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mardi 2 juin 2026

Prélude à la bataille de la lettre A (l’imagination, source de l'illusion ?)

Milarépa, détail Himalayan Art 30508

Blog précédent de la série
"Ô Bhikṣus, mes paroles doivent être acceptées par les sages non par simple respect pour moi, mais après une investigation rigoureuse, tout comme l'or n'est accepté comme pur qu'après avoir été chauffé, coupé et frotté." (Tattvasaṅgraha (3587) ; Tattvasaṅgrahapañjikā (v.1-6)[0]
“C’est cette partie dominante dans l’homme, cette maîtresse d’erreur et de fausseté, et d’autant plus fourbe qu’elle ne l’est pas toujours ; car elle serait règle de vérité si elle était infailliblement règle de mensonge. Mais étant la plus souvent fausse, elle ne donne aucune marque de sa qualité, marquant du même caractère le vrai et le faux.” (Blaise Pascal, Pensées, éd. Sellier, fr. 44)
L’imagination à l’origine de la réalité phénoménale ?

Dans mon dernier blog (Prélude à la bataille de la lettre A - manas & Prakāśa), j’ai commencé à expérimenter avec la traduction “imagination” pour “manas” (t. yid), comme un exercice de pensée. Dans un sens plus global que la citation de la pensée de Pascal[1]. Pour justifier cette traduction, on peut se baser sur le Commentaire du Madhyānta-vibhanga-śastra (traité yogācārin) de Sthiramati, et la traduction anglaise qu’en avait fait Th. Stcherbatsky dans le deuxième chapitre[2].

Stcherbatsky utilise plusieurs synonymes pour référer au “Constructeur universel de la réalité phénoménale" (s. abhuta-parikalpa), qui est à l’origine de la vérité conventionnelle. “Imagination productive”, “Constructeur des phénomènes”, “Créateur de l'illusion du monde”, etc. Ce “Constructeur” construit le monde phénoménal en divisant la réalité concrète en deux parties distinctes: un sujet qui appréhende, et un objet qui est appréhendé. Bien que cette division dualiste soit une pure illusion, pour le Citttamātra/Yogācāra, le Constructeur en lui-même existe d'une manière absolue et représente la "chose en soi" (Stcherbatsky) véritable.
“Le Constructeur universel de la réalité phénoménale (s. abhūta-parikalpa t. kun tu rtog pa) existe (s. 'sti t. yod).
En lui, la dualité [entre le sujet et l'objet] n'existe pas.
La vacuité, cependant, est contenue en lui.
Et dans la vacuité, à son tour, il est inclus.[3]” (Madhyāntavibhāgakārikā-bhāṣya)
Il s’agit de l’imagination en tant que constructeur universel de la réalité phénoménale. Ce qui apparaît comme la réalité phénoménale, est produit de causes et de conditions. les Cinq traités de Maitreya (dont le Madhyāntavibhāga et le Ratnagotravibhāga) ont d’ailleurs pour but d’associer la théorie du tathāgatagarbha (l’essence de bouddha présente en tous les êtres) avec le système Yogācāra.

Le faux procès du "blocage des pensées"

Dans l’Amanasikārādhāra, l’Apologie du non-engagement mental (ou imaginaire...), attribuée à Advayavajra, l’auteur met beaucoup d’effort à justifier que l’objet du non-engagement mental n’est pas une absence (négation non-affirmante), comme semble s’adresser à des tāntrika qui estiment que le non-engagement mental n’ait pas le même pouvoir que les yogatantras supérieurs, puisqu’il n’a pas d’absolu à atteindre ou “réaliser”. Advayavajra semble prendre à son compte les arguments et objections yogatantriques pour les réfuter. Il aurait pu se refuser à cet exercice, en utilisant ses propres arguments et autorité (surtout s’il s’agissait d’Advayavajra en personne, si c'est en effet le cas), mais il semble avoir cédé à la pression pour une justification réconciliante qui pourrait satisfaire la doctrine yogatantrique. Cependant, je ne connais pas bien le sanskrit, et il est également possible que l’auteur de l’Apologie est plus fin et nuancé, en retournant les arguments et instruments avancés par ses adversaires contre les leurs.

Différentes approches de l’imagination

L’Amanasikārādhāra émerge dans un contexte de haute compétition doctrinale en Inde du Nord, où plusieurs traditions se disputent la définition de l’état ultime et le statut du mental ou de l’imagination. Faut-il éliminer le mental, est-ce même possible sans invoquer des éléments surnaturels ?

Pour les Jaïns[4], manas est un instrument matériel subtil qui produit le karma, et ils envisagent donc d’éteindre (s. nirodha) l’imagination (s. a-manaska) simplement pour cette raison.

Il existe par ailleurs un texte d'origine shivaïte, mais à vocation universaliste, qui porte le titre Amanaska[5]. Influencé par des courants tantriques radicaux[6], il enseigne l'état de non-mental (s. amanaska), qui correspond à la dissolution complète de l'activité mentale et des saṅkalpa (pensées intentionnelles ou volition). Ce texte assimile l'amanaska au Rājayoga, une pratique sans effort considérée comme supérieure et indépendante des autres yogas (Haṭha-, Mantra-, et Laya-yoga).

L’essence de l’imagination est lumineuse mais voilée

Dans le Mahāyāna mainstream (Sūtrayāna), l’imagination dualiste est à l’origine des voiles[8]. Il est cependant transcendé par la gnose non-conceptuelle (s. nirvikalpa-jñāna). Dans l’Abhidharma, manasikāra (sans a- privatif) est l’un des facteurs mentaux universels (s. mahābhūmika / sarvatraga), c’est-à-dire qu’il est présent dans tout moment de conscience (s. citta). Le terme manasikāra désigne la faculté de la pensée de diriger l’attention sur un objet. L’attention dirigée habilement (s. yoniso manasikāra) est généralement considérée comme une qualité, notamment dans le bouddhisme des Auditeurs (s. śrāvakayāna). L’imagination est mobilisée habilement pour l’éveil.

Dans le Yogācāra, l’imagination productrice (s. abhūta-parikalpa) existe réellement (s. asti) comme processus de construction du monde phénoménal. Elle est cependant associée à la septième conscience, dite “imagination souillée” (s. kliṣṭamanas), qui résulte en l'appropriation de la conscience fondamentale (s. ālaya-vijñāna) comme un “moi”.

En mode "voilé", l’imagination est toujours déjà prise dans la dualité sujet-objet, dans l’appropriation d’un soi, dans la production de voiles. Elle est “structurellement défectueuse” dans son fonctionnement (“la folle du logis”), mais non dans son essence. Car cette même imagination, libérée de ses voiles dualistes, n’est autre que la gnose lumineuse (≈ jñānaṃ nityaṃ jyotiḥ, védantin).

Neutraliser l’imagination en connaissant l’essence

L’éveil n’est donc pas une “liberté souveraine” qui inclurait l’imagination en l’assumant pleinement (comme dans le shivaïsme moniste). C’est une transformation radicale : l’imagination cesse de fonctionner comme l’imagination ordinaire, non par annihilation, mais par reconnaissance de son essence. Ce qui change, c’est le mode (voilé - dévoilé), non la faculté elle-même.

C’est pourquoi certains sūtras (prajñāpāramitā) parlent paradoxalement de pensée non-pensée (s. cittam acittam, acitta, acittaka) : l’éveil n’est pas un état mental ordinaire, mais il n’est pas non plus l’absence de toute conscience. C’est l’imagination reconnue comme vacuité lumineuse, autrement dit : l’essence de bouddha qui, une fois les voiles déchirés, se révèle n’avoir jamais été autre chose que cela. La statue d’or est toujours une statue d’or malgré les voiles qui la recouvrent. Ce qui valait pour l’imagination (Madhyāntavibhāgakārikā-bhāṣya, voir plus haut) peut maintenant être appliquée à la luminosité ou pureté naturelle de la pensée, j’adapte :
“La vacuité (śūnyatā), cependant, est contenue en elle.
Et dans la vacuité, à son tour, elle est incluse.”
L’imagination nécessaire

L’imagination, “le Constructeur universel de la réalité phénoménale”, correspond au fond à la réalité phénoménale, la vérité conventionnelle, dont le bodhisattva ne se débarrasse pas, puisqu’il s’y engage par compassion, et dont il a besoin pour sa puissance d’agir. La coalescence des deux vérités est centrale dans la voie médiane.

Rappelons-nous aussi que selon le Yogācāra, l’imagination (voilée) existe (s. asti) independamment, et donc l’imagination non-voilée aussi. Ce ne sont certainement pas les voiles ou les productions de l’imagination (le “non-Soi” moniste) qui lui confèrent l’existence !

L’imagination comme dimension libre

Le Shivaïsme non-duel (Trika, Abhinavagupta) ne cherche pas non plus à éliminer l’imagination qu’il considère comme une manifestation de la conscience souveraine (s. svātantrya). L’état ultime est unmanī (au-delà du mental) ou manonmanī (mental et au-delà). La liberté inclut la capacité à avoir ou ne pas avoir d’activité mentale.

Dans les Yogatantras bouddhiques, l’imagination est vide d’essence, mais son énergie est utilisée (visualisations, mantra, karmamudrā) pour accélérer la purification/transmutation (déification) par les deux phases. La Mahāmudrā est l’union de la vacuité et de la luminosité, qui remplace l’indivision des deux vérités mādhyamika. Cette union est uniquement accessible par la série de quatre initiations transmises par un vajrācārya (myste).

Ne touchez pas à la Mahāmudrā !

Quand le terme Mahāmudrā est d’abord simplement mentionné, puis utilisé, surtout au Tibet au XII-XIIIème siècle, pour désigner une union non-yogatantrique de la vacuité et de l’imagination (Advayavajra, Sahajavajra, Vajrapāṇi dans son commentaire du Sūtra du Coeur, Gampopa), l’utilisation de ce terme qui désigne la plus haute réalisation yogatantrique pose problème pour des yogatāntrikas orthodoxes.

Il arrive au mahāyāna mainstream, notamment mādhyamika, de critiquer les tantras pour leur ritualisme et leur essentialisme, ou d’en prendre un certain recul. Les yogatantras critiquent la “Mahāmudrā” non-tantrique pour son manque de Méthode yoguique “concrète”.

Les shivaïtes radicaux proposent leur propre amanaska (Rājayoga) à l’écart du Haṭhayoga, en se considérant supérieur (“Royal”) à ce dernier. Il me semble que l’équipe d’Advayavajra propose une approche “voie d’aperception directe” (t. mngon sum lam) qu’on pourrait appeler “post-tantrique”, que Gampopa désignerait ainsi, et qu’il considérait supérieure à la voie de la Méthode tantrique ou voie de grâce (s. adhiṣṭhāna-mārga). Il faudrait d'ailleur voir tout ce que ce terme sanskrit (et pāli) recouvre et implique. On peut même soupçonner que dans son sens yogatantrique il s’agisse de śaktī (Puissance) et de transfert de Puissance (s. śaktipāta).

Le shivaïsme non-duel du Cachemire (Trika) lance un défi à la vacuité bouddhique en lui opposant une conscience souveraine, qui n’est vide de rien d’autre que de sa propre Puissance. La conscience (s. cit) n’est pas vide au sens madhyamaka. Elle est pleine, souveraine, libre. Lumineuse pourrait-on dire… Ce qui est vide, ce sont les (cinq) limitations[9] qui la voilent. Les Yogatantras se sont inspirés du shivaïsme (Bhairavisme), pour intégrer dans le bouddhisme mahāyāna ce dont ils estimèrent qu’il faisait défaut. La Lumière, le Divin, la Puissance divine.

La quête de la puissance propre

L’argumentation de l’Apologie (Amanasikārādhāra, attribué à Advayavajra) semble très consciente des différents points de vue et objections et y répond. L’auteur répond en définissant le mental non comme un obstacle à éliminer, ni comme un instrument à purifier, mais comme déjà “vacuité manifeste” (t. gsal ba, ou lumineuse si l’on veut). L’amanasikāra est la méthode pour l’approcher, en cessant de s’investir dans ses productions, en s’abstenant d’y diriger l’attention, et en n’y donnant pas son assentiment. La luminosité (ou l’imagination naturelle) s’érige alors en puissance propre (g. auto-krateia) “charismatique” (s. svādhiṣṭhāna t. bdag byin rlabs)[10], eu égard au rayonnement qui émane de la puissance propre, notamment dans le cadre de l’Activité éveillée spontanée d’un “Dharmakāya-Bouddha” (chapitres 20-21 du Précieux ornement de la libération, de Gampopa).

Sahajavajra présente le Tattvadaśaka d’Advayavajra comme une œuvre qui, bien qu’écrite en accord avec le système des mantras (s. mantranaya), relève en réalité de la voie des Perfections (s. pāramitāyāna). Le verset 9 qui contient le terme svādhiṣṭhāna (autonomie spirituelle), qui semble désormais avoir pris un sens exclusivement yogatantrique avec le Guhyasamāja et le Pañcakrama, mais qui existait dans le bouddhisme pāli et mahāyāna bien avant les yogatantras. Il n’est donc pas nécessaire de le traduire dans un sens yogatantrique dans le Tattvadaśaka d’Advayavajra, et de donner la précédence à ce sens singulier. Dans ce texte, ce n’est pas une opposition entre les deux voies (yogatantrique et “post-tantrique”, mais un accord. Dans le Tattvadaśaka-tīkā (TDT), c’est l’Ainsité (s. tathatā) qui s’érige en puissance propre.
“Étant orné par la nature procédant (tib. 'phros pa'i) de la nature de l'Ainsité, [le yogi] est un ornement[11]. (Sahajavajra TDT)
Autrement dit un “joyau qui exauce les souhaits” (s. cintāmaṇi)[12], l’activité éveillée spontanée (t. phrin las), d’où l’adjectif "charismatique".

Sahajavajra reconnaît pleinement la nature de Bouddha comme dynamique expérientielle (naturellement pure, lumineuse et incréée), mais refuse de lui accorder le statut de "chose" ou de "fondement" ultime, maintenant ainsi sa pensée dans une Voie médiane qui refuse de s'appuyer sur l'être tout comme sur le non-être. L’activité éveillée spontanée est le rayonnement du Corps réel (s. dharmakāya), sans intervention intentionnelle d’un Corps formel ou d’une gnose lumineuse. Les deux corps formels (sambhogakāya et nirmāṇakāya) sont des apparitions pour les autres (t. gzhan snang s. parapratibhāsa), non des constructions délibérées, qui apparaissent en fonction du besoin des autres (selon leurs mérites et leurs aspirations). Comme l’image d’un visage que le miroir renvoie à la personne qui se regarde. C’est le point de vue classique, y compris du Ratnagotravibhāga suivi par Gampopa et d’autres Apratiṣṭhāna-Mādhyamika”[13]. Les Apratiṣṭhānavādins affirment que les activités salvatrices du Bouddha se produisent spontanément et sans effort, sans avoir besoin d'une gnose comme substrat ou support cognitif.

Le troisième Karmapa se rebelle

En revanche, Karmapa 3 dans son Traité expliquant le tathāgatagarbha (t. (De bzhin gshegs pa’i snying po bstan pa’i bstan bcos), fait appel aux quatre gnoses (s. jñāna) pour expliquer l’activité salvatrice du Bouddha selon l'orthodoxie yogācārine[14]. Or, le mot “jñāna” peut signifier à la fois une connaissance immédiate “naturelle”, et une gnose lumineuse d’ordre divin ou noétique. Dans ce traité (et son autre traité sur la réalité intérieure profonde, le Zab mo nang don, le confirme), il pointe vers une gnose lumineuse.
“L’exemple du joyau qui exauce les souhaits, et d'autres [analogies du même ordre]
Est énoncé pour montrer [l'existence d'] une puissance (t. nus pa s. śaktī) non-conceptuelle.
Il est ainsi expliqué que ce n'est pas exclusivement le continuum mental d'autrui (t. gzhan rgyud)[15].”
Il y a beaucoup à dire sur ce sujet[16], et j’en ferai certainement un blog. Retenons simplement ici que Karmapa 3 corrige radicalement l’approche de ses ancêtres Advayavajra+Sahajavajra et Gampopa, en abandonnant leur voie de l’aperception directe (t. mgon sum lam) et leur Apratiṣṭhāna-Mādhyamika. On change de “Bouddha” et de “Bouddhologie” (Almogi, 2009). Karmapa 3 s'approche d'ailleurs davantage de Longchenpa, quant au lien entre l'essence de Bouddha et le corps subtil. 

Par exemple, comparé au shivaïsme radical (Rājayoga) qui veut un état sans mental, sans imagination (s. amanaska), le non-engagement mental est une troisième voie entre élimination et inclusion active, entre analyse et non‑analyse. Cela ouvre le potentiel d’une dimension pure, d’imagination créatrice, qu'exploite d'ailleurs à fond le bouddhisme ésotérique. Cela reste de l’imagination, mais qui s’engage dans des “créations pures”, des “images fausses” dirait Ratnakarasanti, sur le fil du rasoir, comme l'aiment les yogatāntrikas, ou en léchant du miel d’un rasoir (t. sbrang rtsi’i spu gri gzhib pa[17])... Saraha et son commentateur Advaya-Avadhūtipa disent à propos des banquets gaṇacakra :
“Si [les yogis] réalisent leur objectif conformément aux phases de la création etc. du chemin ésotérique du Fruit

24.3a Par cette instruction ils concrétiseront l'autre monde

Mais s'ils ne le concrétisent pas

24.4a La tête de ces étourdis sera écrasée sous les pieds [du Seigneur du monde][18].”
Chez Sahajavajra (Commentaire extensif des Dix versets sur le Réel[19]) la coalescence ou (s. yuganaddha[20]) désigne fondamentalement la coalescence des deux vérités, à savoir de ce qui est produit (le phénomenal) et de ce qui est non-produit (parfois la réalité ultime, le Réel). Il s'agit d'une posture où la vérité phénoménale et le non-produit ne s'excluent pas et, sans s’engager mentalement, sans assentiment, sont logiquement établies ensemble, sans contradiction. Il n’y a pas d’appel à une réalité noétique lumineuse, à laquelle l’imagination non-imagination serait seule réceptive, et qui se pourrait se faire jour à partir d’une abstention, un demeurer en retrait, sans intervenir dans le déploiement de l’imagination naturelle.

La Voie du milieu ornée par la parole du guide (madhyamā guruvāgalaṃkṛtā)

C’est le non-engagement mental (s. amanasikāra) qui rend possible cet “état de suspension”, qui permet d’avoir accès à la vérité conventionnelle sans perdre son aspect non-produit (vacuité), et vice versa. Cette coalescence est inconcevable (s. acintya bsam gyis mi khyab pa), “mystique” dans un sens non-ésotérique, même si l’origine étymologique du mot ne le permet pas trop. Seulement, cet état doit être suscité et confirmé par des paroles et des gestes d’un guide lors d’une Introduction (t. ngo sprod). Ce procédé existait dans l’école Kagyupa primitive (Gampopa, ses neveux, Tshalpa Zhang, Jigten Gonpo, etc.), et il se passait d’une initiation yogatantrique supérieure avec ses quatres étapes.

La charge de Sakya Paṇḍita : pas d'Éveil sans liaison noétique

Le procédé Ngo sprod aussi avait été critiqué par Sakya Paṇḍita, qui tenait à ses quatre étapes d’initiation pour avoir accès à l'Éveil surnaturel Prémium Plus. Sakya Paṇḍita dit :
“Dans mon système, la pensée n’ayant pas d’essence (t. ngo bo med pa), il n’y a rien à introduire (ou à faire reconnaître t. sprod rgyu mi bdog).

L’expression “non-remémoration et non-engagement mental” (t. dran pa med cing yid la bya ba med pa) est désignée simplement comme une “récollection du Bouddha” (t. sangs rgyas rjes su dran pa)[21].”

"L'introduction à la nature de la pensée seule (t. sems rkyang pa) est une tradition [indienne ; David Jackson] non-bouddhiste. Comme cela ne peut pas éliminer la dualité du sujet saisisseur et de l'objet saisi (t. gzung 'dzin spang mi nus pa'i phyir), c'est une voie erronée (t. lam 'khrul pa yin). S'il faut aussi introduire les objets extérieurs, il convient d’examiner (t. brtag) si ces objets proviennent du Seigneur [créateur, Īśvara] selon les non-bouddhistes, ou des atomes (t. rdul phran) selon les Śrāvakas, ou de la pensée (t. sems) selon les Citttamātrins, ou de la production interdépendante (t. rten 'brel) selon les Mādhyamikas.[22]"
Et encore :
“Moi aussi, je pourrais rassembler davantage de disciples, si j’enseignais la panacée auto-suffisante à ceux qui n’avaient reçu que l’initiation-bénédiction de Vajravārāhī, si je leur enseignais (t. ngo sprod) par la suite le sens 'qui ne s’atteint pas à travers l’effort', après avoir identifié une vague expérience contemplative comme le chemin de la vision. Je recevrais aussi davantage d’offrandes. Et puis les sots me considéreraient comme un Bouddha.[23]”
Sakya Pandita y démontre pourquoi sauter l'étape de l'étude philosophique (t. thos bsam) mène directement à l'hérésie ou à la renaissance dans les royaumes inférieurs. Pour Sakyapa et la très grande majorité de bouddhistes ésotériques, il n’y a pas de salut possible dans le domaine naturel (s. laukika), même par le biais de la vacuité.
“Si l'on ne réalise pas les deux formes de non-soi, on ne peut pas détruire la saisie des entités réelles. Dès lors, méditer sur la vacuité devient une cause du Saṃsāra et des mauvaises destinées.[24]”
De nouveau, Advayavajra et Sahajavajra proposent la coalescence des deux vérités, comprenant le non-soi des phénomènes et le non-soi de l'individu, qui avec l’essor de l’essence de Bouddha (s. buddhadhātu) et les yogatantras ne passe pas son heure de gloire.

Investissement dans la réalité noétique

Le salut est au fond d’ordre surnaturel (s. lokottara, alaukika), noétique, métaphysique, supramondain, divin, céleste, … La Mahāmudrā ou Mahāsukha est pour eux la “fusion” ou le transfert de Puissance (s. adhiṣṭhāna t. byin rlabs) entre le Surnaturel et le Naturel. Sans le Surnaturel, et sans cette fusion, pas de salut Prémium Plus. Pas de Parfait état de Bouddha triadique. Pour Sakya Paṇḍita, la Mahāmudrā est exclusivement la gnose "co-émergente" (s. sahajajñāna) qui surgit de la pratique de ces deux stades tantriques. On voit que le choix de traduire “sahaja” par “co-émergente” (et pas par inné, immanent ou naturel) n’est pas neutre. La gnose co-émergente se caractérise par l'union indissociable de la félicité et de la vacuité (t. bde stong), notamment de la “joie co-émergente” (s. sahajānanda). Remplacer naturel etc. par “co-émergent” sert de marqueur et de rappel à la bonne interprétation yogatantrique, partout et toujours, quelle que soit l’intention des auteurs respectifs.

La phase d’achèvement, quant à elle, emploie des techniques yogiques avancées pour travailler directement sur les énergies internes du corps : les canaux (nadis), les souffles/vents (vayus) et les essences/gouttes subtiles (bindus). C'est en maîtrisant ces énergies physiologiques et psychiques, notamment à travers l'initiation et les pratiques d'union, que la Luminosité et la félicité se déclenchent de manière organique et puissante.

Il ne s’agit pas d’une pure imagination créatrice. Selon le Traité expliquant le tathāgatagarbha du 3e Karmapa Rangjung Dorje, le corps subtil est structurellement et réellement présent en nous. Le texte affirme que dès la naissance, chaque être vivant possède ces canaux immatériels qui servent de voies de circulation aux souffles vitaux et aux essences.
“Le fondement (t. gnas g. topos) est l’essence du Victorieux.
“Le Constructeur universel de la réalité phénoménale” (s. abhūta-parikalpa)
Est présent (t. rab gnas) dans la pureté de la pensée (t. sems kyi dag pa).
Cette pureté elle-même est présente actuellement (t. da ltar yod).
Bien qu’existant, à cause du non-savoir (s. avidyā) et des pensées conceptuelles (t. kun rtog),
On ne la voit pas (t. mi mthong), c’est pourquoi voilà le saṃsāra.
Lorsqu’on les dissipe (t. bsal), c’est le nirvāṇa[25].

“Ce qui depuis le commencement a des limitations,
La Réalité (s. Dharmatā[26]), qui est par nature pure et permanente,
Bien qu’obscurcie depuis toujours par des voiles,
On ne la voit pas, comme un vase d’or recouvert de terre[27].”

“Les canaux, les souffles et les essences-gouttes (s. bindus) :
Lorsqu’ils sont purifiés, ils sont le Corps formel (s. rūpakāya) ;
Lorsqu’ils ne sont pas purifiés, ils sont le corps de forme impur.[28]”
Le 3e Karmapa allie ici l’Embryon du Bouddha et le corps subtil qui deviendra le corps adamantin (s. vajrakāya), qui permet la déification ou bouddhafication du yogi. Il résume ce grand paradoxe (la présence absolue qui échappe à l'existence) en s'appuyant sur les Sūtras :
"Ainsi, la pensée-en-soi (t. sems nyid) est bouddha.
Bien qu’il existe actuellement, on ne le connaît pas.
Quand on le comprend, à ce moment-là…

“Comme la chaleur dans le fer disparaît,
Ou la taie dans l’œil disparaît
On ne dit pas que le bouddha, la pensée et la gnose (s. jñāna)
Existent ou n’existent pas[29]."
L’habileté dans les moyens (t. thabs la mkhas pa s. upāyakauśalya), la pratique des pāramitā (s. ādikarma) combinée avec la prajñāpāramitā, change de sens, et devient désormais la Méthode (s. upāya) des yogantras supérieurs, toujours considérés comme vides d’essence, mais pas si “vides” que l’on peut s’en passer… Contrairement au śrāvakayāna et au mahāyāna.

A suivre…

***

[0] tāpācchedācca nikaṣātsuvarṇamiva paṇḍitaiḥ | parīkṣya bhikṣabo grāhyaṃ madvaco natu gauravāt ||
Tattvasaṅgraha (3587) ; Tattvasaṅgrahapañjikā (v.1-6) 

Tibétain : yang seng ge'i sgra 'di yang gang yin zhe na// bsregs bcad brdar ba'i gser bzhin du// legs par brtag la nga yi bka'// blang bar bya yi gus phyir min//

[1] Le bouddhisme distingue entre différentes fonctions de la pensée : citta (la pensée dans son ensemble, ou instant conscient), buddhi (raison/volonté), manas (coordination/imagination), cintana (conception, réflexion),etc.

[2] Madhyanta-Vibhanga, Discourse on Discrimination Between Middle and Extremes Ascribed to Bodhisattva Maitreya and Commented by Vasubandhu and Sthiramati. Translated From the Sanscrit by Stcherbatsky, Śrī Satguru Publications, Delhi, 1992

[3] Vasubandhu: Madhyāntavibhāgakārikābhāṣya :
abhūtaparikalpo 'sti dvayan tatra na vidyate / śūnyatā vidyate tv atra tasyām api sa vidyate // 1.1
dbus mtha' rnam 'byed :
yang dag ma yin kun rtog yod// de la gnyis po yod ma yin// stong pa nyid ni 'di la yod// de la yang ni de yod do// stong pa ma yin mi stong min//
[4] Le jaïnisme est atypique et rejette la cosmogenèse émanative. Il n’y a pas de prakṛti primordiale, pas de chaîne de tattva issus les uns des autres. Les substances (dravya) sont éternelles, séparées, et n’émanent pas les unes des autres. Le manas n’est pas une hypostase intermédiaire entre l’immatériel (l’âme, jiva) et le matériel grossier (pudgala). C’est simplement une variété de matière (pudgala), plus subtile que le corps grossier, mais tout aussi matérielle (composée d’atomes). Il n’y a pas de degré d’immaterialité. Soit c’est matière (pudgala), soit ce ne l’est pas (jīva et les autres substances). Pas de tiers.

[5] Le Yoga de l'éveil dans la tradition hindoue, traduit en français par Tara Michaël, Fayard 1992.

[6] Ceux qui suivent l'Amanaska sont des shivaïtes, qui ne se confondent ni avec les Śaiva Siddhānta (dualistes), ni avec les shivaïtes monistes du Cachemire (Trika). Ils représentent une troisième voie, que l'on peut qualifier de shivaïsme radical ou shivaïsme non-duel, à tendance subitiste et renonçante.

[8] Voile des afflictions (kleśāvaraṇa) et voile du connaissable (jñeyāvaraṇa).

[9] Les cinq Kañcukas
Kalā : Limitation du pouvoir d'action (la toute-puissance divine devient une simple capacité à agir de manière limitée).
Vidyā : Limitation du pouvoir de connaissance (l'omniscience devient une connaissance partielle, imparfaite). On parle aussi de aśuddha vidyā (connaissance impure).
Rāga : Limitation par l'attachement et le désir. C'est l'énergie divine de volonté (icchā-śakti) contractée en un sentiment de "manque" qui nous projette vers les objets du monde.
Kāla : Limitation par le temps. L'éternité de Śiva devient l'expérience séquentielle du passé, présent et futur.
Niyati : Limitation par l'espace et la causalité. La liberté absolue de Śiva est restreinte par les lois de la cause et de l'effet, inscrivant l'action dans un cadre déterminé.

[10] Tattvadaśaka, 9 (traduction et édition Klaus-Dieter Mathes)
"[The yogin] who has left the [eight] worldly dharmas behind And adopted yogic conduct [that appears to be] crazy Does everything without [any need for] a reference point, Being adorned with self-empowerment. (TD 9) (Mathes, 2015)

lokadha[T 21b]rmavyatīto1 ‘sau2 unmattavratam3 āśritaḥ | sarvaṃ4 karoty anālambaḥ svādhiṣṭhānavi5bhūṣitaḥ || (TD 9) 1 N –vyatīte 2 N so 3 N utmattavrattam 4 N sarva 5 ESh –bi- | ‘jig rten chos (1las rnam ldog1) ‘dis | | smyon pa’i spyod pa la brten nas | | bdag byin brlabs2 pas rnam brgyan nas | | dmigs pa med par thams cad byed | (TD 9) 1 DP la rnam log 2 DP brlab"
En pāli, le terme correspondant à cette puissance ou résolution est adhiṭṭhāna. C’est la dernière des 10 Perfections (p. pāramī). C'est cette force de résolution intérieure qui permet au pratiquant de maîtriser la durée de son absorption méditative (s. samādhi) ou, à un stade plus avancé, de manifester les résultats de ses pouvoirs psychiques.

[11] Phyag chen rgya gzhung (Collection Karmapa 7) : 
de bzhin nyid kyi rang bzhin las 'phros pa'i rang bzhin gyis brgyan pa ni rgyan no/
[12] Mahāyānottaratantraśāstra alias Ratnagotravibhāga :
"De même que le Joyau magique,
Exauce chacun de tous les désirs
De ceux qui se trouvent dans sa sphère
Instantanément et sans y penser."

"De même, quand ceux dont les désirs diffèrent
S’en remettent au Joyau magique du Bouddha,
Ils entendent toute une variété d’enseignements
Dont le Bouddha n’a pas conçu le moindre."
Traduction : Christian Charrier and Patrick Carré. Plazac: Éditions Padmakara, 2019.
[IV.67]
ji ltar yid bzhin nor bu ni//
rtog pa med kyang cig car du//
spyod yul gnas pa rnams kyi ni//
bsam kun so sor rdzogs byed ltar//

[IV.68]
de bzhin sangs rgyas yid bzhin la//
brten nas bsam pa tha dad rnams//
sna tshogs chos ni thos gyur kyang*//
de ni de la rnam mi rtog/
Sanskrit : ābhiprāyapūraṇam / kurute nirvikalpo 'pi pṛthak cintāmaṇiryathā // 67 // buddhacintāmaṇiṃ tadvat sametya pṛthagāśayāḥ / śṛṇvanti dharmatāṃ citrāṃ na kalpayati tāṃśca saḥ // 68 //

Extrait du Tattvaratnāvalī :

Original: (41) cintāmaṇir ivākampyaḥ sarvasaṅkalpavāyubhiḥ | tathāpi sarvasattvānām aśeṣāśāprapūrakaḥ ||

Translation: Like a wish-fulfilling jewel, he is unshakeable by the winds of all conceptual constructions; nevertheless, he is the fulfiller of all the hopes of all sentient beings without exception.
Tattvaratnāvalī · SA_T02_n2918u:194

Extrait du Kudṛṣṭinirghātana :

Like a wish-fulfilling jewel, it (i.e., the perfection of benefitting others) Is not stirred by the fierce wind of every volition, In this way it fulfills without exception The wishes of all sentient beings. (TRĀ 43 = KDN 4)

cintāmaṇir ivākampyaḥ sarva(1saṃkalpavāyubhiḥ1) | tathāpi sarvasattvānām aśeṣāśā2prapūrakaḥ || (KDN 4) 1 T ||| 2 N aṣāsā- | kun rtog rlung dmar thams cad kyis | | dpag bsam shing ltar mi bskyod pa | | (1de lta na yang sems can gyi1) | | bsam pa ma lus yongs rdzogs byed | (KDN 4) 1 DP

Edition et traduction des extraits : Klaus-Dieter Mathes, Perfect Blend

[13] Voir Almogi, Orna. Rong-zom-pa's Discourses on Buddhology: A Study of Various Conceptions of Buddhahood in Indian Sources with Special Reference to the Controversy Surrounding the Existence of Gnosis (jñāna: ye shes) as Presented by the Eleventh-Century Tibetan Scholar Rong-zom Chos-kyi-bzang-po. Studia Philologica Buddhica Monograph Series 24. Tokyo: International Institute for Buddhist Studies, 2009.

[14] Dans le Buddhabhūmy-upadeśa (chapitre 18), les quatre jñānas procèdent de la transformation des huit consciences ordinaires (s. vijñāna) lors de l'éveil. Par ce processus le flux de conscience passe d'un état contaminé à un état inconditionné et pur, ce qui est appelé le “retournement de la base” (s. āśraya-parāvṛtti). 

Ch. 18, Dan Lusthaus, dans William Edelglass, Jay L Garfield, Buddhist philosophy, essential readings, 2009, Oxford University Press.

[15] Traité expliquant le Tathāgatagarbha :
yid bzhin nor sogs dpe brjod pa//
rtog pa med pa'i nus ston par//
bshad kyis gzhan rgyud kho na min//
[16] Pour Gampopa, l'Éveillé est exclusivement le Dharmakāya. Il le définit de manière totalement apophatique (par la négative) : le Dharmakāya n'est qu'une étiquette pour désigner l'épuisement de toutes les erreurs (Mahāyāna-sūtrālamkāra IX, 3). Puisque ce Corps est non-né, ineffable et sans élaboration (dépourvu de toute multiplicité), Gampopa en conclut logiquement qu'il ne possède aucune gnose cognitive.

[17] Mentionnée dans l’histoire (t. rtogs brjod) d’une manifestation du Grand Compatissant (Avalokiteśvara) sous la forme d’un roi du Dharma nommé Dri med kun ldan legs pa’i blo gros.

'Phags mchog thugs rje chen po'i sprul pa chos rgyal dri med kun ldan legs pa'i blo gros kyi rtogs brjod sngags 'os bsngags pa
In Collection: PL480 Collection; Gene Smith's Personal Collection
Author: sman ri ba blo bzang rnam rgyal
Publisher: ngawang zopa; new delhi; 1979
Note: Extended kavya verses based on the Vessantara Jataka, previous life story of Shakyamuni Buddha.

[18] DKG n° 24 sur le Gaṇacakra. Dohākoṣahṛdayārthagītāṭīkā (Do ha mdzod kyi snying po don gi glu'i 'grel pa D2268, P3120)

Tshogs kyi 'khor lo la/ phyi dang nang dang gsang ba'o//
phyi ni rnal 'byor pho mo yab yum tshogs pa'i dus su
za zhing 'thung la gnyis sprod dga' zhing/
lus lha'i 'du shes dang/ ngag sngags kyi 'du shes dang/ sems de kho na nyid kyi 'du shes dang ma bral bar bskyed pa'i rim pa bsgoms pas/
rtag tu yang dang yang du 'khor lo 'gengs//
'bras bu rdo rje theg pa'i bskyed ba'i rim pa la sogs pa ji bzhin pa rtogs na/
chos 'di lta bus 'jig rten pha rol 'grub 'gyur te/
de ma rtogs na/
rmongs pa'i mgo bor rdog pas mnan nas song/
[19] Tattvadaśakaṭīkā, en tibétain : De kho na nyid bcu pa'i rgya cher 'grel pa

[20] Yuganaddha signifie littéralement “attelé ensemble”, comme deux bœufs sous un même joug, image de l’union indissoluble des contraires (vacuité et compassion).

[21] Extrait de : bKa' gdams pa nam mkha' 'bum gyi zhus lan, auteurs : Sa chen kun dga' snying po et Sakya Paṇḍita bdr:MW2DB4570_C79EC0) :
dri ba bcu gcig pa/ sems kyi ngo ji ltar sprod zer ba la/ kho bo'i lugs kyis sems la ngo bo med pas sprod rgyu mi bdog/ dran pa med cing yid la bya ba med pa ni sangs rgyas rjes su dran pa zhes ming tu btags pa yin/
[22] Enlightenment by a Single Means, David Jackson (1994), p. 75 Citation du Thub pa'i dgongs gsal (57b-58a)

Extrait de Thub pa'i dgongs gsal) :
spyir sems ngo sprod pa'i tshe/ sems rkyang pa ngo sprod dam/ phyi rol gyi don yang ngo sprad dgos/ sems rkyang pa ngo sprad pa mu stegs pa'i lugs yin/ des gzung 'dzin spong mi nus pa'i phyir lam 'khrul pa yin/ phyirol gyi yul ngo sprod dgos na yul 'di dag mu stegs kyi ltar dbang phyug la sogs pa'am/nyan thos ltar rdul phran nam/ sems tsam pa ltar sems sam/ dbu ma pa ltar rten 'brel las byung ba yin brtag 'di dag kyang yod pa dang med par 'dod na/
[23] Jackson (1994), p. 168. Voir aussi mon blog Déclassement de la mahamudra de Maitrīpa 27 juin 2011.
‘di las bzlog pa byung gyur na// bstan la gnod par shes par gyis// bdag kyang rdo rje phag mo yi// byin rlabs tsam re byas pa la// dkar po chig thub bstan nas kyang*// myong ba cung zad skyes pa la// mthong lam du ni no sprad nad nas// rtsol bsgrub med pa’i don bstan na// tshogs pa’ang ‘di mang ba ‘dul// longs spyod ‘bul ba’ang mang bar ‘gyur// blun po rnams kyi bsam pa la’ang*// sangs rgyas lta bur mos pa skye//
[24] Extrait de Thub pa'i dgongs gsal :
bdag med gnyis ma rtogs na dngos por 'dzin pa 'jig mi nus pas/ stong nyid sgom pa 'khor ba dang ngan song gi rgyu yin no/
[25] Traité expliquant le Tathāgatagarbha :
gnas ni rgyal ba’i snying po ste//
yang dag ma yin kun rtog ni//
sems kyi dag pa la rab gnas//
dag pa de nyid da ltar yod//

yod kyang ma rig kun rtog gis//
mi mthong phyir na ‘khor ba yin//
de nyid bsam na mya ngan ‘das//
[26] Ici, dans le sens noétique de l’Embryon lumineux présent. La “réalite interne profonde” (t. zab mo nang don)

[27] Traité expliquant le Tathāgatagarbha :
thog ma med pa la ni mtha’ yod pa//
rang bzhin gyis dag rtag pa’i chos nyid ni//
dri mas gdod nas bsgribs pa la ni//
mi mthong gser gyi bum pa sa bzhin no//
[28] Traité expliquant le Tathāgatagarbha :
rtsa rlung thig le rnams//
dag pa dag na gzugs sku ste//
ma dag na ni gzugs skyo//
[29] Traité expliquant le Tathāgatagarbha :
de phyir sems nyid sangs rgyas 'di//
da ltar yod kyang ma shes so//
gang tshe rtogs pa de yi tshe//

[Citation directe du Sūtrālaṃkāra de Maitreya :]
ji ltar lcags la tsha ba dang*//
mig la rab rib zhi ba ltar//
sangs rgyas sems dang ye shes la//
yod dang med par mi brjod do/

mardi 31 décembre 2019

Mental et non-mental


Frontispice d'un manuscrit du  Rājayogāvivaraṇa (attribué à Gorakṣanātha)

Le mot “amanaska” signifie “absence d’activité mentale” dans le contexte du Haṭha-yoga-pradīpikā (HYP, XVème s.).[1] Il a un usage plus ancien dans la tradition jaïn, notamment dans le Tattvārthsūtra, qui se nomme encore Tattvārth-adhigama-sūtra et, plus intéressant pour nous, le Mokṣa-śāstra[2]. Dans ce texte jaïn, les êtres sont divisé en deux catégories, ceux qui possèdent un esprit (samanaska) et ceux qui sont sans esprit (amanaska).

Jason Birch a fait une thèse[3] sur un texte connu sous le nom de Amanaska, aussi connu comme Amanaska-yoga depuis le XIXème siècle. Il s’agit d’un texte de Śaiva-yoga datant du XIIème siècle dont la deuxième section (Amanaska) serait le texte le plus ancien du Rāja-yoga[4]. Le texte compte 198 vers et se divise en deux sections : Tāraka et Amanaska. Le texte avait été attribué à Gorakṣanātha, mais pour Jason Birch son véritable auteur est inconnu. Selon ses recherches, les deux sections étaient initialement deux textes séparés. La section Amanaska présente des similitudes avec le Dohākoṣagīti de Saraha et le commentaire d’Advayavajra Avadhutipa, le Dohākoṣahṛdayārthagītāṭīkā (D2267).

Selon Jason Birch, la définition la plus ancienne du terme Rājayoga se trouve justement dans la deuxième section de l’Amanaska. Elle proclame le système du Rājayoga supérieur à tous les autres yogas et systèmes sotériologiques indiens de son époque. Du XIIème au XVème siècle, le mot Rājayoga fut utilisé comme synonyme du mot samādhi.[5]

La définition du Rājayoga est donné dans les vers 3-6 de la deuxième section (trad. Tara Michaël).
“3. C'est ce qu'on appelle le Rāja-yoga, ô taureau d'entre les sages. Parce qu’il est le roi de tous les yoga[6], on le connaît comme ‘le yoga royal’.
4. S’il est dénommé Rāja-yoga, c'est aussi parce qu'il fait atteindre à l'être incarné ce suprême, impérissable Brahman qui règne et qui resplendit.
5. Qui connaît en vérité la grandeur du Rāja-yoga ? La Délivrance est atteinte grâce à cette connaissance, et cette connaissance s'obtient grâce au Guru.
6. Celui qui connaît dans leurs traits distinctifs le yoga intérieur et le yoga extérieur, cet être doit être honoré par moi-même et par toi, combien à plus forte raison par le reste des hommes !” [7]
Jason Birch (Rajayoga, p. 408) explique que dans ce contexte, il vaut mieux rendre “yoga” par “méthode”. Une méthode pour atteindre le Soi, qui est l’Âme suprême, le Roi. Cette méthode est “l’état non-mental” (amanaska, ‘no-mind state’). Le "mental" qu'il s'agit de neutraliser ou déraciner, ce sont en fait les pensées intentionnelles (saṅkalpa).
"23. [2.22 JB] Cette sorte de Dissolution des mondes [layah ko 'pi], où toutes les idéations sont déracinées, où toutes les agitations sont anéanties, ne peut être comprise que par soi-même, car elle est hors du domaine de la parole." (TM, p. 193)
ucchinnasarvasaṅkalpo niḥśeṣāśeṣaceṣṭitaḥ |
svāvagamyo layaḥ ko 'pi jāyate vāgagocaraḥ ||
Chez Tailopa, on trouve le même type d'instructions. Les yeux clos ou ouverts (ou mi-clos, mi-ouverts) pourraient être une référence au śāmbhavīmudrā. Tailopa semble cependant être allé au-delà de toute artifice et pensée intentionnelle.
"Moi, Tailopa, je n’ai rien à enseigner, alors…
Que le lieu soit isolé ou non
Que les yeux soient ouverts ou clos
Que la pensée soit avec ou sans artifice." (Dohākoṣa-nāma de Tailopa, vers 4 Chants de Plénitude p. 63) 
"La pensée non dirigée, c'est le Sceau universel (Mahāmudrā)
Se familiariser avec elle, c'est atteindre l'insurpassable éveil." (Mahāmudropadeśa de Tailopa, vers 10, Chants de Plénitude p. 91).
L’Amanaska est la révélation que Shiva fait à Vāmadeva. C’est la raison pour laquelle il s’intitule aussi parfois “Dialogue entre le Seigneur et Vāmadeva” (Īśvara-Vāmadeva-samvāda). Une autre variante du titre est Svayambodha (l’Eveil spontané) ou Svabodha (l’Eveil au Soi) (TM, p. 150). La première section s’appelle dans certaines versions “Section de la dissolution de l’esprit” Laya-khaṇḍa), et la deuxième “Yoga royal” (Rāja-yoga).

Bjarne Wernicke Olesen[8] mentionne que la deuxième section est antérieure d’un ou deux siècles au Dattātreyayogaśāstra, et qu’elle a 22 vers en commun avec le Kulārṇavatrantra. La "dissolution" graduelle (résorption) de l’esprit, qui est l’objet de la première section, est un des résultats de la deuxième section, ce qui présente des possibilités d’approches “subitistes”. Une des techniques principales de la deuxième section est le śāmbhavīmudrā, où le yogi a le regard tourné vers l’extérieur (sans cligner les yeux), tout en dirigeant l’attention vers l’intérieur. Cette technique du regard (s.dṛṣṭi tib. lta stang) provoque le dépassement du mental (unmanī). Le Rājayoga de l’Amanaska n’a nul besoin d’éveiller la Kuṇḍalinī, ou de progresser en étapes (vers 2.14). “Rien que l’application attentive à ce yoga confère la suprême réalisation” (TM).

L’Amanaska pratique l’ironie tout comme le Dohākoṣagīti de Saraha. Il n’est pas toujours très aisé de deviner quand il faut interpréter un vers de façon ironique. Mais le vers 2.16 est un peu ironique, et c’est ainsi que Tara Michaël l’a interprété.
“16. Innombrables, ô Sage, sont les guru qui s’adonnent au Kula-âcâra. Il est difficile de trouver un seul guru qui soit dépourvu de Kula-âcâra.”

“Jeu de mots. Le Kula-âcâra, c’est la voie des Kaula, une secte de yogin adorateurs de Shakti fondée par Matsyendranâtha. Mais ceci est le sens apparent. La plupart des guru s’adonnent au mode d ’agir, aux conduites (âcâra), de leur secte, de leur lignée, de leur famille spirituelle (kula). Ils sont donc conditionnés dans leur mode d’agir et de penser, limités par leurs croyances, leurs vues et leurs pratiques. Ils n’ont pas atteint ce qui est akula, non déterminé par le milieu social et spirituel, non conditionné, c’est-à-dire amanaska, l’état non mental. D’autre part, Kula est le nom de Shakti, Akula le nom de Shiva. Ceux qui suivent la voie de Kula sont ceux qui appartiennent encore au domaine de la manifestation, qui n’ont pas atteint Shiva, le Transcendant, l’inconditionné. Shiva réside dans le Lotus à mille pétales, siège de la Libération, siège de l’amanaska, tandis que ‘le chemin de Kula’ (Kula-patha), c’est la Sushumnâ depuis le mûlâdhâra jusqu’à l’âjña-cakra”. (TM, p. 191)
On peut comparer la kula, la śākti, à la Sophia ou la Nature (la Manifestation). Il y a ceux qui veulent faire la remontée à l’Un, au Seigneur, au Soi de façon progressive (krama), en passant par la Sophia/Nature et une dissolution progressive du mental dans celle-ci, pour que plus rien ne puisse séparer du Seigneur l’âme délestée et purifiée. Pour progresser ainsi, le yogi fait appel à l’imagination créatrice et l’Imaginal. La voie royale est une voie directe à l’éveil, principalement par la technique du śāmbhavīmudrā.

Le vers 2.42b (43 chez Tara Michaël) rejette les autres techniques de yoga à cause de leur difficulté et leur objectif douteux.
“43. A quoi bon pratiquer pendant des durées interminables des centaines de prânâyâma qui, quoique purificateurs, entraînent des malaises, sont difficiles à accomplir, ainsi que d’innombrables techniques, douloureuses et difficiles à maîtriser?”
Pour l’Amanaska, le samādhi est un état naturel (sahajāvasthā), sans étapes. Les vers suivants auraient pu être écrits par Saraha/Advayavajra :
“33. Il y a des gens qui boivent de l'urine qui est l'excrétion de leur propre corps ; d'autres utilisent des techniques [khecari-mudrā] qui provoquent une abondante salivation. Certains, qui vont jusqu’à la limite, font remonter leur sperme même une fois tombé dans le vagin d’une jeune femme. Il y en a qui absorbent les substances corporelles (dhâtu), habiles qu’ils sont à faire passer l’énergie vitale dans tous les canaux du corps. Chez aucun de tous ces gens ne se trouve la perfection du corps, en l’absence du Râja-yoga qui opère la cessation des fonctions mentales.
34. Certains ont l’esprit endurci à force de logique et de dialectique, d’autres sont bouffis d’orgueil et d’arrogance, certains sont emplis de présomption du fait de leur caste, d’autres s’embrouillent dans les méditations et autres rites, pour ainsi dire toute la masse des êtres animés est dans la confusion et entretient des conceptions diverses, au lieu de se plonger dans l’unique jouissance, celle de la Béatitude innée qui est vide de conceptions [nirvikārasahajānanda].” (pp. 195-196)
Le Rājayoga de l’Amanaska n’annonçait pas la fin des autres yogas, au contraire. Il fut intégré par eux et devint le synonyme du samādhi, et leur objectif ultime… Pour atteindre le Rājayoga, il fallait passer par les autres yogas, notamment le Haṭhayoga. Pourtant, l’état non-mental suffisait pour y arriver.

Advayavajra/Avadhūtipa est sans doute l’auteur du Dohākoṣagīti de Saraha, et le commentaire Dohākoṣahṛdayārthagītāṭīkā (D2267) lui est attribué. Ce texte partage beaucoup d’éléments avec l’Amanaska. Advayavajra est l’inventeur (par attribution) du Cycle de traités appelé Advayavajrasaṁgraha[9], et de la méthode dite “Amanisakāra” (tib. yid la mi byed pa’i chos skor)”, un élément essentiel du système de Mahāmudrā du bouddhisme tibétain. Ce terme est la composition du mot “manisakāra”, préfixé de la lettre A (non-privatif[10]). Il se traduit le plus souvent par quelque chose comme “non-engagement mental”. Klaus-Dieter Mathes propose la traduction “réalisation non-conceptuelle”, à cause de la définition d’Amanisakāra donnée dans Justification de la réalisation non-conceptuelle (Amanasikārādhāra, texte n° 23 du Cycle). C’est une définition à deux niveaux :

1. la négation d’engagements conceptuels dualistes qui renforcent la croyance en la dualité sujet-objet
2. “l’autoconsécration lumineuse” (‘luminous self-empowerment’), où la syllabe “A” représenterait l’adjectif lumineux (s. prabhāsvara tib. ‘od gsal ba) et “manasikāra” le mot autoconsécration (s. svādhiṣṭhāna tib. bdag la byin gyis brlab)[11].

Cette défense de la théorie du non-engagement mental et cette définition à deux niveaux me font penser à l’expression de Shakespeare dans Hamlet “The lady doth protest too much”. C’est comme si un texte qui aurait été écrit par Advayavajra (X-XIème s.) prévoit déjà les polémiques qui suivraient aux XIII-XVIème siècles. Padma Karpo avait également écrit une défense[12], contre l’accusation (notamment par Sakya Pandita) que cette doctrine serait une via negationis manquant d’une via eminentiae. Cette "définition" d’Advayavajra, qui est d’ailleurs plutôt une des explications accessoires qu’une définition, tombe alors à pic. Oui, il existe un original en sanskrit, et ce texte est alors considéré comme authentique. Utiliser cet élément spécifique à deux aspects pour fabriquer la traduction anglaise d’Amanisakāra me paraît aller un peu loin. Il faudrait faire une recherche sur les arguments des adversaires, et sur la possible identité de ces adversaires, pour essayer de comprendre pourquoi Advayavajra ou ses disciples étaient tellement sur la défensive au X-XIème siècle.

Je compte écrire davantage au sujet des similitudes entre l’Amanaska et le Dohākoṣagīti de Saraha avec le commentaire Dohākoṣahṛdayārthagītāṭīkā attribué à Advayavajra Avadhūtipa.




Un article intéressant et bien informé par David Higgins Padma dkar po’s (1527–92) Defence of Bka’ brgyud Amanasikāra Teachings

***

[1] Le HYP 4.3-4 mentionne nirañjana comme synonyme de Rāja-yoga-samādhi. On y trouve également unmanī (dépassant le mental - manas), manomanī (extinction ou dépassement du mental), amaratva (immortalité), laya, tattva, śūnya-aśūnya, para-pada, amanaska (absence d’activité mentale), advaita, nirālamba (absence de support), jīvanmukti, sahaja et turya. Source : Dattātreya, The Immortal, Guru, Yogin, and Avatarā, Antonio Rigopoulos, p. 221, n.46

[2] Le Mokṣopāya ou Mokṣopāyaśāstra est considéré comme un traité (donc écrit par l’homme) sur la libération (mokṣaśāstra).

[3] The Amanaska: king of all yogas. A critical edition and annotated translation with a monographic introduction. Oxford University, 2013.

[4] “The second chapter of the Amanaska – the earliest extant Rāja Yoga text
The Amanaska is a medieval Sanskrit yoga text of one hundred and ninety-eight verses in two chapters (adhyāya). Seventy-five manuscripts have been consulted for this edition and thirty-two were selected for the full collation on the basis of stemmatic analysis on a sample collation of all the manuscripts. The critical apparatus contains references to parallel verses in other works. On the importance of the Amanaska in the history of Rājayoga, see Birch 2014: 406-408 (title: “Rājayoga: The Reincarnations of the King of All Yogas”), available on his academia.edu page.” Source

[5] Rājayoga: The Reincarnations of the King of All Yogas, jason Birch, International Journal of Hindu Studies, 2013

[6] Selon Birch, sans doute le Mantrayoga, le Layayoga, et le Ha†hayoga.

[7] Le Yoga de l’éveil, La voie vers l’inconcevable, Tara Michaël, Fayard, p. 186

[8] Goddess Traditions in Tantric Hinduism: History, Practice and Doctrine, Bjarne Wernicke Olesen

[9] Klaus-Dieter Mathes en a publié une traduction anglaise sous le titre de “A Fine Blend of Mahāmudrā and Madhyamaka: Maitrīpa’s Collection of Texts on Non-conceptual Realization (Amanasikāra)”

[10] Une des explications accessoires : la lettre A représente la nature non-produite de l’engagement mental.

[11] Anglais : “Moreover, a stands for the word ‘luminous’, and manasikāra for the word ‘self-empowerment’ (svādhiṣṭhāna).658 It is both a and manasikāra, so we get amanasikāra.659 Because of that, the words a, manasikāra, and so forth, refer to the inconceivable state of being luminous and [the one of] self-empowerment, [that is,] an awareness which continues as something that is not separate from emptiness and compassion, [i.e.,] not distinct (advaya) from [the level of] indivisible union.”

Tibétain : | yang na a zhes bya1 ba ni ‘od gsal ba’i tshig la | yid la byed pa ni bdag la byin gyis brlab2 pa’i tshig ste | ‘di la’ang a yang yin la yid la byed pa’ang yin pas yid la mi byed pa’o | | ‘dis ni yid la mi byed pa’i gnas bsam gyis mi khyab pa’i3 ‘od gsal ba bdag byin gyis brlab4 pa’i bdag nyid stong pa nyid dang snying rje dbyer med pa zung du ‘jug pa gnyis su med pa’i rgyun yang dag par rig pa bskyed par ‘gyur ro | 1 DP om. 2 P brlabs 3 BP pa 4 BP brlabs

Sanskrit : yadi vā | a iti prabhāsvarapadam | manasikāra iti svādhiṣṭhānapadam | aś cāsau manasikāraś cety amanasikāraḥ | etenāmanasikārādipadair acintyaprabhāsvarasvādhiṣṭhānapadaṃ śūnyatākaruṇābhinnayuganaddhādvayavāhisaṃvedanam āpāditaṃ bhavatīti |

[12] Voir Padma dkar po’s (1527–92) Defence of Bka’ brgyud Amanasikāra Teachings. Journal of the International Association of Buddhist Studies (JIABS). Volume 39, 2016-17, pp. 333-389.

mercredi 16 août 2017

Traduction anglaise de l'Amanasikāra de Maitrīpa/Advayavajra




Une très bonne nouvelle ! Klaus-Dieter Mathes écrit sur sa page Facebook :


"Dear friends,an online edition (“open access”) of my book “A Fine Blend of Mahāmudrā and Madhyamaka: Maitrīpa’s Collection of Texts on Non-conceptual Realization (Amanasikāra)” can now be downloaded from the Austrian Academy of Science Press under
http://hw.oeaw.ac.at/7786-9?frames=yes
Click “online edition” in the yellow field above my name. You will see then nine pdf files (for download) into which the whole book is divided."
http://hw.oeaw.ac.at/7786-9?frames=yesClick “online edition” in the yellow field above my name. You will see then nine pdf files (for download) into which the whole book is divided."