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mardi 5 décembre 2023

Pensée paresseuse, récitation et langage totalitaire

Dialogue de Boris Cyrulnik et Fabrice Midal sur la Psychologie du mal (YouTube)

"Si j’ai un livre pour me tenir lieu d’entendement, un directeur pour ma conscience, un médecin pour mon régime… je n’ai pas besoin de me fatiguer moi-même. Je n’ai pas besoin de penser, pourvu que je puisse payer; d’autres se chargeront à ma place de ce travail fastidieux." Emmanuel Kant, Qu'est-ce que les Lumières ? 1784.
Boris Cyrulnik est un neuropsychiatre et éthologue français, qui utilise des concepts clés tels que la "pensée paresseuse", la "récitation" et le "langage totalitaire", qui peuvent être le résultat d’un refus de l’altérité, et d’une attitude “totalitaire”.

Une pensée totalitaire est
“une pensée totalement explicative qui ne laisse pas la possibilité d'inventer d'autres pensées. C'est une excellente stratégie de prise de pouvoir qui empêche le plaisir de penser, mais donne les bénéfices de la récitation partagée. Ce sont des pensées simples et linéaires qui semblent vraies et incontestables. Ces raisonnements sont très convaincants. Ils sont souvent étayés de 'preuves', de démonstrations scientifiques, de données statistiques. Cependant, ces mono-explications ont un effet dévastateur. Elles sont totalitaires. Elles paraissent pour vraies et uniques, parce qu’elles sont logiques[1].”
La “pensée paresseuse” est au fond un manque de pensée, l’utilisation de “prêt-à-penser”, de généralisations hâtives, de stéréotypes, de slogans, d' “éléments de langage”, sans remise en question, sans pensée critique, et sans exploration intellectuelle. Quand ces pensées sont répétées sous forme de slogans, elles deviennent de la “récitation”. Leur répétition incessante empêche la réflexion, et permet en outre d’identifier les bons et les mauvais sujets de la pensée dominante, et ainsi de resserrer les rangs.

La simplification excessive, la résistance à la complexité, et le manque de réflexion critique peuvent conduire à des croyances sans fondement. Dans un groupe, elles peuvent contribuer à la polarisation et à des conflits interpersonnels. Quand le “pensée paresseuse” devient comme une doctrine rigide, qui rejette l’altérité et les remises en question, elle peut installer parmi ses membres une vision simpliste et stéréotypée du monde, ce qui pourrait même conduire à l’isolation sociale. Les groupes où règnent une “pensée paresseuse”, voire une “pensée unique” et sa “récitation”, peuvent être facilement manipulés par leurs chefs, surtout si ces derniers ne sont pas sous le contrôle d’une instance supérieure, et entretiennent des relations privilégiées avec chacun des membres, dont ils pourraient être le directeur de conscience, voire davantage… Dans un tel groupe, les dérives totalitaires sont inévitables, surtout s’ils ont pour objet de créer une “société éveillée” selon leurs propres principes, au sein de la société dont ils sont tous issus et dont ils font tous partie, et parfois contre les principes mêmes de la société mère, p.e. un royaume théocratique dans une république démocratique.

Dans le cadre de la promotion de son dernier livre, où ces thématiques étaient abordées, Boris Cyrulnik a passé un entretien intéressant avec Fabrice Midal, l’auteur de l’hagiographie Trungpa, L’homme qui a introduit le bouddhisme en Occident. Quelques extraits.

1:53 Depuis mon enfance je suis fasciné, et encore plus maintenant fasciné, parce que la plupart des gens qui sont tentés par l'aventure du mal n'ont pas conscience du mal. Ils ont même conscience d'une sorte de morale. Ils commettent des crimes énormes même au nom de d'une morale, que je propose d'appeler la “morale perverse”, c'est-à-dire que c'est au nom d'une représentation totalitaire qu'ils ont du monde.

4:13 Le monde humain est créé dès l'instant, où l’on entre dans le monde de l'artifice et surtout dans le monde de la verbalité. Et là, on crée le monde humain pour ce que ce monde a de merveilleux, la poésie, la spiritualité, l'art, toutes les formes d'art. Et ce qu'elle a d'horrible, c'est-à-dire une représentation délirante, coupée de la réalité. Dé-lira, dé-, privatif, lira, coupé de la réalité, du sillon sur la terre, [et cependant] logique... Je propose l'expression de “délire logique”. Ces gens qui délirent ne sont ni psychotiques, ni même plus névrotiques que moi, et pourtant ils délirent.

14:08 [En vivant] dans un stéréotype verbal, le stéréotype donne l'apparence, l'illusion d'une pensée mais ce n'est pas une pensée, c'est une “récitation”, et le “langage totalitaire” est très doué pour faire des slogans qui arrêtent la pensée dans un slogan. On n’a plus besoin de penser. C'est le confort dans la servitude qui séduit énormément de monde. Plus besoin de faire l'effort de penser.

21:44 Il y a une une ontogenèse, c'est-à-dire un développement continu sous l'effet des pressions du milieu. Les pressions ne sont pas les mêmes selon les stades du développement. Les garçons, plus aptes que les filles à frapper, mordre, pousser, sont récupérés par absolument toutes les cultures, pour leur apprendre les métiers de la guerre. Toutes les cultures, toutes les frontières sont le résultat de guerres. S'il y a une cartographie des croyances religieuses, c'est parce qu'il y a eu des guerres de religion. Si on parle français en France, c'est parce que la République a interdit le breton, le basque et d'autres langues. C'est par la violence, ce n’est plus de l'agressivité, c'est la violence. C'est par la violence que la société se construit.

24:11 Les garçons sont héroïsés, parce que héroïser un garçon, c'est la preuve de la difficulté du groupe social. Quand un groupe a besoin de héros, c'est que le groupe est en difficulté. Quand un groupe est en paix, il n’a pas besoin de héros.

24:32 Si un groupe social a besoin de héros, c'est qu’il y a un malaise social, et que le héros est encouragé au sacrifice : tuer les autres, ou se faire tuer, pour sauver le groupe, ou pour sauver l'estime du groupe. Donc, c'est un mauvais signe quand on a besoin que les hommes soient sacrifiés, héroïsés, et bien sûr, la plupart du temps ils sont oubliés très rapidement, après leur mort, alors qu'on promet qu'ils vont être des martyres inoubliables.

53:17 [sur la pensée totalitaire] Il n’y a qu'une seule pensée, il n’y a que des slogans. Ce n'est pas une pensée, c'est un slogan, une illusion de pensée. Je récite comme le chef, le chef ne se trompe jamais, donc je ne me trompe pas. C’est vraiment le triomphe de la pensée paresseuse.

59:26 On se soumet à un langage totalitaire, c'est-à-dire un langage sans altérité.


Une autre forme d’appauvrissement de la pensée est la pensée symbolique, très présente dans la pensée religieuse. Extrait de mon blog De numérologie et de gnosticisme aryen 09/12/2019.

Johan Huizinga, l’auteur de Déclin/Automne du Moyen-Âge, écrit dans le chapitre XV Le symbolisme à son déclin, comment une société en déclin s’accroche à son symbolisme en multipliant l’usage des symboles. Devenus vides, ceux-ci n’ont plus de puissance, et l’on pense qu’en les multipliant, leur nombre compensera leur manque de puissance. Mauvais calcul, cela deviendra au contraire un facteur qui accélère le déclin, parce que le manque de puissance des symboles deviendra de plus en plus évident.
“Du point de vue causal, le symbolisme se présente comme une espèce de court-circuit de la pensée. Au lieu de chercher le rapport de deux choses en suivant les détours cachés de leurs relations causales, la pensée, faisant un bond, le découvre, tout à coup, non comme une connexion de cause ou d'effet, mais comme une connexion de signification et de finalité. Un rapport de ce genre pourra s'imposer dès que deux choses auront en commun une qualité essentielle qu'on peut rapporter à une valeur générale. Ou, pour employer la terminologie de la psychologie expérimentale : toute association basée sur une similitude quelconque peut déterminer immédiatement l'idée d'une connexion essentielle et mystique. Fonction mentale assez pauvre, si l'on en restait là.” (Huizinga)
Le “court-circuit de la pensée” se traduit notamment dans la loi de correspondance basée sur la sympathie universelle. L’utilisation des correspondances par le nombre est très populaire. Les religions qui, par souci de rester traditionnelles, ont souvent conservé des arguments “Scientifiques” (numérologiques, etc.) très anciennes, comportant toujours de nombreuses correspondances de nombres.
“ L'assimilation ne repose souvent que sur une égalité de nombre. Une perspective immense de dépendances d'idées s'ouvre de ce fait, mais ce ne sont que des exercices d'arithmétique. Ainsi, les douze mois signifieront les apôtres; les quatre saisons, les évangélistes ; l'année, le Christ. Il se forme tout un agglomérat de systèmes de sept. Aux sept vertus correspondent les sept prières du Pater, les sept dons du Saint-Esprit, les sept béatitudes et les sept psaumes de la pénitence. Tous ces groupes de sept sont en rapport avec les sept moments de la Passion et les sept sacrements. Chacun d'eux s'oppose aux sept péchés capitaux qui sont représentés par sept animaux et suivis par sept maladies.” (Huizinga)
***

[1] Les dangers des pensées totalitaires, site Couples et familles, Analyse rédigée au départ de la conférence « La pensée totalitaire » de Boris Cyrulnik lors du séminaire du Centre de Ressource Educative pour l’Action Sociale, le mercredi 26 février 2014.

mardi 24 novembre 2020

84.000 dharmas, et l'éveil dans tout ça ? ...


Naissance dans un lotus à Sukhāvatī, détail Himalayan Art 458 
Dans un lointain passé, la récitation à haute voix était la technologie informatique dernier cri, à la fois apprentissage, mémorisation, transmission et renforcement d'équipe. Les “erreurs” de mémorisation deviennent aussitôt apparentes. Si des changements dans le contenu apparaissent, ils sont aussitôt mis à jour collectivement. Tout le monde est sur la même longueur d’onde. En revanche, quand des groupes de moines partaient dans différentes directions, les différences pouvaient émerger.

Avec l’arrivée du support écrit, toutes les caractéristiques et bienfaits de la récitation n’étaient plus absolument nécessaires, mais les récitations ont continué, l’aspect traditionnel s’ajoutant à ses caractéristiques. On pourrait lire en silence, pour apprendre et mémoriser, ou faire lire en silence pour transmettre, mais la lecture silencieuse est une activité individuelle et solitaire. Elle peut prendre plus ou moins longtemps, tandis que la récitation a la même durée pour tous. On comprend plus ou moins ce que l’on lit silencieusement, mais comprend-on bien ce que l’on récite avec les autres, en compagnie des autres, avec toutes les sources de distraction que cela implique ? On ne peut pas arrêter la récitation, pour mieux comprendre, pour réfléchir, pour expliquer aux autres. La récitation a une certaine durée, pendant que la soupe cuit dans le chaudron. La vie en communauté impose un planning assez strict.

Jan Van Eijk, détail de l'Agneau mystique
Réciter avec d’autres peut produire un certain enthousiasme, on se sent fort. On imagine que les autres comprennent ce qui est récité de la même façon que l’on le comprend soi-même. Tout le monde "est d’accord" sur le sens du contenu récité. C’est une lecture ritualisée, qui renforce le groupe. Réciter n'est pas lire, ni comprendre, c'est autre chose. Dans le bouddhisme des sūtra et de l'abhidharma, les nombreuses listes mémorisées et récitées, sont des aide-mémoires et des supports à la réflexion, et à la réflexion juste (skt. yonisomanasikāra). Certains dhāraṇī avaient cette fonction, mais à partir d'un certain moment les dhāraṇī sont devenus des incantations, et leur récitation avait une autre fonction.  

Dans un contexte plus moderne, quand les “pratiquants” ne sont plus des moines vivant en communauté, et que la pratique devient davantage individuelle, la récitation à haute voix peut servir à s’entraîner, à se préparer pour des occasions, où l’on récite à haute voix ensemble. On récite toujours, car c’est une tradition bouddhiste, et que cela renforce l’esprit d’équipe, le sens d’une communauté. Réciter à haute voix seul chez soi permet de se rappeler que l’on fait partie d’un groupe de pratiquants qui ont un commun de réciter, ou lire rituellement, les mêmes textes chez soi. Peut-être qu'on se sent moins seul. Mais, sans pression sociale, il faut une bonne discipline pour continuer la récitation à haute voix, d’une certaine durée, pas forcément aux mêmes heures, car une soupe se réchauffe facilement au micro-ondes. Le relâchement s’installe si facilement…

Depuis ma découverte récente du renouveau tantrique chinois (1930-1950), de la “fièvre Qigong” (années 1980), des syncrétismes qui s’ensuivent et au fond d’un New Age chinois, je fais un peu mon François Jullien en faisant un détour par la Chine, pour voir ce que nous pouvons apprendre des Chinois sur notre propre New Age.

Je vais écrire un blog séparé sur les bienfaits et sur la façon de motiver des disciples, ici j’aborderai cet aspect chez Fahai Lama (法海喇嘛). Ce lama chinois, ou peut-être sino-tibétain, avait trouvé une solution pour motiver ses troupes de disciples pratiquant individuellement chez eux. Sans doute ne l’avait-il pas inventé, pas dans la forme qu’il enseignait, mais je n’ai pas vraiment de souvenir d’un ensemble de bienfaits si structuré. Dans son cas, il fait appel à des arguments pneumatologiques pour motiver ses disciples.

Par "pneumatologie", je comprends tout discours sur “le Lien” entre “le corps” et “l’esprit”, ou “l’Homme” et “le Ciel”. Le Lien concerne la part du Ciel, immortelle, en l’homme. Cette part est le “souffle vital”, “l’énergie cosmique”, le prāṇa, le Qi, ou le rlung, le pneuma que l’on peut chevaucher pour remonter au Ciel, et dont la structure réseautique, hydraulique, pneumatique de fluide spirituel constitue le “corps subtil”, le “corps énergétique”, le “corps astral”, qui nous assure de notre immortalité, si l’on a été initié en ses secrets. Monika Esposito parle d' "anatomie visionnaire" quand elle aborde les pratiques du Franchissement du Pic (tib. thod brgal).

Ceux qui étaient intéressés par le “renouveau tantrique”, “la fièvre Qigong” étaient souvent passés par le taoïsme, mais sans avoir trouvé chaussure à leur pied. L’appel exotique du mystérieux Tibet était la promesse d’un savoir ancestral perdu en Chine, mais peut-être préservé chez les tibétains. Cela présuppose tout de même la croyance en une Gnose, qui ne change jamais et qui est la même partout... Même le Parti Communiste Chinois (PCC) était intéressé par la redécouverte d’un savoir ancestral national, à condition d’en séparer les éléments religieux et superstitieux. C’est ainsi que je m’explique qu’un personnage comme Fahai Lama, ou Lama Faiha comme on dirait en français, avait l’opportunité et une certaine liberté pour expérimenter sa méthode in vivo. Il semble ne jamais avoir été réellement embêté par le PCC.

Pour motiver ses troupes, Lama Fahai utilisait l’attrait des pratiques pneumatologiques. Il n’est pas toujours évident de motiver ses disciples à faire des pratiques répétitives : récitation de sūtra, récitation de rituels et de mantras, prosternations (koutou), comment expliquer l’utilité de ce travail répétitif ? La réponse de Lama Fahai est : en les associant au travail pneumatologique.

Lama Fahai opère une fusion entre la pratique énergétique spirituelle et la récitation. Le champs de connaissance de la chose énergétique spirituelle venait d’être enrichi par le patrimoine pneumatologique tibétain. Nous savons maintenant[1] que les Chinois han, disciples de Gangkar Rinpoché, apprenaient de lui le système énergétique spirituel, “la réalité sous-jacente intérieure”, entre autres par l’étude de textes comme celui du Karmapa III (Zab mo nang don), traduit en anglais sous le titre “The Profound Inner Principles” par Elizabeth M. Callahan (avec le commentaire de Jamgon Kongtrul). C’est au fond une doctrine d’adéquation entre le corps subtil microcosmique (l’Homme) et l’univers macrocosmique (le Ciel, l’Homme cosmique, le lokapuruṣa). Le yogi est invité à opérer la jonction des deux “corps” en s’appuyant sur “le Lien”. Ce qui se trouve à “l’extérieur” se trouve “à l’intérieur”, leur séparation n’étant que le fruit de l’ignorance, que la Gnose compte éliminer. La Gnose révèle les secrets pneumatologiques.

Selon Lama Fahai, lors de la récitation de textes bouddhiques, l’énergie de sagesse (光明的智慧气) sort de la bouche. Réciter adoucit les nāḍī, la voix deviendra de plus en plus forte et les nœuds des nāḍī (granthi, 脉结也) se défont. Ces nœuds sont le résultat de notre karma et de nos habitudes (skt. vāsanā) depuis de nombreuses existences. Une fois le nœud défait, les nāḍī des gens ordinaires se transforment en nāḍī de sagesse, et les troubles disparaîtront. Si en plus de cela, on récite des noms de Bouddhas ou de bodhisattvas aux bienfaits multiples, on dote sa pratique pneumatologique de pouvoirs incantatoires. Si en plus de cela on voit l’image d’un Bouddha ou bodhisattva devant soi, on reçoit ses bénédictions (libération par la vue), etc. etc.

Le culte du bodhisattva Kṣitigarbha permet de détruire son propre mauvais karma, et par le transfert du mérite, celui des autres, y compris celui des âmes des défunts. Le culte du bouddha Amitābha, et la récitation de son nom, permettent la renaissance dans la Terre pure de Sukhāvatī. Le culte du bouddha Amitāyus permet d’avoir une longue vie, etc.

La récitation a ainsi changé de fonction à plusieurs reprises dans le bouddhisme. D’abord un moyen mnémotechnique, puis après l’invention de l’écriture et la rédaction des “écritures” bouddhiques, en plus de rester un moyen mnémotechnique, aussi un moyen de reproduction de la tradition, de renforcement de l’identité du groupe, et de production de bienfaits de diverse nature, réels et/ou imaginaires.

Le bouddhisme Ch’an est souvent présenté comme un bouddhisme minimaliste. Il peut l’être, mais l’est-il vraiment ? Le bouddhisme est ce que croient et font les bouddhistes disent les anthropologues. “Une religion est un système de pratiques et de croyances en usage dans un groupe ou une communauté”. Les bouddhistes, que croient , que font-ils ?

Un bouddhisme Ch’an “minimaliste” devrait suffire pour s’éveiller. Suffit-il ? Si on (p.e. les Chinois avant le renouveau tantrique), pense qu’il lui manque quelque chose, on peut donner plus de moyens (upāya) à son bouddhisme minimaliste. Des moyens de libération par l’ouï (récitations, mantras, incantations), par la vue (icônes, représentations), par le toucher (amulettes, yantras, etc.), des moyens pneumatologiques, énergétiques, "neuroscientifiques" (?) etc. Si, en multipliant les moyens, cela ne suffit toujours pas, que faire ? On peut remplir tout notre champs sensoriel par des moyens “de libération” sensoriels ; on peut remplir toutes nos pensées par des bouddhas, des bodhisattvas, de ḍākinī, que sais-je ; on peut remplir tous les nāḍī de prāṇa, de Qi, dans notre corps subtil qui serait notre “vrai corps” (l’autre n’étant que notre enveloppe terrestre) ; on peut faire de toutes nos paroles des mantras et de chaque respiration une autre mesure de Qi, chassant les toxines, les mauvaises habitudes, le mauvais karma, le corporel ; on pourrait recevoir un certificat d’éveil et nous entendre dire “vous êtes éveillé ; on pourrait se réveiller dans un lotus au plein milieu de Sukhāvatī avec Amitābha ou Avalokita qui nous sourit, serait-on pour autant éveillé ? 

Amitābha salue les nouveaux arrivés, détail Himalayan Art 999

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[1] The Incarnation from White Glacier Mountain, The Biography of Gangkar Rinpoche by Minyag Gonpo, translated by S. Brinson Aldrigel.