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lundi 9 juin 2025

Karmapa Ogyen Trinley Dorje entre tradition et modernité ?

Karmapa Ogyen Trinley Dorje (photo Kagyu Office)

Dans le premier sermon du Bouddha, exposant les Quatre Nobles Vérités, il déclare :
« La naissance est souffrance, la vieillesse est souffrance, la maladie est souffrance, la mort est souffrance… » (Dhammacakkappavattana Sutta, Samyutta Nikāya 56.11)
L’expression « l’affaire de vie et de mort » apparaît plus tard dans la littérature des maîtres Ch’an/Zen, qui synthétisent la quête bouddhique en une urgence existentielle : résoudre la question de la vie et de la mort. Cette formule devient un leitmotiv dans les instructions aux pratiquants, mais elle s’enracine dans la centralité de la souffrance de la naissance et de la mort, telle qu’enseignée par le Bouddha.

En théorie, moines, yogis et laïcs bouddhistes n'abordent pas cette question de la même manière. Les laïcs, confrontés à l'urgence d'une souffrance spécifique, cherchent souvent des solutions concrètes et immédiates que les religieux s'empressent de leur fournir. Dans la pratique, cette distinction s'estompe. Qu'ils soient moines, yogis ou laïcs, tous peuvent éprouver la même urgence face à la souffrance de la mort, et réclamer les mêmes "solutions" rituelles. La mort nous rend tous égaux, par-delà les statuts religieux.

Cette tension entre discours public et pratiques rituelles s'inscrit dans un débat plus large sur la nature même du bouddhisme contemporain. L'anthropologie du bouddhisme est passée d'une étude souvent textualiste et focalisée sur le Theravāda à un champ de recherche plus diversifié, ethnographiquement ancré, comparatif et réflexif, qui interroge la place du bouddhisme dans la société contemporaine et ses interactions avec d'autres dimensions culturelles, sociales et politiques.

Cependant, cette évolution disciplinaire n'a pas encore pleinement saisi le décalage que nous venons d'identifier. Quand les hiérarques bouddhistes tibétains présentent leur tradition comme 'science, philosophie et religion', et que simultanément leurs rituels funéraires promettent des interventions post-mortem démiurgiques, nous touchons à une contradiction que l'anthropologie contemporaine peine à analyser frontalement.

Les hiérarques bouddhistes (Dalai-Lama, 17ème Karmapa, …), en revanche, continuent de présenter le bouddhisme tibétain comme “le bouddhisme”, par trois biais : science, philosophie et religion. Le 17ème Karmapa explique que parler du bouddhisme comme d’une science, c’est souligner la démarche d’examen, d’analyse et de déduction appliquée à la fois aux phénomènes extérieurs et à l’expérience intérieure. Il insiste sur l’importance du questionnement, de l’expérimentation et de la recherche de certitude, comme l’a fait le Bouddha lui-même[1].

Le Karmapa affirme explicitement que le Dharma doit évoluer pour répondre aux besoins de chaque époque : « Le Dharma doit changer pour s’adapter au temps et aux besoins des gens ». Il encourage une compréhension du Dharma qui dépasse la seule dimension religieuse, pour devenir une voie de réalisation du potentiel humain, de développement de la compassion, de responsabilité envers les autres et l’environnement[2]. Tout en assurant la continuité de la lignée et la transmission des enseignements traditionnels, il se positionne clairement comme un acteur du dialogue entre bouddhisme et modernité. Il reprend à son compte l’idée d’un bouddhisme rationnel, introspectif, compatible avec les valeurs contemporaines, et encourage une adaptation créative du Dharma pour répondre aux défis du XXIᵉ siècle.

Le bouddhisme met souvent l’accent sur la pratique, la vérification par soi-même et l’expérience directe. Dans le bouddhisme tibétain, qui est un bouddhisme ésotérique, la pratique consiste souvent en des rituels, dérivés de tantras, considérés comme les Paroles du Bouddha (buddhavacana). La mort est l'événement le plus marquant dans la vie, sans “solution”, l’objet des plus grandes peurs et du plus grand espoir. Elle prend une place centrale dans la religion et la philosophie, et “la science de l’esprit”.

Paroles attribuées au Bouddha :
« La naissance est détruite, la vie pure est vécue, ce qui devait être fait est accompli, il n’y aura plus de retour à cet état d’existence. » (Udāna 1.1, Vinaya Mahāvagga 1.6.10)

« Restez avec votre esprit bien établi dans les quatre fondements de l’attention… Ceci est la voie menant à la non-mort (amata). » (Samyutta Nikāya 47.29)

« La vigilance est le sentier vers le sans mort (P. amata), la négligence est le sentier vers la mort. Le vigilant ne mourra pas, le négligent est comme s'il était déjà mort. » (Dhammapada, verset 21) 
Dans le bouddhisme ésotérique, la vigilance (appamāda) ne suffit pas pour atteindre la non-mort. Il se targue d’avoir des moyens ésotériques plus puissants et plus radicaux. En dépit de ce que disent les représentants du bouddhisme tibétain sur la science de l’esprit, la philosophie et la religion, ce que disent implicitement les rituels funèbres, notamment celui composé par le 17ème Karmapa en 2024, est qu’un lama/vajrācārya détient la gnose démiurgique nécessaire pour capturer la conscience d’un défunt, à quel stade qu’elle se trouve de la transmigration dans le cycle des existences, y compris dans les enfers et lenfer des femmes, et la figer dans son corps défunt ou une effigie de celui-ci, afin de purifier la conscience, de l’initier et de l’expédier dans une Terre pure.

Implicitement, et à condition d’avoir une famille aimante qui se soucie du bien-être post-mortem de leur proche et qui se tourne vers un vajrācārya qualifié, cela rendrait superflu la pratique de bouddhisme durant sa vie. Il suffit de faire appel à un vajrācārya pour qu’il sauve la conscience d’un défunt, quel que soit le stade transmigrationnel de ce dernier, et l’expédie à Sukhāvatī ou une autre Terre pure. Le bouddhisme n’est alors plus une pratique mais un service fourni par des vajrācāryas, disons des prêtres. Un peu comme le consolamentum, le baptême des mourants cathare, avec l’avantage qu’il reste théoriquement possible même après la mort de quelqu’un.

Si l’anthropologie du bouddhisme veut étudier la pratique réelle du bouddhisme (et scripturaire dans le cas de ce rituel funèbre), au niveau local, régional, ethnique, international, elle pourrait aussi noter le décalage entre le discours public des hiérarques bouddhistes tibétains et la pratique effective dans les différents lieux, notamment relative à la mort. En règle générale, ce décalage est attribué à la mauvaise compréhension de ce que serait réellement le bouddhisme de la part des nouveaux convertis. Les études anthropologiques objectives à ce sujet sont encore rares.

Est-ce que les hiérarques tibétains ont le pouvoir ou la possibilité de réellement adapter le bouddhisme tibétain et son corpus ésotérique, “le Dharma”, “au temps et aux besoins des gens” ? Rien ne semble moins sûr en lisant Le Rituel de la Porte du Sud de Cakrasaṃvara (bde mchog lho sgoi cho ga), où le Karmapa affirme s’être appuyé sur les Tantras, les sādhana et les commentaires existants dans ce domaine, pour des soucis d’authenticité et de continuité traditionnelle. C’est très clairement la “tradition”, telle qu’elle est comprise et appliquée, qui empêche toute adaptation à “la modernité”. Cela vaut également pour le Rituel dinvestiture dun tulku, également publié en 2024 par le 17ème Karmapa.

Pour finir, le 17ᵉ Karmapa est l’une des figures majeures du bouddhisme tibétain à s’être engagée aussi clairement et concrètement pour l’égalité des femmes, la restauration de leur pleine ordination, et leur accès à tous les niveaux de responsabilité spirituelle. Il considère que soutenir les femmes dans le Dharma est essentiel non seulement pour l’équité, mais aussi pour la vitalité et l’avenir du bouddhisme lui-même.

En 2019, Vikki Hui Xin Han a engagé une procédure devant la Cour suprême de Colombie-Britannique (Canada) contre Ogyen Trinley Dorje (« Mr. Dorje »), l’accusant d’agression sexuelle non consentie alors qu’elle était nonne novice, et réclamant une pension alimentaire pour leur enfant ainsi qu’un soutien conjugal. En octobre 2022, Vikki Hui Xin Han a volontairement abandonné (« discontinued ») sa demande préliminaire devant la cour canadienne (Tricycle 18/11/2022). Aucune décision de justice n’a donc été rendue sur le fond : les allégations n’ont pas été jugées, ni confirmées ni infirmées. L’affaire reste donc close au niveau judiciaire canadien, sans condamnation du 17ᵉ Karmapa.

Cette analyse révèle un paradoxe fondamental du bouddhisme tibétain contemporain : plus ses représentants s'efforcent de le présenter comme compatible avec la modernité scientifique et rationnelle, plus leurs pratiques rituelles révèlent une cosmologie théurgique qui semble appartenir à un autre univers conceptuel. Le cas du 17ème Karmapa illustre parfaitement cette tension : d'un côté, il prône un "Dharma qui doit changer pour s'adapter au temps et aux besoins des gens" ; de l'autre, il compose des rituels funéraires qui mobilisent une "gnose démiurgique" permettant de capturer et rediriger la conscience des défunts. Ou encore des rituels d’investiture de tulkus, “très nécessaire lors de la reconnaissance et de l'intronisation futures de nombreuses réincarnations de maîtres, lamas et tulkus[3].

Ce décalage n'est pas un simple effet de communication ou une stratégie d'adaptation contextuelle. Il révèle une impossibilité structurelle : comment concilier une présentation publique du bouddhisme comme "science de l'esprit" avec un corpus ésotérique qui revendique des entités et des pouvoirs surnaturels ? La "tradition", invoquée comme garant d'authenticité, devient paradoxalement l'obstacle principal à l'adaptation prônée dans le discours public.

L'anthropologie contemporaine du bouddhisme, malgré ses évolutions méthodologiques, peine encore à saisir frontalement cette contradiction. Focalisée sur la critique du textualisme ancien ou sur la valorisation des pratiques populaires, elle tend à éviter l'analyse directe de ces tensions internes. Pourtant, c'est précisément dans ces zones d'inconfort que se révèle la complexité du bouddhisme vécu, pris entre aspirations modernisatrices et fidélité aux corpus traditionnels.

Au-delà du cas tibétain, cette étude interroge plus largement les stratégies d'adaptation des traditions religieuses face à la modernité. Elle suggère que certains décalages ne relèvent pas de la diplomatie culturelle, mais d'incompatibilités épistémologiques profondes qui résistent aux discours de réconciliation. L'affaire judiciaire évoquée rappelle que derrière ces débats doctrinaux se cachent des enjeux humains concrets, où l'autorité spirituelle et ses limites sont questionnées par la réalité sociale contemporaine.

Le bouddhisme tibétain du XXIe siècle navigue ainsi entre plusieurs mondes : celui de la légitimité scientifique recherchée en Occident, celui de l'efficacité rituelle attendue par les communautés traditionnelles, et celui de la responsabilité éthique exigée par la société moderne. Cette navigation révèle moins une synthèse harmonieuse qu'une coexistence tendue, symptomatique des défis que rencontrent toutes les traditions spirituelles dans leur rencontre avec la modernité.

***

[1] The Gyalwang Karmapa on the Relationship Between Buddhism and Science, 22/05/2016 à Génève

[2] Interpreting the Buddha Dharma for the 21st century, 29/05/2014 à Nuerburgring, Allemagne.

The Karmapas New Book Advocates Change To Create a Global Society that Embraces our Interdependence, 22/04/2017 Delhi

The 17th Karmapa: New Face of an Ancient Lineage, The Lion’s Roar, 02/02/2015
As Barry Boyce tells us, the 17th Karmapa’s views will help define Buddhism in the 21st century.”

[3] Blog Vers davantage d'investitures de tulkus ? 02/06/2025
 'di ni lo rgyus rang bzhin gyi gsung rtsom yin cing / 'byung 'gyur bstan bdag bla sprul mang po'i yang srid ngos 'dzin dang mnga' gsol bgyi ba'i skabs dgos mkho che ba'i phyir da res nga tshos 'phrul deb tu bzos nas 'grems spel zhus yod/
Rituel pour guider les défunts ("Porte du Sud") avec Cakrasaṃvara (བདེ་མཆྷོ་ྒོི་ོ་)

mercredi 9 juin 2021

Sur les "obstacles" qui nuisent à l'activité de maîtres tibétains

Message (automatiquement traduit) sur le site de Bodhicarya Allemagne

C’est une lettre en interne (“Newsletter”) aux 900 membres de Bodhicharya Allemagne ainsi que la publication sur leur site d’une déclaration officielle de distanciation de l’activité du moine allemand Tenzin Peljor, qui me pousse à écrire ce blog.

Depuis plusieurs années, et surtout depuis 2017, l’année de Metoo et de la démission de feu Sogyal Lakar, le bouddhisme tibétain fait face à une série de cas d’abus sexuels médiatisés. Des groupes de discussion d’anciens victimes et de survivants ont fait leur apparition sur Internet. Un de ces groupes, “Diffi-Cult”, est géré par le moine bouddhiste allemand Tenzin Peljor (Michael Jäckel). Ces publications lui avaient déjà valu un procès en justice de la part de Ole Nydahl, Buddhismus Stiftung Diamantweg, qui sest terminé par des arrangements ("Vergleiche").

Karmapa XVII Ogyen Trinley Dorje fait depuis quelque temps l’objet d’accusations de la part de plusieurs femmes sur Internet et dans la presse, et en mai dernier, une Cour suprême canadienne a autorisé Vikki Hui Xin Han, une des femmes, à initié une procédure (“child support”) contre “Mr. Dorje”[1], de qui elle aurait eu un enfant suite à un rapport sexuel non-consenti. À sa plainte initiale s’était ajoutée une demande de pension alimentaire pour époux (“spousal support”). Vikki Hui Xin Han était devenue nonne (novice, “nun-in-training”) et voulait devenir une bhikshuni (nonne pleinement ordonnée). Elle faisait une retraite de trois ans, durant laquelle les faits allégués auraient eu lieu.

L'article de Joanne Clark sur Diffi-Cult et les nombreuses réactions

Tenzin Peljor a récemment publié un blog ("guest post") écrit par Joanne Clark, où ce sujet est traité : “Hurts within the Karma-Kagyu School, is it time for a change of heart?” (voir le blog de Joanne Clark, y compris pour des détails/références sur cette affaire). Pour l’instant, je laisserai de côté l’affaire et les allégations.

Tenzin Peljor avait été invité par Ringu Tulku en 2005 à s’installer dans son centre Bodhicharya de Berlin, pour y étudier et enseigner (source). Le 27 mai 2021, Bodhicharya Allemagne annonça la tenue d'une Récitation de mantras de Tara blanche pour SS Karmapa, tout en précisant par la même occasion de prendre ses distances de ce que diffusait Tenzin Peljor au sujet des allégations contre SS Karmapa sur certains réseaux sociaux.
Il y a actuellement des allégations contre HH Karmapa sur certains réseaux sociaux. Puisqu'il y avait eu des enquêtes à ce sujet, le Conseil de Bodhicharya a clairement indiqué qu'en consultation avec le chef spirituel Ringu Tulku Rinpoché, il s'était distancié de ce qui avait été diffusé par Tenzin Peljor au sujet des allégations contre HH Karmapa. Tant que l'enquête n'est pas terminée, les soupçons ne doivent pas être présentés comme des faits. Tenzin Peljor a vécu avec Bodhicharya dans le passé, mais il n'a pas résidé à Bodhicharya Berlin depuis un certain temps, ce qu'il écrit sur les soupçons est son opinion personnelle et non celle de Bodhicharya.” (traduction automatique Google).
Tant que son site s’occupait d’autres cas d’abus, il n’y avait pas de besoin de s’en distancier ou de reprocher à Tenzin Peljor de “prendre des allégations pour des faits”. Mais, en traitant du cas de SS Karmapa sur son site, Tenzin Peljor subit des pressions (“mobbing[2], du harcèlement organisé au niveau collectif) de la part de membres de l’école Karma-Kagyu, et le bureau de Bodhicarya se sentait obligé de prendre officiellement des distances de l'activité de son moine résidant dans ce domaine. Par ailleurs, Tenzin Peljor se défend[3] contre l’accusation de “présenter des soupçons comme des faits” et dit avoir le soutien de l’Union Bouddhiste d’Allemagne (DBU). Le simple fait de s’intéresser à la question, de vouloir vérifier s’il y a en effet du feu derrière la fumée, suite à Metoo, aux scandales précédents dans le bouddhisme tibétain, suite à la réponse du Dalaï-Lama qui dit en gros, si vous n’êtes pas entendu, alertez les média, semble déjà de trop pour certains membres de l’école Karma-Kagyu. En fait, ils ne veulent pas le vérifier, car ils ne veulent pas le savoir, surtout si c’était vrai ... Il s’agit donc pour le moment de resserrer les rangs, de stigmatiser les dissidents, et de blâmer “les obstacles” (tib. bar chad), tout en invitant les fidèles de les pacifier par des récitations comptabilisées.

Ainsi, la récitation de mantras pour SS Karmapa à l’initiative des lamas de l'Institut Kamalashila est organisée notamment pour “pacifier les obstacles” qui pourraient nuire à l’activité de SS Karmapa, qui va avoir 36 ans cette année en juin.
Dans la tradition tibétaine la 12ème année, et chaque multiple de 12 ans et retour du signe zodiacal de naissance est considérée comme une année d'obstacle[4].”
La même chose s’était produit pour Sogyal en 2017, suite à la publication de la lettre ouverte par huit disciples. En 2017, Sogyal avait 70 ans, et il s’approchait de son année zodiacale néfaste (l’âge des Tibétains était calculé du moment de la conception). Cette publication et les doutes que pouvaient éprouver ses disciples en les apprenant étaient considérés comme “des obstacles” à l’activité du maître, mais qui pouvaient être dissipés par la récitation de mantras et de prières, et par des rituels de conjuration, pour contrer l’influence du retour néfaste de son signe zodiaque. Il s’agissait en fait de ressouder les disciples autour du maître par des pratiques collectives, en interdisant toute critique et en se dissociant publiquement de ceux qui avaient un oeil plus critique. Les deux éléments sont présents et associés dans le message de Bodhicarya Allemagne ci-dessus. C’est cela l’objet de mon blog.

Il y a bien des faits allégués avérés et/ou vérifiables dans cette affaire. Je reprends ci-dessous quelques faits allégués mentionnés par la Cour canadienne.

Suite à la première rencontre lors d’un puja en 2014, Mme Han voulait devenir nonne et faire la retraite de trois ans. Elle rencontra brièvement Mr. Dorje, qui approuvait son voeu de devenir nonne. En octobre 2016, elle commença sa retraite de trois ans dans un monastère dans l’état de New York. Mr. Dorje est venu deux fois dans ce monastère. Le rapport non-consenti aurait eu lieu un an plus tard en octobre 2017, et Mme Han serait tombée enceinte suite à cela. En novembre 2017, en la présence de témoins, Mme Han informa Mr. Dorje d’être enceinte de lui, ce que dernier niait, tout en donnant son numéro de téléphone et adresse mèl à Mme Han et en lui promettant de l’argent. Suite à cela Mme Han décida de ne plus vouloir devenir nonne (bhikshuni) et quitta la retraite. Il s’en serait suivi des échanges fréquents par mail et par téléphone, en parlant notamment de l’enfant à naître, ce que Mme Han considère être des “rapports conjugaux”. A l’aide de tiers, Mme Han aurait reçu quatre virements de respectivement $50,000 CDN, $300,000 CDN, $20,000 USD et de $400,000 USD. Le 19 juin 2018 Mme Han donna naissance à une fille. Mme Han et Mr. Dorje auraient initialement fait des projets d’une vie commune, mais à partir de janvier 2019 tout contact fut coupé, et le 17 juillet 2019 Mme Han initia cette procédure.

C’est à la Justice canadienne de trancher dans cette affaire et de décider si telle ou telle allégation est infondée ou un fait. Cela sera fait lors d’une audition le 11 avril 2022. Mais dores et déjà, il y a bien un enfant né, et apparemment conçu lors d’une retraite de trois ans dans un centre Karma-Kagyu par une femme, qui était nonne novice au moment de la conception.

Quelque soit l’issu de cette affaire spécifique, ce qui ne change pas c’est le harcèlement collectif dont font l’objet ceux qui veulent les rendre publiques, afin d’en débattre, pour que des mesures soient prises pour éviter des “malentendus” et la reproduction des conditions, permettant des abus de tout genre, avec de nouveaux victimes. Apparemment, les trois types de voeux (pratimokṣa, bodhisattva, vajrayāna) ne suffisent pas toujours, pour se comporter de façon socialement (ou légalement) correcte.

Cette problématique récurrente dans le bouddhisme tibétain aurait dû faire l’objet d’une réunion de chefs tibétains en novembre 2018, mais celle-ci n’aurait pas pu se tenir à cause de la mort d’un des chefs de lignée de l’école Nyingma, et l’absence de SS Karmapa, qui était retenu aux USA. "Les leaders religieux devraient être plus attentifs" à cette problématique avait déclaré le Dalaï-Lama[5]. Même si ce n'est pas une coutume tibétaine...


***

MàJ26092021 

"I would also like to ask you to avoid to bring a sectarian taste into the discussion. I served for many years for a Kagyu Center and organised the visit of the Karmapa at that very center’s temple (I was – against my will – in charge of that.) The feedback of all the visitors and also of the spiritual leader of this Kagyu centre, a known Rinpoche, was just excellent in all ways. So, don’t put me in the Gelug box to sustain or revive sectarian impulses and to further polarise or fuel hostility." Reaction of Tenzin Peljor in the discussion Hurts within the Karma Kagyu

"The Kagyu Center" en question est le centre Bodhicharya de Berlin, et son rinpoché est Ringu Tulkou. Tenzin Peljor déclare ici ne plus se considérer Karma Kagyu (mais Geloukpa), et donc ne plus suivre Ringu Tulkou.    



[1] Han v. Dorje 2021 BCSC 939.

[2]Gegen dieses – von mir und Beobachter:innen als Mobbing wahrgenommene – Verhalten konnte ich mich nicht wehren, da 1) Ringu Tulku mich bat, den Beschluss des Vorstandes mich als Residenz Mönch abzusetzen zu respektieren und andererseits 2) nicht dazu beizutragen, dass die Mitglieder von Bodhicharya sich gegen den Beschluss des Vorstandes mich abzusetzen erheben. Das wichtigste sei Harmonie. Das habe ich akzeptiert.” Déclaration FB de Tenzin Peljor

[3]However, there are now forces within the Karma Kagyu school and among old friends within that school who want to discredit, ostracise and continue to bully me by claiming wrongly (via newsletter) the allegations exist only on social media and I would have spread suspicion as facts. Both claims are wrong. They might not understand the difference between rumours and serious allegations in a court case, reported by mainstream media, and reporting on allegations as allegations. Luckily, this time, the DBU board stands behind me – unlike in the past, were they sided with Nydahl and Diamond Way against me. So, there are already quite some powerful changes in the power structures of a national Buddhist body which I find encouraging.” Diffi-Cult

[4]SH Karmapa wurde am 26. Juni 1985 geboren, im Jahr des Ochsen, und in der tibetischen Tradition wird jeweils das 12. Jahr mit der Wiederholung des Geburts-Tierkreiszeichens als Hindernisjahr angesehen. Ziel ist es, 216 000 Rezitationen des Mantras der Weißen Tara zu sammeln und zu widmen, um sie S.H.Karmapa symbolisch zu seinem 36. Geburtstag zu überreiche, zur Befriedung von Hindernissen, für die Gesundheit und ein langes Leben sowie die grenzenlosen Dharma-Aktivität SH Karmapas. Die Anzahl der rezitierten Mantras könnt ihr per eMail an socialmedia@karmakagyu.de schicken.” S.H. der 17. Karmapa Ogyen Trinley DorjeMantra Rezitation

[5] Midi Libre 16/09/2018
Une nouvelle rencontre est prévue en novembre entre tous les leaders spirituels tibétains à Dharamsala, où "ils devraient parler" des allégations d'agressions sexuelles, a suggéré le Dalaï Lama. "Les leaders religieux devraient être plus attentifs" à cette problématique, a-t-il conclu.”

lundi 15 octobre 2012

Un propos et des images fortes



Le 17ème Gyalwang Karmapa, Ogyen Trinley Dorje, a tenu une conférence TED le 1er septembre 2012. La conférence peut être regardée sur Youtube.

« Une fois j’avais une expérience remarquable, quand un groupe d’Afghanistan venait me voir. Nous avions une conversation fort intéressante. A un certain moment, nous abordions les Bouddhas de Bâmiyân, qui comme vous le savez, avaient été détruites il à quelques années en Afghanistan. Mais le fond de notre conversation portait sur l’approche différente de la spiritualité entre les traditions musulmanes et bouddhistes. Évidemment, dans l’Islam, puisque l’enseignement se centre autour du concept d’idolâtrie, on y trouve pas autant de représentations physiques de la divinité ou de la libération spirituelle comme c’est le cas dans la tradition bouddhiste, où l’on trouve de nombreuses statues de bouddha qui font l’objet d’un culte. Nous parlions donc des différences entre les traditions et de la destruction des Bouddhas de Bâmiyân que de nombreuses personnes considèrent comme une tragédie. Je suggérais alors une autre façon plus positive de voir la chose. Ce que nous avions vu dans la destruction des Bouddhas de Bâmiyân était simplement l’épuisement de la matière, une substance solide qui s’écroula et qui se désintégra. Peut-être nous pourrions alors considérer cet événement comme quelque chose de similaire à la chute du mur de Berlin. Ce qui avait divisé deux populations s’était écroulé et avait ouvert une brèche pour une communication plus approfondie. Pensant ainsi, je crois qu’il est toujours possible de se tourner vers quelque chose de positif qui peut nous aider à mieux nous comprendre mutuellement. »[1]

Le 16ème Karmapa, Rang byung rig pa'i rdo rje (1923-1981) estimait que de toutes les méditations, la Mahāmudrā sera la plus profitable aux occidentaux, comme elle approche la conscience directement et que de ce fait elle est accessible à toutes les cultures.[2]

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Collage d'une photo de la chute du mur de Berlin et de la destruction des Bouddhas de Bâmiyân

MàJ 18022013 : Barbie, Bart Simpson et les statues de bouddha retirés de la vente dans les magasins de Téhéran.

[1] Transcript : "But I had a really striking experience once, when a group from Afghanistan came to visit me, and we had a really interesting conversation.
Translator: So we ended up talking about the Bamiyan Buddhas, which, as you know, were destroyed some years ago in Afghanistan. But the basis of our conversation was the different approach to spirituality on the part of the Muslim and Buddhist traditions. Of course, in Muslim, because of the teachings around the concept of idolatry, you don’t find as many physical representations of divinity or of spiritual liberation as you do in the Buddhist tradition, where, of course, there are many statues of the Buddha that are highly revered. So, we were talking about the differences between the traditions and what many people perceived as the tragedy of the destruction of the Bamiyan Buddhas, but I offered the suggestion that perhaps we could look at this in a positive way. What we saw in the destruction of the Bamiyan Buddhas was the depletion of matter, some solid substance falling down and disintegrating. Maybe we could look at that to be more similar to the falling of the Berlin Wall, where a divide that had kept two types of people apart had collapsed and opened up a door for further communication. So I think that, in this way, it’s always possible for us to derive something positive that can help us understand one another better"


[2] Extrait du Synopsis de Ocean of the Ultimate Meaning, commentaire de Thrangu Rinpoche sur le traité sur la mahamudra du même titre, composé par le 9ème Karmapa Wangchuk Dorje (1556-1603), Shambhala Publications