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lundi 9 juin 2025

Karmapa Ogyen Trinley Dorje entre tradition et modernité ?

Karmapa Ogyen Trinley Dorje (photo Kagyu Office)

Dans le premier sermon du Bouddha, exposant les Quatre Nobles Vérités, il déclare :
« La naissance est souffrance, la vieillesse est souffrance, la maladie est souffrance, la mort est souffrance… » (Dhammacakkappavattana Sutta, Samyutta Nikāya 56.11)
L’expression « l’affaire de vie et de mort » apparaît plus tard dans la littérature des maîtres Ch’an/Zen, qui synthétisent la quête bouddhique en une urgence existentielle : résoudre la question de la vie et de la mort. Cette formule devient un leitmotiv dans les instructions aux pratiquants, mais elle s’enracine dans la centralité de la souffrance de la naissance et de la mort, telle qu’enseignée par le Bouddha.

En théorie, moines, yogis et laïcs bouddhistes n'abordent pas cette question de la même manière. Les laïcs, confrontés à l'urgence d'une souffrance spécifique, cherchent souvent des solutions concrètes et immédiates que les religieux s'empressent de leur fournir. Dans la pratique, cette distinction s'estompe. Qu'ils soient moines, yogis ou laïcs, tous peuvent éprouver la même urgence face à la souffrance de la mort, et réclamer les mêmes "solutions" rituelles. La mort nous rend tous égaux, par-delà les statuts religieux.

Cette tension entre discours public et pratiques rituelles s'inscrit dans un débat plus large sur la nature même du bouddhisme contemporain. L'anthropologie du bouddhisme est passée d'une étude souvent textualiste et focalisée sur le Theravāda à un champ de recherche plus diversifié, ethnographiquement ancré, comparatif et réflexif, qui interroge la place du bouddhisme dans la société contemporaine et ses interactions avec d'autres dimensions culturelles, sociales et politiques.

Cependant, cette évolution disciplinaire n'a pas encore pleinement saisi le décalage que nous venons d'identifier. Quand les hiérarques bouddhistes tibétains présentent leur tradition comme 'science, philosophie et religion', et que simultanément leurs rituels funéraires promettent des interventions post-mortem démiurgiques, nous touchons à une contradiction que l'anthropologie contemporaine peine à analyser frontalement.

Les hiérarques bouddhistes (Dalai-Lama, 17ème Karmapa, …), en revanche, continuent de présenter le bouddhisme tibétain comme “le bouddhisme”, par trois biais : science, philosophie et religion. Le 17ème Karmapa explique que parler du bouddhisme comme d’une science, c’est souligner la démarche d’examen, d’analyse et de déduction appliquée à la fois aux phénomènes extérieurs et à l’expérience intérieure. Il insiste sur l’importance du questionnement, de l’expérimentation et de la recherche de certitude, comme l’a fait le Bouddha lui-même[1].

Le Karmapa affirme explicitement que le Dharma doit évoluer pour répondre aux besoins de chaque époque : « Le Dharma doit changer pour s’adapter au temps et aux besoins des gens ». Il encourage une compréhension du Dharma qui dépasse la seule dimension religieuse, pour devenir une voie de réalisation du potentiel humain, de développement de la compassion, de responsabilité envers les autres et l’environnement[2]. Tout en assurant la continuité de la lignée et la transmission des enseignements traditionnels, il se positionne clairement comme un acteur du dialogue entre bouddhisme et modernité. Il reprend à son compte l’idée d’un bouddhisme rationnel, introspectif, compatible avec les valeurs contemporaines, et encourage une adaptation créative du Dharma pour répondre aux défis du XXIᵉ siècle.

Le bouddhisme met souvent l’accent sur la pratique, la vérification par soi-même et l’expérience directe. Dans le bouddhisme tibétain, qui est un bouddhisme ésotérique, la pratique consiste souvent en des rituels, dérivés de tantras, considérés comme les Paroles du Bouddha (buddhavacana). La mort est l'événement le plus marquant dans la vie, sans “solution”, l’objet des plus grandes peurs et du plus grand espoir. Elle prend une place centrale dans la religion et la philosophie, et “la science de l’esprit”.

Paroles attribuées au Bouddha :
« La naissance est détruite, la vie pure est vécue, ce qui devait être fait est accompli, il n’y aura plus de retour à cet état d’existence. » (Udāna 1.1, Vinaya Mahāvagga 1.6.10)

« Restez avec votre esprit bien établi dans les quatre fondements de l’attention… Ceci est la voie menant à la non-mort (amata). » (Samyutta Nikāya 47.29)

« La vigilance est le sentier vers le sans mort (P. amata), la négligence est le sentier vers la mort. Le vigilant ne mourra pas, le négligent est comme s'il était déjà mort. » (Dhammapada, verset 21) 
Dans le bouddhisme ésotérique, la vigilance (appamāda) ne suffit pas pour atteindre la non-mort. Il se targue d’avoir des moyens ésotériques plus puissants et plus radicaux. En dépit de ce que disent les représentants du bouddhisme tibétain sur la science de l’esprit, la philosophie et la religion, ce que disent implicitement les rituels funèbres, notamment celui composé par le 17ème Karmapa en 2024, est qu’un lama/vajrācārya détient la gnose démiurgique nécessaire pour capturer la conscience d’un défunt, à quel stade qu’elle se trouve de la transmigration dans le cycle des existences, y compris dans les enfers et lenfer des femmes, et la figer dans son corps défunt ou une effigie de celui-ci, afin de purifier la conscience, de l’initier et de l’expédier dans une Terre pure.

Implicitement, et à condition d’avoir une famille aimante qui se soucie du bien-être post-mortem de leur proche et qui se tourne vers un vajrācārya qualifié, cela rendrait superflu la pratique de bouddhisme durant sa vie. Il suffit de faire appel à un vajrācārya pour qu’il sauve la conscience d’un défunt, quel que soit le stade transmigrationnel de ce dernier, et l’expédie à Sukhāvatī ou une autre Terre pure. Le bouddhisme n’est alors plus une pratique mais un service fourni par des vajrācāryas, disons des prêtres. Un peu comme le consolamentum, le baptême des mourants cathare, avec l’avantage qu’il reste théoriquement possible même après la mort de quelqu’un.

Si l’anthropologie du bouddhisme veut étudier la pratique réelle du bouddhisme (et scripturaire dans le cas de ce rituel funèbre), au niveau local, régional, ethnique, international, elle pourrait aussi noter le décalage entre le discours public des hiérarques bouddhistes tibétains et la pratique effective dans les différents lieux, notamment relative à la mort. En règle générale, ce décalage est attribué à la mauvaise compréhension de ce que serait réellement le bouddhisme de la part des nouveaux convertis. Les études anthropologiques objectives à ce sujet sont encore rares.

Est-ce que les hiérarques tibétains ont le pouvoir ou la possibilité de réellement adapter le bouddhisme tibétain et son corpus ésotérique, “le Dharma”, “au temps et aux besoins des gens” ? Rien ne semble moins sûr en lisant Le Rituel de la Porte du Sud de Cakrasaṃvara (bde mchog lho sgoi cho ga), où le Karmapa affirme s’être appuyé sur les Tantras, les sādhana et les commentaires existants dans ce domaine, pour des soucis d’authenticité et de continuité traditionnelle. C’est très clairement la “tradition”, telle qu’elle est comprise et appliquée, qui empêche toute adaptation à “la modernité”. Cela vaut également pour le Rituel dinvestiture dun tulku, également publié en 2024 par le 17ème Karmapa.

Pour finir, le 17ᵉ Karmapa est l’une des figures majeures du bouddhisme tibétain à s’être engagée aussi clairement et concrètement pour l’égalité des femmes, la restauration de leur pleine ordination, et leur accès à tous les niveaux de responsabilité spirituelle. Il considère que soutenir les femmes dans le Dharma est essentiel non seulement pour l’équité, mais aussi pour la vitalité et l’avenir du bouddhisme lui-même.

En 2019, Vikki Hui Xin Han a engagé une procédure devant la Cour suprême de Colombie-Britannique (Canada) contre Ogyen Trinley Dorje (« Mr. Dorje »), l’accusant d’agression sexuelle non consentie alors qu’elle était nonne novice, et réclamant une pension alimentaire pour leur enfant ainsi qu’un soutien conjugal. En octobre 2022, Vikki Hui Xin Han a volontairement abandonné (« discontinued ») sa demande préliminaire devant la cour canadienne (Tricycle 18/11/2022). Aucune décision de justice n’a donc été rendue sur le fond : les allégations n’ont pas été jugées, ni confirmées ni infirmées. L’affaire reste donc close au niveau judiciaire canadien, sans condamnation du 17ᵉ Karmapa.

Cette analyse révèle un paradoxe fondamental du bouddhisme tibétain contemporain : plus ses représentants s'efforcent de le présenter comme compatible avec la modernité scientifique et rationnelle, plus leurs pratiques rituelles révèlent une cosmologie théurgique qui semble appartenir à un autre univers conceptuel. Le cas du 17ème Karmapa illustre parfaitement cette tension : d'un côté, il prône un "Dharma qui doit changer pour s'adapter au temps et aux besoins des gens" ; de l'autre, il compose des rituels funéraires qui mobilisent une "gnose démiurgique" permettant de capturer et rediriger la conscience des défunts. Ou encore des rituels d’investiture de tulkus, “très nécessaire lors de la reconnaissance et de l'intronisation futures de nombreuses réincarnations de maîtres, lamas et tulkus[3].

Ce décalage n'est pas un simple effet de communication ou une stratégie d'adaptation contextuelle. Il révèle une impossibilité structurelle : comment concilier une présentation publique du bouddhisme comme "science de l'esprit" avec un corpus ésotérique qui revendique des entités et des pouvoirs surnaturels ? La "tradition", invoquée comme garant d'authenticité, devient paradoxalement l'obstacle principal à l'adaptation prônée dans le discours public.

L'anthropologie contemporaine du bouddhisme, malgré ses évolutions méthodologiques, peine encore à saisir frontalement cette contradiction. Focalisée sur la critique du textualisme ancien ou sur la valorisation des pratiques populaires, elle tend à éviter l'analyse directe de ces tensions internes. Pourtant, c'est précisément dans ces zones d'inconfort que se révèle la complexité du bouddhisme vécu, pris entre aspirations modernisatrices et fidélité aux corpus traditionnels.

Au-delà du cas tibétain, cette étude interroge plus largement les stratégies d'adaptation des traditions religieuses face à la modernité. Elle suggère que certains décalages ne relèvent pas de la diplomatie culturelle, mais d'incompatibilités épistémologiques profondes qui résistent aux discours de réconciliation. L'affaire judiciaire évoquée rappelle que derrière ces débats doctrinaux se cachent des enjeux humains concrets, où l'autorité spirituelle et ses limites sont questionnées par la réalité sociale contemporaine.

Le bouddhisme tibétain du XXIe siècle navigue ainsi entre plusieurs mondes : celui de la légitimité scientifique recherchée en Occident, celui de l'efficacité rituelle attendue par les communautés traditionnelles, et celui de la responsabilité éthique exigée par la société moderne. Cette navigation révèle moins une synthèse harmonieuse qu'une coexistence tendue, symptomatique des défis que rencontrent toutes les traditions spirituelles dans leur rencontre avec la modernité.

***

[1] The Gyalwang Karmapa on the Relationship Between Buddhism and Science, 22/05/2016 à Génève

[2] Interpreting the Buddha Dharma for the 21st century, 29/05/2014 à Nuerburgring, Allemagne.

The Karmapas New Book Advocates Change To Create a Global Society that Embraces our Interdependence, 22/04/2017 Delhi

The 17th Karmapa: New Face of an Ancient Lineage, The Lion’s Roar, 02/02/2015
As Barry Boyce tells us, the 17th Karmapa’s views will help define Buddhism in the 21st century.”

[3] Blog Vers davantage d'investitures de tulkus ? 02/06/2025
 'di ni lo rgyus rang bzhin gyi gsung rtsom yin cing / 'byung 'gyur bstan bdag bla sprul mang po'i yang srid ngos 'dzin dang mnga' gsol bgyi ba'i skabs dgos mkho che ba'i phyir da res nga tshos 'phrul deb tu bzos nas 'grems spel zhus yod/
Rituel pour guider les défunts ("Porte du Sud") avec Cakrasaṃvara (བདེ་མཆྷོ་ྒོི་ོ་)

mardi 27 mai 2025

Les paradoxes d'un "philosophe roi"

Karmapa 8 Mikyö Dorje (détail, HA65823)

Jim Rheingans de l’université de Vienne a étudié de près le Grand sceau pratiqué et enseigné par le huitième Karmapa Mikyö Dorje (1507–1554)[1] d’après les sources hagiographiques de Karmapa, ses oeuvres et les entrevues spirituels (dri lan) avec ses disciples. Suite de mes explorations

Un lama-racine âgé de trois siècles

"Lama Zhang", palais du Potala 

Karmapa 8 Mikyö Dorje avait quatre maîtres spirituels principaux[2], principalement Kagyupa et/ou Sakyapa. Jeune homme, son coeur semblait balancer entre leGrand sceaumystique et ésotérique. Dans sa Méthode de placement [de la pensée, cittasthāpanā] selon les instructions de la lignée Dagpo Kagyu (Dwags po bka' brgyud kyi bzhag thabs shig) que Mikyö Dorje avait finalisé en 1546, une information ajoutée en note (mchan) m’intéresse particulièrement.
"Quand le huitième Karmapa se dit béni par le premier Karmapa et par Lama Zhang [brTson grus seng ge (1123–1193)], le commentaire interlinéaire remarque que si le Karmapa avait d'abord adhéré à la vue 'faux-aspectiste' (rnam rdzun pa) du Cittamātra, par la suite, ayant lu L'ultime voie suprême de la Mahāmudrā (Lam mchog mthar thug) de Lama Zhang [Yudrakpa (1122–93)], il se tourna vers le Madhyamaka de Candrakīrti et prit Zhang comme guru racine[3]."
L'ultime voie suprême de la Mahāmudrā semble avoir fait une très forte impression sur Mikyö Dorje, au point qu’il décida d’en faire une source d’inspiration majeure, et de prendre son auteur, “Lama Zhang”, comme lama-racine. Il est standard de prendre refuge en le Bouddha, en les lamas de la lignée, mais la possibilité de prendre un maître ancien décédé depuis trois siècles pour lama-racine ne m’était pas encore connue. Une déclaration de Situ Panchen (1700–1774) confirme d’ailleurs cette possibilité (sGrub brgyud karma kaṃ tshang brgyud pa rnam thar rin po che’i rnam par thar pa rab ’byams nor bu zla ba chu shel gyi phreng ba).

Mikyö Dorje avait par ailleurs composé trois textes sur “Lama Zhang”, dont un intitulé “Les excellentes instructions (saddharma) du Protecteur du monde Zhang g.yu drag pa, connues comme 'Les paroles scellées' (Zhang 'gro ba'i mgon po g.yu brag pa'i dam chos bka' rgya mar grags pa)[4]. Dans ce texte, le principal maître du Karmapa, le premier Sangyé Nyenpa (Sangs rgyas mnyan pa 1457 - 1519), est loué comme étant extérieurement (phyi) Lama Zhang, intérieurement (nang) le Premier Karmapa,  secrètement (gsang) le "Grand Sceau", et au niveau de la réalité ultime (de kho na nyid) la grande béatitude (bde ba chen po). Un autre texte[5], commence par un guru-yoga sur Lama Zhang. La possibilité de prendre un maître bouddhiste lointain comme lama-racine ouvre des perspectives...

Madhyamaka et trois types de Mahāmudrā

En ce qui concerne sa vue de la vacuité, Mikyö Dorje termine, également en 1546, son grand commentaire sur l’Entrée dans la voie médiane (Madhyamakāvatara), intitulé Le chariot des siddhas de la lignée Dagpo (Dwags brgyud grub pa’i shing rta). Dans ce texte, il explique la connexion entre le Madhyamaka et le Mahāmudrā, ainsi que la tradition des siddhas. Il y présente une synthèse originale du Madhyamaka centrée sur l'approche singulière d'Advayavajra/Maitrīpa, fondée sur son Tattvadaśaka et sur le commentaire de Sahajavajra (Tattvadaśakaṭīka), disciple de ce dernier. Mikyö Dorje nomme cette approche "Amanasikāra-madhyamaka" (Madhyamaka de non-engagement mental[6]) et distingue trois types : le Mantra-Madhyamaka (Marpa, Milarepa, Rechungpa), le Sūtra-Madhyamaka (Gampopa) et l’Alikakāra-Cittamātra-Madhyamaka (tradition des dohākoṣa, donc des siddhas). “L’Alikakāra” était propagé par Vajrapāṇi (disciple d’Advayavajra), Asu du Népal (Bal po A su, probablement à l’origine de deux dohākoṣa attribués à Saraha, Trilogiste), et le très énigmatique Kor Nirūpa. Le Grand sceau “des siddhas” semble correspondre ici à “l’Alikakāra”, un terme tantrique énigmatique, qui revient à un autre endroit de la thèse de Jim Rheingas. Notamment dans la partie qui traite des entrevues spirituelles entre Mikyö Dorje et ses disciples. Dans une des entrevues :
Ces derniers temps (da zhag) j'ai fait l'expérience de maladie et de méditation confuse. Veuillez m'aider (dgos) et [me donner un moyen] d'éliminer [ces] obstacles. »
À cela (pa la) le Drung [Karmapa] dit : « Vous devez éliminer les obstacles par l'essence de la conceptualisation (rnam rtog)
! » 
Et il ajouta : « Ne nourrissez pas d'espoir qui aspire à obtenir le résultat. Si [vous] nourrissez l'espoir de vouloir obtenir le résultat, vous n'êtes pas un bon méditant (sgom chen). Les rayons de lumière ('od zer) du Bouddha et un poil de chien—les deux ne sont pas différents ! Établissez [votre esprit] sur ces deux comme [étant] en union ! Dans cet état, pratiquez la liberté de réfuter ou d'accomplir, la conduite A li kā lī (t. A li kā lī’i spyod pa)[7].”
Alikakāra correspond ici à une observance (cārya) tantrique, peut-être du système de Cakrasaṃvara, ou du moins saṃvara. “A li kā lī” ou “alika[8]” semble pouvoir référer à un langage tantrique codé (Vākchomā). Les dohākoṣa trilogistes peuvent contenir des signes cryptés (alikāliṅga). Dans le contexte de l’anecdote ci-dessus, on peut déduire une observance, ne suivant pas les obligations sociales - ce qu’il faut faire et ne pas faire -, parfois de façon antinomique, en allant à l’encontre des attentes, comme dans la conduite insensée, dans le but de se libérer de l’emprise de tout espoir et crainte.

Des répartis façon Ch’an

Intendant de Karmapa 8, A Khru ?  (détail, HA65823) 

Les extraits des entrevues spirituelles (dri lan) sélectionnés par Jim Rheingans, montrent que tout comme Gampopa, le neveu de celui-ci, Gom Tshul (1116-1169), disciple de ce dernier, “Lama Zhang” donnait des Introductions (ngo sprod) en la nature de la pensée (“Grand Sceau”), hors du cadre des initiations. Le message central est que les conceptualisations (vikalpa) sont le [rayonnement du] Corps réel (dharmakāya). A ceux qui le mettent en doute (comme le pauvre intendant de Mikyö Dorje), le huitième Karmapa répond : "Les gens [comme vous] qui disent 'les conceptualisations ne sont pas le dharmakāya et les apparences ne sont pas la pensée' ont des cendres dans la bouche ![9]"

Ngo sprod faite à un chien (photo Chiens & Chats

Certains répartis rappellent ceux du maître Ch’an Linji Yixuan (Lin-tsi/Linji). Voici une petite sélection. Le chien, qui nest pas toujours le meilleur ami de lhomme, en prend pour son compte.
"La queue d'un vieux chien Gya mo et la protubérance crânienne (uṣṇīṣa) d'un Bouddha sont une [seule chose] ! Quand rGya ston demande "Dans quel contexte cela est-il enseigné ? Dans le contexte des bKa' brgyud pas. " (A khu a khra[10])

Ne nourrissez pas d'espoir qui aspire à obtenir le résultat. Si [vous] nourrissez l'espoir de vouloir obtenir le résultat, vous n'êtes pas un bon méditant (sgom chen). Les rayons de lumière ('od zer) du Bouddha et un poil de chien—les deux ne sont pas différents ! Fixez [votre pensée] sur ces deux comme [étant] inséparables !" (A khu A khra[11])

[Le Karmapa] arracha alors un poil ('jag ma) de la literie (gzims 'bog) et le tint dans sa main, disant :
Les trois corps [du Bouddha] sont complets en cela !’
[Mi nyag :] ‘Comment sont-ils complets ?’
[Karmapa :] ‘Ce poil lui-même est le dharmakāya, donc le dharmakāya [est présent]. Comme il se dresse (longs pe 'dug pas), le saṃbhogakāya [est présent]. Qu'il soit agité (sprul sprul) par le vent (rlung) est le nirmāṇakāya.
(A khu A khra)[12]

En dehors de cela [établir l'esprit comme mentionné ci-dessus], il n'y a [aucun moyen] de réaliser l'accomplissement du Grand Sceau par des [activités] fatigantes telles qu'aller demander une initiation, sonner la cloche, réciter [des mantras] en méditant sur un aspect de Bouddha, et ramasser du bois de yam et faire des offrandes de feu ; ou accomplir un rituel de méditation [élaboré] après avoir rassemblé des [substances] d'offrande.[13]

[dBon po :] 'En outre, veuillez m'expliquer (thugs la 'dogs pa) comment retenir les vents d'énergie et comment méditer sur les six doctrines [de Nāropa] ?' [Karmapa :] 'Pour ces choses-là vous devez comprendre les concepts comme dharmakāya ![14]’”

Si les apparences ne sont pas la pensée, il s'ensuit que tous les différents phénomènes ne sont pas d'une saveur unique (ro gcig), parce que les conceptualisations (vikalpa) ne sont pas le dharmakāya. De plus, un dharmakāya qui soit quelque chose de différent des conceptualisations ; apportez-le[-moi], montrez-le[-moi] ! » [Le Karmapa] eut de nombreuses discussions dharma de ce genre.[15]

Poil de chien versus Triple corps, poil de chien déclaré vainqueur par Ockham.  

Quand Mikyö Dorje agit ainsi, il semble agir comme son premier maître Sangyé Nyenpa (1445/1457–1510/1525), dont il dit dans une invocation qu’extérieurement il est “Lama Zhang”, intérieurement le premier Karmapa et secrètement le Grand sceau (voir ci-dessus).

Ce “Grand sceau” est mystique dans le sens d’inconcevable (acintya), c’est l’expérience de l’union des deux vérités, dans le cadre de l’Introduction (ngo sprod) par un ami de bien. Des tantras, du moins dans la première partie de sa vie, Mikyö Dorje semble surtout retenir la conduite non-dualiste extrême, antinomique, dite “A li kā lī” des siddhas. En essence, l’abandon de toute crainte et espoir.

Vacuité extrinsèque, Kālacakra et Mahāmudrā ésotérique

Khenchen Chodrub Senge (détail, HA65823)

Un autre maître de Mikyö Dorje fut le Sakyapa Khenchen Chodrub Senge (mKhan chen Chos grub seng ge (15e siècle), spécialiste du Kālacakra Tantra. Il semble avoir orienté Mikyö Dorje vers la vue de la vacuité extrinsèque, et l'influença dans sa rédaction du Commentaire de l’Abhisamayālaṃkāra selon la tradition Jonang et Zhilungpa[16]. Le huitième Karmapa étudia aussi le Yoga à six branches (yan lag drug) avec Chos grub seng ge, une pratique qui, dans le contexte du Kālacakra, est étroitement liée aux enseignements de la vacuité extrinsèque. Mikyö Dorje est d’ailleurs l’auteur d’un traité sur cette doctrine (gZhan stong legs par smra ba'i sgron me).

C’est peut-être sous l’influence Sakya-Jonang que Mikyö Dorje aurait écrit la fameuse citation de Jamgön Kongtrul, où il déclasse le Grand sceau inconcevable de Gampopa, en faveur du Grand sceau ésotérique, le Kālacakra Tantra et le Yoga à six branches.
Ce n'est pas le siddhi authentique de la Mahāmudrā de la lignée Kagyupa, transmis du Dharmakāya Vajradhara jusqu'au grand Nāropa, et qui est présent dans les gnoses analogique et ultime (dṛstāntajñāna et pāramārthikajñāna, dpe don gyi ye shes) authentiques, car ces dernières ne sont pas manifestes (ngon sum) avant les trois initiations supérieures des quatre consécrations (mchog dbang gong ma gsum). Mais c'est le Parāmitāyāna causal de nos jours et la tradition des instructions communes de Samātha-Vipassana qui viennent d’Atiśa et qui font partie du chemin graduel de l’éveil. Il était enseigné par sGam-po-pa (1079-1153) et Phag mo gru pa (1110-1170) pour répondre à la demande des étudiants de l’époque dégénérée, friands des enseignements les plus élevés, et qui l'ont appelé pour cette raison "Mahāmudrā-Sahaja" (phyag-chen skyes-sbyor). Dans la pratique de la plupart des étudiants de sGam-po-pa , les instructions de la Mahāmudrā furent données avant l'initiation, ce qui est appelé "la tradition commune du Sūtrayāna et du Mantrayāna..[17]"
Ce n’est pourtant pas verbatim la formule de Mikyö Dorje dans la Courte instruction (Khrid thung, Gdams khrid man ngag gi rim pa 'chi med bdud rtsi'i ljon bzang).
Les instructions traditionnelles de śamatha-vipaśyanā communes au véhicule des pāramitā, les instructions de la "Lampe du chemin de l'éveil" (Bodhipathapradīpa) transmises depuis le protecteur Atiśa, connues comme l'union co-émergente (lhan cig skyes sbyor) du grand enseignant Geshé [Potowa] et des Geshé Gönpapa, [que] le vénérable Gampopa et le protecteur Phagmo Drupa, pour les disciples dégénérés qui se complaisent dans les véhicules de plus en plus élevés, ont nommé "union co-émergente du Grand Sceau" (phyag chen lhan cig skyes sbyor).”
On n’y trouve pas la formule triomphaliste “le siddhi authentique de la Mahāmudrā de la lignée Kagyupa, transmis du Dharmakāya Vajradhara jusqu'au grand Nāropa”. Ce que je retiens de ce que j’ai lu sur Mikyö Dorje, grâce à Jim Rheingans, c’est que son approche du Grand sceau semble consister en une indispensable Introduction en la nature de la pensée (Grand sceau), qui restera comme la pratique de base sous-jacente à toutes les autres pratiques ésotériques, ou de type Lam rim, comme la pratique principale intime d’une vie, et le critère ultime de réussite. C’était assez courant dans le bouddhisme Ch’an/Zen, comme par exemple chez le maître coréen Chinul (1158-1210).

Mikyö Dorje était aussi un chef de lignée, un théocrate dans ses territoires, dont l’autorité s’exprime aussi dans un cérémoniel impressionnant. A cet égard, il est difficile de faire mieux, et d’être plus complet que le système de Kālacakra, et son thème central de philosophes rois ou maîtres-rois (dharmaraja, chos rgyal). Un trésor étouffé sous de l'or...

Esotérisme et théocratie

Tsurphu au Tibet, siège des Karmapas (détail, HA65823)

Selon Ronald M. Davidson dans Indian Esoteric Buddhism: A Social History of the Tantric Movement (2002), le bouddhisme ésotérique “féodal" désigne la transformation du bouddhisme tantrique en système de légitimation du pouvoir politique entre le VIIe et le XIIe siècle en Inde. Dans un contexte de fragmentation politique post-Gupta, les cours royales régionales s'allient avec des maîtres tantriques (vidyādhara) qui sacralisent l'autorité royale par des rituels initiatiques (abhiṣeka) et des enseignements ésotériques réservés à l'élite. Cette symbiose crée une théocratie de fait le pouvoir spirituel (gnose tantrique) et temporel (autorité royale) se légitiment mutuellement, transformant le bouddhisme monastique en système hiérarchique de lignées ésotériques contrôlées par une classe demandarins au service des élites politiques. L'ésotérisme devient ainsi un instrument de pouvoir autant qu'une voie spirituelle.

Cette dynamique s'est parfaitement reproduite au Tibet, notamment après la période mongole (XIIIe-XIVe siècles), lorsque la fragmentation du pouvoir central a créé des conditions similaires à celles de l'Inde post-Gupta. Les lignées ésotériques tibétaines (Kagyu, Sakya, Gelug) ont développé le même modèle d'alliance théocratique : maîtres réincarnés (tulku) et seigneurs régionaux se légitiment mutuellement par des systèmes initiatiques et des rituels de consécration politique. Le système des tulku devient l'équivalent tibétain des vidyādhara indiens - une classe de "détenteurs de gnose" héréditaire qui monopolise à la fois l'autorité spirituelle et temporelle. Cette évolution culmine avec le régime théocratique des Dalaï Lamas (XVIIe siècle), où le pouvoir politique est entièrement sacralisé par l'ésotérisme tantrique. Comme en Inde, la fragmentation politique favorise l'émergence de principautés théocratiques (Sakya, Gelug, etc.) fonctionnant en compétition, chacun légitimé par sa propre tradition ésotérique "supérieure", reproduisant la même dynamique de compétition ésotérique décrite par Davidson pour le sous-continent indien.

Statue de Mikyö Dorje (photo)

Concilier pouvoir séculier et spirituel a été un défi depuis toujours. Le roi et le prêtre peuvent les partager. L’Inde a eu ses dharmaraja (Aśoka 268-232 av. JC, Harṣavardhana 590-647, Kaniṣka Ier Ier-IIe siècle, …), le concept du monarque universel (cakravartin) et son dharma cosmique, la croyance en des avatars millénaristes, etc. La Chine et la Mongolie ont eu leurs empereurs et Khans, assistés de mandarins (mantrins). Le pouvoir séculier et spirituel réunis dans les mêmes mains, est appelé une théocratie, étayée par un système ésotérique. Pouvoir est savoir. Un savoir expert, non vulgarisé.

***

[1] The Eighth Karmapas Life and his Interpretation of The Great Seal: A Religious Life and Instructional Texts in Historical and Doctrinal Contexts. 2017, Hamburg Buddhist Studies 9. Bochum/Freiburg: Projektverlag.
The Eighth Karmapas Answer to Gling drung pa: A Case Study, publié dans 2011, In Kapstein, Matthew T. and Roger R. Jackson (eds.), Mahāmudrā and the bKa´-brgyud Tradition. Proceedings of the 11th Seminar of the International Association for Tibetan Studies Bonn. IITBS GmbH: Halle, 345–386.

[2](i) Sangye Nyenpa Tashi Paljor, (Sangs rgyas mnyan pa bKra shis dpal ’byor (1445/1457–1510/1525, sometimes called the mahāsiddha of Denma (gDan ma),
(ii) Dumoma Tashi Ozer (bDud mo ma bKra shis ’od zer (b. 15th century, d. c.1545)),
(iii) Khenchen Chodrub Senge (mKhan chen Chos grub seng ge (b. 15th century)), and
(iv) Karma Trinleypa Chogle Namgyal (Karma ’phrin las pa I Phyogs las rnam rgyal (1456– 1539)).
” Jim Rheingans 2017

[3]When the Eighth Karmapa calls himself blessed by the First Karmapa and Lama Zhang, the interlinear commentary remarks that while the Karmapa first adhered to the ‘false aspectarian’ (rnam rdzun pa) view of Cittamātra, later, because he had seen the Lam mchog mthar thug (The Path of Ultimate Profoundity)179 by Lama Zhang, he turned to Candrakīrti’s Madhyamaka and took Zhang as his root guru.” Jim Rheingans 2017

Si tu Paṇ chen’s Kaṃ tshang recounts that, through Lama Zhang’s blessing (byin gyis brlabs), the Karmapa settled the ultimate Madhyamaka view (mthar thug dbu ma) to be the tradition of prāsaṅga or ‘consequentalists’. Being himself inspired by the gzhan stong, Si tu Paṇ chen viewed the Eighth Karmapa’s commentary as chiefly in conformity with the Third Karmapa, Rang byung rdo rje, which he interprets as gzhan stong.” Jim Rheingans 2017

[4]Mi bskyod rdo rje, Karma pa VIII, Zhang 'gro ba'i mgon po g.yu brag pa'i dam chos bka' rgya mar grags pa. The first lines (ibid. fol. 1b/p. 576) praise the Karmapa’s main teacher Sangs rgyas mnyan pa as being Lama Zhang outwardly (phyi), the First Karmapa inwardly (nang), secretly (gsang) the Great Seal, and on the level of suchness (de kho na nyid) the great bliss (bde ba chen po). This work can be considered a Guru Yoga invocation ritual and Great Seal instruction. Zhang 'gro ba'i mgon po'i gsang ba'i rnam thar bka' rgya las 'phros pa'i gsang ba'i gtam yang dag pa, continues this topic: the text starts out with a guru yoga on Lama Zhang who is depicted as the Buddha Cakrasaṃvara. Interestingly, passages in this invocation bear similarity to Zhang bka' rgya'i brgyud rim gsol 'debs, fol. 1a (p. 894) and are almost identical with a passage in the Eighth Karmapa’s Thun bzhi'i bla ma’i rnal ’byor.

[5] Zhang 'gro ba'i mgon po'i gsang ba'i rnam thar bka' rgya las 'phros pa'i gsang ba'i gtam yang dag pa

[6] Faut-il, comme semble le faire Klaus-Dieter Mathes, inclure toutes les (25+1) instructions du cycle Amanasikāra (yid la mi byed pa'i skor) dans cette approche Amanasikāra-madhyamaka ? Les manuscrits découverts dans la bibliothèque royale du Népal par Haraprasad Shastri, qui leur donna le nom Advavavajrasangraha, forment-ils un ensemble, propageant le même message, chaque texte devant être interprété à la lumière des autres, et des commentaires et systématisations ultérieurs ?

Chapter 9 Maitrīpa’s Amanasikāra-Based Mahāmudrā in the Works of the Eighth Karma pa Mi bskyod rdo rje Dans: Mahāmudrā in India.

[7] "These days (da zhag) I have experienced sickness and unclear meditation. Kindly assist (dgos) me and [give me a means] to remove [these] obstacles.’

To that (pa la) the Drung [Karmapa] said: ‘You should remove obstacles through the essence of conceptualisation (rnam rtog)!

And he further said: ‘Do not harbour hope which longs to obtain the result. If [you] harbour hope wishing to obtain the result you are not a good meditator (sgom chen). Light rays ('od zer) of the Buddha and a dog’s hair—the two are not different! Settle [your mind] on those two as [being] in union! In this state, practice the freedom from refuting or accomplishing, the A li kā lī conduct.

“A khu A khra, fol. 32a (p. 95): der dgongs phyi mo zhig la mi nyag skya ging bya bral bas nga da zhag na ba dang sgom mi gsal ba byung bas gegs sel thugs rjes 'dzin dgos zhus pa la/ drung nas/ khyod kyis rnam rtog gi ngo bo des gegs sel gsungs/ 'bras thob 'dod kyi re ba ma byed/ 'bras bu thob 'dod kyi re ba byas na sgom chen min/ sangs rgyas kyi 'od zer dang/ khyi'i spu gnyis la khyad med/ de gnyis zung 'jug tu zhog/ de'i ngang la dgag sgrub dang bral ba a li kā lī'i spyod pa gyis gsungs/.”

Note de Rheingans :
"A li kā lī’i spyod pa. According to [Khams-born] mKhan po [Karma Nges don] it is one kind of tantric conduct. It is neither mentioned within the Kālacakratantra, ed. Vira R. and L. Chandra (New Delhi: International Academy of Indian Culture, 1966) or Hevajratantra, ed. David L. Snellgrove (London: Oxford University Press, 1959) nor among the four kinds of tantric conduct (Mar pa Chos kyi blo gros and mTshur phu rGyal tshab bKra shis dpal ’byor, rTsa lung 'phrul 'khor, p. 168–170)."

[8] Voir aussi : A Critical Edition of the Vajraḍākamahātantrarāja (I) --- Chapter 1 and 42 ---Tsunehiko Sugiki, 2002, 智山学報(Journal of Chisan Studies)

[9] Dans A khu a khra. A Khru fut l’intendant de Mikyö Dorje. Rheingans, 2017, p. 65

[10] “A khu A khra, fol. 28b (p. 88): tha mal shes pa de sgom dgos sam mi dgos zhus pas/ las dang po pas sgom dgos gsungs de nas mi dgos gsungs lta ba de ci yin zhus pas/ tha mal gyi shes pa de yin pas 'bras bu yang de yin gsung/ tha mal shes pa min pa'i chos med par go na sangs rgyas 'gro gsungs/ sems nyid dri ma med pa la rdo gong dang brag ri 'di rnams kyis dri ma byed mi thub/ rdo gong 'di spros bral gyi ngo bor grub na rdo gong las chos sku bzang po mi 'ong gsungs/ yang khyi rgan gya bo'i rnga ma dang sangs rgyas kyi gtsug gtor gcig yin gsungs/ gang gi skabs su yin zhus pas/ bka' brgyud pa'i skabs su yin gsungs/.”

[11] “A khu A khra, fol. 32a (p. 95): sangs rgyas kyi 'od zer dang/ khyi'i spu gnyis la khyad med/ de gnyis zung 'jug tu zhog/ de'i ngang la dgag sgrub dang bral ba a li kā lī'i spyod pa gyis gsungs/.”


[12] “A khu A khra, fol. 32a (p. 95): gzims 'bog gyi spu 'jag btogs nas phyag tu bsnams nas/ sku gsum 'di la tshang ba yin gsung/ ci ltar tshang ba yin zhus pas/ spu de ka chos sku yin pas chos sku/ longs pe 'dug pas longs sku/ rlung gi [read gis?, see note 88 above] sprul sprul byed pa sprul sku yin gsungs/.”

[13] “Mi bskyod rdo rje, Karmapa VIII, Gling drung pa la 'dor ba’i dris lan, fol. 3a (p. 315): de la dbang bskur zhur ’gro ba dang/ dril bu ’khrol ba dang/ lha bsgoms nas bzlas pa dang/ yam shing bsags nas spyin bsreg bya ba sogs dang/ ’bul sdud byas nas sgrub mchod ’dzugs pa sogs kyi ngal bas phyag rgya chen po’i dngos grub sgrub pa ma lags/.” Rheingans 2017

[14] “A khu A khra, fol. 29b (p. 90): yang rlung bzung lugs dang chos drug sgom lugs thugs la 'dogs dgos zhus pas/ de ga la rnam rtog chos skur shes dgos gsungs/.” Rheingans 2017

[15] " ‘If appearances are not mind, it follows that all the different phenomena are not of one taste (ro gcig), because thoughts (rnam rtog) are not the dharmakāya. Further, a dharmakāya which is something different from the thoughts; bring it [to me], show it [to me]!’ [The Karmapa] had many such discussions about the dharma.

“ 'o na brag tu snang ba de nam mkha' de nam mkha' ltar mi 'dzin par thal/ sems min pa'i sra mkhregs 'gyur med yin pa'i phyir/ zhes dang snang ba sems min na chos thams cad du ma ro gcig min par thal/ rnam rtog chos sku min pa'i phyir/ yang rnam rtog las logs su gyur pa'i chos sku de khyer la shog la [las] nga la ston dang gsung ba sogs chos kyi gsung gleng mang du mdzad do/.”


[16]He taught him various large gzhan stong explanations (bshad pa) and asked him to uphold [this] view. Therefore he later commented on the Abhisamayālaṃkāra in the tradition of Jo [nang] and Zi [lung pa].” Rheingans 2017.

 Pawo Tsuglag Threngwa (1504–1566), mKhas pa’i dga’ ston, p. 1236. Zhilungpa (Zi lung pa) est Śākya mChog ldan (1428-1507).

[17] Trésor de la connaissance (Shes bya kun khyab) écrit par Jamgon Kontrul (1813-1900). Le texte qui a servi de base à la traduction a été publié par la Maison d'édition du peuple (mi rigs dpe skrun khang) en trois volumes, 1982 (ISDN M17049(3)28). La partie traduite se trouve dans le volume III (smad cha), pages 375 à 390.