mercredi 22 mai 2019

L'insipidité comme non-voie


Being there (Bienvenue Mister Chance)



La lecture de l'Éloge de la fadeur de François Jullien m’avait donné un avant-goût de ce qui va peut-être devenir le nouvel espoir de la spiritualité occidentale de l’immanence. Une spiritualité qui se dissout dans l’immanence, sans laisser de traces ! Maître Eckhart, le taoïsme et le bouddhisme ch’an en parlent à longueur de soutras, en tentant d’écrire tant bien que mal leur idéal de l’homme (l’homme vrai sans situation[1], l’homme droit, l’homme pauvre[2], l’homme ordinairement ordinaire,...), mais le Dull Men’s Club l’a fait en allant droit au but : célébrer l’ordinaire en devenant des hommes insipides. C’est ce petit pas de plus - pas de fausse modestie - qui fera toute la différence. Viser un peu plus loin que l’ordinaire, pour toucher la cible en plein dans le mille. Voir la vidéo Born to be Mild: Welcome to the Dull Men’s Club.

“La fadeur des choses appelle au détachement intérieur”, écrit Jullien, mais l’homme insipide fait l’économie de tout détachement, ses goûts modestes permettant sans doute un détachement qui ne dit pas son nom et qui blufferait les aspirants-détachants les plus experts.
“Le repos et le silence sont fades (“ennuyeux”) pour ceux qui cherchent le divertissement, mais le sage s’appuie sur cette fadeur. Ce régime de survie, cette hibernation des six sens, permet une sorte de non-fatigue ou de paix.”
“Laisse évoluer ton coeur dans la fadeur-détachement, unis ton souffle vital à l’indifférenciation générale. Si tu épouses le mouvement spontané des choses, sans te permettre de préférence individuelle, le monde entier sera en paix.”[3]
L’homme insipide ne prétend pas être un sage et n’a pas besoin de s’appuyer sur la fadeur des choses, ni sur le repos ou le silence. L’inspidité n’est pas pour lui un régime de survie, l’homme insipide EST insipide, et célèbre l’ordinaire par les actions qui découlent de son insipidité naturelle. Il ne cherche pas une quelconque union (coeur-souffle vital), ni même de “spontanéité”. Toutes ces aspirations et injonctions glissent sur lui comme l’eau sur les plumes d’un canard. Il ne demande rien à l’ordinaire, ni même d’être l’ordinaire. Il ne suit pas de voie[4] qui le conduirait d’un point A à un point B, un rond-point suffit à son contentement naturel.

Kevin Beresford, “Roundabout Man”
Il n’y a pas de hiérarchie parmi les insipides, quelles en seraient les critères ? L’insipidité ne se transmet pas. Pas de liens d’inféodation. Pas de maître astucieux ou sévère, pas de disciple dévotionnel ou docile, pas de transmission ou de transaction. Tous les ordinaristes sont égaux dans leur célébration de l’ordinaire.

Neil Brittlebank, “Brick Collector Man”
Les hommes insipides respectent les actes insipides des autres hommes insipides. Que l’on tourne autour d’un monument en comptant les tours, qu’on collectionne des bouteilles de lait ou du mérite, que l’on s'assoit sur un coussin ou au milieu d’un rond-point, les hommes insipides reconnaissent et respectent les actes de leurs frères et soeurs comme tels. Il arrive que des bouddhistes accumulent du mérite en vue de trouver l’éveil, mais Steve Wheeler et Neil Brittlebank collectionnent respectivement des bouteilles de lait et des briques pour le simple plaisir de les collectionner[5] sans aucune arrière-pensée …
“Transcender le monde sans le détruire, entrer dans l’Extinction (Nirvana) sans abandonner les passions” L’Enseignement de Vimalakirti p. 54 L’éveil subit   
Leland Carlson, “Elevator Man”
Leland Carlson, Assistant Vice-President Dull Men’s Club, “elevator man” apprécie le plaisir d’être sur un escalier roulant, qui nous permet d’être là tout simplement, surtout s’il est long et qu’on n’a pas à se soucier d’en descendre pendant un bon moment. On peut regarder les visuels qui défilent devant soi, et qui reviennent régulièrement nous permettant de reprendre la lecture là où l’on avait arrêté quelques marches plus haut. C’est comme si on descend dans le sous-sol en flottant.

Kevin Beresford, Président de l’Association pour l’appréciation des ronds-points, (Roundabout Appreciation Society), “roundabout man”, voit les rond-points comme des îles en fleurs, des oasis dans des mers de bitume.
“Si on a l’esprit pur, tous les lieux où on se trouve deviennent la terre pure” L’Enseignement de Vimalakirti 
Le rond-point magique de Swinson
L’association organise des excursions vers le célèbre rond-point magique de Swindon et y passe la journée à faire des circumambulations en voiture.

L'Assistant Vice-Président explique. La vie s'accélère continuellement. Les voitures et les avions deviennent de plus en plus rapides. La vie moderne est busy busy busy. J’aime prendre le temps et apprécier ce qui se déploie devant moi autant que possible. Il faudrait qu’on ralentisse et que l’on fasse plusieurs fois le tour des rond-points. Être insipide vous ouvre tout un monde. Les gens nous demandent souvent si c’est un mouvement. Non, ce n’est pas un mouvement, nous aimons rester tels que nous sommes. Ou bien, proposez-vous des programmes en 12 étapes ? Non, nous n’avons que deux étapes : admettre être insipide et le rester.

Tous les jours,
Utilisant les mêmes mimiques
Je triture le vide.
Alors, j'use les muscles
De mes bras dans le vide
Ou un morceau du vide
Se mêle à mes muscles.
Et la séparation
Entre vide et homme
Devient vague
.
Motonori[6]   
***

1 “L’homme vrai sans situation : wou-wei tchen-jen. Le terme d’« homme vrai » dérive directement des philosophes taoïstes de l’antiquité, encore qu’il ait été employé pour désigner le Buddha ou l’Arhat (le saint délivré) dans les premières traductions chinoises de textes bouddhiques. Le mot « situation » (wei) s’applique dans le langage administratif à la situation d’un fonctionnaire dans la hiérarchie officielle. Comme cette hiérarchie comprenait toute l’élite sociale, la seule qui comptât vraiment dans la Chine ancienne, un homme « sans situation » était un homme hors cadre, privé de statut, une entité indéterminée. C’est à peu près dans l’esprit de Lin-tsi que le romancier autrichien Robert Musil, qui s’intéressait tant au Lao-tseu avant sa mort tragique en 1942, concevait son héros comme un homme sans caractéristiques particulières, Der Mann ohne Eigenschaften. Sur l’« homme sans situation » et l’humanisme de Lin-tsi, il y a de bonnes pages dans un ouvrage japonais de Suzuki Daisetsu (moins bâclé que ses nombreuses publications en anglais), « La pensée de base de Lin-tsi » (Rinzai no kihon shisô, 1949, rééd. Tôkyô, 1961, pp. 9-25).” Entretiens de Lin-tsi, paul Demiéville, p. 32

2 “Est un homme pauvre celui qui ne veut rien, et qui ne sait rien, et qui n’a rien”. Maître Eckhart.

3 Zhuang Zhou, cité dans l’Eloge de la fadeur, François Jullien, p. 38

4 “Si vous voulez avoir une appréhension directe de la voie, sachez que le Cœur ordinaire est la Voie. » Qu’entend-on par Cœur ordinaire ? C’est celui qui ne crée pas, ne fait pas de discrimination entre ce qui est et n’est pas, est sans attachement et sans détachement, sans notion d'ordinaire et de sainteté, d'annihilation et de permanence. Il est dit dans un sütra : « Ce ne sont ni des actes d'homme ordinaire, ni des actes de saint, mais des actes de bodhisattva. » Ainsi, a présent, que ce soit dans la marche, l'immobilité, en position assise ou couchée, il vous suffit de réagir aux choses selon les circonstances, et vous serez dans la Voie. La Voie est le domaine absolu dharmadhâtu).”
Les entretiens de Mazu, Catherine Despeux, p. 47

5 “Like all collecting you've got the dealer's, you got the people who collect from monetary advancement. But there are quite a few of us who're quite dedicated milk bottle collectors who collect them for their own sake.”

6 Cité dans l’éveil subit, Houei-Hai, Maryse et Masumi Shibata, Albin Michel, p.137

mercredi 8 mai 2019

L'entrepreneuriat attentionnel


Photo : Radio-Canada / Danny Braün


Un message hier sur le timeline FB de Vincent Cespedes (public) m’avait alerté. Je l’ai partagé sur mon timeline Hridayartha. Ce message m’a fait me lancer dans des recherches sur l’association SEVE.

Les associations (SEVE, Chemins d’enfances, Ashoka France, etc.) vivent de dons déductibles des impôts.
“Votre don ouvre droit à déduction fiscale, à hauteur de 66% de votre impôt sur le revenu. Un don de 100€ par exemple ne vous coûte en réalité que 34€ (66€ sont déduits de vos impôts).
En tant qu’entreprise, vous bénéficiez d’une réduction d’impôt à hauteur de 60 % de votre don, dans la limite de 0,5 % de votre chiffre d’affaire HT
.” Source
Mention SEVE avant l'abolition de l'ISF : "ISF : Impôt de Solidarité sur la Fortune, déduction à hauteur de 75%”

Les entreprises ou donateurs qui font des dons (“mentors philantropes”), qui permettent de réduire leurs impôts de façon significative en choisissant la cause/charité privée qui a leur préférence. Ces dons viennent donc amoindrir le budget de l’état pour sa gestion (dépenses, remboursement des dettes etc.). L’argent qui était destiné au public va donc finalement vers des initiatives privées, qui peuvent avoir leurs propres critères pour sélectionner les bénéficiaires de leurs causes/charités. Cela a pour conséquence de diminuer la capacité de l’état pour gérer ses propres projets, voire pour rembourser ses dettes.

Cela fait entrer sur la scène toutes sortes d’initiatives privées qui capturent l’argent des “mentors philantropes” avant que celui-ci n’aille sous forme d’impôts vers l’état. Et ceux à l’origine de ces initiatives auront tenteront leurs chances d’obtenir gain de cause auprès des “mentors philantropes”. Si c’est le cas ce sera une relation gagnant-gagnant aux dépens de l’état. Cette logique conduirait à terme à la reprise des activités sociales par le secteur privé. D’où le phénomène d’entrepreneuriat social, inventé par Bill Drayton, un ancien employé de McKinsey and Company et inventeur de la devise : "l'entrepreneur social ne se contente pas de donner un poisson, ou d’apprendre à pêcher : il ne sera satisfait que lorsqu’il aura révolutionné toute l’industrie de la pêche". Avec son fonds Ashoka, et projets annexes, il veut préparer les “acteurs de changement” (Changemakers) de demain, dès l’école primaire.
"Ashoka aide les entrepreneurs à travailler ensemble, ainsi qu’avec des partenaires dans des entreprises, gouvernements, universités et d’autres institutions influentes, afin de mobiliser et démontrer le pouvoir de l’entrepreneuriat collaboratif."
Cela implique que l’éducation nationale serait incapable de préparer les “acteurs de changement” de demain ? A moins qu’elle ne manque de moyens, à cause de problèmes de budget… Les entreprises et les “mentors philantropes” ont certes plus de moyens, entre autres grâce aux déductions d’impôts associées à leurs dons aux causes privées, mais non seulement. Avec ses demandes incessantes de dé-régularisations, le secteur privé sape les moyens (et l’autorité) de l’état, dans tous les domaines, y compris l’éducation nationale. En plus de manquer des moyens, les écoles seraient incapables de préparer les “acteurs de changement” de demain et auraient besoin d’un coup de main dans ce domaine. Quel sorte de changement d'ailleurs, qui en décide ?

La présidente du Fonds Ashoka France pour l’entrepreneuriat social, Martine Roussel Adam, avait en 2016 co-fondé l’association SEVE (Savoir Être et Vivre Ensemble) avec le philosophe expert en religions Frédéric Lenoir. SEVE propose aux écoles primaires etc. d’animer des classes de philo-méditation, officiellement “Ateliers de philosophie et pratique de l’attention”. Les animateurs/animatrices de ces “ateliers philosophiques” ont suivi une formation SEVE (8 jours, 500 €) au préalable. “Au terme du parcours, une attestation est remise à chaque stagiaire ayant suivi complètement le parcours.”

Quels que soient le contenu et les effets de ces ateliers, “l'entrepreneuriat social” fait ainsi son entrée dans l’éducation nationale, avec une activité plutôt sympathique, mais apparemment pour combler une lacune… La philosophie enseignée par les professeurs serait-elle déficiente par rapport à celle enseignée par les animateurs SEVE ? La “pratique de l’attention” demanderait-elle des interventions d’animateurs externes co-financées par Ashoka ou des “mentors philantropes” ? Est-ce le livre Philosopher et méditer avec les enfants de Frédéric Lenoir qui servira de guide ? Voici la présentation de ce livre :
"Ce livre raconte l'aventure extraordinaire que j'ai vécue avec des centaines d'enfants à travers le monde francophone, de Paris à Montréal, en passant par Molenbeek, Abidjan, Pézenas, Genève, Mouans-Sartoux, la Corse et la Guadeloupe. Pourquoi, en effet, attendre la classe de terminale pour aborder le questionnement des thèmes existentiels : l'amour, le respect, le bonheur, le sens de la vie, les émotions, etc. ? Ces ateliers philosophiques montrent une étonnante capacité des enfants de 6 à 10 ans à penser. Au-delà des concepts, ils y apprennent les règles du débat d'idées et développent leur discernement et une réflexion personnelle.
Parce que les enfants ont souvent du mal à se concentrer, je fais précéder les ateliers d'une courte méditation, ou pratique de l'attention, qui permet à chacun de retrouver sa réceptivité sensorielle et d'être présent dans l'instant.
Cet ouvrage propose une méthode et des outils concrets pour tous ceux qui, parents, enseignants, amis, souhaitent accompagner les enfants dans cette pratique de l'attention et des ateliers philosophiques.
"
Ces sujets ne sont-ils jamais abordés dans l’école ? Peut-être pas comme on le souhaiterait ? Le “sens de la vie”, est-ce que cela s’enseigne à l'école laïque ?

Le plus grand désavantage en tout cela est que “l’attention” y est fétichisée ou transformée en marchandise (commodified). En fait, cette association ainsi que d’autres “entrepreneurs attentionnels” ou “producteurs d’attention” en font un produit. Il y a une offre et une demande en matière d’attention. Ceux qui se sentent en manque d’attention peuvent faire appel à des professionnels de l’attention pour combler leur manque par le biais d’ateliers, de coaching etc. Le manque d’attention et l’attention deviennent quasiment mesurables. Il suffit de trouver à “l’intérieur de soi-même” (les causes ne se trouvent jamais à l’extérieur !) le bouton pour l’augmenter. Chacun est responsable de son attention ou déficit d’attention, quelles que soient les conditions de son environnement et milieu. Que celles-ci deviennent invivables (ou pas !), que les cadences, les sollicitations et les responsabilités augmentent ne devraient empêcher personne de bien fonctionner, pourvu qu’il/elle ait l’attention. Et l’attention ne regarde que l'individu, qui en est entièrement responsable.

La “méditation” (pleine conscience etc.) est la méthode remède qui permet de “développer” et “renforcer” l’attention. Si les enfants, les employés, les traders, les DRH, les forces de l’ordre etc. ont du mal à se concentrer c’est-à-dire à fonctionner conformément, il leur suffirait d’une “courte méditation” pour être de nouveau en état de bien fonctionner...

La concentration ou l’attention sont pourtant naturelles (Buddhadasa). Si elles ne se produisent pas naturellement, il faudrait revoir les conditions, y compris externes. Les méthodes bouddhistes anciennes accentuent l’importance des “préparatifs” de la “méditation”, l’octuple chemin, où “la pratique”, est octuple… Si la concentration et l’attention “justes” font défaut, il se peut que l’effort ne soit pas juste, ou sinon les moyens d’existence, l'action, la parole, la pensée, la compréhension… Si c’est le cas, on se demande ce que pourrait bien faire une “courte méditation” avant de retourner dans le manque de compréhension juste, de la pensée juste, de la parole juste, de l’action juste, des moyens d’existence justes…

Il ne s'agit évidemment pas de signaler un manque de contenu bouddhiste dans le projet SEVE ou de regretter l'enseignement du bouddhisme orthodoxe à l'école. Une fois de plus, la pleine conscience, le Mindfullness, l'attention (altruiste ou non) semblent se prêter à être utilisées comme une sorte de cheval de Troie d'autres projets de disponibilité de cerveau pour le "changement", dès le jeune âge. Pourquoi des grandes entreprises à but lucratif, demandant toujours plus de dérrégularisations et moins d'impôts et de services publics, sont-ils si généreux avec leurs dons déductibles aux associations d'entrepreneurs sociaux cherchant à s'immiscer dans des activités sociales généralement réservées à l'état ?

Jean-Michel Blanquer alerté sur des ateliers de «méditation de pleine conscience» dans les collèges, Le Parisien avec AFP, 18/01/2022 à 16h44



***

Message sur FB Vincent Cespedes

Un message privé Twitter de Katia, que je vous partage (et que je partage à 100%).
ALERTE !!!
Le film « Le cercle des petits philosophes » (déjà retransmis sur France 2) est une imposture.
Il faut rester vigilant car la pseudo-association* SEVE qui se trouve derrière ce documentaire a élaboré une stratégie de communication de masse devant lui apporter visibilité, légitimité et pérennité. Le film est tourné dans deux écoles car l’institution scolaire est l’une de ses cibles. Les médias applaudissent, la philo est à la mode et les parents veulent croire à cette solution-miracle. Si la « philo-méditation » entre dans les écoles primaires, quel formidable débouché pour vendre leurs formations clés en main (aujourd’hui, SEVE donne aux candidats son auto-certification d’animateur philo-méditation après 4 we et paiement de 500 € !!).
Mais dans « Le cercle des petits philosophes », de quelle philo s’agit-il ? N’y a-t-il pas une idéologie derrière ? Pourquoi l’associer à la méditation ? Est-ce un hasard si les fondateurs, dirigeants de cette association, sont les diffuseurs à grand succès de la psychologie positive, de la méditation et de l’injonction au bonheur ? On est en droit de se s’inquiéter. Car derrière les mots magiques auxquels tout le monde adhère : paix, bonheur, vivre ensemble, bien, bon, bienveillance, science, civilisation, progrès, liberté, démocratie…, se cache une idéologie perverse qui responsabilise les individus de se sentir heureux ou malheureux, de réussir leur vie ou pas. Allez dire aux Gilets Jaunes qu’ils ne doivent plus essayer de changer leurs conditions de vie collectivement mais tout simplement leur sentiment individuel vis-à-vis de leurs conditions de vie !
Le néo-libéralisme a trouvé là un moyen de promouvoir l’individu tout-puissant afin que le politique, l’État, puisse se désengager de ce qui est pourtant de son ressort. Affligeant. Remettre en question cette forme de tyrannie est un devoir. À la psychologie positive et tout le tralala New Age qui veut infiltrer tous les secteurs de la société (santé, travail, justice, éducation), je préfère les gens qui s’intéressent – comme vous – à la psychologie « négative » !
* (pas d’adhésion possible, pas d’AG depuis 3 ans d’existence)



Mes premières réactions

Chacun peut faire son enquête. J’ai commencé la mienne, et je trouve cela inquiétant. L’association SEVE (avec la fondation SEVE) a été fondée par Frédéric Lenoir et Martine Roussel Adam, qui est aussi présidente du Fonds Ashoka pour l’entrepreneuriat sociale.L’inventeur de l’entrepreneuriat social (et des réseaux de mentors philantropes - Microsoft etc. - qui vont avec) est Bill Drayton. Entrepreneuriat social rime avec conservatisme compassionnel et capitalisme progressiste (si si). Une des missions d’Ashoka est de préparer la prochaine génération d’acteurs de changement du privé pour filer des coups de main au public, faire mieux que le public voire le remplacer tout à fait.

Côté “recherches”, Frédéric Lenoir (à titre personnel) et maintenant SEVE semblent s’intéresser aussi à l'Institut Suisse des Sciences Noétiques (ISSNOE), qui avait découvert et fait la promotion du passe-muraille Nicolas Fraisse.

Je pense que l’idéologie néo-libérale tout englobante avec son culte de l’entrepreneuriat en tout genre a fait assez des dégâts. Pas besoin d’entrepreneuriat sociale, écologique, méditationnel etc.

Pour l’entrepreneuriat social https://www.ashoka.org/fr-FR/file/41915/download...
Pour les recherches sur l’existence de l’âme https://www.cath.ch/.../lexistence-de-lame-revelee-a-geneve/



"En 1996, Ashoka a établi un partenariat avec McKinsey & Company pour fonder le centre Ashoka/McKinsey pour l’entrepreneuriat social à São Paulo, au Brésil, afin d’aider Ashoka à apprendre à travailler efficacement au sein du secteur des entreprises et d’aider McKinsey à établir une activité dans le secteur social. La même année, ayant vu la majorité des Fellows Ashoka lancer leurs premières initiatives liées aux adolescents, Ashoka a lancé Youth Venture avec pour point de départ l’idée que la seule façon d’augmenter de manière significative la proportion d’adultes qui se considèrent comme des acteurs de changement et maîtrisent des compétences sociales fondamentales, indispensables et complexes, est de modifier la manière dont tous les jeunes grandissent. Youth Venture a commencé à s’investir auprès des jeunes afin qu’ils deviennent des acteurs de changement par le biais d’une expérience transformatrice, en lançant et en dirigeant leur propre projet durable."

"En 2018, McKinsey a été classé à la première position du classement Vault des cinquante meilleurs cabinets de conseil mondiaux, et a été jugé l'employeur post-MBA le plus attrayant par les diplômés des dix programmes MBA les plus sélectifs. En 2007, seize CEO d'entreprises mondiales cotées à plus de 2 milliards de dollars étaient des anciens de McKinsey & Company, classant l'entreprise comme la plus fertile en futurs CEOs (classement USA Today 20085).

En 2002, McKinsey conseille 147 des 200 premières entreprises mondiales. La firme participe également à un certain nombre de projets pro bono pour des organisations humanitaires. Forbes a estimé le chiffre d'affaires de l'entreprise à 7,8 milliards de dollars pour 2013."

https://fr.wikipedia.org/wiki/McKinsey_%26_Company

Autre manière de "traiter" le problème de l'inattention "la pilule de l'obéissance" (Monde Diplo)

dimanche 21 avril 2019

La charité est-elle réellement charitable ?


Notre Dame de Vuitton (Mona Chollet)

Article écrit en février 2017

Sous Théodose, le christianisme devient en 392 la religion officielle de l’Empire romain et les chrétiens furent placés sous l’autorité de l’évêque de Rome, le pape. Ambroise de Milan (mort en 397) fixa l’attitude de l’Église en face de l’état, et substitue, dans son De Officiis ministrorum, les nouvelles vertus cardinales aux anciennes, la Charité remplaçant la Justice et la Foi, la Sagesse.[1] En devenant politique, la spiritualité devient religion et rend possible une civilisation, dans ce cas la civilisation chrétienne, où la foi et la charité deviennent les nouvelles valeurs phares.

Dans le christianisme devenu religion, la charité (donner à manger, donner à boire, accueillir les étrangers, donner des habits, visiter les malades et les prisonniers… Matthieu 25, 31-46) devient une volonté divine, car ceux qui ne pratiquent pas la charité, se trouveront le jour du jugement dernier à la gauche du Fils de l’homme, siégeant sur son trône de gloire, qui leur dira : « Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. »[2]

La charité n’est donc pas forcément le prolongement de l’empathie, de la compassion, et de la générosité, mais peut aussi faire suite à un commandement religieux, être le résultat de la peur, voire être un acte intéressé[3]. La charité religieuse a un caractère obligatoire : la charité juive (tsedaka), la charité chrétienne (caritas), la charité musulmane (zakat, le troisième des cinq piliers), la charité bouddhiste (dhāna)…

La charité ne peut exister que par la grâce des inégalités, naturelles et morales, et semble vouloir pallier à ces mêmes inégalités, mais sans chercher à les éliminer tout à fait. D’ailleurs, les religions n’ont pas véritablement de problème avec les inégalités et sont souvent créatrices de nouvelles inégalités morales (ordines, castes…). Pour le philosophe Rousseau, la propriété privée est la source de toutes les inégalités.[4] C’est le rôle de la justice, qu’Ambroise de Milan remplaça par la charité, de rééquilibrer et réparer les inégalités[5]. Logiquement, la justice – comme principe - doit tendre vers l’égalité, pour rétablir l’équilibre. Mais la justice humaine est rendue en fonction des lois qui protègent la propriété privée et maintiennent les inégalités sociales.

La charité paraît ainsi un moyen pour créer et maintenir non pas un équilibre social, mais une paix sociale, en palliant aux inégalités morales inhérentes au système socio-économique. Avec la perte de l’influence des religions, les motivations d’actes charitables ont changé aussi. Ce ne sont plus la peur du feu éternel et la volonté divine qui commandent la charité, mais des raisons plus intéressées et vénales. Il s’agit de sauver la propriété privée[6] avec les inégalités qui en découlent, tout en maintenant la paix sociale. Quand les principes de justice et d’égalité font défaut, la charité est avancée comme cache-misère d’un système injuste.

Historique du conservatisme compassionnel

Les déréglementations commencées à la fin des années 1970 au Royaume-Uni (Margaret Thatcher) et aux États-Unis (Ronald Reagan) et la libéralisation économique qui s’en est suivi ont augmenté les inégalités. Pendant les élections présidentielles de 2000 aux États-Unis, Georges W. Bush avait proposé le « conservatisme compassionnel » comme un des points principaux de son programma. Les problèmes sociaux comme la santé publique ou l’immigration devraient être résolus en coopérant avec des entreprises privées, les charités et les institutions religieuses, au lieu d’être gérés directement par des ministères, autrement dit par des services publics.

« Les conservateurs compassionnels […] proposent une nouvelle façon de concevoir la pauvreté. Ils savent que dire aux pauvres qu’ils ne sont que les victimes passives, du racisme ou de facteurs économiques très vastes, n’est non seulement faux, mais en plus destructeur, car cela paralyse les pauvres en renforçant l’idée de leur propre impuissance et inaptitude. Les pauvres ont besoin d’un soutien moral plus large de la société ; ils doivent entendre le message de responsabilité personnelle et d’autonomie, par l’assurance optimiste que s’ils essaient – ce qu’ils doivent faire – ils peuvent s’en sortir. Ils doivent comprendre aussi qu’ils ne peuvent pas blâmer « le système » pour leurs propres erreurs. » — Myron Magnet, The Wall Street Journal[7]

Le conservatisme compassionnel avait fait des émules parmi d’autres chefs d’état comme l’ancien premier-ministre David Cameron et l’ancien premier-ministre néo-zélandais John Key. Et peut-être en France le candidat présidentiel François Fillon.[8] Ce conservatisme se caractérise dans la pratique par des coupes budgétaires dans les services publics, la privatisation des services publics et un rôle plus grand accordé au secteur privé et aux associations et entreprises caritatives. L’état se retire des affaires sociales et laisse de plus en plus la place au privé.

Les entreprises privées, qui devraient prendre la place de l’état, peuvent-elles vraiment servir l’intérêt général. Notamment en matière fiscale, car ce sont les impôts qui permettent de rééquilibrer les inégalités et de financer les services publics, surtout suite aux crises économiques, l’accroissement de la dette publique et la destruction des emplois par les robots et les nouvelles technologies[9] C’est plutôt le contraire, car au lieu de payer les impôts comme les autres contribuables, une évasion fiscale généralisée[10] est organisée et une pression collective est exercée sur les pays refusant de déréglementer[11]. Les inégalités Nord-Sud déjà anciennes persistent toujours[12].

Soucieux de leur image et en bons conservateurs compassionnels, les grandes entreprises ont chacune leurs programmes de bienfaisance, de mécénat et de sponsoring. Les entreprises se posent de plus en plus comme de nouveaux acteurs de la solidarité internationale. C'est un phénomène nouveau en France, mais qui existe depuis de nombreuses années aux États-Unis ou au Royaume-Uni.[13] Les programmes de bienfaisance peuvent passer par des organismes de charité ou organismes de bienfaisance (OB)[14], des organisations caritatives et des associations[15]. Par les dons transformés en crédits d'impôt, les entreprises peuvent choisir des organisations caritatives avec des objectifs compatibles, auxquelles elles souhaitent se lier, au lieu de payer la même somme en impôts. Plus le succès et le pouvoir des organisations caritatives s’accroît, et plus celui des états en matière de solidarité diminuera. L’argent et la solidarité iront là où les grandes entreprises veuillent bien qu’elle aille. Cela conduira ultérieurement à la privatisation de la solidarité et à une « charité » intégrée dans le consumérisme. Plus on consomme et plus on sera charitable. Rappelons néanmoins qu’une entreprise est un organisme à but lucratif ; toutes ses actions et le moindre euro qu’elle dépense sont tournés vers un seul objectif, dégager du profit.[16]

La rentabilité maximale vaut aussi pour les rapports entre les entreprises à but lucratif et les organismes de bienfaisance, de façon légale … ou moins légale. L'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) qui a pour mission de « promouvoir les politiques qui amélioreront le bien-être économique et social partout dans le monde » avait publié en février 2009 un Rapport sur les abus des organismes de bienfaisance pour le blanchiment d'argent et l'évasion fiscale (en anglais)[17]. Le Rapport compile notamment les méthodes courantes de l'abus des organismes de bienfaisance et les secteurs à risque.[18]

Tout comme dans le passé, la charité et la foi sont en train de remplacer la justice et la sagesse. La foi n’étant plus la foi en une religion, mais la foi en la loi du marché et en la théorie du ruissellement (en anglais : « trickle down economics »), et la charité deviendra peut-être la solidarité totalement prise en charge par le marché et par le secteur privé. Une solidarité, « dont les piliers sont la dignité, la responsabilité et l’autonomie des personnes », comme le précisent François Fillon[19] et Myron Magnet (voir ci-dessus).

C’est une vision de conservatisme compassionnel à la droite de l’échiquier politique et donc une vision politique. Elle envisage de laisser le projet de la justice et de la solidarité sociale dans les mains des grandes entreprises, dont les statuts ne stipulent pas comme objet l’intérêt général, mais l’intérêt de l’entreprise et de ses actionnaires, autrement dit le profit personnel. La solidarité sera-t-elle dans de bonnes mains ?

Fréquenter les patrons de grandes entreprises pour obtenir des fonds pour des projets particuliers, favoriser l’approche caritative aux dépens d’une solidarité et de services publics organisés et gérés par un état démocratique et payés par l’impôt, c’est faire un choix très politique, sciemment ou non.

*** 

[1] Le christianisme médiéval, Jacques le Goff, publié dans Histoire des religions, volume II**, Folio Essais, éditions Gallimard (1972), p. 771.

[2] Matthieu 25, 31-46

[3] The good causes of the famous ‘benefit themselves more than the charities’, Emily Dugan, The Independent, Thursday 7 August 2014

[4] « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eut point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant un fossé, eût crié à ses semblables: Gardez-vous d'écouter cet imposteur; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne. Mais il y a grande apparence, qu'alors les choses en étaient déjà venues au point de ne pouvoir plus durer comme elles étaient ; car cette idée de propriété, dépendant de beaucoup d'idées antérieures qui n'ont pu naître que successivement, ne se forma pas tout d'un coup dans l'esprit humain. Il fallut faire bien des progrès, acquérir bien de l'industrie et des lumières, les transmettre et les augmenter d'âge en âge, avant que d'arriver à ce dernier terme de l'état de nature ».  Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, seconde partie.

[5] Les huit personnes les plus riches du monde possèdent autant que 50% des personnes les plus pauvres. Source : Oxfam. World's eight richest people have same wealth as poorest 50%
Courrier International, Oxfam fustige la concentration "indécente" de la richesse dans le monde, PARIS (AFP) 16.01.2017

[6] « I think we should adopt the slogan of compassionate conservatism...We can be fiscally conservative without losing our commitment to the needy and we must redirect our policy in that direction. » U.S. Representative James Robert Jones (D-OK) au New York Times en 1984.

[7] What Is Compassionate Conservatism? February 5, 1999.
« Compassionate conservatives [...] offer a new way of thinking about the poor. They know that telling the poor that they are mere passive victims, whether of racism or of vast economic forces, is not only false but also destructive, paralyzing the poor with thoughts of their own helplessness and inadequacy. The poor need the larger society's moral support; they need to hear the message of personal responsibility and self-reliance, the optimistic assurance that if they try – as they must – they will make it. They need to know, too, that they can't blame "the system" for their own wrongdoing. »

[8] FRANCOIS FILLON « Toutes ces mesures sont à mes yeux incontournables car ce sont elles, et elles seules, qui permettront à la France de retrouver le chemin de la croissance, c’est-à-dire d’atteindre le niveau de plein emploi auquel sont parvenus nos voisins allemands et britanniques.

Mais, pour autant, je considère que c’est l’honneur de notre pays que de se montrer attentif aux plus démunis.

M’exprimant publiquement le mardi 7 juin dernier à Boulogne-Billancourt sur les enjeux de la cohésion sociale et me référant à ce que disait sur ce sujet Philippe Séguin, j’ai affirmé clairement ma vision de la solidarité, dont les piliers sont la dignité, la responsabilité et l’autonomie des personnes. » [Caractères en gras ajoutés par moi. La terminologie rejoint celle de Myron Magnet ci-dessus]

« C’est donc avec le tissu associatif et ses milliers de volontaires, avec les travailleurs sociaux, avec tous les professionnels du terrain que les pouvoirs publics devront coopérer étroitement afin que la solidarité nationale exerce pleinement sa fonction de bouclier social et de filet de sécurité des habitants de notre pays face à tous les chocs économiques et sociaux.

Tout au long du quinquennat, une attention sera particulièrement accordée au dialogue et à la concertation avec les partenaires publics, privés et associatifs de toute la chaine de l’intervention sociale, en particulier dans le cadre du Conseil National des Politiques de Lutte contre la Pauvreté et l’Exclusion (CNLE).

Dans ce même ordre d’idées, je tiens essentiellement à ce que la conception et la mise en oeuvre du futur Plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et contre l’exclusion sociale soient accompagnées, dans la sphère publique comme dans l’univers associatif, d’une démarche concertée de mise en valeur des métiers du social. « Lettre de François Fillon aux associations caritatives et sociales de France publié le 08/11/2016

[9] Source : Robots et nouvelles technologies feront perdre 5 millions d'emplois d'ici à 2020, Jean-Pierre Robin, Le Figaro 18/01/2016,

[10] Fraude et évasion fiscales, aggravation des injustices, affaiblissement de la démocratie, mardi 28 juin 2016, par Gérard Gourguechon

[11] Lettre du Silicon Valley Tax Directors Group au gouvernement néerlandais le 6 mai 2016. . Le Silicon Valley Tax Directors Group représente les intérêts fiscaux des plus grandes entreprises du monde, parmi lesquels Apple, Facebook, Google, Microsoft,… La liste complète se trouve à la fin de la lettre.

[12] Source : Mondialisation et inégalités : parcours guidé, Site Alternatives économiques.

[13] « Danone qui s'engage à financer des puits au Niger via l'Unicef pour tout achat de bouteilles d'eau Volvic, Air France qui profite de son activité pour apporter une aide logistique à des organisations humanitaires, Veolia qui met à disposition d'associations son réseau Veolia Water Force de collaborateurs volontaires prêts à intervenir en situations d'ur­gence ou en coopération internationale… » L'entreprise, nouvel acteur dans l'humanitaire,

Gaëlle Ginibrière, Le Figaro 13/05/2008

[14] « Il fait référence aux organismes enregistrés en vertu de la Loi de l'impôt sur le revenu, lesquels doivent répondre à un certain nombre de critères qui les exemptent du paiement de l'impôt et leur concèdent la faculté de délivrer des reçus pour des dons pouvant être réclamés comme crédits d'impôt. » Le Portail Montréal Art Affaires,

[15] http://fr.kompass.com/a/organisations-caritatives-et-associations/88920/

[16] Partenariats « entreprise-association » : pourquoi c’est si difficile, Laurent Samuel, sur le site Association1901.fr le 24 février 2016.

[17] Lien

[18] « Ce canal souvent caritatif et qui a la sympathie de l’opinion publique est de plus en plus exploité par les blanchisseurs pour les raisons suivantes : ces organisations permettent la collecte et la circulation des fonds présentés comme des fonds recueillis en toute légitimité à des fins caritatives, et souvent par delà les frontières pour faciliter l’intégration des produits d’activités criminelles dans le système financier légal. Les fonds peuvent être collectés par tradition manuelle, par quête sur la voie publique ou par dons anonymes, ouvrant ainsi une voie large à une opacité certaine des ressources de financement. Les associations culturelles, les organisations caritatives et les sectes, qui opèrent dans des pays à réglementation faible, et sans obligations de création, d’enregistrement, de comptabilité, d’information financière et surtout sans obligations de désigner un auditeur, suscitent le plus grand intérêt des blanchisseurs obscurs et des terroristes de tout poil. Elles fournissent un soutien logistique direct aux blanchisseurs et servent de couverture à leurs activités, surtout si elles possèdent plusieurs succursales opérant dans de nombreux pays ou territoires sensibles. Elles permettent ainsi le camouflage et l’amalgame des fonds mal acquis. Le risque des organisations à but non lucratif s’accroît de plus en plus et met en danger la stabilité de nos sociétés surtout qu’il est utilisé par les criminels aussi bien par les terroristes. Il est crucial de le détecter en identifiant un certain nombre de caractéristiques individuelles inhabituelles, des signaux d’alerte comme : la discordance entre les donateurs prétendus et les montants levés ou transférés et incohérence entre le type et la taille des transactions financières d’une part et l’objet déclaré et les activités de l’organisation d’autre part (collecte des sommes très importantes dans des communautés au niveau de vie très modeste, augmentation soudaine de la fréquence et du montant des mouvements d’un compte appartenant à un organisations à but non lucratif, ou réactivation d’un compte dormant qui lui appartenait, transactions en espèces d’un montant significatif et inexpliqué, absence de contributions de la part de donateurs résidant dans le pays d’origine de l’organisation, existence d’un pool, ou d’une holding d’ organisations à but non lucratif avec des relations inexpliquées se transférant mutuellement de l’argent, ou ayant la même adresse, les mêmes dirigeants ou le même personnel. » Le blanchiment de l’argent sale et de l’argent noir : un risque à cerner et à anticiper par les entreprises de toutes tailles par IRHIS1 le 03/07/2016. Institut de recherches historiques du septentrion

[19] François Fillon, Lettre de François Fillon aux associations caritatives et sociales de France publié le 08/11/2016

dimanche 10 mars 2019

Mythes de naissance et naissance de mythes




Naissance du Bouddha sous l’arbre sal (śāl),
shorea robusta, Inde oriental Xème s.

<Malheureusement, pour une raison inconnue, toutes les illustrations de ce billet avaient disparues>

Est-ce qu’il existe un fonds commun indo-européen, mutatis mutandis, de mythologies et de rituels associés, de la Grèce au périmètre indien ? J’avais écrit une série de blogs sur les festivals et les coutumes de la ville de Purī en Inde.

Récapitulatif Purī, Jagganāth, Dionysos, devadasī etc.
Le festival des chars de PurīUn roi qui fait la pluie et le beau tempsJuggernaut ou la procession du soleilLa séduction de l'ascète cornu"Dionysos" à Purī ?

Le caractère dionysiaque des festivals me faisait penser à une influence grecque/ionienne, mais on peut aussi penser à un terreau commun, plus ancien, dont on pourrait spéculer sur les principales caractéristiques en considérant le déroulement des festivals de Purī et les Thesmophories grecques et les Cerealia, ou ludi Cereris, des romains.

Déméter avec Perséphoné-Coré
et le petit Iacchos

Nous connaissons ce type de festivals comme le culte de la déesse grecque Déméter, la déesse de l'agriculture, mais le culte pourrait être aussi ancien que l’agriculture et le souci de la fertilité des terres et du vivant. La nature, la terre, la fertilité, les saisons ainsi que les agents de la nature sont personnifiées et divinisées. C’est de la conformité de leur culte que dépend la réussite des récoltes, des naissances et de la prospérité en général. Ce culte a pour fonction d’instaurer l’ordre nécessaire à ces grâces.

Les Thesmophories et les Cerealia sont peut-être des formes atténuées plus publiques de cultes comme les Mystères d'Éleusis. Ce que ces cultes partagent est l’idée de la nature cyclique des saisons et de la nature, avec l’aller et le retour de la fertilité et de la vie, représentée par Perséphone, la fille de Déméter, qui passe sa vie entre le monde terrestre (printemps-été) et le monde souterrain (automne-hiver).

Pour garantir les cycles de la nature, il faut respecter les cycles du culte. Le roi et le prêtre jouent un rôle important dans le culte. Le roi est symboliquement marié à la terre sur laquelle il règne, le prêtre surveille le bon déroulement des rituels.
“Dans la tradition éleusinienne, Eubouleus est un porcher englouti par la terre en même temps que Perséphone lorsqu'elle est enlevée par Hadès. En son honneur, les Athéniens jettent des porcs vivants dans les « gouffres de Koré et de Déméter » lors de la fête des Thesmophories. Il joue un rôle important dans le culte d'Éleusis en tant qu'accompagnateur de Perséphone lors de son retour des Enfers. Une inscription sur un relief [de Lakratéidè] trouvé dans le sanctuaire d'Hadès à Éleusis l'associe avec deux divinités, Théos et Théa, formant ainsi une triade. Source wikipedia 
“En effet, le rite essentiel des Thesmophories en Attique consistait à précipiter des cochons de lait dans des fosses, appelées mégara (μέγαρα) ; les restes, thesmoi (θεσμοί), avaient mécaniquement acquis des vertus fertilisantes, et étaient récupérés l'année suivante pour être mêlés aux semences.” Source Wikipedia

Varāha, le sanglier, joue un rôle important en tant que protecteur de la déesse terre Bhūdevī (un avatar de Vichnou). Y compris dans les rituels (de couronnement) où la boue de divers endroits du territoire doit être prélevé avec une défense de sanglier (éléphant ou rhinocéros).

Pour plus de détails :

“(Dialogues des Hétaïres, 11,1 - éd. Rabe p. 276)
Thesmophories : « les Thesmophories sont une fête grecque comportant des mystères. On les appelle aussi Skirophories. Elles ont pour origine un récit mythique : lorsque Korè [autre nom de Perséphone], qui cueillait des fleurs, fut enlevée par Pluton, il y avait sur les lieux un porcher nommé Eubouleus, qui faisait paître ses pourceaux. Ils furent tous engloutis dans le même gouffre où avait disparu Korè ; par suite, en l’honneur d’Eubouleus, on jette des porcelets dans les gouffres de Déméter et de Korè. Les restes décomposés des porcs ainsi jetés dans les megara sont recueillis par des femmes nommées écopeuses (antletriai) qui, après avoir passé trois jours dans une pureté rituelle, descendent dans les cavités sacrées (adyta) pour rapporter les restes et les placer sur les autels ; celui qui en prend et en mêle au grain de semence aura, croit-on, de belles récoltes. On dit aussi qu’il y a des serpents au fond des gouffres qui dévorent la plus grande partie de ce qui y a été jeté. C’est pourquoi lorsque les femmes écopent et, lorsqu’en retour elles déposent les figurines, elles font beaucoup de bruit en frappant afin d’éloigner les serpents que l’on considère comme les gardiens des lieux interdits (adyta). Cette même cérémonie porte aussi le nom d’arrhétophories et on en donne la même explication concernant la naissance des fruits et l’ensemencement des hommes. On offre alors des objets sacrés qui doivent rester secrets (arrhela), figurines de pâte dure de blé, fabriquées à l’imitation des serpents et de membres masculins. Et elles prennent des branches de pin chargées de leurs cônes, à cause de la grande fécondité de cette plante. Toutes ces choses sont jetées dans les megara qui est le nom des cavités sacrées (adyta) en même temps que les pourceaux à cause de la capacité également de cet animal à produire beaucoup de petits - en tant que symboles de la naissance des fruits et des hommes. Ainsi remercie-t-on Déméter qui, en donnant les "fruits de Déméter" a apporté la civilisation au genre humain. La première explication de la fête est donc le mythe et celle-ci vient de la nature. Les Thesmophories portent ce nom parce que Déméter a reçu l’épithète de Thesmophore, parce qu’elle a apporté les lois, c’est-à-dire les thesmoi, selon lesquelles les humains doivent se procurer leur nourriture en travaillant la terre. » Extrait de Les Grecs et leurs dieux: Pratiques et représentations religieuses dans la cité à l'époque classique de Louise Bruit Zaidman
Le rôle cultuel dans le temple décrit ci-dessus est réservé aux hétaïres grecs et aux devadasi indiens. pour certains festivals, les femmes du peuple aussi doivent garder une pureté rituelle.

“Les fêtes autour de la Menstruation de la terre « Rāja Saṃkranti » (aussi Mithuna Sankranti), montrent le lien très particulier entre le roi, le peuple de Purī et la terre. Pendant cette période, les paysans ne labourent pas la terre, ni ne l’ensemencent et attendent la pluie. Ils s’abstiennent également d’avoir des rapports sexuels avec leurs femmes. La Menstruation de la terre (Bhūdevī), a lieu au mois de Jyeṣṭha (mai, juin) dure trois/quatre jours, et précède le Festival du bain (snāna purnimā/uschaba), qui inaugure la période des pluies. Le quatrième jour du festival a lieu le Bain de la déesse (ṭhākurāṇi gāduā). La terre brûlante (bhuī dāhana) attend les pluies. Les agriculteurs la traitent comme une femme menstruée et ne la labourent pas. Ils s’abstiennent également de rapports sexuels avec leurs femmes, qui se comportent comme si elles avaient les règles. Pendant la menstruation de la terre les femmes ne travaillent pas et se détendent. Ce sont les hommes qui font la cuisine.” Un roi qui fait la pluie et le beau temps (blog Dans le sillage d’Advayavajra).
Lors des Cerealia romains, qui célébraient le retour de Proserpine sur la terre et l'invention de l'agriculture on n'offrait point de sacrifice sanglant, à l'exception toutefois d'une truie, qu'on immolait à Cérès (wikipedia). Bona Dea (la Bonne Déesse), une autre déesse de l’entourage de Déméter, fut célébrée à Rome pendant des cérémonies nocturnes, uniquement ouvertes aux femmes. Toutes les représentations d'hommes ou d'animaux du sexe mâle étaient enlevés.
“On sait que les participantes se recrutaient parmi les matrones appartenant aux milieux aristocratiques de Rome, auxquelles s'ajoutaient les Vestales. On sait aussi qu'elles portaient toutes sortes de fleurs (sauf le myrte) et offraient en sacrifice une truie et du vin.” (source wikipédia)
C’étaient probablement pendant des festivals de ce type, consacrées à Déméter, ou une divinité équivalente, que se joue le mythe de Myrrha/Smyrna raconté par Ovide dans les Métamorphoses. Selon les versions de ce mythe, Myrrha/Smyrna fut la fille du roi Cinyras et de la reine Cenchreis de Chypre ou du roi Théias d’Assyrie (qui serait le fils de Bélos) et de la nymphe Orithye (version de Panyasis). Pendant la tenue d’un de ces festivals consacrés à Cérès/Déméter, la reine Cenchreis pratiquaient l’abstinence sexuelle pendant neuf jours. Sa fille Myrrha, secrètement amoureuse de son père fit organiser des rencontres avec son père par sa nourrice. Myrrha contrevient ainsi aux préceptes de la déesse, qui provoque peut-être ainsi l’ire d’Aphrodite/Vénus. Il existe plusieurs versions pour expliquer son ire. Au bout de quelques nuits, le père découvre la manoeuvre et veut tuer Myrrha, qui s’enfuit dans les bois, où elle erre pendant neuf ans voulant disparaître de la surface de la terre et poursuivie par Aphrodite. La terre sauve Myrrha en recouvrant ses pieds de terre et en la transformant en arbre de myrrhe. Enceinte d’Adonis elle accouche de lui par une fente de son écorce avec l’aide de Lucina, la déesse de la naissance.

Naissance d’Adonis. Majolique de l’atelier de Fontana.

Ici aussi, il existe différentes versions hormis celle d’Ovide. Elle est retrouvée par le roi qui de son épée fendit le tronc en deux et le bébé Adonis en sortit. Dans une autre, un “sanglier, traqué, fuyant droit devant lui, fendit le tronc avec ses défenses et dans l'anfractuosité les chasseurs découvrirent un bébé préfigurant peut-être la mort qui l'attendait.” (source)

Naissance d’Adonis par Jean Decourt (1560)

C’est le retour du mythème du sanglier qui fertilise/sauve la terre. Adonis mourrut à la chasse étant mortellement blessé à la jambe par un sanglier.

Vénus pleurant la mort d’Adonis, Thomas Willeboirts Bosschaert

Le nom Adonis est considéré d’origine sémitique et on retrouverait le même mythe sous les noms de Tammouz ou de Thamous, qui correspond à son tour à Dumuzi le berger et l’amant d’Innana. Adonis est associé au myrte, qui est interdit dans le culte de Bona Dea, car le père incestueux de celle-ci “essaya en vain de parvenir à ses fins en l'enivrant. Excédé, il la fouetta avec une verge de myrte. Il réussit finalement à s'unir à elle, en prenant la forme d'un serpent.” (source wikipedia).

Ce qui est remarquable c’est l’inversion des thèmes du mythe de Myrrha. Cette dernière aurait été secrètement amoureuse de son père, et c’est en l’enivrant qu’elle avait réussi à coucher et tomber enceinte de lui. Dans le cas de Bona Dea c’est elle la victime et c’est son père qui aurait tenté de l’enivrer. Notons aussi le symbole phallique du serpent, que l’on retrouve aussi chez les devadasi à Purī (elles tapent du pied pour tenir les cobras à distance). Le serpent, la verge de myrte (d’Adonis) et le sanglier avec sa défense ont la même valeur symbolique.

Si Adonis, le porcher, est en effet l’équivalent de Tammouz/Dumuzi (le berger), le mythe est effectivement oriental. Le bel Adonis/Tammouz/Dumuzi doit accompagner Koré/Perséphone/Innana qui descend sous la terre et remonte au rythme des saisons. Les sangliers/pourceaux/truies ou leurs figurines qui le représentent sont sacrifiés et jetés à la fosse (terre fendue) de Déméter/Koré pour fertiliser la terre de la saison qui vient. Il se pourra bien qu’aussitôt né Adonis, le jeune pourceau, est destiné à mourir.

“Les Adonies, fêtes en l'honneur d'Adonis, étaient célébrées en divers lieux, et plusieurs auteurs de l'Antiquité grecque les ont évoquées. Aphrodite tint à rendre hommage à son amant défunt et organisa en son honneur une fête funèbre célébrée chaque printemps par les femmes phéniciennes. Ce rituel consistait à planter des graines et à les arroser d'eau chaude de manière à accélérer leur croissance. Ces plantations, surnommées « jardins d'Adonis », mouraient également très rapidement, symbolisant la mort du jeune homme. À Athènes dès le ve siècle av. J.-C., les femmes rendaient à Adonis un culte vibrant, dont s'est moqué Aristophane. Elles se lamentaient alors bruyamment sur le sort tragique des deux amants, gémissant et criant : « Il est mort, le bel Adonis. » Ces fêtes avec grande pompe étaient célébrées à Byblos, à Alexandrie, entre autres. Elles duraient deux jours : le 1er était consacré au deuil, le 2e à la joie. Seules les femmes prenaient part à ces fêtes. Adonis était appelé Adon en Phénicie, et possiblement « Thammouz » en Mésopotamie (voir le dieu Dumuzi/Tammuz du Proche-Orient ancien et le mois de Tammouz, qui en dérive, dans le calendrier juif, et qui veut dire « juillet » en arabe et en turc). Salomon Reinach a proposé de voir dans ce rite l'explication de la légende relatée par Plutarque de Chéronée, concernant un pilote de navire égyptien qui aurait entendu une voix venue du rivage de l'île de Paxos, l'appelant par son nom et lui demandant d'annoncer que « le grand Pan est mort » : selon lui, il faudrait comprendre que la voix disait « Thamous, Thamous, Thamous, le très-grand (Panmegas) est mort », Thamous étant à la fois l'hétéronyme d'Adonis et le nom du pilote. Marcel Detienne propose une interprétation tout à fait différente (Les Jardins d'Adonis..., 1972).” (Adonis)


Tel le soleil et Dionysos, Adonis est donc un dieu qui meurt et revient tous les ans. Né d’un arbre, mort près d’un arbre (voire sur l’arbre..). La tristesse de Vénus pleurant son Adonis a dû être l’égal de Marie Madeleine pleurant Jésus, ou Marie pleurant son fils.

La mort d’Adonis de PP Rubens

Mais, surtout grâce à Aśvaghoṣa et son Buddhacarita (env. 150 après J.C.), le bouddhisme aussi a de quoi être redevable à ce fonds mythologique. Le Bouddha n’est plus un simple jeune homme devenant un renonçant (śramaṇa), mais un dieu qui décide de se réincarner. Il descend sur terre et entre dans la matrice de sa mère sous la forme onirique d’un éléphant à six défenses.


Sa mère, enceinte de lui, donne naissance en agrippant la branche d’un arbre sal, un arbre à résine. La résine de sal est utilisée comme encens dans des cérémonies hindoues.

Bouddha mourant au milieu des arbres sal, Kamakura period (1185–1333)

“Dans le bouddhisme, le Bouddha Shakyamuni méditait dans un bois de sals près de Kusinâgar au moment de son parinirvana (sa mort physique)” (wikipedia). Un des épithètes du Bouddha est “le taureau parmi les hommes”.

Iconographiquement, la naissance d’Adonis et du Bouddha se ressemblent. Contrairement à Myrrha, Mayadevi n’est pas transformé en un arbre, mais elle est représentée comme une yakṣiṇī/dryade (śālabhañjikā, on y retrouve le mot śāl) par son déhanchement (posture grecque par ailleurs) et le pied touchant/tapant la terre pour faire jaillir le suc. Contrairement aux dryades, elle est habillée.


La courtisane à ses côtés qui recueille le petit bouddha correspond iconographiquement à la déesse Lucina. Comme Adonis, le futur bouddha ne naît pas par la voie naturelle. C’est tout naturellement auprès d’un arbre que le futur bouddha retournera pour atteindre l’éveil (et pour prendre à témoin la terre), et il mourra dans une forêt d’arbres sal. Il n'est pas tué par un sanglier comme Adonis, mais il meurt après avoir mangé un civet de porc ou de sanglier... Le poète a le sens de l'humour.

A moins que le bouddhisme n’ait voulu ainsi intégrer des cultes plus anciens. Il est possible que les excavations de l’archéologues Robin Coningham de l'université de Durham dans le Temple Maya Devi à Lumbini, l'endroit où le Bouddha serait né, aient révélé un sanctuaire de "déesse-arbre".

***

Vénus et Cupidon, 1525 by Lucas Cranach l'Ancien.