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vendredi 1 avril 2022

L'urgence : sauver les êtres par tous les moyens

Fudō Myō-ō (Acalanātha, aspect courroucé de Vairocana) et un jeune novice (Yuten Shami 1637-1718)*

En analysant le Voeu (Nanyue Si da chanshi li shiyuan wen 南嶽思大禪師立誓願文[1]) de Huisi, on n’échappe pas à l’impression que le projet de bodhisattva qui cherche à sauver tous les êtres est au fond un projet prosélyte.

Huisi, comme d’autres bodhisattvas, croit dur comme fer en la légitimité de son projet, et il est prêt à tout pour le réaliser, “pour le bien de tous les êtres”. Le “bien ultime” étant le salut, la libération de l’Errance (saṃsāra), qui peut être défini et compris différemment selon la forme spécifique du bouddhisme.

Le “Voeu” de Huisi est écrit (en 559) en “forme auto-biographique”[2] (les premières 44 années de sa vie), ce qui nous donne un aperçu de la motivation d’un bouddhiste mahāyāna sincère et zélé au VIème siècle en Chine, également empreint de confucianisme (organisation bureaucratique du pouvoir) dans la mise en oeuvre de son projet de libération des êtres.

Pour survivre, une religion devait être tolérée par l’élite d’un pays, ou être élevée au statut de religion officielle, voire la religion d’état. Si une religion acquérait ce statut, elle pouvait mettre en oeuvre son projet de façon plus autoritaire, pour le bien des sujets. Un sentiment d'autorité décomplexée peut alors se ressentir dans le ton de ses propos. Par rapport à la présentation du bouddhisme dans un Occident post-religieux le décalage peut être d'autant plus grand.

Autre représentation de la scène

Par son Voeu (praṇidhāna), Huisi se prépare à participer activement au règne de Maitreya, le futur Bouddha[3], et il se met en retraite[4] pour acquérir les pouvoirs surnaturels nécessaires pour réaliser son Voeu. Ayant acquis ces pouvoirs, et étant devenu Bouddha, il veut sauver les êtres. Pour sauver les êtres, il faut que ceux-ci se tournent vers la Loi, pratiquent les 6 pāramitā et obtiennent l’éveil. Il leur faut aussi naître dans une Terre pure pour la poursuite de leur parcours spirituel. Il faut donc persuader les êtres de se convertir, ou les faire se convertir par la force…
"Le bodhisattva qui pratique la règle de la grande patience sous l'injure, tantôt observe la compassion, a des mots doux et ne tire pas vengeance des coups et des offenses reçues; tantôt il a des paroles dures, il frappe les êtres et va jusqu'à sacrifier leur vie. Ces deux formes de patience ont pour but de protéger la Loi véritable, de subjuguer tous les vivants. C'est la patience absolue, qui n'est pas à la portée du débutant. "

Un peu plus loin, p. 702 a/22, Huisi n'hésite pas à dire qu'il faut soit observer avec fidélité toutes les règles, soit les enfreindre, si cela doit entraîner les vivants à la conversion. Ici encore la doctrine du Voeu ne s'écarte pas de celle des autres oeuvres de Huisi” (Magnin, p. 201[5].
L’objectif est clair, il faut sauver les êtres, et afin de les sauver il faut les convertir, par tous les moyens, et parfois malgré eux…

Amida (Amitābha) descend accueillir une âme (Raigō 来迎)

Un bodhisattva peut impressionner les êtres par des miracles : des combinaisons de phénomènes naturels et surnaturels pour annoncer un événement religieux important : tremblements de terre, lumières, parfums et sons, bonheur du corps et de l’esprit (p. 217).

Il peut passer par la raison, par la parole, en donnant l’exemple : expliquer les sūtra, prêcher la Loi, faire le culte des Bouddhas.

Il peut aussi soumettre les esprits mauvais, en s’incarnant parmi eux.
Je soumettrai tous les esprits mauvais. Je subjuguerai tous les hérétiques. Je ferai que ceux qui possèdent la sagesse obtiennent une large renommée. Je m'incarnerai alors dans les quatre classes de fidèles. Dans la montagne, dans les villages et dans tous les endroits à la fois, j'apparaîtrai pour leur servir de protecteur. Je prendrai tantôt l'aspect d'un très puissant roi des dieux, tantôt celui d'un moine. Ou encore, je serai un ermite ou bien je deviendrai roi, fonctionnaire ou ministre pour gouverner le pays et punir tous les hommes mauvais qui enfreignent les règles. S'il en est qui, durs comme le fer, ne changent pas d'esprit, je les enverrai dans l'enfer Avici ; par tous les moyens, je les forcerai à se convertir, à se tourner vers les prédicateurs de la Loi ; alors ils se prosterneront, imploreront leur pardon et deviendront leurs disciples pour les imiter. Je ferai que toutes leurs mauvaises actions soient transformées en actes heureux.

S'il n'en est pas ainsi, que je n'obtienne pas l'illumination
!” (Magnin, p. 226)
On est loin de l’invitation Ehi passiko (venez et voyez par vous-même) du Bouddha. En même temps, Huisi veut porter secours à tous ceux qui souffrent, y compris les prisonniers et même les condamnés à mort, coupables ou pas coupables, pourvu qu'ils se convertissent.

S’il est des êtres empêtrés de liens, se heurtant à un sort mauvais, en raison d'une faute ou en l'absence de toute faute, qu'au moment de subir la peine capitale, ils glorifient mon nom. Le sabre, les bâtons, la cangue et les fers tenus par les bourreaux éclateront tous en morceaux. Ils obtiendront aussitôt la délivrance. Ayant fait naître en eux un esprit de bodhi, ils demeureront fermes dans leur conversion.” (Magnin, p. 229)

“L’esprit de bodhi” semble être l’argument moral unique et ultime !
Conformément à ce voeu, voici le texte du sütra en or, le coffre précieux en béryl. Pour prêcher la Prajña, un baldaquin garni des sept joyaux, des clochettes et des filets d'or et d'argent, des socles et objets précieux ainsi que tous les objets de culte. S'il est des gens mauvais qui viennent dans l'intention de voler ou d'enlever ces objets précieux, que leur coeur méchant, à l'instant même, soit frappé de syncope; ou encore qu'ils perdent la raison, divaguent et d'eux-mêmes révèlent leur faute. Si une main touche à ces objets, elle sera aussitôt brisée. Ceux qui les regarderont d'un oeil malveillant, deviendront aveugles des deux yeux. S'il en est dit du mal, il adviendra aussitôt que les gens mauvais resteront muets ou perdront leur langue. S'il en est qui viennent avec l'intention secrète de fomenter des troubles ou de dresser toutes sortes d'obstacles, que leurs deux pieds soient brisés, ou même qu'ils soient paralysés. Ou encore que ces gens renaissent dans l'enfer Avici, poussent un cri terrible qui s'entende dans les quatre directions. Que tous les gens mauvais le constatent. Pour que la Loi demeure à jamais, que la vraie Loi soit protégée et que soient convertis tous les êtres, je fais un tel voeu. Pour moi, je n'ai pas un cœur double et pas de jalousie. Que les sages et les saints des dix directions me servent de témoins.” (Magnin, p.231)
Premier tribunal infernal sous la supervision du roi  Qin Guang (hell scroll)

Le bouddhisme de Huisi n’a rien perdu en force de dégoût et de renoncement au monde. Comme dans la parabole du Sūtra du Lotus (la maison en feu), la terre brûle, et il en va du salut spirituel de chacun. Que les puissants aident à dégoûter les êtres du monde, que les êtres aspirent à le quitter à l’aide de l’esprit du bodhi, des pouvoirs surnaturels, qu’ils montent à Tuṣita, qu’ils naissent dans une Terre pure, et une fois sauvés, qu’ils aident d’autres à sortir du monde. On prend tous ceux qui se convertissent, quels que soient les crimes qu’ils aient commis, et que ceux qui refusent de se convertir aillent en enfer, où les “fonctionnaires infernaux” les prendront en charge, et les aideront à se dégoûter jusqu’à ce qu’ils n’en peuvent plus, et saisissent la main tendue d’un bodhisattva compatissant

La parabole de la maison en feu (Sūtra du Lotus)

Ce sens d'urgence, le bouddhisme l'a perdu. Depuis, il s'est d'ailleurs bien accommodé de la "terre en feu", et même du feu sur la tête de tout un chacun (Le discours sur le feu, Ādittapariyāya Sutta), et s'y est installé pour durer. Le salut des êtres est devenu un projet à très long terme, il faut d'abord se soucier de la survie des structures bouddhistes, dont cela est la mission. 

Amida sauvant un moine récalcitrant. Le rayon de lumière est devenu une corde...
Caricature datant de la période Heian, carnet de Gensho (ca. 1146 - 1222)

***

* “The god offered the boy a choice. He could go the easy way: die here and be reborn in his next life. Or he could go the hard way: assent to having his bad karma sliced from his soul by force. Yuten didn’t even hesitate. He went the hard way.
Switching grip on his sword, Acala plunged the massive blade into the boy’s mouth, down, down through his throat and deep into his entrails. Yuten shuddered as his heart seized. Crimson sprayed from his lips as his veins emptied, and with it his accumulated karma. As Acala withdrew the sword inch by painful inch, the child’s dry vessels re-filled with fresh blood cleansed by the deity himself. As the receding tip cleared Yuten’s mouth, his heart shuddered back to life.
When the monks found the boy’s crumpled body laying in a pool of blood before the statue, they mistook him for dead. But Yuten recovered, with new life coursing through his veins — and keen insight through his mind. He was a new man. Literally.”
Extrait de : Yurei Attack!: The Japanese Ghost Survival Guide, Hiroko Yoda, Matt Alt


[1] signifievoeu.

[2][C]e voeu n’évoque ses faits et gestes que pour jalonner un cheminement spirituel qui fit scandale et suscita la colère de faux docteurs de la Loi” (Magnin, p. 25).

[3]Lorsque la vie des hommes aura une durée de 80.000 ans, le Seigneur Maitreya naîtra dans ce monde, saint et parfaitement illuminé” (Ekottarika-āgama, Taisho 125). “Son corps a la couleur de l’or, les trente-deux marques [du māhapuruṣa] et les quatre-vingts sous-marques (Sūtra on the Omniscient Luminous Sages Who Possess the Causes and Conditions of Compassion in Not Eating Meat, 切智光明仙人慈心因緣不食肉經 Taisho 183). Celui-ci enseignera le Prajñāpāramitā-sūtra.
Le bouddhisme a déjà fait la prédiction de tous les Bouddhas à venir pendant le "bon kalpa". Aucun Bouddha avec des caractéristiques symboliques féminins ne figure dans le lot. En revanche, selon ces mêmes prédictions, côté écologique, la Terre ne périrait pas d'aussitôt.     

[4] "Moi j'entre aujourd'hui dans la montagne, pour me livrer aux pratiques ascétiques, pour me repentir de graves manquements aux règles et des obstacles dressés contre la Voie. Je me repens de toutes les fautes de existences, présentes et passées. Pour protéger la Loi, je recherche une longue vie. Je ne désire pas renaître esprit céleste ou dans une autre destinée. Veuillent tous les saints m'assister et m'aider à obtenir une bonne plante agaric et du cinabre divin. Je pourrai alors guérir de toutes mes maladies et supprimer la faim et la soif, obtenir constamment de méditer en marchant et de pratiquer toutes les formes de méditation. Je souhaite obtenir au coeur de la montagne un endroit paisible et suffisamment d'élixir et de drogues pour pratiquer ce voeu. Recourant à la force du cinabre extérieur, je cultiverai le cinabre intérieur. Celui qui entend pacifier les êtres doit d'abord se pacifier lui-même ! Quand on est soi-même entravé, peut-on ôter les entraves des autres ? Non, c’est impossible !”

A la fin du même voeu, Huisi fait appel à la protection de tout un panthéon bouddhique qui ressemble beaucoup à ceux des divinités taoïstes. D’ailleurs, plusieurs biographies laissent entendre qu'il insistait sans cesse sur la nécessité de rechercher la Voie (Dao) du Buddha à l'intérieur de soi-même et non à l'extérieur.” Magnin, p.22

[5] Extrait de L’Activité sereine et plaisante.

lundi 28 mars 2022

Terres pures 2.0

Sukhāvatī 1.0, Palace Museum Beijing (detail)

La théorie mahāyāna de la Matrice du Bouddha enseigne que l’activité d’un Bouddha (“activité éveillée[1]) est sans effort.
[Les activités éveillées ne s’interrompent jamais]
Parce qu’elles ont lieu sans pensées comme celles-ci
La libération définitive, son point d’appui,
Son fruit, les êtres pris en charge,
Les voiles et la condition de leur élimination
. (IV, 5)

Les dix terres sont la voie de la libération définitive
Dont les deux accumulations forment la cause.
Le fruit alors atteint est l’Éveil suprême
Qui prend en charge l’Éveil au cœur des êtres
. (IV, 6)” Ratnagotravibhāga, IV.5-6
Le Corps symbolique d’un Bouddha comprend son univers symbolique, sa “Terre pure” (buddhakṣetra). Le Corps symbolique est le fruit de l’accumulation de mérite et de Gnose, ainsi que du Voeu (praṇidhāna) du bodhisattva. Tel Fils [de Bouddha], telle Terre, pourrions-nous dire. Le bodhisattva fait son Voeu en concevant son univers symbolique en toute liberté : “s’il n’en est pas ainsi, que je n’obtienne pas l’illumination”... Quand, à cause de son accumulation de mérite et de Gnose et par la force de son Voeu, il devient Bouddha, son univers symbolique se réalise spontanément, simultanément, et l’activité éveillée associée ne s’interrompt jamais.

Quand le Voeu du bodhisattva est authentique, reflète sa vérité propre, et ce qu’il est, il devient la force motrice de son éveil, et de ceux qu’il attire dans son sillage.
Bien plutôt, c’est pour l’homme, une vérité de vie, d’intégrité personnelle, c’est la vérité dans l’ensemble de sa conduite, une vérité qui consiste à prendre ses responsabilités et à agir en conséquence. Cette Vérité, base métaphysique de l’ordre universel, est pour chaque être humain, et aussi chaque divinité, la sanction et le fondement éthique de ses actes, la substance de ses obligations, son devoir dans le cosmos.[2]
S’il est authentique, le Voeu du bodhisattva peut faire couler le Gange à l’envers (Milindapañha IV, I, 42), à l’instar de l’acte de vérité qui sort de la bouche d’une prostituée[3]. Il est alors comme un pouvoir qui “transcende [l]es lois physiques et trouve sa sanction dans les lois meta- ou hyperphysiques[4].

L’univers symbolique (saṃbhogakāya) peut aller envers et contre tout, y compris contre le cosmos “bouddhiste”, ses lois et ses valeurs. Amitābha et les autres tathāgata, Amitāyus, Bhaiṣajyaguru, Mañjuśrī, Samantabhadra passent par-dessus les souffrances des six mondes[5], le karma et la réincarnation. Leur univers symbolique et leur Voeu est plus fort que cela. Huisi (515-577), le maître bouddhiste qui sen inspire, tente de faire la même chose, mais il vit dans un monde turbulent, dans une Chine bureaucratique confucianiste, qui ne sait pas trop quoi faire avec le bouddhisme (religion étrangère) et le taoïsme (religion autochtone). Par prudence peut-être, il préfère respecter la bureaucratie, la misogynie bouddhiste, les hiérarchies, etc., de son époque, et cela se ressent dans son Voeu, et donc dans son univers symbolique. Il y a même des contradictions dans son Voeu: il n’y aura pas de place pour les enfers dans son univers symbolique, mais en même temps il y menace "les méchants" d'un aller simple en enfer.

Il n’y a de femmes dans aucune Terre pure bouddhiste classique. Celles qui sont femmes dans leur existence actuelle, pourront accéder à l’univers symbolique d’un des Bouddhas, mais pas dans un corps de femme. Le “corps”, symbolique, dans ces univers symboliques est un “corps” d’homme, d’un "grand homme" (mahāpuruṣa), doté de vertus particulières au nombre de 32, qui sont celles du Corps symbolique du Bouddha, y compris “l’Organe mâle caché” (n° 10).

Il ne peut y avoir de corps de femme dans les Terres pures, au même titre que les corps des trois destinées malheureuses, car il n’y a pas la moindre trace de souffrance dans les Terres pures. Le corps de femme serait un corps humain imparfait. Les tibétains parlent d’une “naissance inférieure” : “skye dman”, ce qui reflète probablement l’idée de la femme comme étant encore indéterminée, etdéterminable, toujours très répandue. D’ailleurs, au fond, il n’y a pas non plus de corps d’homme ordinaire dans les Terres pures, mais uniquement des Corps symboliques.

Il y a un lien évident entre la société dans laquelle vivent les bodhisattvas et la Terre pure qu’ils conçoivent. Car ils la conçoivent selon ce qu’ils sont, selon leur propre vérité. En même temps, ils se permettent de dévier de cette réalité pour concevoir une réalité symbolique supérieure, ou qu’ils considèrent comme telle. Dans leur pratique de bodhisattva, ils essaient de concrétiser, dans leur existence terrestre, autant que possible, les éléments de la Terre pure. En fonction de leur propre vérité, il est normal que l’univers symbolique conçu par des bodhisattvas du premier millénaire, reflète des aspects et des valeurs de la société dans laquelle ils vivaient, y compris ses hiérarchies et bureaucraties (voir lesfonctionnaires infernaux"), la position de la femme, etc.

Il me semble donc que conformément à l’idée du Voeu (praṇidhāna) du bouddhisme mahāyāna, les bodhisattvas du XXIème siècle ont la possibilité de concevoir, selon leur propre vérité, l’univers symbolique (“Terre pure”) qui leur correspond, tout en l’ “optimalisant”. Ils pourraient introduire la parité homme-femme, etc. des Corps symboliques, booster l’égalité des corps symboliques, etc. Il n’y aurait, tout comme dans les Terres pures 1.0, pas les souffrances habituelles de la cosmologie bouddhiste, donc pas de rétribution, de punition, et autres méthodes de purification et de domptage. Et la pratique des bodhisattvas du XXIème siècle anticiperait évidemment ces univers symboliques des Bouddhas à venir. 


***

[1] Chapitre IV du Mahāyānottaratantraśāstra.

[2] Brown Norman. Le devoir, force de Vérité dans l'Inde ancienne. In: Annales. Economies, sociétés, civilisations. 28ᵉ année, N.4, 1973. pp. 895-920;

[3] Voir l’histoire de la prostituée Bindumatī, racontée dans le Milindapañha (Blog La vérité (plus forte que les moyens habiles), note 2.

[4] Norman Brown, Le devoir, force de Vérité.

[5]Si, quand j’atteindrai la bouddhéité, un enfer, un royaume d’esprits avides et un royaume d’animaux sont présents en ma terre, puissé-je ne pas réaliser l’éveil suprême.” Premier voeu dAmitābha En une seule phrase, le moine Dharmākara (le futur Amitābha), rend caduque “la doctrine bouddhiste” dans son activité éveillée.

samedi 26 mars 2022

Prière, souhaits, voeu ou engagement

Bhadracaryāpraṇidhāna (Bzang po spyod pa'i smon lam), Pelliot 7, BNF

Dans le bouddhisme tibétain, il y a des grandes cérémonies de rassemblement appelés “monlam” (tib. smon lam), où l’on récite ensemble des “prières à souhaits” (tib. smon lam), mais ce n’est pas une bonne traduction. A l’origine le mot “smon lam”, qui vient du terme sanskrit praṇidhāna, signifie un “vœu ou aspiration solennelle à atteindre un but”. Il ne s’agissait, à l’origine, pas d’adresser des prières à tous les bouddhas des trois temps et des dix directions pour que ceux-ci les exaucent. Il s’agissait plutôt d’un engagement de la part de l’adepte de faire en sorte que ces objectifs se réalisent. L’adepte fait le voeu, la promesse de les réaliser, le jour où il deviendra un Bouddha…

Il semble y avoir deux aspects différents. La première prise du “voeu” dit “de bodhisattva” consistait en quatre voeux que prenait le bouddhiste, qui aspirait à devenir un Bouddha. Ces quatre voeux pourraient même prédater le mahāyāna selon Jan Nattier[1], et n’avaient pas toujours la même formulation.
Ayant fait [moi-même] la traversée, je ferai traverser [les autres].
Libéré, je libererai [les autres]
Réconforté, je réconforterai [les autres]
Ayant atteint, le parinirvāṇa, je ferai en sorte que [les autres] l’atteindront
.[2]
Ces quatre voeux se retrouvent dans de nombreux sūtra du Mahāyāna, mais aussi dans certains textes plus anciens[3]. Le “voeu” de bodhisattva est un “voeu” à long terme, qui dépasse le cadre d’une seule existence humaine. Au lieu d’être dupe et victime du “Cycle des existences” et de la “transmigration”, le bodhisattva s’engage à “revenir” pour mener à bien son projet. Cela peut avoir comme effet pervers que le bodhisattva croit qu’il est immortel, ou que son âme est immortelle, et que c’est lui qui deviendra un jour un Bouddha. Il ne cherche donc plus à sortir définitivement du Cycle des existences. Cette utopie crée beaucoup d’espace et élargit son horizon. Il raisonne désormais en termes d’océans. Un océan de temps, un océan de mondes, de mérite, de sagesse, de métamorphoses, etc.

Des célèbres bodhisatva “mahāsattva” intrépides ont fait des voeux démesurés, et se sont placés la barre très haut. Moi Bouddha, je ferai ceci, je ferai cela. Ce qui est impossible aux êtres ordinaires ne l’est pas pour un Bouddha. Un bodhisattva “mahāsattva” se met une pression terrible, car il a la foi, il a la foi en le Bouddha, sa doctrine, son parcours et en ses propres capacités pour devenir un Bouddha, et à partir de la de réaliser tous ses voeux, car rien n’est impossible pour un Bouddha.

Les mauvais esprits, dont je suis très régulièrement, pourraient même percevoir une certaine rivalité entre bodhisattva, ou du moins une envie de toujours faire plus fort (je m'expliquerai davantage dans un autre blog), de battre des records, mais pas seulement. D’une part avec la coproduction conditionnée, où tout est produit de causes et de conditions, rien n’est impossible, à condition que les bonnes causes soient présentes, et celles-ci commencent par la volonté. Plus cela paraît impossible, et plus le voeu doit être fort. Puis, dans les voeux, les bodhisattva peuvent donner voix à leur propres voeux et intérêts spécifiques, parfois même artisanaux, et attirer l’attention d’êtres ayant les mêmes goûts et aspirations qu’eux. Quand ils seront des Bouddha, ils auront leur propre Terre pure avec ses caractéristiques propres, et leur propre entourage, qui partage les mêmes visions des choses.

Mañjuśrī, au fond un Ādi-Buddha incognito, est libre comme le mercure, et est partout à la fois. Mais, selon la tradition ésotérique, certains bodhisattvas sont devenus (ou étaient depuis toujours) des Bouddha et ont développé leur propre Terre pure, un des plus connus étant Amitābha et son Sukhāvatī à l’Ouest. En plus des cinq tathāgata, il y a des Bouddhas spécialisés avec leur Terres pures respectives, comme le Bouddha-médecin Bhaiṣajyaguru (Gandhāra) avec sa Terre pure “Lapis Lazuli/Béryle” (Vaiḍūryanirbhāsa) à l’Est, ou Amitāyus (apocryphe chinois) protecteur de la la longévité, Tejaprabha et sa Terre pure, initialement à l’Ouest faisant face à la Terre pure de Bhaiṣajyaguru, etc.

Tous ces Bouddha ont pu concevoir et développer, “arranger” (skt. vyuha tib. bkod pa), leurs Terres pures respectives grâce à leurs “voeux” (praṇidhāna), leur engagement. Une fois Bouddha, tous les voeux se “réalisent” spontanément. C’est-à-dire que chaque individu, se rappelant et se commémorant Leurs voeux, et qui fait appel à ces Bouddhas, entre aussitôt dans leur dynamique, y souscrit et les fait sien. “Arranger” n’est pas construire, édifier, etc. Les voeux sont peut-être la consistance même de leur bouddhéité, de leur Terre pure, et de leur dynamique. Cela reste un “moyen habile” (upāya).
L'Amitāyurdhyāna Sūtra expose l'origine de la doctrine de la Terre pure enseignée par le Buddha Sākya muni. Le texte raconte qu'Ajātaśatru renversa de son trône le roi son père, Bimbisāra, et le jeta en prison. Il enferma sa mère, la reine Vaidehī, dans une chambre. Dans sa réclusion, la reine pria le Buddha de lui indiquer le lieu où ne se produisent pas de telles avanies. Le Buddha Śākyamuni lui apparut et lui fit entrevoir toutes les terres de buddha où trouver une telle paix. La reine Vaidehi choisit celle du Buddha Amitābha qui lui paraissait la meilleure de toutes. Śākyamuni lui enseigna alors selon sa propre voie la méditation qui conduit à l'entrée dans une telle terre ; en même temps, elle fut instruite par le Buddha Amitābha. Cela signifie donc que l'enseignement d'Amitābha ne diffère de celui de Śākyamuni que par la méthode. Le buddha Amitābha est une forme idéalisée du Buddha historique Śākyamuni : c'est en quelque sorte un aspect du dharmakāya, le Corps de la Loi.” (Paul Magnin, Bouddhisme unité et diversité, Cerf, p. 461)
Regardons maintenant de plus près les “voeux” (praṇidhāna) “de bodhisattva” de ces divers tathāgata. Dans la version longue du Sukhāvatīvyūha Sūtra, le Bouddha explique à Ānanda qu’Amitābha fut auparavant le moine Dharmākara, dont les quarante-huit voeux l’avaient transformés en Amitābha avec sa Terre pure associée, car il était en effet devenu un Bouddha. La preuve de sa bouddhéité étant qu’Amitābha et sa Terre pure “existent”... Oui, c’est un syllogisme.

Chaque voeu commence par “Si, quand j’atteindrai la bouddhéité”, suivi du voeu exprimé à la négative, par exemple “un enfer, un royaume d’esprits avides et un royaume d’animaux sont présents en ma terre”, qui se termine par “puissé-je ne pas réaliser l’éveil suprême”. Autrement dit, si dans la Terre pure associée au Bouddha qu’il sera il y aurait toujours des enfers, etc., il ne veut pas devenir Bouddha. C’est seulement à condition que sa Terre pure soit parfaitement conforme à ses voeux, qu’il acceptera sa future carrière de Bouddha.

Ces séries de voeux révèlent donc la motivation des bouddhistes d’antan (au moment de la rédaction du sūtra associé spécifique) pour devenir des Bouddhas, et l’utopie qui était la leur. En théorie, cette utopie est une Terre remplie de Bouddhas ou de bodhisattvas de haut niveau, mais avec néanmoins tous les éléments de confort (Cocagne) dont rêvent les humains, et certains de leurs préjugés, notamment la misogynie, qui reflète celle des sociétés dans lesquelles ils vivaient. Ainsi le voeu n° 35.
Si, quand j’atteindrai la bouddhéité, les femmes des incommensurables et inconcevables terres de Bouddha des dix directions, qui ont entendu mon nom, se réjouissent avec foi, génèrent l’aspiration à l’éveil et souhaitent renoncer à leur féminité ; renaissent après la mort en tant que femmes, puissé-je ne pas réaliser l’éveil suprême.”
Bhaiṣajyaguru n’a que douze voeux, mais son huitième voeu, aura pour effet de faire disparaître les femmes de la surface de sa terre pure, ou plutôt qu’aucune présence féminine ne perturbera la pureté de sa terre.

Il en va encore de même pour les dix voeux de Mañjuśrī. Même le nom “femme” ne sera jamais entendu dans sa Terre pure à lui (voeu n° 5[4]).

Les (dix) voeux du bodhisattva Samantabhadra (dans le Āvataṃsaka-sūtra) sont un cas différent. L’exercice du “voeu” change ici d’optique. Samantabhadra se comporte davantage comme un bodhisattva disciple, il semble lui manquer la conviction de ses prédécesseurs, développeurs de Terres pures. Ses voeux, davantage suivistes, s’inscrivent plutôt dans le culte des Bouddhas, il fait du bouddhisme… Ses voeux ont inspiré la fameuse “prière à sept branches” (tib. yan lag bdun pa skt. saptāṅga), qui constitue le socle des cultes dans le mahāyāna et le bouddhisme ésotérique. Les voeux de Samantabhadra permettent de devenir le premier disciple d’un Bouddha, et le chef du culte de ce Bouddha.

La carrière du bodhisattva Samantabhadra avait commencé par son apparence dans le Sūtra du Lotus (Chapitre XXVIII), où il propose au Bouddha de le servir dans la propagation de ce sūtra. Le Bouddha fait son éloge et recommande à tous de faire la pratique de Samantabhadra. Dans ce qui est sans doute un spin-off du Sūtra du Lotus (guān pǔxián púsà xíngfǎ jīng, dont il n’existe plus/pas d’original en sanskrit) la pratique de “Vertu universelle” (la traduction de son nom en chinois) est expliquée de façon extensive.

Le dernier chapitre (Gaṇḍavyūha-sūtra) de l’Āvataṃsaka-sūtra raconte l’apogée de Samantabhadra, qui sera le dernier maître de Sudhana, après Mañjuśrī... La célèbre version longue des voeux dits “de Samantabhadra[5], qui est très souvent récitée, est une élaboration des dix voeux de Samantabhadra, et Samantabhadra y est déjà lui-même devenu un objet de culte, du moins pour Sudhana. Le Bhadracarīpraṇidhāna parle de lui à la troisième personne (voir ci-dessous). Pour être exact, le nom en sanskrit le plus commun de ces voeux c’est Ārya-bhadracaryā-praṇidhāna-rāja[6]. On les trouve dans le dernier chapitre (Gaṇḍavyūha-sūtra) de l’Āvataṃsaka-sūtra. Ce “Roi des Voeux” (praṇidhāna-rāja) fait référence à Samantabhadra, dont le nom tibétain est “Kun tu bzang po” (“kun bzang” en abrégé), mais ce ne sont pas les (10) “voeux” de Samantabhadra, dans le sens exposé ci-dessus, mais les Voeux de l'Excellente conduite/”Vertu universelle” (bhadracaryā) destinés à Sudhana (et tous les autres aspirant-Bouddhas), que celui-ci aurait reçus de Samantabhadra. Quand ces voeux font référence à eux-mêmes à l’intérieur du texte même, c’est cependant au Bhadracarīpraṇidhāna qu’ils réfèrent[7].
“42. Each Tathagata has an elder disciple whose name is Samantabhadra, Honoured One. I now transfer all good roots towards the attainment of wisdom and behavior, and i vow to perform deeds of wisdom identical to His.

43. I vow that my body, mouth and mind will be forever pure and that all practices and lands will also be. I vow in every way to be identical to the wisdom of Samantabhadra.

44. I will wholly purify Samantabhadra's conduct, and the great vows of Manjusri as well. All their deeds I will fulfill, leaving nothing undone. Till the end of the future I will continue without weariness.[8]” (traduction du chinois, T 293)
En français (dans un ordre différent[9])
Afin de me conduire à l'égal du Sage
Appelé Samantabhadra,
Chef parmi les fils des victorieux,
Je dédie toutes ces vertus

Ils trouveront (toutes les conditions propices), éprouveront le bonheur
Et même cette vie leur sera favorable.
L'égal de Samantabhadra,
Ils le deviendront sans attendre longtemps.

J'apprends à suivre les [exemples] de tous,
Comme celui du héros Manjoushri, omniscient,
Et celui de Samanthabadra,
Et dédie parfaitement toutes ces vertus
(Extrait du Livre de prières de la FPMT, volume 1.)
Celui qui, à la suite de Sudhana, prononce et récite ces voeux sengage à suivre lexemple de Samantabhadra et de Mañjuśrī, etc. Ce sont en fait les voeux de Sudhana du Gaṇḍavyūha-sūtra, le parfait disciple (tib. rjes 'dren).

La grande différence entre le premier type de “voeux” (praṇidhāna) des grands bodhisattva/tathāgata et les voeux de vertu universelle du Gaṇḍavyūha-sūtra, du point de celui qui fait le “voeu”, c’est l'uniformisation de l’exercice avec l’absence d’initiative personnelle dans le choix des voeux et de la Terre pure. J’explorerai davantage ce point dans le cas du “Voeu” de Huisi (515-577).

***

[1] Nattier, Jan (January 2003). A Few Good Men: The Bodhisattva Path According to the Inquiry of Ugra (Ugraparipṛcchā): a Study and Translation. pp. 147-151. University of Hawaii Press. ISBN 978-0-8248-2607-9

[2] “Having crossed over [myself], I will rescue [others].
Liberated, I will liberate [others].
Comforted, I will comfort [others].
Having attained paranirvana, I will cause [others] to attain paranirvana”.

Apparemment (selon Robert F. Rhodes, 1984), la version du Sūtra du Lotus que cite Zhiyi (disciple de Huisi).

[3]Nattier further notes that "it is quite possible to identify clear antecedents of these vows in pre-Mahayana literature" and thus it is likely that these fourfold vows evolved from earlier passages (found in the Digha Nikaya and the Majjhima Nikaya as well as the Chinese Agamas) that describe the activity of the Buddha. One such passage states:
Awakened, the Blessed One teaches the Dhamma for the sake of awakening.
Disciplined, the Blessed One teaches the Dhamma for the sake of disciplining.
Calmed, the Blessed One teaches the Dhamma for the sake of calming.
Having crossed over, the Blessed One teaches the Dhamma for the sake of crossing over
.”

[4] “5. There would be not even women's names in my Pureland, only Bodhisattvas who would have abandoned the dirt of sorrows and accumulated the pure conducts. At the moment of their birth they would wear the monk's robe, sit crosslegged and appear suddenly. My Pureland would be filled completely with such Bodhisattvas, and there would be not even the names of Sravakas or Pratyekabuddhas except those Sravakas or Pratyekabuddhas who are the transformations of the Tathagata to go into the ten directions to preach the Dharma of Three-yanas to sentient beings.” Tibetan Buddhist Encyclopedia.

[5] Samantabhadra-caryāpraṇidhāna, ou La Prière royale de Samantabhadra pour les conduites bénéfiques

[6] Ou Bhadracarīpraṇidhānastotram.

[7]The title is variously given as Bhadra-caryā-praṇidhāna and Samantabhadra-caryāpraṇidhāna elsewhere, but as there are numerous references in the verses themselves to the title Bhadra-cari-praṇidhāna, that is what I [Ānandajoti Bhikkhu] have chosen to use here. The good life refers not to a comfortable life, as in common English usage, but to a life spent for the benefit of others, as in Buddhist usage.” Bhadra-cari-pranidhanam - The Aspiration for the Good Life

[8] Extracted from booklet [The Vows of Bodhisattvas Samantabhadra sutra]. Translated by Upasika Chihmann. (Miss P. C. Lee), from the Chinese version (Taisho 293).
The original text of the supplement was presented to the Emperor Teh-Tsung of the T'ang Dynasty, by the King of Odra in Southern India. The Emperor The-Tsung directed an Indian samana named Prajna, to translate it from the Sanskrit into Chinese. The work of translation was begun in the 12th year of the Era "Chen-Yuan" in the reign of the said Emperor (796 C.E.)

There was an Indian version longer than the one that was translated into Tibetan, though no Sanskrit manuscript of this version has survived. It is known only from the version sent to China by the king of Orissa, who gave a copy to the Chinese emperor in 795. This version was translated by the Kashmiri monk Prajñā in 798” “This was the first among the Chinese translations to include “The Prayer for Completely Good Conduct.”. 84.000

Le sanskrit correspond aux trois versets :
“Jyeṣṭhaku yaḥ sutu sarva-Jinānāṁ, yasya ca nāma Samantatabhadraḥ:
tasya vidusya sabhāga-carīye nāmayamī kuśalaṁ imu sarvam. [42]

Kāyatu vāca manasya viśuddhiś-carya-viśuddhy-athă kṣetra-viśuddhiḥ,
nāmana bhadra-vidusya bhotu samaṁ mama tena. [43]

Bhadra-carīya samanta-śubhāye Mañjuśirī-praṇidhāna25 careyam,
sarvi anāgata kalpam-akhinnaḥ pūrayi tāṁ kriya sarvi aśeṣām. [44]”

La traduction correspondante d’Ānandajoti Bhikkhu :

The eldest son of all the Victors, who is known as Samantabhadra: may I offer all of this wholesomeness to this wise one.
Purified through body, speech and mind, then having pure conduct, a pure field (of action), may I be similar to the wise one, who is known as good.
May I live the aspiration of Mañjuśrī, in a good life, beautiful all-round, and through all future aeons, unbroken, may I fulfil all (good) deeds without remainder
.”

[9] Sur la traduction tibétaine de l’Āvataṃsaka-sūtra et du Gaṇḍavyūha-sūtra, une première version ancienne aurait été faite par Yeshé Dé, Jinamitra, et Surendrabodhi sous le règne du roi Senalek (r. ca. 800/804–15) ou du roi Ralpachen (r. 815–36). Par la suite il y eut une révision au IXème siècle par le traducteur Vairocanarakṣita (rnam par snang mdzad srung ba) et avec l’aide de Surendrabodhi, mais dans ce cas il ne peut pas s’agir de Vairocanarakṣita/Vairocanavajra (rnam par snang mdzad rdo rje) qui était actif au XIème siècle. Voir aussi 84.000 notes i.32 et i.33.