lundi 7 décembre 2020

Intermezzo : Hyung Jin Moon de la secte Moon à Dharamsala


Le futur chef de la secte Moon rencontre le Dalaï-Lama en 2007

Non, n'ayez pas peur, je vous propose juste la lecture de ce qui suit comme un exercice mental, comme une méthode apotropaïque, cathartique, ou d'exorcisme, pour détourner le danger qu'évoque cette photo. Cela aurait pu arriver, mais ce qu'on aurait pu craindre n'est heureusement pas arrivé.  

Pourquoi le futur chef de la secte Moon et un de ses membres, Frank Kaufmann, ont-ils fait un voyage de 27 heures, pour finalement passer cinq minutes en compagnie de Sa Sainteté ? Il y avait beaucoup de monde ce jour du mois de décembre 2007, "certains venaient seulement pour une bénédiction, d'autres étaient là pour des affaires", écrit Kaufmann ("Some seemed to come only for Blessings, others on matters of business."). Pas de mention d'une remise de prix interreligieux, d'une bourse, ou d'un don, simplement cette rencontre.  

Pour rappel, la secte Moon fut fondée en 1954 par Sun Myung Moon (1920-2012, également connu sous le nom de Révérend Moon). Le rapport de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale de 1995, définit ainsi son activité :
“La secte Moon (Association pour l'unification du christianisme mondial) professe l'échec de Jésus, mort pauvre et sans avoir pu créer une famille parfaite. Il revient au révérend Moon de créer cette famille, conformément au souhait même de Jésus-Christ, qui lui est apparu en 1936. Pour la réalisation de cet objectif, le révérend doit notamment acquérir une puissance économique qui lui permette de vaincre Satan. Cette organisation est très représentative des mouvements évangéliques purs.” Rapport 1995 
Sun Myung Moon revendiquait trois millions de fidèles dans environ 200 pays, qui l'appellent "le Vrai Père" et le considèrent comme "le seul et unique Messie dans l'histoire humaine" (Le Point). Selon la secte Moon, la venue du "Vrai Père" aurait été annoncée dans l’Évangile selon Matthieu (24 :5) : « plusieurs viendront sous mon nom, disant : c'est moi qui suis le Christ. Et ils séduiront beaucoup de gens. »


La secte était connue pour ses mariages de masse devant le couple messianique “les Vrais Parents”. Selon le rapport cité ci-dessus en août 1995, la secte aurait demandé entre 7.000 et 14.000 francs à chacune des 72.000 personnes mariées collectivement par le Révérend Moon à Séoul. Le Révérend Moon voulait éviter les erreurs du Christ quant à la pauvreté et la descendance.  

La branche française de la secte Moon avait été condamnée pour fraude fiscale[1] et selon un rapport de 1998, elle “est également à la tête d'un patrimoine parfois prestigieux qui, d'après les éléments transmis à la Commission, dépasse 40 millions de francs.” Ces chiffres sont de 1998. En 1980, les membres de la secte avaient fondé CAUSA International, un organisme d'éducation anti-communiste. Cela pour une indication sur sa ligne politique.

En 2008, le fils du fondateur, Hyung Jin Moon (né en 1979) devint le successeur de son père, aux dépens de son aîné, après des intrigues familiales d’envergure[2] (source et source). 

Hyung Jin Moon et Bub Jang

Il avait obtenu un Mastère en théologie à l’université de Harvard. Lors de ses études, il avait rencontré Bub Jang, le chef de l’ordre Jogye du bouddhisme coréen, et s’était intéressé au bouddhisme pendant un moment. Il aurait même rasé son crâne et pratiqué le bouddhisme (tibétain)[3]. 

Hyung Jin Moon rencontrant le Dalaï-Lama à Dharmasala en décembre 2007

C’est en 2007, qu’avait eu lieu sa rencontre avec le Dalaï-Lama à Dharmasala. Hyung Jin Moon était accompagné de Frank Kaufmann, également membre de la secte et directeur de la Féderation interconfessionnelle pour la paix dans le monde. C’est ce dernier qui raconte leur rencontre en 2012, quand le Dalaï-Lama venait de recevoir le "prix Templeton"[4] d’une valeur de $1,7 millions de dollars, "dont il fait don en totalité (1,5 million USD à Save the Children, Inde, [ ] et 200 000 USD pour le Mind and Life Institute)" (Liste des distinctions du 14e Dalaï-Lama). La raison de cette récompense : 
"[Sa Sainteté] encourage les recherches scientifiques sérieuses sur le pouvoir de la compassion, et son potentiel considérable pour résoudre les problèmes fondamentaux du monde - un thème qui est au cœur de ses enseignements. Dans le cadre de ces recherches, les "grandes questions" soulevées - telles que "La compassion peut-elle être apprise ou enseignée ? - reflètent l'intérêt profond du fondateur du prix Templeton, le regretté Sir John Templeton."
“[His Holiness] encourages serious scientific investigative reviews of the power of compassion and its broad potential to address the world's fundamental problems - a theme at the core of his teachings. Within that search, the "big questions" he raises - such as "Can compassion be trained or taught?" - reflect the deep interest of the founder of the Templeton Prize, the late Sir John Templeton.”
On peut se poser la question ce que la très conservatrice famille Templeton peut bien comprendre par "compassion" dans une société néolibérale. 

La rencontre entre le Dalaï-Lama et la délégation de la secte Moon n’avait duré que cinq minutes puisque le Dalaï-Lama était un peu souffrant, et avait de nombreux autres visiteurs, mais Hyung Jin Moon et Frank Kaufmann avaient été très impressionnés par la qualité de la présence du Dalaï-Lama. Quand on voit la suite de la carrière d’entrepreneur spirituel de Hyung Jin Moon, on se demande ce que celui-ci a bien pu apprendre du bouddhisme ou du Dalaï-Lama.

"Hundreds gather at church for blessing ceremony featuring AR-15s" photo CBS News

Depuis son règne, les mariages de masse de la secte ont désormais lieu avec port de fusils d'assaut, brandis fièrement et ostentatoirement, et en exprimant sa reconnaissance envers le Président Trump. Puisque le frère du nouveau leader, Moon Kook-jin, ou bien Justin Moon, est le propriétaire de Kahr Arms, la fourniture des armes, notamment le modèle du fusil d'assaut AR-15, pour les cérémonies ne pose pas problème. Les Américains conservateurs adorent.
“Le pasteur de l'église et ses disciples disent que leur dévotion à l'AR-15, une arme de guerre utilisée encore et encore dans les pires fusillades de masse de la nation, est enracinée dans l'amour chrétien. Ils ne considèrent pas la police ou l'armée comme un rempart suffisant contre "les tyrans", "les méchants" ou "les mafias... qui violent nos enfants". Ils ne font pas non plus confiance aux écoles publiques qui, selon eux, endoctrinent les enfants à l'homosexualité. Le pasteur dit que c'est aux "milices locales" lourdement armées de sauver "nos enfants"[5]. (The Chronicle du 20 février 2018, Local church to hold four-day celebration of assault rifles)

“L’Eglise Sanctuaire de la Paix mondiale et de l'Unification de Newfoundland défendra ces idéaux lors de son Festival de Grâce le 22 au 28 février. Ce festival comprend un dîner de droits aux fusils et de remerciements “Merci Président Trump” à Matamoras, en Pennsylvanie, le samedi soir, et une journée de port d'armes à l'église et sur le terrain d'entraînement mercredi prochain, le 28 février.”[6] (The Chronicle).

Le père fondateur de la secte Moon avait également été accusé de pratiques de "droit de cuissage" ("pikareum", avec les femmes des premiers 36 couples mariés, pour créer sa "parfaite famille". Il fallait que le Messie-Père restaure ainsi la lignée de sang de l'humanité, idée très gnostique, mais pas que. Puis, il y a eu "la tragédie des "Six Maries" dans laquelle fut impliquée le fondateur Père, dont Hyung Jin Moon reconnaît bien l'existence, mais qu'il ne condamne pas dans cette vidéo youtube.

En ce qui concerne la France, la secte Moon aurait eu des liens avec le Front National, qu'elle avait rompus suite au propos de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz.

Quand une institution religieuse dépend des dons, elle s'ouvre à l'influence de ses bienfaiteurs importants et de ses philanthropes, qui sont dans la règle des personnes fortunées et puissantes ; qui s'intéressent forcément aux valeurs religieuses pour des raisons qui leur sont propres ; qui soutiennent plutôt des valeurs conservatrices et (néo)libérales qu'égalitaires ; qui préfèrent choisir eux-mêmes leurs charités, en créant des fondations, des prix etc. ; qui sont généralement "anti-communistes" ; et très souvent "pro-vie", pro famille "un papa, une maman", mais contre le mariage gay, etc., bref des valeurs bien de droite, voire d'extrême droite. Au fond à l'encontre des valeurs du Dalaï-Lama qui se dit "marxiste"...  

Il n'y a sans doute aucun lien entre le Dalaï-Lama et la secte Moon, autre que cette visite purement amicale, mais la photo m'aura au moins permis de signaler une tendance philanthrope/caritative lourde dans le monde des entrepreneurs de la compassion, et la possibilité de dangers bien plus graves.     

***

[1] Rapport 1995 : “La Cour de Cassation a, par exemple, confirmé dans un arrêt du 25 juin 1990 (Blanchard Henri et autres) l'arrêt de la Cour d'appel de Paris du 26 janvier 1988, condamnant le Président de l'Association pour l'unification du christianisme mondial (AUCM), qui est la branche française de la secte Moon, pour fraude fiscale.”

[2] Voir aussi Eglise de l’unification: la succession de Sun Myung Moon par Jean-François Mayer - Institut Religioscope, 14 septembre 2012

[3] “At that time Mr. Moon had drawn people's attention by saying, "I am deeply interested in Buddhism, so I shaved my head and I am studying meditation." This time, Mr. Moon paid a return visit to President Bub Jang.” Source

[4] L'objectif du prix : “honors a living person who has made an exceptional contribution to affirming life's spiritual dimension, whether through insight, discovery, or practical works... The Prize celebrates no particular faith tradition or notion of God [and] has been awarded to scientists, philosophers, theologians, members of the clergy, philanthropists, writers, and reformers."
John Templeton Jr. (1940-2015), le fils, était un évangéliste qui soutenait des causes causes politiques conservatrices. En 2008, il donna $450,000 à l'Organisation nationale pour le mariage et 1 million de dollars pour l'interdiction du mariage gay.

En 2007, le Dalaï-Lama et Frank Kaufmann figuraient tous les deux en tant que nominé pour le prix interconfessionnel Guru Nanak ($50.000). C'est le Dalaï-Lama qui le recevait le 11 novembre 2007 d'une délégation de Hofstra, qui fit le voyage à Dharamsala en 2008.  

[5] “The church's pastor and his followers say their devotion to the AR-15, a weapon of war used again and again in the nation's worst mass shootings, is rooted in Christian love. They do not see the police or the military as a sufficient bulwark against "the tyrants," "the wicked," or "the mafias...raping our children." Nor do they trust public schools, which they say are indoctrinating children into homosexuality. The pastor says it's up to heavily armed "local militias" to save "our children."

[6] “The World Peace and Unification Sanctuary Church in Newfoundland will uphold these ideals at its Festival of Grace from Feb. 22 to 28. It includes a "President Trump Thank You" gun rights dinner in Matamoras, Pa., on Saturday night, and a Day to Bear Arms at the church and training ground next Wednesday, Feb. 28.”

samedi 5 décembre 2020

Mise au point

 


Une petite mise au point avant de continuer ma série de billets, suite à une première mise au point sur Facebook.

Il y a une sorte de corporatisme naturel entre organisations religieuses dans certaines luttes qu’elles peuvent partager : contre “le communisme”, “le matérialisme”, les valeurs modernes, les sciences, bref contre tout ce qui pourrait être perçu comme une attaque des religions et de leur autorité. A cause des liens du passé, ou parfois même du présent, des institutions religieuses peuvent aussi se serrer les coudes avec des dynasties monarchiques, et défendre leurs intérêts communs, et leur autorité parfois partagée.

Les institutions religieuses, et notamment bouddhistes, vivent par des dons, des offrandes, de la charité. Certains pays nordiques, souvent protestants, prévoient des revenus dans le budget d’état pour les clercs et aumôniers homologués, toutes religions confondues. Généralement, les institutions religieuses vivent par la grâce de leurs fidèles. Dans le cadre d’une religion, il est souvent recommandé que le donateur se fasse discret, pour ne pas se gonfler d’orgueil, notamment dans les montants sont impressionnants. Cette discrétion a pu servir à dissimuler des revenus déclarés ou de l’argent provenant d’activités illicites, autrement dit de "l’argent sale".

 Le vinaya bouddhiste est très strict sur les liens avec l’argent. Il est interdit aux moines pleinement ordonnés d’y toucher. Ce sont alors d’autres qui gèrent l’argent du Sangha. Dans le noble octuple chemin du bouddhisme, le troisième point concerne les moyens d'existence justes ou la profession juste (samyag-ājīva), cela exclut des professions nuisibles à d’autres. Des exemples classiques sont les bouchers, les marchands d’armes, etc. Mais dans la voie des bodhisattvas, à cause de leur “habileté dans les moyens” (skt. upāyakauśalya) et leur sens d’égalité foncière (skt. samatā), les bodhisattvas ne sont pas sous le coup des lois conventionnelles. Ils restent néanmoins responsables de leurs actes au niveau conventionnel.

Dans le bouddhisme tibétain, la notion de “détournement de dons” (tib. dkor sgrib) eut son importance une certaine époque. Ainsi, peut-on trouver assez souvent le conseil de ne pas prendre en charge la gestion d’un monastère ou d’un siège (tib. gdan sa) dans les textes et les chants, afin d’éviter d’accumuler trop de karma négatif. Par exemple, quand de l’argent est donné pour effectuer des rituels destinés aux morts, il est essentiel qu’il ne soit pas utilisé pour autre chose etc.

Le Dalaï-Lama actuel n’était pas “un simple moine”, il était le chef séculier du Tibet, et après l’exil en 1959, le chef des Tibétains en exil, une position précaire et difficile. Comment un gouvernement en exil peut-il trouver des fonds pour fonctionner ? Avec des aides d’autres états, de “philanthropes”, de donateurs et de bienfaiteurs privés. Il en va de même pour les institutions religieuses en exil. Pour survivre dans un premier temps, on ne peut pas être trop regardant sur l’origine des dons. Il faut dire que c’est seulement assez récemment que la législation et la réglementation en matière de transferts d’actifs a changé, de façon à ce qu’il faut, officiellement, rendre compte de chaque sou transféré. Les transferts doivent être traçables. Cela va finir par mettre un terme définitif aux “dons discrets” de la part de donateurs anonymes. Tout cela est en train de changer sous nos yeux. Voilà pour ce qui est des “circonstances atténuantes”.


Le dynamitage d'un entrepreneur charismatique de terroir


S. Hamsah Manarah

A ma connaissance, Gilbert Bourdin (1923-1998), alias Swami Hamsananda Sarasvati, ou S. Hamsah Manarah, fondateur de l’Aumisme, n’avait pas eu d’audience en privé avec le Dalaï-Lama, ni de visite à son ashram à Castellane. Il avait en revanche eu la visite de Karmapa XVI le 7 octobre 1977, qui lui avait “donné refuge” (son nom : Karma Tensing Dorje) et l’initiation de Milarépa. Il l’aurait reconnu comme un authentique mahāsiddha[1]. La visite de Karmapa XVI avait aussi occasionné un grand transfert d’anciens disciples de Gilbert Bourdin vers l’école Karma kagyu. Le Messie Cosmo-planétaire aurait aussi été initié par le maître Shingon Aoki-Senseï.

Karmapa XVI et S. Hamsah Manarah

S. Hamsah Manarah, Lama Orgyen Wangdi et Lama Gélek

On ne connaît pas grand chose de sa vie ordinaire, “la haute tradition demande à ce que l’on ne parle pas trop du passé d’un saint homme” (cité par PierLuigi Zoccatelli[2]). Il se serait intéressé à l’ésotérisme, était membre de la Société théosophiste, de la Grande Loge maçonnique de France, et participait activement à des sociétés Rosicruciennes, Martinistes, Kabbalistes et alchimistes, ainsi qu’à des sociétés s’intéressant aux “Chevaliers de la Sainte Graal”. Grâce aux savoirs ainsi acquis, il s’était rendu compte d’un monde étrange, occulte, invisible, peuplé par des âmes affligées, des démons, des anges et des divinités bizarres. L’étude des sciences occultes l’avait éveillé à des forces invisibles, capable de créer et détruire le monde[3].

Qu’en avait-il retenu pour la création de son propre mouvement Aumiste, la religion universelle de L'Ère nouvelle (New Age), “la religion universelle de l’unité des visages de Dieu” ? Cinq vérités, pas quatre, cinq ! 1. la vérité de la mort qui n’est qu’un changement d’état, “l’âme immortelle quitte le corps de chair pour ensuite se réincarner et tendre à atteindre l’illumination au fil de ses incarnations” 2. la vérité de la souffrance, causée par la peur de progresser, 3. la vérité de la douleur, qui nous permet d’avancer vers Dieu à pas de géant, 4. la vérité de l’évolution [réincarnationiste], qui nous oblige de toujours progresser vers des états plus élevés et 5. la vérité du but ultime à atteindre[4].

La syllabe AUM est le son primal, qui donne naissance à tous les autres sons et vibrations, à l’origine de la création du monde. Sa récitation est toujours opportun, car AUM sait ce qu’il convient de faire dans toutes les situations[5].

Colonne de Lumière "attrape-âmes"

La réincarnation est la pierre d’angle de l’Aumisme, sans cette science ou croyance, l’entreprise Aumiste, comme de nombreuses autres entreprises ésotériques, perdrait tout son sens et s'effondrait. La réincarnation *avec* tous les mondes possibles dans lesquels l’âme peut prendre naissance évidemment. Des mondes invisibles aux pauvres non-initiés, qui ne savent pas ce qu’il les attend, quand leur âme est en flottaison libre. Il y aurait des billions de monde inhabités dans l’espace intersidéral. Pour empêcher ses âmes de se perdre, le Messie Cosmo-planétaire avait conçu un dispositif astucieux capable de capturer les âmes flottant par-ci par-là dans l’espace sidérant. Actuellement, (et on n’était qu’en 1991 !), la “Colonne de Lumière” (le nom du dispositif) aurait sauvé 620 milliards d’âmes en évolution. Ne ratez pas la cible en faisant Powa ! Le dispositif consiste en six bras, chaque bras contenant 21 niveaux de conscience. Il dirige ensuite les âmes vers Dieu à travers les sphères célestes, et en évitant les enfers et les paradis des autres religions, pour ne pas perdre plus de temps encore[6].

Contrairement aux autres religions empêtrées dans un Kaliyuga, un Mappo, un Acopalypse, l’âge collapsologique etc., les Aumistes vivent à l’Âge d’or, mais attention, cela ne va pas durer. Pendant l’Âge d’argent, les gurus et les buddhas préfèrent rester dans leurs paradis artificiels. A partir de là, ça dégénère vraiment. Pendant l’Âge de bronze, une grande guerre éclatera entre Lemuria et Atlantis. Atlantis battra Lemuria, mais la chute d’Atlanta annoncera l’âge de fer (voir Rudolf Steiner). Pendant tous ces Âges, Dieu envoie son fidèle messie Hamsah Manarah ici-bas, pour restaurer l’Âge d’or. La condition sine qua non étant de croire en lui. Notre croyance est son carburant.
“ Il est aussi le Premier Hierokarantine, fondant pour l’Aumisme la Lignée des Corps de Dieu sur Terre dont la mission est de rétablir l‘Unité des Visages de Dieu et d’aider l’humanité à cheminer vers la Paix.”

“Après avoir écrit 22 livres saints accessibles à tous, patrimoine inestimable de l’Aumisme, clefs évolutives pour permettre au pèlerin d’accéder aux plus hauts niveaux de conscience, après avoir enseigné à des milliers d’humains la vérité de l’Unité des Visages de Dieu, après avoir transmis généreusement les fruits de ses recherches et son savoir à ses disciples, Sa Sainteté le Seigneur Hamsah Manarah, 1er Hiérokarantine, a quitté ce monde le 19 mars 1998." 

"Comme pour les bouddhistes de l’Ecole Karma Kagyu à l’égard de sa Sainteté le Karmapa, les aumistes attendent le prochain Hiérokarantine qui sera le 2nd de la Lignée initiatique des Incarnations divines pour leur religion.” (site Mandarom)
Dynamitage du Messie Cosmo-planétaire (photos Marianne)

Nul n'est prophète en son pays. Le 6 septembre 2001, était un jour noir pour l’Aumisme quand la statue du Messie Cosmo-planétaire fut dynamitée, cinq jours avant les attentats de New York le 11 septembre 2001. Oui, cela vous laisse coi hein ? Le hasard ? 


Délégation du Mandarom au Parlement des religions,
à Toronto 2018 (photos Mandarom)

Le mouvement continue d’exister, et aurait quand-même réussi le 31 Janvier 2013 à faire condamner la France pour violation de la liberté de pensée, de conscience et de religion par la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH), et participe aux événements du Parlement des religions du monde (Parliament of the World’s Religions).

***

[1] “Il est honoré par de grandes figures du Bouddhisme dont le Karmapa (Photo ci-dessus), les Lamas Pao Rimpoche et Kalu Rimpoche, qui ont reconnu en lui un Mahasiddha (Etre parfaitement accompli) rattaché à la Haute Lignée des Maîtres du Lotus.” Site du Mandarom

[2] La citation viendrait de Hamsah Manarah, 1995: 9. Je n’ai pas accès à ses livres, et je m’appuie donc principalement sur l’article Notes on the Aumist Religion, A paper presented at the CESNUR 2003 Conference, Vilnius, Lithuania. Preliminary version.

[3] “He was a member of the Theosophical Society and of the Masonic Grand Lodge of France, he actively participated in Rosicrucian, Martinist, cabbalist and alchemist societies, and also took part in organizations interested in the “Knights of the Holy Grail.” Thus, “through assiduous participation in esoteric groups to which I pay homage, I became aware that there existed a strange world, occult, invisible, populated by afflicted souls, demons, angels, bizarre divinities. […] I began to study all the occult sciences to become more aware of those forces which cannot be seen, but which – secretly – make and unmake the world” (Hamsah Manarah, 1993b: 323-324).” Notes on the Aumist Religion

[4] “Aumism is presented as the universal religion of the new era (the Golden Age), an active and dynamic philosophy: the “Universal Religion of the Unity of the Faces of God” (authentic dogma of the Aumist movement). The foundations of the Aumist doctrine are summed up in “five Truths”: (1) the truth on death, which is nothing but a change of state; (2) the truth on suffering, suffering arising from the fear of moving forward; (3) the truth on pain, which makes one take giant steps toward God; (4) the truth on evolution, based on a law according to which every being that is born must have, as its purpose, the attainment of a higher level; (5) the truth on the ultimate goal to be reached (Hamsah Manarah, 1991: 43-44).”

[5] “The essential message of the Aumist religion is eclectic, one of synthesis contained in the sound AUM, which Hamsah Manarah’s disciples consider to be the source of creation, the primordial sound, the sound that gave birth to all other sounds, the first and highest vibration, also called pranava (from prana, vital energy, and va, vehicle), i.e. the driver of energy. In this sense, the three letters of AUM correspond to three principles: the primordial A of the world before the creation (physical level); the U of the creation (mental level); the M of the expansion of creation (spiritual level). Thus, AUM corresponds to the past, the present and the future, and as such propels toward the absolute, destroying ignorance and evil, uniting Heaven and Earth; it is both liberating and liberator, the name of God, symbol of the supreme reality. According to Aumist doctrine, the sound AUM acts differently depending on how it is pronounced: when enunciated aloud it purifies the environment, crystallizes good vibrations and eliminates evil; when voiced quietly it calms the mind, prepares for concentration and promotes healing; when spoken mentally, it helps concentration and meditation.”

[6] “The concept of reincarnation, linked to the first of the “five truths” (the truth about death), plays an essential role in Aumist doctrine, and Hamsah Manarah dealt with the subject of visible and invisible worlds (including transmigration of souls) by stating that “there are billions of inhabited worlds in intersidereal space, but at different stages of evolution” (Hamsah Manarah, 1991: 13). After death, the soul passes through all levels of the evolutionary scale, from the mineral kingdom to plant, animal and human, finally reaching the Divine (its real nature). In 1985, Hamsah Manarah declared that he had created the Column of Light, an instrument aimed at receiving souls that have left the body, and which currently houses about 620 billion evolving souls. The Column of Light is composed of six arms, each with twenty-one levels of consciousness. Considered an “enormous post mortem university,” it serves to direct the souls and stimulate them in their evolution toward God, integrating the astral world, the celestial planes, the hells and heavens of the various religions, thus promoting the crystallization and perpetuity of the Golden Age on Earth.”

jeudi 3 décembre 2020

"C'est dur d'être aimé par les cons"


"Anger"

Chizuo Matsumoto (1955-2018) alias Shōkō Asahara avait d’abord fait des études d'acupuncture et de médecine chinoise, avant de s’intéresser à l’ésotérisme pendant les années du "mikkyō boom" et de fréquenter la secte Agonshū. En 1984, l’année où Kiriyama Seiyū invita le Dalaï-Lama (mai 1984), pour participer à un rituel du feu (skt. homa) au Nippon Budōkan, Shōkō Asahara lança sa propre carrière d’entrepreneur charismatique en créant d’abord la Société Aum, avant de la transformer en 1987 en la secte Aum Shinrikyō (“Vérité suprême d'Aum”), plus tard (1995) responsable pour les attaques au gaz sarin dans le métro de Tokyo.
“La secte Aum faisait pratiquer le yoga à ses fidèles qui, pendant ces séances, vivaient parfois des expériences comme voir une lumière ou sentir l’énergie monter en soi : des phénomènes psychologiques que les yogis à la pratique intensive ou les moines bouddhistes ressentent également. Mais la secte Aum faisait de ces phénomènes des « expériences divines » : la preuve que les disciples avaient atteint un certain niveau spirituel, grâce à l’énergie prodiguée par leur gourou. Pour que plus de fidèles atteignent cette « expérience divine », la secte fabriqua par la suite des drogues, notamment des amphétamines et du LSD, administrées aux disciples dans le cadre de cérémonies.” (Wikipédia)

En 1984, Shōkō Asahara avait donc assisté au rituel de feu conduit par Kiriyama Seiyū (de la secte Agonshū qu’il fréquenta) et le Dalaï-Lama. En 1986, il fit un voyage en Inde, pour atteindre l’éveil en pratiquant l’essence du taoïsme, du yoga (Shōkō Asahara s’identifia aussi à Śiva, pour son côté destructif...[1]) et du bouddhisme. C’est “dans les Himalayas” qu’il trouva la “vibration sacrée”. 


En février 1987, il fut reçu par le Dalaï-Lama, qui en partant lui aurait dit : 
“Cher ami, ... regardez le bouddhisme du Japon d'aujourd'hui. Il a dégénéré en cérémonialisme et a perdu la vérité essentielle des enseignements. ... Si cette situation continue, ... le bouddhisme disparaîtra du Japon. Il faut faire quelque chose" 
Le Dalaï-Lama lui aurait confié alors une mission spirituelle : "Vous devriez répandre le vrai bouddhisme là-bas [au Japon]. ... Vous pouvez bien le faire, parce que vous avez l'esprit d'un Bouddha. Si vous le faites, j'en serais très heureux. Cela m'aidera dans ma mission"[2].
C’est en rentrant au Japon qu’il commença à enseigner la “Vérité suprême d'Aum”, prêt à "sauver" les gens au même titre que le bouddha Śākyamuni... ou Shiva.... Il avait une relation privilégiée avec Nostradamus comme Kiriyama Seiyū. Pourquoi avait-il été reçu par le Dalaï-Lama à plusieurs reprises ? Selon le journaliste Christopher Hitchens (“His Material Highness”, Salon Magazine, 13 juillet 1998), Shōkō Asahara aurait fait don de 45 millions de roupies, soit environ 170 millions de yens (environ 1,2 million de dollars), et il avait été récompensé pour ses efforts par plusieurs rencontres. Un article de Libération du 13 octobre 1995 rapporte que “le gouvernement en exil du dalaï-lama a[vait] accepté des donations de Shoko Asahara, le chef de la secte japonaise Aum, mais uniquement pour améliorer le sort de réfugiés tibétains.”

La secte de Asahara comptait vingt organisations dans tout le Japon, trente sociétés dans différentes branches (également étrangères), une société commerciale à Taïwan, un élevage de moutons en Australie, une plantation de thé au Sri Lanka, des programmes de radio et de télévision en Russie, une chaîne d'ordinateurs, des restaurants, des centres de remise en forme et une clinique. À son apogée, Aum-Shinrikyo avait 40 000 membres,10 000 au Japon et 30 000 en Russie. Après l'attentat, la secte fut officiellement dissous, mais avait continué à vivre sous le nom d'Aleph (Martin Heißwolf[3]).

Karmapa XVI avec Gilbert Bourdin au Mandarom en 1977 

Martin Heißwolf[4] semble établir un lien entre le nom “Aum” de la secte et l’aumisme de Gilbert Bourdin du Mandarom Shambhasalem, qui tenta une fusion entre l’ésotérisme de terroir et l’ésotérisme oriental. Ce sera pour un autre blog.

Les entrepreneurs charismatiques de tous genres semblent avoir un faible pour les maîtres ésotériques tibétains, qui le leur rendent bien. C’est sans doute simplement un échange de bons procédés. Les entrepreneurs charismatiques cherchent une caution spirituelle, et les maîtres ésotériques tibétains cherchent de l’argent. Pas pour eux-mêmes évidemment, mais pour leurs divers projets spirituels (construction de temples, de stupas, de statues-géants, des associations caritatives pour l’éducation des enfants, etc. etc.), afin de diffuser le Saint Dharma. Ce n’est pas de leur faute si certains de leurs collègues charismatiques déraillent carrément. 

En visite à Dharmasala

Sans le penchant “cérémonialiste” des Japonais, des Taïwanais, des Russes, des Occidentaux … s’intéresseraient-ils encore à eux ? Personne ne semble vouloir se tourner vers “le bouddhisme de Nalanda”, mais dès qu’il y a un gadget ésotérique à toutes fins utiles, des chercheurs spirituels partout dans le monde affluent. L’offre et la demande. Et l’ésotérisme à tellement à offrir, “the sky is the limit”...

DL et Raniere, à Dharamsala, on dirait la même pièce et la même table...
arrêt sur image The Vow (HBO) de Mark Vicente 

Conférence à Albany 2009 (photo HBO/The Mail)

Le Dalaï-Lama en a-t-il terminé avec ses déboires à cause d'amis encombrants ? La dernière en date était Keith Raniere de la secte Nxivm (voir Open Buddhism), qui vient d’être condamné le 27 octobre 2020 à une peine de prison de 120 ans et une amende de 1,75 millions de dollars. L’entrepreneur charismatique américain entretenait des contacts avec le Dalaï-Lama, qui avait préfacé son livre “The Sphinx and Thelxiepeia” (2009), et qui avait parlé à une conférence à Albany aux USA en 2009, à l’invitation de Raniere. Dans la série The Vow (de Mark Vicente, sur HBO, épisode 5&6), on voit les pourparlers entre l’équipe de Dalaï-Lama et l’équipe de Nxvium, pour régler quelques détails… là aussi, des dons importants auraient été faits au Dalaï-Lama pour ses bonnes oeuvres. L’affaire avait fait l’objet d’un article dans le Daily Mail, et l’Office du Dalaï-Lama avait réagi en précisant qu’aucun montant de cette somme (1 million de dollars) n’avait été reçue par le Dalaï-Lama ou par une de ses charités[5].

Extrait de la préface (The Sphinx and Thelxiepeia) du Dalai-lama :
“Exercising of critical faculties in the Ethical real entails taking responsibility both for acts and for the underlying motives. If we do not take responsibility for our motives, whether positive or negative, the potential for harm is much greater. The moral value of a given act is to be judged in relation both to time, place, and circumstance and to the interests of everyone involved now and in the future. It is conceivable that a given act is ethically sound on one particular set of circumstances, but that at another time and place and under a different set of circumstances it may not be.

The authors of this book present readers with a challenge in seeking to contribute to building a compassionate, ethical humanity they often discuss recognised problems from unfamiliar angles. In the part of the world from which I come, there is a well-known adage that even when offered gold, device tested, beating it and burning it to ensure its value before accepting it. This means that rather than take any advice on trust. We should think about it and ask ourselves if it's useful. If we decide it is, then the sensible thing is to put it into practice
.”

***

[1] Aum Shinrikyo. Ein Kapitel krimineller Religionsgeschichte, Martin Repp, 1997

[2] The Cult at the End of the World: The Terrifying Story of the Aum Doomsday Cult, from the Subways of Tokyo to the Nuclear Arsenals of Russia, David E. Kaplan, Andrew Marshall, 1996, page 13. Traduction DeepL.
“Dear friend, … Look at the Buddhism of Japan today. It has degenerated into ceremonialism and has lost the essential truth of the teachings. … If this situation continues, … Buddhism will vanish from Japan. Something needs to be done” (Kaplan and Marshall, 1996, p. 13). Thereupon the god-king entrusted him with a spiritual mission: “You should spread real Buddhism there [in Japan]. … You can do that well, because you have the mind of a Buddha. If you do so, I shall be very pleased. It will help me with my mission” (Kaplan and Marshall, 1996, p. 13).

[3] Japanese Understanding of Salvation: Soteriology in the Context of Japanese Animism, Martin Heißwolf, 2017.

“ Asahara’s “empire” consisted of twenty organizations all over Japan, thirty companies of various branches (also foreign), a trading company in Taiwan, a sheep breeding farm in Australia, a tea plantation in Sri Lanka, radio and TV programs in Russia, a computer chain, restaurants, fitness-centers and a clinic. In its heyday Aum-Shinrikyou [] had 40,000 members (Langbein et al. 2002, 159), 10,000 in Japan and 30,000 in Russia (Parachini and Furukawa 2007, 534). After the attack, Asahara was officially deposed. Aum-Shinrikyou [] lived on under the name Aleph [] and speedily recovered. As early as 1997, it had rebuilt fifteen local centers and recruited about 5,000 members (Langbein et al. 2002, 161). However, in 2009 they counted about 1,500 members (Ellington 2009, 168). In 2012 there were 1,200 to 1,300 members with a growth rate of about two hundred new members every year (Japan Today 2012).”

[4] “Aum as religion goes back to Gilbert Bourdins’ (1923-1998) Aumism. In his late twenties, Bourdins dedicated himself to the search for the “divine,” he became a member of the Theosophical Society and the French Grande Loge Nationale, became actively involved in various societies affiliated with Rose-Cross, Martinism, the Kabbalah, and Alchemism, and showed interest in the Holy Grail. In the early 1960s he travelled to Rishikesh (in the Himalayas) and became acquainted with the influential guru Swami Sivananda, the founder of the Divine Life Society (Zoccatelli 2005, 215-216), from whom, at the occasion of his initiation as sannyasin, he received his new name, Hamsananda Sarasvati. He founded Aumism sometime in the 1970s or 1980s (Zoccatelli 2005, 217)”

[5] “We wish to categorically state that His Holiness the Dalai Lama never takes an honorarium or fee of any sort, nor does he require that any payment be made to charities or organizations, as a condition of his making a personal appearance. Therefore, the reported allegation has no basis. Neither His Holiness the Dalai Lama nor the Dalai Lama Foundation ever received the alleged $1 million in connection with His Holiness’s appearance in Albany. (The Office of His Holiness the Dalai Lama)”

mercredi 2 décembre 2020

Illuminer le monde


Vidéo youtube sur Kiriyama Seiyū de la secte japonaise Agonshū

Le “renouveau tantrique” en Chine avait conduit à la “fièvre Qigong”, qui avait mis le feu au Japon, en créant à partir des années 1970 un "mikkyō boom", une flambée ésotérique, avec comme chef de fil millénariste Tsutsumi Masao alias Kiriyama Seiyū (1921-2016), qui eut des visions à la fois de Guanyin (Kannon) et de Nostradamus. 

Seiyu Kiriyama présidant à une cérémonie (source)

En 1954, il fonda le Kannon Jikeikai, après que Guanyin l’avait empêché de se suicider. En 1970, Guanyin lui déclare “qu'il avait «coupé son karma» et qu'il devait effectuer le goma (rituel du feu) [skt. homa] pour sauver les âmes”. 

Aura festival (1984) avec le Dalaï-Lama (vidéo Youtube)

Dans les années 1970, il voyage à l’étranger où il rencontre le Dalaï Lama, le Pape et d'autres chefs religieux. En 1978 il dissout le premier mouvement Kannon Jikeikai, et fonde le deuxième “Agonshū”. 

Seiyu Kiriyama et le Dalaï-Lama faisant un homa/goma (1984) (vidéo youtube)

En
1984, il organise le Festival “Aura” pour la paix dans le monde pour la première fois, le Dalaï-Lama est son invité d’honneur. Il y procède à un de ses fameux rituels du feu, qu’il allume ensemble avec le Dalaï-Lama. Un certain Chizuo Matsumoto aurait assisté à la cérémonie…

A New York après les attaques

Au pays de Nostradamus avec ses yamabushi

A Auschwitz

A Jérusalem

Kiriyama Seiyū était un millénariste (Mappō) convaincu, qui avait adoré la traduction japonaise des prédictions de Nostradamus. Il était convaincu que tous les maux du monde étaient dû au matérialisme de la civilisation occidentale. L’ésotérisme était la remède qu’il fallait répandre partout. C’est la spiritualité orientale qui allait détruire le matérialisme occidental. Les misères des morts étaient une des causes des malheurs du monde et il fallait les rituels d’Agonshū pour apaiser leurs âmes, parmi lesquels les immenses bûchers pour la paix dans le monde, en 2003 à Paris.


Kiriyama Seiyū s’était reconnue comme l’avatar du “Roy d’Angolmois” dans une des prédictions de Nostradamus,
“L'an mil neuf cens nonante neuf sept mois,
Du ciel viendra un grand Roy d'effrayeur,
Ressusciter le grand Roy d'Angolmois,
Avant apres, Mars regner par bon heur
.”
Centurie 10 quatrain 72
Ses lectures et interprétations lui furent par ailleurs confirmées par des visions de Nostradamus. Les centres d’intérêt du maître ésotérique japonais furent notamment la réincarnation ("scientifique"), la méditation, les méthodes de guérison traditionnelles, l’avènement d’un âge nouveau, et le dialogue entre la science et la religion, la religion tirant la couverture vers elle et voulant sauver la science de son matérialisme. De nombreux figures bouddhiques et des bouddhas lui apparurent de son vivant pour approuver ce qu’il faisait, ou pour lui indiquer d’autres chemins à suivre. Ainsi, en 1980 Sakyamuni himself lui dit à Sravasti de restaurer un bouddhisme authentique et universaliste, en construisant un grand temple au Japon, où seront hébergés des reliques (reçus entre autres du Dalaï-Lama en 1983 (source : Baffelli, Erica, et Ian Reader) et du président du Sri Lanka en 1986), et de là répandre son message partout dans le monde. Pour être si important, Kiriyama Seiyū arborait évidemment le titre de Sa Sainteté (kanchō geika).

Rencontre avec Jean Paul II à Rome

Source principale : Baffelli, Erica, and Ian Reader. "The Story of a Religious Founder: Kiriyama Seiy#, Turmoil, Charisma and Experience." Dynamism and the Ageing of a Japanese ‘New’ Religion: Transformations and the Founder. London: Bloomsbury Academic, 2019



mardi 1 décembre 2020

La bureaucratie théocratique




Le monde spirituel est le reflet du monde terrestre et veut en même temps lui servir de modèle. Le monde spirituel est un monde idéologique avec une infrastructure et une superstructure. Adopter une pratique spirituelle est adopter une idéologie, et pour permettre une pratique dans le sens véritable du mot, il faut que l’infrastructure et la superstructure soient en adéquation.

Amitābha, entouré de sa cour, National Gallery of Victoria, Melbourne

Le monde spirituel du bouddhisme ésotérique requiert une infrastructure qui reflète son idéologie, avec idéalement une incarnation ici-bas de sa structure hiérarchique là-haut, voire dans les enfers. Il ne faut alors pas s’étonner que la hiérarchie céleste ressemble à la hiérarchie terrestre et à la hiérarchie infernale, et que l’on retrouve sa bureaucratie à tous les étages de l’univers idéal. 

Les yámen tiennent audience

Les hommes ont besoin d’élites, que ce soit sur la terre, dans les cieux et dans les enfers. Ils doivent être gouvernés fermement, avec justice et - si cela ne met pas en danger ces systèmes féodaux - avec compassion, pitié et clémence. Les amateurs d’archétypes, d’autorité et de Tradition en auront pour leur argent.

Détail de bodhisattva Kṣitigarbha et les dix rois des enfers

Les représentations de Kṣitigarbha montrent en un clin d’oeil de quoi il en retourne. Vous allez passer un sale moment, si vous n’êtes pas en règle. On a tous les noms… Pour être mieux gérés, les Enfers sont répartis en fiefs gouvernés par un roi et toute la bureaucratie assortie. Les rois sont aux ordres du suzerain. C’était initialement Yama (un dieu ancien), mais le bouddhisme est passé par là, et un Bouddha, bodhisattva ou autre archétype de pouvoir absolu est désormais assis sur le trône. Sans ses décrets et sans ses sceaux, les Enfers arrêteraient de tourner.

Chercher un Dalaï-Lama sous la dynastie Qing

Sous la dynastie Qing, le grand suzerain était l’empereur Kangxi (1654-1722). Pour bien gérer son empire, il s’est servi des théocrates déjà en place, ou de théocrates instaurés et nommés par lui-même, pour en faire ses bureaucrates, à coups de titres, de décrets et de sceaux. 

Petit échantillon de pédigrées de tulku
(cliquer ici pour en voir plus)

Assis sur son trône dans la Cité interdite, huit terres étrangères étaient gouvernées par les huit théocrates de ces terres respectives. L’empereur n’avait pas grand-chose à craindre des peuples des terres bouddhistes théocratiques, qui connaissaient bien leur place, tant qu'il contrôlait leurs Dieux vivants. 

Kangxi, ou Cam-Hy

En revanche, il y a toujours des grands vizirs désirant être calife à la place du calife. Et quand ils réussissent à être calife à la place du calife, ils gouvernent comme un calife, avec le même système bureaucratique et une idéologie à peine différente, en ne reconnaissant comme leur supérieur céleste, celui dont ils sont censés dériver leur autorité. La bureaucratie théocratique est un fil rouge qui va de l'enfer au paradis, en passant par le monde des humains.  

Chiang Kai-shek et lCang skya Qutuqtu

Le Dieu vivant Bogdo Khan sur une carte postale de 1907

Le Panchen Lama et le Dalaï-Lama chez Mao

Les gouverneurs théocrates reçoivent de leur suzerain des titres, des palais, des trônes, des coiffes, et des sceaux, qu’ils transmettront à leur successeurs, leurs fils biologiques et/ou spirituels ou leurs propres réincarnations. A la fin de l’empire chinois (1912), les bureaucrates théocrates théocrates continueront comme des théocrates indépendants, mais la République de Chine tentera de maintenir son influence[1]. Les tulkus et autres avatars continueront à naître ici-bas, tant que l’infrastructure qui les porte restera en place, même si leur autorité a dramatiquement changé. Des candidatures spontanées et des restaurations d’anciennes lignées réelles ou imaginaires restent évidemment aussi toujours possibles.

Dans le passé, les relations religio-politiques avec les grands khans mongols, et les empereurs chinois et mandchous ont résulté en des réseaux administratifs politiques et spirituels partout au Tibet, avec des “Dzongs” fonctionnant à la fois comme centre administratif et religieux. Parfois difficile, voire impossible de distinguer l’un de l’autre (voir mon blog Un peu d'histoire sur les rapports entre détenteurs et empereurs du 17 septembre 2011. Toute cette bureaucratie théocratique s’appuyait sur une hiérarchie complexe, accompagnée de titres (souvent d’origine mongol ou chinois), de documents, de sceaux, de multiples attributs de pouvoir, d’un cérémoniel, d’une étiquette …

Le bouddhisme tibétain s’est transmis dans cette structure religio-politique, et son idéologie en est imprégnée. Elle est toujours présente sous forme allégée en l’attitude envers ses tulkus et dans l’étiquette avec laquelle il faut les aborder, quel que soit par ailleurs leur niveau de coolitude individuelle. Regardez comment les tulkus sont encore traités en Asie, à Taïwan etc. Ils n’ont peut-être plus leurs liens féodaux, leurs fiefs, leur autorité etc. d‘antan, mais le fond de l'idéologie théocratique a-t-elle changé ? Le quatorzième Dalaï-Lama sera-t-il le dernier ? Un renouveau est toujours possible sous une forme ou une autre, et certains y pensent sans doute en se rasant. La démocratie et les valeurs universalistes des Lumières résisteront-elles ?   

***

[1] “Chinese emperors were aware of the fact, if they managed to "protect", i.e. to control, Tibetan Buddhism, it would strengthen their influence in Mongolia and Tibet. One of the possible approaches to gain control over the Tibetan Buddhism was restricting or reducing the monastic communities. Another approach was supporting some of the religious authorities in exchange for their loyalty. This was the case of  Changkya Khutukhtu (Tib.: Lcang skya ho thog thu) based in Beijing. The Qing policy was followed by the Guomintang and Mao Zedong was aware of it, too. Therefore, it is no wonder that Dalai Lama and Panchen Lama were members of the Standing Committee of the National People's Congress in 1954.” Rebirth Control in Tibetan Buddhism: Anything New?" Petr Jandacek