samedi 14 novembre 2020

Fusion du Ch'an et du bouddhisme tibétain au XXème siècle


Fahai Lama avec une disciple (photo : Xihuliu)

Ma source pour la vie de La/Miaokong/Fahai Lama (法海喇嘛) est principalement le livre The Zen of Tantra de Monica Esposito. D'autres sources en ligne et en chinois seront données dans le blog.  

Fahai Lama est né en 1920 à Qinghai (Amdo) dans un famille pauvre, la mère étant probablement tibétaine et le père un chinois, de métier traducteur du chinois en tibétain. Les données biographiques n’indiquent pas si Fahai Lama connaissait le tibétain, du moins dans sa jeunesse. A l’âge de six ans, Fahai Lama alla dans un monastère Gelugpa de sKu ‘bum, pour garder des brebis. A neuf ans, il prit les voeux de novice avec Anjia huofo (Am skya sprul sku?). A l’âge de 13 ans, il quitta sKu ‘Bum en compagnie d’un moine chinois (taoïste) qui s’appelait Xindao. Arrivé au Fujian, il alla à Gushan pour rejoindre l’Institut bouddhiste (Foxueyan), où il rencontra le maître Ch’an Huiding (定慧 ou 慧定), un disciple de maître Xuyun (1840-1959). Huiding lui donna le nom de dharma Miaokong, et fit de lui son assistant-secrétaire.

Miaokong devait noter les commentaires que Huiding fit sur les sūtra. A 19 ans, il suit son maître à Jiangxi pour répandre le Dharma. Quelques années plus tard, Miaokong devient l’abbé de Yuantongsi, et fonde à Nanchang une Association bouddhistes, avec Huiding comme président et lui-même comme vice-président. Les deux publiaient une revue "Eveil" (Juewu, 覺悟).

C’est à la même époque que Gangkar Rinpoché (1893-1957) vient à Nanchang pour enseigner le bouddhisme tibétain (deuxième voyage de Gangkar 1946 à 1949). Miaokong tombe sous le charme, et au bout de quelque temps, il quitte Nanchang pour aller au monastère de Gangkar (Liuba, district de Xikang). Il reçoit des instructions Kagyu et Nyingma, et se met en retraite dans une grotte. Le disciple tibétain de Gangkar, Mi Nyag mGon po se souvient de Miaokong, qui ne s’appelle pas encore Fahai Lama. Il ne parlait pas beaucoup, il ne parlait pas le tibétain (on traduisait pour lui) et Gangkar Rinpoché lui parla, et enseigna en chinois. Miaokong reçut des instructions sur la mahāmudrā, le yoga des souffles et des énergies (tib. rtsa rlung thig le) et le Dzogchen (le rdzogs chen khrid yig ye shes bla ma de Jigmé Lingpa). En 1950 l’armée chinoise arriva dans la région. Mi Nyag mGon po n’était plus là à l’époque et ne sait pas si Miaokong était encore là. Selon les disciples de Fahai Lama, il serait resté pendant environ cinq ans.

Miaokong à 32 ans (photo : Xihuliu)

On le retrouve ensuite à Shanghai, où il travaille dans un institut médical (qigong et acupuncture) à Ningbeilu et Henang zhongdu. C’était l’époque où le gouvernement chinois faisait la promotion de la médecine traditionnelle et du “qigong”. Une tentative de dissocier cette “science” de son contexte religieux ? C’est sous la guise de “médecin traditionnel” qu'il a pu exercer assez librement comme maître bouddhiste pendant ces années de la République populaire de Chine. Sans doute la transformation de Miaokong en Fahai Lama.

Au début des années 1950, il veut retourner au Kham, mais arrivé à Chengdu, il apprend que Gangkar Rinpoché est assigné à résidence (cela eut lieu en 1956-57), et retourne à Shanghai. En 1961, il se retire au Mont Tianmu (Nan tianmushan) jusqu’à la fin de la révolution culturelle (1966-1976). C’est une vision de Vajrayoginī qui lui révéla que ce lieu fut consacré par elle, et qu’il était propice à la pratique du Dzogchen. La grotte (Taijidong) où il pratiquait en compagnie de son maître Ch’an Huiding fut occupée précédemment par le daoïste Yang Yuanhe (楊圓和). Ils décidèrent d'établir un monastère au Mont des Milles Bouddhas (Qianfo chansi). A partir de 1976, les étudiants bouddhistes affluèrent. La plupart de ceux-ci étant des nonnes, le monastère devint un couvent pour femmes. Plus tard, le lieu fut élargi, et comprit un monastère pour hommes, une salle de méditation, une salle de récitation et un autel tantrique (Vairocana ), le but étant d’y pratiquer à la fois le bouddhisme Ch’an, de Terre pure et tantrique, un bouddhisme enchanté. Il voulait également créer un lieu pour les personnes âgées.

Le projet n’a pas pu se réaliser. Fahai Lama est mort en 1991. La communauté des nonnes s’est dispersée depuis. Le monastère est gardé (2011) depuis par un vieux moine et quelques dévots. Ils espèrent attirer des touristes.


"Corps doré" de Gangkar Rinpoché

Un blog chinois nous apprend le témoignage du moine Jie Quan de Nanchang, qui en 1991 raconte le décès récent de Fahai Lama à l’auteur du blog. Le corps de Fahai Lama avait été placé dans une cuve, pour en faire uncorps doré. En cela, Fahai Lama et la Vénérable Gongga semblent avoir suivi lexemple de leur maître Gangkar Rinpoché, dont la statue contient une jambe (?) du corps darc-en-ciel du maître[1]

"Corps doré" de Kalu Rinpoché

Ou bien de Kalu Rinpoché (1905-1989), dont la statue à Sonada contient le “corps doré” et embaumé[2]. Les derniers blogs sur la vénérable Gongga, Gangkar Rinpoché, Fahai Lama, etc. montrent bien qu’il existe une tradition tibétaine d’embaumement avec des véritables spécialistes, et qu’il est (parfois) difficile de distinguer entre “corps darc-en-ciel”, “corps doré”, et “bodhisattva-en-chair”, si cette distinction existe. Le corps darc-en-ciel et la momification, naturelle ou artificielle, semblent très liés. 
Littéralement, Djalus signifie un corps fait d’arc-en-ciel (dja). Cette appellation est une façon poétique de désigner son caractère subtil, illu­soire, pareil aux rayons de lumière colorée dont est fait l’arc-en-ciel.

Nous sommes tentés d’appeler ce corps : un « double » de l’individu, semblable au K’a des Égyptiens. Double qui, pour ceux-ci, était distinct de l’âme (Ba). C’est cette âme qu’ils semblaient tenir pour immortelle, tandis que le Double dépendait, pour sa survie, des offrandes que lui faisaient ses proches. — Il y a là similarité avec les croyances des taoïstes chinois
.” Alexandra David-Neel, Textes tibétains inédit.
L’aventure des âmes (Ba) de Gangkar Rinpoché et de Fahai Lama continue, et elles se sont de nouveau rencontrées ici-bas.

Bo Gangkar Rinpoché X et Fahai Lama II (photo : Xihuliu


Fahai Lama II à 22 ans (photo : Xihuliu)


***

[1] 之后沐浴净化发诸吉祥祝福之愿,并住于静修,以法身姿在法性光明中圆寂,其身体显现虹身成就——肉身虹化到一尺,目前仍然供养于贡嘎山之寺庙中。

[2]In the large and refurbished main temple hall at Sonada is a shrine dedicated to Kalu Rinpoche.
However, this is not a statue, but the real embalmed and gold plated body of Kalu Rinpoche. It's mind-blowing to be looking at his actual physical body
.” Source

Pour un meilleur souvenir, la vidéo d’un enseignement de Kalu Rinpoché sur le Bardo à Los Angeles 16.12.1988




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