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mercredi 22 janvier 2025

Des lignées et des familles surmontant leurs "obstacles"

Sogyal Lakar, Yangsi Dilgo, Tsikey Chokling (capture d'écran vidéo Youtube)

Les conflits de génération sont encore plus pénibles chez les tulkus. Celui qui était votre disciple peut devenir votre régent, tuteur ou guru. Plus vous avez été brillant dans une précédente existence et plus on peut vous reprocher de ne pas l’être, voire pire, dans la suivante. Dans le “clan Khyentse”, la situation est encore plus complexe à cause des nombreuses relations familiales et dynastiques. On y est souvent tulku de père en fils et de grand-père à petit-fils, les lignées spirituelles croisant les lignées de sang.

Un détenteur est censé préserver la tradition et le système de reproduction de ses prédécesseurs et successeurs, en dépit des temps qui changent. Le statut même du tulku y joue très logiquement un rôle crucial. Les difficultés sont plus grandes pendant des périodes de grands chamboulements. Les grands écarts à faire deviennent alors insupportables. Tous les espoirs sont investis dans un jeune tulku. Tout est mis en oeuvre pour qu’il soit aussi brillant que le précédent. Les “offices de lama” (bla brang) ont été instaurés pour gérer le passage entre un grand maître précédent, un gérant, et le tulku, son (ré-)éducation, et surtout son patrimoine. Jusqu’à l’intronisation du tulku, en théorie…

Depuis l’invasion du Tibet, l’exil des maîtres tibétains, et leur venue en Occident, nous avons été témoins des difficultés des jeunes tulkus de nos maîtres. L’adolescence d’un tulku doit être particulièrement difficile. Jouer un vieux sage quand on est encore jeune… The show must go on. Les marques de respect et même de dévotion, quand on ne s’est pas encore prouvé, ne doivent pas être évidentes, tant qu’on ne les tient pas pour acquises. Mais l’office du lama (bla brang) veillera au grain. Les intérêts de l’office et du jeune individu tulku ne sont pas forcément les mêmes. Même les plus grands soulèvent parfois le voile sur leurs difficultés. Nous avons pu être témoins de désaccords sur le choix du tulku, et de clashes entre des offices de lama et leurs tulkus. Souvent juste des bribes, car le silence est d’or. Des tulkus qui se rebiffent et qui partent, en renonçant à leur statut de tulku, ou tout en le gardant. Certains reviennent. Des tulkus qui se rebellent, et qui s’assagissent plus tard. Ou pas, certains s’essaient à la folle sagesse, inspirés par l’exemple de lamas généralement admirés pour avoir su si bien comprendre ce que veulent les occidentaux, et/ou en les mettant au pas. Admirés par leurs grand-pères, oncles, gourous et grand-gourous.

Certains tulkus vieillissants ont bien compris qu’il est quasiment impossible de se comporter en vieux sage, ou de faire semblant d’être des saints, en dépit de leurs propres dispositions et inclinaisons. Ils ont trouvé qu’il est plus facile de faire semblant d’être des mahāsiddhas, de déployer de la folle sagesse, et d’aider les disciples à briser les concepts et leur égo, en ne se comportant justement pas selon leurs attentes. Quelle est la part de l’homme, quelle est la part du tulku ? Qui se pose cette question ? Un tulku scrupuleux ? Un disciple déçu ? La plupart ne fait pas de distinction entre l’artiste et son oeuvre, laquelle est au fond sa propre personne, quand on est tulku.

Quand on est un jeune tulku qui a grandi dans un monde globalisé, vivant quasiment en VIP, qui connaît l’envers du décor et son cynisme, on peut prendre conscience de la vanité de certains aspects de la tradition, souvent les plus spectaculaires, mais qui rapportent le plus au monastère et à l’office. Des doubles contraintes et des choix difficiles partout. Presque comme ceux d’un être ordinaire. Où se trouve l’authenticité ? Dans la tradition ? Dans l’imitation d’un mahāsiddha légendaire et/ou fictif ? Dans l’imitation d’un imitateur de mahāsiddha ? Généralement considéré comme une réussite selon les critères des huit dharmas du monde.

Les tulkus se cherchent de différentes façons (sage, pas sage), mais il est rare qu’ils renoncent définitivement à leur identité de tulku. C’est ce qu’ils semblent tous avoir en commun. Même un Krishnamurti, reconnu comme une sorte de messie, renonce à son statut, à “la tradition”, mais continue de travailler comme une sorte de messie, tout en refusant ce rôle. Il est si difficile, voire impossible, de renoncer à une certaine idée de soi.

Après avoir consacré un premier blog (2021) à Yangsi Dilgo exprimant son admiration pour Chogyam Trungpa, j’en avais fait un autre suite à une vidéo postée par un lanceur d’alerte, avec des allégations d’abus. Je n’ai pas connaissance de déclarations, témoignages etc. justifiant ces allégations, donc je n’en parlerai pas ici. J’aborderai en revanche des sujets relevant de ce que j’ai exposé ci-dessus. La lettre[1] de démission publiée par Shechen le 8 janvier 2025 ne mentionne que les déclarations de Yangsi Dilgo ne se considérant un “Lama de Shechen”, sans autre explication concrète ("in light of numerous concerning incidents").

D’autres vidéos de Yangsi Dilgo surfacent, notamment une, où il critique l’attitude de lamas tibétains mercantiles en Asie (Ka-Nying Ling Dharma Society, Malaysia le 3 août 2023), et une autre où il adresse des louanges et des prières à Sogyal Lakar[2] à l’occasion de la consécration du stūpa de commémoration qui lui est dédié, le jour du cinquième anniversaire de parinirvana de Sogyal le 28/08/2024. Dilgo Yangsi semble admirer les succès en Occident de Chogyam Trungpa et de Sogyal Lakar, et leur transgression des attentes (“folle sagesse”), car ils auraient “percé leur esprit dualiste” (“break through my dualistic mind”). Il voudrait en faire autant comme il paraît dans la vidéo du lanceur d’alerte, où il semble vouloir ritualiser la transgression. Aucune mention de leurs abus en revanche. Leur “réalisation” (“parinirvana”) ne fait aucun doute pour lui. Ils sont des objets dignes de louanges et de prières et des exemples à suivre.

Yangsi Dilgo fait allusion au mercantilisme de lamas tibétains voyageant en Asie pour faire toutes sortes de rituels (Jambhala, dieu des richesses) en échange d’offrandes, et indirectement à une pratique de bouddhisme mondain[3]. Être bouddhiste signifie représenter les Trois Joyaux : le Bouddha, le Dharma et la Sangha. Cela implique de s'engager sur la voie de la transformation personnelle, en cultivant la gentillesse, la compassion et la sagesse. Il souligne que le bouddhisme n'est pas une simple question de rituels ou d'offrandes, mais une transformation profonde de l'esprit qui nécessite un engagement sincère et une pratique continue.

Il y a les discours et il y a les actes, comme pour nous tous. Sauf que pour les “tulkus”, les gurus réincarnés reconnus comme tels, la dissonance entre leurs discours et leurs actes est idéologiquement due à notre perception impure, à la résistance de notre saisie égotique. Celui qui s’engage dans le guruyoga[4] ne peut plus voir des fautes en lui. Tel qu’un guru traite ses gurus, tel il souhaite être traité par ses propres disciples. Tel qu’un tulku souhaite être traité en tulku, tel il traitera les autres tulkus. Souscrire au parinirvana de Sogyal Lakar est préparer la confirmation de son propre parinirvana au moment venu. Les disciples de Sogyal viendront à sa cérémonie. Le culte des tulkus s’entretient dans les lignées. Il est même crucial pour leur survie.

Quelle que soit la réalité (naturelle), idéologiquement et à force de le répéter, Sogyal Lakar est un grand lama qui est passé au parinirvana le 28 août 2019. Les tulkus confirmant cela verront le moment venu leur propre parnirvana confirmé, garantissant ainsi la continuation de leur culte sous forme de tournées de reliques (sku gdungs), statues en cire, de stūpas, de cérémonies de commémoration, etc. Yangsi Dilgo Khyentsé y pense, Dzongsar Khyentsé y pense, toute la famille des Khyentsé y pense. Il en va de leur survie en tant que “famille”. En dépit de quelques couacs malheureux.

Le jour du cinquième anniversaire du “parinirvana” de Sogyal Lakar, avec la consécration de son stūpa de commémoration, semble être une étape importante dans le processus de réhabilitation et de sanctification de Sogyal Lakar. La “famille” Khyentsé resserre les rangs. Shechen Rabjam est venu enseigner à Lerab Ling en novembre 2024[5]. Dzongsar Khyentsé a visité Rigpa Paris le 8 décembre 2024, confirmant le parinirvana de Sogyal Lakar et sa prise en charge de la formation continue des enseignants sénior de Rigpa. Il fait leur louange pour avoir résisté à tous les “obstacles”, et le maintien de leur engagement. Il confirme également la loyauté de la “famille” Khyentsé. Le culte de Sogyal Lakar peut continuer. Les “obstacles” ont été dissipés. La réhabilitation est une art que l’on maîtrise bien dans le bouddhisme tibétain, où la loyauté n’est pas un vain mot.

***

[1] 8th January 2025
TO WHOM IT MAY CONCERN

In consideration of Khyentse Yangsi's repeated statements that he does not regard himself as a "Shechen Lama," and in light of numerous concerning incidents, we sadly confirm that Khyentse Yangsi. Ugyen Tenzin Jigme Lhundrup, is no longer affiliated with Shechen Monastery—founded by Kyabje Dilgo Khyentse Rinpoche—and is relieved of all associated duties and responsibilities until further notice.

Shechen Monastery Management Committee
[2] “(1:55) I have not seen lamas, Tibetan lamas, Bhutanese lamas, or any kind of lamas, khenpos or rinpoches, [open their centers to other lamas]. It's not something that people usually do, because, you know, when it becomes your own personal center, your own personal home, your own personal sponsors, your personal contacts, your personal disciples, you don't want them to be taken away and follow other teachers, and other masters. You would definitely want them to only follow you, and be loyal to you. But Sogyal Rinpoche really opened everything and shared everything with all other teachers. I think that is a big thing to do, it was remarkable. It's not easy to do, but a remarkable thing to do. I rejoice in Rinpoche’s Dharma activity. I rejoice in his disciples, all disciples, who without any personal agenda and ego, offered a real contribution, practicing the Dharma themselves, and contributing to Rinpoche’s activity. I also would like to say May Rinpoche’s reincarnation be swiftly reborn. May Rinpoche’s activity continue. May the precious momentum, that Rinpoche has left always continue in the hearts of all the people who are very dear and close to Rinpoche. I make all these aspirations and offer my rejoicement and thanks. Thank you so much. Thank you so much. Thank you so much.” Message for Sogyal rinpoche memorial stupa consecration (End of August 2024)

[3] Il critique la tendance, en particulier dans la culture asiatique, à se contenter de rituels et d'offrandes sans s'engager dans une véritable pratique du dharma. Il souligne que les lamas tibétains ont une part de responsabilité dans cette situation, en promouvant des pratiques axées sur la richesse matérielle plutôt que sur la transformation intérieure. Il met en garde contre l'utilisation du dharma pour satisfaire des désirs mondains et souligne que le véritable but de la pratique est de développer la sagesse, le détachement et la dévotion. Il insiste sur l'importance de la pratique de l'esprit dans le Vajrayana, affirmant que les rituels et les visualisations sont inutiles sans une base solide dans la méditation et la compréhension de la nature de l'esprit.

[4] Kongtrul Lodrö Thayé (1813 - 1899) utilisé dans les lignées Kagyu, ou Le chemin de la grande perfection, composé par Patrul Rinpoché (1808–1887), utilisé dans la lignée Nyingma. Dans le chapitre Guruyoga du Flambeau de la certitude, on peut lire :
“Toutes les actions de ce précieux et parfait Lama,
Quelles qu’elles soient, sont bonnes.
Tout ce qu’il fait est excellent.
Entre ses mains le travail, maléfique d’un boucher
Est bon, et apporte des bienfaits aux bêtes,
Inspiré par la compassion pour toutes.
Quand il s’unit sexuellement de façon impropre,
Ses qualités s’accroissent, et s’élèvent comme renouvelées,
Montrant que les moyens et la sagesse ont été réunis.
Ses mensonges qui nous dupent,
Ne sont que les signes habiles par lesquels il nous
Guide sur le chemin de la liberté.
Lorsqu’il vole, les biens volés se changent en denrées nécessaires pour soulager la pauvreté de tous.
Quand un tel Lama réprimande
Ses paroles sont de puissants mantras
Pour faire disparaître la détresse et les obstacles.
Ses coups sont des bénédictions
Qui accordent les deux siddhis et réjouissent tous les hommes fervents et respectueux.
Ainsi qu’il est dit ci-dessus, apprécions les aspects bienfaisants de toutes ses actions
.”
[5] “Lerab Ling, 6-10 November 2024. Only the teachings and empowerments are listed below. The complete list of lungs/reading transmissions can be found in this file.
6 November:
Teaching on shamatha based on Dilgo Khyentse Rinpoche's text, The Sage Who Dispels Mind’s Anguish, including its reading transmission
Empowerment of Medium-length & Brief Blessing of Tendrel Nyesel
7 November:
Teaching on lojong using Jamyang Khyentse Wangpo's Ambrosia for the Mind
Empowerment of Nyingtik Saldrön
8 November: Empowerment of Vajra Heart, A Spontaneous Song that Reveals the Ultimate
8 & 9 November:
Teaching on kyerim using Shechen Gyaltsab Gyurme Pema Namgyal's text: A Clear, Concise and Simple Explanation of the Generation and Completion Stages for the Benefit of Beginners (Beginner’s Guide to Kyerim)
9 November: Empowerment of Netik Phurba
9-10 November: Root empowerment of Chimé Pakmé Nyingtik
10 November: Teaching on semtri using Dilgo Khyentse Rinpoche's Oral Instructions
”
Source : Rigpawiki

lundi 18 novembre 2024

Un lanceur d'alerte au monastère de Shéchen

Yangsi Dilgo, tulku de Dilgo Khyentsé Rinpoché (capture d'écran Viméo)

La vidéo publiée sur Viméo le 13/11/2024 qui avait donné lieu à ce blog n'est plus en ligne
Des extraits de la vidéo sont toujours visibles dans le tweet de Tibetan Buddhism Leaks. Il y a également une discussion à ce sujet sur Reddit, en anglais. MàJ 02122024 un nouvel upload de la vidéo sur Youtube
Un autre tulkou, Yangsi Dilgo Khyentsé (né en 1993), se rend compte qu’il ne pourra jamais atteindre le niveau hagiographique de son prédécesseur. Il renonce à devenir un “saint”, et montre en public qu’il a décidé de suivre l’exemple de son idole Chogyam Trungpa, que son grand-père admirait tant et avait couronné roi de Shambhala. Avant lui, Dzongsar Jamyang Khyentsé (né en 1961), prenant Chogyam Trungpa pour modèle, avait écrit dans The Guru Drinks Bourbon?
“Les prêtres et les saints en Occident, ainsi que les figures similaires en Orient, sont toujours représentés comme austères et moralement purs, y compris Bouddha Shakyamuni. Mais il est apparu sous cette forme nirmanakaya pour le bien de son audience composée de gens ordinaires. Les paysans de Magadha pouvaient accepter la vérité si elle venait de la bouche d'un renonçant pur, et non des lèvres d'un marchand rusé et manipulateur, c'est pourquoi il ne portait pas de bagues en diamant ni de pantoufles dorées. Cette apparence était son véhicule. Seul le guru tantrique Vajradhara, dans sa forme sambhogakaya, se manifestait avec des boucles d'oreilles et des consorts, ne vivant pas du tout simplement.”

“Même au sein du Vajrayana qui accepte une certaine débauche et certains excès, c'est difficile à faire accepter. Mais on ne sait jamais où sont les bodhisattvas. Ils pourraient très bien se trouver parmi les prostituées. Ils pourraient très bien se manifester sous la forme de lamas débauchés. À l'inverse, le diable peut se manifester sous la forme d'un célibataire austère comme Kashyapa.[1]” (The Guru Drinks Bourbon? , ch. Assuming the Best)
Soit noté en passant que l’on retrouve dans ce passage l’idéologie Yogācārine et ésotérique, où le Bouddha aurait fait seulement semblant d’être un renonçant (śramaṇa), et avait enseigné un Dharma "entrée de gamme" correspondant au niveau de ses premières audiences (de la première et deuxième tour de la roue). Contrairement au guru tantrique qui ne renonce à rien, ne s’interdit rien, et qui a souvent des ambitions théocratiques en plus. Dans la famille de Dilgo Khyentsé Rinpoché I (1910-1191), où l’on est guru de grand-père à petit-fils, parler de lignée est en même temps parler de la famille. 

Padre, padrone - Grand-père, guru

Dilgo Khyentsé Rinpoché I avait deux filles avec son épouse Khandro Lhamo : Déchen Wangmo et Chime Wangmo. La cadette est la mère de Shechen Rabjam Rinpoché (né en 1967), qui est donc le petit-fils de Dilgo Khyentsé Rinpoché I et l’abbé du monastère de Shechen au Népal. Pour Dzongsar Jamyang Khyentsé, lui-même le petit-fils de Dudjom Rinpoche (1904 – 1987), Dilgo Khyentsé Rinpoché I est simplement son guru principal. Les liens familiaux et/ou spirituels sont souvent très étroits entre familles de gurus. Pour lire ce qui suit, et comprendre l’émotion de Shechen Rabjam, il faut savoir que non seulement Shechen Rabjam était chargé d’éduquer le tulku de son propre grand-père (DK I), mais que DK I était également le grand-père de son propre tulku (DK II). Ce qui est perçu comme une trahison par DK II de son grand-guru et grand-père est à la fois d'ordre spirituel et familial.

Lanceurs d’alerte sur Viméo et Twitter

Jeune femme criant "Vous violez des filles" à l'entrée du temple de Shechen (capture Viméo) 

Un post Twitter (X) de Tibetan Buddhism Leaks du 17/11/2024 reprend une vidéo Viméo du 13/11/2024 postée par “Fakeyangsi Abuse”, qui annonce une suite de vidéos. Il n’est pas exclu que cette vidéo soit postée par quelqu’un du monastère, car on semble surtout regretter que le nom de Dilgo Khyentsé soit traîné dans la boue.

Dans cette vidéo, Yangsi Dilgo est accusé de viol. Cela commence par un court extrait de Trulshik Rinpoché rappelant que le tulku de Dilgo Khyentsé Rinpoché sera réellement son tulku s'il se comporte comme tel. La vidéo démarre ensuite par une séquence, où Yangsi Dilgo explique que s’il fume et boit ostentatoirement, en public et devant les caméras, c’est pour “faire une percée” (“break through”) avec une “intention pure” et “sans peur”. “L’intention pure” et l’absence de peur sont essentielles pour “percer mon esprit dualiste” (“break through my dualistic mind”). Probablement pour imiter son modèle Trungpa. C'est lui qui l'inspire, pas son grand-père Dilgo Khyentsé.

La deuxième séquence montre une jeune femme visiblement en colère qui entre dans la cour du monastère Shechen en criant “Vous violez des filles !” (You rape the girls!). Elle prend un pot de fleurs sur l’escalier qui monte vers le temple et le jette par terre.

La troisième séquence est un enregistrement audio de Shechen Rabjam qui parle en sanglotant du comportement de Yangsi Dilgo[2], des accusations de viol, de la honte qu’il éprouve que le nom de son grand-père guru soit ainsi trainé dans la boue par son tulku Yangsi, et de la crainte de répercussions médiatiques "Rinpoché est un menteur, Rinpoché est un harceleur sexuel, Rinpoché commet des viols"[3]. Shechen Rabjam rappelle que DK I lui avait dit qu’il n’osait pas donner le nom (de refuge) de son propre lama-racine à personne d’autre, de peur que ce nom ne soit souillé et détruit. Shechen Rabjam est lui-même la réincarnation de ce lama-racine (Shechen Gyaltsab Rinpoche). Maintenant le nom de Dilgo Khyentsé, le grand-père et lama-racine de Shechen Rabjam, est traîné dans la boue par celui qui porte son nom. Son tulku et petit-fils Yangsi Dilgo.

Quatrième séquence. Yangsi Dilgo parle de lui-même et de son grand-père DK I.
"Parfois, des gens viennent me voir et disent : 'Oh, je vous ai rencontré quand vous étiez jeune' et disent : 'Oh, vous savez, j'ai rencontré votre prédécesseur.' Je m'en fiche complètement ! Pourquoi parler d'un prédécesseur quand je suis vivant, hein ? Donnez-moi aussi du crédit. Il est déjà parti ! Au revoir ! C'est comme, voulez-vous rester coincé avec, vous savez, ces vieux téléphones [filaires] où vous devez parler comme ça ? Vous voulez ça ? Ou vous voulez un smartphone ? En gros, je suis la version smartphone. Mon prédécesseur était cette version [obsolète]. Laquelle voulez-vous ? C'est simple, vous savez ? J'en ai tellement marre que les gens viennent me voir et disent 'Oh, le prédécesseur était si génial !' Mais je peux vous assurer qu'il ne survivrait même pas une seconde s'il était vivant dans ce monde, dans ma situation, dans les circonstances que j'ai vécues et vues. Je ne pense pas qu'il puisse survivre. J'ai pu vivre tout ça et apprendre beaucoup de choses complexes [ ]. Beaucoup de difficultés inutiles, je dois dire.[4]"
Cinquième et dernière séance, un autre enregistrement audio de Shechen Rabjam.
"Alors, s'il vous plaît, réfléchissez bien à ceci. La responsabilité du monastère, je vous l'ai déjà donnée, à vous les Khenpos et Lopons. Quant à moi, s'il vient ici, s'il s'assoit sur le trône, s'il s'assoit là en disant qu'il est Dilgo Khyentse, je juste... (voix peu claire à cause des pleurs). Vous savez... (peu clair à cause des pleurs)... il n'y a plus grand-chose à dire. Il va dans les maisons des gens. Il déchire les familles. Il s'est impliqué avec cette femme mariée. Il y avait cette fille de seize ans, il lui envoyait des photos de lui nu, montrant même son sexe ! Mais, je ne me soucie de rien d'autre. Peu importe s'il est en colère contre moi. Je m'en fiche s'il ne m'aime pas. Mais, qu'il utilise le nom de mon guru racine. Voici encore une chose qu'il dit : 'La seule chose c'est que j'ai changé de corps, mais mon esprit est Dilgo Khyentse.' Comment cela peut-il ressembler à quoi que ce soit que Dilgo Khyentse ferait ? Maintenant, comment pouvons-nous prendre un harceleur sexuel, un menteur en série, et dire qu'il est Dilgo ? Les gens se prosternent devant lui, ont de la dévotion pour lui, et en retour il les trompe. J'ai entendu dire que récemment une mère et sa fille sont venues. Elle était effondrée à cause de son divorce. Il a dit : 'Je ne veux pas que la mère vienne. Dites à la fille de venir ce soir.' Il a essayé de violer la fille ! Elle a réussi à s'échapper. Elle s'est enfuie au monastère de Thrangu et elle a été sauvée par les moines de Thrangu. Avec quelque chose comme ça, comment peut-il donner un exemple à nos moines ? Comment peut-il donner un exemple tout court ? Eh bien, c'est tout. Je n'ai rien d'autre à dire. S'il vous plaît, réfléchissez bien à ceci. Ce n'est en aucun cas pour moi. C'est pour le bien du Dharma. C'est pour le bien de la lignée du précédent Khyentse. Merci.[5]"
La vidéo semble être postée surtout pour accuser Yangsi Dilgo de détruire le nom et la réputation de Dilgo Khyentse I et de sa lignée. Par rapport à cela, son comportement provocateur, harceleur et les viols dont on l’accuse semblent secondaires...

Cette vidéo montre que les abus que l’on trouve partout, y compris dans le bouddhisme tibétain, aussi bien en Occident qu’en Asie, commencent à être reconnus comme un problème à Shechen. Cette vidéo est comme un concentré de tous les problèmes auxquels est confronté le bouddhisme tibétain (son institut de tulkus, sa transmission, son silence, ses propres illusions...) dans le monde moderne. Que des moines du monastère de Shechen et des jeunes femmes de leur communauté en prennent conscience, et surtout le font savoir et le publient dans des médias en ligne --comme le demandait le Dalai-lama ("Make public!")... -- est une nouveauté. Du moins pour moi. Le lanceur d'alerte a annoncé d'autres vidéos.

Dans sa présentation :
"If you have been abused or raped by the Fake yangsi write to fakeyangsiabuse@protonmail.com"
 
Comme je ne connais pas (encore) la motivation du lanceur d'alerte, et que son objectif principal semble être de dénoncer Yangsi Dilgo comme un imposteur, j'ajouterai :

For help in gender-based violence services in Nepal, call 1145

***

MàJ 09012025 Le monastère de Shechen vient de publier un PDF (08/01/2025), relevant "Khyentse Yangsi" jusqu'à nouvel ordre de toutes ses fonctions et responsabilités.


Traduction FR
"À QUI DE DROIT

Compte tenu des déclarations répétées de Khyentse Yangsi selon lesquelles il ne se considère pas comme un "Lama de Shechen", et à la lumière de nombreux incidents préoccupants, nous confirmons avec regret que Khyentse Yangsi, Ugyen Tenzin Jigme Lhundrup, n'est plus affilié au Monastère de Shechen - fondé par Kyabje Dilgo Khyentse Rinpoche - et est relevé de toutes les fonctions et responsabilités associées jusqu'à nouvel ordre.

Le Comité de Direction du Monastère de Shechen"
MàJ19112024 Comme cela vient d'être remarqué par Tibetan Buddhism Leaks, la lettre publiée par Shechen Rabjam le 17/05/2024 semble se référer au même problème.

[1] “Different cultures have different expectations of holy men and women, mostly having to do with living simply and chastely. Priests and saints in the West, and similar figures in the East, are always depicted as austere and morally pure, Shakyamuni Buddha included. But he appeared as he did in his nirmanakaya form for the sake of his audience of common people.

Even within the Vajrayana’s acceptance of some debauchery and indulgence, it’s a hard sell. But one never knows where the bodhisattvas reside. It could very well be among prostitutes. They could very well manifest as debauched lamas. Conversely, the devil can manifest as an austere celibate like Kashyapa
.”

[2] Soutitres : “And there, the lama will tell lies, right? If they happen to be young ladies, he will harass them sexually, right?"

[3] “Rinpoche is a liar, Rinpoche is a sexual harasser, Rinpoche commits rape”

[4] “Sometimes people come up to me and say, ' "Oh, I met you when you were young and say: "Oh, you know, I met your predecessor. I don't give a damn about that! Why do you talk about a predecessor when I am alive, yeah? Give me credit, also. He is already gone! Bye bye! It's like, do you want to be stuck with the, you know, those [wired] old phones where you have to talk like that? You want that? Or you want a smart-phone? Basically. I am the smart-phone version. My predecessor was this version. Which one do you want? It’s simple you know?I am getting so sick and tired of people coming up to me and say "Oh, the predecessor was so great!" But I can assure you he will hot survive even one second if he was alive in this world, in my situation in the circumstances that I have lived and seen. I don't think he can survive. I was able to live through that and learn a lot of complex [ ]. A lot of unnecessary hardships, I have to say.”

[5] “So, please, think carefully about this. The responsibility of the monastery, I have already given it to you, Khenpos and Lopons. As for me, if he comes over here, if he sits on the throne, if he sits there saying he’s Dilgo Khyentse, I just … (voice unclear due to crying). You know, ...(unclear due to crying)... there is nothing much left to say. He goes into the homes of people. He tears families apart. He got involved with this married woman. There was this sixteen years old girl, he was sending her nude photos of him, even showing his sex! But, I don’t care about anything else. It doesn't matter if he's angry with me. I don’t care if he doesn’t like me. But, him using the name of my root guru. Here’s yet another thing he says, "The only thing is that I changed bodies, but my mind is Dilgo Khyentse.” How does that look like anything Dilgo Khyentse would ever do? Now, how can we take a sexual harasser, a serial liar, and say he is Dilgo? People prostrate to him, have devotion for him, and in return he deceives them. I heard that recently a mother and daughter came. She was broken down due to divorcing her husband. He said, "I don’t want the mother to come. Tell the daughter to come this evening." He tried to rape the daughter! She managed to escape. She escaped to Thrangu Monastery and she was saved by the Thrangu monks. With something like this, how on earth is he setting an example to our monks? How is he setting any example at all? Well, that’s all. I have nothing else to say. Please think about this carefully. It’s not for me in any way. It's for the sake the Dharma. It s for the sake of the lineage of the previous Khyentse. Thank you.”