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jeudi 8 juin 2023

Bouddhisme : la fin des dérives ? (LCP)

Bouddhisme : la fin des dérives ? | Les débats de Débatdoc

Un peu de fact-checking et quelques réflexions suite au documentaire “Bouddhisme, la loi du silence” et le débat[1] qui le suivait sur la chaine LCP le 06/06/2023, sous le titre “Bouddhisme : la fin des dérives ?

Les révélations des cas d’abus de pouvoir, de violences sexuelles, d’emprise, de déni de responsabilité (“DARVO[2]”), d'ostracisme et de silence, etc., dans le cadre du bouddhisme tibétain, ont quasi uniquement eu lieu en Occident, comme si ce problème n’existait pas dans les communautés bouddhistes tibétaines en Asie. Les clercs bouddhistes tibétains, dans un déni de responsabilité, présentent ces problèmes alors souvent  comme une mauvaise perception, compréhension ou pratique de la part des convertis Occidentaux, sans lesquels ces problèmes n'auraient pas pu se produire et reproduire sans cesse.

Faut-il rappeler que les abus de l'Église catholique en Occident sont “relativement récents” (deuxième moitié du 20ème siècle) ? N'y avait-il pas d'abus avant cette période ? Ce n’est évidemment pas le cas, seulement, les croyants catholiques vivaient encore sous l’emprise de leur Église, confiant leurs enfants à des internats catholiques, tout comme les parents bouddhistes confiaient leurs enfants à des monastères ou des écoles monastiques. Les quelques cas d'abus émergeant à la surface étaient étouffés. Depuis, les catholiques sont sortis de l’emprise et les procès faits à l'Église sont désormais courants. Le sujet est librement débattu dans les médias, et des mesures préventives sont prises de façon pragmatique.

Quand, dans les années 1970, une nouvelle possibilité d'emprise s’installe dans une nouvelle religion importée sur le sol français, le poids (et donc l'emprise) de cette nouvelle tradition est moins grand, et les cas d’abus sont révélés relativement plus facilement, ce qui n’empêche pas le déni, le silence, et la pression sur les co-croyants de fonctionner dans les nouvelles communautés bouddhistes tibétaines. Sortir d’une emprise en quittant le catholicisme, pour retrouver une autre emprise, plus exotique et souriant à prime abord...

Face aux abus dans le bouddhisme tibétain, les Occidentaux pouvaient initialement avoir le même réflexe que leurs parents face à l'église catholique, son pape et son Vatican, en se retournant contre les clercs bouddhistes abuseurs et leurs hiérarques, qui déclinèrent aussitôt toute responsabilité. L'hiérarchie fonctionne parfaitement dans le sens des offrandes, mais personne ne s’y sent responsable en cas de pépin. Il y a de très nombreux hiérarques tibétains (tulkus), aucun d’eux n’accepterait cependant une quelconque forme de responsabilité pour les abus. “Ne mettez pas toute la responsabilité sur mes épaules” (le Dalai-Lama aux victimes à Rotterdam en 2018), signifie au fond “je ne suis pas responsable, allez voir ailleurs”.

Le bouddhisme tibétain a différentes écoles, chacune ayant à leur tête un chef. A l’exception de l’école Nyingmapa, dont aucun hiérarque ne souhaite accepter la direction depuis le décès du dernier chef en 2016. Certains considèrent l’absence de chef et de responsabilité hiérarchique poétiquement comme un sens de “liberté”, les nyingmapas seraient l’école la plus libre et horizontale du bouddhisme tibétain…

Le système DARVO du bouddhisme tibétain en Occident se reflète aussi dans le choix de certains éléments de langage de sa “clause de non-responsabilité” et qui reviennent sans cesse dans la bouche de certains de ses représentants ou experts. L’entière responsabilité est alors rejetée sur les victimes/survivants. Quelques exemples : “Le Dalai-Lama n’est pas un pape”, “les Occidentaux comprennent mal le bouddhisme”, et “Il faut bien examiner un maître au préalable”. 

La particularité du vajrayāna, qui est le véhicule phare du bouddhisme tibétain est la relation maître-disciple, indispensable pour la transmission de la grâce et des pouvoirs spirituels (siddhi), nécessaires pour devenir à terme un Bouddha pleinement accompli et actif. Sans cette grâce et sans les pouvoirs spirituels, une réalisation “bouddhiste” est incomplète. Seul le bouddhisme ésotérique vajrayāna donnerait accès à cette réalisation, dans le cadre d’une transmission où le maître serait indispensable. Le maître serait donc le garant de votre salut et future bouddhéité, et indirectement de celui de tous les êtres.

Le bouddhisme des auditeurs a bien des arhats, des anciens, des instructeurs, mais pas de Bouddhas parfaitement accomplis. Le bouddhisme mahāyāna a bien des maîtres/amis spirituels, qui peuvent même donner des transmissions (comme dans le ch’an/zen), mais celles-ci ne donnent pas accès à la grâce et aux bénédictions que seul le vajrayāna pourrait offrir, et qui seraient indispensables pour atteindre la bouddhéité ultime.

Quelle chance pour les adeptes occidentaux d’avoir eu, sur leur sol, immédiatement accès à ce bouddhisme-là, qui est en fait trois bouddhismes en un : le bouddhisme des auditeurs (“petit véhicule”), le bouddhisme mahāyāna (“grand véhicule”) et le bouddhisme ésotérique, la voie la plus rapide et complète. La voie la plus rapide, mais aussi la plus “vertigineuse”, qui permet de monter très haut, mais aussi de tomber très bas (6:44), tel Icare et ses deux ailes en cire.

Pour les experts sur le plateau, ce discours triomphaliste semble aller de soi. Nous savons par expérience que dans le vajrayāna, on peut tomber très bas, mais qu’en est-il des revendications concernant la réalisation la plus haute (grâce et pouvoirs spirituels) ? Qui en a fait l’expérience, et peut témoigner de cette réalisation par une expérience directe. Qu’un maître “réalisé” serait en effet au-dessus de “l’illusion”. Qu’il pourrait nous guider pour passer nous aussi au-dessus de “l’illusion”. En brisant notre “ego” et “nos concepts” (fondements de “l’illusion”) grâce à sa “folle sagesse” ? Car, en nous “abandonnant” totalement à un maître, et en s’engageant sur cette “voie vertigineuse” de la transformation, d'où l’on pourrait tomber très bas, il faudrait avoir des garanties en contrepartie. Qui pourrait les donner ? Qui les donne effectivement ? Quel expert les aurait vérifiées ? Ou tout cela serait il purement performatif ?

Les experts sur le plateau ne semblent pas trop s’intéresser à ce point, et préfèrent passer directement aux manquements et aux responsabilités des adeptes occidentaux. Notamment la nécessité d’examiner pendant longtemps un maître avant de s’engager auprès de lui. Il y aurait "énormément de textes" qui en parlent, mais ils seraient "quasiment passés sous silence par les disciples occidentaux" (8:07). Si ceux-ci ne font pas d'examen approfondi, ou s’ils choisissent mal, et que cela se passe mal pour eux, c’est donc un peu de leur faute, ou peut-être n’étaient-ils pas des “disciples authentiques” (8:38). Si les victimes sont des enfants, ce sont sans doute les parents qui auraient mal fait leur boulot ? Des parents ayant confié leurs enfants à un lama "pas authentique" (9:33), même si celui-ci dispose de lettres de crédit des plus grands lamas, y compris le Dalai-Lama pour certifier qu'il est authentique. Ce n'est finalement pas très différent des parents catholiques qui, au siècle dernier, confiaient leurs enfants à des religieux et à des institutions religieuses ? Ou des parents bouddhistes asiatiques, qui confient leurs enfants à des monastères ? Quand ces enfants sont abusés, c’est la faute aux parents d’avoir mal choisi le ou les religieux ? Qui est responsable, ou co-responsable si l’on veut ?

On peut donc parler de "système" quand il y a des affaires à répétition et quand les institutions concernées gardent le silence (13:40). Cela vaut d'ailleurs pour les enfants comme pour les adultes. Le silence et le déni font en sorte que ce système soit “verrouillé”. Ce verrouillage est-il intentionnel ? Comment le silence et déni sont-ils maintenus ?

Selon Raphaël Liogier (12:45), dans le véhicule tantrique “tout est illusion”, et cela est vrai pour le bouddhisme en général ajoute-t-il, le premier vers du Dhammapada, ne dit-il pas que “tout est mental” ?

En fait non, dans le bouddhisme, on trouve souvent l’expression que les dharma (objets mentaux) sont “semblables à une illusion” (māyopama), puisqu’ils apparaissent et disparaissent aussitôt. C’est leur nature éphémère qui fait qu’ils sont “comme une illusion”, ils ne durent qu’un moment.
1. Le mental est l'avant coureur des conditions, le mental en est le chef, et les conditions sont façonnées par le mental. Si avec un mental impur, quelqu'un parle ou agit, alors la douleur le suit comme la roue suit le sabot du bœuf. ” Les dits du Bouddha” (Albin Michel, 1993)
Le premier vers du Dhammapada ne dit pas en gros “tout est mental”, mais que le mental (mano) est l’avant-coureur des conditions, et déterminant pour les paroles et les actes qui suivent. Celui qui contrôle son mental, contrôle ses paroles et ses actes (et leurs fruits), qui ne sont pas des illusions.

Tout est mental” et “tout est illusion” ne correspondent pas à la pensée du Bouddha. Le “mental” collectif ou partagé, ce sont les conventions. Les conventions, les lois, les règles morales, etc., ne sont pas des illusions. Que les dharma apparaissent de causes et de conditions n’implique pas qu’elles soient des illusions. Celui qui prendrait les conventions pour de simples illusions serait quelqu’un qui est perdu, incapable d’agir de façon efficace. Celui qui croit qu’étant “éveillé”, il est au-dessus des conventions est perdu, et d’un point de vue bouddhiste causerait sa propre perte et celle de ceux qui le suivent.

Si c’est cela que croient les “groupes tantriques”, ils ont en effet perdu toute boussole. S’ils croient que leur maître serait en effet au-dessus des conventions, qui ne seraient que des illusions, et qu’ils devraient sabandonner à lui et à ses caprices, corps-parole-et-esprit, tout en sabstenant de juger, pour le rejoindre au-dessus de la mêlée saṃsārique, malheur aux “groupes tantriques”, et bonjour les dérives...

Ce lamaïsme-là, est-ce une invention nouvelle de Trungpa (années 1970), une mouture spécialement destinée aux adeptes occidentaux ? Pas vraiment, Trungpa n’était pas le premier maître tantrique autocrate, alcoolique, libertaire et transgressant les conventions. Le mot “folle sagesse”, probablement oui, et la forme occidentalisée de son système, aussi, mais le comportement transgressif des théocrates était bien connu au Tibet, et en Mongolie et ailleurs. D’autres (p.e. Sogyal Lakar) ont d’ailleurs repris sa méthode, et de nombreux lamas tibétains contemporains sont ouvertement admirateurs de Trungpa, et le voient comme un pionnier pour enseigner le bouddhisme tibétain en Occident.
Raphaël Liogier : “[17:53] L'autre élément c'est que le bouddhisme est une religiosité, qui a été en partie reconstituée à travers les valeurs occidentales. Autrement dit, il est presque par nature depuis les années 1980, immunisé contre la critique, et tout en étant extrêmement désirable parce qu'il correspond aux logiques de développement personnel, etc. Autrement dit, il y a un plus grand nombre de victimes potentielles, donc c'est plus facile pour les gourous potentiels qui sont humains, comme tout le monde, et qui vont glisser parce qu'ils ont la facilité du point de vue de l'évolution de notre culture et la facilité du point de vue de la doctrine.”
Cela est juste, mais le “glissement entre points de vue” est une spécialité bouddhiste depuis le mahāyāna. Le Dalaï-lama le pratique d'ailleurs aussi à merveille. J’ai déjà écrit dans mes blogs que pour défendre “le bouddhisme” (le bouddhisme tibétain), des clercs tels que Dzongsar Khyentsé peuvent selon le besoin glisser d’un point de vue vajrayāna, vers un point de vue bouddhisme des auditeurs (souvent le Kalama sutta…), ou sinon vers la vacuité du madhyamaka.

Les nouveaux convertis occidentaux tout frais qui abordent le bouddhisme tibétain, et qui souhaitent avoir accès à des pratiques tantriques, sont demandés de commencer par les pratiques dites préliminaires, dont la dernière est le “guru-yoga”. Le commentaire (“Le Flambeau de la certitude”) expliquant ces pratiques existe en version française depuis les années 1980. On peut y lire :
Une fois que l’on a écouté ne serait-ce que de brefs propos,
Si l’on manque de respect pour son Lama,
On renaîtra en tant que chien cent fois
Et ensuite comme boucher.
Mais on y lit aussitôt après, qu’il est inutile d’examiner au préalable son maître, à l’époque de son auteur (19ème siècle), et au Tibet.
En ces temps, il est impossible de trouver un Lama qui se soit débarrassé de tous les défauts et qui ait porté à la perfection les grandes qualités. Même s’il était possible de trouver un tel Lama, sans la vision pure nous prendrions ses grandes qualités pour des défauts, tout comme Devadatta voyait des défauts dans le Bhagavan.”
Heureusement, la lignée Kagyupa est si excellente, qu’on peut faire confiance à tout lama ayant reçu cette transmission.
Si [un disciple] considère comme son propre Lama-racine quiconque a reçu la grâce de la lignée comme de père en fils, il trouvera ceci satisfaisant. Il n’aura aucun besoin d’examiner les qualités de son Lama.
Un tel examen n’est pas nécessaire même en ce qui concerne les autres Kagyupas. Tous les Lamas d’autrefois - les grands qui reçurent la transmission - ont transféré leur réalisation, leur conscience ultime à leurs disciples. Ainsi, tous ces Lamas ont la faculté de bénir les autres
.”
Bref, on peut faire confiance à tout lama de la lignée (Kagyupa), sans examen préalable, mais une fois la relation maître-disciple établie, il vaut mieux arrêter d'examiner et ne plus le juger. En fait, les lamas n'étant plus à la hauteur "en ces temps" qui sont aussi les nôtres, c'est aux disciples de mettre les bouchées doubles et d'assumer la responsabilité, toute la responsabilité. 
De même, notre propre attitude mentale nous amène à voir des fautes en notre Lama. Comment un Bouddha peut-il avoir des défauts ? Quoi qu’il fasse, laissez-le faire. Même si vous voyez votre Lama avoir des relations sexuelles, raconter des mensonges, etc. méditez calmement ainsi: "Tels sont les moyens habiles insurpassables de mon Lama pour former les disciples. Par ces méthodes il a amené beaucoup d’êtres sensibles à la maturité spirituelle et à la Libération. Ceci est cent fois, mille fois plus merveilleux que de préserver une conduite morale pure. Ceci n’est pas une duperie ni de l’hypocrisie mais le mode de conduite le plus élevé. En particulier, quand il nous réprimande, pensons : « Il détruit mes mauvaises actions. » Quand il nous frappe, pensons : « Il chasse les démons qui entravent mon progrès spirituel. » Considérons principalement que notre Lama nous aime comme un père aime son fils, Son amitié est toujours sincère. Il est très bon. S’il parait mécontent ou indiffèrent envers nous, pensons que c’est la rétribution qui ôtera le reste de nos voiles karmiques. Essayons de faire plaisir au Lama en le servant de toutes les façons possibles.
En deux mots, ne voyons aucune faute en notre Lama
.”
Voilà ce qu’ont lu et entendu de nombreuses personnes en France dès les années 1980, qui ont ensuite fait confiance à leur lama de bonne lignée.

L’enquête ayant servi au documentaire et le livre “Bouddhisme, la loi du silence” portait sur 32 victimes. Ce ne sont pas des “cas anciens”, “qui n’ont pas eu l’écho qu’ils nécessitaient” avant le documentaire. Pour quelles raisons d'ailleurs ? Ce serait intéressant à savoir. Ce n’est pas comme si ce dossier est maintenant clos, qu'il faut tourner la page, l'époque de “la loi du silence” étant enfin terminée, les faits ayant été rendu publics. Les bouddhistes occidentaux discutent-ils désormais réellement ouvertement sur ces choses, et sur la manière de les prévenir, maintenant que “le bouddhisme nest plus immunisée contre la critique” (le fameux exceptionnalisme bouddhiste). C’est vrai que la fin de l'exceptionnalisme bouddhiste avait commencé avec la démission et la fuite de Sogyal Lakar en 2017, et le documentaire était très attendu, mais nous n’en sommes toujours qu’au début.

Un article paru dans Le Parisien le 7 juin 2023 nous apprenait hier :
Un moine lama [de la lignée Kagyupa] sera prochainement jugé aux assises du Puy-de-Dôme, à Riom, accusé de viol par deux anciennes disciples lors de retraites dans un centre bouddhiste en France. La fin de la loi du silence, et le début d’un changement pour ce culte.”
J’en profite encore pour corriger une autre erreur faite pendant l’émission, ainsi que dans un Tweet de LCP :
En 2017, le Dalaï-lama, chef spirituel du Tibet, prononçait la disgrâce de Sogyal Rinpoché. Ce lama bouddhiste était accusé depuis des décennies de frapper et d’abuser sexuellement ses disciples.”
Le DL n'avait pas "prononcé la disgrâce" de Sogyal. Il avait dit “Now recently Sogyal Rinpoche, my very good friend, he [is] disgraced. So, some of his own students now made their criticism public.La "disgrâce" de Sogyal consiste en la dénonciation publique par un groupe de disciples du premier cercle. Le Dalai-lama avait expliqué (en 1990) que ce sont les disciples qui font (et donc défont) un gourou[3].

En revanche, et ce sera ma dernière réflexion, ce que propose la commission éthique de l'UBF (Antony Boussemart) sur une proscription des relations entre enseignants et disciples irait dans le bon sens. Cette proscription avait déjà été abordée pendant la réunion à Dharamsala en 1993 entre le Dalai-Lama et un groupe d'enseignants bouddhistes, mais elle n'avait pas été retenue à l'époque.

Aux Pays-Bas la loi (art. 249b) a sanctuarisé tous les rapports thérapeutiques dans le sens le plus large. Un exemple, il existe un point-contact aux Pays-Bas pour signaler "les comportements transgressifs et les abus sexuels dans le tantra et le coaching d'intimité". Il y a eu notamment une condamnation à 30 mois de prison dont 10 avec sursis pour un masseur tantrique en 2021.

***

[1]Axé sur la méditation et la recherche de la paix intérieure, aux yeux des occidentaux, le Bouddhisme tibétain apparaît souvent comme une religion au-dessus de tout soupçon. Pourtant, la réalité s'avère parfois tout autre comme en témoigne l'enquête réalisée par les journalistes Elody Emery et Wandrille Lanos. Viols, emprises mentales et détournements de fonds n'épargnent pas cette religion.

Pour en parler Jean-Pierre Gratien reçoit Elodie Emery, journaliste et réalisatrice du documentaire « Bouddhisme, la loi du silence », Antony Boussemart co-président de l'Union Bouddhiste de France et enseignant à l'Institut catholique de Paris, et Raphael Liogier, philosophe et sociologue des religions, enseignant à Science Po Aix en Provence et au Collège international de philosophie à Paris
.” (Site Youtube LCP)

[2] DARVO est un acronyme pour « nier, attaquer et inverser la victime et l'agresseur » (en anglais : Deny, Attack, and Reverse Victim and Offender).

[3][Jack] Engler brought up the topic by saying, ‘Every other week, I hear of another therapist who is accused of misusing power, of sexually abusing clients.’ He noted that the situation is similar in American Buddhist communities where spiritual teachers have had sexual relations with students. He explained that in the Western psychotherapeutic tradition, a therapist’s license to practice can be revoked. ‘How should we handle this with Buddhist teachers?’ he asked.

The Dalai Lama replied that part of the blame rests with the students. ‘They pamper and spoil the teacher,’ he said. He went on to explain that in the East, no piece of paper certifies a spiritual teacher. ‘You are a lama because you have students,’ he explained. He suggested that Western students take time to cultivate a relationship with a teacher. ‘Go slowly. Take two, five, ten years.’ Regard the teacher only as a spiritual friend, he instructed. He also warned against seeing all the teacher’s actions as noble and divine, adding that it is appropriate for students to criticize a teacher’s unsuitable behavior.
” ‘The Elephant in the Meditation Hall”, Common Boundary issue 3, May/June 1990

mardi 9 mai 2023

"Aux origines des dérives du bouddhisme, il était une fois..."

Vidéo Youtube Pascal Hubert et Ricardo Mendes (OKCinfo) 

Ricardo Mendes d’OKCinfo m’avait demandé du feedback sur sa dernière vidéo youtube avec Pascal Hubert "Aux origines des dérives du bouddhisme, il était une fois..." (II) J’ai regardé les deux grandes parties de la vidéo. J’ai compris que les planches affichées dans les deux parties de la vidéo ont été réalisées, au moins en partie, avec Chat GPT. C’est une approche intéressante, car l’AI “résume” en quelque sorte un état général de la “connaissance du bouddhisme” en Occident dans des publications sur Internet et ailleurs.
Derrière l'image lisse du bouddhisme tibétain, il est une religion trop méconnue, avec ses dogmes, ses promesses de salut et ses menaces d’enfer. “ (présentation Youtube)
Il est peut-être temps d’oublier “la méconnaissance du bouddhisme”, et de passer à autre chose en choisissant une autre approche plus efficace. Pourquoi malgré toute l’attention en Occident accordée au bouddhisme depuis plusieurs siècles, reste-t-il si “méconnu” ? Peut-être parce qu'il n’y a pas de véritable dialogue ? Méconnaissance persistante et “attentes irréalistes” d’un côté, traditions et hiérarques inflexibles, et silence de l’autre. “L’image lisse” présentée ne correspond pas à la pratique concrète du bouddhisme, dans ce cas tibétain. Est-ce que la méconnaissance occidentale du bouddhisme implique en contrepartie sa bonne compréhension en Asie ? Ou s’agirait-il plutôt d’un problème d’attitude de la part de certains Occidentaux ? Est-ce que bien pratiquer le bouddhisme est surtout une question d’attitude ?

En regardant la première partie de la vidéo, qui est une présentation générale du bouddhisme, je me suis rendu compte du problème que crée l’habitude en Occident de présenter le bouddhisme de cette manière figée, qui est celle utilisée depuis plus d’un siècle maintenant (légende du Bouddha, une religion rationnelle, une science intérieure compatible avec les sciences, sans rituels ni dogmes, ou alors seulement utilisés comme des moyens habiles et “provisoires”…).

Il me semble que ce type de présentation est en grande partie responsable des malentendus qu’il y ait pu avoir en Occident (et par la suite aussi en Asie) par rapport au “bouddhisme”, quelle que soit la forme que nous en abordons. Comme le bouddhisme asiatique a désormais réintégré à son tour cette idée-là de la “présentation du bouddhisme”, et qu’il l’utilise aussi parfois de cette façon, à la fois devant un public d’occidentaux que devant ses propres fidèles asiatiques pendant des événements officiels, rencontres religieuses, etc., il y a un décalage entre le bouddhisme tel qu’il est présenté, et tel qu’il est pratiqué. Le bouddhisme tel que le pratiquent les bouddhistes asiatiques, et donc aussi les bouddhistes occidentaux convertis qui les suivent, n’a cependant rien à voir avec le bouddhisme tel qu’il est souvent présenté. On ne peut même pas appeler cette présentation la “théorie” du bouddhisme, car elle est trop générale et vulgarisatrice, et la théorie et la pratique du bouddhisme ne sont pas vraiment en adéquation, ce qui n’est pas exceptionnel dans une religion.

J’ai tendance à penser que puisque le bouddhisme est une religion relativement nouvelle en Occident, qu’il est (toujours) inconnu/méconnu, et qu’il doit donc - à chaque fois - d’abord être introduite de façon générale, en le vulgarisant auprès d'un public occidental, c’est comme s’il restait éternellement bloqué dans ce premier stade. On n’arrête pas d’introduire le bouddhisme, et de corriger la fausse compréhension qu’en aurait le public occidental... Cela a également pour conséquence que quelqu’un comme le Dalai-lama peut parler à un public occidental (depuis 1959 et surtout 1989), comme si c’était à chaque fois la toute première fois ,et dire des généralités superficielles, voire des banalités sur la sagesse, l’amour, et la paix. Le niveau de l’introduction/présentation est rarement dépassé pour la grande majorité d’occidentaux, et pour les clerc bouddhistes qui s’adressent à eux. Pour le grand public, le bouddhisme se résume donc à sa présentation, et malheureusement pas uniquement pour le grand public. 

Bien sûr, quand on parle du “bouddhisme”, il existe bien une théorie, une doctrine, et une terminologie correspondante à suivre, mais cette théorie reste un discours, qui ne sert qu’à des échanges théoriques sur la doctrine, les écritures et leurss commentaires faisant foi. Ce n’est pas exceptionnel pour une religion. La pratique est tout à fait autre chose, et la pratique du bouddhisme est clairement religieuse. Tout ce qui, à notre goût occidental, pouvait avoir l’air plus ou moins rationnel dans la théorie est éclipsé dans la pratique, plus rudimentaire et purement religieuse, et avant tout une question d’actualiser des croyances et de pratiques symboliques.

C’est important de préciser cela, car quand nous parlons de “dérives” dans le bouddhisme, à cause du manque d’adéquation entre la présentation générale, la théorie et la pratique du bouddhisme, il faudrait plutôt se concentrer sur les dérives par rapport à la pratique réelle du bouddhisme asiatique. Pas tant la mise en pratique conforme de la théorie bouddhiste, mais ce que font les bouddhistes concrètement et quotidiennement dans leur pratique. Car le bouddhisme est religieux. La foi, la dévotion et les croyances y jouent un rôle essentiel, ainsi que les rituels (parfois même magiques), les légendes, la mythologie, l’astrologie, etc. Ce bouddhisme pratiqué n’invite pas à une réflexion libre en dehors des clous, à la pensée critique, à la libre expression de celle-ci, et dans ce sens le bouddhisme n’est donc ni rationnel, ni scientifique. La réflexion est plutôt une “méditation” (dans le sens premier occidental) sur un thème précis, et bien encadré.

Pour certains vieux bouddhistes occidentaux comme moi, qui ont grandi avec l’idée d’un bouddhisme “présentationnel” rationnel, la pratique réelle du bouddhisme est déjà en soi une “dérive”… Au début de notre rencontre avec le bouddhisme (fin années 1970), certains parmi nous avions pu ressentir comme une sorte d’accord tacite et projet commun entre bouddhistes occidentaux et asiatiques, et que le bouddhisme asiatique pourrait évoluer et converger avec ce bouddhisme “présentationnel” et “rationnel” pour devenir un bouddhisme plus moderne et universel. C’était une illusion, il nous a fallu du temps, et souvent de la sueur et des larmes pour nous en rendre compte.

Les bouddhismes asiatiques, même s’il leur arrive de présenter encore le bouddhisme comme le bouddhisme rationnel et universel dont rêvait l’Occident, ne semblent pas/plus vouloir aller dans cette direction, pour diverses raisons. Les temps ont changé, et par rapport aux années 1970, les bouddhistes asiatiques sont devenus, en apparence, plus fermés, plus conservateurs et plus portés sur leurs traditions, parfois en rejetant ouvertement les valeurs occidentales par rapport à la religion, à la société, voire à la séparation entre la religion et l’état. Ou bien, ils ne le sont pas “devenus”, mais ce sont nous, les vieux bouddhistes utopistes et les Occidentaux sous l’emprise d’un bouddhisme “présentationnel”, qui ne voulions pas voir la réalité. Il faut dire que les discours occidento-compatibles de certains chefs bouddhistes ont pu renforcer certaines idées occidentales sur le bien-fondé du bouddhisme “présentationnel” universel. L’approche d'anthropologues comme Marion Dapsance d’étudier sur le terrain le bouddhisme tibétain, tel qu’il est pratiqué, quelle que soit sa “présentation” et la “théorie” est très simple et efficace, quelle que soit l’objectivité de leurs projets.

Pour revenir aux “dérives”, celles-ci le sont certainement par rapport à la présentation du bouddhisme, déjà moins par rapport à la doctrine bouddhiste, et encore moins par rapport à la pratique concrète quotidienne du bouddhisme, et notamment dans le bouddhisme tibétain. Ce qui peut sembler irrationnel, choquant et inacceptable pour certains bouddhistes tibétains occidentaux, souvent ne l’est pas pour les bouddhistes tibétains asiatiques, ou n’est pas considéré comme quelque chose qui les concernerait, qui devrait les faire réagir, sur lequel ils n’auraient aucune compétence, ou sur lequel ils pourraient avoir une quelconque influence. Nous n'avons pas la même attitude.

Dans l’introduction de mon blog Dans le sillage d’Advayavajra, j’écris
Il ne s’agit pas de nier les réalités du bouddhisme oriental, qui seront ici présentées le plus fidèlement possible, mais du moment que le bouddhisme arrive en Occident et s'y installe, l’Occident a son mot à dire sur les formes de pratique « occidentale » du bouddhisme « oriental » et leur pertinence.
Cela vaut surtout pour les valeurs occidentales et/ou démocratiques, acquises à grandes difficultés et qui sont constamment sous la menace. Les “dérives” qui sont des crimes et des délits tomberont simplement sous le coup de la loi. Les “derives sectaires” tomberont sous la Loi n° 2001-504 du 12 juin 2001 tendant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales, ou peuvent être signalées à la Miviludes.

Planche vidéo Youtube

Ce que Ricardo dit dans la section Une relation maître-disciple abusive, sur les dérives qui ont eu lieu dans OKC, Shambala, Rigpa, etc., est juste, et tout comme lui je considère ces abus comme des véritables dérives, voire pire. Dans cette partie, au moins une partie des tableaux a été rédigée par Chat GPT, ce qui constitue un sujet intéressant à part. Ce qu’écrit Chat GPT est une sorte d’état général de la compréhension partagée sur ces sujets relatifs au bouddhisme tibétain et ses dérives. C’est un Chat GTP “occidental” avec probablement des idées reçues occidentales. Il faudrait voir ce que pourrait produire le Chat GPT tibétain développé actuellement par Monlam AI, sur ces mêmes sujets, et en tibétain…

Planche vidéo Youtube

J’invite chacun à écouter l’échange sur cette partie et de lire les planches Chat GPT accompagnants, notamment par rapport à l’interprétation “présentationnelle” du rôle du Gourou, de la pratique du Gourou Yoga, de la folle sagesse, et des possibles dérives rattachées à la relation maître-disciple et à la “folle sagesse”.

Ce qu’un public occidental verra sans doute comme des “dérives” à cet égard, comme dans les cas de Shambala, Rigpa et OKC (Bouddhisme, la loi du silence), peut être une conséquence des recommandations officielles concernant la relation maître-disciple, que des clercs tibétains font à leurs (futurs) disciples (occidentaux). Pour recevoir les “instructions Dzogchen avancées” données à Lerab Ling (en France) par Son Eminence Shechen Rabjam Rinpoché du 26 avril au 3 mai 2023, il était recommandé aux participants d’étudier les livres Poison is Medicine et Le Guru Boit du Bourbon ? de Dzongsar Jamyang Khyentsé (Dzongsar JK). 

Préparations à la venu de Shechen Rabjam à Rigpa Lerab Ling (page en cache)

Dans ces livres sont enseignées la relation maître-disciple et la “folle sagesse” façon Trungpa… Dzongsar JK n’a de cesse de rappeler à ses disciples occidentaux que les attentes de la part des occidentaux, et notamment des occidentales, par rapport à ce que devrait être et faire un maître bouddhiste sont totalement à côté de la plaque. Ce à quoi s’attendent les disciples occidentaux est cependant ce qui est enseigné/“présenté” comme la relation maître-disciple et la nécessité de celle-ci, les raisons d’être du bouddhisme (sagesse, compassion, paix, …), l’éveil pour le bien de tous les êtres, etc. Le rôle d’un maître selon Trungpa, Sogyal et Spatz est de dompter l’ego, de briser les concepts et les fausses attentes du disciple. De nombreux maîtres tibétains contemporains sont toujours en accord avec cela. Mais d’un point de vue plus critique, dans la pratique concrète et quotidienne, il semble s’agir purement et simplement d’installer une emprise, et de rendre les disciples “dociles” (“meek”)[1], et d’en faire des rouages dans des projets théocratiques.

Pourquoi une notion comme la “folle sagesse” n’existait pas dans la théocratie tibétaine avant l’invasion chinoise (1951) ? Parce que celle-ci n’en avait pas besoin. La “docilité” (“meekness” était déjà acquise par d’autres moyens. La “folle sagesse” est une “sagesse” contre-intuitive, utilisant entre autres “l’humour” (faire comme si…), qui a pour but d’arriver au bout de la résistance (“ego”) de l’adepte, et d’avoir des adeptes dociles, qui suivront les “folles” demandes du maître sans hésitation, ou qui assisteront à ses abus sans bouger, comme le faisaient les tibétains au Tibet théocratique. Des “dérives”, certainement, mais apparemment pas pour tous.
Pascal Hubert : [1:37:07] “Mais on pourrait peut-être justement en particulier voir, si tu veux bien, ce qui justifie quelque part dans dans le bouddhisme, en tout cas tibétain, ce statut inférieur de la femme au travers un cadre “exemplaire”, qui est celui de ce Sogyal Rinpoché, qui choisissait - on le voit dans le documentaire d'Arte - parmi sont parterre d'adeptes les plus jolies filles, pour finalement les mettre à son service. Finalement elles étaient esclaves, et donc elle devaient suivre les moindres faits et gestes, de se mettre jusqu'à finalement se donner corps et âme, c'est à dire aussi sur le plan sexuel, et d’être complètement abusées. Et tout ça justifié - j'ai envie de dire - religieusement.
Ce qui est justifié “religieusement” à Rigpa, Shambala et OKC, n’avait pas besoin de l’être dans la théocratie tibétaine. Les disciples occidentaux ont besoin d’une justification “religieuse” ou plutôt “spirituelle” pour subir les abus/épreuves d’un maître, mais dans le Tibet théocratique, les élites, les “maîtres” religieux ou non, n’avaient besoin d’aucune justification pour exploiter les femmes, les hommes etc., pour des “pratiques religieuses”[2] ou simplement pour leur bon plaisir. D’ailleurs, tout comme en Occident, où les élites religieuses ou non n’avaient pas non plus besoin de justifier “religieusement” leurs privilèges ou abus, selon les points de vue. Les “justifications religieuses” peuvent avoir un sens dans le cadre d’une approche de séduction/persuasion vis à vis d’adeptes pas encore totalement convertis ou dociles. Si l’adepte croit en effet que ce qui est “justifié religieusement” conduit à l’éveil, à “la transformation des énergies sexuelles en énergie spirituelle”, au salut, la libération, ou la mort de l’ego, etc., il a toutes les chances d’y arriver, et de bien comprendre le bouddhisme tibétain des maîtres de la folle sagesse.

***

[1] « [Trungpa] dit, eh bien le problème avec Merwin — c'était il y a quelques jours — il dit, le problème de Merwin était la vanité. Il dit, je voulais me charger de lui en m'ouvrant totalement à lui, en mettant de côté toutes les barrières. “C'était un pari.” dit-il. Alors je demandais était-ce un erreur ? Il répondit “Non.” Alors je dis que si c'était un pari et que cela n'avait pas marché, pourquoi ne serait-ce pas une erreur? Eh bien, parce que maintenant tous les étudiants doivent y réfléchir, cela servira d'exemple, et leur fera peur. Alors je rétorquai “Et si tout le monde en parle à l'extérieur, cela ne causerait pas un scandale énorme?” Et Trungpa de répondre, “Eh bien, ne sois pas étonné de découvrir que tout l'enseignement se réduit finalement à la vacuité et la docilité.” » When the Party’s Over, interview avec Allen Ginsberg dans Boulder Monthly, mars 1979. Cité dans mon billet Réussir (siddhi)

[2] Quand Avadhūtipa le mineur, le prêtre domestique du puissant clan Bharo au Népal, donna l’initiation de Vajravārahī dans leur maison à un petit groupe notables, il utilisa des mantras pour rendre invisibles les cinq jeunes filles participant au rituel. Il ne fallait pas que la femme de Ha mu dkar po les voie… (Blue Annals, p. 394). En fait elle ne voyait que cinq coupes de vins suspendus dans l’air mais pas les filles. Voir mon blog Concurrence, relations publiques, gestion d'image et spin doctors pendant la renaissance tibétaine (05122017).

mardi 1 novembre 2022

Healing dysfunctional communities in a context of religion and cult?

Colliding thrones: Lama kunzang (Robert Spatz) -> Dilgo KR -> Longchenpa (photo: OKCinfo)

Originally, “superstitio” seems to have been the name given to non-Roman, foreign or barbarian cults. These cults were feared for various reasons : “fear of disturbing the pax deorum [religious order] in a strongly religious sense to a fear of political subversion as a means of conspiracy[1]”, because they were sometimes thought to be monstrous (e.g. the cult of the Gauls), but also because of an excessive submission (devotion) to a cult. Under the influence of the Greek word deisidaimonia (“fear of the divine”), “superstitio’s” became to be considered as “religious acts or practices, and the anxieties or fears that inspired them” (Richard Gordon[2])[1]
Superstition meant a free citizen's forgetting his dignity by throwing himself into the servitude of deities conceived as tyrants. The civic ideal of piety (see pietas) was envisaged as honouring the gods while preserving one's freedom—that is, with restraint and measure[3].”
In 186 B.C.E. the Bacchic rites (a mystery cult) were suppressed in Rome, because they were considered a threat to the religious peace and political order of the Roman empire. In the account from the historian Livy about this affair we learn how a senator explained:
I have thought that these warnings should be given to so that no superstitious fears (superstitio) disturb your minds when you see us destroying the Bacchic shrines and breaking up wicked assemblies. This we will do if the gods are favorable and willing.”
Thus the Bacchic rites were declared to be a “superstitio” and a threat to the religious order (Roman polytheism) and traditional Roman mores (mos maiorum). But a superstitio was not yet considered as ‘a cult of the wrong gods’, like it would be from the time of Cicero (1st century B.C.) onwards.
Cicero[4]’s etymology, the Christian professor of rhetoric makes short work of the distinction between religio and superstitio: Religion is of course the worship of what is true, and superstition is the worship of what is false . . . . ‘Superstitious’ is the word for those who worship quantities of false gods, and ‘religious’ is for us who pray to the one true God.” (Gordon)
The early church fathers turned the tables of deisdaimonia/superstitio and made the Roman gods idols and their oracles the mouthpieces of daemones. For St Augustine of Hippo (354–430), other mouthpieces were certain conventional signs (signa data), including superstitions, that could serve as a medium “through which men and demons can communicate[5]. The Roman emperor Constantine already had given Christians unrestricted freedom of worship (313), and the eastern Emperor Theodosius II (c.408–50) went even farther issuing a code that banned all “pagan” (= non-Christian) rites as superstitio (438)[6].

This didn’t mean that ‘Superstitious’ rituals were not necessarily ineffectual acts vis-à-vis the gods (Gordon), but they were no longer considered as a part of the mother religion or state religion. If certain subgroups of Christians followed (secta) different doctrines and/or practices, then they could be considered as cult groups (secta) according to Christian heresiology.
In the church-sect typology, sects are defined as voluntary associations of religiously qualified persons: membership is not ascribed at birth but results from the free acceptance of the sect's doctrine and discipline by the follower, and from the continuous acceptance of the follower by the sect. Sects tend to draw disproportionately from the underprivileged elements of society, and are usually created by schisms within churches, which are aligned with the dominant social structure. They are often decrying liberal trends in denominational development and advocating a return to true religion; their beliefs and practices tend to be more radical and ethically stern than those of churches, and constitute an act of protest against the values of the rest of society.” (Wikipedia[7])
After the European Enlightenment, the word superstition no longer referred to an illicit religion (superstitio illicita), i.e. anything that deviated from the orthopraxis of a church, but rather to anything that was added to "natural religion" (Voltaire), or to "a religion enlightened by reason" (Montesquieu). Superstition henceforth referred to any irrational belief, "which adds a supernatural or sacred character to certain phenomena, certain acts, certain words".

In the 17th century, Jesuit missionaries and Chinese converts to Christianity began to use the term more frequently in their writings. The missionaries called Chinese practices such as burning paper money etc. "superstitio", and the Chinese converts called Chinese doctrines (jiao) heretical. It was towards the end of the Qing Dynasty (1644 to 1912), that the term began to be used in an Enlightenment sense, denoting the various practices of (“pagan”) rituals and cults that did not fall under the category of the only licit "religion", that was Christianity, and in this case Catholicism.

During the Tibetan empire, Buddhism King Trisong Detsen (755–797 CE) established Tibetan Buddhism as the official religion of the state. It was adopted as the de facto state religion by the Mongol Yuan dynasty (1271–1368) of Kublai Khan[8]. From the great fifth Dalai-lama onwards (1595–1657 CE), the Ganden Phodrang and the successive Gelug tulku lineages of the Dalai Lamas and Panchen Lamas maintained regional control of Tibet (wikipedia) until the Chinese invasion in 1959. The 14th Dalai Lama was the leader of the Tibetan government in exile until 2011 when he resigned as a political leader “while retaining his place at the apogee of Tibetan Buddhism” (The Economist). Tibetan Buddhism is also the state religion of the Kingdom of Bhutan.

Whilst being a “state religion” Tibetan Buddhism has different “sects”, schools, or lineages, each of which has their own spiritual leader (often called His Holiness or His Eminence). Collectively the Dalai-lama and the lineage leaders can take decisions on matters that concern Tibetan Buddhism. Samuel Geoffry writes about the TB situation in the West :
The characteristic context, I would suggest, of Tibetan Buddhism in the West is that of a national or international network, generally centred around the teachings of a single individual lama. Among the larger ones are the Foundation for the Preservation of the Mahayana Tradition (FPMT), which I have already mentioned, now headed by Lama Zopa and the child-reincarnation of Lama Yeshe; the New Kadampa, in origin a breakaway from the FPMT; the Shambhala network, deriving from Chögyam Trungpa’s organisation and now headed by his son; and the networks assocated with Namkhai Norbu Rinpoche (the Dzogchen Community) and Sogyal Rinpoche (Rigpa)[9].”
Each of the mentioned organisations had issues with abuse. The Dalai-lama only intervened in the Shugden controversy. In 2008 the Dorje Shugden controversy had led to formal “schism” within the Gelug school. On several occasions[10] the Dalai-lama announced actions to counter abuse by Buddhist teachers, but with no concrete consequences. Around three years ago (2019?), he would have told Josh Baran that he didn’t want to deal with these problems anymore (Open Buddhism, Not in His Wheelhouse) : “I can’t control these people. I can’t do anything.”

Among “these people” are the above mentioned lamas and their saṅgha’s, and of course the lineages to which they belong. By the often repeated declarations of many TB experts, none of these can be controlled, at least not by any TB institution. Abuse in Western saṅgha’s can only be dealt with internally on an ad hoc basis, by Western students, Western Buddhist Unions, The Home Offices, mainstream media and other institutions of Western countries in which TB is established. In case of criminal matters, Police and Justice will deal with those—but only if members of these communities choose to involve them.

Letter of endorsement 09/02/1994, Kashag,
Cabinet Office of HH the Dalai-Lama

A well known Tibetan proverb (or variations thereof) says “Every lama has his religion, and every valley its dialect[11]. The Dalai-lama also declared that disciples make a teacher (guru). if a guru has students, than he’s a guru[12]. From a Western or Christian point of view, a guru is therefore a total free-wheeler, controlled by nobody. If he has students, then he’s a guru. If other gurus come and visit him, invite him, endorse or recommend him, etc., then he’s their peer, their colleague, in other words a guru. As the Dalai-lama said “no piece of paper certifies a spiritual teacher. You are a lama because you have students”.

Therefore, Tibetan Buddhism teaches, it is important that a guru/lama has his own lamas and is thus affiliated to a lineage. Having a guru is a guarantee for the authenticity of his own lineage, but, as we have seen, not for the teaching. “Every lama his own teaching”. Trungpa was an authentic lama, a recognized tulku, belonging to an authentic lineage, and who had authentic gurus, who were important Kagyu and Nyingma lineage holders. When Trungpa started developing his own teaching (Vajradhatu, Shambala, etc.), his lamas supported him in this. When Trungpa wanted to become the Master-King of his Shambala community, Dilgo Khyentse Rinpoche crowned him king with the same ceremony as the one he used for the crowning of the King of Bhutan. When he saw Trungpa in a colonial uniform, his Vajra guards, his butlers and maidens, Dilgo Khyentse Rinpoche, like many other Tibetan lamas were very pleased and admiring of Trungpa’s skills. Many still are today

The Dalai-lama received many letters (1989) informing him about abuse from a very early time on, including from students of Trungpa (1993), who mentioned being scared, which the Dalai-lama found strange (1993).[2] He seemed to have discussed this with Dilgo KR, who reassured him that Trungpa had a genuine realization. What had happened at the Halloween Party (1975 “Buddha-gate”) had also been published in the Tibetan Review (1979). The Dalai-lama knew of sex abuse by Buddhist teachers since 1990s, “I already did know these things, nothing new.” Yet, the first time that the Dalai-lama spoke about a specific lama, Sogyal Lakar, was in the aftermath of the Open letter (14/07/2017)[13] by eight former long-term senior Rigpa devotees. “Now recently Sogyal Rinpoche, my very good friend, he [is] disgraced. So, some of his own students now made their criticism public.”

Youtube: Entrustment of Rigpa’s New Senior Teachers

Sogyal the guru wasn’t “disgraced” by the Dalai-lama, but had received criticism by some of his senior students, and the Dalai-lama took note of it as a public figure. “I already did know these things, nothing new.” Sogyal resigned, and fled to Thailand where he died in 2019. But nothing changed. The abuse of a guru is made possible by a whole web of enablers. When the guru disappears, the web is still in place. Former staff members have become senior teachers that renewed (09/07/2022) their allegiance (samaya) to Sogyal Lakar. This is also true for Trungpa’s Shambhala. Senior teachers of Rigpa and Shambhala met in Lerab Ling in February 2018. The abuse had continued after the death of Trungpa in 1987, first with the Vajra Regent Thomas Rich (1943–1990), and more recently with Trungpa’s son Sakyong Mipham.

The saṅgha’s of these fallen disgraced gurus continue to exist as webs of enablers, if nothing else changes. “Every monastery its rules, every monastery its lama, every lama his teaching”. Since Tibetan Buddhism is not Catholicism, with a Vatican, a Pope and a Congregation for the Doctrine of the Faith (CDF) (Congregatio pro Doctrina Fidei), the teaching of a lama is his own business, as long as he’s properly affiliated to a lineage, shows reverence to his superiors and peers, and as long as he has students that follow him.[3]

Tibetan Buddhist hierarchs (Karmapa XVI, Dilgo KR, Kalu R I, Thrangu R., etc.) have helped to build and save local Western lineages of Western TB teachers, when they were in trouble, with no regard for victims and survivors. Saving the lineage, saving - not healing - the saṅgha was their main concern. Healing would imply wounds that need to be healed—and presuppose an accessible and detailed recorded history of the abuses. But lineage holders don’t seem to be able to admit that their lineages or saṅgha’s are sick. For them, time (and silence) will probably heal all alleged and imaginary wounds, while the same saṅgha and the same system will continue to inflict new wounds to allegedly not perfectly qualified students.

Unless Western Tibetan Buddhist saṅgha’s free themselves from the influence of traditionalist Asian Tibetan Buddhist hierarchs, and create saṅgha’s with their own conditions, the same systems will continue to create similar wounds. The nature of a lineage, and in particular a vajrayāna lineage and its necessary guru devotion (guruvāda) is such, that these links can’t be cut, because of the alleged loss of blessings and spiritual powers (siddhi). Therefore, any healing will have to take place with the Asian Tibetan Buddhist hierarchs, that are at the origin of the transmissions to Western Tibetan Buddhist students.

Exchanges between Tibetan Buddhist students about abuse and inflicted wounds on social media or anonymous platforms may give them some form of release, in that they will feel less alone and isolated, and perhaps even some individual healing, but it will leave in place the causes and conditions that allowed for the abuse and led to the wounds. Unless they unite and turn themselves to their Asian teachers with petitions, and put them under some pressure etc. “Make public”, the Dalai-lama advises in that case—although he himself routinely ignores such outing.

“Religions” can’t function in Western democracies like they used to function in the past before the Age of Enlightenment. If they do, they’d risk being considered as harmful “superstitio’s”, “cults”, that can become illicit if they were to be considered a threat to the state or to the social order. In the French law, there is none such a thing as a “cult”[14], but the Miviludes (Interministerial Mission of Vigilance and Combat against Sectarian Drifts[15]) does publish a list of criteria that allow to detect possible “sectarian drifts” or symptoms of dysfunctional groups.

When “cults” became a media issue in the 1960s, 1970s, in particular following the murder-suicides in the Jonestown community in the jungle of Guyana in 1978, they took on pejorative connotations. Therefore Religious scholars adopted the term New Religious Movements (NRMs).
The word conveyed a stereotype that prevented objective research into these religions; moreover, NRMs were so different from one another that it was impossible to generalize about them. Instead, NRM scholars preferred to investigate each new religion separately without imposing the filter of a stereotype.
Beginning in the 1970s, people called "deprogrammers" began illegally kidnapping NRM members and attempting to undo their alleged "brainwashing," curtailing their civil liberties in the process. As a result, many NRM scholars began to advocate freedom of religion for NRMs. While scholars admit that some members of NRMs have committed abusive and illegal acts (as have members of mainstream religions and people who have no religious commitments), they advise that law enforcement agencies exercise discipline when investigating claims of wrongdoing, rather than overreacting
.[16]” 
A specific instance of excessive indulgence towards NRM’s may be seen in the Shōkō Asahara case. Religious scholars were taken to task after the toxic gas attacks in Tokyo because they had failed to recognise the violent derailment of this homegrown Japanese NRM.

NRM scholars prefer to use the term “NRM” rather than the pejorative “cult” (in French “secte”). From a NRM point of view, the French Miviludes should perhaps find a different term for the criteria (e.g. “mental destabilisation”) it calls “sectarian drifts”, that BTW can also be applied to other groups than religions or NRMs. Yet, these are the historical groups to which sectarian criteria were first applied. Although the term “cult” doesn’t have any legal value, it is still often used in the French media and by anti-cult and/or militant secularist groups and activists.

Should we consider the organisations of Tibetan Buddhism in the West mentioned by Geoffrey Samuel as NRM’s or as authentic forms of traditional Tibetan Buddhism? Is the recurrent abuse found in these organisations due to it being a new (NRM) form of Tibetan Buddhism? Some of Mivilude’s “sectarian drift” criteria definitely apply to “TB NRM’s“, but also to traditional Tibetan Buddhism. If the abuse in “TB NRMs” is recurrent, it could be partly systemic. If it’s partly systemic, perhaps some of the criteria could also apply to aspects of traditional Tibetan Buddhism. If abuse is recurrent and perhaps systemic in a “TB NRM”, can it be healed? And if traditional Tibetan Buddhism needs to be healed too, how could this be done? So far Tibetan hierarchs haven’t shown much interest in acknowledging abuse and talking about abuse, let alone taking decisions.

Can we really talk about “Tibetan Buddhism” in the West, when it concretely takes on the form of different TB NRM’s, where the teachings of specific Tibetan teachers (Trungpa, Sogyal etc.), belonging to various TB sects, or their senior students are taught and practiced? What exactly is the link between “TB NRMs” and traditional multi-sectarian Tibetan Buddhism?

If we take the case of the Belgian lama Robert Spatz, we can read on the current OKC[17] website:
In accordance with the wishes of this great master, Lama Kunzang [Robert Spatz], one of [Kyabje Kangyur Rinpoche’s] disciples in the West, founded the Ogyen Kunzang Chöling Tibetan Study Centre in Brussels in 1972, thanks to the support and advice of Kangyur Rinpoche's eldest son, Tsetrul Pema Wangyal Rinpoche. Nyima Dzong was founded in the south of France in 1974. Five years later the Ogyen Kunzang Chöling Centre in Lisbon was established, followed in 1982 by Humkara Dzong in southern Portugal and Gyatso Dzong in the heart of the Pacific Ocean in Tahiti.
The Ogyen Kunzang Chöling centres have been blessed by the presence and teachings of His Holiness the Dalai Lama, Kyabje Dudjom Rinpoche, the 16th Gyalwa Karmapa, Kyabje Dilgo Khyentse Rinpoche, Kyabje Trulshik Rinpoche, Shechen Rabjam Rinpoche, Khyentse Yangsi Rinpoche and other highly respected masters of Tibetan Buddhism
.” [DeepL translation]
Like any other senior teacher and guru, Robert Spatz, was the master and commander of the OKC organisation. By the Dalai-lama’s definition (see above) he was a guru. His teaching was his own business, he was properly affiliated to a lineage, showed reverence to his superiors and peers, and had students that followed him. As authentic a guru as a Tibetan Buddhist guru can be. “No piece of paper certifies a spiritual teacher. You are a lama because you have students”. And yet, as soon as Robert Spatz came into trouble, all the above mentioned TB hierarchs wrote letters of endorsement, so Robert Spatz could prove his authenticity and that of his organisation to various public instances, courts, etc. Robert Spatz revered and respected his Tibetan hierarchs in that he was a generous sponsor of their many projects.
In 1997, when the Commission of Inquiry on Sects looked into the OKC, the turnover was around 130 million Belgian francs per year - more than three million euros. Two European Union officials pay part of their emoluments to Spatz's organisation, about 250,000 Belgian francs, €6,200, each month. But the originality of the OKC business model lies in the status of the workers who run the shops: they are all volunteers, devoted body and soul to their master[18].” [Deepl translation] Bouddhisme, la loi du silence, Élodie Emery, Wandrille Lanos, JCLattès, 2022.
The link between Western TB NRM’s and Tibetan Buddhist hierarchs is that of a “vassal network[19]
On the one hand, very powerful lamas in Europe, the United States and Australia finance the construction of temples and maintain communities in India and Nepal. In exchange, the Tibetans pay these same lamas regular visits. This is an opportunity for the 'westernised' masters to shine in their local community with a seal of authenticity ‘made in Tibet’.’ [DeepL translation][20]
For the rest, every lama - including the Belgian lama Kunzang - has his own teaching. As long as the vassal link is respected, a lama enjoys every freedom of religion and of an NRM. As for the “sectarian drifts” of his NRM, these are none of the Tibetan hierarch’s business. As long as the students follow their lama, and the organisation is not bothered by “law enforcement agencies” etc. of the guest country, there is no contract breach. If some students put into question the behaviour of their teachers, then high Tibetan hierarchs may travel West, in order to call them to reason, insist they purify their engagement (samaya) with their lama, and if needed accept this or that lama or regent as their (new) lama. They may also send letters of endorsement to “law enforcement agencies” in order to guarantee that lama X is a good and authentic teacher of their lineage.

Children living apart from their parents in OKC Nyima Dzong (photo: okcinfo)
 
Reading all this some may think that, in the end, because of freedom of religion and/or of NRM’s, as long as all this (including vassal agreements) takes place between consenting adult teachers and their adult newly converted students, there is no need for any sort of external intervention. But young newly converted students can have children, they would perhaps like to raise by the principles of their newly found religion, and their lamas may provide assistance in their needs in that domain. Tibetan hierarchs who have experience in educating young monks in their own monasteries, and who are likely to be tulkus themselves, know about the education of tulkus and can help in setting up TB schools, boarding schools, etc. and provide adequate “modern” TB programmes

Children are not consenting adults, they are under their parents’ responsibility. If their parents impose their religion onto them, they do not enjoy freedom of religion or of NRM. If their parents entertain vassal links with their teacher, then those vassal links may extend to and weigh down on the children's lives. And that’s exactly what happened in TB NRM communities in the West, more specifically in Trungpa’s Shambala and in Robert Spatz’s OKC, where abuse of adults … and children was not uncommon. After 30 years, Robert Spatz (78 years old now) was definitely convicted in Liège (Belgium) on October 9th 2022. There has been so far no reaction from Tibetan hierarchs and no change in the vassal links of the organisation. In the Presentation of the OKC website we read:
Since the death of Kyabje Dilgo Khyentse Rinpoche in 1991, Ogyen Kunzang Chöling has come under the spiritual authority of his grandson and successor Shechen Rabjam Rinpoche, abbot of Shechen Monastery, and Pema Wangyal Rinpoche. More recently, Khyentse Yangsi Rinpoche has also blessed the Nyima Dzong and Brussels centres with his presence. Other Shechen Lamas, such as Adzom Gyalsé Rinpoche, Khenpo Gyurmé Tsultrim and Khenpo Rigzin Samdrup are regularly invited to teach at the centres, as well as other renowned teachers such as Mindroling Jetsun Khandro Rinpoche, Ringu Tulku Rinpoche and Khentchen Pema Sheab. In 2006, Khenpo Tseten, a master of Shechen studies, joined Nyima Dzong in accordance with the wishes of Rabjam Rinpoche and is currently in charge of the spiritual direction of the centres.
The aim of the Ogyen Kunzang Chöling centres is to transmit and put into practice the Buddhist teachings of the Tibetan tradition as well as to carry out any activity that contributes to the well-being and spiritual evolution of beings.
These activities also include support for other Buddhist centres and monasteries. Particular emphasis was placed in the 1990s on the development of religious education facilities in Nepal and special links were established with the monastery of Shechen. These various activities are carried out on a daily basis by the resident members of the different centres. Teaching and practice sessions open to the public are also organised on a regular basis, notably during the stay of guest Lamas
[21].” [DeepL translation]
In order to “heal” the communities of TB NRM’s, will it suffice for victims and survivors of these communities to share their experiences with each other and exchange, anonymously or otherwise, and thus alleviate their suffering, and perhaps reconnect with hope for improvement? How to deal with those victims and survivors, adults or children, who don’t want to "heal" the communities that abused them and exposed them to all sorts of DARVO, and of which they were never really actively a part of? Can these communities, as they are, with "spiritual directors" that decline any responsibility, be "healed"?

I am not sure that in today’s secular France there is room for any positive consideration of “cults” (“sectes”) or NRM’s with “sectarian drifts” as New Religious Movements, that could be or are worth their while to be healed and improved, without any meaningful gestures and concessions from their Tibetan hierarchies. Especially when there's not the slightest sign pointing into that direction, on the contrary. I can imagine this must be very painful for victims and survivors who try to definitively turn their backs to those cults.

Buddhism: The Unspeakable Truth (documentary with English subtitles)

Many thanks to Rob Hogendoorn (Open Buddhism) for his help

For a glimpse of the life of a child growing up in Trungpa's Shambala, read my blog (French) about Una Morera's podcast
For the attempt of a survivor to help Shambhala heal from years of sexual violence in the Buddhist Project Sunshine, see The survivor who broke the Shambhala sexual assault story  

***
 
[1] Superstitio and the Roman Suppression of the Bacchic Cult, blog by David Reis, University of Oregon.

[2] Richard Gordon, Superstitio, Superstition and Religious Repression in the Late Roman Republic and Principate (100 BCE–300 CE).

[3] Oxford Classical Dictionary, Superstitio, John Scheid, 07/03/2016

[4] Inst. div. 4.29.11; 16.

[5] S. A. Smith, Introduction to The Religion of Fools? Superstition Past and Present

Religious symbols need to be consecrated, in order to protect them from misuse by men and demons. The rituals of consecration (or investiture) of images or stūpa are called pratiṣṭhā in Sanskrit, and rab gnas in Tibetan.

[6] S. A. Smith, Introduction to The Religion of Fools? Superstition Past and Present

[7] Dawson, Lorne L. (2009). "Church-sect-cult: Constructing Typologies of Religious Groups". In Clarke, Peter B. (ed.). The Oxford Handbook of the Sociology of Religion. Oxford University Press. doi:10.1093/oxfordhb/9780199588961.013.0030

[8] Wikipedia Tibetan Buddhism.

[9] Samuel, Geoffrey; Tantric Revisionings: New Understandings of Tibetan Buddhism and Indian Religion, Motilal Banarsidass, Delhi, 2005, page 303 - 304
An important point about these networks is their international nature. Each of the major ones is spread across several Western countries, with a number of major and minor centres in each country. To varying degrees, they also have representation in Eastern Europe and in the European parts of the former Soviet Union, and in Japan and the overseas Chinese communities of Taiwan, Singapore and Malaysia.

Many of them also have established connections with lamas and monasteries among the refugee Tibetan populations. Thus Sogyal Rinpoche’s organisation has close links with Dzogchen Monastery at the Kollegal Settlement near Mysore in southern India. The reincarnate lama who is the head of this monastery, Dzogchen Rinpoche, is Sogyal Rinpoche’s half-brother. Western students of Sogyal Rinpoche visit Kollegal and many of them attended the opening rituals of the new monastery there in January 1992. On this occasion, His Holiness the Dalai Lama gave a series of rDzogs-chen empowerments deriving from his previous reincarnation the Fifth Dalai Lama to an assembled gathering of Tibetans and Westerners
.”

[10] 1989, 1993, 2018.

[11] ལུང་པ་རེ་ན་དཔོན་པོ་རེ། དཔོན་པོ་རེ་ལ་ཁྲིམས་ལུགས་རེ། དགོན་པ་རེ་ལ་བླ་མ་རེ། བླ་མ་རེ་ལ་ཆོས་ལུགས་རེ། Source: བོད་ལ་ཡང་སྲིད་ཁྲི་འདོན་ལམ་ལུགས་ཇི་ལྟར་བྱུང་བ། “Every valley its chief, every monastery its rules, every monastery its lama, every lama his teaching”.

[12][Jack] Engler brought up the topic by saying, ‘Every other week, I hear of another therapist who is accused of misusing power, of sexually abusing clients.’ He noted that the situation is similar in American Buddhist communities where spiritual teachers have had sexual relations with students. He explained that in the Western psychotherapeutic tradition, a therapist’s license to practice can be revoked. ‘How should we handle this with Buddhist teachers?’ he asked.
The Dalai Lama replied that part of the blame rests with the students. ‘They pamper and spoil the teacher,’ he said. He went on to explain that in the East, no piece of paper certifies a spiritual teacher. ‘You are a lama because you have students,’ he explained. He suggested that Western students take time to cultivate a relationship with a teacher. ‘Go slowly. Take two, five, ten years.’ Regard the teacher only as a spiritual friend, he instructed. He also warned against seeing all the teacher’s actions as noble and divine, adding that it is appropriate for students to criticize a teacher’s unsuitable behavior
.” ‘The Elephant in the Meditation Hall”, Common Boundary issue 3, May/June 1990.

[13] Sex and Violence in Tibetan Buddhism: The Rise and Fall of Sogyal Rinpoche, Rob Hogendoorn & Mary Finnigan (2019, Jorvik Press)

[14]Is there a definition of a cult? NO.

Respectful of all beliefs and faithful to the principles of secularism, freedom of conscience and freedom of religion, the legislator has always refused to define the notion of sect. For the same reason, there is no definition of religion in French law. These are notions that refer to the private life of each individual, by definition excluded from the field of intervention of the public authorities subject to the absence of disturbance of public order and the respect of laws and regulations.

The approach of the French legal system can be summarised by reference to Article 10 of the 1789 Declaration of the Rights of Man and of the Citizen, which states that " No one may be disquieted for his opinions, even religious ones, provided that their manifestation does not trouble the public order established by the law."

Consequently, the French legal system is not interested in cults, beliefs, doctrines or ways of thinking as such. It is concerned with sectarian drifts, i.e. practices, methods, acts and behaviour, emanating from any group or individual, whatever its nature or activity, which undermine public order, laws and regulations, fundamental freedoms and the security or integrity of individuals through the use of techniques of subjection, pressure or threats, or through practices which encourage mental control and deprive individuals of part of their free will.

Miviludes, Existe-t-il une définition de la secte ?

[15]It is a drift from the freedom of thought, opinion or religion that undermines public order, laws or regulations, fundamental rights, security or personal integrity. It is characterised by the use, by an organised group or an isolated individual, whatever its nature or activity, of pressure or techniques aimed at creating, maintaining or exploiting a state of psychological or physical subjection in a person, depriving him or her of some of his or her free will, with harmful consequences for that person, his or her entourage or for society.” Qu'est-ce qu'une dérive sectaire ? [Deepl translation]

A list of criteria for sectarian drifts :

-mental destabilisation
-exorbitant financial demands
-a break with the original environment
-the existence of attacks on physical integrity
-the recruitment of children
-anti-social discourse
-disturbance of public order
-the presence of legal problems
-possible diversion from traditional economic channels
-attempts to infiltrate public authorities

A single criterion is not sufficient to establish the existence of a sectarian drift and not all criteria have the same value. The first criterion (mental destabilisation) is however always present in cases of sectarian drifts.
Comment la détecter ?

[16] Encyclopedia.com New Religious Movements: An Overview

[17]Ogyen Kunzang Choling, Centre d'études et de pratique de l’école Nyingma du Bouddhisme tibétain” - Centre for the Study and Practice of the Nyingma School of Tibetan Buddhism

[18] Chapter “Lama Kunzang, le ‘lama belge’“

En 1997, lorsque la commission d’enquête sur les sectes se penche sur la OKC, le chiffre d’affaires est de l’ordre de 130 millions de francs belges par an – plus de trois millions d’euros. Deux fonctionnaires de l’Union européenne versent une partie de leurs émoluments à l’organisation de Spatz, environ 250 000 francs belges, 6 200 €, chaque mois. Mais l’originalité du business model de la OKC réside dans le statut des travailleurs qui font tourner les commerces : ils sont tous bénévoles, dévoués corps et âme à leur maître.”

[19] Title of a chapter in the book Bouddhisme, la loi du silence: “Un réseau de vassalité”.
Another chapter, L’argent : l’ultime verrou explains:

In the 1960s and 1970s, Tibetan refugees saw tourists flocking to the Himalayas and Buddhist temples. "When they returned home, Westerners set up organisations to raise money. The aim was to help build or expand monasteries," says Kaji Sherpa. Without them, it would not have developed as much as it did. Little by little, the Tibetan monasteries are becoming dependent on tourism, but also on funds raised for them in the industrialised countries. Each of the centres in Europe and the United States sends part of its income to the Asian monasteries - this is also a powerful reason for new disciples, who are delighted to contribute to the survival of Tibetan culture. For that reason the lamas at the head of these centres became repositories of colossal power.” [DeepL translation]

Dans les années 60-70, les réfugiés tibétains voient les touristes affluer, arpenter l’Himalaya et fréquenter les temples bouddhistes. « Une fois rentrés chez eux, les Occidentaux ont créé des organisations pour réunir de l’argent. L’objectif était d’aider à la construction ou à l’agrandissement des monastères, commente Kaji Sherpa. Sans eux, tout cela n’aurait pas pris autant d’ampleur. » Peu à peu, les monastères tibétains se rendent donc dépendants de la manne touristique, mais également des fonds levés à leur profit dans les pays industrialisés. Car chacun des centres installés en Europe et aux États-Unis envoie une partie de ses recettes aux monastères asiatiques – il s’agit même d’un argument de poids auprès de néo-disciples ravis de contribuer à la survie de la culture tibétaine. Dès lors, les lamas à la tête de ces centres deviennent dépositaires d’un colossal pouvoir.

[20]D’un côté : des lamas très puissants, installés en Europe, aux États-Unis ou encore en Australie, financent la construction de temples et entretiennent des communautés en Inde et au Népal. En échange, les Tibétains gratifient ces mêmes lamas de visites régulières. L’occasion pour les maîtres « occidentalisés » de briller auprès de leur communauté locale en bénéficiant d’un sceau d’authenticité made in Tibet.”

[21] "Depuis le départ de Kyabjé Dilgo Khyentsé Rinpotché en 1991, Ogyen Kunzang Chöling s’est placée sous l’autorité spirituelle de son petit-fils et successeur Shétchen Rabjam Rinpotché, abbé du monastère de Shétchen, ainsi que de Péma Wangyal Rinpotché. Plus récemment, Khyentsé Yangsi Rinpotché a également béni de sa présence les centres de Nyima Dzong et Bruxelles. D’autres Lamas de Shétchen, tels que Adzom Gyalsé Rinpotché, Khenpo Gyurmé Tsultrim et Khenpo Rigzin Samdrup sont invités régulièrement pour enseigner dans les centres, ainsi que d’autres enseignants réputés comme Mindroling Jétsun Khandro Rinpotché, Ringou Tulkou Rinpotché et Khentchen Péma Shérab. En 2006, Khenpo Tseten, maître d’études de Shétchen, a rejoint Nyima Dzong selon les vœux de Rabjam Rinpotché et assure actuellement sur le terrain la direction spirituelle des centres.

Les centres Ogyen Kunzang Chöling ont pour but la transmission et la mise en pratique des enseignements bouddhiques de la tradition tibétaine ainsi que la réalisation de toute activité contribuant au bien-être et à l’évolution spirituelle des êtres.

Ces activités incluent aussi le soutien à d’autres centres bouddhistes et monastères. Un accent particulier a été mis dans les années 1990 sur le développement d’infrastructures éducatives religieuses au Népal et des liens privilégiés ont été noués en ce sens avec le monastère de Shétchen. Ces différentes activités sont prises en charge au quotidien par les membres résidents des différents centres. Des sessions d’enseignement et de pratique ouvertes au public y sont également organisées de façon régulière, notamment lors du séjour des Lamas invités.
Présentation OKC