ kathaṃ hetuḥ phalam utpādayiṣyati //16
[3] Le vivant, lâme individuelle
[4] Māṇḍūkyakārikā, IV, 21-23 pūrvāparāparijñānam ajāteḥ paridīpakam / jāyamānād dhi vai dharmāt kathaṃ pūrvaṃ na gṛhyate //21 svato vā parato vāpi na kiñcid vastu jāyate / sad asat sadasad vāpi na kiñcid vastu jāyate //22 hetur na jāyate 'nādeḥ phalaṃ cāpi svabhāvataḥ / ādir na vidyate yasya tasya hy ādir na vidyate //23
[5] Catégories de langue et catégories de pensée, en Inde et en occident par François Chenet.
[6] Bhagavad Gītā, X, 20.
[7] Bhagavad Gītā, X, 39. Hulin/Senart p. 85
[8] La Bhagavad Gītā suivie du Commentaire de Śaṅkara (extraits), traductions d’Emile Senart et de Michel Hulin, p.213 Le Śvetāśvataropaniṣad (III,8) : « C’est seulement en le connaissant qu’on va au-délà de la mort ; il n’existe pas d’autre chemin. »
[9] Senart/Hulin p. 217
[10] La Bhagavad Gītā suivie du Commentaire de Śaṅkara, p. 223, commentaire sur BG XVIII, 66.
[11] Māṇḍūkyakārikā, IV, 55-60, sans 59 55 As long as a person clings to the belief in causality, he will find cause producing effect. But when this attachment to causality wears away, cause and effect become non—existent. 56 As long as a person clings to the belief in causality, samsara will continue to expand for him. But when this attachment to causality wears away, samsara becomes non—existent. 57 The entire universe is created by false knowledge; therefore nothing in it is eternal. Everything, again, as one with Ultimate Reality, is unborn; therefore there is no such thing as destruction. 58 Birth is ascribed to the jivas; but such birth is not possible from the standpoint of Reality. Their birth is like that of an illusory object. That illusion, again, does not exist. 59 The illusory sprout is born of the illusory seed. This illusory sprout is neither permanent nor destructible. The same applies to the jivas. 60 The term permanent or impermanent cannot be applied to the birthless jivas. What is indescribable in words cannot be discriminated about as permanent or impermanent. Translation by Swami Nikhilananda. yāvad dhetuphalāveśas tāvad dhetuphalodbhavaḥ / kṣīṇe hetuphalāveśe nāsti hetuphalodbhavaḥ //55 yāvad dhetuphalāveśaḥ saṃsāras tāvadāyataḥ /kṣīṇe hetuphalāveśe saṃsāraṃ na prapadyate //56 saṃvṛtyā jāyate sarvaṃ śāśvataṃ nāsti tena vai / sadbhāvena hy ajaṃ sarvam ucchedas tena nāsti vai //57 dharmā ya iti jāyante jāyante te na tattvataḥ /janma māyopamaṃ teṣāṃ sā ca māyā na vidyate //58 nājeṣu sarvadharmeṣu śāśvatāśāśvatābhidhā / yatra varṇā na vartante vivekas tatra nocyate //60
[12] Māṇḍūkyakārikā, I, 11
[13] Māṇḍūkya upaniṣad : « XII The Fourth (Turiya) is without parts and without relationship; It is the cessation of phenomena; It is all good and non—dual. This AUM is verily Atman. He who knows this merges his self in Atman—yea, he who knows this. » amātraś caturtho 'vyavahāryaḥ prapañcopaśamaḥ śivo 'dvaitaḥ |evam oṃkāra ātmaiva |saṃviśaty ātmanātmānaṃ ya evaṃ veda || MandUp_12 ||
[14] rgyu 'bras bden na 'pho 'gyur med par thal ba las mi 'byed pa'i phyir ro//

Tibétain Wylie

[chapitre 116] chos la bya ru med pa'i phyir// rtsol ba med pa'i sgo nas 'jug_/ces pa dang*/

[chapitre 138/139] kye sems dpa' chen po/ che ba 'dod nas sgom sgrub brtsol byed pa  sgom sgrub btsal bas che ba de mi 'grub  che ba rang byung ye nas che ba yin  bsgoms na sangs rgyas dgongs pa 'chos pa yin  sangs rgyas dgongs pa gang zhig 'chos byed pa  de yis sangs rgyas thams cad spangs pa yin  de yis sangs rgyas spongs pa ma yin te  de yis rang gi byang chub sems spangs pas  rang gi rang bzhin bskal par phrad mi 'gyur  kye sems dpa' chen po  sems kyis ting 'dzin sgom pa ma byed cig  ye shes yul la rtog par ma byed cig  ngag gis 'dzab dang snying po bzlas mi dgos  lag gis 'du byed phyag rgya bca' mi dgos  sems kyi ting 'dzin 'phro 'du las ma byed  ngang la gnas pas g.yos med lhun gyis grub  rang bzhin gnas pas sus kyang bcos su med  ma btsal ji bzhin pa ru gnas pa des  bya ba med pa las kyi mchog tu bstan  don de rtogs pas las rnams mi byed te  las ma byas pa de bzhin nyid du gnas  de bzhin nyid la gang zhig su gnas pa  de yis ma nor ma bcos 'grub par 'gyur  de yi ma nor bzhin ni ma bcos yin  139  nyid ni ma nor ngo bo nyid la bya  de bzhin nyid las sangs rgyas chos med do  ]

[chapitre 128 phyi nang snod bcud dag par byin brlabs te  byang chub yan lag cho ga kun sgo nas  sgom pa'i ye shes lha ni snang bar byed  skad cig mchod nas gshegs gsol ting 'dzin bshig  yang bsgoms yang bshig byis pa'i 'dag khang 'dra  ji bzhin ma bcos nga yi don dang 'gal]

samedi 1 septembre 2012

Retour de Shangri-la



Joseph Hooper de la revue américaine Details (août 2012) publie sous le titre "Leaving Om: Buddhism's lost lamas" / site mirror (Jeu de mot sur "leaving home", quitter la maison, prendre son envol et la syllabe OM, traduction française de l'article : Les lamas perdus du bouddhisme) un article sur les aventures et mésaventures de quelques tulkous tibétains et occidentaux, parmi lesquels la réincarnation espagnole de Lama Yéshé, le tulkou de Kalou Rinpoché et Ashoka Mukpo, le fils de Chogyam Trungpa, dont le frère, Gesar Mukpo, a d'ailleurs fait un film sur la difficulté d'être tulkou, une vie écartelée entre le monde moderne et une culture moyenâgeuse. L'interview avec Yangsi Kalou Rinpoché, qui assume pleinement son amour pour la vie moderne, met cependant en lumière un autre problème bien plus grave.

Il revient sur le viol dont il avait été victime, enfant, au sein même du monastère où il vivait. Les détails sont terribles.

Mais Kalu dit que dans les premières années de son adolescence, il a été abusé sexuellement par une bande de moines plus âgés qui se rendaient dans sa chambre chaque semaine. Quand j’aborde la notion d’ « attouchements », il éclate d’un rire tendu. C’était du sexe hard-core, dit-il, avec pénétration. « La plupart du temps ils venaient seuls », dit-il. « Ils frappaient violemment à la porte et je devais ouvrir. Je savais ce qui allait se passer, et après on finit par s’habituer ». C’est seulement après son retour au monastère après la retraite de trois ans, qu’il a réalisé à quel point cette pratique était incorrect. Il dit qu’à ce moment là le cycle avait recommencé sur une plus jeune génération de victimes.

Il s'agit d'un problème récurrent dans les monastères tibétains, dont les tulkous ne sont pas à l'abri. L'expérience de Kalou Rinpoché semble d'ailleurs être le moteur derrière son projet d’ouvrir sa propre école au Bhoutan et d’interdire à ses monastères d’accepter des enfants.
Il peste contre le coût humain du système monastique, qui consomme des milliers d’enfants, simples moines et tulkus vénérés, sans leur fournir d’éducation pratique ou de solution de repli, tout ça pour produire une poignée de maître spirituels commercialement brillants. « Le système des tulkus c’est comme des robots », dit-il. « Vous construisez 100 robots, et peut-être que 20 % réussiront alors que 80 % seront mis au rebut. »
En avril 2011, il avait congédié l'ancienne équipe de Kagyu Ling, et mis en place une nouvelle équipe de lamas occidentaux. Certains membres de l'ancienne équipe étaient accusés de viol. Le hasard veut qu'en cherchant des sources, je tombe sur cet article du Journal de Saône et Loire d'aujourd'hui (1/9/2012) qui donne des détails effrayants. J'étais parti pour un billet plus léger...

***

Yangsi Kalou Rinpoché à son arrivée à l'aéroport de Rio de Janeiro, extrait de journal télé brésilien.

MàJ210912 : après la publication de cet article, le jour de son anniversaire, YKR écrit sur Facebook, qu'après avoir repris sa responsabilité de Kalou Rinpoché, il fait le voeu de faire en sorte de bénéficier les autres "d'une manière plus ouverte et plus réaliste". Pour avoir un aperçu de ce que cela implique concrètement, voici son programme d'octobre en Corée du Sud : pratiques préliminaires, homa et diverses initiations...  Pendant sa visite au Brésil en août 2012, YKR était habillé en habit de moine. Tiendra-t-il longtemps ce genre de grand écart ?

Shangri-la
Article de Jeff Wilson sur la sexualité et l'homosexualité au Tibet et le phénomène "drombo".

Article sur l'expédition allemande au Tibet (1938-1939), où l'on mentionne les pratiques homosexuelles dans les monastères tibétains entre moines et jeunes garçons.

Ce genre de scandales existe aussi dans le bouddhisme Théravada

MàJ130122012 : Enquête policière à Samyé Ling en Ecosse .

Gananath Obeyesekere, un professeur en anthropologie à Princeton avertit contre les dangers de moines enfants

Blog sur les dangers de la relation maître-disciple (en anglais) Down the Crooked Path

MàJ 06022013 Retour de l'Himalaya

MàJ 26022013 Les droits de l'enfant accordés aux moinillons dans les monastères du Bhoutan.

MàJ 29032013 Distribution gratuite de préservatifs aux moines bhoutanais pour lutter contre le virus HIV

MàJ 220413 Homosexualité & bouddhisme japonais

MàJ 25022014 Problèmes dans les monastères au Bhoutan

MàJ 19052014  Sri Lanka's hidden scourge of religious child abuse



MàJ 31122013 Yangsi Kalou Rinpoché s'est marié le 23 octobre 2013 à Kathmandou avec Mingyour Peldreun, fille de Chokling Tersar Rinpoché, le deuxième fils de Tulkou Ourgyen Rinpoché, et soeur de Dilgo Khyentsé Rinpoché II. Meilleurs voeux de bonheur au jeune couple, qui avec leurs futurs enfants viendront agrandir les rangs de l'illustre famille royale.

MàJ 12082016 La 4ème réincarnation de Jamgoeun Kongtrul renonce à ses fonctions

MàJ 25082016 Réaction de Dzongsar Khyentsé "Time for radical change in how we raise our tulkus"

jeudi 30 août 2012

Ce karma qui fait les princes et les pauvres



"Prenez l'exemple de Prince Charles, qui est né comme le fils de la Reine Elizabeth. Pourquoi est-il né comme son fils? C'était uniquement possible à cause de son bon karma. Aucun décret n'a été publié qui déclare: "Il est autorisé de devenir le prince de l'Angleterre et vous, vous n'avez pas le droit de naître en cette position." Personne ne prend ce type de décision. C'est le résultat automatique du karma individuel que les gens ont accumulé dans le passé. Il avait réussi à accumuler le mérite pour devenir Prince de l'Angleterre, et les autres non. De la même façon, quand nous voyons des enfants qui meurent de faim en Afrique, la question se pose: "Pourquoi sont-ils nés en Afrique? Pourquoi souffrent-ils ainsi?" C'est parce qu'ils sont nés comme des êtres humains à telle époque et en tel lieu en Afrique. Quelqu'un les aurait-il forcés à y prendre naissance? Non, personne ne force ainsi des êtres vivants à naître. Le fait que des gens naissent dans ces conditions est dû à leur manque de mérite. De ce point de vue, il est essentiel d'accumuler du mérite. Quand on a du mérite, il est possible de naître comme le prince de l'Angleterre. Quand on manque de mérite, il est possible de renaître comme un enfant qui meurt de faim en Afrique. Réfléchissez bien à cela et voyez comme il est nécessaire de créer du mérite."


(His Eminence Khenchen Thrangu Rinpoche, King of samadhi, p. 47)

"To be born an Englishman is to win first prize in the lottery of life." Cecil Rhodes

***

"Take the example of Prince Charles, who was born as Queen Eliza­beth's son. Why was he born as her son? It was only possible through his own good karma. There is no one who issued the decree, "He is allowed to be the Prince of England and you are not allowed to be- born in that position." No one makes this decision. It is the automatic result of peo­ple's individual karmic accumulation created from the past. He had somehow gathered the merit to become Prince of England while other people did not. In the same way, when we see children dying of starvation in Africa, it raises the question, "Why were they born in Africa? Why do they have to suffer this way?" It is because they were reborn as human beings at this particular time and place in Africa. Did anyone force them to be reborn there? Did someone say, "Now you must be reborn in a place in Africa where you will starve to death"? No, no one forces living beings to be reborn in this way. The fact that people are born into such circum­stances is because of lacking merit. From that standpoint, it is definitely very important to accumulate merit. Having merit, one can be born the Prince of England; lacking merit, one may be born as a starving child in Africa. Think about this and see that there is a definite need to create merit."


MàJ 23092018



mardi 28 août 2012

La réincarnation de Steve Jobs



Pour ceux qui se sont posés la question "Où est Steve Jobs maintenant ?" (et pour ceux qui ne se la posent pas), plus besoin de clairvoyance, parce que la réponse se trouve désormais à la portée de vos tablettes tactiles, grâce à la secte bouddhiste Dhammakaya et son abbé actuel Phra Thepyanmahamuni. Selon ce dernier, Steve Jobs se serait réincarné en "un esprit de la terre de niveau intermédiaire appartenant à la branche des yakkhas  Vidhaydhara. Sa demeure céleste se situe dans un monde parallèle à la terre près de son ancien bureau." "Yakkha" est la forme pāli de "yakṣa". Il est donc un yakṣa vidyādhara, tout comme Vajrapāṇi au début de sa carrière.

Grâce à la secte, soucieuse du poids des mots et de la force des images, nous savons que les choses n'ont pas mal bougé dans les six mondes qui ont profité de progrès technologiques très similaires aux nôtres. Les yakkha ne se promènent plus en pagne et se sont faits refaire le visage. Ils utilisent désormais des armes high-tech dernier cri. Fini également les habitations sans le confort indispensable, digne des Sims. Voici où habite et travaille désormais le yakṣa Steve Jobs.


Cette réincarnation, Steve Jobs la doit évidemment avant tout à son bon karma accumulé grâce aux énormes progrès qu'il avait fait faire à l'humanité. Mais c'était aussi un patron colérique et cette colère aurait pu lui causer une renaissance bien moins heureuse, s'il n'y avait pas eu ce petit groupe de personnes, membres de la secte, qui avaient fait faire une statue de Dhammakaya à son nom. L'actuel mérite de Steve Jobs provient en fait de la lumière au centre de son corps, qui a son origine dans l'activité de ce petit groupe d'adeptes.



La secte bouddhiste Dhammakaya pratique la technique dite Dhammakāya, qui permet de développer cette lumière au centre et qui vous donne accès à des mondes comme celui des yakkhas vidhaydhara. Et franchement, qui ne meurt pas d'envie d'y aller après sa mort ?

MàJ170912 Une vidéo "namthar" de Steve Jobs (ཇོ་པོ་སི), sous-titré en tibétain. Partie 1, Partie 2.